Le jeudi 17 janvier 2002

Le jeudi 17 janvier 2002
1- Ouf ! L’avare de Molière, paniqué, crie : « ma cassette, ma cassette ! », je criais « mon journal, mon journal ! » Ça y est, le texte final a été envoyé, hier, à Trois-Pistoles où une Katleen dévouée, efficace, veille à la bonne marche des éditions victolévybeaulienne ! Ô corrections maudites, ô ordinateur maudit qui autorise sans cesse le peaufinage…!
Bon : matin à ciel opale pour le grand net…nettoyage des jours enfuis. Hier à l’heure où Aile part examiner les mets du jour à l’école des petits chefs, deux camions de télé s’installent, les roues sur le trottoir, devant la maison. TVA veut, par satellite, savoir pourquoi le romancier autorise la fessée aux enfants.
Réflecteur dans le salon, parasol réfléchissant, gros kodak, on tourne ! Pierre Bruneau vous m’ entendez ? Tantôt, à j. et c., les deux sœurs de la rue Morin : « Hier soir, on vous a vu aux nouvelles du canal 10, bravo ! On est d’accord, il y a es enfants qui doivent être fessés ! » Bon, offrez-moi un livre et je ferai mille et une nuances. À la télé c’est toujours, faites ça vite, vous avez trois minutes. Résumons : l’enfant-roi ? Nous suivions les préceptes des Neil, Montessori et le célèbre docteur Spock. À la veille de mourir, Spock, notre guide, déclare; « J’ai fait erreur. Les enfants sous le laxisme total, ne s’épanouissent guère, deviennent des déboussolés. Il faut davantage de discipline. » Eh b’ en ! Ma génération écœuré de son virage.
Aussi , désormais, ma méfiance des psys. J’écoute davantage les sociologues car ils travaillent sur le terrain des faits, des compilations, des observations ponctuelles. Les enfants fessés et aimés s’épanouiraient mieux que les non-fessés mais pas vraiment aimés. La grande loi bénéfique : aimer ses enfants et quelques bonnes tapes sur les fesses si ces chers petits deviennent hystériques pour un jouet ou un cornet de glace refusé.
2-
Accrochez-vous, revue des derniers jours :
pas de place et temps pour raconter ma séduction d’une fillette dans le couloir de l’école des petits chefs. On n’ ouvre le portes qu’à 17 h, pas une minute avant. Attente en ligne. La jolie fillette s’ennuie. Va et viens, examine les grands patients. Elle compte les « atttendeurs ». Je l’aide. Elle rit. Elle a six ans. Se trompe, s’excuse en pouffant. Recommence. Je la questionne. Oui, elle sait ses chiffres. Elle compte très vite, jusqu’à vingt cinq, toute essoufflée mais si fière. Ses yeux brillent. . Les grand parents rigolent. Les lettres ? Oui, défilé à toute vitesse de l’alphabet. Nous parlons dessin, couleurs, ses images préférées…les portes du magasin s’ouvrent, et là voilà qui me suivra comme un bon toutou entre les vitrines. Elle me questionne sur mes choix. Je joue l’ignare en cuisine. Elle ri, se moque, me conseille. Six ans ! Quand je dois partir, triste pour rire, elle me tend la main. J’avais une nouvelle petite amie. Les merveilleux enfants, quand on s’intéresse un petit peu à eux, deviennent chaleureux, drôles,
émouvants dans leur naturelle propension à se monter fins pis intelligents.
De toutes ces années passées à amuser mes cinq petits-fils, je ne retiens que deux phrases : « Regarde-moi, regarde-moi ! » et « On est capables ! » Besoin vital, absolu, de grandir et de prouver que l’on devient quelqu’un d’intéressant.
