Le lundi 31 décembre 2001

1-
Oh le beau lundi matin! Que de clarté, que de beauté! Hier soir, bonne bouffe aux moules, rien de lourd, pourtant la nuit dernière, un cauchemar curieux!
Ce rêve noir :
La compagne de mon fils, Lynn, semble avoir la garde d’un poupon. Elle l’a confié à un voisin. Je vais examiner la pièce voisine où se trouve ce gardien du bébé, un voisin de Lynn ? C’ est un type louche. Il ressemble à l’éditeur Brûlé, crane rasé. C’est fou Je rencontre en vain, il ne parle pas, sourit par en dessous, bonhomme aux manières suaves et au regard oblique
Je préviens alors Lynn que ce bébé devrait lui être retiré rapidement. Elle a des doutes sur mes frayeurs. Et résiste.
Des voisins, punks, sont enragés de mes suspicions et me font des menaces voilées. L’un ressemble à l’acteur Guildor Roy, l’autre au chanteur Paul Piché. Moqueries et gestes triviaux à mon endroit.
Je continue, alarmé, de prévenir Lynn au sujet du bébé en danger. Un poupon aux allures misérables, je l’avais noté! Résistance de Lynn encore. Me juge catastrophiste!
Nous voilà en voiture.
On roule, je ne sais vers quoi, vers où ? La discussion se poursuit au sujet du bébé en péril. Inutile.
Les types louches me réapparaissent et sont encore plus menaçants! Ils nous croisent à une station d’essence. On poursuit notre voyage Bizarre impression d’ une excursion codée, dont la signification, la destinée, m’échappe.
Soudain, une voiture de policiers nous fait signe de stopper. Un agent à la portière prévient Lynn :  » Il y a eu un accident. Ils sont tous morts, ma pauvre petite madame! Vous venez de perdre votre famille.  » Stupeur de tous. Raymonde pleure à chaudes larmes.
Lynn sort de l’auto comme assommée, et tombe au sol, comme inanimée. Je sors en larmes, je veux la prendre, la ramasser mais elle est devenue une poupée de chiffon. Inerte. Toute molle. Semble être transformée en une naine! Irréelle quoi. Ma stupeur! Je me réveille en sursaut.
Fin.
Eh b’en! Pourquoi donc ne pouvais-je l’étreindre contre moi pour la consoler ?
Je vais noter ce cauchemar dans mon bureau car je sais qu’on oublie souvent un rêve au réveil. Je retourne au lit. Crainte d’un signe prémonitoire, merde!
Je téléphone à Lynn ce matin pour lui parler de ce songe bizarre et de lui recommander de monter ici, demain, Jour de l’An, en conduisant avec prudence. Elle rit et promet. Daniel aussi.
2-
Hier soir, dimanche, embarras à la télé : un vieux film d’Hollywood de Mankievitz (ortho ?) avec Gielgud, James Masson ‹jouant Brutus, intime et poignardeur de César qui dira avant de crever :  » Tu quoque filii ? « ‹ et un Marlon Brando tout jeune. Shakespeare à l’affiche, rien de moins!
 » Julius César « , rien de moins.
On y va mais c’est, comment dire  » hollywoodien « . Et il y a après une demi heure, une émission spéciale sur André Malraux à TV-5.
Pauvre Bill, pauvre William, il s’est fait battre chez nous par le Malraux. Surprise!
C’est Bernard Pivot, pourtant retraité, qui mène ce spécial-Malraux. Le biographe de Malraux, Lacouture, est à une des fauteuils. Seul, il sera critique pour le Grand homme, rappelant le congédiement brutal par Malraux, ministre de la culture gaullien, de J.-L. Barrault qui s’était rangé avec ferveur avec les jeunes révoltés en mai 1968. Indiquant aussi que Malraux au pouvoir, bien-aimé du Général, avait été sage, et trop timide, n’exigeant pas grand chose en fin de compte pour oser intégrer la culture aux domaines importants, dont celui de l’éducation. Certes, il a loué ces Maisons de la culture instaurés par lui.
Tous les autres sont tombé dans l’hagiographie unanime :  » Malraux. Quel personnage étonnant, parfait. Foglia exagère en publiant, samedi matin :  » Malraux un monstrueux sale con « !
Ouow, les moteurs!
On a pu voir quelques extraits des discours frénétiques de ce personnage hors du commun. Fascinants.
Pris par  » La maladie de Tourette « , Malraux avait des tics, un débit saccadé. Cela le conduisait à ce style  » inspiré « , quasi-névrotique.
Voilà donc un jeune autodidacte ‹il avait pas même son diplôme de secondaire 5‹, et jeune romancier respecté des transformer en un étonnant  » missionnaire de l’art universel « . Sa mémoire phénoménale, jointe à sa capacité de faire des liens étonnants entre l’art de tous les siècles, fit de Malraux un expert mondial en symboliques iconographiques, absolument déroutant et bien souvent merveilleux.
Souvenir : vers 1965, grande réunion, dans l’auditorium, profs et élèves. Sur la tribune, le ministre Malraux est à mes côtés à cet Institut des arts appliqués où, contractuel, j’enseigne l’histoire de l’art moderne.
Le voilà, généreux, qui dit :
 » Mes amis, j’annonce, très officiellement, que, désormais, toutes nos collections nationales de tapisserie seront mises à votre entière disposition, ici, à Montréal.  » Me voilà offusqué car nous appelions sans cesse nos jeunes à la création originale, au design contemporain. Quoi ? Ce vieux schnock offrait des antiques modèles à copier pour l’inspiration de nos élèves. Je veux donc rétorquer et je le dis à mon directeur, J.-M. Gauvreau, mais ce denier me fait comprendre, et raidement, que je devais me taire face à l’auguste visiteur.
Je me tais et je ronge mon frein.
J’étais trop jeune pour admettre, comme le disait si justement Malraux, que rien ne se pense de rien, que rien ne se crée de rien, que ces images patrimoniales pouvaient allumer des idées novatrices.
Oui, de la télé qui nous captive. Si rare, si rare hélas!
3-
Ce n’est pas aux USA, ni ici, nulle part, qu’on pourrait entendre ‹comme à cette émission sur Malraux ‹ un vieux routier  » emeritus  » en culture, un courtier en art, un certain M. Renaud, proclamer que l’utopie, oui, l’utopie, doit être mise au dessus de tout dans une vie, montrée comme une valeur primordiale!
Le voir se faire applaudir très fort par un auditoire enthousiasmé de ces propos, c’est réconfortant pour l’avenir de ce pays.
C’est aussi cela, la France.
Ce matin, dans Le Devoir, le sociologue-toujours-prêtre, Grand’maison de Saint-Jérôme, rejoignait les propos du Malraux cherchant dans les créations antiques comme modernes, des mains imprimées des grottes jusqu’à Picasso, l’immuable, le transcendant, la mort comme signe obsessif. Ce chanoine théologien  » se méfie  » des religions, dit-il. Oh!
Il constate aussi la confusion actuelle, l’absence de valeurs, de repères, il a étudié la perte de sens de nos existences de consuméristes, ici, le manque de discernement, l’absence du sacré, des notions de  » bien et de mal « . De là, dit-il, tant de suicides de jeunes. Il a raison.
Quoi faire ?
Dernier jour de cette année, aujourd’hui.
Quoi faire ?
Ah, ce sentiment d’impuissance chez les inquiets comme moi! Changer dès 2002, oui, oui, mais comment? Agir, collaborer à un renouvellement des mentalités. Au moins autour de soi. De quelle façon ? Ne pas vraiment vouloir jouer un rôle de chef, de  » pasteur « , d’entraîneur, voilà le hic.
Manquer de générosité ? Le lot commun, non ? Trop aimer ses conforts. Trop préserver son petit bonheur. Eh oui, ce fut si difficile d’avoir gagné un peu de sérénité, alors, pas grande envie de plonger dans le désarroi généralisé et tenter de se transformer en réformiste actif, militant.
Voire politique.
Ainsi, sur la place publique, plein de politiciens rapetissés volontairement et qui ne font que gérer une sorte de stabilité économique. Peuple, vous nous donnez tant en taxes, nos vous rendrons cela en services essentielles : machines administratives en éducation, machines bureaucratiques en santé. Le restant pour soutenir les jobs en subventionnant les entrepreneurs audacieux.
C’est comme cela partout dans les pays industrialisés.
4-
Étrange : je viens de terminer ce  » Écrire « , pour la collection de V.-L. B., et je condamne le Salon du livre de Montréal où nous sommes  » les pauvres  » de cette place publique (à part Sogides et Seuil-Boréal). Ce matin, dans une lettre ouverte audacieuse à  » La Presse « , le riche éditeur ‹surtout de manuels scolaires‹ Marc-Aimé Guérin (aux librairies du même nom) explique à la directrice u Salon de Montréal, Francine Bois, avec une franchise rare chez ces industriels du commerce du livre, qu’il a fait de l’argent cette année mais qu’il en ferait bien davantage en novembre prochain si le Salon de Montréal imitait le Salon de Paris : c’est à dire, espace minime aux éditeurs étrangers. Il demande aux médias de ne parler alors que des  » produits-livres québécois. Comme fait Paris. Il achève par :  » en 2002, une première dans l’histoire du Québec, un Salon du livre limité aux Québécois!
Hum!
Comment réussir à renverser ce colonialisme enraciné à Montréal depuis si longtemps ?
5-
Promenade rituelle aujourd’hui, malgré le soleil enfui ?  » Non, dit Aile, trop de préparatifs pour fêter le nouvel an, demain!  »
Bon, bon, j’irai seul. Aile refuse mon aide.  » Tu pourrais me nuire plus qu’autre chose!  » Je me souviens alors de ma Germaine de mère :  » Allez-vous en de dedans mes jambes! Tenez-vous loin de la cuisine, attendez au salon, je vous ferai signe  » Toujours donc ce  » domaine  » réservé ? Pourtant, samedi soir, rue Clark, c’est l’homme, le mâle incapable, Jean-Guy Sabourin, qui régnait aux fourneaux, sa compagne Diane, bien contente de converser librement avec nous. Un sentiment curieux m’habite : je suis, je reste, de la vielle engeance encombrante aux femmes, celle qui est impotente en cuisinerie des fêtes!
Bébé ? Soudain, plus tôt, je sors de la cave un boîte de guirlandes dorées et, avec ma brocheuse, je les épingle aux quatre coins de la maison. Cela pour ajouter à l’ambiance de mon sapin de Noël fait de trois branches de cèdre avec lumières et oiseaux blancs aux ailes de coton.
Bébé ?
Aile alors :  » Bon, on profite que j’étais au supermarché pour répandre partout des miettes de dorure ? Va falloir re-sortir mon aspirateur ?  »
Maudit, les femmes
Avant d’éteindre le clavier, je regarde sur mon babillard de liège cette photo  » courriellisée  » par un correspondant, celle d’un taudis de Ville Jacques-Cartier du temps de mon conte de Noël à CKAC. La misère ? L’envoyeur m’écrivait :  » Nous étions heureux dans cette bicoque tout de même  » Pas de lumières de Noël, pas de guirlandes dorées, pas de cadeaux rien pourtant, sans doute.
Le bonheur c’ est quoi, ce sera quoi pour 2002 ? De l’amour. Rien que cela, la chaleur de l’amour. Ne jamais l’oublier.

