le vendredi 18 janvier 2002

le vendredi 18 janvier 2002
1-
Ma foi, enfin, le voici, le vrai hiver. On pourrait revirer le paysage à l’envers, ça ne changerait rien. Il neige vraiment ! La vue de ce paysage rendu comme invisible. Sans dessus dessous ! Blanc partout. La beauté, on l’oublie, de l’ouate en fines lamelles déchiquetées qui se laisse choir dan s l’air. Oui c’est beau, je le dis sans aimer vraiment cette saison froide. Mes vieux os…
Avons loué « Pearl Harbor », deux bobines. On regrette de n’être pas allé voir cela sur grand écran. Du bon boulot visuel. Certes, il faut attendre une bonne heure avant que s’enclenche…la guerre contre les Japonais de l’Empire du Soleil levant. Les séquences du pilonnage de la flotte américaine : du cinéma étonnant. Technique moderne impeccable. L’horreur. La surprise totale, un Président Rosevelt sidéré. Insulté. Révolté. Ulcéré.
Des images bouleversantes, morts, noyades, avions de kamikazes fous, Nippons horribles de cruauté, le fanatisme de cette époque… et voilà que ma chère Aile ose : « On comprend mieux les bombes sur Hiroshima et Nagasaki, non ? » Elle me dira, plus tard, retirer ses paroles sachant bien que les volcans atomique sur des civils est un « crime de guerre » inexpiable et impardonnable…dont on ne parle pas assez. « Malheur aux vaincus », le « vae victis ! », de la Rome impériale antique ? C’est dire la conviction qui fait enrager… face à l’authenticité apparente, et documentaire à la fois, installée par des talentueux cinéastes de ce « Pearl Harbor ».. Il y a une jolie romance au sein de cette reconstitution, comme l’exige le commerce, récit très plausible, au cœur de ce récit cauchemardesque. La scène (un fait historique confirmé) quand le Président, infirme condamné comme on sait, réussit à se tenir debout est extraordinairement forte. Un chef militaire japonais étonne : un adjudant lui dit qu’il est intelligent et il rétorque : « si je l’étais j’aurais réussi à empêcher cette guerre. »
2-
Vu le deuxième tome sur Mailer. Insatisfaisant. Son époque y est illustrée. Les trois tués célèbres : les deux Kennedy que Mailer aimaient bien, le Pasteur noir célèbre…Les États-Unis (Mailer dit AMERICA, hélas !) s’en trouveront abattus collectivement, honteux, surtout avec cet enlisement au Vietnam. Il faudra la réussite d’Apollo 11, (la lune !) pour que la communauté redresse la tête enfin. À partir de là, le vieux militant de gauche avoue qu’il a compris : « Je savais enfin qu’un écrivain ne peut changer le monde. » Il avoue sa candeur. Mailer y est souvent con (sur les femmes, niais même, mais très franc, lucide.
3-
Hier après-midi, jeudi mon Buissonneau au téléphone. On jase ad lib. On rigole. On se jure d’aller luncher à quatre, lui et sa Monique, moi et mon Aile. Du poulet ? Je blague ! Mon Paul a des jugements raides. Il n’a rien, comme moi, d’un intellectuel. Il aime. Il déteste. Puis, voyant ses erreurs, il admettra rapidement se errements. Comme moi. Nous sommes de la même farine, lui et moi pourtant un monde sépare nos enfances, lui, gamin-ouvrier en usine, à Paris sous les bombes, moi dans Villeray sur mon vélo fleuretant les filles ! J’aime sa ferveur, ses enthousiasmes. J’aime le fervents. Il va préparer en février qui vient un spectacle au chic TNM, du Tardieu. Inoubliable son « Théâtre de chambre », du même Tardieu à son Théâtre de quat’sous, jadis, oh oui, inoubliable ! « J’arrive pas à cesser le boulot, Claude… », me dit Buissonneau. Moi donc ! « Les femmes, ma Monique, sont bien plus sages que nous quand vient le temps de retraiter, de décrocher, non ? » Oui. Je trouve qu’il a bien raison.
4-
Critique molle du Perrault monté au Rideau-Vert, ce matin. « Au cœur de la rose » contiendrait trop de texte ampoulé, baroque.
