Le dimanche 6 janvier 2002

Le dimanche 6 janvier 2002
1-
Ça part, ce matin, en un décor absolument cinétique. Revenant de j. et c. (pour journaux et cigarettes) au ciel, lutte, un combat. Un globe translucide, au dessus du clocher de l’église, qui semble filer à toute vitesse. Illusion bien entendu. De longues nuées grises filent vers l’est à vive allure en cachant à intervalles irréguliers. Beau spectacle donc : cette sphère si lumineuse, soleil hésitant , entravé, au firmament. Cela me met en joie. L’hiver, le soleil est bas et penche vers le sud. Il se couchera, si on le voit, presque au sud. Sacrée mappemonde hivernale ! Pourquoi la terre, ainsi, s’éloigne-t-elle chaque année, durant des mois, de l’Astre bien aimé ?
Ça y est, sommes allés voir ce fameux film d’un Pakistanais : « Kandahar ». Salle assez bondée en ce samedi soir, surprenante pour un film pas du tout « hollywoodien ». C’est un petit voyage, via un récit assez maigre. Un émigrante d’Afghanistan, vivant au Canada, est revenue chercher sa sœur suicidaire, prise à Kandahar, qui l’a appelée à son secours. Elle ne la retrouvera pas. Fin. Le film fait voir une population démunie, aux prises avec des embûches connues par la télé. Des mines qui explosent, des pirates du désert, des femmes-esclaves, des enfants enrégimentés par l’intégrisme. C’est pénible. C’est effrayant. Et, oui, oui, c’est de toute beauté !
Défilent sur fond de sablonneux toutes les scènes. Caravane de chameliers, fuyards vers l’Iran (ou le Pakistan), à la fin une procession pour des noces. Les couleurs sont envoûtantes et on se surprend à admirer (comme au musée !) le contraste entre ces beiges, ces grèges et ces bribes de populace appauvrie. Certaines séquences cognent : par exemple, le parachutage de jambes artificielles, la troupe des manchots, des unijambistes boitillants, courant vers ces jambes tombées des hélicoptère de la Croix Rouge ! Les jeunes écoliers sous un « mollah » sévère les abrutissant de sentences du Coran.
Étonnant morceau visuel : des visiteuses envoilées chez un faux-médecin, un réfugié revenu des USA qui tente de soulager leurs maux. Or, samedi, dans un recoin de « La presse », voilà que l’on nous informe que cet « acteur » est un terroriste, un assassin, qu’il est recherché par la CIA! Au cinéma, Aile et moi examinons la tronche de l’acteur-médecin : une bouille des plus sympathiques ! Une histoire à suivre. Le cinéaste, en somme , a « fabriqué » un docu-fiction. Comment être certain qu’il n’ y a pas eu arrangement , mise en scène ? Ces couleurs si jolies, etc. Quoi est authentique dans ce travail visuel ? Cette horde pour un mariage, ces paniers tressés surgissant au dessus des têtes, ces cruchons jaunes uniformes et quoi encore ? Eh oui : nous allions pleurer…nous sortons comme éblouis par le spectaculaire des formes colorées ! Maudit cinéma menteur peut-être ? Curieux amalgame de « beauté et misère » !
2-
Ai-je écrit comme il faut le nom de Frida ? C’est Khalo. Je poursuis la lecture de « sa vie », livre prêté par l’ami Cuillerier (« Spooner »). Ce Diego Rivera, séduit par cette jeune fille idéaliste et romantique, Frida, il va la fréquenter et puis l’épouser, en sort amoindri, que Le Clézio le veuille ou non. C’est un furieux « communiste », admirateur des Bolivar, Zapata et Cie, qui part volontiers (en Californie puis à New-York et à Détroit) travailler aux États-Unis. Il y est invité par des « big shots » qui admirent sa fougue de fresquiste, illustrateur anti-capitaliste ! Ce coco, rouge et blanc, bien Stalinien (il vilipenda les révoltés de Budapest, le salaud !) est d’un égotisme écœurant. Je poursuivrai tout de même, voulant mieux savoir de quel bête humaine s’entichait l’héroïne, peintre surréaliste, Frida Khalo.
Mon étonnement pour l’indigénisme du muraliste célèbre, l’admiration inconditionnelle des Indiens d’avant Colomb, une religion. Il prêchera à des artistes américains : « Soyez vraiment modernes. Oubliez les antiquités de l’Europe, gréco-romaines, nos sources d’inspiration doivent désormais se rattacher à notre monde antique à nous, celui des Aztèques, Mayas et Incas ! » Cette vénération bizarre fait voir de l’accaparement. Une sorte d’usurpation. Diego R. semble vouloir assimiler l’art « assassinés » par les Espagnols comme s »il était lui-même un Indien précolombien. Il semble ignorer qu’il y a eu à New-York, en 1913, la fameuse exposition « Armory Show » qui fit voir aux Américains du nord la révolution de la peinture de l’autre côté de l’Atlantique, qui était réelle, pas du tout gréco-romaine ou néo-folklorique.
