Le dimanche 30 décembre 2001

Le dimanche 30 décembre 2001
1- Ce matin, même éclairage solaire, exactement, qu’hier
samedi. Le soleil est quelque part enfoui sous ce firmament blanchâtre. Mais où ? Sortira-t-il à un moment donné c’est toujours, gens des  » nords « , ce que nos espérons. En fouillant le ciel, on peut apercevoir quelques traces de bleu, fugitives, intimidées par tout ce lait répandu là-haut.
Hier soir, nous rendant chez les Sabourin de la rue Clark, je montre bien à Aile l’édifice vieillot de briques rouges, le 41 Avenue des Pins, où l’on étudiait ‹fin des années ’40 ‹la poterie de fond en comble si j’ose dire, avec cours de chimie élaborés sous madame Normandeau, une Française, diplômée de la célèbre école de céramique de Sèvres, toujours vêtue de son sarrau blanc immaculé. Je revois la porte de garage par où nous  » palentions  » nos poches d’argile. Tant d’années passées là, de 17 à 20 ans, un temps merveilleux. Nous avions, pas loin, rue Saint-Laurent, des charcuteries européennes, voisins, des cafés d’étudiant, l’Échouerie, la Petite Europe. Grands efflanqués, ados, ce fut la découverte de mets exotiques, de cafés rares, de vin rouge en carafon ‹une nouveauté ‹ bien meilleur que celui que mon père achetait pour le temps des Fêtes à  » la commission des liqueurs « , venu de l’Ontario en grosse fioles à bouchon vissé.
Nos finissons par trouver du stationnement libre face au dôme ‹éclairé joliment ‹ de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, rue Sainte-Famille. Rue où habitait  » le peintre à bicyclette « , Marc-Aurèle Fortin, nouveau marié à 50 ans, avant lui, Laliberté, Morrice, Mulshtock qui vient de mourir, le modeleur célèbre,
Laliberté d’autres. C’était proche de l’école des beaux-arts quoi. Plus tard, Borduas, divorcé, ‹et sa bande ‹ habita aussi ce quartier. Nous marchons dans un soir féerique vers le vieux logis rénové. de Sabourin.
Ce J.-P. S. est devenu un fameux  » mitonneur  » de bons plats. Potage savoureux, canard et boeuf s’emmêlèrent, vin rouge.
Deux desserts six bavards en ont bavardé un coup. Quatre heures à table. Le Cuiéllerier (!) et sa Carole sont d’intéressantes belettes. Je sais jamais comment écrire son nom, disons  » Spooner  » pour les intimes, son surnom du temps de la télé. C’était de lui dont parlait le romancier Raymond Plante dans  » La Presse « . Plante avouait son bonheur, son goût pour les jeux de société avec feu Robert Gravel.  » Spooner  » nous a donné des détails là-dessus. On a fait la connaissance d’un prof de droit  » emeritus « , sympa, et de sa compagne, Anne ‹Anne-que-vois-tu-venir ?  » ‹ fille de député. À Rimouski, exilée à Ottawa donc, pensionnaire des bonnes nonnes et heureuse du fait (il y en a!) qui est diplômée sorbonnarde de Paris. Et qui, cher Plamondon-Dubois, aurait voulu être une artiste! Mais lui, le Poupart, compagnon placide qui n’a rien d’un Barbe Bleue.
Discussion sur théâtre, sur l’éducation de nos jours, sur cinéma, sur nos jeunesses en vieux cours classiques. Des critiques féroces et de l ‘humour féroce. On a ri beaucoup. Aux cafés, notre hôte m’a fait plaisir en proposant que, toute la bande, nous produisions cet été, un ruban vidéo dramatique. En effet, on s’amuserait. Une dramatique pour nos voir jouer ensemble. Sa compagne , Diane, une enseignante de Saint-Jérôme, a fait du théâtre, Spooner aussi, Anne aussi, moi itou (La Roulotte) et Raymonde ‹pardon ‹ Aile a étudié chez Dame Sita Ridez un temps. On utiliserait l’avocat Poupart comme producteur et  » consilior  » (comme pour la mafia quoi! ), utile quand notre film exotique et  » unique  » serait acclamé et réclamé par tous les réseaux de télé du territoire! Ce qui ne fait aucun doute. Bref, oui, déjà, je me prépare à rédiger, pour Jean-Guy, une petite série de synopsis. Il sera notre répétiteur-metteur en scène ‹Aile sera à la mise en images. Sabourin lui a juré qu’il pouvait emprunter une caméra moderne à l’UQAM où il enseigna longtemps. Pas fou, l’auteur hum se réserve le rôle le plus sympa!
