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1-
Ouf
! Trois soirées « en ville ». Absent donc des J.N. Le
bonhomme énervé, tout pris. Ce matin, soleil reluisant ! Vrai
que nous avons une lumière, alors, unique. Jamais vu cette si
vive luminosité ailleurs, ni à Paris, ni à Rome , ni à
Londres.
Hier soir, tard,
nous sortons dans la rue Bonsecours, du Vieux, et, surprise,
neige, glace, tout le bataclan hivernal subitement. Vers 18 h.,
arrivés au coin de Saint-Paul, c’était la pluie, une douceur
dans l’air. Changement radival en quelques heures. Et à notre
insu. Dans l’entrée
du restau des « Filles du Roy »,un cri, un appel de détresse
! C’est l’amie, Françoise Faucher, en souliers (!) , qui
appelle au secours « son grand chien fou », moi. J’y
cours. Elle s’accroche à mon bras, mon Aile, elle, installée déjà
dans notre voiture. Françoise veut que je la reconduise à son
« pas galant du tout, mari un peu plus à l’ouest. Jean
Faucher se démène dans la nuit, illuminée par les antiques réverbères,
à dégivrer les vitres de son auto. Oh le gros macho ! Il a
honte, s’excuse. Se fait engueuler par sa Françoise.
Nous sortions d’un anniversaire, d’une fête enjouée,
celle fort bien organisée par Hélène Pedneaut
(« Le signe du lion » rénové) et Lucille
Cousineau pour marquer les
80 ans de la vaillante comédienne Huguette Oligny.
La foule (plus
de 60 personnes !), parents, amis dans ce restaurant (Les filles
du Roy) qui a les allures d’un bordel luxueux du « far-west »
pour cow-boys enrichis et danseuses de « french cancan émigrées,
quand il souhaite avoir les allures d’une auberge
« canayenne » en début de colonie au bord du fleuve.
C’est une sorte de « palace » et on s’y sent bien.
Décors chaleureux, salon, canapés, fauteuils, cheminée, piano,
large couloir pour les apéros, au fond, verrière, plantes vertes
et cages avec oiseaux exotiques vivants !
Ma chère Aile toute épanouie —coupe de cheveux
nouvelle, frisée si joliment, tailleur parfait— en voyant
arriver des tas de membre de l’Union des artistes, elle lève sa
coupe aux vieilles
Connaissances
du temps de ses réalisations à la SRC. Nommez-les : Abert
Millaire, Élisabeth Chouvalidzé, Aubert Pallascio, Gabriel
Gascon, Gérard Poirier, France Castel, Clémence Desrochers,
Louise Latraverse, la grande Picard… que je salue ainsi « bonjour
ceux de Pointe-Calumet »
car son père
y tenait un ciné de plein air. Le premier du territoire. Que
Duplessis fit fermer, pour calmer les évèques timorés…Gilles
Pelletier et sa Françoise (Gratton) —nous nous sommes souvenus
des répétitions chez elle, à Ville Mont-Royal Ma chère, des
figurants pour les pageants catholicards du Père Clos sur le mont
Royal— le cinéaste Melancon, accompagnateur de la toujours si
belle Andrée Lachapelle, Amulette Garneau … je n’en finirais
pas.
Je
remarque qu’il y a des affinités —une amicalité
totale—entre acteurs et metteurs en scène…Et moi, un auteur,
dans ce maelström de bises et d’effusions, bien, il y a un
certain mur. Un muret disons. Nous sommes de deux mondes. Eux, ils
sont là « après coup » je dirais. Nous, les écrivains
de l’ avant coup. Difficile à dire clairement. Une certaine gêne,
en tous cas une distance. Je la sens toujours. Deux mondes
amicaux, liés certes, mais différents. La solitude (pour pondre)
chez nous, chez eux, les comédiens, la solidarité. Le clan. Que
de cris fusent où j’entends : « nous sommes du même
bateau, ensemble. » Je ne sens pas cette esprit de famille
aux réunions d’écrivants.
