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1-
Canicule
qui dure. Ventilateurs qui ronronnent au salon et dans la chambre
la nuit. De jour : c’est baignades sur baignades. Se sauver
de monsieur Galarneau sous le saule géant ! Ce midi, soleil
ardent et dardant encore. Faut que je m’enferme au clavier car
je déborde notes. La peur de me perdre dans mes jours qui filent.
La crainte aussi d’un mélange avec tant de rencontres à faire,
à préparer. Monique Miller vient d’accepter de lire quelque
textes de bibi à cette Rencontre-Fugère au Centre culturel
Frontenac. Téléphone : « Apportez donc l’aquarelle
de votre Quichotte…oubliez pas les extraits de vos textes à expédier
à l’UNEQ pour madame Miller… » Brr…oui, il y a ceci
et cela, rencontre à la biblio de Saint-Laurent, le Salon du
livre de Rimouski où je serai un des quatre invités d’honneur.
(Pourquoi donc avoir tant d’invités honorables …quatre ? Hon
! Vanitas.) La Francine (de la rue Liège) : « Je
monte chez vous, je dois vos rencontrer pour ce « 14 octobre
à Saint-Arsène…Votre expo, mon concert… » Ouf !

Pas d’envoi d’autres épreuves pour mon journal de
Trois-Pistolles ? Que se passe-t-il ? Mémo : Devoir apporter
une aquarelle au lancement des vidéos-films sur l’art,
via la série « Tablo ».
Être là au Musée
de la rue Sherbrooke tel jour, telle heure. Ouf ! Aile n’en
finit plus de noter à l’agenda. Est pas obligée. Sans
elle…il y aurait des oublis regrettables.
2-
Hier
matin, à la SRC, début de « Tous les matins, un
fourre-tout, pardon, on dit un magazine (!). Mon premier topo avec
Paul Houde et la belle Dominique
Bertrand. Sur
« la démasculinisation des garçons aux écoles ».
Les deux animateurs s’y mettent, ils ont des choses à dire, je
les écoute et n’ai pas le temps de bien défendre mon souhait :
séparer les gars des filles désormais. Bof ! C’est le jeu,
c’est le risque. Être (bien)payé pour débattre cinq petites
minutes à peine ! La vie en télé. Un studio débordant,
très nerveux (une première pour ce duo), silhouettes sur-actives
partout. Je regarde cela, que j’ai vu si souvent, en souriant.
J’aime ces jeunesses pleines de fougue. Je me sens un sénateur,
un ancêtre qui a trop vu …neiger ! L’auteure-productrice,
Fabienne Larouche, n’en revient pas de ma bonne forme. « Hen
? Toi, 71 ans, incroyable ! » Je dis : « J’ai
eu une bonne jeunesse, je communiais tous les dimanches, moi… »
Elle rit.
Remontée ultrarapide au village
laurentien. Rue Notre-Dame puis la 40, tunnel sous le
centre-villle, bretelles de l’échangeur Turcot, le « creux »
Décarie…En dix minutes je suis rendu déjà à Laval !
Autoroutes pratiques. En 50 minutes, aller de Radio-Canada à ma
rue Morin ! Impossible jadis ! Enfant, l’oncle Léo (qui avait
une chevrolet rouge vin) nous conduisait —23 juin rituel— au
chalet de Pointe-Calumet en une heure et demi ! Un monde de 1940
à 2002. Mais rien à voir. Du bitume et de enseignes. Filons,
filons…
Du
temps d’oncle Léo, on examinait Saint-Martin, Sainte-Dorothée,
Saint-Eustache et Marielle avait toujours envie de dégobiller !
Pauses obligatoires.
3-
J’ai
terminé, en sautant de longs passages, le Eco de « Baudolino ».
L’auteur nous arrose de « faits divers »
historiques. Ennui. Umberto Eco, cuistre plutôt, installe un
bavard conteur (le héros) qui narre tous les détails de sa vie
tumultueuse du temps qu’il était un zélote de l’Empereur Frédéric…Constantinople
assaillie, Byzance bafouée, des reliques (8 têtes de Jean le
Baptiste !) des croisés mercantiles, des chicanes de palais…
Ah oui, l’ennui et toutes ces
fictions qui s’emmêlent aux faits vrais. Pouah !
J’ai terminé aussi le roman —« Music
Hall ! »— de Gaétan Soucy. Encore des passages à sauter
tant le récit —du pauvre orphelin perdu— s’enlise ici et là.
Hélas ! Il y a de la fantasy
dans ce roman. Soucy a cru bon de fleureter avec Frankenstein, le
docteur Jeckill et autres ténébreux docteurs, Moreau,
Cagliari… Une poutine assez indigeste, merci ! Que diable
allait-il faire dans cette galère ? Raymonde va s’y mettre et
je ne dis pas trop rien (de ma déception) pour voir si elle éprouvera
le même embarras.
