Le mardi 12 mars 2002


« À COEUR DE JOUR » ?

1-

Mais oui, envie de changer « Journées nettes » pour « à cœur de jour ». Pourquoi pas ? Je songe, on le devine, au titre à donner au livre de ce journal qui sera publié à l’automne. Ce matin neige folle. Folle neige. J’aime donc voir ces petits flocons comme échappés à regret par le firmament. Chute au ralenti, dirait-0n. Image d’hiver calme et douce. Beauté. Ça y est, encore ce soir, sur TVA-TM, à 17 h. et demi, mini-débat avec la belle Maréchal. On fera écho à un rapport de Statistiques-Canada qui dit que presque 30 % des citoyens se voient et victimes du mal nommé : « la travaillite ». Moi qui fut longtemps pris de cette maladie (quatre jobs à la fois dans les années ’60 !)  je vais en maudire les effets.

      Il fallait nous voir, hier après-midi —halte de notre promenade-santé— nous prélassant à quatre sur un long banc d’une terrasse du Chantecler, le soleil nous inondant, un copule voisin et nous. Jean-Paul, 76 ans, et sa Pauline, se reposant des glissades à ski. Quelle audace, non ? Je les félicite. Si peu de neige cette année que nous ne sommes pas allés, pas une seule fois, à ski de fond sur les pistes du « P’tit train du mord », Aile et moi. Honte un peu! Hâte de reprendre nos vélos dès avril.

         Dimanche soir,  embarras : regarder le Gala des Oliviers et vouloir aussi regarder 9/11  alors que le  magnéto enregistre une troisième émission. Ça zappait rare ! Nos humoristes ont fait un excellent boulot. Nous avons ri très souvent. Plein de maudites pubs criardes et zap !,  on ne riait plus du tout aux images de deux Français vidéastes à New-York qui, par hasard de reportage (sur les pompiers), sont soudainement happés par le bombardement kamikasien des tours du WTC. Reportage tragique, quasi-insupportable. Acheté par TVA dit la gazette de ce matin. Mais pas envie de revoir cette tragédie humaine qui donne mal au coeur.

2-

L’autre jour, au Musée Juste pour rire, j’ai dit au cinéaste Melançon notre bon plaisir pour sa série « Asbestos ». Le deuxième épisode était fort bien mené encore une fois. Un monde comme antique, il me semble. C’était il y a mille ans, il me semble,  que l’on traitait les ouvriers des mines comme des abrutis sans importance. Mais non, c’était il y a cinquante ans seulement. Incroyable !

       Une fois de plus, je vois l’ouverture du télé journal à Radio-Canada avec fanfare du « fin du monde ». Un décor surchargé, étincelant, clinquant même, très « nouveau riche ». Ambiance « star-war » ou quoi ? Folie visuelle prétentieuse là où le peuple qui entretient ce réseau du peuple, très public, dot être intimidé (?) par ce chiard visuel d’arriviste. Quelle bêtise. Du buzzy, du funky, du fuzzy de tintamarre de foire commerciale pour une vente de bébelles électroniques alors que la télé d’État devrait être sobre, sérieuse puisque c’est le moment d’informer le peuple des actualités, ce n’est pas un show de Véronique Cloutier hein ?

       Une gentille dame, hier soir, me contacte : « Vous,  un si bon conteur, vos viendriez en studio pour jaser dans notre série d’émissions documentaires où l’on parlera « mafia montréalaise », pègre québécoise, famiglia Cotroni, votre époque non ? » Moi, tout surpris ! Y seront des chroniqueurs judicaires comme le vétéran Lysotte ou le ministre Charbonneau (tiré à bout portant, lui, au Devoir), aussi la « victime » miraculée, Auger, d’autres « connoisseurs » en crime organisé. Ils décideront mais j’ai bien dit que j’étais ignorant en cette matière, que des « légendes urbaines » dans mon Villeray natal. Un « blind pig » au coin de la rue, un petit « bordel à bras » à un autre coin de rue. Des potins, des rumeurs quoi ! Certes, je pourrais lire des livres sur le sujet et puis jouer « l’historien de service ». Pas trop intéressé.

       Cher journal ! Hier, lisant dans du vieux journal mien, je trouve : « Lu tome 5 du journal de J.-P. Guay. Que de piques terribles ! Un acharnement de ma part, des lettres d’injures quasiment et le Guay imprime tous mes envois brouillons. Avoir su ! »  Je descend à la cave chercher ce Tome 5. En effet, chaque fois que Guay —rencontré lors d’une émission littéraire— m’expédiait une lettre, je lui répondais comme pour m’en débarrasser, surtout pour le secouer car il se plaignait sans cesse de manquer d’argent mais refusait tout boulot.

        N’empêche que son journal, que je n’aimais pas —rempli de prénoms inconnus, de cachettes niaises— me donna le goût d’en tenir un dès 1987. Cela formas deux tmes, j’en ai parlé. Je me promettais de faire tout autrement que Guay, d’être net et « clair de nœud. » Je lui dois donc ma manie de journaliser…avec tant de bonheur depuis le 15 décembre, quand je m’y suis remis.