Le dimanche 30 décembre 2001

Le dimanche 30 décembre 2001
1- Ce matin, même éclairage solaire, exactement, qu’hier
samedi. Le soleil est quelque part enfoui sous ce firmament blanchâtre. Mais où ? Sortira-t-il à un moment donné c’est toujours, gens des  » nords « , ce que nos espérons. En fouillant le ciel, on peut apercevoir quelques traces de bleu, fugitives, intimidées par tout ce lait répandu là-haut.
Hier soir, nous rendant chez les Sabourin de la rue Clark, je montre bien à Aile l’édifice vieillot de briques rouges, le 41 Avenue des Pins, où l’on étudiait ‹fin des années ’40 ‹la poterie de fond en comble si j’ose dire, avec cours de chimie élaborés sous madame Normandeau, une Française, diplômée de la célèbre école de céramique de Sèvres, toujours vêtue de son sarrau blanc immaculé. Je revois la porte de garage par où nous  » palentions  » nos poches d’argile. Tant d’années passées là, de 17 à 20 ans, un temps merveilleux. Nous avions, pas loin, rue Saint-Laurent, des charcuteries européennes, voisins, des cafés d’étudiant, l’Échouerie, la Petite Europe. Grands efflanqués, ados, ce fut la découverte de mets exotiques, de cafés rares, de vin rouge en carafon ‹une nouveauté ‹ bien meilleur que celui que mon père achetait pour le temps des Fêtes à  » la commission des liqueurs « , venu de l’Ontario en grosse fioles à bouchon vissé.
Nos finissons par trouver du stationnement libre face au dôme ‹éclairé joliment ‹ de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, rue Sainte-Famille. Rue où habitait  » le peintre à bicyclette « , Marc-Aurèle Fortin, nouveau marié à 50 ans, avant lui, Laliberté, Morrice, Mulshtock qui vient de mourir, le modeleur célèbre,
Laliberté d’autres. C’était proche de l’école des beaux-arts quoi. Plus tard, Borduas, divorcé, ‹et sa bande ‹ habita aussi ce quartier. Nous marchons dans un soir féerique vers le vieux logis rénové. de Sabourin.
Ce J.-P. S. est devenu un fameux  » mitonneur  » de bons plats. Potage savoureux, canard et boeuf s’emmêlèrent, vin rouge.
Deux desserts six bavards en ont bavardé un coup. Quatre heures à table. Le Cuiéllerier (!) et sa Carole sont d’intéressantes belettes. Je sais jamais comment écrire son nom, disons  » Spooner  » pour les intimes, son surnom du temps de la télé. C’était de lui dont parlait le romancier Raymond Plante dans  » La Presse « . Plante avouait son bonheur, son goût pour les jeux de société avec feu Robert Gravel.  » Spooner  » nous a donné des détails là-dessus. On a fait la connaissance d’un prof de droit  » emeritus « , sympa, et de sa compagne, Anne ‹Anne-que-vois-tu-venir ?  » ‹ fille de député. À Rimouski, exilée à Ottawa donc, pensionnaire des bonnes nonnes et heureuse du fait (il y en a!) qui est diplômée sorbonnarde de Paris. Et qui, cher Plamondon-Dubois, aurait voulu être une artiste! Mais lui, le Poupart, compagnon placide qui n’a rien d’un Barbe Bleue.
Discussion sur théâtre, sur l’éducation de nos jours, sur cinéma, sur nos jeunesses en vieux cours classiques. Des critiques féroces et de l ‘humour féroce. On a ri beaucoup. Aux cafés, notre hôte m’a fait plaisir en proposant que, toute la bande, nous produisions cet été, un ruban vidéo dramatique. En effet, on s’amuserait. Une dramatique pour nos voir jouer ensemble. Sa compagne , Diane, une enseignante de Saint-Jérôme, a fait du théâtre, Spooner aussi, Anne aussi, moi itou (La Roulotte) et Raymonde ‹pardon ‹ Aile a étudié chez Dame Sita Ridez un temps. On utiliserait l’avocat Poupart comme producteur et  » consilior  » (comme pour la mafia quoi! ), utile quand notre film exotique et  » unique  » serait acclamé et réclamé par tous les réseaux de télé du territoire! Ce qui ne fait aucun doute. Bref, oui, déjà, je me prépare à rédiger, pour Jean-Guy, une petite série de synopsis. Il sera notre répétiteur-metteur en scène ‹Aile sera à la mise en images. Sabourin lui a juré qu’il pouvait emprunter une caméra moderne à l’UQAM où il enseigna longtemps. Pas fou, l’auteur hum se réserve le rôle le plus sympa!
2-
D’abord une correction, non, deux : A- Le titre du divertissant  » chiard  » USA, ‹cambriolage de casinos de Las Vegas ‹ est  » L’inconnu de L. V.  » et non  » L’étranger  » comme je l’ai écrit.
B- Et c’est Marie Brassard, non Brossard, qui fit avec un talent époustouflant, à l’usine C, sa curieuse démonstration d’un transsexuel tordu. Le titre de ce monologue intrigant :  » Jimmy, créature de rêve.  » De cauchemar, oui!
Bon.
Avez-vous remarqué ? À RDI, aux nouvelles, la belle Miss Bourgie, compétente, a des yeux de panique, un regard  » tout à trac  » pour nous faire la lecture ‹sur « prompteur  » ‹ des nouvelles. Elle fait peur! On dirait sans cesse qu’elle nous cache une catastrophe : l’annonce de la fin du monde ? En week-end, à la SRC, on a droit à une jolie Haïtienne du Québec, Michaële Jean, compétente aussi, qui parle avec un très fort accent parisien! Plus pointu encore que celui des parisiens actuels. Faut le faire! On se croirait sur un canal de l’hexagone! C’est dépaysant quoi, bien exotique!
Ces nouvelles : Buffalo, de la neige en folie! Sydney (Australie), des incendies en folie! Buenos Aires, des meutes en folie! Pérou, des inondations en folie! New-York, Toronto et al, beaucoup de (SDF) sans-abri, 13 personnes sur cent! Des enfants là-dedans.
Ici ? Rien 1 Rien de grave, touchons quoi, du bois vraiment ?
Pause :  » On va marcher Cloclo ?  » C’est Aile qui m’appelle.
3-
Je rentre tout juste de notre promenade de santé. Le tour du Lac Rond : via la rue Morin, le Chemin du Paysan, le bas des cotes de ski, l’escalier vers l’hôtel, la rue vers la  » mitaine  » protestante ‹qui abrita les noces de Michèle Richard et René Simard jadis ‹ la rive du lac, sentier du parc municipal en face des restaus, et  » at home « . À peine une heure.
Beaucoup de très jeunes skieurs,  » planchistes  » donc, les canons à neige vrombissent dans l’air, les télésièges sont pleins. Couleurs saturées partout, les costumes d’aujourd’hui. Visuellement très stimulant sur tout ce fond blanc!
Des Japonais en masse, des Latinos, beaucoup de plaques de l’Ontario, pas mal de l’État de New-York. Ça y est, c’est parti pur jusqu’à la fin de mars. Pas nombreux les promeneurs, jamais. Tant pis pour les casaniers devant la télé. Vont tous mourir avant nous!
4-
Abonnez-vous, patriotes québécois, à  » L’Action nationale « . Instructif en diable. Deux articles de fond ce mois-ci : A)- l’un apostrophe vertement ‹par un  » retour de France « . Là-bas, c’est pire que pire, le chic c’est d’adopter la langue de Bush! Une sorte de colonialisme volontaire ridicule. Les Français toujours tiraillés ‹très paradoxalement ‹ entre l’animosité envers les USA et une niaise fascination bien conne! L’auteur les conspue, véhément, il les ridiculisent avec raison.
B)- Un autre article, fort bien documenté, raconte la francophobie des catholiques absolument ‹de langue anglaise ‹ dans Pontiac et alentours, en Ontario. Cela dure encore débutait, 1841, dès l’Union imposée du Québec avec l’Ontario. Une histoire vraiment écoeurante : des  » MonSeigneurs  » (Bourne, Ryan et ce salaud de Smith) en collusion avec les envoyés du Vatican (ces nonces!) pour sans cesse diluer, assimiler carrément les francophones catholiques. Même s’ils étaient majoritaires dans toutes ces paroisses. Dégoûtant. Dégueulasse.
Au début, l’idée de ce  » Vatican impérial ) c’était qu’il fallait renforcer de toute urgence le catholicisme en Canada, en Amérique du nord, à n’importe quel prix. Même au prix de tuer la langue, la culture des nôtres, pionniers ou émigrés, Tous tenus pour des demeurés et des insignifiants aux yeux de ces zélotes racistes. Un petit curé, Archambault, a lutté, protesté, même chez un éminent cardinal, Léger. Il n’a pas bougé, bien soumis à ces  » nonces-du-diable « .  » L’Action nationale « , ainsi, très souvent, fait cet ouvrage de renseignements  » scandalisants « .
5-
Vendredi soir, sortant du joli Café de la Gare, le long de la piste du  » P’tit train du nord « , à Mont-Roland, la douceur. Une neige délicate tombait tout doucement sous la lumière des réverbères.
Silence, paix. Quelques skieurs de nuit entrent et sortent de la gare-bistrot. Jean-Paul J., mon aîné, nous parle de ses voyages en train, tout jeune, partant de la gare Jean-Talon ou de Bordeaux à Montréal. Il raconte  » le plaisir  » de voyager en  » train de ski  » en 1939, la joie de ces expéditions. Soudain, deux flics surgissent, ils vont vite à un cabanon-toilettes-publiques, en face. Des jeunes s’y trouvaient. Lampe de poche. Altercation. Petit remue-ménage. Nous nous questionnons. Pour fumer du hasch ? Pour comploter ? Des filles ? Pour, simplement, se réfugier loin des parents? On nous expliquera :de jeunes graffiteurs récidivistes! Les policiers relèvent les adresses etc. Ils devront payer pour la peinture, ces vandales de 14 ans!
6-
Pierre Foglia, samedi matin, méchant, vainement, à propos du grand succès du dernier roman de Marie Laberge. Ma totale surprise car d’habitude il ne fouine pas mesquinement :  » Marie Laberge un fossile, une tarte, manière périmée, une dinosaure-à-plume!  » L’assommoir en l’air!
Envoyielle donc chose !
Or, rédiger de cette sorte de  » romance « , de saga, demande du talent solide. Que les envieux s’y essaient! Je n’en ferai jamais, je n’aime pas le format mais je respecte aussi l’immense public qui estime ce genre. À la fin de sa descente carabinée de Laberge,  » Fol-glia « , ou  » Fou-glia « , ce samedi matin, avance que les  » grands écrivains  » sont tous des  » sales cons  » et des monstres! Dans son sac, il jette Tolstoï, Proust, Malraux, et Mordecaï Richler et Victor Hugo. Des sales cons et des monstres ? Dans leur vie privée veut-il dire ?
Tudieu, par-le-sang-bleu!
Pirouette ? Humble, il se décrit : il aime ses enfants, sa blonde, porte du linge propre, mange aux bonnes heures donc qu’il ne sera jamais un grand rédacteur! Il déclare du même souffle qu’il n’est  » qu’un chroniqueur de journal  » ‹je le tiens pour un bon écrivain du populo ‹ parce qu’il  » est gentil et tout plein mignon!  » Alors là
J’écoute, en  » nettoyant mes journées « , des  » concertos célèbres  » de Mozart par la Philarmonic Orchestra. Musique vive, légère, sautillante par endroits, qui ne nuit pas à ma concentration quand je dois rapailler, ici, mes éphémérides. Quand Aile va aux courses l’après-mdi, elle revient souvent avec un film en cassette.
J’ai hâte toujours de voir sa trouvaille. Souvent bonne. Comme un cadeau, une surprise, pour le grands slaque qui, lui, tape au clavier. Parlant surprises : j’ai enveloppé plus tôt, onze petits  » riens  » pour un tirage de cadeaux quand les miens bien aimés ‹oh! je ne serai donc jamais un grand! ‹ s’amèneront, ici, pour fêter le premier jour de l’an nouveau. Ma hâte.

Le vendredi 28 décembre 2001

1- Un paysage de blancheur ce matin. Après midi, ça passe au gris là-haut! Mon drapeau sur la rive , m’ indique un vent d’ouest. Faible. Ce soir , avec les J., bouffe à la vieille gare de Mont Roland. Que de gares rénovées au long de la voie à vélos à skis de fond de Saint-Jérôme à Mont Laurier! Fondu bourguignonne en vue, yum.
Correction importante pour mes affionados, ceux qui iront voir mes deux téléthéâtres (1964 et 1965) ‹et me rencontrer‹ à la cinémathèque, boulevard de Maisonneuve.
a) c’est en février, et  » non en janvier « , le premier :
 » Blues pour un homme averti « , avec un Jacques Godin, inoubliable à mes yeux, en vieil enfant,  » bomme  » perdu quêtant un père rêvé… C’est le 8  » février  » donc à 8 h.p.m., ou 20 h quoi. Salle Fernand Séguin. ET
b) le 12 février, 4 jours plus tard, à 7h.p.m. cette fois, 19h quoi, , ce  » Tuez le veau gras  » avec un  » jeune  » Benoît Girard étonnant, un » instruit « , revenu de la Sorbonne, dans sa petite ville il osera trahir ‹il avait pu les faire se révolter‹ les ouvriers en grève une Janine Sutto en môman couveuse merveilleuse.
Hier, je terminais donc ce ÉCRIRE. Je vais poster cela à Victor-Lévy B. tantôt. Ouf! Content de cet  » adieu à la littérature « . Ne reste que mon journal, ici. Aurais-je la force de cesser le roman ? On verra bien. Je veux revenir à mes pinceaux, à mon encre de Chine.
2-
Vu hier soir à ARTV,  » Le sea horse  » de Carrier avec Godin et la  » grand jaune  » la Filiatreault. Couple vieillissant perdu, paumé, insécurisé et cherchant une sortie à leur existence misérable. Une tenancière de  » pub  » et un marin mécanicien se confrontant. Duel captivant et un récit bien triste. Une fin faussement heureuse. Deux vies impossibles. Freud veillait sur cette femme
Battue, à l’enfance trahie, piétinée, qui refuse de croire que son vieux voyou, candide, la ramènera au bonheur. Plus de confiance, répétera-t-elle quand le générique défilera.
Ensuite, départ pour une des salles de cinéma en bas de la rue Morin. Quand on y va, on a l’impression du cinéma à Wells Beach ou à Ogunquit, l’été. Eh oui! Sais pas trop pourquoi! À 21h 30,  » L’étranger de Las Vegas « , ou  » Ocean Eleven « , car ils sont onze voleurs de métier!
Le film divertissement classique, sauce bien américaine, attaque du coffre-fort de 3 casinos à Las Vegas. Matt Damon, Brad Pitt, la siliconé des babines, Julia Roberts. Le héros aux allures de James Bond, qui cherche à ravoir son ex, la grosse babine enflée! Qui pose et fait peu!
Déception : plein de gadgets,  » full  » électroniques, dira un jeune Peu crédibles outils ultra sophistiqués, de ce cambriolage gigantesque et réussi. On vous en jette plein les yeux, ça revole et on espère que le public n’aura pas le temps d’interroger tant de machinations brillantes. Film fraudeur au fond! On ne nos reprendra pas, c’est juré Regrets vifs de n’être pas allé voir  » Kandahar « , visions d’Afghanistan, hélas, tournées au Pakistan pour des raisons bien connues, c’était une salle voisine.
3-
Faut que je questionne mes enfants : avons vu du  » Sol et Gobelet  » antique sur ARTV. Plutôt niais, mal fait, cucul pas mal On tente de mythifier (!) ces bouffons d’antan. Vaine nostalgie à mon avis. Un Sol-Favreau toujours crachotant, feu-Luc Durand bien mécanique, une histoire abracadabrante. Bref, je veux savoir si c’est la vérité que ces bouffonneries infantiles télévisées sont des devenus d’impérissables souvenirs pour ceux qui ont 40 ans aujourd’hui. Si oui, pourquoi donc ?
4-
Ce soir, à l’Actor’s studio, ARTCV, 21 h., l’invité Tom Hanks. Nous regarderons encore. Susan Sarandon y fut, la semaine dernière, plutôt fascinante, non ? Et l’on s’habitue peu à peu à ce questionneur rempli de suffisance, il pose de bonnes questions, est bien documenté et fait voir des extraits des films de son invité pertinents.
5-
La boxe. Le film  » Ali  » se mérite pleins d’étoiles. Nul doute que cette biographie de Cassius Clay (son nom d’avant sa conversion à l’Islam) doit être bien menée Mais la boxe! Une bêtise grave. On sait bien, en 2001, l’importance de cette merveille humaine : la tête, le cerveau. Faut être sauvage, abruti, inconscient, arriéré mental profond, (de jeunes gueux exploités par des brutes ?) pour se cogner à coups de poing sur la tête. À la rigueur, je tolérerais un combat où l’on se casserait les bras, les jambes, le cou, les reins (alouette! ) tout quoi mais se frapper le cerveau ? Folie furieuse, imbécillité navrante! La boxe devrait être interdite L’ONU devrait déclarer  » hors la loi  » ces combats! On en voit aux Jeux Olympiques et c’est dire la connerie universelle qui continue!
Avec ces badauds-voyeurs (que nous sommes, tous) qui rêvent de voir la mort, pulsion morbide.
6-
Ce soir nous télévisionnerons : a) Raymond Devos en récital de drôleries surréalistes à L’Olympia de Paris en 1999 ‹il nous décevait, il y a quelques années, au Saint-Denis‹ mais Devos est si étonnant si souvent Canal D, 19h. Touchons du bois et espérons qu’il sera redevenu l’étonnant humoriste de ses commencements ce grand ami de notre Félix.
b)
Coup d’oeil au film-docu de Labrecque sur  » Anticosti « , à partir de celui de M. Menier, (Meunier ?)un chocolatier de France, millionnaire qui voulut installer un village autonome au milieu du fleuve jadis. Nous regrettons encore, Aile et moi, de n’y être pas allés quand l’on parcourait toute la Côte Nord, il y a deux étés. Paresse de touriste.
c) aussi, donc Tom Hanks chez ARTV. Nous aurions aimé revoir ce petit film simple, bien fait, ce  » Marius et Jeannette  » à Marseille, un film attachant, modeste, avec plein de coeur, c’est à T.-Q à 21h, ça aussi, mais on ne peut pas tout voir!
Bon, si on allait marcher un peu sous ce ciel gris ? Oui.

