Le dimanche 3 février2002

Le dimanche 3 février2002
1-
Souvent, mon J.N. rédigé, c’est l’heure de la soupe. Ce sera aussi le temps de nous parler, Aile et moi, achevant le demi-litre de rouge rituel. Hier, samedi, la conversation bifurque sur les grands parents paternels d’Aile. Ah oui, nous avions jasé sur Centre d’accueil et la man malmenée dans ces mouroirs où les soins à fournir sont négligés, amoindris, réduits pour cause de budget, les moyens offerts étant ce qu’ils sont : minimes. Dure et longue épreuve pour Aile que ce long séjour (1980-1990)de notre Yvonne…Belle-maman (!) fut longtemps ma copiste dévouée (1970 à 1980) et j’ai souffert autant qu’Aile en assistant à sa fin si triste.
Jadis, les vieux restaient souvent chez leurs enfants. Jusqu’à la mort. Embarras divers certes pour ces enfants en parents déjà vieillis eux-mêmes…devoir veiller ainsi sur les parents diminués et en fin d’existence.
Longtemps, du vivant de ma première femme, nous avons gardé sa mère vieillissante. Pas vraiment un embarras, elle avait ses quartiers dans un entresol confortable, au Vieux-Bordeaux. Ensuite, malade plus sérieusement, il avait fallu la faire hospitaliser rue Bois-de-Blologne chez des religieuses hospitalières.
Désormais, les « vieux » finissent loin des êtres chers. Fatalité, loi inévitable en ces temps des « deux » qui travaillent à l’extérieur. Solitude affreuse. Alors… ? ah oui, Aile me parlait de ses « vieux » à Lotbinière d’où venait son père. Son grand père, mort chez sa fille, la tante Marthe, à Québec, était un être mutique. Et analphabète comme tant d’hommes de sa génération. « Un pensionnaire encombrant et triste au fond ». Elle poursuit :« Ma grand mère écrivait si bien. J’ai encore de ses lettres. Comme elle devait être frustrée de vivre auprès de cet homme muet et sans instruction. » Vérité fréquente. Des filles bien mieux instruites que les gars de ce temps (années 1900) qui contractaient mariage…Comme obligatoirement. Lui, ce grand-papa Calixte, était pilote sur le Saint-Laurent. Souvent absent donc . Nous étions allés en pèlerinage à Lotbinière. Nous rôdions au pays des B. La maison à colonnes de bois, la longue galerie, y était toujours dans ce joli village des bords du Saint-Laurent. Une vieille femme passe et je la questionne : « Auriez-vous connu, par hasard, Calixte B. ? » Et l’aïeule ausitôt : « Comment donc, et comment si je l’ai connu, le Câlisse ! Il était si bel homme. Oh la la ! Les filles en rêvaient, toutes. » Je dis alors à Aile : « Tu vois, ta grand mère qui écrivait si bien…eh bien, elle a sombré dans les affres de la séduction du beau marin, le Calixte ! » Ah, la beauté…
Deux mots nos amusent : d’abord la « jarnigoine ». La grand-mère en avait. Cela voulait dire « du bon jugement ». Aussi, la « margoulette ». Les femmes de cette époque se faisaient aller davantage la margoulette que les homes. Probable ! Deux mots : je les aime tant.
Notre jasette s’allongeait avec «des «Mon Dieu, que la vie devait être rofffe « Aile me parle alors de son papa mort jeune, à 64 ans, seul à l’Hôpital de la Merci, boulevard Gouin. Cancer de la gorge. « Je l’ai négligé, je ne pensais qu’à moi. Je le regette tant, Claude ! »Voilà que ma tendre compagne pleure. Mon malaise chaque fois.
