LE PROFESSEUR LAROSE EN VISIONNAIRE

Monsieur l’éditeur,
Dans son mémoire à la CEGSALAF que préside un autre M. Larose, au nom de l’UNEQ et publié dans Le Devoir du lundi 26 mars, le professeur Larose dit d’abord qu’il est pour la vertu et contre le vice. Original ! Il fustige par exemple  » le populisme démagogique  » des  » linguistes nationalistes  » et des enseignants en faveur du joual. Ensuite, son mémoire veut nous entraîner dans un domaine disons enchanté! Féerique ! Il écrit :  » nous sommes des Anglais  » (sic),  » des Américains aussi  » (sic) et que nous devrions enseigner et produire des textes (télévision, cinéma compris) sur le passé glorieux de pionniers ne craignant pas de naviguer jusqu’au fond de cette Amérique sauvage ! Il dédaigne nos audacieux républicains québécois, ‹les Patriotes, de 1830-1838 ‹ il dit :  » glorieux mais patibulaire « .
Larose en a assez (et l’UNEQ aussi sans doute) du rapetissement historique. Diable ! Avons-nous vraiment perdu en 1760, nous sommes-nous fait coloniser par Londres, colons abandonnés par la France et puis ensuite, assimiler, oui ou non ?, en Manitoba comme en Ontario et ailleurs ? L’auteur du mémoire de l’UNEQ souhaite une sorte de révisionnisme de notre histoire. Il sombre alors dans un néo-messianisme aussi illusoire que celui des  » curés  » du dix-neuvième siècle qui voulaient le triomphe canadien français catholique d’un océan à l’ autre. Une fierté artificielle, négationniste de la réalité historique des nôtres. Et cette farce combattrait le créole et améliorait la langue parlée et écrite? Franchement Larose !

Poèmes et romans en joual voulaient illustrer avec lucidité dans  » quel trou nous étions tombé collectivement  » (dixit Réjean Ducharme). Ses auteurs (dont je fus avec mon  » Pleure pas Germaine « ) ne disaient jamais :  » Voilà la langue qu’il faut continuer de parler.  » Jamais ! Ce créole est devenu populaire (Yvon Deschamps, Charlebois et Cie.) par le simple fait qu’il  » sonnait  » avec force les accords profonds de notre pauvreté sociale. C’est une erreur de croire que les médias l’ auraient aidé à se répandre, le joual était là, partout, dans toutes nos rues. Larose vante sans état d’âme l’écrasement impérialiste, métropolitain, fédéraliste, des autres langues en France. Pourquoi pas alors adopter une langue mondiale, on sait bien laquelle serait élue, n’est-ce pas ? Suivez mon regard. Quoi ?  » Nous sommes anglais et américains « , répéterait-il. Défaitisme ou inconscience ? Je ne savais pas que mon union était d’accord avec la loi du plus fort.

Le prof Larose prétend que la louange des conquêtes, jusq’au Mississipi, ramènerait les enfants de nos émigrants dans notre giron. Je doute fort que le jeune Roumain, Sri Lankais ou Vietnamien soit sensible à ce  » péplum  » historique hollywoodien, cette brève saga d’avant la défaite des Plaines d’Abraham. Ces héros (La Salle, La Vérendrye, Marquette et Jolliet) laisseraient de glace le petit Québécois d’origine cambodgienne ou paskitanoise. Enfin, le dénonciateur de notre noirceur, Larose, avance que ceux  » qui ont fini anglophones  » ‹ses mots‹ ne sont pas des traîtres. Bien. Il dit et écrit à l’autre Larose :  » Ils ont eu leurs raisons.  » C’est court pour dire qu’ils ont été assimilés par la francophobie ambiante. Une réalité qui l’embarrasse. Bref cette sorte de bon-ententisme ‹ »nous sommes aussi des anglais « , s’exclame le rédacteur mandaté par l’UNEQ‹ pue son pacifisme délétère. Et s’écrier, comme il le fait, que  » notre Ministère de l’éducation démolit la loi 101  » relève de la fanfaronnade. Que notre union d’écrivains québécois endosse pareille forfaiture est d’une navrante tristesse. Notre président, Bruno Roy, devrait maintenant s’en expliquer s’il ne veut pas que le farfelu visionnaire poursuive sur sa lancée surréaliste folichonne.

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Claude Jasmin Sainte-Adèle

26 Mars 2001

MON ONCLE AMÉDÉE

  • diffusé sur les ondes de CKAC – enregistrement Real Audio)
  • (CONTE DU VENDREDI SAINT)

    Par Claude Jasmin

    (Musique grégorienne en sourdine)

    Hier, c’était jeudi saint, journée moins solennel qu’aujourd’hui. Nous avons fait, en bandes, la rituelle  » visite des sept églises « . Sept, oui, comme les sept plaies de Jésus en croix. Belle occasion religieuse, à treize, quatorze ou quinze ans pour fleureter les filles du quartier.

    Jacqueline Fortin a fait voir un petit costume rose fuschia,  » étrennage pascale prématuré. Micheline Carrière a montré ses belle cuissardes de cuir.

    Son frère Léo, ‹le grand blond avec des chaussures neuves‹Š en cuir patent deux tons, se pavanait.