Le jeudi 27 décembre 2001

1-
Visionnons hier soir,  » Le suiveur  » (Following), un film de Nolan. Nous avions vu son homme  » tatoué  » avec  » Momentum « , c’était un récit bizarre, celui d’un malade ( perte de sa mémoire d’antan), qui se tatouait sur le corps des fragments de ses souvenirs Cette fois avec  » Le suiveur « , tourné en noir et blanc,
Un aspirant romancier, Bill, suit dans la rue de gens qui lui semblent  » particuliers  » mais, un jour, il suit un type curieux, Cobb. Ce dernier, sa sachant suivi (par le héros du film), le retient, le fascine. Il l’amènera dans un chic restau et lui révèlera qu’il est un brigand professionnel.
Alors tout va basculer. Bill, notre écrivain virtuel, le suivra partout, découvrira un voleur hors du commun. Ce Cobb lui enseignera ses trucs pour s’introduire chez les gens et dérober certains effets précis. Ce  » fantomas « , cet Arsène Lupin, va l’entraîner ‹c’est le coeur du film‹ dans une impasse totale. Le jeune romancier en friche  » en aura pour son argent  » (volé),
comme on dit. Nolan a monté son film minutieusement en nous révélant, souvent par  » flash back « , et  » flash forward  » un machiavélique plan qui enfermera  » le  » romancier dans un cul de sac effarant, une impasse à faire frémir tout auteur en devenir..
Ma chère Aile,  » une horrible première de classe « , apprécie les films complexes ‹du genre  » The conversation  » ou  » Trois jours du Condor « ‹, elle fut servie hier soir avec  » Le suiveur « .
2-
Ce matin, du soleil mais tamisé par un ciel bigarré, gris, bleuté par zones distribuées anarchiquement. Avant d’aller aux journaux et cigarettes, nettoyant les tapis de coco, je remarque des pistes dans la neige un peu partout. Je me demande toujours quels sont ces bestioles qui, nuitamment, fouinent ici et là autour de la maison. Traces autour des cèdres, sous les deux grandes épinettes, sur la boîte aux rebuts. Lièvres, mulots, siffleux (?), chats sauvages. Ours ? On dit qu’il y en a un, rôdeur, vu souvent au Sommet Bleu voisin!
Ou simples chiens et chats errants ?
3-
Ce duo funeste, les Bill et Cobb du  » suiveur « , attendait dans sa boîte du Vidéoclub puisqu’on reluque d’abord ce qu’offre la télé. Jean Lapointe, Brigitte Bardot,  » Cats « , le pape Jean-Paul 2. Merveilleuse zapette frénétique, on pitonne! Lapointe et la Brigitte vite éliminés car le show broadwaiien,  » Cats « , est grouillant, pelisses remuantes frénétiquement, branle-bas des pattes et des queues, des oreilles et des moustaches. Mais trop c’est trop : décors excessifs, costumes aussi, ça écoeure les yeux! C’est le pape polonais qui gagne!
À RDI donc, excellent documentaire sur le parcours de ce Pontife itinérant, 91 voyages autour du monde. Il servait de détonateur, en sa chère Pologne, la victoire de  » Solidarnosc  » faisant s’écrouler bientôt (décembre 1989 et janvier1990) débouler le château soviétique. Je songe à l’ami et voisin J.,-P. J. qui, jamais, jamais, ne regarde la télé, qu’il méprise profondément. Je respecte son chois tout en le grondant fréquemment. Il y a un horaire. Il y a du bon. Rare il est vrai. Mais se priver de cet outil est, il me semble, d’une grande bêtise. À preuve ce récit d’un pape-voyageur étonnant, demandant souvent  » pardon  » ‹à Jérusalem comme à Berlin‹ pour les erreurs, et certaines horreurs, commises par les catholiques de jadis. Un exemple à suivre pour notre haut-clergé récalcitrant, lâche, face aux enfants orphelins  » internés  » en asiles de déments pour ramasser davantage du fric d’Ottawa.
On nous montrait les richesses historiques du Vatican et voir ces célèbres fresques ‹de la chapelle Sixtine‹ fraîchement rénovées surprennent, comme peintes  » hier  » désormais, si claires, si colorées! Nous nous souvenions, Aile et moi, en 1980, avoir vu les  » très  » enfumées,  » très  » noircies murales. C’était alors un  » trésor  » bien peu stimulant visuellement.
4-
Après  » Le suiveur « , film bref, visionnement à la SRC d’une sorte de biographie de Félix Leclerc. Fûmes encore saisi d’admiration pour cet enfant de Grand-Mère devenu une vedette de la chanson en Europe d’abord et puis ici quand le mépris des urbains pour les  » habitants  » cessa, se fractura. Colonialisme : Paris disait  » Vous avez un génie de la chanson chez vous.  »
Alors, là, les nôtres vont l’applaudir. Ils avaient le permis de Paris! Ensuite, leçon apprise, ça va changer.
Félix, en 1968, farouche anti-nationaliste, avait déclaré :  » Si jamais il y a indépendance du Québec, je lutterai pour faire déclarer mon Île d’Orléans,  » territoire international « . À partir de 1970, il deviendra pourtant militant actif de la cause sacrée! L’on chuchotait que sa conversion était le résultat des arguments sermons du brillant beau-frère ‹ » l’espion de la GRC « ‹ Claude Morin, un ministre d’importance chez René Lévesque.
J’écoute en ce moment des chansons de Michel Rivard ‹aussi de Piché‹ et je me souviens du grand succès de  » Beau dommage « , sans que, cette fois, Paris autorise les éloges. Bizarre, Félix est mort à 8 h, le 8 août de 1988! Que de 8! Sa fille ‹d’une deuxième union‹, très présente dans ce bon portait télévisé, dit que  » le chiffre 8 c’est l’infini », un chiffre sans fin, courbure en un seul motif de deux disques.
Anecdote, jeune écolier, époque de tirages fréquents, j’avais décidé de dire toujours  » 8 « ! Je me disais : ce sera mon chiffre chanceux. Et je ne gagnais jamais rien!
5-
 » Journées nettes  » comme dans  » faire le ménage  » des jours.  » Mettre au propre ?  » Nettoyer le bureau encombré. Repartir chaque jour à zéro ? Journées : ou  » journey « , voyage quotidien. Nettes : un  » net « , de tennis, courir les balles, ou le  » net  » du pêcheur et capturer les prises au jour le jour. J’achève de corriger, d’améliorer, le petit livre  » Écrire  » pour V.-L. Beaulieu. Je devrais lui expédier le tout autour du Jour de l’an. Qu’en dira-t-il ? Aile, elle, énervée, son problème du jour ‹Oh Clémence,  » la femme  » éternelle, hein ?‹ devoir trouver un chaudron de fonte émaillée, introuvable dans le voisinage, pour la cuisson de son  » six-pâtes  » promis quand viendront, ici, tous les miens le premier jour de 2002.
Tiens :  » le soleil est parti , il m’a dit de le dire « , comme chantait Donald Lautrec; en effet, je vous le dis :il est parti maintenant ? Où ?  » Il a rendez-vous avec la lune « , je gagerais, monsieur Trenet.