La critique dit : « Il y a ce couple qui ne s’entend plus et qui craint, le dernier enfant parti vivre sa vie, de devoir se voir en face en face. » Oh…cela…! Oh la la…! Oui, grave question pour tant de couples qui ne vivent plus (ensemble) que pour les enfants. Le temps fatidique des départs de la progéniture arrive, la maison « familiale » qui se vide…L’heure de vérité sonne fort. Un drame souvent. J’en sais un bout là-dessus ! Ma vie vers 1975, 1976… je quitterai mon ex-couple, « dysfonctionel », en juin 1978, rien à faire.
5-
La fameuse Monica aux cigares dans un film pour s’expliquer : « Non, je ne voulait pas la notoriété et non je ne suis pas une candide stupide. » Bon, bon. Reste qu’une groupie est une groupie et on voit ces « achalantes » collantes toujours dans le sillage d’une vedette. Clinton était une star. Parfois, souvent même , c’est un héros de music pop. Même dégât chez ces suiveuses énamourées et niaises. Exploitées comme torchons. On sait tous de ces histoires. Me taire sur certains parages… c’est trop triste.
J’ai oublié, vu le deuxième épisode du célèbre cinéaste Spielberg chez le Lipton de l’Actor’s studio, canal ARTV. Bon. Dans le premier, un grand moment. Ce questionneur plutôt fat, Lipton, (oui, comme la soupe) lui sort une analyse de son cru qui va qui jeter Stephen S. à l’envers. À la fin de « Close encounter… », lui dit-il, cette musique merveilleuse, c’est votre maman, une bonne musicienne, et la machine extraterrestre inouïe, complexe, c’est votre papa, un mathématicien reconnu, non ? Vous avez voulu les réconcilier, les réunir, ayant tant été meurtri, vous l’avez dit, par leur séparation, enfant ? C’est cela ? »
Oh oh ! Le Stephen, les bras à terre, il va murmurer, ému :
« Merci de me le faire découvrir, vous avez sans aucun doute raison. » Oui, un très grands moment de télé. Un lourd silence en studio. Me voilà tout admiratif pour le Lipton en question, sous ses dehors de despote dominateur, il y a donc ce bonhomme brillant.
Spielberg, jeune ado, avait une caméra 8mm, cancre aux études, et il ne cessait de filmer partout, de monter des « séances » d’un amateurisme qui le fait bien rire maintenant. Refusé à une école sérieuse en cinéma, il deviendra « go for », commis, « traîneux » de coulisses quoi, dans les grands studios d’Hollywood, finira par se faire un bon contact. Il fera de la tété d’abord, du dépannage, et puis viendra son fameux « Duel », ce film étonnant que j’ai aimé, admiré, énormément, cette mystérieuse chasse à l’homme par un fardier de 22 roues, puissant et anonyme. Premier signe d’un talent hors du commun. On sait la suite. Avec des erreur de parcours comme il se doit.
6-
À Cuba : pardon au Padron ! Un reporter, ce Pradon, qui avait traité de « menteur » en ondes, le très démocratique Fidel Castro. La prison ! Tombé malade gravement dans sa geôle infect, les autorités de Cuba vont le libérer. C’est le Pen CLub qui a collaboré à sa libération. Ce club, où des écrivains s’associent avec des détenus politiques, ainsi, finit, à l’occasion, par des réussites merveilleuses.
Hélas, durant la crise d’Oka, été 1989, ceux du Pen Club avec Amnisty et Greenpeace, se rangeaient comme des girouettes connes contre le « méchant Québec raciste », décrié par les gazettes anglos, heureuses, dans cette tourmente, de jeter de l’huile sur ce feu sauvage (oh !) propice à leur francophobie maladive. Ils se portaient à la défense des pauvres petits anges amérindiens, les « warriors », une pègre de Saint-Régis qui voulait seulement davantage de passe-droit pour leurs trafics louches de contrebandiers « hors-taxes ». La mode… ces trois organismes tombaient dans la rectitude aveuglée, –et Mgr. Tutu y alla de sa bouffonnerie— j’avais déchiré mes cartes de membre et engueulé ses représentants. Lisons, relisons, de Robin Philpot,, son « Oka, dernier alibi… » (VLB, éditeur) , il donne l’heure juste, montre des documents, de articles sur le racisme indiscutable des anglos nous désignant collectivement comme « racistes obtus. »
7-
À Télé-Québec, (aux « Franc-Tireurs »)avec les frondeurs incorrects, Martineau et Cie, avoir vu un Chapleau tout étonné. Comme moi, il découvrait soudain un Kaboul avec des édifices importants, une ambassade des USA, un théâtre alors qu’avant la fuite des Talibans, il n’y avait, apparemment, à Kaboul, comme dans le reste de l’Afghanistan, que deux pierres et trois roches, un tas de sable et une clôture arrachée.
