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1-
Au
lever, ciel gris. À midi,. beau soleil, nuage épars. Hier, séance
d’aquarellisme et…pas fort, fort. Vendeur de glace, de légumes,
enfants avec bolo, toupie (nos moines à pine de cognac !),
bilboquet. Doigts tachés de couleurs. Ouen ! Je dois mieux me
trouver une manière, un style. C’est trop …ordinaire encore.
Je m’énerve et, déçu, je
sors tondre le gazon —« la largeur de ma langue »,
Lafontaine. Ouf ! Deux pauses obligées : je vieillis !
Le soir venu, film loué par Aile sur
ma recommandation : « Histoires à raconter »,
avec sous-titres en français, ce qui est bien mieux que les satanés
doublages si souvent pénibles. Écrit et réalisé par Tadd
Solandz qui a du talent. Son deuxième récit est plus solide
(plus long aussi, plus étoffé) racontant une famille de
banlieusards bien bourgeois du New-Jersey. Un album de famille
effrayant, comique aussi, satirique et à l’occasion fort cruel.
Un jeune ado perdu.
Après ce film terrifiant et drôle
à la fois, l’Impro. Belgique versus Canada. Des platitudes. Je
n’ai jamais aimé ce faux-théâtre fondé par Gravel. De rares
grands moments mais devoir supporter les facéties vides des
improvisateurs rarement talentueux m’assomme. Aile m’a semblé
d’accord.
2-
Hier
midi, CKAC m’invitait à topogiser (!), par téléphone, sur
« les vieux qu’on jette ». Écho au topo de la
veille sur Tva. Je fonce. Coup de fil du « vieux »
Jacques Fauteux. Vétéran (des ondes) en forme et inemployé, lui
aussi, il rage. Il me félicite chaudement de mes condamnations.
En réalité je parle pour les autres puisqu’un écrivain ne
retraite jamais (pas plus qu’un peintre ou un musicien),
l’auteur est
toujours actif, se donne À lui-même de l’ouvrage (mon journal,
mes barbouillages ).
Aile, chanceuse, a pu décrocher en
douceur puisque, retraitée, la section « dramatiques »
de la SRC l’employait durant des années comme « coach »
(des jeunes réalisateurs) et lectrice (de projets).
Rire comme un môme encore mardi en
observant la Sylvie Moreau incarner avec tant de talent une idiote
niaise et folle même, « Catherine ». Un gang de
folichons l’entoure efficacement dont l’étonnante « vieille »
Dodo ! C’est léger, c’est vite fait, c’est une récréation
utile au moment où d’autres suicidaires au nom d’
Allah —ou akbar !
Téléphone du « pistolet »
trois-pistolien, Victor. « Le titre de ton journal ? »
« À cœur ouvert », que j’avais mis —en titre de
travail— serait le bon selon lui. Bien. Une chose de réglé. Et
des mercis à mes suggestionneurs nombreux. Il me dit :
« Tu sais que ton journal de six mois
va me faire un bouquin de 800 pages ! » Fierté.
J’aime bien la « grosse brique » à l’occasion.
Il m’invite à monter chez lui,
pour une causerie (« j’offre le motel, Claude ») et
surtout pour un « roast » à son ami Stanké (dimanche
le 28). Alain l’insolent expose dans son centre réouvert —après
deux ans de pause— ses belles sculptures sur bois. Aile me prévient,
l’agenda sorti : venue de la tribu au chalet ce même jour.
Je n’irai donc pas voir la mer troispistolienne, hélas !
3-
Vu,
mardi, location du vidéo-club, « Entre l’arbre et l’écorce »,
un très bon film. Un publicitaire à grosses gages « s’écarte »
dans l’immense parc de sa ville (Central Park ?). Une bande de
punks (Noirs et Blancs) s’empare du chic bourgeois, veulent son
argent et sa montre en or aussi ! Il se sauve et, désespéré,
grimpe dans un arbre géant. Va débuter une paniquante séance
aux cruautés sadiques. Révélations sur les jeunes bandits et
aussi sur ce « créatif », peu à eu on saura tout et
sur lui, infidèle mari juché dans son arbre, et sur eux, en bas,
combinant des plans diaboliques pour sa mort prochaine, vagabonds
dans la fleur de l’âge, paumés en des familles
dysfonctionnelles, etc. Un film
aux péripéties étonnantes. Écrit (bien) et réalisé
(bien) par William Philipps.
