|
1-
« Pourvou
qué ça doure… » disait la mère corse et corsée à son
petit garçon, devenant célèbre, Napoléon…Ce soleil, quelle
belle lumière hivernal ! Marche autour du Rond. Le samedi est
toujours plein de visiteurs sur les pistes. Coloris jolis ! Des
enfants hauts comme trois pommes dévalent les cotes. Monde
nouveau. Jamais de petits enfants jadis à ski. Jamais.
Hier soir, rangée « A »
— ainsi tu peux tenter d’enfarger les comédiens…chez
Duceppe. Depuis que Aile a divulgué ma demi-surdité à ce théâtre,
on nous installe « bien en face » des acteurs.
Obligation de tourner sans cesse la tête quand ça se promène de
Cour à Jardin. Pas de vision globale ! Eh ! Ce « Après la
pluie » de l’Espagnol Sergi Belbel offre de très fameuses
répliques. Les moments de colère sont transformés en « joual »
avec sacres, jurons, grossièretés d’icitte…et un peu de
Paris. Un mélange ! Traduction de Préau (France), retouchée
sans doute par Michel Nadeau le metteur en scène (aussi
dramaturge à ses heures) , fort efficace en fin de compte.
La trame : une poignée
d’employés d une puissante compagnie (affaires sociales,
assurances, valeurs mobilières?) grimpent sur le toit de
leur immeuble pour…fumer. C’est interdit partout. En une série
de tableaux, l’on raconte les ambitions, les querelles, les déceptions
et aussi les affaires intimes de ces fumeurs ! Un récit prend
forme peu à peu. Hélas cela force à faire des « Noirs »
(trop longs souvent) entre chaque bref tableau. Cela tue le
rythme. Nadeau aurait
mieux fait de créer deux zones de jeu.
Au moins. En somme, un spectacle avec des pics. Une sorte
de passacaille et à la fin, la réunion des
sept ou huit protagonistes formant des unions romantiques.
Fin heureuse un peu cavalière ! Certains troupiers, inconnus ici,
font voir de l’amateurisme (ils travailent rarement à Québec
)mais aussi une sorte d’énergie merveilleuse : Marie-Josée
Bastien, Charbonneau, Loraine Côté, Danielle Lépine,
Makdissi-Warren.
Pour une fois, pas d’ovation debout
(ridicule si souvent) à la fin. Je fus le seul à
lancer des « bravos » tant j’avais appércié
cette preuve collective de talents (en friche) qui avait fait voir
tant d’excellente énergie scénique.
2-
Jeudi soir
à RDI, avec Maisonneuve, entretien avec le cinéaste Labrecque
qui offre son film sur le RIN
et mon Bourgault tribun surdoué et efficace de premières
années de lutte pour l’indépendance. Soudain il affirme que
René Lévesque était vaniteux, refusant son aide (ce qui est
vrai) se voulant seul militant-chef, ne parlant pas une seule fois
des autres, pas un mot sur nos Patriotes de 1837, souhaitant même
« sans doute » disait
Bourgault, que son parti meurt avec lui. Oh !
Le merveilleux « preacher »
patriotique de cette
époque semble ne pas avoir pardonné le rejet « viscéral »
de Lévesque. « Un mystère », dit-il. En effet !
C’est là qu’il a tout de même sorti son explication : « un
leader incapable d’en supporter aucun autre dans ses parages ! »
Hâte de voir ce « RIN » à la télé, tel que promis.
Je fus le premier écrivain à monter sur les hustings de ce RIN
en 1961. Aquin y viendra
ensuite. Tous les autres ? Trop « chieux » ! Il en
allait de risquer « bourses, subventions, voyages payés »,
n’est-ce pas ? Tant d’autres écrivains : des « fédérats »,
sauve Roch Carrier; aujourd’hui sauce René-Daniel Dubois. Mon
jeune David (né en 1982) sans cesse : « C’est
qui ça le gars aux lunettes ? Et le barbu, c’est qui celui-là
? » Il prouvait l’utilité du film documentaire
de Labrecque « RIN ».
Vendredi après-midi, réception pour
mes lunettes neuves. Sans monture. Que des vitre. Ça pèse un
gramme, une aile (!) d’oiseau,
une plume ! Je les aime. Fini mon « truck » à
monture !
3-
Vu aussi le
film document sur nos allophones et autres sortes d’émigrants.
L’auteur, Parenteau, un ex-concurrent de « La course
autour du monde », chroniqueur (où il lit bien mal, hélas,
des textes souvent solides) des samedis matins chez Le Bigot (cet
ex-piqueur de « fiole » comparé à Gagliano par
l’ex –ministre Libéral déchu Picotte !),
aussi « débater » humoristique à « L’aparté »,
un café d’iconoclastes, a raté son film.
C’est encore du saucisson. L’odieuse mode du « zapping ».