Durant le repas,
Hughette à sa table d’honneur devant les épais anciens murs de
pierres et l’immense cheminée, avec des parents dont Jean-Louis
Roux (sosie de Claude Ryan à présent !), son beau-frère,
quelques bonnes surprises. Par exemple, Poirier et Faucher (avant
le dessert) livrant un impromptu (à faux). Enguirlandage étonnant
(signé Guitry). Ou madame Souplex,
si énergique dans ses rondeurs, inspirée et tumultueuse,
parodiant la tirade du nez (de Cyrano) en se servant, comme cible,
du « grand âge » de la célébrée. C’est la
franche rigolade dans toute la salle.
Avec gâteau et
café, au vaste salon, concert de poésie, de chants, chacun y va
de son refrain favori. Encore la rigolade.
2-
Comme
c’est drôle ! La veille, samedi soir, nous étions encore dans
le « Vieux », dans un étonnant et merveilleux
site, le « Caveau », chez Georgio, rue Saint-Laurent
au bord du vieux port. 25 ième anniversaire du mariage de ma
fille, Éliane, avec
son Marco. Un lieu envoûtant…sous voûtes, ex-cave de fourreurs
ou de marchands de vin (?). Une immense cave hors du commun. Sorte
de « catacombes » des premiers chrétiens ! Ambiance
merveilleuse.
Clan des Barrière —dont la Mado, grand-mère de Marco,
mon modèle de longévité, 93 ans !— au grand complet, clan
jasminien réduit. Des amis très fidèles du couple fêté. Là
aussi, petits « speechs » de circonstance, souvenirs,
anecdotes fusaient, de l’un ou de l’autre. À la fin du repas,
petit concert du « Harry James » de la famille, le
benjamin Gabriel, trompettiste amateur. Après les excellents
desserts, installation des
trente invités dans une jolie salle attenante. Cela toujours sous
des combles formidables faits de « pierres sèches »
antiques, amusante et ironique séance visuelle faite d’images
choisies d’albums de photos. Un montage et une projection sur
grand écran, par « ordinateur », du même Gabriel.
Vive émotion chez le bonhomme : ma fille, comme Marc, aura
bientôt cinquante ans ! Oh la la ! Rien pour me rajeunir.
La vie file, file…
Nous étions une
dizaine de curieux, vendredi soir à la cinémathèque-vidéothèque
du boulevard de Maisonneuve, pour le visionnement de mon « Blues
pour un homme averti » (1964). La bande-son affreusement
mutilé, hélas. Les images en noir et blanc …parfois
chevrotantes ! Un bon coup sur la tête pour moi. Je m’étais
imaginé une dramatique sensationnelle, extraordinaire. Souvenir
trompeur ! Mai non, ce
« Blues.. » n’est pas sans grave défaut. J’avais
trente trois ans et je maîtrisais mal les niveaux de langage.
Aussi, pendant la projection, je me disais : faudrait que je ré-écrive
ce texte un jour. Mais pour qui ? Trop tard. Je suis assez lucide
pour constater le vieillissement de ce « Blue.. » qui
fut publié chez « Parti-Pris », le gang enthousiaste
à l’époque.
C’est
instructif en diable ce déterrage de vieille pontes. Ça m’a
rabaissé le caquet, je vous jure. Le jazz de Slide Hampton, lui,
était toujours extra. Jacques Godin, malgré le son pourri, m’a
montré encore son savoir-faire pour incarner un vieux « bomme »
en quête d’un père mythique. Quelle présence !, comme on dit,
il perce l’écran. Le « robineux » , Paul Hébert,
émouvant dans sa nudité matérielle. Et toujours si juste ! Je
me suis souvenu : un matin, très tôt, j’avais conduit mes
petits-fils, rue de la Commune, pour qu’ils puissent observer
les clochards. Ces derniers se débarbouillaient dans une fontaine
publique sous la lumière matinale fauve. Leurs yeux incrédules,
la découverte d’un monde de misère. J’avais cru bon qu’ils
sachent le dénuement effrayant des laissés pour compte de notre
société. Ils en étaient muets.