    Marielle, ma soeur étrennait un  » jumper « , jupe  » craquée « , ma soeur Lucille, un manteau vert Irlandais, mon frère Raynald une paire de culotte  » british « avec, aux genoux et au fesses, des renforts en cuirette brune.

    Et moi, un blazer marine avec une ancre de bateau brodé. En or  » sivoupla!  »

    Les sept églises c’est aussi une parade de modes pour la jeunesse.

    On a un plan de marche, rue Saint-Laurent d’abord dans La petite Italie, à Saint-Jean-de-la-Croix, première plaie ! Entrée, eau bénite, génuflexion, prières, sortie après re génuflexion. Guetter dehors si on n’apercevrait pas Ouow! la soeur de Franco Nuovo étrenne un chaperon d’un beau caramel tendre!

    Puis on file vers la troisième plaie, coin Beaubien, l’église saint-Édouard. Même manège. Tiens, la soeur de Pierre Perault arbore un bibi à fleurs avec un petit oiseau ! !

    Plus à l’est, voici Saint-Ambroise, quatrième plaie! Et vision céleste, la grande soeur de Jean-Claude Lord, vêtue d’un tricot violet, mauve et rose. C’est un genre !

    On méprise, rue Bélanger, Saint-Arsène, rien qu’un sous-basement, une église pas finie !

    Ensuite, on foncera, rue Saint-Hubert coin Villeray, pour Notre-Dame du Rosaire, plaie cinquième ! Oh ! Le petit faraud de Jean-Luc Mongrain exhibe un chapeau tarte chocolat ! La mode !

    Ça s’achève la parade des vanités: Sixième arrêt du défilé de modes: rue Jarry, l’imposante bâtisse, Saint-Vincent Ferrié ! La soeur de René Angélil fait voir sa jupe écossaise neuve ! Enfin, pour la septième plaie, ‹souliers neufs souvent, alors on a, oui, nos plaies aux talons! Eau bénite, signes de croix et génuflexions dernières, dernières oraisons dans notre église, Sainte-Cécile, rue de Castelnau. Et, ouops!, ma mère sur le perron qui fait des gros yeux. On riait comme des fous, mon frère Raynald, et moi.

    Mais c’était hier, aujourd’hui, c’est vendredi saint, c’est plus grave. J’ai treize ans, servant de messe depuis cinq ans déjà. J’ai donc un rôle.

    L’église est remplie. Les statues portent des cagoules violettes. La messe sera très solennelle. Dite avec trois prêtres. Il y a aura la forte musique des orgues comme mille millions de tonnerres de Dieu ! Le père de tit-Claude Léveillée dirige les choeurs et Lucille Dumont, célèbre paroissienne, chantera des solos.

    Nous avons mis des surplis de dentelles fines, des soutanes de velours rouge, des ceinturons et des calurons. C’est un jour important du calendrier religieux. À trois heures, Jésus sera mis en croix, saignera de ses sept plaies pour nos péchés. Il va crier à son père, ça nous impressionne: » Pourquoi tu m’abandonnes?  »

    Le ciel va se couvrir de nuages noirs, le grand voile du temple va se déchirer de bas en haut. La terre va trembler. Jour tragique entre tous.

    En chair, le curé se fera apocalyptique. Cette année de 1944, il en profitera encore pour fustiger ses ouailles pécheresses. Le curé Lefebvre a le don des objurgations accablantes. Des prêches qui secouent. Les pécheurs trembleront dans leur banc.

    Je me sens au-dessus de tout ça. Dans le choeur de bois sculptés et vernis, nous sommes si proches du saint des saints. Toutes ces admonestations ne nous concernent pas.

    Nous les enfants en soutanes, nous nous imaginons au-dessus des chrétiens ordinaires de la nef. Au-dessus de la condition humaine quoi.

    Je ne crains qu’une chose: que mon oncle Amédée, le mécréant de notre famille, s’amène et s’affiche jusqu’en avant de l’église. Il l’a déjà fait. Ce fut la honte de notre famille, le Amédée, pompette, qui, en pleine messe de minuit, osa uriner sous un bénitier !

    Le bedeau l’avait chassé comme le païen qu’il est. Son cousin, mon père, avait frisé la syncope !

    La messe est commencée et tout allait bien lorsque, misère, le voilà !

    C’est bien lui, la tête haute, flegmatique, le voilà l’anarchiste, le sans foi ni loi! Amédée, mon oncle le révolté. Il porte beau comme toujours avec sa belle crinière blanche, ses joues bien roses, ses yeux d’un bleu d’azur. Il fait une entrée solennelle.

    On se retourne dans les bancs d’en arrière. L’oncle maudit fait de sonores bruits de bouche, se gourme ostensiblement, fait claquer sa belle canne à pommeau doré, sur les banquettes.

    La cérémonie était commencée et monsieur Léveillée faisait chanter un  » kyrie Eleison  » lent. C’était donc une sorte de pause. Le calme. Moment de réflexion pieuse. C’est son genre. L’oncle a dû calculer ce moment pour faire son apparition. Pour s’afficher, semer l’émoi, troubler la quiétude des bons-chrétiens.

