Le mercredi 26 décembre 2001

Le mercredi 26 décembre 2001
Conte de Noël 1-
Tant pis pour mon Daniel, je redeviens bavard.
Ce matin, étrange spectacle dehors, ici. Rare. Soleil éclatant, invisible à notre table du p’tit déj. (allô Paris !) Tout brille en ce lendemain de Noël, blanc éclatant partout au sol mais et un ciel presque noir ! Nuit là-haut en plein jour !Effet magnifique ! Ce ciel de vendredi Saint (dire d’enfance !) à trois heures et la terre (le lac) lumineuse pourtant !
Hier soir, à Saint-François au bord de la Mille-Îles, bonne bouffe traditionnelle de F. Avec canneberges véritables, mon délice, pas de cette gelée industrielle ! Le Jacques, frère cadet d’Aile me montre, de collection, un bloc d’ambre. Résine pétrifiée que j’aime tant. J’en cache ma pauvre petite bague achetée à Porto-Plata l’hiver dernier. On y voit des moustique dans sa plaque, morts il y a un million d’années ? Il a reçu un album de photos, affiches, archives, manuscrits de chansons, magnifique album, sur son adoré Georges Brassens. Il compte les jours avant sa retraite de prof (chimie, physique) au secondaire à Terrebonne. Il s’exclame :  » je ferai mentir tous ceux qui s’inquiètent avec des  » que feras-tu ? « . L’épouse semble se sortir d’un cancer, bénin mais qui fut inquiétant.
2-
Chez  » frère Jacques « , chaude vieille (125 ans !) maison de campagne où habitait le Jolicoeur des buanderies de jadis. Pierre, l’autre frère d’Aile, reprend sa litanie contre les bureaucrates du ministre Legault, son grand boss; Pierre est maintenant directeur des études au Cégep Saint-Laurent ! Il se plaint :  » Formulaires boulimiques, paperasses de surveillance tatillonnes, ordres contradictoires. « ,
Son fils, Claude, nous parle de son expérience au Kosovo, il y a un an ou deux. Visite effrayante. Quand je lui parle de la terrible série télévisée  » Warriors « , il dit :  » C’est fini maintenant l’impuissance de nos soldats. Ils ont changé la règle. S’il y a barrage, un coup de fusil dans un jambe comme avertissement , si résistance, une deuxième balle et c’est la mort !  » Il dit cela calmement !
La jolie Sophie, étudiante-raccrocheuse, fille de nos hôtes dira très calmement :  » Nous avons rompu récemment mon chum pis moi.  » Deux jeunes personnes, Claude et elle, en célibataires ! Les autres enfants ne sont pas de la fête. Appel téléphonique soudain, c’est le Pierre-Luc de Colette et Pierre. Pour deux mille  » tomates « , il se fait dorer la couenne au bord de la Caraïbe ! Il tonne heureux :  » Oh, la beauté du site, soleil luisant, plage de sable blanc, eau turquoise, bouffe extraordinaire  » Le petit salaud ! Raymonde et moi ‹ » famille je vous aime « ‹ refusons volontairement ce genre d’exil. Un  » Sept-Jours, magazine  » people « , traîne : Serge Turgeon y déclare qu’il veut amener au théâtre d’avant-garde son  » Rideau Vert  » et annonce du même souffle  » Au c’ur de la rose  » de Pierre Perrault (notre Lorca) bientôt à son affiche. Eh ! L’ex-directeur de l’Union des artistes,  » commentateur de presse  » longtemps à TVA le matin (il se levait aux aurores !) se sort tant bien que mal de 2000, d’une  » guigne  » horrible. Diabétique, le c’ur a flanché, opération, puis les jambes opération, puis les yeux (presque aveugle !), opération, puis un anévrisme, il a failli demeurer  » légume « . Oui, la guigne !
3-
Article  » post 11 septembre  » dans  » l’Actualité « , opinons de  » penseurs « , spécifie la revue. Ce mot me fait toujours sourire. Qui n’est pas un penseur ? Ubald Proulx, mon  » habitant  » de Saint-Joseph du Lac, emblématique et utilisé souvent dans mes proses, était un penseur autodidacte redoutable.