Et puis, j’ ai mal aussi. Avoir négligé d’amener ici, au lac, ma vieille mère et mon vieux papa. Négligence sotte. Égocentrisme. J’en ai mal au cœur. À mon tour, je me fais des reproches…de ma dureté. Aile aussi a mal…pour ce père si vite en allé, si seul. Pour sa mère aussi, disparue à jamais, qui aimait tant venir séjourner ici. Séance d’attendrissement et de culpabilité. Les jeunes ignorent, pris comme nous par seulement leur vie à eux, ce qu’ils vont ressentir un jour sur ce chapitre, les atroces regrets qu’ils éprouveront…trop tard !. Quand Aile pleure, je ne sais plus où me mettre.
Soudain, encore ce : « T’es pas obligé, t’as pas besoin de mettre ça dans ton journal, tu sais. » Encore ma surprise !
2-
Un dimanche sombre. Ce matin en allant à J et C un petit soleil de pacotille, un petit disque d’argent mat ridicule qui me fait un signal : « Je suis là, je suis là, mais j’arrive pas à défoncer cet amas de blancheur opaque. » Pauvre lui ! Petit disque loufoque empêtré dans le froid hivernal. Que février se sauve vite, que mars, plus clément vienne au plus tôt. Chaque fois qu’on marcher, c’est un effort…Mais oui ! J’entends Aile : « on sort pas. Il fait trop froid. On reste en dedans » J’approuve. La santé ? Danger ! On le sait.
Enfin vu à Historia hier soir : « Le dernier empereur » du cinéaste Bertolucci. Grosse réputations jadis. En effet, nous découvrons un fameux de bon film. L’histoire (1905) de ce petit enfant sacré, à trois ans (!), « Empereur de Chine ». Qui devra vivre enfermé, interné avec serviteurs, miliciens dressés par le Grand Chambellan fourbe, avec domestiques empanachés, dans la superbe « Cité interdite » de Pékin. Empereur « ado » révolté, empêtré, écœuré et qui devra fuir en exil. Qui finira en s’alliant aux méchants Japonais (1930) envahisseurs de toute l’Asie pour avoir tant voulu redevenir Empereur en Mandchourie.
Ce sera 1945, la bombe atomique. Tchang Kai hek allié à Mao pour un temps. Les Russes alliés aux « marcheurs » de Mao qui s’empare de lui. Fin de son rêve. Long séjour en camp de ré-éducation communiste. À la fin, libéré après vingt ans (1967, la Révolution culturelle ignoble) il ira visiter, pauvre gueux, hère démuni, son ancien palais, sa magnifique « prison » doré, le palais de sa jeunesse quoi. …La foule des touristes qui s’amènera avec « guide à suivre »… Ah oui, un excellent récit filmique.
À T.Q. on offrait à la même heure, sans les marchands criards des pubs assommantes, les deux longs films de Berri adaptant des écrits de mon cher Marcel Pagnol avec feu Yves Montand. Films vus il y a pas très longtemps.
« Le dernier empereur » m’a fait me souvenir de mon oncle missionnaire en Mandchourie justement. Je découvre, tard, que ces curés catholiques étaient sans doute tolérés et même encouragés. Des « collabos » des sales Nippons fascistes ? Après tout avec leurs cliniques, écoles, etc., ils faisaient un boulot qui aidait —objectivement— l’occupant japonais. Ça de moins au budget des envahisseurs ! Mais, à la fin, mon oncle Ernest se retrouva dans un affreux camp de concentration de Davao aux Philippines. Il deviendra un maigre « sac d’os », se privant pour aider les à survivre les autres prisonniers du camp. Découverte une fois de plus que pendant que mon oncle nous écrivait de longues lettres sur les malheurs terribles de ses ouailles chinoises, il y avait cette classe de protégés. Élite des nantis, vus dans le film de Bercolucci, cette cour dérisoire, tout ce luxe pour une infime partie du peuple chinois. Je me suis surpris à dire, durant le visionnement, à Aile : « Mao a bien fait d’écraser à jamais cette race de monde, cette infime frange de profiteurs. Bravo ! » Je voulais oublier les malheurs nouveaux, ce Mao dictateur, ploutocrate divinisé, ses folies de mégalo pédophile, ses vices, sa bureaucratie infâme qui, elle aussi, gens d’un nouveau palais à hiérarchie immonde pendant que les foules trimaient dans la misère noire… Oui, mais oui, avant comme après Mao le « timonier » de mes deux… c’était « le peuple on s’en sacre ! »
3-
Après le faste autour de ce jeune du « denier empereur », on va aux actualités françaises, TV-5, qu’est-ce qu’on voit ? Ce même damné cirque de la jet set. Ce carnaval écœurant en 2002 ! Mariage royal, hier, en Hollande avec pleins de foutus porte-médailles enrubannés. Ouash ! Quand finira-t-on en Europe de nettoyer ces vestiges monarchistes d’une vacuité ignoble ? Cette lie de la terre, ce gaspillage d’argent public qui se continue dans des pays européens pourtant démocratiues ! J’enrage de voir se perpétuer ces fainéants de « sang bleu ». Au plus tôt, le feu…le feu là-dedans !