    Ma mère, se vengeant de son beau-frère Oscar ‹ » Oscar qui boit le bar  » au Montagnard de Saint-Donat‹ entonne souvent pour accabler mon père:  » Ce Amédée, ton cousin, une honte! C’est ça, ta famille, des têtes fortes, comme Paulo, ton oncle, l’avocat rouge, viré anglais. Et protestant! Ta tante Lise, exilé dans un bordel, au Yukon. Ça vote libéral et ça crache sur monsieur Duplessis!  »

    Mon père le bigot, chaque fois, se défend mal, il déteste son cousin mais qu’y faire?

    Maintenant je vois mon oncle Amédée qui s’avance, digne et noble, dans une allée de côté. Il a son air fier comme sur les vieilles photos de l’album de famille, quand il était maire de son village.

    Tous les cérémoniaires sont assis et l’observent comme les juges en face de Riel ou du défroqué Cheniquy.

    Le  » Kyrie Eleison  » s’étire langoureusement. Cette pause dans l’office, ça tombe mal, on ne voit et n’entend que lui! On ne voit plus que l’oncle Amédée, seul mobile dans cette assemblée immobilisée.

    Amédée marche lentement, mouchoir brodé d’or sous le nez, vers un des autels latéraux, côté Sainte Vierge. Trouve enfin une place libre et va s’y installer en faisant des acrobaties pour enjamber deux dames de Sainte-Anne. Une patronnesse lui fait farouchement des signes de se découvrir le crane. Jovial et bruyant, il accepte, goguenard d’enlever son chapeau de paille luisante.

    Je me souviendrai toujours, j’avais sept ans et il avait décidé, un dimanche matin de vacances, de m’accompagner à la messe, à ma grande surprise. Je revenais de communier et l’oncle m’ avait dit:

    – » L’as-tu dans bouche là, mon petit gars?  » Il parlait de la sainte hostie consacrée. Je fis un signe affirmatif et refermai les yeux en m’agenouillant. Alors, Amédée se pencha vers moi et me dit:  » Mors-lé! T Tu vas voir, y arrivera rien! Mords-lé! Mords-lé!  »

    Ma confusion et ma honte.

    Maintenant,il se lève, enjambe de nouveau les enrubannées de bleu. Du choeur, je peux entendre ses excuses rieuses ! Je souffre. Seigneur Dieu !, il vient vers moi, vers la balustrade, semblant examiner les lieux comme un inspecteur en bâtiments. Il frappe de sa canne le marbre d’un socle, le granit de la barrière sculptée. Va-il oser entrer dans le choeur, monter l’escalier qui conduit à l’ autel, apostropher les prêtres?

    Il y a que cet oncle est inconsolable d’avoir perdue, sa jeune épouse, il y a vingt ans, il l’aimait comme un fou notre tante Rose qui fut victime de l’effrayante épidémie de tuberculose. La saudite Tibi des années’30. La guigne fut sur lui, car, plus tard, Émile, son fils unique, devenait u manchot à cause d’une machine agraire incontrôlée sur sa terre de Sainte-Dorothée ?

    Tant de malheurs l’ont rendu vindicatif, querelleur et puis agnostique. Athée.

    Le voilà maintenant qui s’approche encore davantage. Il m’a vu ! Il me fait des signaux de la main ! Je baisse la tête aussitôt. Tout pour me faire rentrer dans la mosaïque du plancher

    Le curé me jette un vilain regard. Quoi ? Suis-je le gardien de mon oncle ? Qu’y puis-je, simple enfant de choeur ? Souhaite-il me voir aller le frapper, le traîner dehors ? Qu’est ce qu’un garçon de treize ans peut faire contre le diable en personne ? Rien.

    Le voici qui ouvre la barrière côté Sainte Vierge. Je respire. Il va donc grimper à un des jubés. Bon débarras.

    Les  » Kyrie éleison  » s’achèvent.

    Je respire mieux ! Puis, non, il s’exhibe là-haut, la jambe passée par-dessus la rambarde ! il tousse haut et faux! Il se racle la gorge avec ostentation, échos et vibrations sous la nef de Sainte-Cécile. Les fidèles ont le nez en l’air. En avant, les assis me fixent d’un regard accusateur. Voilà le neveu, le filleul, du monstre !

    Je veux vomir. Je veux disparaître. Tout guilleret, mon sinistre  » parrain penché  » m’envoie encore des saluts frénétiques. Il est équilibriste au cirque Barnum ! Il passe en revue, grimaçant, les fidèles dans la nef, on dirait qu’Il va leur cracher dessus. Je ferme les poings  » Il sort encore son grand mouchoir. L’agite dans ma direction comme au quai d’une gare. Je ne sais plus où me mettre..

    Il disparaît enfin Il doit être allé cuver son cher rhum au fond des gradins du jubé. Je respire mieux. Qu’il s’endorme au plus tôt.

    Bonté divine ! On entend soudain des bruits dans la sacristie, derrière le maître-autel. Que fait donc le gros bedeau Dépatie ? Il n’est jamais là quand on a en besoin. Du vacarme encore ? C’est bien lui ! J’entends ses bruits de gueule, ses raclements de forcené, sa toux exagérée, il doit gesticuler contre ses  » ombres maléfiques  » qui, dit-il, le poursuivent quand il a bu. J’imagine le pire maintenant.

