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1-
Un dimanche mat. Ciel bouché. La
blancheur intimidante, annonciatrice de pluies. Il a fait si beau
ces derniers jours. Oh
(oui) les beaux
jours, monsieur Beckett ! Hier, un samedi parfait. Éliane, ms
file s’amenait au chalet avec mon Marcogendre et le grand
Laurent (il pousse à vue d’œil mon cher cégépien d’Ahuntsic
!). Baignades à répétition sous ce beau soleil. Du vent. Marco
sort une de mes planches à voile pour initier son gars. Tout de
suite, Laurent saisit les astuces du véliplanchisme. On ira
chercher au garage d’en bas le benjamin (qui rentrait d’un
camp de vacances chrétien de Mont-Laurier tout ragaillardi.
Gabriel retrouve donc son copain (un voisin), William (habitant du
3 e arrondissement à Paris)
dont la maman va rentrer de France bientôt. Hier, William
dit : « J’ai su par Jacob (fils du voisin Lagacé) que vous écriviez des livres. Je lui donne une « Petite
patrie-en-poche. Dédicace. « Merci, merci monsieur ».
Il dit : « Je vais commencer à le lire ce soir ».
Alors hier matin, au rivage : Épis, as-tu aimé ta lecture ? »
Il fait : « Oh oui, beaucoup m’sieu » !
Riant, je dis : « Sur une échelle de 1 à 10, tu me
mets combien William » ? Sa réponse polie, il jongle un
instant : « Euh…Neuf et demi » ! Le gentil
garçon et… j’ai honte de moi.
Sortie des cannes à pêche, en fin d’après-midi pour
Gabriel et ce William… et un achigan en sort. Et des crapets,
aussi de la mini- perchaude. Clic, clic ! Photos par Laurent. Aile
offrait des trempettes et s’en allait ensuite voir au souper. Ce
groupe-des-six jasera ad lib
sur la galerie en dégustant fraîches laitues —le « dressing »
expert d’Aile, yam !— et hamburgers bien cuits sur le barbàqueue
(oh vache folle !). Vin rouge et coke diète. Enfin de ce bon gâteau
(sans glaçage sucrée) dont Aile a le secret.
Avant le départ, expo-minute de mes essais graphiques en
cours. Marco, mon web-maestro, et ma fille, bien admiratifs. Ils
sont très
stimulants. Laurent et Gabriel aussi. Ma foi, je me trouve
« pas si mauvais » que je croyais. Marco en prend
« pour, dit-il, « scanner » pour mon site web ». N’y
connais rien. Confiance. Faut dire que je suis fier de mon
« guenillou plein d’poux » et sa barouette à
cheval.
2-
Dodo ? Aile poursuit le Bouchard saguenayien et je lis du
Rimbaud car j’ai installé le célèbre voyou de Charleville,
Arthur —et Paul (VerLaine)aussi— à mon chevet. Ce « Coffre
de cèdre » de Mac Donald m’échappera, l’ayant abandonné
il y a si longtemps, il faudrait que je recommence ma lecture pour
m’y retrouver dans son fatras de personnages. Je dérange Aile
pour lui lire des bouts exemplaires de la prose rimbaldienne. Oh
le génie ! Téléphone tard :Éliane a oublié les bagages
du campeur Gabriel dans ma Jetta. Demain matin, un ami,
Mario-Paquette-l’architecte (du 12 ième Rang ), qui doit
« descendre », viendra chez nous récupérer tout ce
stock. Je lui donnerai un exemplaire de « Papa papinachoix »
pour le remercier du dérangement.
Mercredi, le jeune réalisateur La Frenière (pour « Tablo »
à Artv) me courriellise. Il me remercie pour l’hospitalité et
est fébrile devant « beaucoup couper » pour son
montage de… 8 minutes ! Je lui quête le vidéo sauvage « au
complet » pour
mes archives. Pour ma bio du Canal D, chez Béliveau Inc, on avait
accepté de me donner les « chutes » des
enregistrements. Il me quémande —à moi et à Aile l’ex-réalisatrice—
des échos « après diffusion » me disant (comme il a
raison !) qu’il y a peu de « feed-back » dans le métier
(rétro-réactions).