Bravo ! En effet, ce fut une révélation soudainement. On a en studio de « manipulation », parlé de cette reporter, « la Galipeau avec son foulard, carré de soie Chanel » disait Chapleau, plaquée devant une ruine déserte… Non mais… Ces mensonges de nos grands réseaux, de nos « envoyés au front ». Quel mépris envers nous tous et que la honte les recouvre ces manipulateurs stipendiés.
Même émission, souvent captivante, une Dominique Michel, franche, frondeuse et qui répondra clairement aux questions piégées du questionneur. Découverte une fois encore que face à une interview bien menée, c’est une autre affaire…Une star, à la réputation moche sur le plan de idées, semblera soudain bien mieux équipée intellectuellement qu’on le croyait. Délivrez les artistes des mignardises des entrevues connes où il n’y a que pub, plogue.
8-
Cette série sur la pègre, sur « La famille » Caruana et Cuntrera se révèle obscur. Les noms volent. Impossible de s’y retrouver. Aile, si brillante en matière trouble, en scénarii complexes (qu’elle s’amuse à m’expliciter après visionnement, la saudite !) eh bien, elle aussi, médusée, toute embrouillée dans ces maillages siciliens, états-uniens et…montréalais. Elle me dit : « Je crois que ces auteurs veulent ces ambiguïtés. Que cela les arrange. Ils savent que le mystère épais donne l’apparence d’intrigues savantes, emberlificotées, lourdes. » On y est perdu comme dans la série (bien filmée, bien actée) avec intrigues « poudre aux yeux, de Dionne, « Omerta ».Même opacité avec « Le parrain, 1 2 et 3. Grand public à cause du sujet, succès fort à cause des vedettes surdoués… et le public se tait qui se dit : « je pourrais passer pour gnochon » ! Un enquêteur de la GRC admet qu’on a stoppé son enquête sur les « blanchisseurs » à Ottawa. Faute de fond, dit-il. Oh yea ? Au beau milieu de « La famille », un important chef déclare : « Faut comprendre. Empêcher le blanchiment des milliards de l’argent sale de drogues, ce serait la catastrophe, l’effondrement totale des économies du mondiales ». Bang ! On se regarde Aile et moi. Effondrés, nous le sommes, en effet ! Dit-il vrai ce haut gradé italien ?
9-
Ainsi, pas si éloigné de mon sujet, nous regardons fidèlement la série télé : « À la maison blanche. Des émissions dynamiques, jouées parfaitement, mais…des intrigues le plus souvent obscures. Pourtant, fin de la dernière —montrée, trop tard le samedi soir— étonnant revirement. Le Président en colère avec son chef de cabinet, qui en assez de toujours devoir calculer ses moindre déclarations, pour protéger les partisans frileux, les fournisseurs de fric, les amis des amis, ô la forte scène, le lobby de ceci ou de cela, et craindre la perte du pouvoir qui déclare subitement —il s’en va en campagne présidentielle—, qu’il va être lui-même et tant pis, justement, pour la perte du pouvoir.
Oh ! Merveilleuse colère.
Je me disais si Bernard Landry pouvait subir une telle tentation de vérité politique, le goût d’être un homme d’État, pas seulement un gestionnaire. S’ il pouvait avoir une semblable attaque de franchise totale. Le peuple québécois le verrait clairement. On a tort, toujours, de mépriser le peuple. S’il pouvait s’exprimer sans ne plus craindre de faire perdre le pouvoir au parti. Ce serait si merveilleux. Emballant. Fabuleux. Oui, il perdrait —peut-être, peut-être— le pouvoir. Et puis après ? On ne meurt pas de séjourner dans l’opposition un certain temps, bien au contraire parfois…
Ce qui serait enthousiasmant et fantastique ce serait justement de voir enfin un chef, un homme au pouvoir, qui dirait ce qu’il pense, ce qu’il veut, ce qu’il va faire, sans tous ce calculs des petits chefs de ses entourages. Ces mouches de coche qui ne protègent que leur job assuré au fond. Un Bernard Landry qui s’exclamerait une bonne fois : « Il nous faut maintenant, absolument, un pays, l’indépendance, les leviers complets. »
Qui dirait, courageux et disposé à partir : « Je ne suis pas intéressé à « gestionner » seulement, j’en ai assez de gouverner une simple province comme les neuf autre. Donnez-moi un pays ou bien voter contre moi, assez de ces « bons gouvernements », de la prudence électoraliste, je m’en irai autrement. Nous attendrons dans l’opposition.