3-
Samedi dernier, halte du « véellbiste » manuscrit à peaufiner, j’ai lu le premier roman d’Amélie Nothomb, petite bourgeoise belge, fille de diplomate, exilée au Japon longtemps, se délectant en studio de télé de fruits pourris, yeux sombres clignotants en face d’un Marc Labrèche, amusante par ses propos insolites. « L’hygiène de l’assassin », raconte les ultimes interviews de reporters déroutés face à un très obèse « Prix Nobel de littérature » qui est atteint d’un cancer rare et en phase terminale. Il avouera avoir assassiné, adolescent, sa cousine adorée. Sujet noir mais prose guillerette, un contraste fascinant. On tourne les pages et vite, la fin, hélas, s’enlise. Pas trop grave, on a eu du plaisir « pendant »…
4-
Gazette de vendredi : Petite bombe : faire comme on fait, à Paris, où les éditeurs québécois n’ont qu’un petit coin tout modeste. Notre « Salon du livre » en novembre 2002, devrait installer les gros éditeurs de Paris… dans un petit coin. Qui ose dire cela ? Un éditeur culotté, Aimé Guérin. Une idée farfelu ? Non, en finir avec le colonialisme d’ici. Ce « Salon… », très subventionné par notre argent public, a-t-il tant besoin du fric des géants parisiens. Le fameux trio de crésus-du-livre :« Galligrasseuil ». Place Bonaventure, chaque année, ils occupent, à prix fort n’en doutons pas, les meilleurs emplacements, tapis, lumières réglées, kiosques d’acajou ! Une fatalité ? Silence compacte, une gêne ?, à l’appel public de Guérin !
5-
Ce bandit, admirable (!) Stéphane Labrie, s’échappant de son fourgon —prouesse rare—se fait coffrer : il était chez sa petite amie dans Hochelaga ! Suivez la femme ! Ma déception. Mon tiraillement… moral. Eh oui, face à ces lascars désespérés réussissant de tels évasions spectaculaires. Romantisme douteux. Certes, certes ! « Quelle âme est sans défaut », mon vieux Rimbaud ?
Le dramaturge surdoué, Berthold Brecht : « Quoi est pus grave, le hold up d’une banque ou la fondation d’une banque ? » Oh le vilain marxiste !
Âme sans défaut ? TVA, hier soir, mercredi, face à face, l’ami Arcand le populaire « psy-radio », l’unijambiste barbu Mailloux, déclare : « Non, moi je serais incapable d’obéir, de supporter une femme comme patron ! »
Oh la la ! Aile a bondi de son fauteuil. Misogynie crasse chez un docteur en médecine psychiatrique ? En 2002 ? Décorateur de télé, j’ai eu à obéir souvent aux diktats de réalisatrices. Douées, tout va bien. Connes, non. Il y a des femmes connes et des intelligentes, bonhomme Mailloux, pépère ancien va !
6-
Avant-hier, mon fils, Daniel, ex-prof devenu inventeur de jeux de société, publie (Le Devoir et La Presse) une lettre ouverte condamnant toutes les gloses religieuses, sources de conflits armés si souvent. Ma fierté. C’est bien envoyé, bien rédigé. Aile est questionnée : « T’as lu Daniel ? C’est bien fait, hein ? » Réponse « ailée », née en mai comme mon fils : « Que veux-tu, c’est ça, les taureaux ! » Je rugis : « Et nous, scorpions ? On est quoi, des « pas bons » ? » On rit.
7-
Épouse du Yves Michaud au bord de la dépression, dit-il, en entendant les accusations de racisme antisémite d’un prof de Mc Gill, Marc Angenot. Procès à ce Angenot, pour diffamation, en marche !Depuis « l’infernal geste » des nazis, l’holocauste effroyable en Allemagne catholique et protestante, le moindre mot de travers sur les juifs et c’est la mort de votre réputation. Payons —pour des siècles et des siècles— chrétiens de toutes les sauces ! Payons les conséquences de ce meurtre collectif, le plus écœurant de toute l’histoire universelle. À Outremont, en septembre 1988, dans l’hebdo local, j’avertissais —amicalement— que les juifs intégristes, secte hassidim, devraient s’intégrer un petit peu à la majorité qui les entourait, nous, les « goys » ou aller s’installer en ghetto, comme les Hammisch de la Pennsylvanie ! Oh merde ! Ce ne fut pas long —la Ouimet de La Presse, le Cauchon du Devoir— que l’on me collait l’étiquette infamante : Jasmin Antisémite ! Encore aujourd’hui, on me taquine ou, carrément, on me soupçonne. Parfois pour blaguer, parfois avec… ce doute derrière la tête… Je n’en suis pas mort mais il n’existe pas de décapant pour cette sorte de tache. Dieu merci, ceux qui me connaissent bien savent que j’aime et que j’admire les juifs et… que je ne me prive pas de les blâmer —des juifs le font aussi— pour trop de colonies envahissantes en Palestine; un esprit libre, c’est comme ça.