Voilà que ce matin, « La presse », Marina Picasso, une grande bourgeoise névrosée, publie un livre pour accabler son riche papi mort , Pablo Picasso, de tous les maux. Je ne doute pas de l’égocentrisme du « maître », il n’en reste pas moins que de rendre Picasso responsable des suicides et autres dérives familiales semble bien fort de café. Comme pour Diego Rivera, le public apprend des atrocités sur les « cœurs secs » de ces grands artistes, —pas tous, pas le génial Renoir par exemple. Cela me laisse toujours songeur, ces célèbres dégueulasses qui ont produit de grandes œuvres mais qui furent des monstres d’égoïsme. Un mystère à mes yeux, de si féconds esprits créateurs et des endurcis notoires. Femmes séduites, engrossées, que l’on abandonne totalement, progéniture négligée complètement. Oui, un mystère, cette irresponsabilité d’adultes surdoués. Des êtres inhumains, des êtres capables de continuer à vivre, à produire, cela sans se soucier aucunement des abandonnés en cour de route. Je les admire mais ne les aime pas du tout. Amour et admiration : deux choses.
3-
Curieux : je vois et revois, à la télé, le président du Pakistan, et, cela me frappe chaque fois, c’est le sosie de Bernard Barrière, le papa de Marco, mon gendre. Celui-là qui voit à installer mes J.N. sur le site… qu’il a fondé. Ce Bernard est mort il y a peu de temps. J’ai fini par mieux le connaître en allant le visiter, avec Aile, à Saint-Peterbourg en Floride, il y passait ses hivers. Je découvris les « mobil hommes » et cela me servit pour mon roman « Pâques à Miami ». Il me raconta des bribes de sa jeunesse… assez dorée en comparaison de la mienne. Le père de Bernard —le grand-père de Marc—, un fidèle duplessiste (il fut député) était un de ces industriels —la chaîne de magasins de chaussures « Omer Barrière »—, homme rare dans le temps. Bernard —nous marchions un rivage du Golf du Mexique, jetant des pinottes aux goélands— me parlait du temps de sa jeunesse quand il pilotait son avion, de nuit, ébloui par les lumières des villes qu’il survolait ! Il était gravement malade déjà et je sentais qu’il faisait le bilan, plus ou moins secret, de son existence. La nostalgie comme consolation au bout du rouleau de vivre ? Je le crois.
4-
Ce matin deux articles de « La presse » (Péan et Apostolka) parlent d’un romancier, Gilles Dupuis qui publie « La chambre morte ». Il semble que l’auteur juge le manifeste des artistes « automatistes », « Le Refus global » comme une date importante dans le réveil national. C’est tout à fait faux, le pamphlet ne sera lu que par une infime minorité, tous marginaux. Hélas, il n’aura aucune influence sur la population québécoise de ce temps. C’est maintenant, rétroactivement, que l’on en a fait une sorte de date historique. Un mensonge donc ! Les gens de 1949 n’ont pas bougé un doigt quand Borduas fut congédié de son poste par le ministre Paul Sauvé. Dupuis invente et brode là-dessus. L’ignorance des nouvelles générations ?
Étonnant, ce matin, de lire (La presse) « le chemin de Damas » d’un initiateur en cybernétique, M. Fisher. Voilà que ce propagandiste allumé des ordinateurs revoit son cheminement et avoue qu’il préfère le bon vieux « livre en papier » au « power book ». Il admet que le livre va vivre longtemps encore et qu’il est plus utile et bien plus plaisant que l’écran. Il dit maintenant : « L’ordinateur, c’est bon pour la documentation des chercheurs pressés, pour les encyclopédies si lourdes et les dictionnaires, l’ordinateur. »
Eh b’en ! Ce retour en arrière d’un savant en la matière va faire plaisir à tous ceux qui enragent de la vogue actuelle, celle du « tout-à-l’ordinateur ». Aile, par exemple, est ravie de ce « Paul » converti, tombé de cheval à Damas-Montréal.
Mon ex-camarade chez « Parti-Pris », André Major tenait, —tient toujours ?— journal. Pigeant dans ses éphémérides de diariste, il a publié « Le sourire d’Anton » où, selon Martel, Major se soucie des « laisser-aller » contemporains en écriture et ailleurs. Sorti du « trafic », comme moi, faut-il toujours s’apitoyer sur la culture qui se forge désormais ? Pas mon genre. Je suis un indécrottable optimiste, moi. Aile, comme Major, est plutôt craintive —parfois carrément désespérée—face aux débordements divers.
5-
Merveilleux coup de fil, ce midi, d’un éditeur satisfait d’un manuscrit. Des Trois-Pistoles, Victor-Lévy Beaulieu, de bien bonne humeur, m’annonce qu’il est si content de mon « ÉCRIRE » qu’il veut le publier, dès avril, pour le « Salon du livre de Québec. » Je lui ai demandé un délai de quelques jours pour mieux peaufiner mon texte. Je dois aussi lui « courielliser », en plus du texte définitif, une page manuscrite et un dessin. « En couleurs, si tu veux », dit-il. Euh… Il y a que je sais pas comment faire ! Sinon, les J.N. seraient illustrées de photos ou autres documents visuels, l’on pense bien !
Il faudra maintenant que je fasse appel au fils, Daniel, pour qu’il m’enseigne la procédure.
« Tes quelques envolées lyriques, ici et là, au milieu de ton « Écrire » me plaisent énormément », m’a dit V.-L. B. Justement, je veux en ajouter une ou deux de ces …envolées ! Je m’y jette drette là !

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