En
Inde :
vandalisme québécois scandaleux
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lettre ouverte du 9 mai 2002
1-
Hier,
mercredi, soleil tout l’après-midi, de retour de « Montréal-théâtre
et dentiste », bain solaire sur la galerie en chaises
longues, la rouge pour bibi, la jaune pour…baba. Aile. Avec
lectures. Des textes d’un jeune voltairien québécois,
bourgeois de Rimouski par sa maman, père disparu en colonie
anglaise lointaine, soldat juvénile en Italie pour les Républicains,
avocat par accident, anticlérical farouche, esprit libre, ouf !
Arthur Buies (livre paru chez Trois-Pistoles ); devenu vieux et
re-converti au catho, marié sur le tard, l’arthur se fera—payé
par l‘État— publiciste des « Pays d’en haut »
niché dans la soutane de ce gros curé-sous-ministre
(Labelle), personnage étonnant, ami de Mercier, alors
« chef » d’un Québec qui redressait un peu la tête.
Une lecture illustrant une fin de dix-neuvième
siècle Québécois captivante et
cela vingt ans après la Rébellion, celle
de nos vaillants et impudents Patriotes.
Ce matin :le sombre. Le lait là-haut.
La blancheur d’albâtre partout. Ouash ! Ce journal « à
nourrir » régulièrement m’accapare trop. Je ne
retraitais pas pour me soumettre à un nouveau carcan, hein ?
Je viens de faire oublier mon
testament , j’ai organisé « ma » cérémonie des
adieux à… écrire dans ce tout récent « Écrire ».
Non ? Ai obtenu
« trois étoiles » par le « maître d’école
Martel », non ? C’est que j’y arrive mal. Tenir journal
est une discipline. Je hais les disciplines. Je songe donc à le
quitter. Du moins pour l’été. Disons de
juin à octobre. Ça fera pas de grosses vagues. « Ce
qui est gratuit ne vaut rien ». Un adage faux ?
Onze messages sur mon écran ce midi
! Plusieurs « in english » ! Chaque fois, sans répondre
vraiment, je gueule (par écrit) « EN FRANÇAIS SVP ! »
Fait-on cela toujours, toujours,
dans nos murs ? J’espère.
Donc vu, mardi soir, le Buissonneau
au théâtre « Go ». Non mais quelle connerie ce nom
de théâtre ? Le « Go ». Une bêtise rare. Choix de
son animatrice hors du commun, la costumière Noiseux ? Sais pas.
Rue Saint-Laurent : bâtisse mode « structure à
l’air », minimaliste. Tristounet.
Pas assez de subventions à ces architectes nouveaux ? En
dedans, froideur mais du sacré bon café au petit bar du fond. La
salle : encore ces nefs froides comme à « L’espace
C. ». Il n’y a donc pas d’équivalent nouveau à ces
merveilleuses vieilles sales de théâtre d’antan (et, jadis,
de cinéma souvent) ?
Décior : des tables de café,
des chaises, un écran (inutile et mal orné avec des images
d’un peintre de Paris !) Plein paquet à surprises textuelles,
Tardieu (sous-Queneau, sous-Prévert ?) et de bons moments d’un étonnement fantasque. Beaucoup de
temps…moins forts. Le jeu avec le lexique et le sens des mots,
ne m’a jamais beaucoup attiré. Tardieu offre parfois de
lumineuses acrobaties verbales et mon Paul B., c’est sa veine,
sa hache, son terreau de prédilection, s’y ébroue (comme un
jeune chien qu’il est resté, Dieu soit loué). Une soirée
divertissante dont, hélas, il ne reste rien.
Je serai toujours, au théâtre, du
coté d’un Arthur Miller
(pour prendre un seul exemple) celui de « Mort d’un
commis-voyageur ».
Aimer ou admirer.
Tout est là. Tardieu et ses
semblables (Beckett, Adamov, Ionesco) sont des gens de cirque
(cirque langagier). Oui, on est épaté ici et là et oui, hélas,
on est pas ému. On n’est jamais bouleversé. Il n’y a que des
exercices brillants et la petite troupe du « GO » est
pleine de bons talents, très capable de rendre ces vertigineux
jeux avec les phrases…folles, ambiguës, alambiquées,
surprenantes. Théâtre moderne ce « Cabaret… » ?
Oui et non. J’aime les textes modernes, j’ai aimé —seul
exemple— « Le
ventriloque » de l’ « autre » Tremblay,
au même théâtre. Il me faut une histoire, on peut me la narrer
n’importe comment, de façon avant-gardiste et sans le vieil
ordre chronologique si on veut, mais je reste froid s’il n’y a
pas un récit, oui, une histoire.