3-
Je
repense à cette « Fin du monde », de Lagarce, au Théâtre
Go. Ce malentendu funeste entre deux frères. L’un, que l’on
devine artiste (joué par Denoncourt), malade gravement, qui
revient chez lui après son bourlinguage et l’autre, modeste,
serviable, resté dans la famille, ouvrier sans aucune vision
autre que la « petite vie ». À la fin, le choc, le
dialogue embarrassant, strident dans son non-dit, entre les deux
frères.
Et Luc Picard
qui me fait pleurer dans le noir.
J’ai pensé à
mon frère, Raynald.
Que je ne vois à peu près plus. Qui fut mon petit compagnon de
jeux tant aimé, durant tant d’années. Qui mène une existence
hors de ce monde du spectacle, des lettres. Nous sommes devenus
peu à peu, nous aussi, deux blocs erratiques. Étrangers, hélas
! Nous dérivons chacun sur notre rive, séparés, « incommunicado ».
Et cela me pèse. M’ennuie. Et je ne sais pas par quel
bout…nous pourrions à nouveau être, redevenir, deux petits frères
ou deux vieux frères.
La vie… merdre !
Pour combien
d’entre nous, y a–t-il de ces gouffres
niais, inévitables ?
Procès publics,
enfin, au bord de l’Atlantique, un peu au sud.
Ce cardinal bien con, à Boston. Law. Qui a tout fait pour cacher,
déménager, taire la pédophilie de ces (« ses »)
affreux malades ensoutanés. 130 enfants qu’on a massacré,
qu’on a bousillé. Dans cette écœurante horde de vicieux, 70
curés, une vingtaine seulement font face à la justice
maintenant. Les catholiques de Boston sont indignés par « les
secrets » de leur Cardinal Law avec raison. Ils veulent
qu’il démissionne de sa charge… vaticane. Tant de mensonges,
de camouflage, d’échappatoire au lieu de faire face à la vérité.
Ce complice, en robe rouge romaine, de l’horreur a suspendu huit
de ses prêtres pour calmer la grogne. J’ai connu ces disciples
de Jésus, jeune. Dans Villeray comme au collège des Sulpiciens.
Qui n’a pas des cas à citer ? Plein d’anciens enfants
pollués par ces prédateurs déboussolés, ces pédés tordus en
soutanes, à Boston comme à
Montréal, salis jadis, qui se taisent. On sait que la
culpabilité retombe souvent sur eux, petites victimes. Ils se
pensent les responsables de ces dérives infernales. Mystère
psychologique bien connu.
Qu’ils se lèvent,
qu’ils accusent, c’est le temps ou jamais avant que crèvent
ces crapules à bénitiers, à scapulaires, qui osaient confesser
les « fautes des autres » dans leurs armoires capitonnées
et donner des absolutions et des pénitences, et jouer les bons
pasteurs, les pieux conseillers en moralité. Ah les sépulcres
blanchies ! Richard Hétu, de « La Presse » raconte
que ce cardinal Law, au fond, obéissait à la consigne du
Vatican, renouvelé il y a peu : « Que ces cas se
règlent, loin de la justice normale,
confidentiellement, entre
membres du clergé ». Que la honte s’abatte au pus tôt
sur ce cardinal de mes deux… !
4-
Marc
Cassivi, samedi, écrit encore « les deux solitudes »
Il parle du tragique d’avoir ignoré complètement le succès
filmique de Falardeau avec son beau film : « 17 février,
1839 », portant sur nos formidables patriotes émérites,
nos vrais et seuls démocrates, républicanistes,
anti-monarchistes valeureux de cette époque. À ce torontois
« Gala des Génies » ? « Ce film de
Falardeau, on connaît pas ! »
Ignorance crasse ? Je sais pas. Il n’y a pas deux
solitudes, il y a deux nations. Deux peuples qui jouent à la bonne entente. En surface. Un seul prix pour
« La femme qui boit », avec, en effet, l’excellente
Lise Guilbault. C’est tout. Ce film sur les condamnés à mort
d’ici :on en savait rien chez nos jurés « blokes »
! Bravo. Cela illustre le mur infranchissable qui s’est
construit entre deux
peuples, rayer à jamais de notre vocabulaire ce « deux
solitudes » niais. Comme il faut rayer : la « conquête »
quand on parle de 1760. C’est « la défaite »
qu’il faut dire historiens niais !
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