Le samedi 23 février2002

Le samedi 23 février2002
1-
« Pourvou qué ça doure… » disait la mère corse et corsée à son petit garçon, devenant célèbre, Napoléon…Ce soleil, quelle belle lumière hivernal ! Marche autour du Rond. Le samedi est toujours plein de visiteurs sur les pistes. Coloris jolis ! Des enfants hauts comme trois pommes dévalent les cotes. Monde nouveau. Jamais de petits enfants jadis à ski. Jamais.
Hier soir, rangée « A » — ainsi tu peux tenter d’enfarger les comédiens…chez Duceppe. Depuis que Aile a divulgué ma demi-surdité à ce théâtre, on nous installe « bien en face » des acteurs. Obligation de tourner sans cesse la tête quand ça se promène de Cour à Jardin. Pas de vision globale ! Eh ! Ce « Après la pluie » de l’Espagnol Sergi Belbel offre de très fameuses répliques. Les moments de colère sont transformés en « joual » avec sacres, jurons, grossièretés d’icitte…et un peu de Paris. Un mélange ! Traduction de Préau (France), retouchée sans doute par Michel Nadeau le metteur en scène (aussi dramaturge à ses heures) , fort efficace en fin de compte.
La trame : une poignée d’employés d une puissante compagnie (affaires sociales, assurances, valeurs mobilières?) grimpent sur le toit de leur immeuble pour…fumer. C’est interdit partout. En une série de tableaux, l’on raconte les ambitions, les querelles, les déceptions et aussi les affaires intimes de ces fumeurs ! Un récit prend forme peu à peu. Hélas cela force à faire des « Noirs » (trop longs souvent) entre chaque bref tableau. Cela tue le rythme. Nadeau aurait mieux fait de créer deux zones de jeu. Au moins. En somme, un spectacle avec des pics. Une sorte de passacaille et à la fin, la réunion des sept ou huit protagonistes formant des unions romantiques. Fin heureuse un peu cavalière ! Certains troupiers, inconnus ici, font voir de l’amateurisme (ils travailent rarement à Québec )mais aussi une sorte d’énergie merveilleuse : Marie-Josée Bastien, Charbonneau, Loraine Côté, Danielle Lépine, Makdissi-Warren.
Pour une fois, pas d’ovation debout (ridicule si souvent) à la fin. Je fus le seul à lancer des « bravos » tant j’avais appércié cette preuve collective de talents (en friche) qui avait fait voir tant d’excellente énergie scénique.
2-
Jeudi soir à RDI, avec Maisonneuve, entretien avec le cinéaste Labrecque qui offre son film sur le RIN et mon Bourgault tribun surdoué et efficace de premières années de lutte pour l’indépendance. Soudain il affirme que René Lévesque était vaniteux, refusant son aide (ce qui est vrai) se voulant seul militant-chef, ne parlant pas une seule fois des autres, pas un mot sur nos Patriotes de 1837, souhaitant même « sans doute » disait Bourgault, que son parti meurt avec lui. Oh !
Le merveilleux « preacher » patriotique de cette époque semble ne pas avoir pardonné le rejet « viscéral » de Lévesque. « Un mystère », dit-il. En effet ! C’est là qu’il a tout de même sorti son explication : « un leader incapable d’en supporter aucun autre dans ses parages ! » Hâte de voir ce « RIN » à la télé, tel que promis. Je fus le premier écrivain à monter sur les hustings de ce RIN en 1961. Aquin y viendra ensuite. Tous les autres ? Trop « chieux » ! Il en allait de risquer « bourses, subventions, voyages payés », n’est-ce pas ? Tant d’autres écrivains : des « fédérats », sauve Roch Carrier; aujourd’hui sauce René-Daniel Dubois. Mon jeune David (né en 1982) sans cesse : « C’est qui ça le gars aux lunettes ? Et le barbu, c’est qui celui-là ? » Il prouvait l’utilité du film documentaire de Labrecque « RIN ».
Vendredi après-midi, réception pour mes lunettes neuves. Sans monture. Que des vitre. Ça pèse un gramme, une aile (!) d’oiseau, une plume ! Je les aime. Fini mon « truck » à monture !
3-
Vu aussi le film document sur nos allophones et autres sortes d’émigrants. L’auteur, Parenteau, un ex-concurrent de « La course autour du monde », chroniqueur (où il lit bien mal, hélas, des textes souvent solides) des samedis matins chez Le Bigot (cet ex-piqueur de « fiole » comparé à Gagliano par l’ex –ministre Libéral déchu Picotte !), aussi « débater » humoristique à « L’aparté », un café d’iconoclastes, a raté son film.