4-
Le magazine  » L’Actualité  » parle des Cris ( neuf tribus à faire s’accorder !) au bord d’une entente finale avec Québec. J’ai visité, avec l’équipe de CJMS, Chisasibi en 1993. Vision dantesque ! Des maisons modernes, préfabriquées, pour les Cris  » déménagés de force  » en vue des grands barrages. Magasin général en foutoir. Des tentes dans chaque cour en souvenir des temps anciens. Pour trois milliards cinq cent millions de notre argent public : la paix, la fin des diffamations des Cris, le partage promis de profits (mines, forêts, hydroélectricité), le signataire cri, Ted Moses, aura à combattre l;es nostalgiques en faveur de cette entente globale. Bonne chance ! Le sociologue Simard dit qu’ il peut être tragique de perdre ses vieux ennemis, parfois et devenir autonomes peut être terrifiant  » Oh, cette vérité affreuse !
5-
Lundi soir, avons observé le vieux pape polonais à sa messe de  » ménuit  » à Rome. Va-t-il mourir bientôt rêvent les adversaires de son conservatisme sur tant de points ? Il n’en a plus pour longtemps, il est clair que les cathos devront guetter las  » tite  » fumée vaticane sous peu et espérer voir notre ClaudeTurcotte devenir le premier pape canadien français. Quoi, quoi, le Québec n’était-il pas, il y a peu,  » L’Himalaya du catholicisme « , paroles du célèbre Paul Claudel ?
La famille de ma fille Éliane, devenue des  » protestants  » vers 1980, ‹au grand  » dam  » de mon père ultramontain‹ est allé avec la famille de mon fils Daniel , des non-pratiquants, à la messe de  » ménuit  » boulevard Gouin, pas loin de leurs demeures, à la vénérable église de la Visitation, classée  » monument national « .
Aile dit :  » C’ est ça, notre religion maintenant, l’église au baptême, à Noël chaque année et à la mort ! « . Eh oui ! Rituels nostalgiques. Les enfants, au réveillon, très heureux des cadeaux reçus paraît-il. Avec jeux électroniques du dernier cri. Fini le beau petit traîneau rouge, les patins C’est un fauteuil et un écran désormais ! Promesse de dos courbés et souffrants pour plus tard ? Je le crains.
6-
Toujours étonné de cet amour du cosmopolitisme : une vieille juive de Provence, enfant internée en Allemagne nazie durant la guerre, parle à la télé :  » Sortie de cet enfer, je m’installai à Paris. J’adore l’anonymat des grandes villes.  » (!) Pourquoi donc cet amour de l’anonymat chez tant de monde. A-sociabilité ? Elle ajoutera :  » J’aime tellement rencontrer, dans les rues de Paris, des Chinois, des Arabes, des Juifs, des Arméniens, des Japonais Etc.  » Non mais…Curieux ! Des rencontres anonymes, artificielles ? Tant des nôtres, ici, parlent ainsi. Moi aussi, je l’ avoue, j’aime bien croiser des gens d’ailleurs, émigrés qui, souvent, vivotent, en arrachent,  » en bavent  » littéralement souvent.
D’où nous vient cet amour niais, imbécile, stérile, infructueux, si superficiel ? Peur cde quoi au fond ? De nous retrouver ensemble, entre nous ? Mépris de nous-mêmes ? Méfiance des nôtres ?
Sentiment de voyager, d’être des  » touristes chez soi  » sans avoir à partir, à aller reconnaître  » les autres « , nos frères humains, chez eux, avec périls, menaces, une fragilité inavouable face aux us et coutumes, cultures des autres  » les découvrant chez eux  » ?
Faut voir les voyageurs, serrant leur chère sacoche à  » chèques de voyageur  » sur leur poitrine, guettant leurs appareils photos de prix, quand ils y vont voir les  » autres  » dans tant de pays.
Cette philo-cosmopolitisme, une sécurité parmi  » nos pauvres  » ? Sommes-nous tous de sales « dames patronnesses  » confortables ? Je cherche une réponse.
