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1-
Le bonhomme
hiver est tellement en beau maudit d’avoir raté sa saison
qu’il se venge ce matin. Brume partout. On voit plus rien devant
soi. L’autre rive du lac…invisible ! J’aime ces allures de
monde disparu, rayé, contours effacés, sol englouti : mon côté
romantique ? Achat de croissants ce matin par Aile, envie de
varier le menu. C’est bien. Aile, frénétiquement, tousse sans
cesse , un rhume étrange ne la quitte pas…elle est tellement
attachante ! Des jus et du sommeil…ce matin, il est onze heure
quand on quitte notre couche nuptiale ! Une certaine honte !
J’ai oublié le nom d’un grand
penseur sage qui affirmait : « tous les jours, deux
lectures essentielles, mes vieux testaments (bible) dans une main
et dans l’autre, le journal du jour ».
En effet. Sorte de frénésie encre ce midi en ouvrant le
journal. Incapable de comprendre ceux qui ne lisent pas le
journal du matin, les nouvelles fraîches de la veille quoi. Mais
un journal intime ne
doit pas qu’être un résumé des nouvelles. Impossible par
contre de pas faire écho aux activités dans notre cher monde,
planète malmenée.
Pour nos braillards angoissés face
aux écoliers québécois, relire (un texte de Jean-François Lizée)
ce rapport d’une enquête internationale sur l’éducation
(l’instruction plutôt ?) menée par l’OCDE en fin d’année.
Trois grands tests depuis 1994 et cela dans 30 pays développés.
Eh bien pour les sciences et les mathématiques, les jeunes québécoise
se sont classés « les premiers » !
Répétons cela aux anxieux et à
ceux qui, racistes invertis, nous jugent collectivement des
« poches » en la matière !
« Ouen, mais nos jeunes lisent
pas… » Faux encore ! Nous nous classons (lecture) bons
seconds. Sur 30 pays avancés hein ?
Au total,
on y est les premiers partout. Troisième est notre pire rang.
Okay le sinistrosé ? Ces résultats nous installent devant l’Ontario,
et, loin, devant les USA. Que nos colonisés patentés montrent
sans cesse en bon exemple.
2-
Hier, le
billettiste Marc Cassivi : « TQS râle, veut des prix
aux Gémeaux…c’est un peu comme si Claude Jasmin exigeait le
prix du Gouverneur général pour son dernier roman. »
J’ai eu mon lot de « prix », me manquent que ce
« General Governor » d’Ottawa (bof !) et le « David »
de Québec ! Ce dernier, on finira, tous les écrivains féconds,
par l’obtenir. S’agit d’attendre son tour. Un matin, folie
qui m’amuse, je rameute —au lieu de prestigieuses signatures
de lettrés— mes beaux-frères, ouvriers, et mes sœurs,
midinettes, afin qu’ils me recommandent pour le David automnal.
J’avais expédié aux savants jurés
du Prix David cette liasse de lettres, certaines écrites presque
au son. Cela m’amusait d’imaginer leurs augustes figures se
crisper d’horreur devant des témoignages aussi peu littéraires.
Je suis un gamin parfois. Pas eu le prix, vous pensez, le jury de
« doktors en lettres »
et experts-profs en sémiologie et en linguistique devaient
s’en torcher que les miens s’écrient que
« Tit-Claude était un fameux conteur » .
Un philo-sociologue de France,
Lipovetsky, a répondu aux questions de Robitaille (Le Devoir)
et il prône la légèreté de l’être. Bravo ! Il reste
optimiste, déteste le manichéisme actuel, à la mode, déclare
qu’il y a bien plus de conscience sociale et civique chez les
possédants que, par exemple, dans les années’30 quand
montaient les fascismes. « Le superficiel a sa légitimité »
ose-t-il dire. Il éloignerait
des totalitarismes (les idéologues graves ?). Il est étonné
de constater alors que l’on vante et chante partout le festif,
l’hédonisme (pubs du monde marchand, par exemple), l’angoisse
lourde de ses élèves
dans ses classes.