C’est encore du saucisson. L’odieuse mode du « zapping ». La pensée zappée sans cesse ! L’horreur. Jamais d’élaboration. On coupe pour faire vivant, faire faux « souingne », le rythme ce n’est pas du tout cela,
Mais on méprise le public avec cette mode niaise de couper sans arrêt, de mettre en miettes chaque intervention. C’est frustrant. Au bout du compte tout devient charabia, galimatias, embrouillamini. Il n’en reste rien au bout du documentaire. On se dit, avec mépris insensé : « plus de trente secondes et les gens vont partir ailleurs. »
Démagogique écoeuranterie. Il y avait encore bien plus grave, une imposture, une fumisterie. Le mensonge habituel. Tous les invités de son film se débrouillaient fort bien en français. Le beau mensonge. Ainsi, les innoccents disent : pourquoi la méfiance face aux « ethniques », façon Parizeau ? Vous avez bnien vu ? Tous, ils s’intègrent à nous, c’est fantastique non ? »
La réalité est tout autre : la plupart des nouveaux-venus et la masse des anglos d’ ici se foutent du français. Leurs chefs (subventionnés par le fédéral) militent pour rogner, ronger à l’os, abattre un jour la Loi 101. Font appel aux juges de la chère « Supreme Court » . Dans Darcy McGee on a voté à 95 % contre une patrie pour la nation. Pire, dans Côte Saint-Luc, ce sera 100% de vote négatif. Un vote, non pas « ethnique »monsieur Parizeau, mais « raciste ». N’ayons pas peur des mots. Des masses d’ anglos, nés ici, ne parlent pas français ! Racisme !
Le bon-ententisme fallacieux et trompeur des Parenteau (un jeune pourtant et déjà si imposteur !) fait l’affaire (les affaires comme dans good business) ) des bénis-oui-oui en poste qui financent cette sorte de projet-fumiste, les distribuent volontiers, les diffusent avec plaisir.
Quelle honte d’oser tromper le public de cette manière hypocrite. Moi,. Tout le monde, connaît une douzaine d’intelligents nouveaux venus (d’anglos aussi) qui ont su s’intégrer, vous, moi, tout le monde pourrait donc monter un film de cette menteuse façon. Ces tripoteurs zélés des réalités sont des manipulateurs. Monique Simard (en quête de subventions ?) est l’une des deux producteurs de cette farce, elle, une péquiste officiel ! Mon jeune David, jeudi soir, écoutait mes cris de révolte et riait. « Papi, t’es fâché noir là ! » Oui, je l’étais. Il étudie à Concordia et me révèle que j’ai tout à fait raison. Il le sait. Il le voit. Il le constate. Il fréquente chaque jour des tas de jeunes émigrants de diverses nationalités à son université.
Mon épée me démangeait ! Croyez-vous que, disons, La Presse aurait publier ma diatribe ? Non. J’ai mon journal désormais, Dieu merci.
4-
Le bon film. Modeste. Avec l’extraordinaire Anthony Hopkins. Le titre : « Cœurs perdus en Atlantide » ( titre con). Aile ramenait au foyer cette cassette vidéo. Je le reverrais. Un gamin mal aimé, mère frivole, volage, un peu putain, qui diffame le père de son fils, et ce vieux pensionnaire mystérieux, méfiant —joué avec un talent merveilleux par Hopkins. C’est un sage mais au passé obscur, télépathe à ses heures, qui initie le gamin aux choses de la vie, de sa vie…menacée. Qui aime ce garçon comme un père (le père du gamin a été tué). Notre jeune hôte, Dabid, tout satisfait lui aussi par ce film. Ce qui ne l’empêche pas d’aller au frigo sans cesse. Diable, vraiment un ogre à cet âge, un ado !
Ce matin, montant ici, petit déjeuner dit « de l’ogre » au « Petit poucet » de Val David, route 117. Yum ! Yum ! Deux oeufs, bacon (que je donne à Aile ), patates , jambon, délicieuses fèves au lard et leur bon « pain de ménage », de l’excellente confiture aux fraises. Yum ! Je fais cela une fois par mois seulement !
Après la promenade de santé, nos deux chaises à coussins sur la galerie. Lecture des « canards » épais du samedi. Le bonheur ! On se croirait en fin de mars, ma foi du bon yeu !
David a bien rigolé : il devait étudier Pol Morin, ce poète d’antan.
Ayant connu le personnage (décédé en 1964), ne me privant pas de le moquer, lui l’académique poète du « Paon d’émail » et sa canne de luxe, ses guêtres de gentleman (fils de grande famille, il allait au Collège Sainte-Marie à cheval), mon petit-fils se tenait les cotes en m’entendant ridiculiser ce conservateur nostalgique, ce grand épris de la Grèce antique, ce doux fou de mythologie gréco-romaine, cet aristo pondeur de poèmes à l’ancienne jisqu’à la fin des année 1950.