La pensée zappée sans cesse
! L’horreur. Jamais d’élaboration. On coupe pour faire
vivant, faire faux « souingne », le rythme ce n’est
pas du tout cela,
Mais on méprise le public avec cette
mode niaise de couper sans arrêt, de
mettre en miettes chaque intervention.
C’est frustrant. Au bout du compte tout devient charabia,
galimatias, embrouillamini. Il n’en reste rien au bout du
documentaire. On se
dit, avec mépris insensé :
« plus de trente secondes et les gens vont partir
ailleurs. »
Démagogique écoeuranterie. Il y avait encore bien plus
grave, une imposture, une fumisterie. Le mensonge habituel. Tous les invités de son film se débrouillaient fort bien en
français. Le beau mensonge. Ainsi, les innoccents disent :
pourquoi la méfiance face aux « ethniques », façon
Parizeau ? Vous avez bnien vu ? Tous, ils s’intègrent à nous,
c’est fantastique non ? »
La réalité est tout autre : la plupart des nouveaux-venus
et la masse des anglos d’ ici se foutent du français.
Leurs chefs (subventionnés par le fédéral) militent
pour rogner, ronger à l’os, abattre un jour la Loi 101.
Font appel aux juges de la chère « Supreme Court » .
Dans Darcy McGee on a voté à 95 % contre une patrie pour la
nation. Pire, dans Côte Saint-Luc, ce sera 100% de vote négatif.
Un vote, non pas « ethnique »monsieur Parizeau, mais
« raciste ». N’ayons pas peur des mots. Des masses
d’ anglos, nés ici, ne
parlent pas français ! Racisme !
Le bon-ententisme fallacieux et
trompeur des Parenteau (un jeune pourtant et déjà si imposteur
!) fait l’affaire (les affaires comme dans good business) ) des
bénis-oui-oui en poste qui financent cette sorte de
projet-fumiste, les distribuent volontiers, les diffusent avec
plaisir.
Quelle honte d’oser tromper le
public de cette manière hypocrite. Moi,. Tout le monde, connaît
une douzaine d’intelligents
nouveaux venus (d’anglos aussi) qui ont su s’intégrer, vous,
moi, tout le monde pourrait donc monter un film de cette menteuse
façon. Ces tripoteurs zélés des réalités sont des
manipulateurs. Monique Simard (en quête de subventions ?) est
l’une des deux producteurs de cette farce, elle, une péquiste
officiel ! Mon jeune
David, jeudi soir, écoutait mes cris de révolte et riait.
« Papi, t’es fâché noir là ! » Oui, je l’étais.
Il étudie à Concordia et me révèle que j’ai tout à fait
raison. Il le sait. Il le voit. Il le constate. Il fréquente
chaque jour des tas de jeunes émigrants de diverses nationalités
à son université.
Mon épée me démangeait ! Croyez-vous que, disons, La
Presse aurait publier ma diatribe ? Non. J’ai mon journal désormais,
Dieu merci.
4-
Le bon
film. Modeste. Avec l’extraordinaire Anthony Hopkins. Le titre : «
Cœurs perdus en Atlantide » ( titre con). Aile ramenait au
foyer cette cassette vidéo. Je le reverrais. Un gamin mal aimé,
mère frivole, volage, un peu putain, qui diffame le père de son
fils, et ce vieux pensionnaire mystérieux, méfiant —joué avec un talent merveilleux par Hopkins. C’est un
sage mais au passé obscur, télépathe à ses heures, qui initie
le gamin aux choses de la vie, de sa vie…menacée. Qui aime ce
garçon comme un père (le père du gamin a été tué). Notre
jeune hôte, Dabid, tout satisfait lui aussi par ce film. Ce qui
ne l’empêche pas d’aller au frigo sans cesse. Diable,
vraiment un ogre à cet âge, un ado !
Ce matin,
montant ici, petit déjeuner dit « de l’ogre »
au « Petit poucet » de Val David, route 117.
Yum ! Yum ! Deux oeufs, bacon (que je donne à Aile ),
patates , jambon, délicieuses fèves au lard et leur bon « pain
de ménage », de l’excellente confiture aux fraises. Yum !
Je fais cela une fois par mois seulement !
Après la promenade de santé, nos
deux chaises à coussins sur la galerie. Lecture des « canards »
épais du samedi. Le bonheur ! On se croirait en fin de mars, ma
foi du bon yeu !
David a bien rigolé :
il devait étudier Pol Morin, ce poète d’antan.
Ayant connu
le personnage (décédé en 1964), ne me privant pas de le moquer,
lui l’académique poète du « Paon d’émail » et
sa canne de luxe, ses guêtres de gentleman (fils de grande
famille, il allait au Collège Sainte-Marie à cheval), mon
petit-fils se tenait les cotes en m’entendant ridiculiser ce
conservateur nostalgique, ce grand épris de la Grèce antique,
ce doux fou de mythologie gréco-romaine, cet aristo
pondeur de poèmes à l’ancienne jisqu’à la fin des année
1950.