Le mercredi 26 décembre 2001

Le mercredi 26 décembre 2001
Conte de Noël 1-
Tant pis pour mon Daniel, je redeviens bavard.
Ce matin, étrange spectacle dehors, ici. Rare. Soleil éclatant, invisible à notre table du p’tit déj. (allô Paris !) Tout brille en ce lendemain de Noël, blanc éclatant partout au sol mais et un ciel presque noir ! Nuit là-haut en plein jour !Effet magnifique ! Ce ciel de vendredi Saint (dire d’enfance !) à trois heures et la terre (le lac) lumineuse pourtant !
Hier soir, à Saint-François au bord de la Mille-Îles, bonne bouffe traditionnelle de F. Avec canneberges véritables, mon délice, pas de cette gelée industrielle ! Le Jacques, frère cadet d’Aile me montre, de collection, un bloc d’ambre. Résine pétrifiée que j’aime tant. J’en cache ma pauvre petite bague achetée à Porto-Plata l’hiver dernier. On y voit des moustique dans sa plaque, morts il y a un million d’années ? Il a reçu un album de photos, affiches, archives, manuscrits de chansons, magnifique album, sur son adoré Georges Brassens. Il compte les jours avant sa retraite de prof (chimie, physique) au secondaire à Terrebonne. Il s’exclame :  » je ferai mentir tous ceux qui s’inquiètent avec des  » que feras-tu ? « . L’épouse semble se sortir d’un cancer, bénin mais qui fut inquiétant.
2-
Chez  » frère Jacques « , chaude vieille (125 ans !) maison de campagne où habitait le Jolicoeur des buanderies de jadis. Pierre, l’autre frère d’Aile, reprend sa litanie contre les bureaucrates du ministre Legault, son grand boss; Pierre est maintenant directeur des études au Cégep Saint-Laurent ! Il se plaint :  » Formulaires boulimiques, paperasses de surveillance tatillonnes, ordres contradictoires. « ,
Son fils, Claude, nous parle de son expérience au Kosovo, il y a un an ou deux. Visite effrayante. Quand je lui parle de la terrible série télévisée  » Warriors « , il dit :  » C’est fini maintenant l’impuissance de nos soldats. Ils ont changé la règle. S’il y a barrage, un coup de fusil dans un jambe comme avertissement , si résistance, une deuxième balle et c’est la mort !  » Il dit cela calmement !
La jolie Sophie, étudiante-raccrocheuse, fille de nos hôtes dira très calmement :  » Nous avons rompu récemment mon chum pis moi.  » Deux jeunes personnes, Claude et elle, en célibataires ! Les autres enfants ne sont pas de la fête. Appel téléphonique soudain, c’est le Pierre-Luc de Colette et Pierre. Pour deux mille  » tomates « , il se fait dorer la couenne au bord de la Caraïbe ! Il tonne heureux :  » Oh, la beauté du site, soleil luisant, plage de sable blanc, eau turquoise, bouffe extraordinaire  » Le petit salaud ! Raymonde et moi ‹ » famille je vous aime « ‹ refusons volontairement ce genre d’exil. Un  » Sept-Jours, magazine  » people « , traîne : Serge Turgeon y déclare qu’il veut amener au théâtre d’avant-garde son  » Rideau Vert  » et annonce du même souffle  » Au c’ur de la rose  » de Pierre Perrault (notre Lorca) bientôt à son affiche. Eh ! L’ex-directeur de l’Union des artistes,  » commentateur de presse  » longtemps à TVA le matin (il se levait aux aurores !) se sort tant bien que mal de 2000, d’une  » guigne  » horrible. Diabétique, le c’ur a flanché, opération, puis les jambes opération, puis les yeux (presque aveugle !), opération, puis un anévrisme, il a failli demeurer  » légume « . Oui, la guigne !
3-
Article  » post 11 septembre  » dans  » l’Actualité « , opinons de  » penseurs « , spécifie la revue. Ce mot me fait toujours sourire. Qui n’est pas un penseur ? Ubald Proulx, mon  » habitant  » de Saint-Joseph du Lac, emblématique et utilisé souvent dans mes proses, était un penseur autodidacte redoutable.
4-
Le magazine  » L’Actualité  » parle des Cris ( neuf tribus à faire s’accorder !) au bord d’une entente finale avec Québec. J’ai visité, avec l’équipe de CJMS, Chisasibi en 1993. Vision dantesque ! Des maisons modernes, préfabriquées, pour les Cris  » déménagés de force  » en vue des grands barrages. Magasin général en foutoir. Des tentes dans chaque cour en souvenir des temps anciens. Pour trois milliards cinq cent millions de notre argent public : la paix, la fin des diffamations des Cris, le partage promis de profits (mines, forêts, hydroélectricité), le signataire cri, Ted Moses, aura à combattre l;es nostalgiques en faveur de cette entente globale. Bonne chance ! Le sociologue Simard dit qu’ il peut être tragique de perdre ses vieux ennemis, parfois et devenir autonomes peut être terrifiant  » Oh, cette vérité affreuse !
5-
Lundi soir, avons observé le vieux pape polonais à sa messe de  » ménuit  » à Rome. Va-t-il mourir bientôt rêvent les adversaires de son conservatisme sur tant de points ? Il n’en a plus pour longtemps, il est clair que les cathos devront guetter las  » tite  » fumée vaticane sous peu et espérer voir notre ClaudeTurcotte devenir le premier pape canadien français. Quoi, quoi, le Québec n’était-il pas, il y a peu,  » L’Himalaya du catholicisme « , paroles du célèbre Paul Claudel ?
La famille de ma fille Éliane, devenue des  » protestants  » vers 1980, ‹au grand  » dam  » de mon père ultramontain‹ est allé avec la famille de mon fils Daniel , des non-pratiquants, à la messe de  » ménuit  » boulevard Gouin, pas loin de leurs demeures, à la vénérable église de la Visitation, classée  » monument national « .
Aile dit :  » C’ est ça, notre religion maintenant, l’église au baptême, à Noël chaque année et à la mort ! « . Eh oui ! Rituels nostalgiques. Les enfants, au réveillon, très heureux des cadeaux reçus paraît-il. Avec jeux électroniques du dernier cri. Fini le beau petit traîneau rouge, les patins C’est un fauteuil et un écran désormais ! Promesse de dos courbés et souffrants pour plus tard ? Je le crains.
6-
Toujours étonné de cet amour du cosmopolitisme : une vieille juive de Provence, enfant internée en Allemagne nazie durant la guerre, parle à la télé :  » Sortie de cet enfer, je m’installai à Paris. J’adore l’anonymat des grandes villes.  » (!) Pourquoi donc cet amour de l’anonymat chez tant de monde. A-sociabilité ? Elle ajoutera :  » J’aime tellement rencontrer, dans les rues de Paris, des Chinois, des Arabes, des Juifs, des Arméniens, des Japonais Etc.  » Non mais…Curieux ! Des rencontres anonymes, artificielles ? Tant des nôtres, ici, parlent ainsi. Moi aussi, je l’ avoue, j’aime bien croiser des gens d’ailleurs, émigrés qui, souvent, vivotent, en arrachent,  » en bavent  » littéralement souvent.
D’où nous vient cet amour niais, imbécile, stérile, infructueux, si superficiel ? Peur cde quoi au fond ? De nous retrouver ensemble, entre nous ? Mépris de nous-mêmes ? Méfiance des nôtres ?
Sentiment de voyager, d’être des  » touristes chez soi  » sans avoir à partir, à aller reconnaître  » les autres « , nos frères humains, chez eux, avec périls, menaces, une fragilité inavouable face aux us et coutumes, cultures des autres  » les découvrant chez eux  » ?
Faut voir les voyageurs, serrant leur chère sacoche à  » chèques de voyageur  » sur leur poitrine, guettant leurs appareils photos de prix, quand ils y vont voir les  » autres  » dans tant de pays.
Cette philo-cosmopolitisme, une sécurité parmi  » nos pauvres  » ? Sommes-nous tous de sales « dames patronnesses  » confortables ? Je cherche une réponse.
Oh la déception en visionnant  » MOULIN ROUGE « , la veille de Noël ! Certes on s’attendait à un  » musical  » sauce USA. Un Montmartre de carton-pâte. Mais non, on a eu droit à une sirupeuse histoire d’un romantisme  » cucul la praline « . Un Toulouse-Lautrec inexistant, hélas. Plein d’emprunts divers dont à  » La Traviata  » : tousse, tousse, sang aux lèvres et meurt en chantant la belle courtisane, Satine son nom, et pleure en chantant l’amoureux transi qui décide, oh !, d’écrire un roman de sa mésaventure au  » Moulin Rouge « . Fin. Ouengne ! Je le recommanderai à personne.
7-
Bizarre, avant Noël, envie de relire la vie étrange de cette fameuse stigmatisée, voyante et mystique,  » Marthe Robin  » (c’est le titre du livre ) par le philosophe et psychanalyste catholique, Guiton. Influence persistante de mon père, grand amateur de faits paranormaux chez nos saints, les seuls qui le captivaient à fond. Cette re-lecture diffère de la précédente. J’ai noté partout mes réticences. Je suis un terrible barbouilleur de livres. Évidemment je reste tout médusé par cette Marthe Robin qui ne mangeait pas, jamais, rien, à part une hostie tous les jeudis, et cela durant des décennies. Elle est morte, vieille, dans sa chambre noire ‹elle supportait pas la moindre lumière, en 1980. Marthe Robin années ne dormait pas, elle était paralysée dans son lit et recevait des gens du peuple et des  » importants « , cardinaux, évèques, philosophes, athées et savant farouches, des chercheurs de secrets métaphysiques, etc. Guiton fait son apologie, c’est certain mais se pose des questions très scientifiques et n’arrive pas à se consoler que des savants aient négligé d’étudier sa chère Marthe, point sur lequel je tombe d’accord.
J’ai toujours aimé lire de ces cas extravagants, religieux ou pas. Oui, influence du père quand ce dernier, tout excité par les phénomènes irrationnels, raconte à un enfant, moi, les mystères du Curé d’Ars, des Catherine Emmerich et Neumann, deux stigmatisées allemandes des années 1800, de ce Padre Pio, capable de bilocation, et quoi encore au domaine des mystiques ?
8-
Il y aurait EDWIG maintenant ? Pas l’héroïne du film dont j’ai parlé, non, c’est cette  » chouette des neiges  » dans les Harry Potter. Une nouvelle vogue, publie-t-on. Ce hibou (?) blanc si mignon est le symbole, côté  » blason ornithologique « , pour le Québec, l’Harfang des neiges, si impressionnant. Edwig ? Des enfants maintenant veulent un Edwig dans les pet-shops comme on veut un serin, un perroquet. Embarras chez les animaliers de Londres et d’ailleurs !
9-
Avis important !
Pour ceux qui m’apprécient.
À la cinémathèque de la rue Maisonneuve, angle Henri-Julien, deux dates à retenir : le jeudi soir qui vient, 7 janvier à 19h.
À l’affiche de la cinémathèque : Mon  » Blues pour un homme averti « . Paul Blouin en a fait une dramatique étonnante avec un Jacques Godin jeune (1964) dans une forme rare.
Un  » bomme « , tueur pédophile, mythomane, s’imagine un père  » manquant « .
Et, un mois plus tard, soit le mardi soir le 12 février, à 19 h. Mon  » Tuez le veau gras  » avec Benoît Girard, jeune (1965), dirigé par Louis-Georges Carrier.
Un  » retour de Paris, diplômé  » en sociologue syndicaliste, trahira les siens et se vendra aux crapules de sa petite ville.
Dans ces deux téléthéâtres ‹ouvrages collectifs dont je suis très fier‹ on verra, tiens, deux avatars de mon cher Ubald Proulx. L’un (dans  » Blues  » ) incarné par Paul Hébert,  » robineux sage, l’autre (dans  » Tuez « ) par Georges Groulx, conseiller déchu et renié.
J’y serai évidemment. On pourra me questionner après le visionnement si on veut.
À part la précieuse cinémathèque (dont je suis membre) on habite pas tous la région métropolitaine j’ai hâte qu’un jour le canal ARTTV programme ces deux dramatiques de télé Mais quand ?

le lundi 24 décembre 2001

Samedi soir donc, bonnes pizzas  » au four  » visible chez  » Grand-pa  » à Val David. Les J., nos voisins et commensaux, en verve. J.-P. a le coeur fragile mais il fait encore du ski alpin à 74 ans. Je lui passe  » Le couac  » chaque mois et ce  » canard déchaîné « , made in Québec, semble Le captiver. Il le passe à son fils, P. Un  » vert  » méchant ! Longue jasette sur les allumeuses. De Marilyn Monroe à Lara Fabian. Jadis, la fille trop accorte passait vite pour une guidoune, une folle facile. J.-P. et moi, Aile et P. toutes amusées, nous faisons le tri entre l’agace et la pulpeuse de bon aloi.  » Avoir de la classe  » reste mon modèle féminin. Non sans offrir du sex appeal ! Conversation légère rigolote. Nos souvenirs de jeunesse : les  » clubs de nuit « , ce Ballroom, rue Bleury et Ontario, l’orchestre du parc Belmont, les dancings des plages, adolescent.
Deux p’tits vieux à souvenirs attendris Dans un coin, un chansonnier au micro, sa guitare, avec la belle toune de feu John Lennon :  » merry Christmas and an happy new year  »
J.-P. et moi avions lu Dion, si souvent amusant dans Le Devoir. Son papier, samedi matin, sur la  » non-mémoire  » des histoires comiques, si vrai. J.-P. et moi, tentons de nous souvenir rien d’abord.
Plus tard, je raconte :  » Une fois c’est un type aux toilettes publiques. Un bonhomme entre dans la cabine voisine et dit : SALUT ! L’autre, par bonté, répond : SALUT ! Le voisin :  » Comment ça va ?  » L’autre :  » PAS PIRE, PAS PIRE « . Le voisin :  » QU’EST-CE TU FAIS DE BON ?  » L’autre :  » B’en, comme tu sais, j’suis aux toilettes comme toi « . LE VOISIN :  » Bon, écoute, il y a un cave qui répond à tout ce que je te dis, je te rappellerai.  » FIN.
Rions, c’est l’heure !
Une autre : À la porte d’un club privé, un type lit :  » CLUB PRIVÉ. POUR INTELLECTUELS SEULEMENT « . Il sonne. Le gérant ouvre l’huis :  » Vous avez lu l’affiche, oui ? Êtes-vous un intellectuel ?  »
Le type :  » Faudrait définir le terme d’abord.  »
Le directeur :  » Entrez, entrez !  »
Suffit !
Reçu le mensuel de la Bibliothèque Nationale, section archives. Une page montre une photo de mon père. Petit choc ! Mort il y a 13 ans déjà ! Je m’ennuie de lui. J’ai vendu tous ses papiers de  » céramiste du dimanche « , fort bien coté jusqu’aux USA. Ce père ultramontain fut mon enragement, ado révolté contre la religion d’ici, et puis, son caboulot abandonné, sa gargote fermée, papa se transformait en artiste-naïf, primitif. Ma joie alors de découvrir que ce petit restaurateur, mon père, avait retenu son âme d’artiste pour mieux éclater devenu vieux !
Le vieil  » abbé Pierre  » est nommé  » l’homme le plus admiré « . En France. Je me souviens quand il était venu ici, à l’Oratoire, il avait causé un vrai scandale en osant déclarer dans ce vaste lieu ambitieux :  » Le Christ n’a pas froid dans ses belles églises mais dans chacun des pauvres !  » Il y avait eu une gêne  » hénaurme « , un silence éloquent.
Eh b’en :chocolat (pur à, au moins, 70 %) et la cocaïne :même effets sur le cerveau quasiment ! Daniel Pinard, récemment, laissa entendre la chose. Une drogue ? Le suis-je, moi qui croque si souvent des morceaux de ce chocolat fort en cacao que l’on disait très sain pour la santé ?
Dimanche soir, visionnement d’un enregistrement d’  » À la maison blanche « . Nous estimons beaucoup, Aile et moi, cette série américaine, euh non, états-unienne, bien filmée. Du mouvement sans cesse, justifié, des types, tous intéressants, bien joués, qui fricotent autour du  » bureau ovale « .
Évidemment, des histoires qui se déroulent à la  » centrale  » du plus fort pouvoir politique et économique sur la planète, ça aide à captiver l’intérêt. Tous les adjoints de M. le Président sont d’ineffables queues-de-veau dévoués à la maintenance du pouvoir présidentiel. On ne voudrait pas manquer un seul épisode. Nous voilà  » accrocs  » maintenant. Pourtant l’auteur Aaron Suskind ne simplifie pas les choses. Il installe beaucoup trop d’intrigues,  » plot « ,  » sous-plot « , sous-sous-plot  » ‹pour parler américain, euh.,..état-unien. C’est une erreur, on a du mal souvent à bien comprendre les tenants et les aboutissants des épisodes.
Bon, devrais-je lui envoyer un courriel à ce Suskind ? Et puis m’écoutera-t-il ? Suivra-t-il mes conseils ? Hum . L’équipe, réalisateur, techniciens et acteurs, est supérieure aux textes, ils méritent mieux. J’ai dit !
Hier matin, dimanche, neige tombée nuitamment, premiers exercices de déblayage. Bon pour la santé ! Ce matin, lundi, exercice de dégivrage, glace aux fenêtres de l’auto. C’est l’hiver pour de vrai ? Pourtant, les jours rallongent depuis le 21. Hourra !
Sur ma neuve radiocassettes : Mozart, Verdi, fanfares, marches militaires, Puccini, Ravel, Brel, Gagnon, Ferré, sans culture musicale vraie, je pique partout.
Un roman du jeune Sénécal,  » Aliss « , ‹paraphrase ambiguë et salissante de l’  » Alice au pays des merveilles « ‹ me tombe des mains. C’est grossier, facile, avec les clichés éculés sur une certaine jeunesse déboussolée Mélange des niveaux de langage, argot parisien et joual invraisemblable, pages remplies de dialogue de série-télé-cheap. Vraiment, est-ce la littérature de demain. Sans doute que non. Le besogneux jeune romancier de ce  » Aliss « ‹sang, sperme et fantasy à quatre sous‹ obtenait de bonnes critiques pour ses deux précédents romans dont  » 5150 rue Des Ormes « . Sont-ils mieux fabriqués ? On l’a même comparé à Stephen King ! Pas sûr de poursuivre ma lecture. Sa  » Aliss « , dix-huit ans, décrocheuse de banlieue (Brossard), obsédée sexuel précoce, sent le mâle infantile L’auteur peut-être, puisque l’on dit  » qu’aucun écrit n’est innocent « . Une histoire univoque, racoleur, influencé par quoi ?, de la plate porno industrielle.
Un médecin dans La Presse, se porte à la défense de son collègue (Amir Khadir) démoli par Lysiane Gagnon, j’en ai parlé.
Il rappelle les liens Bush avec Ben Laden. Le Al-Qaeda, Ben Laden créatures états-uniennes au temps des méchants envahisseurs Russes. Vérité encombrante, chère Lysiane ?
Dimanche dans  » La presse « , un petit gars de Bolton se vidait le coeur. Il racontait son horreur désormais de la guignolée, son panier de vivres offert à un camarade de sa classe et puis , à l’école, la honte effrayante du donneur et du receveur, la perte d’un compagnon. Vérité encombrante là-aussi. Terrible réalité. En effet, il faudrait la plus grande des discrétions lors de la remise des  » paniers aux pauvre « .
Paroisse de L’Épiphanie, un curé rare : Raymond Gravel. Sur quatre colonnes (toujours La Presse) il renie Dieu ! Oui. Celui des Bush et Ben Laden. Il publie que Dieu ne savait plus où se cacher durant les Croisades (en sa faveur), durant les bûchers de l’Inquisition, dans l’Allemagne nazi des fours. Gravel ajoute qu’on a bombardé Dieu dans les avions sur les Tours. Il va jusqu’à ajouter que Dieu a en horreur les ayatollahs et les papes ! Ce Gravel se fera-t-il exilé en Suisse comme, jadis, le Frère Untel ? Le curé achève sa diatribe étonnante en nous demandant de libérer Dieu, le dépossédé, à Noël. Eh b’en, on est loin des sermons d’antan, si ennuyeux !
Demain, bouffe de Noël dans la tribu d’Aile, à Saint-François de Laval. La Fernande aux chaudrons, ça devrait être désirable. Le Jacques, frère d’Aile, me racontera de nouveaux savoureux épisodes sur ses  » enfants  » de l’école secondaire où il enseigne.
Pierre, autre frère d’Aile, docteur en physique nucléaire, directeur des études au cégep Saint-Laurent, et ex-général en chef de nos armées de réserve, nous taquinera sur les déplorables effets du laxisme contemporain sur tout le monde.
Prises de bec au menu ! Entre tourtière et dinde farcie, entre canneberges et cornichons, nous allons trinquer à la bonne santé du petit Galiléen, né à Nazareth et qui a changé le monde.

