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1-
La noirceur
roule vers l’ouest. De ma fenêtre du bleu mauve qui s’éteint.
On revient de notre marche autour du lac. Redoux qui dure. On aime
bien. On aura eu un hiver d’une clémence rare en fin de compte.
Pst devant l’ex-demeure de Grigon tantôt, on s’est souvenu, à la fête d’Hughette Oligny, une
apparition renversante. Un mystère; Mia Riddez en chair et en os,
devant nous ! Pas morte du tout ! Stupéfaction. Elle se présente.
C’était sa fille. Un clone ! Rieuse, mignonne, portrait vivant
de sa défunte maman.
Son parrain
? Lui, Claude-Henri « Grognon » que Louis Morricet,
son père, et donc le mari de Mia, admirait tant comme pamphlétaire.
Les jeunes ignorent le fait : le scripteur des populaires
(radio puis télé) « Belles histoires des pays d’en haut »
Grignon fit des écrits
polémiques un temps et signait « Le lion du Nord ».
« J’ai reçu un dix piastres (viande à chien !) un jour
d’anniversaire de ce parrain distant ! », nous dit le
sosie de Mia en riant. « Un homme et son péché », je
l’ai relu, est un très solide bref roman. Rien à voir avec les
« rallonges » à n’en plus finir des feuilletons. On
va en faire un film nouveau qui sortira bientôt.
Un jeune viéaste-cinéate, Hogue,
veut mon aide pour réaliser un document visuel sur un peintre
d’ici, moderne, feu-Serge Lemoyne. J’ai signé une lettre de
recommandation. Lemoyne fut le premier à présenter du « happening »
à Montréal. C’était désopilant, singulier, fou braque.
À la radio, un ex-réalisateur,
Bouchard, prépare de longues heures sur Lévesque. Chez Le Bigot
( ah ! le « piqueur » de vin à la SAQ. Le déchu
Picotte me perdait avec son allusion à ce « fait divers »
chez Bruneau de TVA, l’autre soir. Je me souvenais pas. Entre
une fiole et un
Gagliano, il y a un monde !) ce Bouchard rappelait l’apostrophe
de René L. face à
un Pierre Bourgault venu le questionner en mai 1970. Il lui aurait
déclaré : « Rentrez chez vous et n’en sortez plus
si vous voulez aider à l’indépendance du Québec ! »
Ouow ! D’où pouvait bien venir cette détestation viscérale
du tribun populaire chez Lévesque ? Mystère.
2-
On devrait,
oui, faire un jour férié du calendrier ave
ce 15 février. La SSJB le propose. D’autres aussi. Jour
des »pendus » patriotes rue Delorimier, au « Pied
du courant ». Ou fêter le 14,
« la veille » des exécutions ignobles. Ce
serait la Saint-Valentin des Québécois. Nous fêterions
l’amour…l’amour de la liberté. C’est cela que défendaient
les vaillants pionniers anti-monarchistes que l’on exécutait
comme des malfrats.
« Baader » un film
allemand. Une forfanterie-cinéma. Oui. Nat Pétro, à Berlin,
n’en revient pas. Imaginez : on verrait René Lévesque,
dans un film en son nom, poignardé par des felquistes enragés.
Ou bien nous verrions Trudeau mitraillé par des « red necks »
furieux dans une venelle de Westmount ? Ou encore,
Monica-la-Mitraille noyée vive dans un poste de police !
N’importe quoi ! Andreas Baader,
chef des terroristes allemands bien connus… dans le film à son
nom, se fait mitrailler par la police. Or, c’est faux. Baader
est mort, cinq ans après son arrestation par la police, dans sa
prison. Le cinéaste Cristopher Rotrh, à Berlin, se fait huer
violemment par la presse présente au Festival de Berlin. On le
hue copieusement. Il ment effrontément. Il rétorquera : «
Je suis cinéaste pas un historien! » Quel con ! Non mais..
Ces falsificateurs sont des escrocs. Fumisterie grave. Imposteur.
Ils font les malins,
s’approprient un sujet archi-connu, un personnage célèbre
et…hop !, on fait n’importe quoi. « La foule va venir
puisque l’ on jase sur un fait historique, un héros, ou un mec
archi-connu. D’un commercial puant non ?
Je déteste « l’Histoire
romancée » pour cela aussi.
Voilà qu’on fait « causer », mille répliques,
une Madame Papineau… ou qui vous voudrez, comme si l’auteur y
était. Je trouve cela insupportable.
Moi, « Grand héros »
n’est-ce pas ?, je sortirai de ma tombe et cognerai à mort sur
celle ou celui qui me fera dire, dans un livre ou un film
posthume, des paroles que je n’aurais jamais prononcées. Bien
compris les fabulateurs, les imposteurs, les fumistes ?
3-
Ce matin,
tant Lysiane Gagnon que Gilles Courtemanche donnent leurs avis sur
« les affaires » de magouilleurrs soi-disant démarcheurs
officiels. Aucun des deux, comme moi, ne condamnent vraiment ce
faux métier des « copains comme cochons ». Un projet
(de quoi que ce soit) devrait être jugé, si on veut des
subventions —de « notre » argent de cochons de
payeurs de taxes et d’impôts—
à ses mérites, selon son utilité. Point final. Horreur
que ces banquets, cocktails organisés pour que l’entrepreneur
puisse rencontrer tel
ou tel ministre. Horreur que ces ex-ministres —défroqués en démarcheurs
vénaux— qui font d’amicale pressions mondaines pour « favoriser »
! Odieux « patronage ». C’est une honte !
Voilà que les Landry et Cie tentent de civiliser, de réglementer,
cette merdique façon de faire. Je n’en reviens pas. Un bon gras
machiniste de studio, à la SRC, allait et venait en grognant sans
cesse « Jasmin ! La vie c’est qui tu connais. C’est
toute. » Je me fâchais, je lui disais avoir été sans piston,
sans copinage aucun , m’être fait seul, sans l’aide de
personne. Mais maintenant, vieilli, je me pose des questions. Tant
de réussites (celle des Rozon et al) viennent sans doute de ce
« qui tu connais ». Immoral !
Louis Cornellier du Devoir, qu me fit
tant d’éloges pour mon dernier bouquin (Je vous dis merci) se
fait…ironiser (?) par le zélote de Gabrielle Roy, le prof de McGill, François
Ricard. Cornellier, lui-même, prof de Cégep à Joliette, y
allait d’un « enseignons aux jeunes d’abord notre littérature
au lieu des classiques français d’antan comme on le fait, ce
qui les ennuie prodigieusement.
Après, oui, ce jeune cégepien pourra mieux embarquer et
apprécier les grands auteurs célèbres, ayant pu s’identifier
mieux en découvrant nos livres qui lui parlent de nous. »
Je trouvais ça plein de bon sens. Mais, ce matin, le
Ricard monte aux créneaux et achève sa rodomontade par un clair :
C’est ça, pourquoi pas la littérature d’une région selon le
Cégep, les livres des auteurs de Joliette pour les cégépiens de
Joliette ? Enseignons la lttérature de chaque village selon
l’origine de l’élève.
Bien moqueur le Ricard non ? N’empêche : j’aime
tant la polémique que je guette la réponse du Louis dans le
prochain Devoir. Je le devine, Cornellier ne laissera pas passer
cette ironique protestation, oh non !
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