2-
Hier matin,
Aile chez son dentiste. Je fais des achats dans le quartier et
vais à la « banque Desjardins » puisqu’il faut dire
« adieu » aux Caisses pop, ce me semble. Puis,
n’ayant pas apporté « mes » livres, je relis ce
« Ethel et le terroriste » qui traîne sur une table
de coin. Eh bien…c’est génial ! Oui, oui, génial. Hon ! Quoi
? J’aime faire rire de moi, moi ! Ce texte rédigé en un seul
week-end me prouve aussi, hélas, que je serais probablement
incapable de répéter un tel haut fait (gagneur du
prix France-Canada dans le temps, 1964).
Maudite vieillesse ! Et puis, in
petto, je me dis : tu pourrais t’y essayer, juste pur
voir. On sait jamais. Le démon sur mon épaule ? Un fou hen ?
Aveu encore gênant ? Aggraver mon cas, ces temps-ci, pas mal
narcissique ? Oui. La veille, la télé si plate, et rien à lire
encore, je sors d’un rayon à livres, mon tout premier bouquin : « Et
puis tout est silence » (1959). J’ai beaucoup apprécié. Hon !
Hon ! Rions, c’est l’heure. Oui, j’ai trouvé cela fort
estimable pour un premier essai. On y voit des maladresses, ici et
là, c’est évident, aussi des mauvais emplois de mots, de
tournure de phrases. Et quoi encore ? Je me suis surtout amusé de
déceler des tas de thème qui, par la suite, me reviendront et
seront repris. Mieux exploités, oserai-je dire.
Ces deux lectures auto- rétroactives
firent qu’hier, au soleil, je cherchais une novelle histoire à
conter. Je tentais d’imaginer un « dernier » roman.
Sur mon écran cervical (oh !) défilaient des idées de roman,
des tas de personnages. J’ai fini par me calmer et surveiller
d’un œil, les « tits zoiseaux » de mes alentours.
Le lilas bourgeonne gros. Le bouleau nouveau aussi et le
sorbier à mi-côte du terrain et les innombrables chèvrefeuilles.
Tout va péter, éclater bientôt et nos regards seront émerveillés
une saison de plus. Au prochain jour d’ensoleillement, ce sera
les feuilles toutes neuves. Le beau vert de la terre avec le bleu
du ciel. Vive l’été qui viendra !
3-
Encouragé par
mon auto- adulation naïve :voilà que je traverse (un peu en
diagonale) mon « Alice vous fait dire bonsoir »
(1985). Ah b’en là, dit le ouistiti. Quel talent unique ! Faut
que j’en expédie une copie au critique Stanley Péan se
proclamant « amateur » de nos polars. Il y verra un véritable
chef d’œuvre !
Non mais…
Suffit ! Du calme, candide lecteur de ses ouvrages. Franchement,
ce Alice-polar est digne de n’importe quelle histoire du genre.
Je n’en reviens pas. Hein ? C’est moi qu ai pondu ce « Alice… »
? Épaté, je suis. Riez, riez ! Mon détective retraité, l’as
Asselin, buveur de Pernod, fumeur de cigarillos, a obtenu un
contrat bizarroïde. Il doit surveiller des voisins dans un logis
loué pour lui par une Marlène étrange d’Ottawa (là même où
je venais d’emménager, rue Querbes ), et découvrira une
rancune « juive » renversante. Un dénouement
effroyable ferme le récit. Une fois de plus, me voilà tout
stimulé à composer un… « dernier » roman. Et ce
testament, et ces adieux ? Je suis fou.
4-
Fèves germées,
cailles, potage tomate-patate, gâteaux pris à l’École des
mirlitons marmitons, hier. Soleil reluisant, ado avec un Kodak
luxueux qu rôde, sur la galerie du « B and B » d’en
face, un homme affalé sur un banc. Parking de l’église d’à
côté plein de chars. Bingo ? Une Jaguar décapotable blanche.
Deux gamins courent derrière un ballon de soccer. La vie, la vie.
Un vieux numéro de février
dernier, l’hebdo
gratuit « Ici », pris
dans l’entrée. Le Robert Lévesque fou récidivait,
affirmant détester, « sans les avoir vus » (!), les récents
films d’ici. Ça fait peur !
Hier midi,
Chemin Bates, suis allé saluer Lynn à sa cantine de « Publicor ».