    Un des servants, à toute vitesse, paniqué, change le grand missel de côté. S’enfarge dans sa soutane, trébuche, un autre le relève, tous alors de me dévisager de nouveau. Je suis le responsable du gâchis de ce Vendredi saint, c’est clair.

    Dans un accès de défi incontrôlable, l’oncle Amédée surgit et va droit vers le tabernacle, ose l’ouvrir, s’empare d’un ciboire, l’abandonne pour attraper un chandelier.

    C’est l’heure de la lecture de l’évangile, au lutrin, en avant, les prêtres, à l’écart, ne le voient pas. Il fait virevolter deux chandeliers maintenant. Douze lueurs luisent ! Mettra-t-il le feu aux nappes de dentelles? Je ferme les yeux. Les autres enfants de choeur se mettent à trépigner et rigolent. Mais le frère Foi agite son claquoir et ramène un semblant d’ordre et, enfin, enfin, le musclé bedeau apparaît, les yeux méchants et entraîne l’oncle apostat en coulisses. L’église respire !.

    L’ orgue tonne de nouveau. Les trois prêtres ont repris le Saint office sacré du Vendredi saint.

    L’abbé Favreau vient vers moi et me chuchote:  » Mon petit Claude, Dépatie et le frère Foisy tentent de le retenir. Allez vite vers lui et conduisez ­le vers la sortie de la rue Henri-Julien. Ne revenez pas. On ne vous tiendra pas rigueur de manquer la messe. Allez-y vite, vite !  »

    Les autres enfants de choeur me regardent partir comme si j’allais en enfer sous leurs yeux ! Me voilà avec la mission redoutable d’entraîner Satan Amédée, loin de l’église. Invoquant à mon secours tous les saints du ciel et Jésus crucifié à trois heures cet après-midi, je me lève et, tremblant, je marche vers la sacristie.

    Il est là, blotti au fond d’une armoire géante de la sacristie, il chantonne, un cruchon de vin de messe à la main, il s’en verse de grandes rasades, éructant, marmonnant des imprécations inaudibles. Il crapahute sur le sol maintenant. Gargouille effrayante.

    Il me voit maintenant, grimace un sourire hideux, j’en frissonne, il me fait des yeux courroucés, se redresse et lance des coups de pied dans l’air.

    Et puis j’en ai pitié, je lui ouvre les bras et le voilà qui grogne:

    – » Ash! Te voilà mon neveu préféré, mon filleul bien aimé. Tu seras le premier pape canadien français comme le prédis ta grand-mère. Viens m’aider. Je veux me trouver un  » kit « , me déguiser en curé et aller brasser l’encensoir sous le nez de ces rongeuses et ces grenouilles de bénitier !  »

    Le frère Foisy est parti disant qu’il allait téléphoner à la police. Dépatie s’est saisi d’une lourde croix de défilé et se protège du mieux qu’il peut de ce vieillard furibond.

    Quoi faire, Sainte Cécile, patronne des musiciens ? Je trouve le courage d’aller le prendre dans mes bras et je le supplie:

    – » Mon oncle, vous allez m’accompagner dehors, venez vite, on va aller à la Casa Italia voir votre ami, Fasano. Il a du bon vin, bien meilleur que du vin de messe. Venez avec moi, mon oncle !  » Dépatie, à coups de crucifix d’argent, l’encourage vivement à me suivre.

    Amédée recule de trois pas, ouvre les bras, pousse un rugissement de lion qui doit s’entendre jusqu’au fond de la nef. Le curé Lefebvre a dû en interrompre son sermon eschatologique. Il veut foncer comme un taureau sur le bedeau. Devoir le calmer:

    – » Je vous en supplie mon oncle, je ne deviendrai jamais pape, ni simple cérémoniaire, à cause de vous, ni même thuriféraire, si vous sortez pas maintenant, je resterai simple enfant de choeur. On me tient responsable de vos frasques !  »

    Surprise, il cligne des yeux, semble réfléchir un instant, me fait son bon sourire de vieil ange déchu. Il brandit sa canne:

    – » Tu vas me faire le plaisir de rentrer dans le corps de cadets avec les tambours et les trompettes ! Compris ? Suffit de porter tes robes noires et rouges ! T’es pas une p’tite fille! C’est promis, oui ?  »

    Je promets. Je promettrais n’importe quoi.

    Je lui ai saisi un bras et tente de l’attirer vers la sortie. Il ne bronche pas. Dépatie s’énerve. Le frère Foisy est revenu disant:  » La police s’en vient! Amédée va s’appuyer au rebord de la longue crédence et chiâle maintenant::

    – » Mon neveu, j’aurais b’en voulu les démasquer, tous. Faire arrêter cette mascarade. Ou bien Dieu n’existe pas ou b’en il m’haït à mort ! Sans ça, il n’aurait pas permis que ma Rose soit morte si jeune, ni que mon garçon, mon Émile, mon bâton de vieillesse, se fasse arracher un bras si jeune.  »

    Soudainement, lui, ce mécréant endurci, il sanglote, tout secoué! On entend à peine l’orgue et le chant. Foisy et Dépatie se taisent maintenant car ils voient que Satan peut pleurer !