2-
D’abord une correction, non, deux : A- Le titre du divertissant  » chiard  » USA, ‹cambriolage de casinos de Las Vegas ‹ est  » L’inconnu de L. V.  » et non  » L’étranger  » comme je l’ai écrit.
B- Et c’est Marie Brassard, non Brossard, qui fit avec un talent époustouflant, à l’usine C, sa curieuse démonstration d’un transsexuel tordu. Le titre de ce monologue intrigant :  » Jimmy, créature de rêve.  » De cauchemar, oui!
Bon.
Avez-vous remarqué ? À RDI, aux nouvelles, la belle Miss Bourgie, compétente, a des yeux de panique, un regard  » tout à trac  » pour nous faire la lecture ‹sur « prompteur  » ‹ des nouvelles. Elle fait peur! On dirait sans cesse qu’elle nous cache une catastrophe : l’annonce de la fin du monde ? En week-end, à la SRC, on a droit à une jolie Haïtienne du Québec, Michaële Jean, compétente aussi, qui parle avec un très fort accent parisien! Plus pointu encore que celui des parisiens actuels. Faut le faire! On se croirait sur un canal de l’hexagone! C’est dépaysant quoi, bien exotique!
Ces nouvelles : Buffalo, de la neige en folie! Sydney (Australie), des incendies en folie! Buenos Aires, des meutes en folie! Pérou, des inondations en folie! New-York, Toronto et al, beaucoup de (SDF) sans-abri, 13 personnes sur cent! Des enfants là-dedans.
Ici ? Rien 1 Rien de grave, touchons quoi, du bois vraiment ?
Pause :  » On va marcher Cloclo ?  » C’est Aile qui m’appelle.
3-
Je rentre tout juste de notre promenade de santé. Le tour du Lac Rond : via la rue Morin, le Chemin du Paysan, le bas des cotes de ski, l’escalier vers l’hôtel, la rue vers la  » mitaine  » protestante ‹qui abrita les noces de Michèle Richard et René Simard jadis ‹ la rive du lac, sentier du parc municipal en face des restaus, et  » at home « . À peine une heure.
Beaucoup de très jeunes skieurs,  » planchistes  » donc, les canons à neige vrombissent dans l’air, les télésièges sont pleins. Couleurs saturées partout, les costumes d’aujourd’hui. Visuellement très stimulant sur tout ce fond blanc!
Des Japonais en masse, des Latinos, beaucoup de plaques de l’Ontario, pas mal de l’État de New-York. Ça y est, c’est parti pur jusqu’à la fin de mars. Pas nombreux les promeneurs, jamais. Tant pis pour les casaniers devant la télé. Vont tous mourir avant nous!
4-
Abonnez-vous, patriotes québécois, à  » L’Action nationale « . Instructif en diable. Deux articles de fond ce mois-ci : A)- l’un apostrophe vertement ‹par un  » retour de France « . Là-bas, c’est pire que pire, le chic c’est d’adopter la langue de Bush! Une sorte de colonialisme volontaire ridicule. Les Français toujours tiraillés ‹très paradoxalement ‹ entre l’animosité envers les USA et une niaise fascination bien conne! L’auteur les conspue, véhément, il les ridiculisent avec raison.
B)- Un autre article, fort bien documenté, raconte la francophobie des catholiques absolument ‹de langue anglaise ‹ dans Pontiac et alentours, en Ontario. Cela dure encore débutait, 1841, dès l’Union imposée du Québec avec l’Ontario. Une histoire vraiment écoeurante : des  » MonSeigneurs  » (Bourne, Ryan et ce salaud de Smith) en collusion avec les envoyés du Vatican (ces nonces!) pour sans cesse diluer, assimiler carrément les francophones catholiques. Même s’ils étaient majoritaires dans toutes ces paroisses. Dégoûtant. Dégueulasse.