10-
Je rêve de ce leader franc, capable de parler clairement, franchement, offrant de s’en aller sereinement, démontrant sa totale liberté, disant : :« Si vous ne votez pas avec moi pour un État du Québec, complet, normal, en vue d’une nation normale, battez-nous dans les urnes, pas de Landry à la tête d’un sous-pays, plus de Parti québécois déguisé en fédéraliste bougon. Je refuse de jouer l’éternel tirailleur avec Ottawa. Suffit ! On s’en ira. On attendra, un meilleur temps, un temps favorable pour obtenir notre unique et seul rêve. » Ô je rêve ? Ça ne viendra jamais un tel homme libre ?
Après tout, l’ indépendance, la patrie à faire naître, c’est bien et toujours l’article numéro un du programme. Non ?
L’autre soir, il était beau à voir le comédien (Martin Sheen, qui est excellent dans ce rôle) illustrait un homme au pouvoir et qui décide qu’il n’en veut plus du pouvoir s’il doit rester une marionnette utile à tout le monde. Landry a-t-il vu cet épisode dans son fief de Varennes ? Si oui, il a dû réfléchir et fortement. Aile et moi…ébranlés, secoués ! Vraiment !
11-
Fou, je me suis dis :j’écris un mot à mon ex-ami, Roy, (il m’a déjà fait cadeau d’une plume spéciale pour mes gribouillis) qui est le chef-de-cabinet de Landry, je lui raconte…ce que je viens d’écrire…Et on verra bien. Le droit de m’envoyer paître certes et je resterai ce mou patriote, comme tant des nôtres, dépités, désarmés. Dans ce triste décor aux empoignes usées à la corde, il n’y a rien pour nous stimuler.
Bref, comme je me battrais alors pour cet homme libre. Mais lutter avec un simple gestionnaire ordinaire…pouah ! Aucun intérêt. Nous serions surpris, très étonnés de voir comment un tel chef serait capable d’entraîner un peuple à qui, une fois on dirait sa seule et profonde motivation de lutter politiquement.. Bon, me calmer et envoyer cet extrait de J.N., au bureau du député de Varennes. Je le ferai.
Un mot sur « Phylactère Cola », prurit d’un genre folichon qui nous exaspère. Comme l’Infoman quand, trop souvent, il est en panne d’inspiration et offre le vide et le nul. Comme avec ce bonhomme au séchoir automatique… vu à T.Q. je crois.
Amateurisme apprécié par qui ? Par des ados en mal de sketchettes bâclés ? Une « séance » de fond de sous-sol d’église, dans le temps, était plus soignée que ça ! Ah si j’avais encore ma chronique au Journal de Péladeau (1971-1976), ou un micro comme à CJMS (1989-1994). Je fesserais et fort ! J’entends rien, que de complaisance partout ! Avons-nous tort ? Sommes-nous dépassés ? On ne sait pas.

Le jeudi 17 janvier 2002

Le jeudi 17 janvier 2002
1- Ouf ! L’avare de Molière, paniqué, crie : « ma cassette, ma cassette ! », je criais « mon journal, mon journal ! » Ça y est, le texte final a été envoyé, hier, à Trois-Pistoles où une Katleen dévouée, efficace, veille à la bonne marche des éditions victolévybeaulienne ! Ô corrections maudites, ô ordinateur maudit qui autorise sans cesse le peaufinage…!
Bon : matin à ciel opale pour le grand net…nettoyage des jours enfuis. Hier à l’heure où Aile part examiner les mets du jour à l’école des petits chefs, deux camions de télé s’installent, les roues sur le trottoir, devant la maison. TVA veut, par satellite, savoir pourquoi le romancier autorise la fessée aux enfants.
