Le mercredi 30 janvier 2002

Le mercredi 30 janvier 2002
1-
Lumière pâle, toujours, dans ce ciel mat. Grisaille pour cette fin de janvier. Demain…déjà février, le mois racorni, raccourci ! On verra mars s’amener et puis ce sera « le portique » du si beau printemps québécois, revigorant, si stimulant quand la lumière baissait depuis si longtemps, depuis novembre. Ma hâte !
Ce matin, appel de la radio de CKAC. C’est un certain François Reinhardt à l’appareil. Il est le fils de Roger, avocat de la Grande-Allée d’Ahuntsic (oui, nous avons comme à Québec, une « Grande Allée »). Maître Roger (revu en rencontres « almamater »-iennes) fut un collègue de classe au collège Grasset. Il était si brillant, en tout, un bolé, un Premier-de-classe, raflant les premiers rôles de notre théâtre-amateur. Je fis rire le fiston lui révélant notre jalousie de ce beau brummel frisé, aux allures d’Adonis bien grec et surdoué. Mais, il était petit de taille, ah ! tout de même :justice immanente.
Dans mon feuilleton « La petite patrie » Roger était incarné par l’acteur Jean-Pierre Chartrand, pas bien haut sur pattes, lui aussi. Un soir dans un restau du Vieux, rencontre inopinée, face à face cocasse, mon Roger et Chartrand que j’accompagnais . Amusante rencontre, on peut l’imaginer. Donc le Reinhardt-fils me prévient : « Benoit Dutrisac et Geneviève Saint-Germain vous veulent au micro pour discuter sur « les vieux qu’on jette tôt ». Actualité : de « vieux » ministres du P.Q. viennent de démissionner étant donné qu’ils perdent leur…portefeuille (et c’est bien le cas de le dire !).
Je m’amuse une fois en ondes, rappelant qu’à leur heure de radiodiffusion c’était moi, le vieux, et le vieux Pierre Marcotte qui régnions en ondes avec l’amusante tribune : « La moutarde me monte au nez ». On nous avait…jetés le jour du mariage CJMS-CKAC ! Les ingrats ! ! Je cause sur les « jetés » de Radio-Canada en 1985-1990. Ce vice actuel de « l’âgisme », renie l’expérience, la sagesse aussi.
Mais Dutrisac et moi tombons vite d’accord : ces « sans portefeuille » devaient rester, devenir une sorte sénat utile, rester au fort comme conseillers précieux. Mais non, Chevrette, Brassard et Cie…claquent les portes, humiliés ! Il s’en va l’ex-ministre, il claque la porte, il n’a plus de chauffeur, plus de limousine, fini le sérail du paquet de fonctionnaires l’adulant…C’est navrant. Surtout en un parti dont l’idéal est haut placé : l’indépendance nationale.
Télévision surprenante parfois. Lundi soir, en ville, sans l’horaire, nous zappons au hasard, cherchant quoi dévorer et soudain, paf !, sur PBS, USA, un vieux barde enfoui dans un affreux fauteuil et ce pépère de la série « Masterpiece Theater » annonce un truc fort audacieux : un « Othello » de Skakespeare en une version moderne. Ça se déroule —anticipation— dans un Londres en émeutes, et ce Noir fabuleux, fort et sage à la fois, John (nom de famille : Othello) s’y montre le seul grand capable de rassurer les populations. On imagine la suite.
Oui, il n’y a bien entendu la belle Desdémone, le fidèle traître, Iago. Une dramatique télé hors du commun. Décors actuels pour ce vieux drame du grand Bill ! L’épopée de William se fait bardasser, se fait secouer le cadran, c’est prévu, c’est entendu mais il n’en reste pas moins un spectacle singulier de deux heures, mené tambour battant avec une imagerie surprenante, un découpage haletant. Ah oui, la télé parfois…magnifique. Notre anglais étant ce qu’il est, de grands pans du dialogue nous échappent un peu, les mots en sont vagues, mais la trame de l’intrigue (connue pour « Othello ») est clairement symbolisé. Je refuse que l’on de condamne la télé en bloc. Il y a des oasis, rares, mais féconds en diable !