Entre deux saucettes, j’attaque (!)
le Finkielkraut de « La sagesse de l’amour », dogme,
théories, expliquer l’inexplicable quoi….
et aussi deux courts livres de Gaston Bachelard. Je glane.
En céramique j’avais essayé, à vingt ans, de m’abonner à
ce Bachelard philosophe-psychologue des « éléments » :
eau, terre, feu et air. Pas facile à décoder, oh la la ! Ça ne
va pas mieux en 2002. Bouché en maths je le suis aussi en philo.
Jargon trop souvent. J’avais acheté en 1950 « le lexique
de la philosophie ». En vain. Réfractaire à jamais aux
mondes de l’abstrait ? Sans doute. Tant pis pour moi ?
L’intuition que ces jargonneurs vivent hors-la-vie. Un texte (de
Lescure) admet ce fait —passer à côté de la vraie vie, inapte
au réel— à la fin de ses éloges à Gaston-le-penseur. Pauvre
Bachelard ?
4-
Samedi
soir, Aile loue —enfin— ce « Iris ». Un film vrai.
Sorte de bio stylisée. Il raconte Iris Murdoch —romancière, 26
bouquins,— qui sombre dans le mal terrifiant de ne plus se
souvenir de rien. Son fidèle compagnon de vie —complètement désarçonné—
raconte la chute. Aile
–qui a vécu ce cauchemar avec sa maman vieillie— pleure un
tantinet. « Je voulais pas louer ce « Iris »
aussi » ! Mais le film est bref, mince même, sans pathos;
il court à sa conclusion —prévisible— dès le début —avec
retours en arrière bien peu explicatifs— sans donner assez de
vie, de consistance à ce que fut l’existence de cette auteure,
Murdoch. On n’a rien su de solide, hélas ! Des moments
tragiques extraordinaires ici et là. Content néanmoins de
l’avoir vu.
Vu à RDI, samedi, un document
incroyable sur certains musulmans de Londres.
Entreteneurs de haines. Militants mal planqués. Réservoir
de « fous de Dieu, d’Allah, qu’on nourrit volontiers.
Qui sont souvent sur
le B.S. (avec parfois quatre fausses cartes) du « pays de
toutes les tolérances ». Fameux bordel, oui ! Le grand
respect des libertés (des Droits de l’Homme) fait que des
activistes peuvent —sous les soutanes des Imans revanchards— s’allier à
des terroristes ! On en a froid dans le dos. Excellent reportage,
si rares partout.
5-
Dimanche,
canicule effroyable, coup de fil de ma fille qui rentre d’Old
Orchard. Elle se trouve en Estrie. Éliane me parle (de Sutton)
d’excursions le long de l’atlantique, en vélo, avec son Marco,
mon « web-maestrio ». Au nord, Pine Point (longtemps
port aimé de la famille Tisseyre), au sud, Ocean Park.
Ma fille a revu la rue Fern où
l’on louait une maison, logis que ses modestes habitants
quittaient pour se retrouver dans les terres, loin de la mer, à
Sacco ou à Bidderford, afin de ramasser un peu de fric l’été.
Le couple revient en belle forme. Et moi, oui, je veux revoir la
mer ! Téléphone justement de l’ami Dubois qui rentre de Corse,
qui me dit : « C’est encore très sauvage ici et là
et c’est vraie, c’est « L’Île de Beauté ». Il
m’annonce qu’il se met à la recherche, via Interbet, d’un
logis dans le Maine pour notre « Groupe des six ».
Notre cher Ubaldo mort d’un cancer, fin du « Groupe des
sept ».
Hier, j’ai badigeonné une glacière
de bois et son vendeur à pince, la machine à laver -« sa
cuvette en bois » comme tonneau de vin et son tordeur
antique— machine
primaire de ma mère quand j’avais cinq ans; aussi des fillettes
jouant « à la corde à danser », jouet fréquent à
dix sous, (moins cher qu’une cassette nintendo), ausssi un
enfant-apache bien faraud, son arc et son carquois improvisé,
toujours dans la ruelle, notre unique terrain de jeu. Jamais
vraiment satisfait hélas. Je dois aller vite pourtant maintenant.
6-
Gala de la rentrée à la
SRC et ce fut bien mené. Pour une fois un
gala n’assommait pas. Un temps profitable —les pubs
affluent hélas— pour montrer ses belles reliques que ce 50 ième
anniversaire. Revu donc des
machins d’un amateurisme épouvantable —tel « Le p’tit
café »— mais aussi
quelques images bien plaisantes. Un très amusant « Moi et
l’autre » où la Filiatreault jouait « la défuntisée ».