Même soir (et hier soir aussi) le
Bureau du « Point » conversait intelligemment avec Guy
Sorman, économiste (néo-libéral) et sociologue, un réactionnaire
étonnant (au sens littéral du mot). Plaisir d’entendre un
questionneur habile, brillant. Ce jeune Bureau est un phénomène
ici, il faut le louer. Sorman, allures d’une religieuse
travesti, sourires de jocrisse malin, refuse le titre de
provocateur. Je l’ai jugé (j’avais lu un
ou deux livres de lui) nécessaire. Il fait réfléchir. Il
étonne certainement étant pro-OGM, pro-cloning, anti-Kyoto, etc.
Son dernier livre « Le progrès et ses ennemis » veut
illustrer « la haine des intellos du monde face aux
technologies progressistes », selon Sorman. Il dira à
Bureau : « Tous ces gens, les écolos à gogo, Bové
et Cie, manipulant les médias, ne veulent que faire peur sans
fonder solidement les objets des craintes. Ils veulent quoi ?
Comme toujours, les pouvoirs, dont le pouvoir intellectuel ».
Sorman souhaite la controverse, la polémique, regrette le
silence des scientifiques : « Hélas, ils ne parlent
pas, jamais ». Comment ne pas être d’accord avec lui ?
Oui, partout, l’on craint les nécessaires engueulades,
confrontations. Oui, nous manquons de tribunes libres. Il dira : « Il
y a trop peu de sources fiables pour les informations. C’est
dommage ». De la bonne télé mais, hélas, avec des
publicités assommantes. I dit que la sublimation actuelle du fait
« nature » est un paganisme. Il dit que la méfiance
des intellos (et des écolos) envers le progrès est un funeste péril.
Ils se disent tous les anti-mondialistes, « de la « Résistance »,
titre aguicheur s’il en est », dit-il. C’est trop
facile, dit Sorman. « Résistance aux progrès, oui ».
On l’écoute aux
« Point », on voudrait protester, le questionner sur
les méfaits bien connus de tant d’aspects venus de ce qui se
nomme « le progrès ». Rien à faire, il n’est pas
devant vous. Ce qui compte ? Qu’un Sorman secoue nos
confortables certitudes. C’est
ce qui est bon.
On jongle à ses propos : Il
n’y a que les gros bourgeois de gauche
pour tant s’énerver du progrès des scientifiques. Le
coton ou le riz génétique
sauveraient de graves famines. U magazine comme « Nature »
ose entretenir des inventions « bonhomme sept heures »
de déconnectés de sciences. On répand des mythes, des bobards,
des a-priori nébuleux. Les tant détestés OMG pourraient
secourir les pays pauvres, Inde, Afrique, s’il n’y avait pas
cette résistance des nantis. Le clonage humain (« pas avant
des décennies ») ne conduit pas à la réplique parfaite
mais plutôt à la venue de simples jumeaux. Le « protocole
de Kyoto » (« qu’aucun pays n’a encore ratifié »
dit-il ) et son
projet de freinage énergétique retarderait les pays sous-développés,
Chine, Inde. Mais oui, on jongle…
4-
Hier midi, visite annoncée
au chalet d’un retraité de l’enseignement, Jacques. Fernande,
son épouse, est sauvé
d’un cancer. Médicaments efficaces cette fois. Rémission réussie.
Aile heureuse. J’écoute, ravi, la narration descriptive de
toutes les boutiques du temps de leur
rue Rachel.