8-
Le vendredi 11, à TVA, m’amusent ces « gérants d’estrade » farfelus, le pédant-Larocque, le « je suis partout » Michel Vastel et Léger-le-sondeur : ils disent, doctes et sagaces clairvoyants, ce que devraient faire les chefs péquistes. Ils savent, eux ! Se cherchent-ils des jobs de conseillers stipendiés ? On dirait.
À propos d’itinérance, des sans abri ? Ce même vendredi, Rioux, (correspondant à Paris) cite feu Foucault : « Foin de la république du bien, et son souci bourgeois de mettre en bon ordre le monde de la misère ». Vérité embarrassante ? Il y a plus embarrassant : feu Guibert, ami du grand homme, révélait la scatologie —les bains d’excréments en Californie !— dudit Foucault ! Un esprit si brillant aux prises, dans sa vie privée, avec un vice répugnant. Dans le temps, une lecture ravageuse du grand penseur !
9-
Quoi : stock de pseudodéphrine… ça mange quoi en hiver. Scandale, en réseau pharmacologique, c’est, les médicaments, une industrie gigantesque, un lobby tout puissant, ici comme aux USA, comme partout. Favoritisme, « patronage » éhonté ! Alphonso G. s’en va au Danemark pour nous représenter ! En bon macaroni —ce que Chrétien n’est pas— l’Alphonso doit payer pour ses vantardises, son manque de discrétion, ses allures de « parrain » goguenard. Les Chrétiens et Cie, plus « white-anglo-protestant » d’allure, vont continuer les tripotages politicien. Leçon pour tous à Ottawa comme à Québec : « favorisez vos bons copains mais arrangez-vous donc pour qu’on n’en parle pas publiquement.
10-
Déception vive de ce trois heures de télé, sur ARTV, :un Picasso réduit. Une bande sonore infect. Du dumping ? Une vie bien mal racontée. L’épisode du Picasso viré en dévoué stalinien, devenant une simple anecdote. Oh non ! Le terrible naufrage au large de Rimouski : notre Titanic à nous. Récit mal narré encore une fois, canal Historia. Quand on en sait plus long que les documentaristes, ces documents visuels sont menteurs, ou rapetisseurs, sont « poudre aux yeux » mais pour celui qui ne sait rien sur Picasso ou sur ce paquebot noyé, c’est « la » vérité. Je veux dire ici que les livres informent tellement mieux que cette télé toujours pressée. Coq à l’âne, un bon film fait cela : je pense souvent à l’acteur Crowe incarnant le Nobel Nash, malade mental de génie. J’entendais, enfant , le génie et la folie, mon petit gars, ça se touche ! Je pensais qu’on disait une… ânerie. Aussi tant de contes, tant de films, montraient de ces savants fous, des Frankenstein, des docteurs Mabuse, Cagliari, Jeckill, je remerciais le ciel, candide, de n’être pas un génie. Un fou. Ce film ave Crowe se mérite deux étoiles, celui ave Brad Pitt dans le fabuleux vol de trois casinos de Las Vegas, que j’ai vu comme un simple divertissement, trois étoiles ! Injustice !
L’heure du lunch, ciel tamisé par une neige légère. C’est beau. Pause pour du jambon frais cloué d’épices.
J.N.
SUITE-biss :le jeudi 17 janvier 2002
1-
Je continue à…nettoyer mes journées de cette mi-janvier.
Quatorze heure de l’après-midi, même jeudi et, oh ! la belle beauté par la fenêtre ! Une neige qui compte ! Descente des flocons comme au ralenti : « Regardez-moi bien tomber les humains ! » Pas vu cela depuis si longtemps avec cet hiver exceptionnel, que l’on nous dit « un phénomène depuis le début du siècle dernier ». Dehors, grande douceur, agréable de sortir. Les directeurs de centres de ski doivent se frotter les mains de contentement.
