Nudisme à la sauce décadence

Il y a des aubes navrantes, disait le poète. Oh oui !

Ainsi, le Musée d’art contemporain, dirigé par un  » abbé de salon  » vient de parrainer un pénible dompteur de voyeurs etc. d’exhibitionnistes montréalais. Dans son porte-voix, le Tunick, un photographe des États-Unis, ordonnait : – » Tout le monde à poil et couchez-vous !  »

2,500 voyeurs et exhibitionnistes lui obéirent au doigt et à l’oeil.  » Mon gang de malades « , chante un jeune voyou sympathique ! On permettra à un ex-critique d’art de LA PRESSE de juger le soi-disant événement : une manifestation décadente que ce triste étalage de chair avachie; évocation folichonne et sinistre caricature des horribles images ‹vraie hélas celles-là‹ des  » nuits et brouillards  » de l’holocauste.

On s’incline devant les exhibitionnistes de ce matinal rassemblement moutonnier, au grégarisme malsain, sur le parvis de la Place des arts, on ne s’incline pas par respect mais par envie de vomir. Le photographe américain Tunick ne commandait pas à ces  » nudistes d’un matin  » de se tenir debout fièrement, le poing levé ou les doigts ouverts en forme de  » V « , non, non,  » couchez-vous sur le bitume (aux crachats) voyeurs et exhibitionnistes.  »

Dans l’escalade vaine de la conquête médiatique, des créateurs ne savent plus trop quoi faire pour se signaler. On exposera une robe-de-viande-saignante ou bien ses défécations dans un tube de plastique. On a vu tout ça récemment. Le sensationnalisme abrutissant gagne sans cesse du terrain. La télé en est avec ses actuels exhibitionnistes consentants, et stipendiés, pour exciter le regardeur.

Suis-je seul à m’inquiéter de ces dérives inhumaines ? Sommes-nous plusieurs à n’y voir que pathétique (pathologique ?) quête de notoriété et à vouloir envie de crier :  » Il y a de la place en usine, pauvres petits cons.  » À ce  » créateur  » amerloque névrosé (psychosé ?), je recommanderais, s’il a de la pellicule en trop, d’aller prendre de vrais risques, par exemple que ce Tunick aille photographier les femmes asservies ­ et très habillées ‹chez les Talibans, les fous-de-Dieu intégristes. L’art de la photographie y serait utile pour l’information du monde.

Les 2,500 montréalais niais et si vite couchés, dont la très grande majorité n’entre jamais visiter les galeries du Musée-Brisebois, prendraient conscience que la liberté de se dénuder, banale et acceptée par ici, n’est pas un sujet de  » pose sophistiquée morbide  » en maintes contrées.

Claude Jasmin
Sainte-Adèle
28 mai 2001