Je gueule à la troupe des scribes : « Vous venez d’être
acheté par TVA, vous le saviez ? » On rigole. Cadeaux pour
mes deux petits-fils. Une jeune dame me salue familièrement, me dit qu’il y a longtemps qu’on
s’est vu ! Je ne la reconnais pas mais je fais mine de…Danger
des « notoires » qui font de la télé. Certains ont
l’impression qu’on voit le monde dans les salons ?
C’est le « si je t’ai vu, tu m’as vu, non ? »
Tout va si vite.
Un observateur du journal : «
Vous faites du coq à l’âne…dur à suivre. » Quoi ? Reproche
irrecevable. C’est cela, justement, un journal, cher monsieur.
Vu un film loué hier soir : « The others
» (Les autres). En 1945 : une dame bien (vivant et ses
deux enfants) engage trois domestiques pour l’entretien d’un
vaste manoir sur une île Normande. Le papa est en France mais
la guerre vient de finir. On guette son retour. Les
malheurs commencent. La fillette voit des choses, une vieille, un
couple, un garçon se nommant, dit-elle, Victor. Des esprits morts
? Bruits étranges au grenier ! Vous voyez le genre?
Maman affolée. C’est long, c’est bien lent. À la fin,
un coup de théâtre étonnant. Ouengne :un film
divertissant. Reste rien. Et je n’ai guère le goût de revenir
à ce « Mausolée… » sodomiteur de Guibert. Avons
regardé, Canal D, « Histoire
à la une », une fois de plus. Hum ! Fidel Castro en grande
vitesse, ellipses niaises, puis « Le Ryan du « non à
une patrie » , avec les Yvette », rafales
d’assertions; bref, décevant encore une fois, c’est « L’histoire
à la brume ». Le Charron ne reviendra pas la saison
prochaine. Eh !
4-
Rêve bizarre
cette nuit, de nouveau, constatation encore que les rêves se
tissent à partir de réminiscences de veille : défilé de
la Saint-Jean (je pense à un conte pour CKAC là-dessus), j’y
amène les enfants, puis, je suis à Pointe-Calumet revisité (Jodoin,
mon voisin, me parle de « lui » installé dans un
texte d’ « Écrire », hier soir), grange vaste,
un monde à la Fellini (on a parlé de Fellini Aile et moi), des
gens de cinéma concocte un film, je refuse de m’en mêler,
Gaucher et de Santis (j’ai pensé aux amis de jeunesse, hier,
sur la galerie) me mettent en garde contre ces gens de cinéma,
soudain, je dors avec un des fils de Marco. (Hier soir, David et
puis Gabriel me téléphonaient ). Mon gendre, interromps notre
sieste sur un quai de bois peint, Marc mécontent veut reprendre
son fils, agressif. Moi, plutôt
étonné, je lui résiste. Il tire sur son garçon mal réveillé.
Il me semble jaloux de moi, du papi-gâteau !
Il caresse son fils, lui parle doucement, le prend dans
ses bras et… me fuit ! Je me réveillerai.
En vérité, j’ai songé parfois
que mon accaparement, jadis, de ses fils, pouvaient l’encombrer.
Lui au travail et moi (1985-1998), retraité et très libre pour
les conduire en excursions diverses. Fou, non ?
Un choc profond pour Aile et moi hier
soir. On songe à monter dormir et, dernier coup de zapette, à la
télé de la SRC, un documentaire d’un certain Brouilette sur le
cinéaste défunt Gilles Groulx. À « Vues d’ici »,
le titre : « Trop c’est assez. »J’ai connu
Groulx, vingt ans comme moi, en céramique. Beau jeune homme aux
cheveux blonds, aux yeux d’un bleu clair. Il y resta peu de
temps.
Le choc ? Lui en vieillard prématuré,
vivant comme un misérable clochard
dans un sinistre refuge pour débiles. Silhouettes inquiétantes
tout autour de lui. Des gens perdus, fauteuils roulants,
marchettes cognée en couloirs, la télé sans cesse dans un coin,
les grosses bercantes rassemblées. La vie écrapoutie ! C’est
trop !