Il termine son interview en disant :
« Agaçants ces intellos qui dénoncent la télé tout en
l’hypercritiquant sans cesse (ils la regardent donc). » Et :
« Ça n’est pas de la barbarie une société qui marche à
la légèreté. » Rafraîchissant bonhomme ce Lipovetsky,
non ?
3-
Regardions,
hier, le gala des Césars (dans un vieux théâtre merveilleux)
pour les films made in France. Parfois bin plate. Amateur souvent
. Séance d’école. Improvisation totale souvent. Pourtant une
atmosphère de rigolade fait du bien à voir. On disait :« On
ne se prend pas au sérieux comme dans ce Hollywood aux « Oscars »
où la moindre seconde de show est calculée, où
une machinerie impeccable prévoit tout, règne en despote
furieux. Le jeune comédien, Edouard Baer, en présentateur, fit
le joker. Un rigolo doué. Ainsi, vers la fin, Baer annonça
qu’il va faire une grave déclaration, délicate, importune mais
essentielle, trémolo dans la voix… Nous guettions une sortie
historique et voilà que son laïus tombe à plat… sans sujet
aucun. On verra jamais de ces farces aux Oscars si « seurieux ».
Quand un « nommé », un
beur, se précipita au micro pour remercier, avant même le décachetage
habituelle, ce fut une franche rigolade aussi. À Hollywood deux
« videurs », armés, l’auraient sorti illico, non ? Bref, de la légèreté,
tiens ! Enfin, un savant montage (et sans infographie à
incrustations), vraiment étonnant, d’images d’oiseaux
exotiques qui obéissaient à un cinéaste invisible, offrait un
morceau d’anthologie. Aile morte de rire comme moi.
La « grande reporter »
Oriana Fallaci, jadis célèbre, ose déclarer que le monde
islamique est très en retard par rapport à notre civilisation
(chrétienne blanche occidentale), que les femmes de ces contrées,
habités de machistes dominateurs, devraient se révolter, cesser
de tolérer ces jougs antiques… et c’est la stupeur !
L’indignation partout.
Quelle hypocrisie ! Cette crainte
niaise de passer pour « impérialiste », pour « paternaliste »,
réduit au silence les pleutres de l’Occident.
Pas un chat (chrétien blanc) ne
voudrait s’expatrier dans les pays (intégristes ou non ) de cet
Islam, pas vrai ? Berlusconi, le Président crésus italien et détestable
potentat bien capitaliste, osait parler de cette manière et
« les gauches » le fusillèrent. Mais elle, la renommée
Fallaci, elle ? Oh ! On chuchote : « Elle est
malade, elle traverse une crise ». Hypocrites mondes !
4-
Proverbe : « seule
la vérité blesse ! »
Réjean
Tremblay, ce matin, lance et compte. Tous ces correspondants,
dit-il, avancent :« Que ces millionnaires, comme
Villeneuve, se la ferment, ils mordent la main qui les nourrit. »
Tremblay explique calmement à ses froussards la raison qui fait
que le « boss » endure les écarts de langage de leurs
petits et chers protégés. « Ils rapportent de
l’argent !» C’est tout simple. Je ne cesse plus de lire
cette expression: « mordre la main qui nourrit ». On
l’utilise pour un cinéaste de l’ONF, pour un téléaste
de Radio-Canada (je fus servi là-dessus quand je
critiquais la boîte). Pour la majorité celui qui est payé pour
son travail doit s’autocensurer, tout laisser passer. Être
reconnaissant comme un « bon tit nègre » du temps de
l’Oncle Tom ! Avachissement stupide.
Villeneuve a dit que « Pollock,
congédié par Bat, a été traité comme du bétail ».
Hon !
Tremblay frappe et cogne :
« Jacques Villeneuve rapporte aux marchés de BAT un profit
de 1 000 000 018 $ (US), ça vient de finir. À Melbourne, samedi,
il y avait que lui et Schumacher comme champions de la F1 sur la
piste. On achète pas le silence de ces types. L’argent (21
millions à J.V.) n’achète pas la liberté de penser, de
s’exprimer, à moins d’être un trouillard.