    Je lui caresse un bras, celui qu’il accroche fermement à sa belle canne. Timidement, je lui dis:

    – » Dieu vous aime, mon oncle ! Malgré vous. Il éprouve ceux qu’il aime le plusse. C’est grand-maman qui le dit. Faut vous consoler et pardonner, mon oncle. Après-midi, à trois heure, Jésus crucifié, b’en, il va pardonner à tout le monde, mon oncle!  »

    J’ y répétais ce que le curé Lefebvre répétait.

    Amédée hoquetait, comme à bout de souffle, abasourdis, stupéfaits, le bedeau et le frère le regardaient, suspendu, accroché à l’ armoire, avec sa tête penchée. On aurait dit un vieux Christ en croix, un Jésus vieillard!

    Et puis il s’est laissé glisser sur le plancher de granit et, à terre, il devenait un p’tit bonhomme, un  » vieux  » p’tit bonhomme tout ratatiné!

    Je lui dis doucement:

    – » Accepter votre vie, mon oncle, et arrêtez, un peu, de boire, et vous redeviendriez maire de Sainte-Dorothée, comme avant, quand vous étiez si généreux et tout, mon père m’a tout raconté de votre ancienne belle vie!  »

    On pouvait entendre maintenant, en chair, les dernières recommandations du curé Lefebvre et le silence recueilli des ouailles obéissantes.

    Amédée se secoue, se redresse et je l’aide, lui redonne sa canne échappée. Il va vers un gros prie-Dieu et s’y jette à genoux, se masse la poitrine, tousse, cette fois, pour vrai, se sort la langue, il lève au ciel des yeux exorbités. Est-ce que je vais assister à un miracle ? L’oncle en un Saül ? Un Saül, sur son chemin de Damas ? À la conversion d’un hérétique ? Renversés, le frère Foisy et Dépatie écarquillent les yeux. Je m’agenouille près de mon oncle et il me sourit, me fait signe de m’approcher davantage. Au loin, la chorale de monsieur Léveillée éclate et l’ orgue tonne de nouveau, les mugissements d’un Vendredi saint! Amédée me sourit, me tapote les mains:

    – » Va reprendre ta place, je dérangerai plus. Va reprendre ta place !  »

    Il se lève, marche vers la sortie en faisant tournoyer habilement sa canne: c’est Charlot aux cheveux blancs, aux yeux bleus! Je reste à ses côtés, je l’aime maintenant, je l’ ai vu pleurer. Je l’accompagne dans le petit escalier qui conduit au local de  » La goutte de lait « , rue Henri-Julien. Il me fait une petite caresse sur la nuque et dit:

    – » Va vite rependre ta place. Je vas aller voir mon ami Fasano à la Casa. T’as raison, son vin est le meilleur.  »

    Je l’ai vu s’éloigner rue de Castelnau, oui Charly Chaplin avec le canotier de Maurice Chevalier et la canne de  » Mandraque-le-magicien « , dans les bandes dessinées de  » La Patrie du dimanche.  »

    Je sus allé me réinstaller parmi les autres ensoutanés, ils me regardaient, il me semble comme un héros, une sorte d’exorciste. Celui qui avait pu chasser le diable de Sainte-Cécile.

    J’observais se faire craquer en deux, en quatre, la grande hostie, et j’avais la tête ailleurs, je tenais distraitement les burettes d’eau et de vin, j’attendais un signe pour verser ce qui allait devenir le sang de celui qu’on allait clouer en croix cet après-midi.

    J’n’étais pas le diable mieux qu’Amédée qui s’était  » pas  » converti tantôt sur le prie-Dieu de la sacristie. J’étais parti, ailleurs, je ne faisais que penser à Pâques, dimanche, après-demain. Au gros  » oeuf de chocolat  » avec crème de menthe et du jaune dedans, l’oeuf géant, mal enveloppé, mal caché dans le haut de la garde-robe de mes parents.

    Un cadeau de mon parrain, l’hérétique Amédée.

    SOUVENIR DE JULIETTE HUOT

    Ah b’en quand on a su ça!  » Pas croyable « , disait ma mère épatée du fait: la fameuse Juliette Huot, louait un chalet à Pointe-Calumet, au bout de l’est, boulevard Lachapelle, pas loin du  » Calumet Country Club « .

    Quelle fierté pour le petit peuple de cette villégiature populaire des bords du Lac des Deux-Montagnes. Ça jasait, ça épiait. Ça racontait :  » Imaginez-vous donc qu’on y voit souvent Gilles Pellerin, Serge Deyglun, Denis Drouin. Est très recevante. Paraît que Juliette Huot fait des spaghettis dont ils raffolent dans l’avenue Lamothe!  » Nous avions su qu’un lot d’artistes allait dans le Maine, au bord de l’océan, d’autres, disait-on, allaient en Gaspésie au bord de la mer ou du côté du Bic, ou dans Charlevoix, mais avoir une vedette de la radio à Pointe-Calumet oh que c’était flatteur!  »

