le vendredi 21 décembre, 2001

1-
On remonte sur la 15, plein de gros mottons gris envahisseurs du bleu du ciel. « Le bleu du ciel » titre d’un livre du fameux Georges Bataille. Un ardent illustrateur d’érotisme parfois …névrosé. obsédé. Paraît-il. Jamais lu. Titre, me dit Aile, du projet de série télévisée de V.-L. Beaulieu. Il l’utilisait beaucoup par la bouche de son « agonisant » déraillant, Sicotte-Quincaillier. dans « Bouscotte ». Ce bleu que l’on guette sans cesse tous les matins d’une vie. Trop rare hélas. Je sors de la station CKAC avec Arcand. Je viens de lire mon conte de Noël. Le studio de l’émission la plus écoutée du matin, et son portique: pas de changement, un désordre total ans la pénombre, porte-patères encombré, traîneries sur étagères débordantes, , paperasses au sol, gobelets de plastique partout, vraiment un « trou »! La bohème ?
L’an dernier avec mon oncle « Oscar-qui-buvait-le-bar-au-Montagnard « …de Saint-Donat, nous avons eu des échos enthousiastes durant tout un an. Mieux, il y a pas longtemps: une ex-serveuse de l’hôtel d’Oscar m’apostrophe dans la rue: » Ah vous ! Je viens de Saint-Donat. J’ai connu votre oncle, enfant. Votre histoire m’a… comme assommée. Merci ! » Le monde est petit », vous dîtes ?
Arcand ce matin, quand je lui parle de mon existence d’heureux retraité: « Chanceux, comme j’ai hâte d’arriver à ce temps de ma vie ! » Ma surprise face à ce boulimique du boulot. Je dis: « Oui mais faut d’abord avoir bossé comme moi, 30 ans de décors ‘ » Le sourire sur sa face, voulant dire:  » Ferme-la. C’était une bonne planque, la télé ! » Bizarre comme on imagine reposant, une sinécure, ces boulots de créateur sur commande ! On se trompe. En pub ou en faiseur de « clips », on fait pas ce qu’on veut, on doit se confirmer aux clients, aux réalisateurs, aux techniciens, et moi dans le temps, aux chanteurs. Je lui parle de mes achats au magasin de la cuisine-des-chefs à Sainte-Adèle, il ricane plus fort:  » Ah, les pays d’en haut ! Viande à chien! Séraphin Jasmin en profite ? » Jaloux va !
2-
Hier, soulagement, en entrant, Chemin Bates, je retrouve mon portefeuille oublié « en ville ». J’ai donc vécu toute une semaine « sans ». On n’en meurt pas. Quand on est deux. Aile fournissant le fric ! Quoi offrir au gentil concierge du Phénix, Ghislain ? On sait jamais quoi. Ce fut une fiole de rouge et un exemplaire de roman. Facile ? Eh oui !
Un dénommé Paradis m’envoie une carte de souhaits. Il achève un livre sur « le métier » d’écrire ». Auquel j’avais d’abord refusé de collaborer puisque « écrire n’est pas un métier ». Me suis ravisé, lui si gentil, et lui ai fourni des mots. Enfant, c’était un gros paquet de ces cartes. Nous aimions les étaler puis les contempler. Comme nous aimions admirer notre gros paquet d’images pieuses » récoltées à l’école. Aux fêtes, nous aimions répondre à tous ces envoyeurs de bons voeux. Maintenant, c’est quoi… ? une dizaine, quinze au maximum. Souvent de firmes commerciales ou… du Cardinal Turcotte ‹un ancien du collège Grasset‹ anonyme, sans signature.
3-
Lanctôt, mon éditeur depuis quelques années, me déclare être « pauvre comme job », il m’ affirme qu’en cette année 2001, aucun de ses « enfants » n’a levé vraiment. Il me poste donc 50% ‹3,550 $‹ de ce qu’il me doit en redevances. Pour « Enfant de Villeray », paru à l’automne de 2000. Environ 3, 000 « acheteurs » aux comptoirs des libraires ! Il faut multiplier, dit–on, par, 3 ou 4 « lecteurs » par exemplaire. Donc entre 10,000 ou 15, 000 lecteurs, je ne dis plus « acheteurs ». Ajoutons les emprunts dans toutes les biblios publiques et scolaires. Ouengne…! Combien ? 30,000 ou 50,000 ? Impossible à vérifier !