le samedi 22 décembre, 2001

le samedi 22 décembre, 2001
Conte de Noël
La lumière va s’éteindre. Soleil au ciel. Un samedi de franche clarté.

Daniel me recommande faire plus court. Je crois qu’i a raison. Ma tendance à  » diarer  » trop longuement. Oui, me corriger là-dessus.

Aile m’étonnait ce matin :  » Claude, quand feras-tu ton traditionnel  » arbre de Noël  » spécial avec tes branches de bouleau décorées suspendues au plafond.  » Ma foi, elle aime ça ! Je pars aussitôt : au rivage pas de vielles branches intéressantes. Je zieute les sapins. Non, trop cruel. Je monte vers la terrasse du côté, tous ces cèdres qui font trop d’ombrage. L’échelle. La scie. Je coupe. Ensuite, sortie des oiseaux décoratifs de la cave, et des lumières, et ça n’est pas long que c’est suspendu. Aile en est contente. Son beau sourire.

Marc, mon  » installateur  » Internet, me signale :  » Cher beau’p, depuis hier et votre conte à CKAC, 600 visites sur votre site ! Et allez à votre forum, c’est rempli. » J’y vais. Mon Dieu, comment bien remercier tous ces correspondants ? Le temps Qu’ils sachent ici, s’ils lisent J.N., mon plaisir. Certains avouent des larmes ! Des souvenirs, mal enterrés, de pauvreté en enfance. Je suis ému. L’un m’expédie même une photo d’une pauvre demeure, là où se déroulait mon  » conte-vérité « , à Jacques-Cartier,  » pauvre maison construite, dit-il, par mon grand-père « .

J’ai très chaud au coeur : merci, merci !

J’ai terminé le tome 2 de  » Ma vie comme rivière ! (le joli titre !) de l’épouse de Michel Chartrand , Simonne Monet, fille de juge outremontaise embrigadée dès la noce dans les combats du temps. À la fin : grève des mineurs d’amiante à Asbestos. Police duplessiste qui matraque. Son homme mis en cellule. Il y a cinq enfants dans la maison modeste. Elle manque de tout. Des reproches sévères, durs parfois, sont adressés à ce mari, père absent, lutteur syndicaliste. Rien à voir avec les bluettes du film biographique du fils Chartrand. Oh non ? Regrettable maquillage.

Vision pénible à T.Q., chez Dussault hier soir. Invitation en studio, pour 50.$, à des itinérants. Certains maganés gravement.

Comme toujours trop de monde. Chacun ses deux minutes de visibilité. Pas le  » 15 minutes! Promis par Warhol ! On constate que chacun est un cas, est  » une histoire  » particulière et alors les  » définisseurs de situations  » semblent stupides. Pas un de ces  » perdus  » n’a les mêmes raisons pour raconter son …itinéraire. Voilà la simple vérité. Une dame millionnaire, madame Yvon Deschamps, par ailleurs admirablement dévouée à son oeuvre  » Le chaînon « , a joué la rébarbative innocente :  » Pourquoi couchez dehors et ne pas plutôt rentrer pas dans votre famille ?  » On l’aurait battu cette Judy Richards.

Hier soir, à 21 h, à ARTV, l’actrice Susan Sarandon ‹inoubliable dans  » La dernière marche  » avec Sean Penn‹ a montré beaucoup d’intelligence et aussi beaucoup de modestie. Cette star a parlé de son métier sans théorisation. De la télé qui comte. C’est bien rare.

Chez la Bazzo, hier matin, Marie Laberge, comblée du bonheur d’avoir un vaste lectorat, dit qu’elle ne pourrait jamais parler d’elle. Pudeur, discrétion, orgueil ? Nous sommes aux antipodes, Marie et moi. On sait que j’aime bien parler de moi en espérant, ‹toujours‹ que je ne suis pas si différent des autres et que je sers d’éveilleur ( de quoi donc au juste ?) quand je livre des pans de mon existence. Quand je lis des autobiographies ‹et j’en lis beaucoup ‹ c’est ce qui se passe. Ah, il réagit ainsi !, oh, il apprécie cela !, tiens, il déteste ceci ! On ne cesse de comparer nos vies, non ?

Quand j’ai publié ‹1987-1989-  » Pour tout vous dire  » et puis  » Pour ne rien vous cacher « , mon journal de ces années, plein de chauds applaudissements dont le témoignage, emballé, du journaliste et scénariste de télé, Réjean Tremblay. Jean-Pierre Guay, de Québec, avec ses tomes de journal, m’avait donné le goût, je n’avais jamais lu du journal alors. De personne. Maintenant évidemment, oui. Beaucoup. Dont celui de Cocteau, vous le savez.

Aveux de regrets, de remords accablants, à la télé d’hier, le poids effrayant d’un homme qui a tué un piéton ! Avertissements sans cesse, partout, en cette époque  » des dangers de conduire en état d’ébriété « . Je me souviens d’une  » cuite « , fête d’avant Noël à CJMS, 1993, de mon retour imprudent chez moi.

J’aurais pu me tuer. Tuer quelqu’un. Je buvais beaucoup trop de Pernod et de Campari en ce temps-là. J’avais repris conscience le lendemain. Ne plus voir du tout comment, par quel chemin, j’étais rentré ! Connerie totale. Je ne bois plus q’un peu de vin rouge à l’heure du souper.

Dans Le Devoir de ce matin :le mystère Gaston Miron. Un texte de son ex-compagne, prof à Laval, qui fait la publicité dune édition à venir. Cet animateur et poète, sans écrire bien longtemps, ni très souvent, a réussi à se construire un socle solide. Miron était louangé, fêté souvent, vénéré par plusieurs, glorifié même, il était habitant, chaleureux, bavard, grand voyageur,  » branché  » aussi, grouillant, patriote, paysan, cultivé, désintéressé, gigueur Il fut mis en prison en octobre 1970. Avec les  » cinq cent  » soupçonnés des polices obéissants à la  » liste noire  » des excités névrosés.

Oui, il y a un mystère Miron, cet  » homme rapaillé  » écrivait parcimonieusement !

Je tourne les pages et hop! Surprise ! Voici une photo de mon petit dernier bouquin,  » Je vous dis merci « . Le Cornellier m’arrose de louanges, glissent quelques bémols. Un papier fortifiant, somme toute. J’éclate de rire ! Cornellier juge la couverture  » vulgaire  » et déplore que moi,  » l’artiste  » spécifie-t-il, j’aie laissé faire l’éditeur Stanké. Alain a dû rigoler ce matin car c’est  » mon  » idée ce bonhomme en salopette, au soleil, qui barbouille un mur de briques d’ un lettrage coulissant. Je voulais faire simple, modeste, joyeux aussi. Pas  » vulgaire « , monsieur Cornellier ! De gustibus

Pierre Morency, un poète de Québec :  » Voir un cardinal, c’est voir du feu sur la neige !  » Parfaitement. Dit excellemment. On a en a vu un couple récemment sur la galerie. Bouches ouvertes derrière notre porte-patio !

Étrange d’écrire ici : c’est publié, édité, aussitôt écrit ! Ça change tout, c’est différent du journal qui est publié un an plus tard. J’approche autrement anecdotes et éphémérides forcément.,

Je sais que c’est lu au fur et à mesure quoi. Ça me fait drôle.

L’une chante :  » je voudrais voir la mer  » moi, je chanterais:  » je voudrais voir ces régiments de soldats, grandeur nature, en terre cuite, déterrés à Xian dans le Nord de la Chine. Quelle vision cela doit être, non ? J’en parle parce que le journal y fait allusion ce matin.

Je corrige mais tard : c’est Marie Brassard, et non Chouinard, comme je l’avais écrit erronément ici, qui jouait, à l’Usine C, ce travesti androgyne mystifiant (qui se masturbait en scène). L’autre est une chorégraphe vantée qui se produit ces jours-ci.

Je n’en reviens toujours pas de ces 600 visiteurs et de tous ces aimables correspondants sur mon site d’ordinateur. Décidément cette invention est incroyable. Je ne pensais pas vivre une telle expérience sur  » mes vieux jours « .

Nous allons aller bouffer tantôt, une fois de plus,  » Chez Grand-pa « , à Val David. C’est un bistrot sympathique, patronne accorte, émigrée de France. Un été, j’y rencontre Vigneault. Nous revenions d’un séjour sur sa chère Côte Nord et je lui dit mon grand étonnement d’avoir constaté l’eau si chaude de  » la mer Saint-Laurent  » en face de chez lui. Gilles me dit :  » N’en parle pas trop, mon vieux, on veut pas trop de touristes, pas de Mc Do et Cie.  »

Par la fenêtre, en face, par dessus le lac Rond, l’hôtel Chantecler s’illumine. Mode d’éclairer les bâtiments. En clignant des yeux on peut s’imaginer Chenonceau,  » le château des dames  » sur la Loire.  » La nuit tous les chats  » La nuit on peut prendre une vessie pour une jolie lanterne. La nuit, ici, aura maintenant de joyeuses lueurs multicolores : guirlande de lampions électriques devant ma porte. J’ai installé la panoplie, habituelle, comme tout le monde.