2-
L’ex-patron qui fit florès aux « alcools et vins du Québec » (SAQ) va débuter le 18 février chez « Loto Québec ». La peur ! On doit attendre de ce M. Frigon, PDG retors, habile, brillant, le même envahissant succès. Peur car, déjà, on trouve 150,000 « joueurs compulsifs dans cet « État-Maffia », le Québec ! Beaucoup de ces « accrochés » sont en attente de traitement car il y a manque d’argent public pour soigner ces malades du jeu ! C’est Claude Bilodeau, responsable pour ces soins, qui l’affirme et qui s’indigne, se lamente. Depuis 1960, le pays a su évoluer dans maints domaines…mais dans ce domaine du vice, il se surpasse. Hélas ! Une réussite louche installant tant de citoyens qui grèvent leur budget, souvent pas bien gros car l’on connaît de terrifiantes statistiques. Plein de gagne-petits, parfois des assistés sociaux, qui rêvent de « s’en sortir » en privant la famille du nécessaire, misant sur ces machins et machines qui ne font que des dépités névrosés qui, sans cesse, retournent aux odieuses manettes du mauvais sort. Un pays tapissé de « one-arm-bandit » !Une infamie funeste, non ?
Un jeune homme sympathique, rencontré hier à la « taverne Magnan », m’invite à co-animer avec lui, un samedi, son émission à CKAC. J’ai spontanément dit « oui, avec plaisir ». En avril seulement lui ais-je spécifié. J’ai décidé de refuser toute invitation durant l’hiver. Je me suis déjà retrouvé sur la route de Rimouski dans une longue plaine, en pleine tempête de neige. Ne plus voir que du blanc dans le vent, partout. Il n’y avait plus ni ciel, ni sol, que du blanc dessus, dessous, sur tous les côtés. Affreux ! Ne pas savoir où est la route…Risquer sa vie alors ! Non, plus jamais. Le jeune de CKAC me dit soudain : « Je vous écoutais parler de ce Ovila dans votre conte de Noël, c’était mon enfance, ce Ville-Jacques-Cartier, encore plutôt bidonville de squatters en 1960.
Nouveau témoignage donc et qui s’ajoute à cette photo-internet expédiée pour me montrer la pauvre bicoque familiale d’un « misérable » hugolien. Je lui donné mon adresse-courriel : claudejasmin@citenet.net et je vais guetter un signal…en avril.
3-
Est-ce que devrais poursuivre, avec avocat, Ginete Herry pour « offense au droit moral » de mon collègue Carlo Goldoni ? Ou bien le petit-fils de son petit-fils de son petit-fils à Goldoni le fera à ma place. Car il est inextinguible le droit d’auteur sur le plan moral. Quand on tripote un texte, qu’on le coupe sans vergogne comme elle fait, qu’on le triture comme elle l’a fait pour « L’honnête fille », spectacle présenté chez Denise-Pelletier. En ce moment, il fait florès, dit-on, le grand bonheur des élèves des écoles. Comme Desgagnés le fait au TNM ces temps-ci avec Shakespeare (Les Folles de Windsor !) ça y va et pas par quatre chemins. Un cirque. Des cabrioles, des gesticulations, du mouvement… l’air du temps. Des images virevoltantes, costumes à « velcro », changeables en un éclair, du décor transformable et le reste ? Claques et fouets, giffles et coups de pied au cul, le diable est aux vaches et le rythme à la belle épouvante. Le texte du mort ? Ah b’en le texte…L’auteur est bel et bien enterré et…muet, non ? On peut y aller rondement ! Je ne sais trop quoi penser : présenter sans succès le texte intégral avec honnêteté intellectuelle… ou bien le trancher comme saucisson, lui enlever le trop plein de phrases, et en avant pour les folies bouffonnes. Écoutez les rire des écoliers !Au moins, les jeunesses vont savoir le nom de l’auteur décédé ! « La gang ? Goldoni c’est mieux que Goldorak, eille !, on était pliés en deux, les gars, allez-y ! »
Ouen !
Ouaille ! Sujet de réflexion : poursuivre ou non, pour atteinte morale à l’œuvre…mmm !