Oh la déception en visionnant  » MOULIN ROUGE « , la veille de Noël ! Certes on s’attendait à un  » musical  » sauce USA. Un Montmartre de carton-pâte. Mais non, on a eu droit à une sirupeuse histoire d’un romantisme  » cucul la praline « . Un Toulouse-Lautrec inexistant, hélas. Plein d’emprunts divers dont à  » La Traviata  » : tousse, tousse, sang aux lèvres et meurt en chantant la belle courtisane, Satine son nom, et pleure en chantant l’amoureux transi qui décide, oh !, d’écrire un roman de sa mésaventure au  » Moulin Rouge « . Fin. Ouengne ! Je le recommanderai à personne.
7-
Bizarre, avant Noël, envie de relire la vie étrange de cette fameuse stigmatisée, voyante et mystique,  » Marthe Robin  » (c’est le titre du livre ) par le philosophe et psychanalyste catholique, Guiton. Influence persistante de mon père, grand amateur de faits paranormaux chez nos saints, les seuls qui le captivaient à fond. Cette re-lecture diffère de la précédente. J’ai noté partout mes réticences. Je suis un terrible barbouilleur de livres. Évidemment je reste tout médusé par cette Marthe Robin qui ne mangeait pas, jamais, rien, à part une hostie tous les jeudis, et cela durant des décennies. Elle est morte, vieille, dans sa chambre noire ‹elle supportait pas la moindre lumière, en 1980. Marthe Robin années ne dormait pas, elle était paralysée dans son lit et recevait des gens du peuple et des  » importants « , cardinaux, évèques, philosophes, athées et savant farouches, des chercheurs de secrets métaphysiques, etc. Guiton fait son apologie, c’est certain mais se pose des questions très scientifiques et n’arrive pas à se consoler que des savants aient négligé d’étudier sa chère Marthe, point sur lequel je tombe d’accord.
J’ai toujours aimé lire de ces cas extravagants, religieux ou pas. Oui, influence du père quand ce dernier, tout excité par les phénomènes irrationnels, raconte à un enfant, moi, les mystères du Curé d’Ars, des Catherine Emmerich et Neumann, deux stigmatisées allemandes des années 1800, de ce Padre Pio, capable de bilocation, et quoi encore au domaine des mystiques ?
8-
Il y aurait EDWIG maintenant ? Pas l’héroïne du film dont j’ai parlé, non, c’est cette  » chouette des neiges  » dans les Harry Potter. Une nouvelle vogue, publie-t-on. Ce hibou (?) blanc si mignon est le symbole, côté  » blason ornithologique « , pour le Québec, l’Harfang des neiges, si impressionnant. Edwig ? Des enfants maintenant veulent un Edwig dans les pet-shops comme on veut un serin, un perroquet. Embarras chez les animaliers de Londres et d’ailleurs !
9-
Avis important !
Pour ceux qui m’apprécient.
À la cinémathèque de la rue Maisonneuve, angle Henri-Julien, deux dates à retenir : le jeudi soir qui vient, 7 janvier à 19h.
À l’affiche de la cinémathèque : Mon  » Blues pour un homme averti « . Paul Blouin en a fait une dramatique étonnante avec un Jacques Godin jeune (1964) dans une forme rare.
Un  » bomme « , tueur pédophile, mythomane, s’imagine un père  » manquant « .
Et, un mois plus tard, soit le mardi soir le 12 février, à 19 h. Mon  » Tuez le veau gras  » avec Benoît Girard, jeune (1965), dirigé par Louis-Georges Carrier.
Un  » retour de Paris, diplômé  » en sociologue syndicaliste, trahira les siens et se vendra aux crapules de sa petite ville.
Dans ces deux téléthéâtres ‹ouvrages collectifs dont je suis très fier‹ on verra, tiens, deux avatars de mon cher Ubald Proulx. L’un (dans  » Blues  » ) incarné par Paul Hébert,  » robineux sage, l’autre (dans  » Tuez « ) par Georges Groulx, conseiller déchu et renié.
J’y serai évidemment. On pourra me questionner après le visionnement si on veut.
À part la précieuse cinémathèque (dont je suis membre) on habite pas tous la région métropolitaine j’ai hâte qu’un jour le canal ARTTV programme ces deux dramatiques de télé Mais quand ?

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