 » Je le fais pour les enfants qui vont venir au Jour de l’an « , dis-je à Aile. Elle sourit. Sacré menteur : chez nous, rue Saint-Denis, il n’y avait rien, pas assez riches les Jasmin. J’en rêvais de ces chandelles électriques dans les parterres comme chez le voisin, notaire ou médecin.

Eh oui, on passe sa vie à compenser, à composer, à réparer, à soigner  » cette blessure, l’enfance, qui ne cicatrise jamais « , les mots de la grande Colette.

le vendredi 21 décembre, 2001

1-
On remonte sur la 15, plein de gros mottons gris envahisseurs du bleu du ciel. « Le bleu du ciel » titre d’un livre du fameux Georges Bataille. Un ardent illustrateur d’érotisme parfois …névrosé. obsédé. Paraît-il. Jamais lu. Titre, me dit Aile, du projet de série télévisée de V.-L. Beaulieu. Il l’utilisait beaucoup par la bouche de son « agonisant » déraillant, Sicotte-Quincaillier. dans « Bouscotte ». Ce bleu que l’on guette sans cesse tous les matins d’une vie. Trop rare hélas. Je sors de la station CKAC avec Arcand. Je viens de lire mon conte de Noël. Le studio de l’émission la plus écoutée du matin, et son portique: pas de changement, un désordre total ans la pénombre, porte-patères encombré, traîneries sur étagères débordantes, , paperasses au sol, gobelets de plastique partout, vraiment un « trou »! La bohème ?
L’an dernier avec mon oncle « Oscar-qui-buvait-le-bar-au-Montagnard « …de Saint-Donat, nous avons eu des échos enthousiastes durant tout un an. Mieux, il y a pas longtemps: une ex-serveuse de l’hôtel d’Oscar m’apostrophe dans la rue: » Ah vous ! Je viens de Saint-Donat. J’ai connu votre oncle, enfant. Votre histoire m’a… comme assommée. Merci ! » Le monde est petit », vous dîtes ?
Arcand ce matin, quand je lui parle de mon existence d’heureux retraité: « Chanceux, comme j’ai hâte d’arriver à ce temps de ma vie ! » Ma surprise face à ce boulimique du boulot. Je dis: « Oui mais faut d’abord avoir bossé comme moi, 30 ans de décors ‘ » Le sourire sur sa face, voulant dire:  » Ferme-la. C’était une bonne planque, la télé ! » Bizarre comme on imagine reposant, une sinécure, ces boulots de créateur sur commande ! On se trompe. En pub ou en faiseur de « clips », on fait pas ce qu’on veut, on doit se confirmer aux clients, aux réalisateurs, aux techniciens, et moi dans le temps, aux chanteurs. Je lui parle de mes achats au magasin de la cuisine-des-chefs à Sainte-Adèle, il ricane plus fort:  » Ah, les pays d’en haut ! Viande à chien! Séraphin Jasmin en profite ? » Jaloux va !
2-
Hier, soulagement, en entrant, Chemin Bates, je retrouve mon portefeuille oublié « en ville ». J’ai donc vécu toute une semaine « sans ». On n’en meurt pas. Quand on est deux. Aile fournissant le fric ! Quoi offrir au gentil concierge du Phénix, Ghislain ? On sait jamais quoi. Ce fut une fiole de rouge et un exemplaire de roman. Facile ? Eh oui !
Un dénommé Paradis m’envoie une carte de souhaits. Il achève un livre sur « le métier » d’écrire ». Auquel j’avais d’abord refusé de collaborer puisque « écrire n’est pas un métier ». Me suis ravisé, lui si gentil, et lui ai fourni des mots. Enfant, c’était un gros paquet de ces cartes. Nous aimions les étaler puis les contempler. Comme nous aimions admirer notre gros paquet d’images pieuses » récoltées à l’école. Aux fêtes, nous aimions répondre à tous ces envoyeurs de bons voeux. Maintenant, c’est quoi… ? une dizaine, quinze au maximum. Souvent de firmes commerciales ou… du Cardinal Turcotte ‹un ancien du collège Grasset‹ anonyme, sans signature.
3-
Lanctôt, mon éditeur depuis quelques années, me déclare être « pauvre comme job », il m’ affirme qu’en cette année 2001, aucun de ses « enfants » n’a levé vraiment. Il me poste donc 50% ‹3,550 $‹ de ce qu’il me doit en redevances. Pour « Enfant de Villeray », paru à l’automne de 2000. Environ 3, 000 « acheteurs » aux comptoirs des libraires ! Il faut multiplier, dit–on, par, 3 ou 4 « lecteurs » par exemplaire. Donc entre 10,000 ou 15, 000 lecteurs, je ne dis plus « acheteurs ». Ajoutons les emprunts dans toutes les biblios publiques et scolaires. Ouengne…! Combien ? 30,000 ou 50,000 ? Impossible à vérifier !
Je veux dire ceci: un écrivain travaille ‹durant des mois et des mois‹ un bouquin, il doit attendre son cachet toute une un année. Il reçoit 3,000, $ ou 6,000 $…c’est pourquoi je dis que faire de la littérature, c’est une vocation, une passion, surtout pas un métier… comme, par exemple, pompier ou policier syndiqué avec très bon salaire. Peut-on vivre un peu confortablement avec 6,000 $ par année ? Bien sûr que non ! Et plein d’inconnus, de débutants, qui vendront 200 ou, maximum, 600 exemplaires dans une année ! Une misère la littérature ? Oui. Pis ? On aime notre passion ! Écrire !
4-
Ai oublié d’en parler ici: dans ce livre sur les lieux de pèlerinage, une photo me reste collée en mémoire. C’est, dans un couvent-église en Suisse, la bibliothèque publique dans un art rococo somptueux, toute en rondeurs, boiseries et marqueteries, rampes, escaliers, étagères dans un ensemble extraordinairement époustouflant. J’étais hypnotisé. Ébahi ! Ah ! Je voudrais vivre, et mourir ma foi, dans une vaste coquille-à-livres aussi magnifique. Une folie architecturale qu’on retrouve jamais, nulle part, en nos temps modernes. Pourquoi donc ?
5-
J’ai lu deux livres « pratiques » ce jours-ci. L’un: « Mieux comprendre la psychothérapie » (Jolicoeur et Sauvé) ‹où l’on donne aussi des conseils aux praticiens ! Nous avons une amie (Carole) qui sera une « pro » bientôt dans cet étrange métier de « confesseur-guérisseur » laïc !
Fou hein, me semble que j’y ferais florès. Aile ricane : » Toi ? Tu parle trop, Il faut se taire dans ce boulot et écouter. Pourrais-tu ? » La venimeuse!
Ce petit livre pris chez Stanké, mon éditeur actuel, explique le processus: pourquoi y aller, comment bien choisir son psy, où ça mène, qu’est-ce qui se passe, les sortes de techniques… Etc. Du gros bon sens. À la fin, les auteurs répètent que c’est la méthode « longue durée » la meilleure ! Au divan, un an, deux, trois ? Jeune, de rares camarades y allant, je songeais à une analyse. Mais… pour les impétueux dans mon genre…C’est si long et il faut cracher du fric. Mon côté radin, séraphin, craint les dépense vaines. ( Attention: J’ai aussi un côté dépensier, gaspilleur à l’occasion.) Freud dit que c’est, cet argent versé, un moyen efficace de soigner sa névrose !
« Faut pas y aller », affirmait Louis Archambault ‹mon prof à l’École du Meuble, que je salue bas dans mon « Je vous dis merci »‹ « nos bibittes sont nos moteurs de création ». Au fond, je me suis auto-psychanalyser avec mes livres. Je crois cela. Fou ? Laissez-moi mes illusions ! Je proclame souvent, en riant hein ?  » Ouvrez-moi en deux, mes amis, et vous ne trouverez pas une seule bibitte, pas un seul ver, là-dedans ! »
L’autre livre ? Sur les risques de fumer de la marijuana ? Clair: selon les auteurs, aucun danger. Chaque chapitre, sur un ton scientifique, avec des résumés d’études, des chiffres, réfute tous les bobards sur l’herbe populaire chez certains. Pas d’accoutumance, pas de cellules brûlées, aucun risque grave, en somme, on devrait au plus tôt légaliser et vite cette drogue bien douce. En somme, seuls les dinosaures peureux en font un épouvantail. Un petit livre pour me calmer si un des petits-fils s’abonne au chanvre ! Bien que…j’ai décelé un ton « sauce bizarre », « prozélistique » pas mal, pour le permissif. Je ne sais plus qui a raison entre ces laxistes « bon genre bon chic » et les « bonshommes sept heures », policiers répressifs, qui veulent que se poursuivent « prison et amendes » pour les fumeurs de pot comme pour les vendeurs de mari. Seigneur, comment s’y retrouver. Un matin, un scientifique dit « blanc’ le lendemain, un autre , pas moins scientifique, qui vient dire « noir ». En tant de domaines, le loustic, moi, aimerait bien moins de contradictions, plus d’unanimité.
La terre tourne, oui ou non ? Galilée enfin en paix: elle tourne. Mais tout le reste ?. Un exemple: les manipulations (OMG) agricoles. L’un: « on va faire manger tout le monde sur la planète ». L’autre: « danger, poisons, cul de sac ». Hum ! Et le clonage des souches: l’un: « renouvellement d’organes condamnés », l’autre: « écoeuranterie, monstruosités ! » La religion: l’un: « manipulation des cerveaux, abus infâmes, crédulité exploitée », , l’autre:  » consolation essentielle, vitale, indispensable aux mal pris, aux désespérés ou aux simples inquiets. Eh !
6-
Hâte de voir, à 20h, à ARTV ce soir, Suzan Sarandon se faire interviewer. Inoubliable dans ce film sur les condamnés à la chaise électrique. Il faudra que je supporte le fat, prétentieux, ronronnant bonhomme aux questions, intelligent mais d’allure su suffisante, hélas. S’en ficher, le défilé de ses brillants invités fait des heures fascinantes. Hier, à ARTV aussi, « Le grillon du foyer » un conte mélo de Dickens (sauce « Oliver Twist ») plutôt mal montré, si lent, si maladroit, sans rythme efficace, lourdaud, par mon cher feu- Florent Forget qui allait bientôt mourir subitement, hélas. Ce « Grillon… » mélodramatique ferait un fameux show sur Broadway ou sous la patte du parolier Luc Plamondon. Les ingrédients ‹ style « Les misérables, très années 1800‹ y sont. Caleb (joué avec feu par feu Guy Hoffmann) artisan exploité par un méchant patron, sa fille aveugle abusée (sniff ! sniff !), son fil perdu, exilé aux Amériques, qui revient à la fin, beau, riche… Toit le reste, oh oui, en modernisant l’affaire, ça ferait un grand succès populaire et c’est la dernière fois que j’en avertis nos producteurs ! Sinon ? Je l’adapte moi-même ce « Grillon… ». Moquez-vous, j’ai un projet à la minute, savez-vous ! Et puis, qui sait, il y a eu un film noir et blanc sur ce « Grillon du foyer « , deux peut-être même !
7-
L’ audacieux jeune avocat providentiel des felquistes, Robert Lemieux, exilé à Sept-Îles, surgit soudain, vrai « Jumping Jack » ! Le voilà tout révulsé, chaviré, bouleversé, par l’incarcération , « incommunicado », d’un motard criminalisé, soupçonné de 13 meurtres « commandés », plus ceux de deux conducteurs de fourgon de police, Maurice « Mom » Boucher. Un cousin lointain d’Aile, je la taquine là-dessus !) Une poursuite de 30 millions de $, eh b’en ! Contre qui ? Contre Bouchard, Landry, Ménard et… le Gouvernement ‹nous tous, notre argent public. Ces millions, en cas de victoire, seront versés aux « Droits de l’homme ». Lemieux parle de « conspiration ». Ouow ! Aux caméras accourus il dit: « Monsieur « Mom » B. est un Québécois, ça pourrait arriver à un autre Québécois. » C’est la rhétorique démago de Trudeau en octobre ’70: « Un gérant de caisse pop, un enfant, vous. M. Boucher, alias Mom, transformé en citoyen ordinaire, un bon yable comme vous et moi, faut le dire, faut le faire. Maître Lemieux était-il tanné de l’obscurité, de l’anonymat, nostalgique des chiards médiatiques de 1970 ?
8-
Me suis acheté une radio portable pour ma petite salle des machines. Plain de cassettes sur ma commode. Quelques classiques, quelques opéras ‹le Verdi de nos Italiens de ma ruelle ‹ beaucoup de Leclerc, Léveillée, mon cher Brel, Ferré, Montand. Le ciel toujours en lutte auguste, lente, entre le bleu et le gris noiraud ! Je vais tenter de comprendre ‹puis de vous en parler‹ « L’illusion économique » de Emmanuel Todd (Folio). Je veux pas mourir idiot. Combattre mon handicap, le monde économique toujours incompris. D’abord aller marcher sous ce soleil embarrassé. Aile cherche un grand chaudron…pour son « six pâtes » du Jour de l’an. Elle doit quêter partout chez nos voisines. Et ce soir, à 17h que trouverais-je chez les écoliers de l’institut hôtelier des Laurentides ? Surprise ! J’écoute les chansons du « Nelligan » de Tremblay-Gagnon. Renée Claude renversante :  » J’ai cru l’aimer et j’ai cru l’être… » Sa voix claire. C’est beau !

«NOËL DU CÔTÉ DE LONGUEUIL»

  • conte diffusé sur les ondes de CKAC, Noël 2001

  • À chaque année, à Noël, nous allions chez mémeille Jasmin, à trois coins de rue de chez nous.