Au début, l’idée de ce  » Vatican impérial ) c’était qu’il fallait renforcer de toute urgence le catholicisme en Canada, en Amérique du nord, à n’importe quel prix. Même au prix de tuer la langue, la culture des nôtres, pionniers ou émigrés, Tous tenus pour des demeurés et des insignifiants aux yeux de ces zélotes racistes. Un petit curé, Archambault, a lutté, protesté, même chez un éminent cardinal, Léger. Il n’a pas bougé, bien soumis à ces  » nonces-du-diable « .  » L’Action nationale « , ainsi, très souvent, fait cet ouvrage de renseignements  » scandalisants « .
5-
Vendredi soir, sortant du joli Café de la Gare, le long de la piste du  » P’tit train du nord « , à Mont-Roland, la douceur. Une neige délicate tombait tout doucement sous la lumière des réverbères.
Silence, paix. Quelques skieurs de nuit entrent et sortent de la gare-bistrot. Jean-Paul J., mon aîné, nous parle de ses voyages en train, tout jeune, partant de la gare Jean-Talon ou de Bordeaux à Montréal. Il raconte  » le plaisir  » de voyager en  » train de ski  » en 1939, la joie de ces expéditions. Soudain, deux flics surgissent, ils vont vite à un cabanon-toilettes-publiques, en face. Des jeunes s’y trouvaient. Lampe de poche. Altercation. Petit remue-ménage. Nous nous questionnons. Pour fumer du hasch ? Pour comploter ? Des filles ? Pour, simplement, se réfugier loin des parents? On nous expliquera :de jeunes graffiteurs récidivistes! Les policiers relèvent les adresses etc. Ils devront payer pour la peinture, ces vandales de 14 ans!
6-
Pierre Foglia, samedi matin, méchant, vainement, à propos du grand succès du dernier roman de Marie Laberge. Ma totale surprise car d’habitude il ne fouine pas mesquinement :  » Marie Laberge un fossile, une tarte, manière périmée, une dinosaure-à-plume!  » L’assommoir en l’air!
Envoyielle donc chose !
Or, rédiger de cette sorte de  » romance « , de saga, demande du talent solide. Que les envieux s’y essaient! Je n’en ferai jamais, je n’aime pas le format mais je respecte aussi l’immense public qui estime ce genre. À la fin de sa descente carabinée de Laberge,  » Fol-glia « , ou  » Fou-glia « , ce samedi matin, avance que les  » grands écrivains  » sont tous des  » sales cons  » et des monstres! Dans son sac, il jette Tolstoï, Proust, Malraux, et Mordecaï Richler et Victor Hugo. Des sales cons et des monstres ? Dans leur vie privée veut-il dire ?
Tudieu, par-le-sang-bleu!
Pirouette ? Humble, il se décrit : il aime ses enfants, sa blonde, porte du linge propre, mange aux bonnes heures donc qu’il ne sera jamais un grand rédacteur! Il déclare du même souffle qu’il n’est  » qu’un chroniqueur de journal  » ‹je le tiens pour un bon écrivain du populo ‹ parce qu’il  » est gentil et tout plein mignon!  » Alors là
J’écoute, en  » nettoyant mes journées « , des  » concertos célèbres  » de Mozart par la Philarmonic Orchestra. Musique vive, légère, sautillante par endroits, qui ne nuit pas à ma concentration quand je dois rapailler, ici, mes éphémérides. Quand Aile va aux courses l’après-mdi, elle revient souvent avec un film en cassette.
J’ai hâte toujours de voir sa trouvaille. Souvent bonne. Comme un cadeau, une surprise, pour le grands slaque qui, lui, tape au clavier. Parlant surprises : j’ai enveloppé plus tôt, onze petits  » riens  » pour un tirage de cadeaux quand les miens bien aimés ‹oh! je ne serai donc jamais un grand! ‹ s’amèneront, ici, pour fêter le premier jour de l’an nouveau. Ma hâte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *