Le mardi 29 janvier 2002

Le mardi 29 janvier 2002
1-
Je rentre avec Aille au chalet de St. Ad. Faisons un arrêt à l’école des chefs…Que du pain et des gâteaux aujourd’hui ! E ! Aile, pas folle pourtant des sucreries et des desserts s’empare d’un beau gâteau, « oh, un « Brest » me dit-elle, c’est délicieux ! » Hâte d’y goûter tantôt après souper. Ce matin, mardi, Foglia épingle une maîtresse d’école qui ignore l’orthographe. Deux F ? Bon, bon. En auto, tantôt, je dis à Aile, une forte en français : « Orthographe, un f ou deux f? » elle sait plus trop, me dit je vais ouvrir le dico en arrivant. Moi aussi, je ne sais plus et n’ai pas encore paginer (avant de J.N.) mon « tit » Robert.
C’ est pour dire. Des parents offusqués bavassent donc à Foglia : « Notre pauvre trésor… sa maîtresse est une ignare en orthograhe, hon ! » Et lui y va de sa descente en flammes. Je me suis dis : j’ai connu des maîtres d ‘école, très fort en ortho et nuls comme profs. Pas de pédagogie, pas de psychologie, ennuyeux, si ternes, incapasble de tenir la classe, de la rendre vivante, etc. etc.
On me voit venmr : si cette maîtresse « nulle » face au petit bolé élevé par des bolés est peut-être..peut-être une formidable animatrice, une fantastique pédagogue, une simple institutrice qui est bourrée de talent pur enseigner le programme. Hélas, elle n’ouvre pas son dico quand elle note l’élève, commet d’effarantes fautes, à juste titre, les parents savants s’en indignent.
Je pense bien qu’on a pu constater mes faiblesses en ce domaine. Cela date d’il y a très longtemps. On ne se refait pas. Je connais des auteurs très solides en la matière mais qui n’ont aucun don sérieux pour savoir bien raconter une histoire écrite. Rendu en livre, ça ne se verra pas trop, Dieu merci, il y a des correcteurs et des réviseurs pour nettoyer le scorie du manuscrit.
On voit le rapport ?
Moi et la « tite » maîtresse de première année on se ressemble :trop paresseux pour ouvrir le dico et ça n’est pas bien. 2-
Aujourd’hui comme hier, ciel gris. Temps pas trop froid mais…endormant. Cette grisaille m’assomme… mais je suis un héliotrope malade, moi. En ville hier en fin d’après-midi, pour les frisettes d’Aile. Jolie avec sa coupe…moutonnière. J’aime. Cet après-midi, devoir rencontrer des gens, chez ADP-Sogides, dans Pointe-Saint-Charles, au bord du canal Lachine, pour leur vanter mon prochain livre (!) partant pour l’imprimerie. Ce monde de distributeurs est en contact avec les libraires et peuvent collaborer aux « commandes » de strocks. Ils veulent voir « la « bête », s’informer du contenu du prochain livre. J’ai donc jouer volontiers l’homme-sandwich, le commis-voyageur. Mon livre est bon, il est fort , c’est un vrai manifeste, c’est un terrible pamphlet et. Etc. Ils m’écoutent en souriant. Le poète Desroches y est aussi car il voit à la maquette, la typo, etc. des éditons Trois-Pistoles. Il m’a dit qu’il rédigerait en deux tomes de 400 pages la mouture romanesque du téléroman populaire de TVA : « Le retour ».
Il faut bien manger. Il a pas l’air ennuyé mais plutôt amusé de ce travail de commande, « alimentaire » comme on dit. Environnement industriel un peu effrayant sur cette rue Saint-Patrick. Certes des usines se changent en blocs à condos mais…Hum…Il faudra planter beaucoup d ‘arbres. ADP est installé dans l’ex-« Northern Electric Company ». Briques rouges habituelles partout. En croisant la rue Ropery, j’ai salué en pensée la maison natale (je la voyais bien) de ma chère Germaine qui y est née en 1899.
Aile m’accompagnait, ainsi (un rendez-vous à trois) elle a pu déjeuner ave une amie, ex-réalisatrice à la SRC comme elle, Lis.C. Ai commandé des côtes de bœuf levées. Mium ! Mon régal. Lise, des moules, Aile, elle, un rossbiff. Bonne vieille taverne-brasserie « chez Magnan ». Rencontre du Président des Médecins : le doc Lamontagne, connu aux micros de CJMS quand il y jouait le conseiller populaire. Un voisin de table, la cinquantaine, me demande une « dédicace sur nappe ». Je m’exécute. Son compagnon, dans la trentaine, répond « Non ! » quand le premier le questionne : « tu reconnais ce monsieur écrivain, oui ? »
Un vieux serveur me jase un brin. Il aimait tant « La petite parie », me confie-t-il. Quand je lui dis l’avoir déjà vu chez Magnan, il me dit : « Ca fait 35 ans que je mange ici ! » Je le regarde fonctionner, c’est un jeu de mains (et de pieds aussi) impeccable. Virevolte bien faite ! L’expérience d’un métier fait cela.
Quand je reviens chez Magnan après mon numéro de « vendeur » chez ADP, les deux femmes sont plongées dans des cofidences et sur les réalisatrices retraitées et sur les plus jeunes aux prises avec l’effrayante chute du réseau français de la CBC. Tout se fait, là comme ailleurs, par les compagnie privées désormais. Monsieur Gourd, patron là, vient de laisser entendre (Las presse) qu’il est rare que ces producteurs privés mettent l’argent public reçu en aide aux écrans. J’ai sursauté de cette rare franchise chez un « boss » du réseau public ! Qui entérinait ainsi les graves accusations d’une Fabienne Larouche il y a deux ou trois ans. Ce matin, Louise Cousineau publie : « On a bondi. On a téléphoné. M. Gourd ne veut pas commenter. Refuse de nous parler. » Gaston la gaffe ou franc un moment et le regrettant ? Et il joint le vaste, très vaste, club des « mal cités ». Hum !
3-
Dimanche soir : revoir Claude Gauthier chez Suzanne Lévesque à T.Q. Bon spectacle. Revoir des « revenants », chansonniers « décotés », merveilleux pleins d’allant et d’un entrain sincère.
À « Campus », qui succède à « Bouillon de culture » de Pivot, moins d’énervement, plus de calme enfin. Deux romanciers, face à des logues et des philosophes (dont Gluckmann) affirment clairement : « Il n’y a, au fond, que le roman pour bien raconter le réel.
Le Gkuckmann est d’accord et il vient de publier un livre en rapport —« Dostoievsky- Manhattan »— avec la brutalité. kamikazienne du 11 septembre en se reférant à des romanciers : Flaubert, Tchékov et surtout Dostoievsky. Merveilleux d’entendre cela. Stéphane Denis avec son « Sisters » compose un roman de deux soeurs ambitieuses, sosies des deux sœurs connues qui tournèrent autour de la célébrité dont l’épouse de j.-F. Kennedy.
Il dira : « C’est une tragédie grecque parfaite ! » que ces histoires politiques. J’avais pensé cela en lisant sur l’armateur grec célèbre qui fut « l’autre mari » de cette Jacqueline Bouvet. Absolument une tragédie grecque… que je voulais rédiger…et puis un projet chasse l’autre.
Gluckmann, soudain, dit que la CIA a juste le grand tort d’être inculte, de ne pas lire Dostoievsky, d’ainsi ne jamais pouvoir détecter, imaginer, deviner un 11 septembre, de prévoir un Manhattan bombardé. OH ! J’ai songé à ce film « Trois jours du Condor », excellent thriller, où l’on voyait des agents de cette CIA payés pour lire. Oui. Des polars ! Tenter ainsi de découvrir des idées de complots sophistiqués (avec Robert Redford), l’auteur du roman et du scénario accordait ainsi trop de crédit à cette CIA si moqué depuis l’échec effroyable du 11.
On a vu à ce Campus, Philippe Djian, avec son « Ardoise » sous le bras; lui aussi, y alla de sa conviction que tout reste mieux dit, mieux illustré, mieux dénoncé aussi, dans un roman. Eh b’en, mes amis, le romancier, ici, s’en gonfle le torse, on me comprendra.
À propos de ce Djian, impossible pour moi d’oublier une journée d’août 1986 à mon talk show de TQS, « Claude, Albert et les autres » —je débutais vraiment— le Djian m’avait tenue la dragée haute, refusant de dialoguer, boudeur rentré, bougon fermé, distant, froid comme banquise …altier comme un coq de race. Il venait de voir son succès pour « 37 et demi le matin » confirmé par un film à succès fait à partir de son roman. Mauvais souvenir.
À ce « Campus » de dimanche soir, Djian avait gardé son air de pontife sauvage, de grognon embarré comme une huître. On aurait dit le poète et dramaturge Claude Gauvreau quand il boudait la presse, un sosie.
Enfin on parla d’une morte, Duras. L’actrice Moreau la joue dans un film qui sdort à Paris , film fait à partir du livre-confession de son élève-jeunot-soupirant Yann Andréa, celui qui passa de l’admirateur confit en co-locataire à cette belle plage Trouville (visitée avec Aile en 1981)où se terrait la drôle de dame, aussi cinéaste à ses heures, voguant d’échec en échec. Soudain Guillaume Durand, l’animateur sympasthique et habile de « Campus », à bon droit, ose : « Mais pour la sexualité…, le film n’en dit rien, là, il y avait une bizarrerie, non ? » Oh boy ! Malaise en studio , la caméra sait plus où se mettre, le preneur de son doit aller se cacher…Silence compact du questionné, un expert en la dame pourtant.
Pudeur niaise, non ? J’avais lu ce Andréa et en effet, il y avait un verbiage, une baratin para-littéraire qui tentait de cacher la vérité. Jeanne Moreau, elle aussi, se drapa dans un silence louche sur la question légitime, normale. Mon Dieu, pourquoi ce tabou ?
Ah oui, de la télé parfaite pour ceux qui se passionnent de littérature. Exemple : Dominique Noguez qui déclare qu’i y a un silence louche sur l’origine du mal, de la folie génocidaire, l’horrible bombardement sur le Japon, commis par Truman aux USA. Ces bombes atomiques sur des centaines de milliers de civils en 1945. Le Gluckmann répond aussitôt : « Non, faux, Hiroshima n’est la source du mal. Il y avait eu Guernica, vous semblez l’oublier ! » Plouc ! Silence embarrassé du Noguez. Je veux juste dire que ces combats d’intelligences déployées sont excitants et qu’ici on en a jamais, maudite marde ! Cela m’enrage tant !

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