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Le dimanche 25 janvier 2004 |
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Journées nettes (décembre 2001-décembre 2002)
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La
fin des tabous ?
Mercédès Palomino, tête pensante du Rideau-Vert, tombe sur cette
« Chèvre » albinesque : « Fameux, on va monter ça
!» Ensuite le doué acteur Guy Nadon est approché : « C’est
fort, oui, j’embarque ». On a pu entendre sa cassette de promotion, répétant :
« Ayant lu, la mâchoire m’est tombée sur les genoux ! » Patatras
! Unanimité des critiques : Chou à cette « Chèvre » du
Rideau Vert, c’est sinistre, vain, assommant, bavard et futile. Un navet .
Comme quoi il y a « avoir du talent » et « avoir du
jugement », c’est deux choses.
De quoi il retourne ? De ceci : « Les monstre attirent la
foule ».
Adage vrai (voir « Les bougon » de Radio-Canada). Ainsi des
créateurs « en panne » se jettent dans des conneries rares. J’ai
déjà vu (Usine C) une actrice mimant un militaire transsexuel furibond, dos
tourné, se masturber frénétiquement en scène. J’avais dit à mon journal : « À
quand une actrice dévorant sa serviette sanitaire ensanglantée ? » Tout
cela a un nom connu : le sensationnalisme. C’est affligeant. La bestialité
d’Albee dans
« La chèvre », c’est exactement cela. Le coco va dire :
« C’est fort
hen, non
? On peut pas voir ça à la télé, hein
? » Ça viendra bientôt ? Ça ne me surprendrait pas tant la lutte
aux « crottes d’écoute » est vive.
J’ai revu « Mort d’un commis-voyageur » de Miller, à
ARTV récemment, j’ai donc revu la solide force d’une dramatique humaine. Je
m’ennuie d’une petite Lacasse, vendeuse d’un « Quinze cennes »
à Saint-Henri. Je m’ennuie de Gabrielle Roy. J’ai la nostalgie d’un temps
où le créateur ne se vautrait pas dans le sensationnalisme pour faire repartir
sa carrière en berne, pour attirer, à n’importe que prix, —jusqu’à la
fornication animalière— ceux qu’il pré-juge des blasés mondains.
C’est donc un « flop » au Rideau Vert ? Tant mieux. Ça va
assainir le paysage scripturaire actuel et cette démolition généralisée
prouve qu’il reste des observateurs sains de nos scènes. « La mâchoire
n’est pas tombée sur leurs genoux », pas du tout, pauvre Mercédès,
pauvre Nadon. Bon : ça y est,
enfin il reste pas d’autre tabou. On a fait le tour. Les mal-pris en écriture
devront retrouver du vrai talent. Plus d’appui possible sur les pathétiques déboussolages.
On va laisser ces misères pathologiques aux disciple de M. Sygmund Freud.
Faut-il perdre confiance en soi, et, aussi, mépriser les gens, pour croire que
sans les « monstres-de-cirques » plus personne ne voudra nous lire
ou assister à notre spectacle. Fin du mépris ? J’espère.
(30)
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(c) 2003, Claude Jasmin |