4-
Entendu Henri-Bernard Lévy affirmer face à Durant de « Campus » : « Les fascistes verts ! » Oh ! Écologie et nazisme, même combat ? Je sais qu’il y a tant d’exagérations chez les « verts » fanatisés qu’ils atteignent une sorte de totalitarisme dans les revendications en Europe, une intolérance « annoncée » qui fait frémir…si jamais…ce mouvement grandissait vraiment. . Mais…fascime ? A-t-on vraiment raison : l’intolérance de certains écolos peut faire peur, c’est vrai. On en voit s’associant à l’extrême droite d’un Le Pen en campagnes électorales françaises. Ici ? Pas encore à la mode. Autre sujet de réflexion…
J’enrage encore en lisant ce matin (plume de Nathalie Collard) l’expression désuète et si mensongère : « les deux sollitudes » . Hughe McLennand (!), —l’excité écrivain anglo qui avait sorti sa carabine sur sa galerie des « Cantons de l’est », tout apeuré par la « Crise d’octobre »— était dans les patates en créant cette connerie. Il n’y a pas, mais pas du tout, « deux solitudes » ici. Il y a deux nations, deux langues. Collard vantait les mérites de Peter Gzowski qui vient de passer l’arme à gauche (çâ me rire cette expression) et répétait qu’on n’enbrevenait pas de découvrir que les Québécois ignoraient ce reporter-vedette de la CiBiCi. La belle affaire ! C’est tout à fait normal. Qui, chez les Canadians, connaît nos grands reporters ? Personne. C’est cela deux « nations », pas deux solitudes… de mes deux fesses !
Dans notre pays, plein des nôtres qui lisent The Gazette, Globe and Mail, écoutent la CiBici….ce sont des colonisés. Des cocus contents. Ils souffrent de racisme. D’un racisme inverti. Écoutez-les parler. Cela veut dire que les autres, à ses yeux, sont tous parfaits et les nôtres, tous des crétins et des incapables, le raciste inverti méprise qui il est et qui nous sommes. C’ est un raciste. Inverti. L’intolérance, la xénophobie, haïssables sentiments, le concernent. Son racisme, son intolérance est toute tournée contre les siens. C’et un malade. Gravement.
Ce matin, bang ! Surprise à la radio !!! Un bonhomme d’ici, en anglais, en voyage en Angleterre, déclare que pour aider mieux le réseau français de Radio-Canada (on n’est que 2% en Amérique du nord, donc menacés davantage ), il n’y aurait —tenez-vous bien— qu’ à fermer la CiBiCi.
En effet, les Canadians ignorent Radio-Canada alias Canadian Broadcasting. C’est un fait patent. Ils regardent la télé, écoutent la radsio des amerloques (les cousins riches).
Les Canadians lisent les magazines USA, n’estiment vraiment que les produits made in USA. C’est une sorte de colonie niaise. Seuls quelques intellectuels et écrivains « canadians » subventionnés, estiment le Canada anglais. Ils se méfient, mais trop tard, de l’assimilation —galopante déjà— étatsunienne.
Le gros des populations —avec les émigrants rêveurs d’USA— s’en sacre. Ils sont déjà étatsunien et jusqu’ à l’os. C’est une vérité tue. C’est une réalité incontournable qui choque, qui enrage les profs d’université à Toronto, à Vancouver comme à Halifax. C’est un fait très têtu qu’on le veuille ou non.,
Or CiBici suce les deux tiers de l’argent public (normal quota) pour radio et télé publiques…. Avec, au contraire des Québécois, presque personne à son écoute. En effet, fermons la ruineuse CiBiCi déserte. Ils sont 250 millions au sud ! Fatale attraction ? Oui. Si La France (55 millions) avec ses fabuleuses ressources, si Paris se situait là où est New-York… verrait-on le même phénomène ? Sans doute que oui. On dirait : faut fermer Rdio-Canada personne ou presque regarde !