       J’ai abandonné ce « Pars vite et viens tard » de Frédérique Vargase. Trop franchouillard à mon goût. Aile s’y met maintenant…juste pour voir. Trois nouveaux bouquins devant moi  —quatre avec ce curieux « Parfum de cèdre » sur ma table de chevet— un de Joseph Kessel, un de madame Giroud (du journal, miam  !)  et un autre…dont j’oublie l’auteur.  Tous choisis à la biblio du village à trois coins de rue, là où l’on se garnit surtout de « best sellers » sans doute demandés par la multitude.

       J’ai lu —aux portes de l’École hôtelière—des pages du Kessel, celles d’un style vivant, d’une manière pétaradante, sur un New-York inquiétant, celui de la « Crise » fameuse. Kessel y fait (il était alors journaliste pour « Le matin ») des portraits effrayants des chômeurs, des quêteurs partout, d’une chic Fift Avenue déconcertée, démantibulée, —écriteaux « à vendre » ou « à louer » tapissent les vitrines vidées—  photos littéraires dynamiques de cette méga cité effondrée par le  Krach de 1929.

        Sorte de reporter surdoué le Kessel ! On y est vraiment , on rôde avec lui dans les cantines de rue, dans les dortoirs improvisés, dans des refuges de misère humaine totale. Grande hâte de retourner vagabonder avec lui. Quel guide brillant ! J’ai un peu lu aussi des pages quand Kessel est à Berlin, qu’il découvre, en 1930, la montée du nazisme et ce démagogue «  fou mégalo » à moustache. Il décrit, fasciné et inquiet,  ces fêtes bizarres avec torches dans la nuit, étendards, drapeaux et fanfares, saluts des foules hypnotisées « à la romaine » à une Allemagne ruinée qui doit redresser …via le fascisme absolu. Pages étonnantes d’un observateur de Paris qui sent que le monde va se fracasser bientôt dans des tueries jamais vue encore. Ah, lire ! Quel plaisir total, même avec ces pages d’anciens bouquins !

3-

Lire ? Ce matin, René Bolduc (Le Devoir) s’insère dans la querelle :auteurs d’ici ou auteurs de France aux collèges ? Il y va carrément et il n’ y aura plus de chicane. Il renvoie dos à dos les Cornellier et les Ricard.  C’est tout simple, dit Bolduc, de France ou du Québec, les jeunes ne veulent rien lire, ne plus lire. Ils n’en ont que pour cinéma, Internet, vidéos, la vitesse.

      Bang ! Ça vient de finir, rangez vos épées… « les intellectuels », dit-il. Le Bolduc est pessimiste ou dit-il vrai ? Il parle de la fin de « la culture des lettrés », avance que des Prix Nobel s’enferment dans « leur culture hyper spécialisée, alors qu’un savant jadis…. » Il jette donc l’éponge ? Bolduc achève par « devons-nous capituler devant la culture technicienne, utilitaire, vouée à l’instantanéité. » Jugement pressé ?   

       Diable, il m’a fait peur savez-vous ? Puis, voyez comme est fait un optimiste à tout crin,  je me dis : « bon, il se peut qu’être cultivé, désormais, change de sens. » Combien de fois j’ai entendu des enfants —oui, des galopins aux écoles— me révélant des notions diverses (scientifiques ou autres) que moi, cinquante ans plus vieux qu’eux, j’ignorais ? Est-ce que ce fait indubitable fait que les « anciens » nous devenons pleurnichards, nostalgiques.

      « Bouhou, bouhou », écrivaient nos phylactères de bandes dessinées… « Snif, snif, bouhou, vous allez pas, ingrats jeunes gens, jeter ma bonne vieille culture d’antan  ! » Je sais plus. Ce refus de paniquer, j’y tiens. Je me souviens trop bien des chialeurs démontés de mon temps d’élève des écoles et collèges : « Chenapans incultes ! C’est une honte ! Vous êtes, tous les jeunes de 1940, de 1950, des crasses petits poltrons ignares ! »

Nous aimions trop le cinéma, le jazz, pas assez Bach, Mozart et Beethoven, nous allions vers le surréalisme, l’automatisme , la poésie nouvelle, nous levions le nez sur Balzac, Flaubert et Zola, nous préférions Camus ou Malraux. Tous les Victor Barbeau du territoire nous vouaient aux hégémonies !

        Non, je ne sais plus trop…. 

4-

Je me trompais. Ces « Monologues du vagin », selon une éfiante Nat Pétro, (La Presse de ce matin), font un spectacle (au « Lion d’or ») plein d’humour, capable même d’autodérision,  n’ont rien des noirceurs féministes à la vieille sauce revendicatrice. C’est bien noté. Elle dit : « festif », adjectif à la mode.

      Autre thème très actuel : les femmes en « porteuses de bébé pour les autres. » Gilles Masse sermonne l’éditorialiste Ouimet. Comprenez-donc, dit-il, que des femmes infertiles (ablation d’utérus par exemple) vivent un grand bonheur, un besoin enfin accompli. Réponse : « Oui mais.c e sont toujours des filles pauvres, vulnérables, qui font cela pour un peu d’argent. Un bébé, continue Ouimet, n’est pas un objet qui peut s’échanger. Elle parle d’histoires qui, parfois, finissent très mal. Qu’en penser ? Je réfléchis.

 Oh ! s’amènent les techniciens en « duplex » de TVA. J’y vais.      

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