    La  » Juliette s’ajoutait aux  » personnalités  » du lieu populiste : le chef de police de Duplessis, Hilaire Beauregard, le jeune annonceur Réal Giguère, ou Robert Rivet, ou encore la chanteuse française Michèle Sandry, établie au Québec. Mon ami Tit-Yves habitait pas loin de cette avenue Lamothe et potinait volontiers:  » Elle a organisé un fameux de gros party samedi soir dernier, ça riait, ça criait là-dedans! Ça chantait!  »  » Vendredi soir, on a vu, en personne hein?, Jacques Normand!  »  »

    L’autre dimanche, sa bande et elle, ils se sont baignés en s’arrosant comme des  » yables « , fous comme des balais.  »

    Un bon soir, Raynald, Tit-Yves et moi, on jouait sur la plage de l’hôtel  » Château du lac  » et l’inévitable Tony, bigle et râlait ses  » Aïe Marie, aïe Marie! « , Budy Fasano était au piano et puis, tout d’un coup, et on a entendu le MC gueuler :  » Votre attention, mes dames et messieurs! Une bonne main pour accueillir nulle autre que mademoiselle Juliette Huot qui nous fait l’honneur de sa présence!  » Tonnerre d’applaudissements.

    On a couru au chalet pas loin de là :  » M’man, m’man! Juliette Huot est au Château!  » Ma mère qui sortait rarement n’a rien dit, elle a mis sa robe de sortie et est partie fureter au  » Château  » avec sa voisine, Orifice Scarpaleggia. Juliette Huot, jouant si souvent les mères à famille nombreuse, c’est avec elle que notre mère s’identifiait le mieux.

    Chère Juliette, aux rivages du paradis tant mérité par ta magnifique carrière et ton dévouement aux  » Petits frères « , bonne baignade et que Saint-Pierre brasse de bonnes pâtes pour toi et ta bande!

    Claude Jasmin (écrivain)

    Sainte-Adèle. (17 mars 2001)

    HOMMAGE À PAUL BUISSONNEAU

    Lu à Télé-Québec : » Le plaisir croit avec l’usage » (mars 2001)

    HOMMAGE À PAUL BUISSONNEAU
    Par Claude Jasmin

    Mon cher Paul, Trenet est mort et on voit ta photo, jeune et maigre, dans Le Figaro et Paris-Match, c’était avant.

    Paul! Au parc Rouen, le vieux M’sieu Mochon au « brandy nose » est mort! Son petit chat aussi.

    Paul! Où as-tu remisé tes vieux stores vénitiens peints et  » toastés des deux bords  » pour ton  » Orion le tueur « ?

    Paul? Tu m’avais enseigné comment faire péter de la poudre sans danger pour Orion-Jean-Louis Millette, lui qui t’a fait crier:  » Jean-Louis! C’est la première fois que tu me fais de la peine!  » Frissons partout dans le mausolée improvisé du TNM.

    Paul! T’en souviens-tu assez des parcs au soleil, l’été, d’au de là de Pointe-Saint-Charles jusqu’au bout du Bout de l’Île.

    Paul! Où rouille-t-il ton vieux camion-roulotte? Dans quelle cour à scrap de la municipalité? Tombeau magique, coffre aux trésors des enfants qui n’avaient pas les moyens d’aller en villégiature.

    Paul! Est-ce que tu chantes encore une de tes chansons:  » Il pleut, il mouille, je suis comme un grenouille?  » L’inventeur de  » jeunesseries  » télévisées, Fernand Doré, se laisse oublier, avec tous ceux qui t’ont permis l’inoubliable  » Picolo « , ton bel Arlequin de quatre sous!

    Paul! Je te revois au parc Henri-Julien parler aux enfants sans complaisance, d’égal à égal, pendant qu’un gringalet surdoué t’attend avec sa petite machine à coudre portable, François Barbeau.

    Paul! Je te revois  » barguiner  » chez le cordonnier de la rue Rachel pour quatre paires de bottines passées-mode!

    Paul! Où as-tu caché tes supports à linges  » accordéonnesques  » pour ton inoubliable  » Tour Eiffel qui tue « ?

    Paul! « Guenillou » surdoué, regrattier d’imaginaires, brocanteur de rêves, « quêteux » métaphorique, tu inventais ta bande-à-bonnot autant avec l’Yvon de Saint-Henri que le Latulippe d’Hochelaga.

    Paul! Comme tu riais, en 1952, au vieux marché Amherst, en 1952, pendant qu’on pissait ensemble dans les fioles de l’examen médicale pour aspirants-fonctionnaires de Claude Robillard.

    Paul! Toi qui étais l’ami de la môme Piaf, qui avait chanté, avec tes célèbres  » Compagnons  » au Maroc et jusqu’en Égypte, à Las Vegas et à New-York chez Ed Sullivan, je te regardais, médusé, dans ce coqueron derrière le vieux Stadium, cousant des oreilles de peluche pour le lion Sabourin, des moustaches de crin pour la tigresse Clémence, et des queues de laine pour le chat matois Millette et le tigre Luc Durand, tout ton  » carnaval  » d’animaux selon Prokofief.

    Paul! Tard, le soir, au lugubre Centre Campbell, sous la fumé de la Molson d’à côté, tu fourrageais dans tes costumiers de friperies pour des troupes d’amateurs pauvres,.