Une fois de plus, je lis ce matin un Stanley Péan piquer vicieusement Denise Bombardier. De l’acharnement ma foi du bon yeu ! Il lui reproche maintenant sa série de télé aux confidences portant, souvent mesurés, à propos des amours, des anciennes liaisons amoureuses des célébrités d’ici. D’où peut venir cette haine chez tant de chroniqueurs face à Denise B. Mystère ! On engraisse ainsi une mode niaise : cette femme délurée au verbe tranchant, il faut lui rabattre le caquet ! Pourquoi ? Il y a pire comme questionneuse de télé, non ? Oui, un mystère ! Mais quand mon Péan s’attaque à ce Fisher et ses livres de « cours de rédaction », ses bons conseils aux aspirants-auteurs, alors là, j’applaudis à fond. Arnaque vaine !
Mes cahiers « livres » au Devoir comme à la Presse sont encore ornés d’hommages aux… autres ! Juif, Espagnol, Grec…Mode du cosmopolitisme et de l’internationalisme, ces dirigeants en médias-livres sont victimes du « racisme inverti »; le racisme inverti fait mépriser les littérateurs québécois. Oui l’envers du racisme ordinaire : on ne dit plus « les étrangers sont méchants et pas bons » , on dit « les nôtres aucun intérêt, pas de talent au Québec » ! Inversion néfaste !Une misère de samedi en samedi, de dimanche en dimanche.
J’ ai acheté Le Figaro ce matin. Tout le numéro en hommage à (200 ans) Victor Hugo. Anniversaire, ici, montré en images nombreuses et où je vois les beaux dessins, les aquarelles, les lavis d’encres (jaune, noire, violette) de Victor Hugo qui avait un talent fort pour peindre des images mystérieuses. Tachistes. Modernes. Et, pour mieux savoir qui fut ce Bourdieu, le sociologue décédé récemment, j’ai aussi acheté Le nouvel observateur. Aile s’en est emparé et je lui dit : « Oh, la gauchiste lit cela et moi, droitiste, je garde Le Figaro. » Elle rit .
Je veux m’acheter des encres de couleurs après avoir revu (nous avions vu, en 1980, un peu de son talent au Musée Hugo de la belle Place des Vosges à Paris) les belles illustrations de Totor Hugo. Aile me dit : « Essaie donc maintenant au lieu de faire tes taches et de former tes dessins par la suite, de faire le contraire : tu dessines d’abord et puis tu colores après ! »
Ma foi, bonne idée, je vais m’y mettre car mes barbouillages sur de vieux journaux…ben, j’en suis moins certain que jamais ! Cela a donné des « papiers » peinturlurés assez…moches, je crois.
Un mot pigé dans Le figaro du temps de Hugo : le « lécheculisme » ! Oh ! Je m’en servirai, promis.

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