J’en suis complètement secoué. C’est assez ! Aile pas
moins abasourdie que moi. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? On ne
le saura pas, hélas. Une interview pénible, libre, pas du tout
explicative. Effrayantes images, effroyables propos confus de
Groulx. L’horreur ! Nous sommes fascinés, malheureux, rivés à
ces images infernales. Groulx, barbe hirsute, grise —il a cent
ans ?—cheveux effilochés, buvant au goulot et tentant de
rassembler péniblement les souvenirs du jeune cinéaste censuré
qu’il fut à l’ONF. Groulx
fut une sorte d’imitateur suiveur des pires conneries
insignifiantes du Jean-Luc Godard dépouillé si subitement de ses
premiers dons. Des extraits montrés, on se souvenait des
incohérences « révolutionnarismes d’un cinéaste
mal équipé intellectuellement pour dénoncer efficacement les
abus « du monde à consommations » acceptées. Un
Patrick Straram, un Vanier, poète illuminé bégayeur de
condamnations floues. Tout ce pauvre carrousel de nos
ivrognes—ou drogués— marxistes. Le gang de gaspillés, généreux
et futiles, ces bohémiens désaxés des années ’70.
Deux heures de douleurs ! C’était
un film amateur, pas assez… clair, trop…confus pauvre
jeune Brouillette.
Le pire si j’ose dire : les pubs. Sans cesse. Aux
huit minutes. Par paquets. Voir Groulx se noyer et devoir endurer
ces spots crétinisants. Faire cela à un tel documentaire c’est
pire que la pire pornographie. Une honte pour Radio-Canada.
Une de plus. Au moment où les
patrons jouent aux malins avec les grévistes en ce mai de 2002.
Un patronat qui vient de se congédier (et qui le sait fort bien)
ce matin, les syndiqués venant de refuser les offres. C’est
certain cela, c’est classique avec une telle corporation fédéraliste,
tout comme en mars 1959, la grève terminée, Ottawa congédiait
tout la bande de ces patrons incapables de « garder la paix
syndicale » : les Ouimet, Viens, (Colbert, Lamarche, un
peu plus tard), Jean-Paul Ladouceur, lui, « drette là ».
5-
Vu l’autre
soir, en reprises à TVA, le « meilleur » du Grand
blond. Hilarant ! Oui, décidément ce Marc Labrèche est un
animateur hors du commun. Il peut devenir fou rare. Capoté.
Iconoclaste. Audacieux Ses bafouillages (visuels ou sonores)
finissent par arracher l’adhésion si vous avez un peu
l’esprit surréaliste. Faut le faire ! Chapeau, son amateurisme
accepté, ses intuitions débridées, ses improvisations
surprenantes font parfois florès. À fond ! Hors du « meilleur »
il faut endurer souvent de invités niais, des trous noirs,
des ratés et des bavures, des déchets quoi. La loi des
aventureux ?
On offrait un milliard sept cent
mille piastres à une « balance », un indicateur de
police. Salaire faramineux pour un voyou, un tueur, un bom, un délateur
sans vergogne.
La police —qui nous protège est
riche de l’argent public, celui des travailleurs taxés et imposés
!— doit donc verser
une fortune colossale pour obtenir des preuves.
Preuves valables quand une charogne
humaine —la lie de la terre—
bavant sur une autre charogne humaine ! Eh!
Aile — comme moi—
a bossé trois —presque quatre— décennies pour avoir
quoi ? Un demi-million, un million au bout de sa carrière ?
Pour une infirmière c’est un peu moins ? Pour un agent
de police c’est un peu plus ?
Il n’en reste pas moins qu’il faudrait neuf cent
existences bout à bout de salariés ordinaires pour ramasser ce
pactole offert par la police pour faire cracher le morceau à un
assassin...repenti ! Repenti ! Hum !
Fin de ce conte de fée monétaire:
le bavard se tuait ! Cri, cri, cri, mon histoire est finie !
Un conte amoral !
6-
Ce matin,
festival à Cannes, photos de Woody Allen partout. Et moi
incapable de ne pas songer à ses photos pornos prises avec une
ado (devenue sa fiancées !) qui était sa fille adoptive en
quelque sorte, dont il avait charge morale. Je ne puis plus
admirer ce créateur. C’est ainsi. Je suis bin ancien, hein ! Ma
vive déception quand ceux que j’ai admiré se montrent soudain
en crapules infâmes. Du déchet humain. Ainsi pour Picasso, que
j’admirais tant et qui s’avère (à mesures des témoignages)
un père absolument (et écoeuremment) dénaturé.
Dans le sérieux magazine IUSA
« Variety » : au bout des appels hystériques
d’Américains pour le boycott du Festival de Cannes —qui se
tient en cette France « horrible »— oui, « Variety’
ose publier que la France de mai 20023 est exactement comme la
France nazifiante de 1942. Folie ? Francophobie (mais oui !)
couvante qui se déculpe ? Maladie mentale ?