3-
Je
lis le Gilles Courtemanche à succès : « Un dimanche
à la piscine à Kigali », prêté par mon voisin Jean-Paul.
Pas un bien bon roman, il est journaliste —longtemps efficace
« grand reporter » à la SRC— et cela (pour mon vif
plaisir) lui fait farcir son roman de documentation réaliste sur
ce Rwanda en sang. Courtemanche, dans Outremont comme aux Salons
du livre, me bat froid, « ne me voit pas », tel un
Hassidim, sans que je
sache trop pourquoi. Mépris du « romancier populaire »
? Je dois dire qu’il n’est pas du genre (son droit) à se mêler
aux camarades en écriture. Ce « Dimanche à la piscine.. »
est d’une cruauté terrible face aux fonctionnaires en tous
genres qui s’offrent « jardinier et cuisinière, indigènes
bien tournées, le tout —vains bureaucrates satisfaits— aux
frais de l’ONU, des bouts que j’aime beaucoup évidemment.
G.C. écrit : « La France : suffisance, le Canada :
innocence, les USA : ignorance ». Il réussit
excellement, via l’histoire d’amour de Bernard Valcourt (son héros
québécois venu installer la télé sans y parvenir), à
illustrer cruellement l’effrayant massacre des « beaux »
Tutsies minoritaires par les Hutus racistes et
nazifiés (depuis la petite école).
N’empêche, cet ex-reporter de télé, payé par Ottawa,
dans un programme-ONU, (on
songe à André Payette —ou Pierre Castonguay— qui alla en
Afrique), entché du merveilleux « physique » d’une
« petite jeune » serveuse indigène de son hôtel-à-piscine (le « Mille-Collines »)
est bien faible. Il fait l’éloge de la beauté physique avant
tout. Il fait du héros (divorcé ) une sorte de voyeur (et
consommateur de chair fraîche) plutôt pathétique. Pas très
humain. Pas attachant du tout. C’et , ensime, une harlequinade :
au début de l’idylle, la « pauvre jeune beauté noire
» songe à l’exil salvateur avec son
« Blanc instruit » venu du confortable Canada.
J’ai donc sauté des passages —d’un érotisme
convenu— pour lire avidement sur les tenants et aboutissants de
ce « très » épouvantable génocide. « Ils
n’avaient (les Hutus déchaînés) pas les moyens des fours à
gaz, c’est tout », écrit Courtemanche. Ce sera donc
« à la main », à la machette, les empilements de
cadavres mutilés, violés, le long des routes —à tous les
carrefours— du Rwanda.
4-
À
T.Q. ce mercredi, étonnant documentaire sur une vieille dame
d’un petit village italien qui tient absolument à retrouver son
frère et sa sœur, orphelins pauvres, vendus par des curés à
des adopteurs étatsuniens vers 1950,
après la guerre. Elle questionne les autorités cléricales :
« omerta ». Une maffia ensoutanée. Mais elle s’entête
et avec l’équipe du film ($), part pour les USA. Recherches. Péripéties.
« Omerta » là aussi chez des curés « oublieux »
culpabilisés.
Retrouvaille enfin ! Chocs émotifs terribles, on
l’imagine. 35 ans passaient ! Un bon film. Étrange : hier,
Éliane et Marco me parlent d’un Italienne rencontrée à leur
église (baptiste évangélique) qui, elle aussi, fut victime de
ces « catholiques » ventes d’enfants. J’ai raconté
ce film. Le monde, oui, est
tissé serré !
Enfin, on a vu (loué) « La pianiste » avec
Isabelle Huppert, très primé à Cannes. Mystère ! Mon
correspondant de Concord, G.
Tod, avait bien raison : un film débile, un film racoleur,
sans logique, avec une fin ratée. Une sado-maso toute déboussolée,
prof de piano, cherche à se mutiler de toutes les manières. On a
juste envie, dès le début de ce navet, de crier : « Appeler
le 911 de Paris, c’est urgent ». Critiques louangeuses
pourtant et ces « prix cannois », il y avait, cette
année-là, des jurés morbides complaisants. On sait bien que la
mauvaise santé mentale fait des ravages chez cette jet-set
ultra-mondaine, ici comme ailleurs.
