Le mardi 8 janvier 2002

Le mardi 8 janvier 2002
1-
Installé devant le vieux modèle d’ordinateur, Chemin Bates, je veux continuer en « Journées nettes » craignant tout de même…des ratés. On verra. Suis allé d’abord à j.et c. au sous-sol du Manoir. Il y a là quelques boutiques de commodités pour les « pensionnaires » de l’énorme complexe. Un salon de coiffure où je vois toujours de très vieilles dames installées pour se faire, se refaire, une beauté…capillaire. Au de-là de « l’âge des frivolités »‘, constater chaque fois que j’y passe l’éternel souci du « bien paraître » qui accable la gent féminine. La pharmacienne vietnamienne est là, enfermée, sans lumière du jour, attendant sans cesse toute cette clientèle du vaste Manoir, où les petits et grands maux corporels doivent se multiplier. Coin infirmerie, désert le plus souvent. La garde… lit. Coin banquier…pour dépôts et calculs finaux des rentes (ces FEERS) et quoi encore ? Mon dépanneur, venu d’Afrique du nord visiblement ‹ô minorités visibles, on vous voit !‹ toujours affable semble étudier, amusé, le comportement vacillant de ses vieilles et vieux qui ramassent, très lentement, les denrées nécessaires pour…survivre.
Aile et moi, à l’occasion, faisons de vagues plans pour ce…quatrième âge… qui viendra un jour. Où aller s’installer ? Dans quelle immense cages-à-vieux ? On tente d’oublier le fait le plus souvent possible. Aile a toujour en mémoire, odieuse, la fin des jours de sa maman, à « Marie-Rollet », à Rosemont. Les tracas inévitables quand on perd son souffle, sa vitalité, ses souvenirs eux-mêmes…La déchéance…Brr… Aile, sombre, agacée, énervée par cette échéance-santé qu’elle maudit d’avance. Moi, toujours « tête heurteuse », je m’imagine volontiers encore bien vigoureux à cent ans.
Le soleil, ce mardi, se débat avec un ciel blanchi à la chasux vive, translucide par rares endroits, voulant régner dans l’air froid de la saison. Hier soir, bouffe chez mon cher Piccola, rue Saint-Laurent. Toujours nos calmars grillés avec pâtes aux tomates. Les petits pains huilés et à l’ail dans le panier, une tradition chez « Piccola ». En sortant, en face, une bannière géante tire les regards sur l’église Saint-Jean de la Croix, on y lit, bien iconoclaste : « L’ÉGLISE EN CONDOS », venez voir ! Ô mores, ô tempores ! L »église en condios, formule païenne en diable ! Qui l’eût cru ? Près du marché Jean-Talon, petit parc joli juste en face de cette église-en-condos, la métamorphose « appartementale » aura lieu rapidement, n’en pas douter.
Trouvé à la Piccola le « ICI » de la semaine. Toujours brillant ce Robert Lévesque qui y tient chronique. C’est un fou intéressant. Il étale sans cesse sa culture, qui est solide, et ça fait étrange dans ce petit « canard », donné comme « Voir ». Denise Bombardier qui l’a croisé rue Bernard, dit-il, lui aurait crié: « Ordure ! » Allusion à cette critique anti-Tremblay, celle d’un roman que le Lévesque avouait ‹incroyable !‹ n’avoir pas lu. Un fou ? Un drôle de zigue, captivant à lire, se chassant lui-même, il y a un ou deux ans, du prestigueux « Le Devoir » en tripotant méchamment, de nuit, ses ordinateurs. Lévesque écrit dans « Ici »: « Quand la mort nous débarassera-t-elle de cette détestable Bombardier ? » Puis Il cite ‹il cite beaucoup‹ Cioran:  » Je tue le temps et le temps me tue, alors on est à l’aise entre assassins. » Vous voyez le genre de pensées qu’entretient ce gaillard, un sosie de Quasimodo. Tremblay rétorquait ainsi à la vacherie lévesquienne à CBF-FM, chez Homier-Roy: »C’est un suicidaire, ce R.L., il n’y a qu’à attendre. » Ma foi…
2-
J’ai lu hier soir un bonne partie de « Mystérieux Mozart » de Sollers. (Plon, éditeur.) Que de citations ! Sollers a devant lui les sept volumes de la correspondance du génie allemand. Aussi ses biographies. De plus, il a fait une sorte de pèlerinage en Autriche, dans les pas de Mozart. C’est un bouquin vivant, allègre mais il faut s’y connaître en musique pour bien suivre les méandres de sa pensée, les connections ébouriffantes qu’il fait en érudit inspiré. entre la vie et les oeuvres d’Amadéus. Solers fait des allusions estimables au célèbre film de Corman: »Amadéus », que j’aimerais bien revoir. Livre parfois confus par tant d’éclairs d’érudition musicale, car Sollers s’y connaît en musique. Il en reste pas moins que je tournais les pages. Cela, c’est la marque indiscutable, finale, d’un livre de talent. Je le terminerai et avec plaisir. J’apprends sur ce petit garçon trimbalé d’abord par papa Léopold, musicien lui-même et tout fier de son enfant-prodige, qui deviendra un fabuleux compositeur avant…1791, de crever dans la misère, sa cote baissant à mesure qu’il ose complexifier, louanger des forces occultes (il était franc-maçon), vanter les mérites de l’amour libre sur « argent et pouvoir », ses ouvrages critiqués par l’établissement viennois, sont devenus, aujourd’hui, bien consacrés dans l’univers entier, vraiment sur tous les continents.