Or, je me secoue et je finis par lui avoier une certaine admoirayion. Cetrs le bonhomme mOrtin était retardé dans son lyrisme classiwue mais il n,En restaitbpas ,oins un valeureux personnage. Alors je vante sa culture à mon David et je lui dis qu’il avait ses mérites. Bref, j’ai craint de faire un portrait injuste et facile de ces bizarres « résistants » de cette époque, de ces malheureux passéistes qui se désolaient tant de nos temps modernes. Après tout, nos jeunes agressifs avant-gardistes n’ont pas tous mis au monde des œuvres si solides !
Comme ils aiment rire, ricaner, se moquer, ces jeunes gens. Nous étions ainsi à cet âge ? Je crois que oui.
5-
Mon grand plaisir. Michel Biron matraque —in « Le Devoir » de ce samedi matin— un livre de Marc Fisher. Biron parle d’un « faiseur de recettes » pour exciter les apprentis auteurs, les aspirants écrivains candides en mal de « formules magiques » pour pondre un best seller. Fisher en a pondu un jadis : « Le millionnaire ». Il n’en est pas revenu et se répand depuis en « cuisinier » expert. Je le matraque aussi dans ce « Écrire » qui va sortir des presses de l’éditeur de Trois-Pistoles bientôt.
Ce même Biron qui me rend si content m’a enragé il y a quelques mois en publiant que Ferron, Thériault et moi, étions des écrivains mineurs. Le quotidien de la rue de Bleury n’avait pas publié ma réplique. L’habitude maintenant…
Hélas, Denise Bombardier comme M.-F. Bazzo gaspillent de l’espace aujourd’hui. Deux chroniques… plates ! Ah si j’avais la chance d’avoir mon petit espace, il me semble que je prendrais un plus grand soin de ne pas ennuyer le lectorat…On dit ça, hein ?
À force de chroniquer…je me souviens du temps de mon bloc-notes quotidien au « Journal de Montréal », je me relisais parfois et je me disais : « ouaille, pas fort ce matin, le bonhomme, faut te fouetter ! »
Bill Clinton est venu jaser Place des Arts :on dit 200,00$ ou 100,000$ pour la causerie. Bigre ! 45 minutes de causette et le fric en gros ! Plus d’un demi-million pour la machine caritative concernée (hôpital je crois). Eh ! Un ancien président des UA, c’est pas Jos Bleau ! Bien chanceux. Entre 100,000$ et 200$ —…le cachet de l’UNEQ pour une jasette d’écrivain québécois dans écoles ou collèges— il y a une sacrée marge, pensez-pas ? Bon, à la prochaine invitation, je demanderai 1000$… non, c’est trop, disons 500$. On verra bien la réaction ! Pauvres de nous
6-
J’y pense : ce Bouchard qui racontait René Lévesque l’autre matin, pas un mot sur un fait prouvé. C’est le conflit de travail à Radio-Canada qui a mis Lévesque sur la politique. Voyant Ottawa de glace, incapable, pire complètement indifférent face à cette grève du réseau français de la SRC, des francophones « du pays lointain », le Québec, Lévesque éclatait un jour. Il fit un fameux discours anti-Ottawa. Fit un « édito » célèbre à la radio, aux journaux. Il parla « du soleil qui ne brillepas également selon les communautés en cause. « Il déclara que « la grève, au réseau anglais, à Toronto, se serait réglée en deux semaines au maximum ». C’est à ce moment (janvier 1958) que le fameux reporter apolotique et plutôt anti-nationaliste (à cause de Duplessis) se muait en homme politicien, en tribun farouche. Deux mois plus tard, trois ?, il était en campagne avec Lesage pour battre le duplessisme ! Est-ce que ce fait gêne les Bouchard venus de Radio-Canada ?
J’y songe : Aile et David. Elle me dit : »je vois que c’est un garçon sérieux, foncièrement bon, bien élévé, mais quelle candeur et quelle naïveté ! « Je ne sais que dire. Certes, à cet âge…Bon, David plus innocent que d’autres ? Est-ce bon ? Plus entier, plus naïf même ? Ça se peut. Il y a qu’il a un tempérament de « victorieux « . N’est-ce pas le lot commun des ados ? Comment savoir. Ne peux pas comparer vraiment. Cette sorte de sûreté de soi….. Qui engendre des sentences parfois définitives. Je ne cesse pas de le corriger avec chaleur. De lui faire admettre que tout n’est ni tout noir, ni tout blanc. Lourde tâche pour ses parents, pour moi, pour tous…Comment amener ces jeunesses à bien discerner les nuances ? Pas facile. J’ai confiance en lui. Je suis comme lui, trop confiant ? Ça se peut.

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