    Paul! Mon voisin de  » La petite patrie « , Claude Léveillée, n’en revenais pas quand tu me commandais un décor en forme de cage à oiseaux! Mobile! Et devant s’ouvrir avec tout le mobilier accroché aux murs! Toi, fou d’ « Oiseaux de lune » selon Marcel Achard.

    Paul! Tu sacrais en québécois, tu grognais puis tu t’ illuminais devant un tordeur de lessiveuse tordu, un carrosse de bébé cabossé, un abat-jour éventré, une pompe à bras déglinguée, un cornet de phonographe ébréché , une horloge éviscérée.

    Paul. Salut  » surréalisateur  » de vidanges, salut métamorphoseur de rebuts, tu faisais école sans le vouloir. Sans le savoir tu annonçais des Maheu, des Lepage, tous les autres  » visualisateurs  » d’aujourd’hui.

    Paul! À l’aéroport fatal du temps qui passe, où se sont évadés tant de camarades, tu joues le plus sourd que tu n’es, il vante devant nos portes d’accès et une voix grésille dans un mauvais micro :  » Les passagers pour l’au-delà, veuillez vous présenter à la Porte numéro 13. » Mais toi, tu mourras dans cent ans, alors tu fais des pirouettes dans ce hall des pas perdus avec tes godasses chaplinesques, tes bretelles pendantes sur le pantalon d’ un Auguste rougi.

    Paul, tu ressembles plus que jamais au poulbot dépenaillé de la rue Mouffetard qui bafouait les bombardements parisiens au dessus de ta tête de gamin déjà ouvrier-couvreur.

    Paul! Tu resteras toujours un Québécois indispensable, inoubliable et d’anciens voyous, du fond des ruelles, des parcs et des scènes, te disent merci. Merci pour tant de beaux rêves éveillés.

    Paul, enfin, tu nous donnes envie de chanter :  » Il y a longtemps que l’on t’aime et jamais-jamais on ne t’oubliera.  »
    Fin.

    Les artistes et l’État-Maquereau

    Je voudrais faire écho à différents articles parus récemment au sujet de la culture et de ses rapports avec le gouvernement, via ses agences, ses conseils des arts et le reste. Je dis :danger! À quémander sans cesse de l’aide, des subventions, des bourses, des secours de toutes sortes, ils pourraient se transformer en silencieux collaborateurs des gouvernements en place , en zélés commis dociles du statu quo gouvernemental. Heureusement, il y a longtemps que les artistes d’une nation, un peu partout dans le monde, se révèlent des opposants, des critiques ‹souvent encombrants‹ parfois des adversaires. Cela est bon et nécessaire. Les artiste ne doivent pas devenir une bande d' »assistés sociaux « ! Les créateurs importants (peintres comme écrivains) ont le sens de l’injustice sociale. Courageux, ils ne doivent pas craindre de monter aux barricades et de fustiger les autorités en place illustrant par leurs ouvrages les graves lacunes des administrations publiques.
    DANGER D’AUTOCENSURE

    À Cuba et ailleurs, ils se font emprisonner. En Occident industrialisé, ils ont le droit de s’exprimer librement, à leurs risques et périls. C’est bien. Ils ont le devoir de dénoncer les injustices sociales, de démontrer les collusions, d’illustrer les abus de tous les pouvoirs en place. Les récents cris ‹du MAL, ou autres réclamants comme l’UNEQ‹ pour que l’État (à Ottawa ou à Québec) se résument au  » On veut de l’argent, plus d’argent! Cette attitude pourrait engendre un jour la domination totale de l’État sur ses créateurs mis sous son joug. Le artistes, tous subventionnés tomberont alors dans l’autocensure, un volontariat gâteux du  » bénissons bon papa-état « . Ce serait néfaste et stérilisant en regard du travail décapant que doit effectuer tout créateur lucide. L’artiste engagé, militant progressiste dans sa société comme il se doit, se ferait vite dégriffer, se ferait arracher les dents. L’État distributeur et contrôleur (qui te paie, l’artiste?) tiendrait ses  » entretenus  » dans le règne du  » tais-toi ou crève.  » Cela s’est vu longtemps quand le pouvoir était clérical, cela se voyait encore il y a moins longtemps quand des Tremblay, Frégault, Kirkland-Casgrain et autres tenaient des  » listes noires  » occultes. (On y a goûté n’est-ce pas camardes de gauche mais c’est une autre histoire.) L’un chantait :  » Y a d’la place en usine « . Oui, il y a de la place en usines, en manufactures, en bureaux, en ateliers variés. En 40 ans de métier, jamais je n’ai demandé une bourse ou quelque subvention que ce soit. Sauf (en 1981) pour prendre l’avion, l’Université de Nice m’ayant invité à parler livres québécois ‹la plupart des éditeurs sont aux crochets de Papa-État mais je n’y peux rien. Ce protectionnisme accepté ne les inquiète pas trop.