Or, je me secoue et je finis par lui
avoier une certaine admoirayion. Cetrs le bonhomme mOrtin était
retardé dans son lyrisme classiwue mais il n,En restaitbpas ,oins
un valeureux personnage. Alors je vante sa culture à mon David et
je lui dis qu’il avait ses mérites. Bref, j’ai craint
de faire un portrait injuste et facile de ces bizarres
« résistants » de cette époque, de ces malheureux
passéistes qui se désolaient tant de nos temps modernes. Après
tout, nos jeunes agressifs avant-gardistes n’ont pas tous mis au
monde des œuvres si solides !
Comme ils aiment rire, ricaner, se
moquer, ces jeunes gens. Nous étions ainsi à cet âge ? Je crois
que oui.
5-
Mon grand
plaisir. Michel Biron matraque —in « Le Devoir » de
ce samedi matin— un livre de Marc Fisher. Biron parle d’un « faiseur
de recettes » pour exciter les apprentis auteurs, les
aspirants écrivains candides en mal de « formules magiques »
pour pondre un best seller. Fisher en a pondu un jadis :
« Le millionnaire ». Il n’en est pas revenu et se répand
depuis en « cuisinier » expert. Je le matraque aussi
dans ce « Écrire » qui va sortir des presses de l’éditeur
de Trois-Pistoles bientôt.
Ce même Biron qui me rend si content
m’a enragé il y a quelques mois en publiant que Ferron, Thériault
et moi, étions des écrivains mineurs. Le quotidien de la rue de
Bleury n’avait pas publié ma réplique. L’habitude
maintenant…
Hélas, Denise Bombardier comme M.-F. Bazzo gaspillent de
l’espace aujourd’hui. Deux chroniques… plates ! Ah si
j’avais la chance d’avoir mon petit espace, il me semble que
je prendrais un plus grand soin de ne pas ennuyer le lectorat…On
dit ça, hein ?
À force de
chroniquer…je me souviens du temps de mon bloc-notes quotidien
au « Journal de Montréal », je me relisais parfois et
je me disais : « ouaille, pas fort ce matin, le
bonhomme, faut te fouetter ! »
Bill Clinton est venu jaser Place des Arts :on
dit 200,00$ ou 100,000$ pour la causerie. Bigre ! 45 minutes de
causette et le fric en gros !
Plus d’un demi-million pour la machine caritative concernée
(hôpital je crois). Eh ! Un ancien président des UA, c’est pas Jos Bleau !
Bien chanceux. Entre 100,000$ et 200$ —…le cachet de l’UNEQ
pour une jasette d’écrivain québécois dans écoles ou collèges—
il y a une sacrée marge, pensez-pas ? Bon, à la prochaine
invitation, je demanderai 1000$… non, c’est trop, disons 500$.
On verra bien la réaction ! Pauvres de nous
6-
J’y
pense : ce Bouchard qui racontait René Lévesque l’autre
matin, pas un mot sur un fait prouvé. C’est le conflit de
travail à Radio-Canada qui a mis Lévesque sur la politique.
Voyant Ottawa de glace, incapable, pire complètement indifférent
face à cette grève du réseau français de la SRC, des
francophones « du pays lointain », le Québec, Lévesque
éclatait un jour. Il fit un fameux discours anti-Ottawa. Fit un
« édito » célèbre
à la radio, aux journaux. Il parla « du soleil qui
ne brillepas également selon les communautés en cause. «
Il déclara que « la grève, au réseau anglais, à Toronto,
se serait réglée en deux semaines au maximum ».
C’est à ce moment (janvier 1958) que le fameux
reporter apolotique et plutôt anti-nationaliste (à cause de
Duplessis) se muait en homme politicien, en tribun farouche. Deux mois
plus tard, trois ?, il
était en campagne avec Lesage pour battre le duplessisme ! Est-ce
que ce fait gêne les Bouchard
venus de Radio-Canada ?
J’y songe : Aile et David.
Elle me dit : »je vois que c’est un garçon sérieux,
foncièrement bon, bien élévé, mais quelle candeur et quelle naïveté
! « Je ne sais que dire. Certes, à cet âge…Bon, David
plus innocent que d’autres
? Est-ce bon ? Plus entier, plus naïf même ?
Ça se peut. Il y a qu’il a un tempérament de « victorieux
« . N’est-ce pas le lot commun des ados ? Comment savoir.
Ne peux pas comparer vraiment.
Cette sorte de sûreté de soi….. Qui engendre des
sentences parfois définitives. Je ne cesse pas de le corriger
avec chaleur. De lui faire admettre que tout n’est ni tout noir,
ni tout blanc. Lourde tâche pour ses parents, pour moi, pour
tous…Comment amener ces jeunesses à bien discerner les nuances
? Pas facile. J’ai confiance en lui. Je suis comme lui, trop
confiant ? Ça se peut. |