Correction : c’est une autre —celle au « distinguo »—,
pas Gisèle Halimi, dans une gazette, qui acceptait la
prostitution au nom de la liberté (des malheureuses démunies).
5-
Vendredi
soir, Tommy Lee Jones (« Man in black ») est le 35 ième
invité de Lipton à Artv. Son papa a un contrat —en Lybie pour
le pétrole, avant Kadhafi et ses fermetures aux USA. Au
secondaire alors, Jones refuse de s’exiler. On l’installe dans
un pensionnat utra-prestigieux (à Houston ?). Cette école riche
est une « porte-ouverte » ensuite pour une université
chic de New-York. On l’inscrit. Il y découvre par hasard le
« jeu »…celui du théâtre et s’y mettra. Il a du
talent aux théâtres de New-York, du succès mais… il apprend
qu’on lui refuse de bons rôles parce qu’il n’a pas « un
gros nom » L’affiche de Broadway en a besoin. Pour le fric
! Alors, il part pour
Hollywod se faire « un gros nom ». « Et
puis, chose faite, je ne reviendrai pas dans l’est »,
dit-il, sourire en coin. Un
ton sec, Texan oblige ?, un
débit difficultueux (ex-bègue sans doute). Un peu sosie de notre
Lalonde, acteur et romancier, Jones répond intelligemment aux
questions avec une sorte de terreur : sa difficulté à
parler !
Lipton : « Du côté de votre mère il y a du
sang Commanche, non ? Lui : « Non, pas du tout.
Cherokee. » Lipton : « Bon, bien, c’est de l’Amérindien,
non ? » Lui : «
Attention, Comanches et Cherokee c’est aussi différent que Français
et Chinois ». Étonnement
partout. Comme le
paralysé Christopher Reeve (correction : pas de « s »),
les chevaux sont sa passion désormais. « Oui, je trouvais
le tennis ennuyeux (!) et le golf ça
restait une affaire de riches à mes yeux ». « Le
cheval est le plus beau des mammifères », s’écrie-t-il.
J’ai alors songé aux misérables canassons (percherons ?) des
voitures du laitier ou du boulanger, des maraîchers ou du
regrattier de mon enfance. Bêtes que je tente d’illustrer ces
temps-ci. Mammifères bien peu esthétiques Mister Jones !
6-
Hier
matin, samedi, songeries —je compose des images
d’illustrateur—, rêvasseries au bord de l’eau. J’oublie
mon petit carnet de notes à « journal » qui me suit
dans la maison. Je m’échappe sans cesse de mon devoir
d’aquarelliste, je songe à cet anarchiste « des marais »
Henri-David Thoreau (qui inspira un Gandhi), celui
du « gouvernement qui gouverne le moins est le
meilleur des gouvernements », ouais !
Vrai quand on songe aux bureaucraties énervantes pour tout
libertaire mais si
faux quand on souhaite, comme moi,
une justice sociale, redistributive, pour les malchanceux
du sort, les démunis, les « ceux qui ont pas eu la chance
de s’instruire », les « ceux qui sont nés avec un
quotient intellectuel déficient ». Alors oui, je consens
volontiers « à taxes et impôts » et tant pis pour ce
maudit lierre épais des fonctionnaires tatillons. Je mourrai
socialiste. Et déçu.
Sylvio LeBlanc (mes chères « lettres ouvertes »)
dit juste. Pourquoi tant de doués en musique populaire
refuse-t-ils de choisir les mots de nos meilleurs poètes.
Ils
devraient imiter un Léo Ferré, par bon exemple, qui a su dévoiler
aux foules Baudelaire, Verlaine, Breton, Éluard, et qui encore ?,
avec ses chansons. Charlebois a fait un beau Rimbaud. Et puis plus
rien hélas ! LeBlanc juge (lu aussi) si débiles, si pauvres,
tant de paroles niaises sur des musiques réussies.