« Variety » n’est pas une poignée de
hypocondriaques sionistes ! Au pays où il y a le plus de Juifs
(après New-York) et d’Arabes, il subsiste quelques têtes brûlée,
c’est inévitable, disposées à brûler des synagogues et à
renverser des tombes d’israélites.
De là à comparer l’ex-France envahie (et certes en
bonne part docile et même favorable
au pouvoir « brun », —il faut pas craindre de le
dire désormais) et la France de 2002…Des dieux juif sont tombés
sur la tête aux USA. Exagération farfelue et donc insignifiance
mais il restera des traces pénibles entre Hollywood-Variey et
Paris-Cinéma.
7-
Le chef
Laviolette (CSN) et le chef Landry : rien ne va plus ?
N’empêche le grand chef syndical a raison. Récompenser un
Mulroney, travailleur du fédéralisme infatigable, en faire un héros
québécois (médaillé) est une connerie rare. Parler des beaux
efforts de Brian pour deux traités honnis (Meech et
Charlottetown), des offres combattus par tout
le Québec souverainiste …
Landry a besoin de repos, c’et
urgent.
Ce matin, colonne nécro :
« mort d’un inconnu ». Un de plus. Encore un. Qui
est le sulpicien Wilfrid Éthier ? Eh bien il était un professeur
savant, dévoué et estimé des collégiens du collège Grasset,
il y a longtemps. Un inconnu vient de mourir. Il ne saura jamais
qu’un élève se souvient de lui, dans son journal intime, à
Sainte-Adèle. Paix à ses cendres !
Et moi,, pas mort encore ?
Non. Je sors de la clinique du docteur Singer. Jour de son
rapport des analyses récentes . Eh bien, mes affreux contempteurs
vont en baver. Tout baigne ! Je suis en bonne santé, cœur,
ooumons, reins, alouette ! Il n,’y a que ce satané mauvais
cholestérol. Mais il va me régler ça. Qu’il dit. Une diète !
Ah misère ! Adieu École des marmitons, leurs sauces grasses (si
bonnes) à la française ! Singer m’a parlé comme un Montignac.
Pas des trois maudits P. Pomme de terre (en frites !), pain (trop
sucré) et pâtes (mes délices).
Aile ravie de ce bilan mais un peu énervée de devoir
changer ses menus, s’adapter, adopter les mets dans les trois P.
Tantôt elle allait acheter du…poisson ! Ouash ! Et du pain de
blé entier. « Fini le beurre, qu’elle me dit, on va faire
comme en Italie du sud :huile d’olive pure (machin à froid
) dans le beurrier ! » Oh oui, je vais râler. « Et
des légumes… » Oh Seigneur ! « Et des fruits
mossieu le diariste ! »
Ouengne, pas trop!
Et me voilà avec l’achat d’un
gros flacon de comprimés (sans ordonnance, au magasin voisin de
la clinique) de…de quoi ? « Chol-Aid ». Ce docteur
Singer, ça m’arrange bien, n’aime pas trop, le chimique,
penche vers les produits naturels. Bien.
Un comprimé de chol-Aid avant chaque repas ? « Oui,
et avec un verre d’eau », dit le vendeur de choses
naturelles. Il méprise les pilules de magnésie, le pepto-bismol
(mon sauveteur d’indigestions), et un truc que Daniel, mon fils,
me recommandait, il y a peu. « Tout cela n’agit pas
bien comme le chol-aid qui a trois fonctions, lui… contrarier
l’acidité, installer dans l’estomac… Expédier dans le
sang…» Blablabla ! Bouché en cette matière, bibi !
Bin, bon. On verra. « Revenir
me voir, ici, pour examiner le progrès, dit Singer le toubib. Ce
foie « trop paresseux », hérité de qui ? … On va
me priver de ce que j’aime. Adieu les gâteaux de l’École…Ah
je souffre d’avance. Mon royaume pour un morceau bien sucré !
L’Aile si heureuse pour tout le reste : « C’est
pour ton bien, Cloclo. Tu
vois tout va si bien à part ça, chanceux, il n’y a que ton méchant
cholessse ! »
Je pense à ce beau jeune homme de vingt ans, aux yeux si
bleuis, aux cheveux si blondés…et qui est mort, lui,
en 1994 dans une refuge sordide, Gilles Groulx. Je pense
aussi à un talentueux gaillard, cinéaste, doué lui, sans mémoire
désormais, désespéré. D’un pont, ll s’est jeté à
l’eau. Dans la poche du noyé on a trouvé un bout de carton,
c’était écrit : « Mon nom est Claude Jutra. Je suis
cinéaste »
Écrit pour lui.
Promis, Aile tendrement aimée, je
serai docile.