    Elle était  » la riche  » de la famille. Elle avait un arbre de Noël géant avec un assortiment de boules compliquées, des guirlandes d’or et d’argent, des lumières multicolores clignotantes. Chez nous, juste une crèche, papa le pieux, papa le peureux craignait trop les incendies.

    Chez mémeille Jasmin, au 7453 St-Denis, la maison nous semblait luxueuse, tapis de Turquie dans le couloir, au boudoir, au salon, dans cette salle à manger avec beau buffet,  » side board « , argentier, vaisselier de bois sculpté. Les murs de sa demeure était en relief, du  » graphtexe « , disions-nous. Il y avait vitraux colorés au dessus des fenêtres,  » foyer  » artificiel avec et une machine lumineuse rotative, faisant rougeoyer les charbons de vitre noire.

    Oh, que nous aimions cette visite de Noël ! Mémeille-la-riche veuve, nous donnait à chacun un gros cadeau, étrennes rares. Le matin de Noël, nous avions dans nos bas suspendus, une orange, une banane, deux bonbons, deux flûtes de papier.
    Habitait chez mémeille, le frère de papa, mon oncl’Cléo, Léo de son vrai nom. Le benjamin de mémeille était cantinier du CiPi Ar, Monréal-Québec, Québec-Montréal. Il me prenait comme  » helper  » parfois. Je l’aidais, avec un harnachement lourd pendu au cou, à vendre ses sandwiches, ses eaux gazeuses. À Québec, nous couchions dans une petite chambre mansardée, rue St-Louis. Je me pensais à Paris chaque fois. Je voyageais, moi !Je voyais du monde, j’avais vu le Château Frontenac avant mon frère et mes soeurs ! J’avais déjà rencontré Monsieur Duplessis, en personne dans ce train. Il fumait son cigare, avait bu de mon jus d’orange, m’avait donné un dix sous de pourboire avant de reprendre ses palabres avec ses sbires au fond de son wagon.

    Mon oncle  » Cléo  » aimait rigoler, pas comme mon père faux franciscain à la triste figure du Tiers-Ordre L’oncle Léo était le parent le plus joyeux de notre tribu. A chaque fête de Noël chez mémeille, mon oncle Cléo invitait Vila, son homme à tout faire, son grand ami  » Vila « , qui se nommait Ovila. Ce Ovila me fascinait. Il jouait des claquettes avec des os de cochon, de son harmonica, véritable ruine babines, aussi de la guimbarde qu’on appelait une  » bombarde « . Ovila, bout en train excentrique, nous faisait danser des gigues, nous entraînait, les enfants dans des chansons à répondre‹ » envoyeille , envoyeille, la tite jument! ou :  » y a des hommes de riens qui y viennent et qui y viennent! « . ‹Un animateur d’une énergie rare l’ami de Léo.

    Chaque Noël, on avait hâte, les enfants, de revoir ce bout en train pourtant décharné, au visage osseux, blanc comme un drap mais si plein de vie. Je vous raconte une découverte à ne jamais oublier en cette veille de Noël de 1940. J’avais 9 ans. Onlce Léo me téléphonait : Mon p’tit Claude, cette année , mon Vila veut pas venir fêter. Y dit qu’il y a de la maladie chez lui, son plus vieux, Amédée. Quoi ? Je découvrais que notre saltimbanque annuel avait une famille et un enfant malade ? Il était donc un papa comme j’en avais un ! J’étais tout surpris. On s’imaginait, ‹l’égocentrisme des enfants‹, que le joyeux drille Ovila, était une sorte de bouffon sorti de nulle part. Un clown descendu du ciel pour le bonheur de la famille chez mémeille Jasmin.

    Oncle Léo ajouta :  » Vila t’aime bien. Tu vas venir avec moi et on va aller le convaincre, on va y secouer les puces, un Noël sans lui, ce serait pas un vrai Noël.  » J’étais d’accord. Mon oncle s’amena dans sa Ford rouge vin et en voiture !
     » Où est-ce qu’il habite, votre ami Ovila ?
     » Je sais pas, j’y suis jamais allé. Regarde, j’ai griffonné son adresse sur mon paquet de Players, c’est de l’autre coté du fleuve. Rive Sud. Près de Longueuil.
    Derrière la banquette de la Ford, il y avait des tas de sacs remplis de vieux journaux.
     » Pourquoi tous ces sacs, mon oncle ?
     » Ah ça, c’est lui qui me demande ça. Mon Vila dit que ça y fait du calfeutrage, mes vieilles gazettes. Il est pas riche, tu sais.
    Cela aussi m’étonnait. Non pas qu’il soit pauvre! mais que cet artiste puisse avoir des besoins si réels. Oui, ce grand désossé n’avait eu jusqu’ici aucune réalité vraie. J’allais rencontrer chez lui le bouffon de nos Noëls rituels, dans un autre cadre, dans sa maison. On traversa le Pont Jacques-Cartier.

    Mon oncle Cléo stoppa à une garage pour demander où se trouvait l’adresse fournie. Le garagiste, la fumée lui sortait de la bouche, se pencha à notre portière:
     » Oh, ça, là, c’est en bas, en arrière de Longueuil, c’est un trou de misère, c’est Jacques-Cartier. Les chômeurs de la ville s’installent là, sans permis ni rien. B’en souvent :y z’ont pas d’égout et pis pas toujours d’aqueduc pour l’eau courante.
    Diable ! Ovila vivait dans la misère ! C’était incompréhensible. Un homme si chaleureux, si gigotant.
     » Combien il a d’enfants Ovila, mon oncle ?.
     » Je sais pas trop, quatre, cinq , je sais pas . Je l’ai connu au  » Ci Pi Ar « , mais il a perdu vite sa job. Il savait rien faire au fond. Moins bon que nos nègres pour porter les valises.  »
    Quoi ? Ovila, un bon à rien ? Lui qui savait si bien raconter des blagues, qui jouait si bien de sa musique à bouche. Qui savait faire danser toute notre tribu, un bon à rien ?

    Je me réveillais raidement.

    Au sud de Longueuil, on a vu une pancarte :  » Ville Jacques-Cartier. Défense de  » dumper  » partout.  » Défilaient des rues de maisons plutôt sinistres. Des murs rafistolés avec des annonces rouillés de Kik,de coke de pepsi, de seven up. Des placages bizarres, des rafistolages inouïs, morceaux de bois vermoulu, restants de prélart, planches décolorés, des portes sans peinture, des fenêtres aux carreaux brisés, aux rideaux de guenille souillée.
    Aux carrefours, des silhouettes louches, courbées, mains aux poches, collets relevés, se faufilaient, semblant fuir des ombres indiscernables. Ma foi, j’étais dans un conte de Charles Dickens !

    Par ici pas de couronnes de guy aux fenêtres, aucun sapin lumineux comme dans notre rue Saint-Denis.

    Enfin, la rue indiquée !Enfin l’adresse, peinturluré sur un bout de plywood noirci. C’était là.
     » Ouaille, dit Oncle Léo, c’est un shack branlant, y a pas à dire.  »
    Le garagiste avait expliqué :
     » Méfiez-vous, c’est plein de monde croche par là, des voleurs, de la  » tite pègre  » vit dans ces baraques « .
    On a stationné. la Ford. Coups de klaxon de mon oncle. Ovila apparaît dans la porte. C’est bien lui, il sourit, tousse, crache.
    Mon oncle gueule :
     » On vient te charcher par la peau du cou « .
    Notre clown, plus blanc que jamais, éclate de rire.
     » Mon Vila, on va se prendre à deux, mon neveu pis moé, pour te convaincre pour Noël, demain. Tu peux pas nous faire ça, Vila !
    Ovila grelotte dans sa vieille veste de laine grise rapiécée, se penche dans la voiture;
     » Ah bin, mon Léo, tu m’as pas oublié.  »
    Il s’empare des sacs de vieux journaux, tout content. On sort, on marche vers sa demeure. Un filet de fumée très noire s’élève dans ce ciel de veille de Noël. Nous entrons. Des odeurs de moisi assaillent nos narines. Il n’y a pas de salon, ici, pas de tapis de Turquie, pas de murs de  » beurlap « , pas de vitraux aux fenêtres. Il y a un espace central, un gros poêle à bois qui boucane, une longue table, des chaises parfois sans dossier, un banc bancal. Au plafond pendent deux guirlandes de papier crêpelé. Une demoiselle à jupette, déguisée en père Noël, tournicote sous la lampe à poulie, elle tient un cierge allumée, dans l’autre main, un cahier à musique, c’est une annonce cartonnée des chocolats Laura Secord. Au fond, dans deux enclaves avec des portière de vieux rideaux en lambeaux, des lits. Dans l’un, cet Amédée malade qui renifle. Une fillette peigne une poupée ruinée, manchote.

    Deux petits garçons, assis sur le prélart délabré, se font un jeu de blocs avec des retailles de bois.

    Gêné comme moi, oncle Cléo disribue des cannes de bâton fort aux enfants, tente de les faire rire en imitant  » Woody Woodpecker « . L’épouse de notre clown merveilleux, traits tirés, cheveux défaits, le tablier taché, est étendue sur un divan crevé, nous fait signe de parler moins fort, indique le coin du Amédée tousseur. Tous nous regardent sans sourire, puis Ovila nous conduit au fond d’une chambre, on découvre dans une caisse d’oranges vide! un bébé naissant !
     » Oui, mes amis, c’est notre nouveau né, c’est notre cadeau de Noël. Il est né à minuit, avant-hier. C’est le docteur Ferron qui est venu délivrer Albina.  »
    La mère aux dents cassées dit :
     » On va le faire baptiser après-demain. Devinez comment on va l’appeler ?
    Ovila prend le poupon dans ses maigres bras et dit :
     » Noël, évidemment, Noël Vironneau. C’est notre petit Jésus.  »
    Je savais plus où me mette. Je n’avais jamais vu la misère, celle dont nous parlait le curé, les frères à l’école. Je m’imaginais qu’il n’y avait que nos petits chinois à dix cents pour connaître tant de pauvreté. Mon oncle s’accroupit près de la caisse d’orange et resta muet un long moment puis, à ma grande surprise il entonna d’une voix enrouée :
     » Il est né le divine enfant, jouez hautbois, résonnez musettes!  » Ovila, lui, chanta :  » Dans cette éta-ble que Jésus est charmant qu’il est aimable, dans son avènement! Il est tout à la fois!  »
    Toute la famille Vironneau entonna le cantique. Je me taisais.
    J’avais plus de voix. C’était une veille de Noël étonnante.
    C’était une drôle de  » crèche de Betléeem  » à Jacques-Cartier, si loin des pays arabes de nos images pieuses. Pas si loin ce chez moi. Je sortis le peu d’argent gagné à servir des messes, le mis près de la caisse d’orange-berceau. Oncle Léo m’imita, il sortit deux cinq, deux deux, des dollars tout fripés.

     » Tiens mon Vila, c’est pour leur acheter des petites douceurs demain à Noël.

    Bien catéchisé, je songeais à Joseph et Marie. Ici, il n’y avait ni boeuf ni âne. Il n’ y avait que deux poules près de leur cabane, et un coq aveugle. Ovila remercia, sortit son harmonica et joua,
    mélancolique,  » Un Canadien errant « . Il fallait partir.

    Rendu dehors, l’oncle Léo dit :  » Demain, tu viendras pas ? C’est définitif ? Si tu viens, tu repartirais pas les mains vides ?  »

    Ovila regarda dans la fenêtre sa femme avec son petit-Jésus nommé Noël dans les bras et finit par dire :
     » Bon, okay, Léo, je vas y aller. Mais pas longemps. Pis merci encore pour tes sacs.  »

    J’avais remarqué les gazettes cloués partout sur les murs contre le froid du dur hiver québécois.

    ***
    Le lendemain, chez mémeille Jasmin, quand Ovila entonna son  » Minuit Chrétiens « , puis :  » Les anges dans nos campagnes!  » et le :  » Ça bergers assemblons-nous!  » j’étais comme ailleurs, en arrière de Longueuil. Je songeais à la crèche-caisse d’orange. Je me disais :
     » Ça peut donc être vrai, un Jésus né dans une étable !  »
    Ovila nous encourageait à entonner en choeur :
     » Il est né le  » divine n’enfant  » !

    Je remarquais qu’il avait les yeux pleins d’eau notre  » joker « , notre bouffon blanc, inconnu jadis, qui avait une famille mal cachée derrière des annonces de coke et de pepsi. Alors, à ce Noël de 1940, j’ai moins mangé de gâteaux, de friandises, j’en cachais partout pour les offrir à Ovila avant qu’il s’en aille vers sa crèche du côté de Longueuil.