Ce matin, à la radio de Bazzo, soudain, cette chanson si légère qui me fascine tant, avec ses notes de piano fraîches comme gouttes de pluie, notes claires qui dansent, qui volètent… »la mer du nord en hiver »… « la mer du nord en hiver »… Le cher Souchon ! Vite, zapette et je hausse le son: « La mer du nord en hiver »…ta tara, ta, tatata… c’est si joli, de nouveau, mon coeur en joie. C’est peu, c’est tout. Une « tite » toune, bien éloignée d’un opéra de Mozart. N’empêche Sollers me donne l’envie d’acheter des cassettes -Mozart: « L’enlèvement au sérail », « Les noces de Figaro », « Cosi fan tutte », « Don Giovanni », « La flûte enchantée ». Je le ferai ? J’en ai assez, et depuis longtemps, de rester un quasi ignare en ce domaine de la « Grande musique ». Chez moi, enfant, rien en musique « sérieuse », comme pour la littérature. Aucun livre à lire… que des annales pieuses, abonnements de papa-le-pieux.
Coup de fil de la productrice, Ghislaine Amyot, de Vendôme (où se trame mon projet sur l’histoire de l’art d’ici ). Oh, on va me dire: « Oui, venez, on fait votre cher Marc-Aurèle Fortin, le Canal Historia marche ! Venez vite. ! » Mais non, c’est plutôt :  » Méfiez-vous d’un « virus », Claude. N’ouvrez pas tous les courriels, ces jours-ci, jetez à la « poubelle » tous les « envois » concernant « Vendôme ». Virus méchant !  » Courriel, poubelle, envoi, virus: vocabulaire d’aujourd’hui.
3-
Ma grande soeur, Marcelle, au téléphone, très énervée à préparer l’anniversaire, le 19 qui vient, de Marielle. Réunion du clan pas facile à faire. Niaises disputes sur amies, nièces, neveux à joindre à la tribu….Voyant son désarroi… je décide de prendre l’affaire en main. Aile fronce les sourcils. Bon. Pas la fin du monde. Gros paquet de coups de fil, en somme. Quoi chère Aile, confiance, j’y arriverai. Trouver du temps donc pour organiser cette rencontre festive. Louer à la « Piccola » tiens ? Je verrai. Et les cadeaux… l’argent à ramasser… ? Oh la la ! Molière: qu’allais-je faire dans cette galère ?
Lysiane Gagnon, ce matin (« La presse ») fustige le « couple royal », à Ottawa, Clarkson et Saul, pour leur audace, leur franc-parler ‹ »déplacé » selon la Gagnon‹ sur W. Busch, sur les Croisades catholiques, bien plus meurtrières que celle de ces odieux intégristes musulmans, et, re-bang: sur les vendeurs d’armes en Occident ‹Canada compris ?‹qui collaborent aux chamailles sanglantes du Tiers-monde dont, évidemment, l’Afghanistan…Etc.
La Lysiane commande: fermez donc vos clapets, ne dévoilez pas vos opinions, vous êtes en « représentation officielle ! » Belle mentalité. C’était au chef rouge, Chrétien, de ne pas nommer des intellos à des postes niais. Il devait savoir que certaines personnes restent des « esprits libres », qu’importe le costume de parade, les rubans et les médailes.
