|
1-
Pour
nous réveiller plus tôt, nous laissons les stores pas mal
ouverts désormais. Ainsi je vois le paysage en me réveillant. Ce
matin, vue bizarre, impression d’immuabilité. Brel :
« plus rien ne bouge ». Aucun vent, pas la moindre
brise. Les sapins droits debout, les feuillus aussi comme en arrêt
de vie. Hautes épinettes si droites. Du stand-up…comices ? Et
le silence total. Pas un son. Pas d’oiseaux ? Ils
grassesmatinent (mon
plaisir de néologiser) ? L’amour
et la tendresse. Caresses ailées. Remuement conjugal autorisé
—toléré— par toutes les églises même si on est pas mariés
! Et Aile, légère, chantonnant, ira au lavabo la première. Je
roupille heureux. Ouvre et ferme le regard. Atmosphère un peu
surréaliste derrière la moustiquaire des deux larges fenêtres
sur le lac. Garde-à-vous, nature ! La fin du monde sans prévenir
personne ? Enfin,
rompez : une toute petite brise agite mon « flag »
bleu et blanc, ça vient du nord-ouest. Ciel couvert. Humidité
comme hier, je la sens.
Tant s’imaginent que, connu, tout
roule dans l’huile. Oh non ! Les attentes se multiplient.
Exemple :l’éditeur de « La petite patrie » ne
répond pas à mes courriels. Je veux leur accord pour cet album
illustré de mes aquarelles. Rien. Silence des Graveline et des
Soucy chez « Ville-Marie-Sogides ». Les écrits
restent ? La peur de…
L’existence des créateurs est tissé
d’attentes. Qu’est-ce que ça doit être pour les « pas
connus » Seigneur ! Ainsi, un projet de série-télé —« un
retraité tranquille se fait happer dans un cortège de
trafiquants véreux »— fut déposé chez l’héritière
de Claude Héroux (retraité, lui). Pas un signe. La politesse ?
Bof, le monde des affaires ne connait pas ce terme. Même projet déposé
plus tard chez Fabienne Larouche (« Aetia »). Silence
après un mot gentil : « Merci de l’envoi. Je vais
lire cela, Claude et je vous reviendrai». Air connu que ce
« je te reviens là-dessus ». À TVA, Chamberland
(parti depuis), recevait un projet : « vie dans une
station de radio commerciale », j’étais à CJMS. « C’est
bon, bonne idée. Je te reviens… » Souvenir : aux
archives de la B.N. : « Avez-vous dans vos cartons
des romans abandonnés, des avortés ? » Moi : « Oui,
beaucoup ! » Eux : « Ah, parfait, excellent
! » Étonnant, non ?
Courriel d’un ironiste doué,
Daniel Marleau : humour toujours, fines drôleries. J’en
suis stimulé. Il reste léger (légèreté de l’être, Mister
Cioran ?) malgré un deuil tout récent.
2-
Vu
hier soir Harvey Kettel à ARTV.
Vive la télé ! Un formidable acteur raconte ses débuts,
ses bons coups et ses méchants…. Passionnant. Aux actualités
ensuite : déprime. Des enfants tués des deux bords. Israël
et Palestine à n’en plus finir de sang et d’horreur. Arafat
appelle l’Onu, les casques bleus !
Aile en safari nouveau »
assassinat de fourmis sur la galerie. Bombe aérosol. Bien brave
ma belle Aile …pas comme avec les écureuils…
Hier, Carole, la sœur de ma bru :
en cinq minutes, en dix clic-clic, elle a pu me raccorder avec le
courrier…démanché par mes réparateurs. Éblouissant pour un
nono en machines ordinées.
Facal se l’ouvre et le chef des
cuisines péquistes,Bernard, pas content.
« Assez de sucer les clases moyennes », dit
Joseph.
Les
travailleurs, cols bleus, blanc, rouges,
se font piquer leurs sous mécaniquement, n’ont pas de
conseillers fiscaux, eux.
Des messages (chers courriels !) me
stimulent, mon marcogendre avait donc raison, ils me disent : « on
découvre vos romans, on vous lit ». Le journal m’apporte
donc de nouveaux amateurs de mes proses diverses. Chaud au cœur.
Dégoûtant reportage hier à la télé
sur les petits pieds obligés des Chinoises : un martyr pour
bons mariages. Sottes traditions ! Barbarie. Clitoris coupés
ailleurs. Sales coutumes. Les languedeboisés
disent : « respectez les traditions ancestrales
des autres ». Mon cul !
3-
Hier,
je fulminais contre la non-intégration volontaire des émigrants.