2-
Dimanche dernier, cahiers littéraires des quotidiens favoris sur la table. On comprendra que, pour un auteur, c’est le régal anticipé. Souvent, la déception. Le café fume peu. Le réchaud, c’est pas vargeux ! La cigarette, elle, fume. Maudit poison bien aimé, dont on arrive pas, ni Aile ni moi, à nous débarrasser. Lutte vaine depuis des mois. Essais dérisoires : on tient une semaine puis…rechute dans le vice du tabagisme. « Quand est-ce que ça débutait cette sale manie, Aile ? Réponse :« J’ai seize ans, j’entre comme sténodactylo au Service commercial » de Radio-Canada, ex-hôtel Ford, boulevard Dorchester. Je m’achète une cigarette à la fois, payée à des « grandes »… qui semblent tellement heureuses de fumer ! L’exemple, tu vois ! « Je serai une grande moi aussi, il n’y a qu’ à fumer. S’intégrer à un groupe complètement quoi. Bête. Et toi ? »
Je répond : « Moi, oublie-le pas, il y a plein de paquets dans la cave chez nous, où se trouve la gargote de papa. De toutes les marques. Je me sers. Petit voleur, va. Offrir des cigarettes aux petits copains, un geste pour avoir encore plus d’amis. Et rien à payer. J’ai treize ans, je crois. Fumer en cachette un peu partout. Comme tu disais : imiter les grands. Fumer comme les acteurs au cinéma. Devenir vite un homme urgent ! » Connerie de cette époque. On savait pas trop rien sur tabac et santé, faut dire. C’était valorisant, publicités partout. On changeait de marque de temps en temps. Mystère. Des Buckingham, Turrets, Winchester,
Philip Morris, longtemps. Des Gauloises, des Gitanes, pour faire l’européen ? Des Exports, Matinée, Benson and Hedge, Players Maintenant des More, longues, elles durent plus longtemps, il me semble. Hon !
3-
Ces cahiers donc. Comme j’aimerais lire sur la jeune auteur du « Ravissement » que j’ai tant aimé. Ou sur ce jeune Senécal qui m’intrigue. Mais non, cahier « Lectures », comme si souvent, pleine page, illustrée d’une photo énorme, sur un parisien, Benoit Duteurtre.
À Paris, n’est-ce pas, ce dimanche, on consacre à un écrivain du Québec le même espace ! Hum ! Satané colonialisme des médias snobs d’ici ! Ce Duteurtre, questionné, dit qu’il est allé plusieurs fois à New-York avant de se décider à venir nous voir. Bien aimable. Oh, cette fascination totale pour les USA en France.
Chacun son colonialisme quoi. Un groupe d’ici (Les jardiniers…?) aurait mis en musique son texte :« Sometimes I’m happy ». Autre mode du colonisé, l’english, pardon l’american way of thinking and writting ! Coups de pied au cul, oui, qui se perdent.
4-
Nous perdons, créateurs, tous nos droits 50 ans après la mort. Ou 70 ans, dans certains domaines. Je lis que reste à jamais :le droit moral. Interdiction de déformer, de « dévisager » l’ouvrage d’un mort. Procès possibles. On voit ça :pour Hergé et « Tintin », pour Jules Verne, fdes descendants lointains font des crises. Luc Plamondon a-t-il trahi le « Notre-Dame » de Hugo ? Il est mieux de se guetter ? Pas de danger avec Charles Perrault ? L.P. prépare une « Cendrillon », alias « Cindy », à a mode américaine ? La fille bafouée se fait « lifter », modernisée, mais ce Perrault pigeait chez Grimm… qui pigeait où, lui ? Molière pigeait souvent en Espagne : Don Juan. Corneille et « Le Cid ». Reste un fait : des metteurs en scène tripotent, raccourcissent, déplacent des scènes, changent des pièces. Le Pierre Perrault au Rideau Vert ? J’ai lu que Marleau y a fait des coupes. Silence partout ! Le « droit moral » qui s’en soucie au fond ?
La soupe est servie, ça sent les poireaux, je vais descendre en vitesse.

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