5-
Regard à
ma fenêtre :pluie oblique. Neigeuse un peu. Tonnerre au
loin, eh b’en ! Le lac rempli de flaques d’eau ! Chantons :
« Mais où sont les neiges d’antan ? » Chaque fois
que la température faisait des siennes, dans les année d’après-guerre,
papa disait —sa scie à lui : « Ça, c’est à cause
de la bombe atomique mes petits
enfants ! » Maintenant j’entends souvent :
c’est les gaz, les oxydes de carbone, c’est la couche
d’ozone perturbée… » Bon.
Il doit se sentir fragilisée le
critique Louis Cornellier du Devoir. Deux collègues ( M.-A.
Lamontagne et Odile Tremblay) l’attaquent ce samedi. Il a osé (hon !) dire que les bons
vieux classique de France devraient être enseignés aux jeunes
collégiens après (b’en oui, après, hon, hon !) une bonne et
habile initiation aux écrivains d’ici. Impardonnable position
fait le chorus des aristocrates ! On grimpe aux créneaux.
Pourtant la pédagogie actuelle est du bord de Cornellier.
Et moi itou.
Dans son article, Lamontagne louange
les écrits de notre brillant Kérouac à nous, alias Frère
(botaniste) Victorin, mais se trouve heurtée quand le génie écrit
en patriote sur notre histoire.
Ceci
explique cela, elle semble dire : « Reste donc
dans ta houache, les plantes. Ne pense pas sur nos malheurs
historiques. Pas ta place ! Chacun enfermé dans son créneau, sa
cage ! » Belle connerie !
6-
Un certain
Pierre Jourde de Paris , bien cuistre, publie « La
littérature sans estomac » et il attaque les auteurs qui
ont du succès. De Sollers à Angot, de Darrieusecq à Beigbeder,
à Ouellebec bien entendu. Donc les liseurs sont des poches ! Ah,
faudrait changer le public lecteur n’est-ce pas, comme ce député
dépité souhaitait changer de peuple ! Jourde, mitrailleur fou,
saurait, lui, rédiger des romans forts, incontournables. S’il
peut s’y mettre car qu’allons-nous devenir, tous, s’il ne
s’exécute pas ?
La petite Bertrand de la rue
Saint-Hubert, alias Andrée Ferretti, était une sacrée « donneuse
de leçons » dans les années ’60. Elle publie « La
passion de l’engagement » et fustige les indépendantistes
qui osent faire face aux « faits têtus » de la réalité.
C’est digne. Il en faut. Parizeau ou Landry ? De tristes échangistes
( pacte de l’Alena maudit !). Militante sincère, elle
recommande « les mains propres » et on sait ce qu’en
disait Sartre de ces « mains jamais sales ».
Sur les sujets ci-haut, je lis R.-M. Sauvé, mon âge, qui
dit qu’il a lu la comtesse de Ségur à 11 ans, Jules Verne
ensuite, Shakespeare, Scott et Chaucer à l’université, et des
littérateurs allemands, et des Américains, surtout Lewis… son
témoignage pour dire qu’il faut lire jeune (non?) et de tout
(non ?) . Il veut appuyer la dame de France, Guiserix (comme dans
Obélix), qui dénonçait la position Cornellier (étudier
d’abord les auteurs d’ici), elle aussi. Le racisme inverti
toujours !
Pauvre Salman Rushdie, son dernier
bouquin, « Furie », un flop !
Récit trop compliqué. Un soufflé raté. En interview, il
dit qu’il a voulu offrir « le grand roman américain »,
qu’il a voulu s’inspirer de la chute de l’Empire
romain…rien que ça ! Qu’il a voulu rédiger son « Great
Gatsby » à lui. Son
« Furie » serait
emberlificoté avec trop de pistes ! Eh maudit que c’est pas
facile. J’ai tant souhaité, comme tant de mes collègues, faire
« le grand roman québécois », maudit que c’est
dure le talent, introuvable le génie ! Rushdie s’est essayé.
Faut continuer mon cher Salman. Se reprendre. « Mais nous,
nous serons morts mes frères » quand apparaîtra ce
« livre des livres » sur les Québécois ! |