Je me sens bien: et Mario Roy et Pierre Folglia ce matin, opinent dans mon sens (voir une J.N. récente) à propos des sans-abri, itinérants montréalais. Qu’on leur fiche la paix, ce sont des anarchos qui refuseront toujours tout de notre société organisée, par exemple, même les règlements légers des centres d’accueil.
Folie donc, maitre cucul et coco, Tremblay, de vouloir stabiliser des instables…pour un bref ou un long temps. Comme de vouloir traquer des terroristes (souvent suicidaires). Nous lisons, ce matin, un premier bilan de cette guerre à des « ombres ». Une dépense colossale pour le budget des USA ! Lisez bien: Neuf cent quatre vingt dix neuf millions de dollars. Us. Un milliard tantôt ! Bombes sur les intégristes de tout poil pour dénicher quelques leaders, « fous de Dieu » qui, c’est probable, ne savaient pas grand chose de précis de l’équipage sordide entraîné en grand secret pour attaquer les deux tours de World Trade Center dans Manhattan, le 11 septembre.
Ma riposte à moi. Ma guerre aux kamikazes ! Simple. « Ah si j’étais le roi ! », dit une comptine. Au lendemain de l’horrible tuerie, aurait débutée, vaste et discrète à la fois, une gigantesque opération d’infiltration des milieux musulmans louches ‹connus déjà et à découvrir‹ ceux du fanatisme islamique, intégriste. Une opération forcément secrète. Avec, partout, des agents secrets. Stipendiés généreusement. Ce qui ne coûte tout de même pas « un milliard de dollars ». L’argent ? Payer des arabes-espions et des « balances » ? Mais oui. Le fric n’est pas seulement le « nerf de la guerre », il est celui de l’espionnage, de l’information productive, efficace. Des agents secrets donc, en bien plus grand nombre, et leurs « stools », indicateurs, collabos indispensables en ces sinistres matières.
Attention: engagement massif d’agents d’origine arabe, parlant la langue des « fous » du « Allah ou akbar », oui, en quantité, la plus grande possible. Il ne manque pas d’araboïdes sur cette planète, musulmans non-pratiquants comme nous ne pratiquons plus, majoritairement, le catholiscisme. Des Arabes de toutes les teintes qui n’ont ni foi vive en Mahomet ‹monté à cheval au paradis des vierges‹, ni aucun intéret dans cette dérive religieuse fanatique.
Facile d’engager et d’entraîner de tels gens, on en trouve par centaines de milliers dans toutes les mégapoles du monde. Et il n’en faudrait pas, pas du tout, des centaines de milliers. On n’apprend rien sur des planqués machiavéliques, en déployant les fantastiques et ruineuses forces armées d’avant-garde sur un pays misérable aux tribus en chicanes. Allons donc ! Le forcené, le (ou les) terroriste illuminé, à l’esprit tordu, peut se terrer en Indonésie comme aux Phillipines, à Los Angeles comme à…Montréal. Ce serait mon plan si je m’installais au Pentagone, une CIA momentanément très agrandie.
J’ai dit et, ô Seigneur, s’il fallait qu’à Washington, un sbire important lise tout ceci ? Et tombe d’acord ! Voyez-vous cela ? Appel d’urgence: je dois prendre immédiatement l’avion pour Washington ! Moi, pris à organiser l’affaire. Et ces Journées nettes, hein? Faudrait suspendre mes écritures quasi-quotidiennes. De grâce, n’envoyez pas une copie de mon (sobre et) intelligent plan au « bureau oval » de la Maison blanche. Laisez les industriels américains en armement continuer à se frotter les mains, à s’enrichir comme jamais. Eux, sans les guerres, ils se lamentent.
W. Bush a fait beaucoup pour ranimer cette sale industrie et on le lui rendra aux prochaines élections. En attendant, à Washington, coupons les protections sociales, le partage des richesses avec les démunis, les malchanceux, les mal-instruits ! Mon plan ne ferait rien pour les usines de mort. Il ferait dépenser moins de centaines de millions des taxes des travaileurs américains. N’empêche si un Secrétaire à la défense, ou un « sous-queuquechose » important, m’approuvait subitement, par miracle. Une colombe ? Coup de fil:  » Misteur Jazzmine ? Here « Double You » ! Génious, your plan. Come here, fast… » Plus de journal ni demain, ni pour longtemps ! Tremblez mortels lecteurs.
Bien compris ? Silence partout donc. Ça vaut mieux si vous tenez à lire mon journal.

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