Samedi matin, le Dev, Courtemanche narre d’excellents
souvenirs de fêtes modestes en Bretagnedu sud
où il avait séjourné. Il souhaite qu’au Québec l’on
s’y mette davantage. Si vrai. Ici, le 24 juin, il y a eu une de
ces « fêtes au village » très modestes. Ravi d’y
avoir croisé des jaseux qui racontaient de formidables souvenirs.
C’était tout simple, humain, d’une convivialité familière,
et bien chaleureux.
Aile suivait avec passion les jeunes téléastes de
« La course… » à Radio-Canada. On voit bien qu’il
en sorti de fort talentueux jeunes talents au cinéma québécois
de maintenant. Un certain Trogi —qui fit « La course… »—
vient de signer un film —« Québec-Montréal »—
cocasse et qui semble faire florès. On a mis la hache —coupures
budgétaires !— dans cette glorieuse jeune « École ».
Un désastre, non ?
Sartre préférait Honoré Balzac à Marcel Proust. Hon !
Il dira sur le fameux Marcel : « Un esthète
compassé ». Hon, hon ! J’appludos. N’ayant jamais pu
continuer sa « Recherche… », j’applaudis le vieux
« coq-l’œil » de Saint-Germain-des-Prés. Je préfère
Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline.
Lysiane —fédérate— Gagnon rigolait samedi et c’est
rare tant elle fait des boutons à fesser les indépendantistes.
Je lis : « Il n’y a plus que les prêtres et
les homos pour tant souhaiter le mariage ». N’y a-t-il pas
des notaires partout pour rédiger des contrats d’union entre
individus ? Et des testaments ? La loi Bégin garantit les droits
des homos —le mot « gay » est interdit chez moi tant
ce vocable (amériquétainerie)— est sot— et c’est justice.
Mais c’ est trop peu : le ghetto-homo militant réclame « plusse » :le mariage en
règle, le vrai, le normal, l’ordinaire, le total, le gros
mariage à l’ancienne ! Non mais…
7-
C’est
quoi cette guerre cachée, tue, camouflée, niée,
en Tchétchénie depuis 1999 ? C’est 1,000 indépendantistes
actifs —« foin
des fédérations forcées »— face à 70,000 soldats
russes bien équipés ! Il y eu une première guerre
anti-souverainiste (menée par Moscou) en 1994-1996. Le nouveau
KGB, baptisé FSB, crache du fric pour infiltrer les
nationalistes, déniche des délateurs de « patriotes ».
Le sang coulait hier, il coulera demain. L’ONU se tait (se
terre), comme pour le Rwanda où l’ONU —tout comme les paras
belges, allemands, français—)savait fort bien ce qui se tramait
(lire : « Un dimanche… »). Comme pour Israël.
La Russie, pays démocratique et souverain n’est-ce pas ?
Washington-le-pentagone-la-CIa est aveugle. Laissons-les
s’entretuer. Bush a besoin de Poutine, oui ou non
?
Alain Stanké a fait ses adieux d’éditeur dans La
Presse. Il résume sa longue carrière et a bien raison de son satisfecit.
Il qualifie —énumère— ses bons coups, ses auteurs. À mon
nom, je lis : « le brillant Claude Jasmin …. »
Hum ! Ça peut être péjoratif non ? Brillant comme dans
superficiel ? Parano
le bonhomme ? J,sais
pas, j’aurais préféré, tiens,
candide, naïf. Oui oui !
Un autre qui barbouille ? Oui. L’acteur André
Montmorency. J’aime bien tous ces « amateurs » à
« violon dingue ». J’en sais les bonheurs.
À Sainte-Agathe, une vaste expo : des centaines de
noms. Plein d’inconnus du public. Pis ? Démonstration que
peinturlurer est un besoin souvent. Une quoi ? Une porte ouverte
sur la liberté. « Une thérapie », disent plusieurs.
Oui, oui, pis ? Un
monde hoirs du rationnel, comme la musique, une pace accordée aux
sentiments, aux émotions. Hier soir, je lisais dans mon Rimbaud
qu’il abandonnait, adolescent, la poésie ancienne, celle des
raisons raisonnables, des buts louables, des idées nobles
(Banville et Cie), il cherchait des…sensations. Des
illuminations. Ainsi de la peinture, à des degrés fort variables
cela va de soi. J’irai à Sainte-Agathe.