Dire clairement : oui, en cours de festivals divers, oui, aux
chants et aux musiques et aux danses exotiques. Non, quand on veut
s’installer parmi nous. « La bottine souriante »
obtient de bons succès en visiteurs, partout. Les Écossais,
friands de cette B.S. ne vont pas s’inscrire à une école de
« set carré ». Le enfants des émigrants souhaient
devenir des Québécois àpârt entière. Ottawa et ses sbires
subventionnent les ghettos :il faut absolument diluer ce 84 %
de la population. On nous dira un jour, le mal accompli : « Taisez-vous,
vous n’êtes qu’une partie de la belle grande mosaïque
canadian. Silence ! »
Hier, télé encore, un écolo crache sur le monde, la
foule , les masses. Il craint que le beau parc naturaliste qui va
recevoir les VIP (Groupe des 7) se détériore avec les améliorations
apportées. « Il y aura davantage de gens ici ». Ces
purs détestent le peuple ?
Souvenir :
il n’y avait pas de Parc Paul-Sauvé à Oka. Nous y allions avec
une clé clandestine. Gros cadenas des Sulpiciens dans le temps.
Maintenant, la foule. Certes avec des dégâts. Jadis ces gens
—qui ne vont pas à la mer dans le Maine— en jouissent de
cette plage immense. Bravo. Ils salissent, pis ? Les écolos
n’aiment pas le monde !
4-
Mort
d’Alfred Tramta, dessinateur exilé du Luxembourg. Il était une
sorte de dépanneur pour nous, les scénographes et
longtemps, avec un Jean Dion. Des petits jobs plates.
Indispensable Tramta pour les émissions de tables et chaises. Il
était modeste, souriant sans cesse, zélé, poli, se pliant à
mille contraintes quand il faut, subitement, arranger un studio
pour un invité de marque qu’on attendait pas.
Avec « Sursis pour
l’orchestre » et « Amen », j’en était venu
à détester les Allemands, toutes générations confondues. Stop
! Ce matin, bonheur en Allemagne. Au foot, le pays de Goethe vient
d’écraser les USA, en
Corée du sud. Photos de jeunes sprtrgs germains et allures d’un
monde normal. Ne pas oubloer, ces footballeurs n’étaient pas nés
quand les « vieux » se nazifiaient en vitesse saluant
bien bas Monsieur Hitler qui les protégeait des dangereux
communistes. La vie fonce.
5-
Un
loustic regrette (publiquement) la « parade »
familiale de la Saint-Jean. Il a raison. On fait cela le soir désormais.
Fini les enfants réjouis de jadis. La technologie préfère la
nuit pour faire luire ses effets visuels lumineux. Hélas ? Oui.
Cette année, pire, ce sera comme un long commercial (des plogues
) pour publiciser nos différents festivals, hiver et été.
Regrettable démarche. Souvenir : un Pierre Garneau m’enrégimentait
(avec d’autres scénographes) pour un premier essai de défilé
de nuit (1968 ?). Ce fut un grand flop. Nous avions pondus des
chars « modernes » beaucoup de plastique translucide,
de l’aluminium découpé, des formes avant-gardistes. Le défilépopulaire
du 24 juin : c’est la foule, des fanfares tonitruants, des
bouffons au soleil du bon Dieu, des « chars » aux
messages clairs et nets. De la candeur quoi ! Des prétentieux
marchands de bébelles « flashy » se trompent.
À entendre des grognons, il faudrait
leur changer le peuple.
Nation
nigaude disait le drogué et névrosé fils à maman, Baudelaire,
un surdoué en poésie. Ainsi le peuple n’aime pas les livres.
L’État des bourgeois (Diane Lemieux, Louise Beaudoin) va y voir : « Vous
allez aimer ça, la culture,
ou bin on va dire pourquoi! » On fait payer le peuple
gnochon, de force. Veut, veut pas. Des millions vont à entretenir
artificiellement les arts. Belle démocratie ! Ah oui, si on
pouvait changer de peuple, hein, les subventionnés ?
6-
C’est
quoi un esprit libre ? Celui qui peut écrire, librement, ce
qu’il veut. Faisons un pari : je donnerais mille ou dix
mille dollars à un Mario Roy (ou à un André Pratte) s’il ose
publier dans « La Presse » : « Il nous
faut un pays indépendant. Nous sommes une nation, nous devons
avoir un seul gouvernement ». Si je veux, je pourrais
publier une défense de l’état fédéral centralisateur. Si je
le décidais, je pourrais le faire. Je suis un esprit libre.
C’est cela, exactement : pouvoir exprimer ce que l’on
veut, librement. Les politiciens ne sont pas des esprits libres.
Il y a « la fatale ligne du parti ». Les esprits
libres sont rares. Et, jalousie, sont très détestés par les
enchaînés de tout acabit.