Si je n’avais pas mon journal J.N., ici, j’enverrais une lettre ouverte là-dessus (« Fermons vite la CiBicI ! »). Au Journal de Montréal, au Devoir, à La Presse —comme on le faisait depuis septembre dernier— on jetterait ma lettre au panier ! J’ai un lectorat, ici, de 200 personnes, me dit l’organisateur de ce site. Je compte sur ces lecteurs rares pour répandre l’idée : « Faut fermer la CiBiCi, ruineuse, inutile, vaine, verser ces fonds gaspillés au vaillant réseau français ! »
5-
Dimanche soir dernier, étonné d’abord d’entendre la fameuse Jeanne Moreau —qui incarne las Duras dans un film récent— affirmant : « Il faut être fou pour écrire. Marguerite Duras l’était. » Faut être fou ? Hum…Ensuite, elle dit : « L’écrivain n’est qu’un dévoreur de tout ce qui l’environne. Duras dévorait tout autour d’elle. » ». Eh b’en ! Elle ajoutera : « C’est un métier de solitude totale, écrire. Nous, les acteurs, on a toujours du monde autour, d’autres acteurs, notre réalisateur, ses assistants, des techniciens qui nous regardent travailler. L’écrivain, lui, est tout seul, Duras était seule. »
Fou et dévoreur et solitaire ? Mais non, Jeanne Moreau, non, il y a une sorte de formidable solidarité —l’ouvrage publié— entre liseurs et auteurs ! Allons, ce n’est pas fou de vouloir écrire, c’est sain, très sain. Dévoreur ?…là, oui, inévitablement puisque rien ne naît de rien. Pourquoi pas observateur au leu de dévoreur ?
Je suis e n train —ayant mis pas loin ce « Parfum de cèdre » de Mac Donald— de lire « Le liseur » qu’Aile a acheté hier chez Renaud-Bray, Avenue du Parc. Que « 9 tomates » chez Folio. Un collégien happé par l’amour très génital (à cet âge),séduit par une belle et vieille (30 ans !) conductrice de « transport en commun » …qui se retrouvera dans un procès —post-guerre de 1945— de gardiennes de camp de concentration…eh oui ! Oh ! Bien mené. Fameux. Je l’achève avec déplaisir, je voudrais que cela dure. J’en reparlerai donc sous peu. J’ai terminé, avant-hier, la biographie de Bernard Landry par Vastel. Ce dernier a une manière abrupte de narrer. Ses liens sont mal tissés. Il n’est pas un littéraire et cela fait que sa rédaction reste…disons, comme en a-plat. En revanche, s’il m’énerve, il me comble par sa recherche solide. Il a bien fait son job de biographe, avec rencontres diverses, —parents, amis, voisins, ex-collégiens, anciens chefs politiques, adversaires même. Terminé, on a une bonne idée du personnage public. Que de luttes souterraines, que de temps passé en caucus, en bagarres, en réunions niaises, —avec la cohorte des malheurs domestiques, familiaux, fils drogué en danger, etc. qui s’ensuit forcément— que de vie gaspillée en manigances politiciennes imbéciles.
Oh les calculs qu’il faut faire pour monter, pour combattre. Pour tenir. Pour réunir. Il y faut une âme de militant paroissial et aussi d’idéaliste entêté. certes…bien souvent, sordides batailles coulissières, perpétuelles, pour émerger sans cesse, se reprendre, s’excuser, réparer les bourdes, consoler les blessés, chasser les comploteurs… que de trivialités stupides. Un métier ingrat, impossible.
On sort de cette lecture de Vastel —qui sait la musique par cœur, y rôdant depuis si longtemps et on est en confiance — partagé : est-ce qu’il faut être un saint ou un imbécile pour accepter ce fatras infâme, ces combines obligatoires, ces longues veillées avec, parfois, de fieffés imbéciles qui ne cherchent qu’ à se donner du lustre. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est fascinant et triste à la fois.
Le pouvoir est une corruption totale et il faut arriver à l’obtenir par les plus vils moyens à l’occasion mais s’en sortir comme lavé. Un art difficile, on l’admettra. Comment donc y parvenir ? Par des gestes uniques. Une vue forte. Un but grave .De Gaulle comme Mitterrand, Churchill comme Kennedy, tous, ils firent de sombres magouilles un jour ou l’autre et ils réussirent à émerger en…grands personnages. Quoi ? Ce misérable tas de petits secrets (éventés souvent dans la bio de Vastel) dont parlait Malraux. Sais pas.
Et le livre de Michel Vastel sur la vie de Landry m’a servi d’aide-mémoire des temps récents, cela du RIN de 1960 ou putsch —de Gérald Godin, poète et député— anti-P.-M. Johnson… C’est excitant, on oublie si vite l’histoire qui est en train de se faire. Hier, aujourd’hui, demain.
Allons voir si l’école des jeunes chefs a bien fait se devoirs du jour…J’ai faim.

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