Aux actualités hier soir : « Montréal
devient une des capitales du tourisme…gai ». Bravo ? Bravo
! Ces célibataires (pour un très grand nombre) sont
d’excellents consommateurs et le fric répandu est bienvenue !
Pour le fric-à-touristes —subventionnons, tous, nos
restaurateurs, nos hôteliers :jobs, jobs !— il y a
l’humour, le jazz, les francos —souvent anglaisés—le cinéma,
la parade homo, et quoi encore. Vite, si vous avez une idée,
correspondre avec le Ministère-Tourisme. À Toronto, comme ici,
joyeux défilé antillais ! Les Caraïbes dans nos rues ! Est-ce
qu’aux Antilles, —Jamaïque, Trinidad et Tobago, Martinique ou
Guadeloupe— l’on
organise une fête nordique —voire arctique ? Une fête des
neiges ? Avec chiens-loups, traîneaux et iglous, avec tuques et
foulards multicolores, grattes et pelles, avec une grosse
souffleuse toute décorée ? Eh maudit qu’ils pensent donc pas
au tourisme dans ce sud-là hein ?
On nous montre des travestis
en folie et on entend l’animateur tout guilleret : « C’est
merveilleux, formidable, on dirait que la ville leur appartient ! »
Sa taire. Un mot de travers et c’est l’index —bien « correct »—
braqué sur vous : « intolérance ».
Oh, oh ! Aux nouvelles d’hier encore : « Moins
d’émigrants —sortez des terres occupées, ça ira un peu
mieux M. Sharon— en Israël et les Palestiniens font davantage
d’enfants que les Israéliens (orthodoxes) » ! Danger flagrant
de minorisation. Peur ! Campagne de l’État très inquiet là-bas
pour faire s’accoupler —ô mariages, mariages !— les jeunes
célibataires. M’sieu Sharon, ces fertiles Arabes, pas moyen de
les stériliser, non ? Vous y pensez ? Vos chars blindés en
Cisjordanie, distribuant des tas de capotes, non ? Il trouvera
c’est certain.
Quoi litre maintenant ? Hésitation :
des nouvelles de Shlink (dont j’ai tant aimé « Le liseur »,
ou Dolce-Huston, son repas de bourgeois très arrosé, avec elle-même-narrateur-Dieu-le-père
qui conduit ce bal des gourmets ? Je verrai.
8-
Ce
matin, lecture sur le… mandala, sauce bouddhiste. Une planche et
dessus, du sable coloré distribué pour former une abstraction.
Tu t’assoies devant et tu médites. Puis tu vas jeter ça à la
rivière. Papa faisait-il cela avec ses tableaux au sable dont
j’ai quelques modèles. Lui, le jongleur perpétuel. C’était
avant son essor fameux en céramique naïve. Papa ne jetais pas
son mandala friable, non, il le vernissait pour qu’il soit
durable. Parant « papa », ce matin, Stéphane Laporte
(La Presse) raconte
bien « l’été, le soir, le balcon, la canicule,
l’enfant (lui) qui peut veiller tard ». Laporte devrait
faire éditer tous ces beaux —parfois savoureux— morceaux sur
son enfance proche de la rue Décarie
—il y revient assez souvent— et titrer : « La
petite patrie de Stéphane ». Il y aura un jour cent, mille
« petites patries » ? J’en serais ravi le premier. Même
canard du dimanche : mon éditeur —et prolifique auteur—
c’est son tour, est dans les devinettes du jour. Je lis :
« Auteur né le 2 septembre à Saint-Paul de la Croix ».
Ah ! Saint-Jean de Dieu viendra donc après ? Et puis, jeune ado,
ce sera Montréal-Nord —« Race de monde »— à
quatorze (14), douze rejetons dans un 4 et demi » ! Je
n’en reviens jamais, je lui ai dit,
de ce fait.
Canular ? Roger Drolet, le « preacher » laïc
(pas tant que ça !) de CKAC et du cinéma Château a accepté de faire « Juste
pour rire » l’été prochain. Je peux, si c’est vrai, lui garantir un fort bon succès.