    Joyeux Noël à ceux qui ont le ventre plein,  » itou  » aux  » ventres vides  » du mauvais sort !
    FIN.

    le jeudi 20 décembre 2001

    1-
    Première vraie neige hier soir, tard. Lumières clignotantes dans la rue. Par la fenêtre, je vois armada miniature; déneigement déjà ? Je vois une masse métallique sombre stationné au bord du trottoir, charrue fixé, ronronnement du moteur, grondement sourd, grosse bête qui va bondir, des phares, des clignotants jaunes et rouges, sur les côtés, sur le toit, lumignons dans la nuit. C’est joli, reflets dans mes cèdres saupoudrés d’ouate. Me sens comme Truffaut dans « Close encounter… » fasciné, ébahi. Grand bébé, vieil enfant !
    2-
    Aile se lamente hier: « Noël: un commercial à n’en plus finir ». Vrai. On s’adapte en rechignant.
    Les cadeaux ? Mon Dieu, à qui, et quoi offrir ? Je fais des chèques depuis des années. Ainsi, leurs choix, de l’argent quoi, aux deux enfants et aux cinq petits enfants. Facile ? Oui, paresse? je sais bien. L’idéal ? Y réfléchir, questionner subtilement, observer amoureusement et puis surprendre. Mais c’ est plus compliqué. Oui, paresse. J’ai un peu honte.
    Aile et moi, une vieille entente de jadis, jamais de ces cadeaux rituels aux Fêtes. Non.
    Le cadeau puisque « chaque jour » est une fête, un Noël, vrai pour des amoureux: Aile, elle-même, le plus beau des cadeaux. Pareil pour elle. C’est Aile qui le dit.
    Que d’elles, que d’Ailes hein ?
    3-
    Lu en attendant d’entrer au magasin de « l’école des chefs » ‹poulet farci, canard, tourtière‹ « À ce soir » de Laure Adler, vue au canal TV 5 au « Cercle de minuit ». Fini de le lire vers 20 h, après souper. Laure a perdu un petit garçon, Rémi, vraiment tout jeune, deux ans ?. Une sorte de pneumonie fatale, mystérieuse. À ce soir raconte le douloureux souvenir de cet été effrayant où elle et son compagnon de vie vont et viennent sans cesse à l’hôpital pédiatrique à Paris. Un livre certes émouvant mais mince. Un faux 250 pages, c’est gonflé. Pages blanches, espaces larges. Raymonde a pleuré en le lisant avant moi. J’ai été touché , le sujet est si triste: la mort d’un enfant. Pas bouleversé. Adler y est sobre, c’est bien, trop pudique…pas de générosité, dirais-je. Elle file tout droit, dans ses larmes, sa détresse et nous accorde bien peu d’informations. Sur son travail, sur elle, sur « lui », sur l’enfant condamné, la gardienne, etc. C’et écrit avec art cependant, avec des trouvailles littéraires bien amenées. On y trouve aussi des infos terribles ‹ses crises de fureur face à ce désordre hospitalier, oh !‹ sur le monde médical. Oh mon Dieu, c’est donc partout pareil , les urgences…lentes, les médecins froids, pressés, distraits…Misère !
    4-
    Un père Noël du Complexe Desjardins raconte à « Montréal, ce soir » les gens pressés, les parents à la course, le temps qui court, vole…Un vieux bonhomme étonnant. Je questionne Aile: « Toi, tu y as cru longtemps au bonhomme de Coca-cola ? » Sa réponse: « Non, un jour, veille de Noël, je dépose ma poupée au pied du sapin et je dis à ma mère, « je veux que le Père Noël sache bien que j’en ai déjà une, que j’en veux pas deux, qu’il doit m’apporter autre chose ». Ma mère dit:  » Voyons, inutile, il le sait bien, il sait tout ». Alors j’ai compris que c’était impossible cette mémoire pour des millions d’enfants dans le monde, que ma mère mentait. Et j’ai cessé ainsi d’y croire. J’avais quatre ans ? »
    Elle me questionne et je découvre que chez nous, pas de bonhomme Noël, il n’existait pas. On n’en parlait même pas. C’est bien, non ? Mon père ne parlait que du petit Jésus et installait sa crèche compliqué dans la fenêtre du salon où il n’y avait jamais de sapin. Que cette crèche élaborée. Comme je le raconterai demain matin à CKAC, il y avait l’énorme sapin décoré chez mémeille Jasmin la riche veuve. Une splendeur à nos yeux, son sapin.
    5-
    On a viré le gras tribun démagogue, André Arthur, à Québec, pour le remplacer par l’ex-mairesse de Sainte-Foy. Dans la rue, un très jeune questionné m’étonne agréablement à la télé hier: « Le monde des médias me surprendra toujours et je veux pas trop m’en approcher pour pas troubler ma quiétude ». Paf ! De même, d’une seule « fripe ». Soudaine belle espérance en la jeunesse d’ici s’ils sont nombreux de cette farine.
    6-
    L’auteure de « Putain », Nelly Arcand, un pseudo, veut faire machine arrière subitement ! La Presse de ce matin publie son long plaidoyer très pro domo : « je ne suis pas ce que l’on pense ».
    Quelle connerie. Elle a écrit sa confession-analyse au « je », elle a minaudé aux interviews, genre: c’est moi et c’est pas moi. » Voilà qu’elle tente à cette heure de passer pour innocente de son écrit. Franchement !  » Je suis pas putain », clame-t-elle et une photo énorme la montre, nombril à l’air, faisant le jeu de ce qu’elle condamne:  » la marchandisation du corps féminin. Paradoxe, contradiction, trop tard pour sortir d’une confusion qu’elle a entretenue bien commercialement. Nelly est-elle sotte ?
    7-
    Paraît que « Tourism », prochain film de Lepage illustrera le monde des « corps » en vacances dans des « clubs ». Ah ! La sauce-Ouellebec (« Plateforme ») s’allongerait donc partout. On verra bien. Vision toute autre ? Je viens de lire « Hauts lieux de pèlerinage »(Flammarion), plein d’ilustrations qui vont de ce fameux Saint-Jacques de Compostelle (à la mode ces temps-ci dans le milieu des artistes) jusqu’à Fatima, Lourdes, Notre-Dame de la Salette, etc. etc. Images étonnantes, texte niais et fade (Martineaud et Moreau). Papa aurait aimé lire et voir ces reliques, vieux os, crânes, « le nombril de Jésus », oui, oui, le c¦ur du curé d’Ars et autres facéties d’une religiosité imbuvable. Un monde carnavalesque stupéfiant. Un commerce à indulgences éc¦urant. L’exploitation des infirmes, des malades, des désespérés. Laure Adler raconte dans son « À ce soir », son recours aux dévotionnettes et même aux médiums, sorciers,
    pratiques occultes, etc. Un très bon passage de son livre . Elle en a honte mais elle dit bien qu’en état de désespérance, tout devient un secours plausible. Tristesse. Et je dis à Aile: »tu sais, toi gravement condamnée , ma foi (!), moi aussi, j’irai à Fatima, à Lourdes. La confiance, la foi totale, sincère, peut faire changer un métabolisme et, parfois, guérir, non ? » Elle reste songeuse ! Le livre raconte aussi Rome aux 365 églises-à-reliques, Jérusalem aux « lieux » évangéliques sur-exploités, pour touristes chrétiens ! Curieux: plein de vierges Noires (Éthiopiennes ?) dans maints lieux de… pérégrination. Marie en négresse ! Bizarre non ? Renan, Taine, d’autres laïcistes affirmaient: « l’ouvrage du démon ces piéticailleries ! » Les réformistes protestèrent aussi, bien sûr face à tous ces papes complaisants du « marketing » primaire religieux. « Le nombril de Jésus » Non mais…! On a parlé jadis de son « saint prépuce » !
    8-
    Je ne cesse pas de lire, livres et revues françaises, sur les dangers du racisme., J’y voyais une sorte d’obsession. Je prends conscience maintenant (autres livres lus) que l’élite ‹écrivains, intellos, journalistes, profs‹ française a très mauvaise conscience, une lourde honte collective, face aux tolérances de l’antisémitisme ardent de (pères et grands-pères) la France d' »avant » et de « durant » l’occupation des Allemands nazis. C’est de cela, de ce poids accablant sur la conscience nationale, qu’elle parle sans cesse au fond. Idem sans doute, en pire, en Allemagne.
    9-
    Mon tit-Paul Buissonneau, vieux stentor toujours énergique, hier avec Claude Charron à Canal Historia, que je regarde très souvent Paul raconte La Roulotte des parcs à ses débuts et dit de moi: « Eh oui, Claude était mal pris, jeune chômeur…il est venu m’aider aux costumes, aux décors… ». Eupéhmisme: son théâtre ambulant m’a aidé de mille façons. C’était une « école » de vie, de générosité, d’initiation au monde réel, ces enfants-en-ville, l’été, privés de rêves, d’images.
    10-
    Minou Pétrowsky, mère de Nathalie, à Cbf-fm, démolissait complètement le film « Le Seigneur de anneaux ». À l’entendre, m »explique Aile, c’est un navet, que des bagarres, des effets agressifs, des truquages infographiés , des décors-maquettes trop visibles, bref un film stupides, des guerroyages sans fin. Eh b’en, cela avec une fortune colossale. Les ados du type de mon petit-fils, Simon, amateur de moyennâgeries chevaleresques vont-ils, eux, mieux apprécier. Je le questionnerai au Jour de l’an.
    11-
    Christiane Charette à sa dernière performance…patate, le vide, l’échec ! Embrouilami avec le « cantiqueux » sympa Desjardins… Platitudes soporifiques avec l’acteur exilé à New-York, Lothaire Bluteau tot mélamgé, confus à l’extrême, et « song in english » avec un Comeau sérénadeur venu de Bathurt au New-Brunswick… Une heure plate. Hélas. Toute la saison, Charette a su faire voir des mélanges d’invités formidables. Dommage pour hier soir, un adieu ennuyeux !
    Quand je bloc-note sur télé, comme ici, ça me rappelle tant de topos livrés à CKAC, à CJMS si longtemps, et à CKVL à la fin, où je devais forcément regarder tant d’émissions que… je ne voulais pas voir. S’imposait naturellement cette revue des « populaires ». J’en avais mal au ventre parfois devant ma télé. En bout de piste, virage et ce fut la série « La moutarde me monte au nez » avec Marcotte et du plaisir, des farces et des coups de gueule, très ad lib !
    C’était, il me semble , dans une autre vie tout cela !
    12-
    Descôteaux ce matin dans Le Dev qu’il dirige: « Esprit libre et Droite, ça ne va pas ». Bien raison.
    John Saul, la queue-de-veau de la Vice-Reine actuelle, à Ottawa-colonie, publie des propos contre Bush, contre les USA, peuplé d’ impérialistes plutôt responsables de la haine musulmane…Oh, oh ! L’éditorialiste recommande à Chrétien, qui défend un peu la liberté d’écrire de sa queue-de-veau, de se porter aussi à la défense des journaux de Can West, du gang-Asper de Winnipeg, mais…dit-il, ce sont des « amis » ¿entendre puschers de fonds électoraux‹du parti libéral fédéral. Oh !
    13-
    Foglia et moi ? Comme on dit « sa moyenne au bâton » est fameuse. Je le lis, comme tant d’autres. Il ennuie rarement. Je l’envie, je ne suis pas jaloux. J’ai déjà eu ce bonheur de chroniquer librement au Journal de Montréal (1971-1976), un fonne vert ! Ce matin: l’anglais aux écoles mieux appris quand plus éduqué. Vrai. Et bang ministre Legault ! Mon cher magasin Baggio, en « petite Italie », j’en cause dans « Enfant de Villeray », ferme ses portes. Comme Foglia, j’y achetais mes vélos et ceux de mes enfants. Ce sera une boutique de linge. Eh !
    Il livre ensuite un témoignage d’un écolier de Vaudreuil à la fidèle mémoire pour un prof hors du commun. Toujours fascinant cette gratitude (voir m a part de reconnaissance avec ce « Je vous dis merci », frais arrivé en librairie ! Oui, plogue ! Des profs oublient l’influence déterminante qu’ils peuvent avoir sur des jeunes…quand ils sont capables. Enfin Foglia parle musique rock de sa jeunesse et l’actuelle, avec un bon punch. Important le lunch final, comme le « spin » de départ quand tu débutes un papier publié.. la ligne de départ » d’une chronique.
    14-
    Lysiane Gagnon signe un billet impressionnant. J’ai connu le sujet abordé. Le centre d’accueil, les préposés débordés. Les « vieux » abandonnés. Quand la Gagnon lâche un peu sa hargne, sa haine même, du nationalisme d’ici, cet ex-compagne du patriote D’Allemagne, mariée à un bon « bloke » maintenant, montre du c¦ur et pas seulement de l’intelligence. Terrible narration ce matin, effrayante même ! Elle dit qu’ils sont 7 pour 56 vieux dans ce genre de centre de dés-acceuil ! Les bonnes s¦urs, qui étaient sans famille, libres donc, géraient sans doute avec autrement plus de compassion ces « lieux des adieux ». Le boss, si ça va mal, si un visiteur ose se scandaliser (comme à « Notre-Dame de Lourdes »), b’en, il engage un avocat et vlan: ohé ! le râleur: plus de droit de visite ! Ça vient de finir, explique Gagnon de La Presse. Honte !
    15-
    Pauvre Larose et son rapport timide par bouts, un peu plus audacieux pas d’autres, il vient de recvoir « le baiser de la mort ». De quelle bouche ? Le sénateur, rouge bourassiste longtemps et viré au bleu mulronéen, Jean-Claude Rivest l’embrasse tendrement de ses grosses babines « fédérates », il avance que son son rapport sur l’état du français, est une merveille ! Oh la la !
    Suffit pour aujourd’hui, départ pour Monrial, pour être tôt à CKAC et y lire mon conte de Noël.
    La neige fine tombe toujours sur les Laurentides. Le ciel comme le sol est de même blancheur. Grands draps étendus dans l’espace, lessive savonneuse quand l’hiver fait: « coucou ! j’y suis, j’y reste. Québécois à vos tuques et à vos pelles ! À ma brosse à neige, la Volks semble une meringue immangeable. Salut !