Découverte d’un site le long de la
piste cyclable. À l’ouest de Val Morin, avant d’arriver à
Val David. Qui a installé une foule de mini-dolmens. Pierres sur
pierres et toutes dorées ! J’aime. Nous songeons à ces dolmens
improvisés sur la Côte Nord, entre Mingan et Natasquan.
Formidable installation naturaliste.
Lu tantôt, durant le lunch du midi
—toujours un sandwich— au bord de l’eau, une invitation à
un pique-nique des « Écrivains des Laurentides » !
Sur presque une centaine de membres, cinq ou six seulement qui ont
eu assez d’activités littéraires pour se faire une petite
notoriété. Je n’irai pas. Mes doutes sur l’utilité d’une
telle association quand l’UNEQ, si vaste, ne me sert à rien.
Va-t-on bientôt vouloir encore des subventions arrachées aux
cochons de payeurs de taxes ? J’en ai peur. On verra bien.
J’ai été un syndicaliste militant jadis, comme scénographe et
journaliste mais l’associativité à tout crin, très peu pur
moi.
Demain, vendredi, anniversaire de ma
fille. Cadeau posté hier. Éliane a été une petite vraiment
fille merveilleuse. Elle aimait accompagner mon père quand il
semait tout ce qu’il pouvait. Je la voyais en botanique un jour.
Non, elle sera, brièvement, institutrice, le plus beau métier du
monde, je le répète. Les enfants (trois grands ados désormais !
) sont venus. Rapidement. Fin du boulot pour elle. Les enfants
grandis, elle étudie l’aquarelle —la vraie, pas les « accidents
tachistes » du vieux papa hein ? Je l’aime. Je n’arrive pas
à croire qu’elle aura 50 ans bientôt. Elle reste « ma
petite fille ». Fou cela.
5-
Kamikazes
palestiniens de nouveau. Des morts civils. Chars d’assaut israéliens
partout. Folie ! Inutilité. Des terroristes, c’est imprévisible.
L’armée de Trudeau-Bourassa à Montréal en octobre 1970. Folie
! Faire peur au monde, tactique politique. Aux Usa même bêtise.
Des terroristes, cela ne se coincent pas. Ce qu’ik faut :
endiguer, changer les choses, stopper les motifs de cette haine,
de cette révolte. Sinon, gaspillage de temps, d’argent,
d’hommes. Aussi :intérêt d’entretenir la peur avec lois
nouvelles, surveillance partout de « tous » les
dissidents et le fric, beaucoup de fric,
pour les intéressés : militarisme ambiant
enrichissant les vendeurs de… De bombes, de chars, de systèmes
d’alarme, de milices excités, de gardiennage, de d’écoute. La belle pagaille !
Au monde de la finance, des faiseurs
de conglomérats commerciaux, on va installer des vérificateurs
(gazettes de ce matin) pour surveiller les… vérificateurs ! Et
qui va surveiller les vérificateurs des vérificateurs ? La
farce. Grand guignol quand la cupidité est aux trousses de ce
monde-là.
Le parti rouge ramasse du fric. Paul
Martin (en vrai : « paül martinn ») se démène.
Abattre le chef actuel. Promesses d’indépendance aux amérindiens,
hier. Chez les chrétiennistes, le slogan : « Fierté
d’être Canadien ? Donnez de votre argent aux Libéraux. »
Suis-je fier, moi, d’être Québécois ? Oh oui. Fier de notre
longue histoire de résistance en ce vaste continent totalement
anglo-saxon. Un phénomène inouï. Le sait-on assez ? Si
j’avais vécu en France ? Bonheur
des stimulations incessantes là-bas pour un tempérament comme le
mien. Pourtant ça vient ici, j’aime que ça pousse de plus en
plus au domaine des idées, j’aime qu’il y ait un Jean Larose
et un Falardeau, un J.-M. Léger et un Bourgault, un Michel
Chartrand et un jeune conservateur, Mario Dumont, un Martineau et
une Pétrovsky, un Foglia et une Lysiane Gagnon. L’unanimisme
est un fléau.
