Petit bilan d'une expérience rare

Claude Jasmin

L’été se termine et je sors d’une expérience peu commune. Dialoguer publiquement avec un adolescent, mon petit-fils David. Je veux faire le bilan de cette Aventure journalistique permise par LA PRESSE. David pensait: facile vu un grand-père écrivain. Je lui ai dit: non, ce n’est pas tous les petits-fils d’écrivains qui pourraient y arriver. Il voulait tant tâter du journalisme. Depuis qu’il a quinze ans. On a donc foncé. Je l’ avais vu naître, le premier des cinq petits-fils. Je l’avais vu grandir. Je l’avais accompagné un peu partout , à l’hôpital quand il était tout jeune gamin, plusieurs fois, à ses études, à ses loisirs, bref, je l’ai vu devenir ce grand et fort gaillard. Cinquante ans nous séparent? Nous réunissent aussi! Avant cette chronique écrite, on se parlait sans cesse. De tout et de rien. Des jasettes souvent innocentes, sans conséquences et voilà que LA PRESSE nous offrait ce dialogue de tout un été. Il a donc découvert, sans doute, qu’écrire est un geste de réflexion. Parler ad libitum c’est tout autre chose. Ainsi, via ces chroniques en duo, j’ai pu découvrir un autre David. Un David bien différent par rapport à nos conversations fréquentes faites, comme c’est l’usage, de propos en coq à l’âne. J’ai découvert quoi?

Des surprises? Oui. Qu’il se sentait une sorte d’héritier des hommes d’affaires du côte de son papa, du côté Barrière quoi. Et, du même souffle, il m’imputait volontiers son côté rêveur. Eh b’en! Moi, un rêveur? Bon. S’il le disait! Vive le rêve! Ma découverte, pas moins surprenante, de son verdict: il a constater que ceux qui dirigent, dans maintes activités humaines, sont, au moins, bilingues! Et il venait de s’inscrire dans un Cegep anglo de Montréal! Bon, bon, pas bilingue le diable, je ne dirigerai donc jamais rien. Tant pis pour moi, David, un certain dimanche, révélait, tristement, que l’instruction reçue, au primaire comme au secondaire, n’était, le plus souvent, que lenteurs et bourrages de crâne. Ca m’a secoué ce triste constat, un peu effrayé même. Un dimanche, il a râlé un brin...de ne pas encore posséder une voiture mais tout en faisant l les éloges du bus et du vélo! Un autre dimanche, il me grondait fort pour avoir ignoré les plaisirs féconds du plein-air, du camping. Et il avait raison sans doute! Une autre fois, il a cogné dans mon pacifisme un peu flou et a défendu le militarisme actuel venant en aide aux régions en querelles du monde. C’était bien envoyé! Une autre fois il fustigeait les salaires fous des vedettes du sport-spectacle. "Des millionnaires égocentriques" disait-il. Vlan! Récemment, il cognais dur sur son papi, cette fois, à propos de mes reproches face aux école mixtes, des filles-simples-copains, de mon impression qu’ils niaient le romantisme. Ca m’a fait plaisir son plaidoyer pour "toujours, oui, les sentiments et le romantisme". Enfin, un dimanche récent, sa courageuse défense d’un Dieu révélé par la Bible m’a fait voir qu’il y a encore des jeunes pour qui la spiritualité reste essentielle à l’être humain. Il y croit, il y tient. Bravo!

Bref, sans cette fabuleuse occasion d’échanger publiquement, je n’aurais jamais eu de lui, pourtant un familier, ce portrait bien plus vrai, plus complet. Vive les écritures! Je voudrais en profiter pour conseiller aux grands parents qui me lisent ici, de, librement, échanger ainsi par écrit avec les héritiers du monde, leurs petits-enfants. C’est enrichissant. Pour les deux parties, pas vrai David?

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