Ce Jean Dion, du Devoir, a du talent
à plein. Ce matin, parlant foot, il m’a fait encore rigoler. Il
écrit : « étendu dans mon divan en véritable
simili-cuirette »…Le comique ! Rare au royaume des sports,
cet humour. De ce côté c’est la gravité niaise pour chaque
match de quoi que ce soit. Se prendre au sérieux, c’est cela.
Et le ridicule ne tue pas ces « gérants d’estrade ».
La fille de Félix, Nathalie, voit à
perpétuer la mémoire du papa magnifique. On va inaugurer un musée
à l’Ile d’Orléans, le 24 juin. La fille de Riopelle, Yseult,
s’y emploie aussi. Et moi, ma fille ? Fera-t-elle quelque chose,
moi mort ? Hum ! Je veux un oratoire, une nef imposante, un mausolée
remarquable, je veux un monument…monumental…rue Bélanger,
angle Saint-Denis, là où l’on jouait à la tag, à cachette,
au cowboy, à moquer le buandier chinois, le guenillou « plein
de poux les oreilles plein d’poils », le maraîcher et le
marchand de glace. Là où je faisais le « cheval de coton »
avec tit-Gilles pour les cinéphiles du Château et du Rivoli.
Espoir mince.
7-
« Nous,
le peuple… » (comme dit la Constitution des révoltés de
1776 à Philadelphie) avons payé deux millions six cent mille
piastres pour acheter des tableaux de Riopelle. À Québec, sur
les Plaines de la Défaite, il y en avait 70, il y en a 270
maintenant. Idem au musée de Montréal. Vous êtes mieux ça du
Riopelle. On bin on y voir ! J’y reviens : la culture imposé.e
de force comme dans « L’hiver de force ». Fiez-vous,
nation nigaude, aux élites.
Elles
veulent votre bien. Cela dit, je tiens un « Pavane «
(triptyque) ou « La roue » pour des ouvrages de génie,
du génie dees couleurs, Riopelle. Sacha Guitry disait :
« On devrait remercier ce grand despote, Louis XIV, il nous
a mis notre argent de côté, Versailles rapporte encore et
beaucoup à l’État ! »
Remercions aussi l’État-gangster : Loto-ceci et
cela rapporte beaucoup à l’État.
Ce matin, N. Thériault du Devoir
m’emprunte un titre de roman, le cahier « Communications »
clame : Et tout est silence ». Titre de mon premier
livre. Chaud au cœur.
8-
Rêve
curieux. Vendredi il y a sept ou huit jours. J’observe un jeu scénique.
Acteurs masqués. Manèges bizarres. Menaçants. Ils tombent du
ciel. Plouf ! Je sursaute chaque fois. Plouf ! Pantomime confuse.
Grimaces comme m’étant adressées. Buissonneau m’approche
(que je rencontrerai il y a deux jours !) me tire la manche. Il
veut que je participe à ce jeu fou. Je résiste. Il en est faché.
Il me fait une démonstration. « Facile, non » ? Je
dois improviser. Un silence. On guette ce que je vais faire…ou
dire. Tiraillages de tous. Un comédien se confie à moi. Il en a
assez. M’invite à fuir avec lui. Un camion ramasse tout. Je
refuse de partir en tournée. Plouf !, surgit une sorte de gérant.
D’où tombent tout de monde ? Je cherche des yeux. Édifices
partout, escaliers à incendie, tours obscurs. Soudain, Jean
Letarte est à mon côté. Il rigole. Se fait rassurant. Me dit de
foncer. Il est rigolard.
Bizarre :certes, on venait de
m’inviter à cette fête pour le
50
ième anniversaire de La Roulotte. Sur la terrasse, vendredi
dernier, l’ai-je dit ?, à
une relationniste, je lui dis : « Deux anciens de
La Roulotte, Luc Durand et Jean-Louis Millette vont venir, je les
ai contactés » Elle sourit et passent alors, au même
moment, au dessus de nos têtes, deux
mouettes (ou goélands)! « Vous parlez au diable,
vous ! » Moi : « Non, au bon Dieu ».
À La Moulerie, rue Bernard, jeudi
soir, bouffe avec Aile, Josée et surgissent Louise Rémy et son
chum, Claude Bérard, un des meilleurs cameramen de la SRC, jadis.
Placotages en tous genres. Je is à la serveuse : « Louise
Rémy faisait ma mère dans la série télévisée « Booguie
Wooguie ». Elle : « Ah oui, , j’étais
trop jeune pour regarder ça ».
Ferme-la un peu, le vieux, les jeunes
ne savent rien de tes œuvres et de tes pompes. |