    LE SILENCE DES SUVENTIONNÉS

    Ça me fait mal de voir nos représentants  » unionsnesques  » brailler sans cesse pour le  » toujours-plus-de-sous « . Lobby gênant parmi les autres démarcheurs commerciaux. Ils chialent pour être davantage soutenus. Le souteneur a toujours ses privilèges, la putain, elle, le sait. Ne devenons pas les prostitués de l’État. Laissons Papa-boss-État, via ses conseillers ‹quels qu’ils soient hélas‹ décider qui elle veut soutenir et critiquons s’il y a lieu ses choix. À un jeune auteur, déjà pamphlétaire utile, qui remarquait le silence de ses collègues, leur aplatventrisme, j’expliquais: la peur! La crainte de n’être plus subventionné, de ne plus être choisi pour symposiums, colloques, séminaires et autres voyages-aux-frais-du-peuple (on ne dira plus  » de la princesse  » puisque l’argent public n’a rien de monarchique. Le créateur un peu fier, l’artiste le moindrement libertaire, doit se méfier des largesses (ou des petitesses si on veut) des ministres et des sous-ministres avec leurs copinages-à-jurés-bien-rémunérés, ces faux-pairs! Vaut mieux aller bosser comme ouvrier dans la construction (ou comme serveur de café) que de se conformer aux silences complices. L’ouvrage de cet esprit libre, s’il a vraiment du talent, trouvera son public. Autrement c’est la maigre pluie folichonne qui arrose tant de soi-disant créateurs à publics  » confidentiels « . L’aide sociale de luxe (expression de N. Pétrovski) ne fait qu’entretenir dans leurs illusions des légions incapables de se dénicher le moindre auditoire. C’est cette petite population de perpétuels ratés et demi-ratés qui réclame assistance. J’ai gagné l’  » alimentaire  » en brossant durant des décennies des décors de variétés pour la télé publique (j’aurais pu le faire pour la télé privée). Je recommande toujours aux aspirants de se dénicher un métier. Il vous laisse libre. Des confrères étaient journalistes ou réalisateurs, le plus souvent enseignants et quoi encore? C’est l’idéal. Autrement, à vouloir  » vivre de son art  » sans avoir donné encore des preuves qu’on aura un public quelconque, c’est se faire entretenir par l’État-maquereau, on se transformera en créateurs autocensurés, égotistes, nombrilistes, loin du moindre engagement.

    ASSEZ DE JOUER LES TÉTEUX!

    Comme pour ma célèbre cousine, Judith, mes polémiques, mon militantisme me valurent de  » parader  » souvent chez les directeurs de la SRC du temps, et après? Cela aussi est une autre histoire. Il n’y aurait pas de mérite à courir des risques si nos critiques ne nous attiraient pas des conséquences, voire des promotions dues. C’est normal. Dans l’espoir de voir s’exprimer plus librement nos créateurs, je proclame ici que nous devons cesser de jouer les veaux-téteux et braillards, pendus aux basques de Papa-L’État. Il en découlera toujours une infantilisation des artistes, de la parano, de cette  » victimisation  » à la mode. En fin de compte, en bout de piste, seul le public installe la popularité d’un artiste, pas les maquignons-à-cliques-et-à-chapelles de la Grande- Allée à Québec ou de la rue Albert à Ottawa. Nos associations ont bien assez à faire en surveillant mieux producteurs, distributeurs et tous les diffuseurs publics et privés de la culture. Beauchemin, Tremblay, Laberge ou Deschamps, Meunier, Huard, ou Lapointe, Dufresne, Plamondon, ou Macha Grenon, Michel Côté des centaines d’autres, ne quémandent pas, ont été naturellement, entièrement, reconnus. Le talent fait cela. Point final.

    Claude Jasmin Sainte-Adèle 13 mars 2001

    VIVE LES  » HUMEURISTES « !

    C’est correct, LA PRESSE du lundi 12 mars a offert un droit de réplique à monsieur le directeur Rondeau (de l’Académie du théâtre) enragé noir face à la chronique de votre columnist Nathalie Pétrowski (6 février) analysant son  » Gala des masques  » télédiffusé. Il n’y va pas avec le dos du couteau! Les horions pleuvent :  » argumentation farfelue « ,  » mauvaise foi grotesque « ,  » traitement incongru, inepte « ,  » réflexion comme bourde. » Or, un chroniqueur se doit d’avoir de l’humeur, il n’est pas tenu aux faits seulement comme un reporter.

    Monsieur le directeur Rondeau aurait pu corriger l’auteure de ces  » humeurs  » sans utiliser les injures, il me semble. À moins de vouloir créer de la polémique mais est-ce bien le rôle d’un responsable tel que lui? Moi, un dinosaure en cette matière (La presse, Québec-Presse, Actualité, Le journal de Montréal, CJMS, CKVL et CKAC),j’ai usé plus souvent qu’à mon tour du procédé  » humeurs livrées en vrac  » et il m’est arrivé d’être contesté ‹plus souvent qu’à mon tour‹c’est de bonne guerre.

    Les demandeurs de justice et les donneurs de leçons se limitaient à corriger mes tirs, point final, sans déployer l’artillerie lourde des insultes.

    Ma défense de votre chroniqueure ne veut que soutenir nos précieux  » humeuristes  » (mon néologisme), sans leurs écrits, à chaud, subjectifs, la lecture des journaux serait souvent bien ennuyeuse. Ils sont le  » sel  » de la vaste terre des publications quotidiennes.

    Claude Jasmin
    Sainte-Adèle. (12 mars 2001)