Pissant ! C’est le jeu des musées : du bon et du mauvais !
Je viens de décider d’y aller à
fond la caisse avec mes barbouillages. J’y mettrai du crayon,
des craies, des « feutres », du stylo à
l’encre…De tout quoi. Oui, je dois me secouer et ne plus
craindre …la liberté totale. Ce sera des ouvrages très
« mixtes media » quoi ! Ça vient de finir. Courage
l’amateur ! Pour le
lancement des émissions « Tablo », on me demande
d’apporter au chic Musée des Beaux Arts, une aquarelle encadrée,
titrée, etc.
Je
sais mon choix. C’est une tête bizarre, au crane chauve, surréaliste,
tachiste, accidentelle, qui est au mur de notre chambre. Y mettre
un titre ? Je trouverai. Il y aura
donc expo des « sujets » de cette
série « Tablo » ce jour-là. Mon Dieu, le Musée
voudra-t-il me l’acheter pour ses collections permanentes ? Ah
le rêveur nigaud que je suis !
7-
La
Francine (de la rue Liège, dans Villeray) Lavigueur (!) suractive
—bien que sortant d’une brève hospitalisation— me menace au
téléhpone tantôt : elle sera ici, au chalet samedi. Elle
verra donc, la première, ma cinquantaine d’essais graphiques
pour son expo à des fins caritatives. Moi en généreux
donateur…Pour son « Centre culturel-La petite patrie »,
dans Saint-Arsène et aussi pour « La maisonnée » de
la nonne merveilleuse, Gagnon,
dans Saint-Jean de la Croix.
Vu hier soir, Canal D, un autre de
ces odieux documentaires filmés. « Vie et mort du petit
parrain » —colonisé par New-York— Paolo Violi. Un
« modeste » restaurateur rue Jean-Talon dans
l’est. Les satanées « reconstitutions » Du bidon
affreux. Insupportable !
Vu aussi ce « Bunker, le cirque »,
en phase un, de
Dionne. Grave déception. Manichéisme sot. Dialogues niais.
Caricature facile du monde des publicitaires et des fabricants de
politiciens. On songe un peu au bonhomme Desrosiers, le « mon
oncle Paul », derrière
le Bourassa des débuts. Aux Simard de Sorel. C’est gros.
C’est démagogique.
Plein de vieux clichés usés à la
corde. Les stéréotypes
convenus défilent. Du mouvement artificiel sans cesse (la mode en
ces séries :bouge ou crêve ! ) pour camoufler des répliques-fadaises.
Louise Marleau, en épouse rétive du candidat à la chefferie,
avale de son « flasque » et fonce dans une
vitrine ! Bedang !
Un « hook » sauce USA ?
« On veut nous appâter hein chère Aile »?
Elle : « Ah non, je suis pas du tout mais pas du tou,
appâtée ! » Aile pas moins déçue que moi donc. « Si
la tendance se poursuit »… nous aurons une autre série coûteuse
(à nos frais via les Téléfilms) avec gros sabots, gros crochets
à la fin pour ramener les méprisés à l’écran. Le générique
de la fin n’en finit plus ! Une armée…pour camoufler —avec
cette liste interminable— le fric des « producteurs-empocheurs-
morons » dont parlait Fabienne e Larouche ?
Je m’ennuie de Tchékov à la télé
de jadis. De Marcel Dubé aussi. Ces girouettes filmées avec
dynamisme (par Houle), marionnettes obligées, pour des « répliques
à punch » bien courtes, robots archétypés qui grouillent
dans le vide, m’assomment. Cela dit,
guettons la suite. Sait-on jamais ? « Oui, je crois
aux miracles… », chantait Jen Roger et dans mes décors svp !
8-
Ce
matin, store levé, j’observe nos deux couples de goéland bien
blanc survolant le lac, ils font de lents ziz-zags mystérieux,
planent, m’apparaissent et disparaissent —comme des traceurs
aux codes secrets— dans
mon grand tableau-fenêtre. Lignes codées, invisibles, dans la
lumière matutinale. Hier, notre couple de tourterelles tristes
—beiges, sables, ocres timides— s’installent sur la rampe de
la galerie et roupillent. La beauté somnolente. Chaque fois Aile
s’en attendrit et fait « chut, chut, Clo, bouge pas
» ! Et je ne bouge plus d’un cil !
À l’horizon, déjà ? déjà?,
cimes en rouges et ors. La précoce chronique montagneuse
d’un automne annoncé.
« Demain, Clo, temps sombre et
plus froid, même ce soir.. » Aile me fait dire au fond :
« profite de ce soleil, cela s’achève ». Je descend
enfiler mon maillot. Et ce sera :flouc ! À l’eau canard
! Et mon canard de « Canadian-Tire », imbécile
plastifié, me fera des petits saluts de la tête.
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