Correction : Marchaudon et non Marchildon, la modeste
et dynamique libraire qui jette son tablier, rue Laurier.
9-
Philippe
Moreau, monomaniaque des lettres ouvertes
? —comme moi avant l’exutoire merveilleux du journal—
réplique solidement au Arseneau qui, récemment,
« plantait bin raide » tous les jeunes pèlerins
réunis à Toronto. Il le traite de rien de moins que :
« nouvel inquisiteur ». J’ai croisé sur la route-médias
un laïciste forcené de cette trempe. Un petit tonneau du nom de
Baril (!), présidant outremontais d’une ligue…
d’inquisiteurs athées à masque de « droits de l’homme ».
La
brève prière —assez neutre au fond—
aux assemblées de l’hôtel de ville le rendait malade.
Son acharnement à interdire ce moment de réflexion spiritualiste
me fit le traiter à TVA —la langue dans la joue, hein— de
belzébuth ! Il en resta interdit un moment craignant peut-être
que je sorte de ma poche un goupillon pour l’ arroser d’eu bénite.
Quand j’ai défendu les crucifix chez le maire Gérald Tremblay,
même émoi chez ces énervés.
Même si la majorité des nôtres désormais n’est plus
« pratiquante » toute notre histoire —notre
culture— (montréalaise en particulier) est tissée par les dévouements
des Croyants —religieux et laïcs—
qui fondaient Ville-Marie. Réalité incontournable.
J’avais dit (à TVA encore) : « faut-il vite
aller déboulonner le grand crucifix de métal sur le mont Royal
» ? Depuis silence chez, oui, Philippe Moreau,
les nouveaux inquisiteurs.
Oh le bon « papier », mercredi ! Signé par la
jeune Rima Elkouri : « Il faut toujours se méfier des
vieux », phrase prise au vieillard alerte, Henri Salvator
(85 ans). Elkouri, comme tous ses collègues, séduite par
« l’ancêtre » venu de Paris, note : «
…nous qu craignons tant le passage du temps ». Ce même
jour, un vieux verrat est en
prison ! Chaque jour, il vidait de ses sous et de ses cennes
—avec deux comparses— la fameuse « Fontana di Trevi »,
à Rome. En voilà un grippe-sous, littéralement. C’était, dit
l’agence de presse, un revenu dans le 15,000 $ par mois. Non
imposable ! Rome ramassait des miettes —prudent Roberto
Cercelletta— pour donner à ses pauvres. Pour gagner plus de
150,00 $ par année, Roberto devra travailler dur quand il sortira
de sa geôle. Souvenir : en 1980, au détour de rues et de
venelles, Aile et moi, tombons sur la fontaine surchargée,
immortalisée par Fellini (« La dolce vita »). Notre déception.
On imaginait une vaste plaza à la hauteur de sa renommée. Rien
du tout. Coincé, le lieu célèbre. À ses pieds, c’est la vue
étonnante de personnages neptuniens, un baroque déchaîné,
ouvrage fou, une vision excitante et ses eaux mugissantes….
Les éditos des journaux des USA font des réserves sur le
projet —W, et ses militaristes conseillers— d’abattre Saddam
Hussein. « L’après Saddam H. » reste l’immense
point d’interrogation. En effet ! Ce matin, sur cinq colonnes,
des experts divers (certes démocrates souvent mais aussi des républicains)
font voir les difficultés à prévoir. Sagesse qui rasure un peu.
Si W. B. les écoute ! Il y a Saddam débarqué, voire assassiné
avec un guerre ruineuse de l’Irak (« axe du mal »)
et de la « reconstruction » pas moins ruineuse. Et alors ? Le chaos total, prédisent certains. Ou bien, se
sachant perdu, il se défend : bombes (biologiques) venus de
ses dépôts clandestins et, plus inquiétant encore, capacité de
« ré-actionner » des arme chimiques (bactériologiques)
—il en usa, allié des USA durant la guerre à l’Iran,
contre ses ennemis religieux— cachés, oui, cachés,
entreposés, aux USA. Chaos « at home » ?
Tremblez mortels !