Je veux dire ceci: un écrivain travaille ‹durant des mois et des mois‹ un bouquin, il doit attendre son cachet toute une un année. Il reçoit 3,000, $ ou 6,000 $…c’est pourquoi je dis que faire de la littérature, c’est une vocation, une passion, surtout pas un métier… comme, par exemple, pompier ou policier syndiqué avec très bon salaire. Peut-on vivre un peu confortablement avec 6,000 $ par année ? Bien sûr que non ! Et plein d’inconnus, de débutants, qui vendront 200 ou, maximum, 600 exemplaires dans une année ! Une misère la littérature ? Oui. Pis ? On aime notre passion ! Écrire !
4-
Ai oublié d’en parler ici: dans ce livre sur les lieux de pèlerinage, une photo me reste collée en mémoire. C’est, dans un couvent-église en Suisse, la bibliothèque publique dans un art rococo somptueux, toute en rondeurs, boiseries et marqueteries, rampes, escaliers, étagères dans un ensemble extraordinairement époustouflant. J’étais hypnotisé. Ébahi ! Ah ! Je voudrais vivre, et mourir ma foi, dans une vaste coquille-à-livres aussi magnifique. Une folie architecturale qu’on retrouve jamais, nulle part, en nos temps modernes. Pourquoi donc ?
5-
J’ai lu deux livres « pratiques » ce jours-ci. L’un: « Mieux comprendre la psychothérapie » (Jolicoeur et Sauvé) ‹où l’on donne aussi des conseils aux praticiens ! Nous avons une amie (Carole) qui sera une « pro » bientôt dans cet étrange métier de « confesseur-guérisseur » laïc !
Fou hein, me semble que j’y ferais florès. Aile ricane : » Toi ? Tu parle trop, Il faut se taire dans ce boulot et écouter. Pourrais-tu ? » La venimeuse!
Ce petit livre pris chez Stanké, mon éditeur actuel, explique le processus: pourquoi y aller, comment bien choisir son psy, où ça mène, qu’est-ce qui se passe, les sortes de techniques… Etc. Du gros bon sens. À la fin, les auteurs répètent que c’est la méthode « longue durée » la meilleure ! Au divan, un an, deux, trois ? Jeune, de rares camarades y allant, je songeais à une analyse. Mais… pour les impétueux dans mon genre…C’est si long et il faut cracher du fric. Mon côté radin, séraphin, craint les dépense vaines. ( Attention: J’ai aussi un côté dépensier, gaspilleur à l’occasion.) Freud dit que c’est, cet argent versé, un moyen efficace de soigner sa névrose !
« Faut pas y aller », affirmait Louis Archambault ‹mon prof à l’École du Meuble, que je salue bas dans mon « Je vous dis merci »‹ « nos bibittes sont nos moteurs de création ». Au fond, je me suis auto-psychanalyser avec mes livres. Je crois cela. Fou ? Laissez-moi mes illusions ! Je proclame souvent, en riant hein ?  » Ouvrez-moi en deux, mes amis, et vous ne trouverez pas une seule bibitte, pas un seul ver, là-dedans ! »
L’autre livre ? Sur les risques de fumer de la marijuana ? Clair: selon les auteurs, aucun danger. Chaque chapitre, sur un ton scientifique, avec des résumés d’études, des chiffres, réfute tous les bobards sur l’herbe populaire chez certains. Pas d’accoutumance, pas de cellules brûlées, aucun risque grave, en somme, on devrait au plus tôt légaliser et vite cette drogue bien douce. En somme, seuls les dinosaures peureux en font un épouvantail. Un petit livre pour me calmer si un des petits-fils s’abonne au chanvre ! Bien que…j’ai décelé un ton « sauce bizarre », « prozélistique » pas mal, pour le permissif. Je ne sais plus qui a raison entre ces laxistes « bon genre bon chic » et les « bonshommes sept heures », policiers répressifs, qui veulent que se poursuivent « prison et amendes » pour les fumeurs de pot comme pour les vendeurs de mari. Seigneur, comment s’y retrouver. Un matin, un scientifique dit « blanc’ le lendemain, un autre , pas moins scientifique, qui vient dire « noir ». En tant de domaines, le loustic, moi, aimerait bien moins de contradictions, plus d’unanimité.