Le Cauchon d’Ottawa fuma, jeune, un
peu de pot. Ottawa songe (gazettes de ce matin) à légaliser
cette drogue. Des chercheur se contredisent., Pour l’un il y a
destruction des neurones, pour l’autre « il n’y a rien
là ». Ça sentait fort dans mon sous-sol de Bordeaux un
temps, le buveur de Campari découvrait une jeunesse au tabac un
peu fort ! Souvenir :
vacances à la mer, l’ami Ubaldo, Ocean City. Il sait où s’en
procurer dans un parking d’Atlantic City. Au chalet, essai.
Aucun effet, je préférais le pastis, aux effets plus clairs et
plus rapides sur le plan de l’euphorie. Quand je feins les rires
(prévus) et la mascarade du « gars parti », Ubaldo ne
rigole pas comme déçu par non-perméabilité à la belle
marijuana.
6-
L’on
bafoue, dans nos écoles secondaires, la minorité d’ados au
bord d’assumer leur homosexualité. On va y voir. Des affiches
se font imprimer : tolérance pour ceux qui sont de futurs
invertis. Nous savons bien la cruauité des masses, noius
connaissons tous d’atroces souvenirs sur le sort des « différents ».
L’instinct grégaire (propre à la jeunesse) a un lourd dossier.
Ça rouspète dans certaines écoles. On veut pas de çà ! L’on
ignore qu’un poster de plus ou de moins sur les murs tapissés
de tout (et de graffitis) …ça ne changera absolument rien.
C’est le « cachez ce sein… » ? Sois comme toute le
monde ou cache-toi, quoi ! Vieille imbécile loi d’airain.
Débat actuel : fallait-il allé
en prison ou se sauver du temps de l’URSS partout ? À Prague,
Milan Kundera se sauvait. Le dramaturge de l’absurde ( héritier
des Beckett et des Ionesco) Vaclav Havel —Président de Tchékie—
alla en prison. Il y eut polémique entre eux un temps. Le
clandestin parle « d’illusion » quand il nomme
« le printemps de Prague » massacré par les chars
russes. Bientôt retraité, malade, il ira vivre au Portugal.
Exil tardif. Un seul exemple ?
Les Haïtiens devaient combattre chez
eux les deux « Doc », papa et bébé, ou bien
s’enfuir à Miami, à New-York et à Montréal ? Les
Cubains…Les …il y a en tant. Je ne sais quoi dire n’ayant
jamais été menacé d’incarcération (longue parfois !) pour
mes idées. Aussi je me tais.
Le bon
vieux Frère Untel, ce
matin, jase. Il louange un vieux conseiller, Naud, prêtre de
Saint-Sulpice. Son mentor à l’entendre quand Desbiens bossait
en haut-fonctionnaire de l’Éducation. Il sort de nouveau son
anti-syndicalisme bien chevillé
à son âme de brave frère Mariste. Aussi sa notion bien à lui
de « race ». Mot magique à ses yeux.
Souvenir : invités au Salon du
livre du Saguenay, je l’avais croisé (en bus-navette à écrivains,
il tient journal lui aussi) et avais lunché avec lui à la
vieille gare de Québec. J’avais gardé le profil bas ne
souhaitant pas le faire enrager. Respect de son grand âge même
s’il m’avait semblé en parfaite forme physique. J’aurais dû
mieux l’agacer, le faire étriver même, le provoquer un
tantinet, il me semble que nous aurions pu assister (nous n’étions
pas seuls à table) à une belle querelle idéologique, lui
—comme son irlandophile sur le tard, compère-correspondant
aussi réactionnaire que lui, Jean O’Neil— qui moque sans
cesse les indépendantistes de ma sorte…et ceux de toutes les
sortes !
Le soleil brille dehors. Aile lit ses
« Molson » —elle aime moins maintenant, « trop
de monde, trop d’héritiers !— et malgré le temps frais,
j’oserai aller nager, je me le jure.
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