10-
Ma
fenêtre. Le drapeau bin flaque. Pas de vent hélas. L’humidité
règne. Hier, plein de cris sur les berge, des pédalos en grand
nombre, et « le canot du dragueur » qui depuis 20 ans,
sillonne le lac. Lui debout, ou à genoux parfois, avec, à son
bord une jeune pouliche ramassée on ne sait trop où. Rituel qui
nous amuse comme nous amuse cette jolie dame digne, raide dans son
pédalo bleu poudre, au chapeau de paille 1900, qui passe et
repasse, une fois par jour, à heure fixe, son « Devoir »
sur les genoux, acheté au bout du lac, à un coin de rue de la
plage municipale. Souvenirs : longtemps, à Ogunquit, durant
20 ans, chaque été, un zigue bizarre —sosie de Jack Lemon—
s’amenait chaque midi, son filet sous le bras, son ballon sous
l’autre. Il guettait, appelait des jeunes gens libres pour
qu’une partie de ballon volant débute. Une vraie curiosité.
Aile et moi toujours fascinés par son manège chaque été. Sa
casquette sur l’œil, son maillot de bain bien ajusté, on le
vouait tout heureux quand, au bout de vingt minutes, il parvenait
à former deux équipes de jeunes joueurs. Pas un seul été, le
Jack n’apparut pas. Étrange loisir, non ?
Hier, je dis à Laurent —et c’était vrai— que
je venais de voir une drôle de bestiole entre deux eaux. Sorte de
(trop) longue grenouille, immense bebitte inconnue de moi. Il rit.
Je lui dis : tu pourrais filmer ça, tiens, tu aimes les caméras.
Titre : « le monstre du Lac Rond ». Scénario de
papi : on voit la plage municipale, mon Laurent : un
gars et une fille, sa blonde, nagent. soleil aveuglant. Rires.
Ballons. Sauveteur qui roupille sous son parasol dans sa
chaise-haute. Vu ? Soudain, qui sort de l’eau, une tête
monstrueuse surgit de l’onde ! Cris. Panique ! Témoignages
contradictoires. Plus tard, crépuscule et farces pour se
rassurer. Un comique ? Un homme-grenouille aimant les attrapes ?
Une semaine passe. Autre séquence :plage du
Chantecler, en face. Jeunes touristes chassant les rainettes à
l’ouest de la plage. Encore une fois, stupeur, cris de panique :
au large, cette tête effrayante, serpent, poisson inconnu.
Monstre survivant aux chutes des moraines quand, ici, dévalaient
les plus vieille pierres du monde connu, celles de ce bouclier
laurentien. Le temps des glaciers qui fondaient. De la grande Mer
Champlain quand on ne voyait que le mont Royal et les hautes cimes
des Laurentides. Des vieux en débattent, ce soir-là, autour
d’un feu de camp.
Une semaine passe encore. Des reporters sont venus. De
partout. En vain. Un bon matin. Nos deux jeunes héros, à
l’aube, avec des filets,
vont aux ouaouarons, ceux du marais deltaïque, petit site protégé
à la charge du lac. De nouveau, proche du
rivage la bête…
apocalyptienne ! Un des héros sort du canot, criant, se sauve
dans le boisé. L’autre reste dans son canot.
Le fuyard, essouflé, raconte à ses parents. On part, en
groupe, un à sa carabine, vers
le marais aux nénuphars. Plus rien. Le calme. Le canot renversé…
« Pis ? Pis ?, me dit Laurent. Moi : « Ah,
faudrait rédiger toute l’histoire, tu vois ça,
un conte pour tous. Tout simple. Juste pour nous amuser, ilustrer
la paix, la beauté de l’été ici et… soudain la bébite…
qu’il faudrait confectionner, à l’épreuve de l’eau
». Laurent ne dit plus rien, il regarde ailleurs, il doit
se souvenir de toutes mes histoires quand il était un petit garçon.
Il est maintenant plus grand que moi. Se dit-il : papi change
pas. Il cherche à inventer des fables encore.
N’empêche que je me demande encore ce qu’était cette
créature, vue hier, sous notre saule aux longues branches dans
l’eau, cette longue bestiole aux pattes palmées…Je ne me
raconte pas d’histoires ? |