La terre tourne, oui ou non ? Galilée enfin en paix: elle tourne. Mais tout le reste ?. Un exemple: les manipulations (OMG) agricoles. L’un: « on va faire manger tout le monde sur la planète ». L’autre: « danger, poisons, cul de sac ». Hum ! Et le clonage des souches: l’un: « renouvellement d’organes condamnés », l’autre: « écoeuranterie, monstruosités ! » La religion: l’un: « manipulation des cerveaux, abus infâmes, crédulité exploitée », , l’autre:  » consolation essentielle, vitale, indispensable aux mal pris, aux désespérés ou aux simples inquiets. Eh !
6-
Hâte de voir, à 20h, à ARTV ce soir, Suzan Sarandon se faire interviewer. Inoubliable dans ce film sur les condamnés à la chaise électrique. Il faudra que je supporte le fat, prétentieux, ronronnant bonhomme aux questions, intelligent mais d’allure su suffisante, hélas. S’en ficher, le défilé de ses brillants invités fait des heures fascinantes. Hier, à ARTV aussi, « Le grillon du foyer » un conte mélo de Dickens (sauce « Oliver Twist ») plutôt mal montré, si lent, si maladroit, sans rythme efficace, lourdaud, par mon cher feu- Florent Forget qui allait bientôt mourir subitement, hélas. Ce « Grillon… » mélodramatique ferait un fameux show sur Broadway ou sous la patte du parolier Luc Plamondon. Les ingrédients ‹ style « Les misérables, très années 1800‹ y sont. Caleb (joué avec feu par feu Guy Hoffmann) artisan exploité par un méchant patron, sa fille aveugle abusée (sniff ! sniff !), son fil perdu, exilé aux Amériques, qui revient à la fin, beau, riche… Toit le reste, oh oui, en modernisant l’affaire, ça ferait un grand succès populaire et c’est la dernière fois que j’en avertis nos producteurs ! Sinon ? Je l’adapte moi-même ce « Grillon… ». Moquez-vous, j’ai un projet à la minute, savez-vous ! Et puis, qui sait, il y a eu un film noir et blanc sur ce « Grillon du foyer « , deux peut-être même !
7-
L’ audacieux jeune avocat providentiel des felquistes, Robert Lemieux, exilé à Sept-Îles, surgit soudain, vrai « Jumping Jack » ! Le voilà tout révulsé, chaviré, bouleversé, par l’incarcération , « incommunicado », d’un motard criminalisé, soupçonné de 13 meurtres « commandés », plus ceux de deux conducteurs de fourgon de police, Maurice « Mom » Boucher. Un cousin lointain d’Aile, je la taquine là-dessus !) Une poursuite de 30 millions de $, eh b’en ! Contre qui ? Contre Bouchard, Landry, Ménard et… le Gouvernement ‹nous tous, notre argent public. Ces millions, en cas de victoire, seront versés aux « Droits de l’homme ». Lemieux parle de « conspiration ». Ouow ! Aux caméras accourus il dit: « Monsieur « Mom » B. est un Québécois, ça pourrait arriver à un autre Québécois. » C’est la rhétorique démago de Trudeau en octobre ’70: « Un gérant de caisse pop, un enfant, vous. M. Boucher, alias Mom, transformé en citoyen ordinaire, un bon yable comme vous et moi, faut le dire, faut le faire. Maître Lemieux était-il tanné de l’obscurité, de l’anonymat, nostalgique des chiards médiatiques de 1970 ?
8-
Me suis acheté une radio portable pour ma petite salle des machines. Plain de cassettes sur ma commode. Quelques classiques, quelques opéras ‹le Verdi de nos Italiens de ma ruelle ‹ beaucoup de Leclerc, Léveillée, mon cher Brel, Ferré, Montand. Le ciel toujours en lutte auguste, lente, entre le bleu et le gris noiraud ! Je vais tenter de comprendre ‹puis de vous en parler‹ « L’illusion économique » de Emmanuel Todd (Folio). Je veux pas mourir idiot. Combattre mon handicap, le monde économique toujours incompris. D’abord aller marcher sous ce soleil embarrassé. Aile cherche un grand chaudron…pour son « six pâtes » du Jour de l’an. Elle doit quêter partout chez nos voisines. Et ce soir, à 17h que trouverais-je chez les écoliers de l’institut hôtelier des Laurentides ? Surprise ! J’écoute les chansons du « Nelligan » de Tremblay-Gagnon. Renée Claude renversante :  » J’ai cru l’aimer et j’ai cru l’être… » Sa voix claire. C’est beau !

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