Réflecteur dans le salon, parasol réfléchissant, gros kodak, on tourne ! Pierre Bruneau vous m’ entendez ? Tantôt, à j. et c., les deux sœurs de la rue Morin : « Hier soir, on vous a vu aux nouvelles du canal 10, bravo ! On est d’accord, il y a es enfants qui doivent être fessés ! » Bon, offrez-moi un livre et je ferai mille et une nuances. À la télé c’est toujours, faites ça vite, vous avez trois minutes. Résumons : l’enfant-roi ? Nous suivions les préceptes des Neil, Montessori et le célèbre docteur Spock. À la veille de mourir, Spock, notre guide, déclare; « J’ai fait erreur. Les enfants sous le laxisme total, ne s’épanouissent guère, deviennent des déboussolés. Il faut davantage de discipline. » Eh b’ en ! Ma génération écœuré de son virage.
Aussi , désormais, ma méfiance des psys. J’écoute davantage les sociologues car ils travaillent sur le terrain des faits, des compilations, des observations ponctuelles. Les enfants fessés et aimés s’épanouiraient mieux que les non-fessés mais pas vraiment aimés. La grande loi bénéfique : aimer ses enfants et quelques bonnes tapes sur les fesses si ces chers petits deviennent hystériques pour un jouet ou un cornet de glace refusé.
2-
Accrochez-vous, revue des derniers jours :
pas de place et temps pour raconter ma séduction d’une fillette dans le couloir de l’école des petits chefs. On n’ ouvre le portes qu’à 17 h, pas une minute avant. Attente en ligne. La jolie fillette s’ennuie. Va et viens, examine les grands patients. Elle compte les « atttendeurs ». Je l’aide. Elle rit. Elle a six ans. Se trompe, s’excuse en pouffant. Recommence. Je la questionne. Oui, elle sait ses chiffres. Elle compte très vite, jusqu’à vingt cinq, toute essoufflée mais si fière. Ses yeux brillent. . Les grand parents rigolent. Les lettres ? Oui, défilé à toute vitesse de l’alphabet. Nous parlons dessin, couleurs, ses images préférées…les portes du magasin s’ouvrent, et là voilà qui me suivra comme un bon toutou entre les vitrines. Elle me questionne sur mes choix. Je joue l’ignare en cuisine. Elle ri, se moque, me conseille. Six ans ! Quand je dois partir, triste pour rire, elle me tend la main. J’avais une nouvelle petite amie. Les merveilleux enfants, quand on s’intéresse un petit peu à eux, deviennent chaleureux, drôles,
émouvants dans leur naturelle propension à se monter fins pis intelligents.
De toutes ces années passées à amuser mes cinq petits-fils, je ne retiens que deux phrases : « Regarde-moi, regarde-moi ! » et « On est capables ! » Besoin vital, absolu, de grandir et de prouver que l’on devient quelqu’un d’intéressant.
3-
Samedi dernier, halte du « véellbiste » manuscrit à peaufiner, j’ai lu le premier roman d’Amélie Nothomb, petite bourgeoise belge, fille de diplomate, exilée au Japon longtemps, se délectant en studio de télé de fruits pourris, yeux sombres clignotants en face d’un Marc Labrèche, amusante par ses propos insolites. « L’hygiène de l’assassin », raconte les ultimes interviews de reporters déroutés face à un très obèse « Prix Nobel de littérature » qui est atteint d’un cancer rare et en phase terminale. Il avouera avoir assassiné, adolescent, sa cousine adorée. Sujet noir mais prose guillerette, un contraste fascinant. On tourne les pages et vite, la fin, hélas, s’enlise. Pas trop grave, on a eu du plaisir « pendant »…
4-
Gazette de vendredi : Petite bombe : faire comme on fait, à Paris, où les éditeurs québécois n’ont qu’un petit coin tout modeste. Notre « Salon du livre » en novembre 2002, devrait installer les gros éditeurs de Paris… dans un petit coin. Qui ose dire cela ? Un éditeur culotté, Aimé Guérin. Une idée farfelu ? Non, en finir avec le colonialisme d’ici. Ce « Salon… », très subventionné par notre argent public, a-t-il tant besoin du fric des géants parisiens. Le fameux trio de crésus-du-livre :« Galligrasseuil ». Place Bonaventure, chaque année, ils occupent, à prix fort n’en doutons pas, les meilleurs emplacements, tapis, lumières réglées, kiosques d’acajou ! Une fatalité ? Silence compacte, une gêne ?, à l’appel public de Guérin !
5-
Ce bandit, admirable (!) Stéphane Labrie, s’échappant de son fourgon —prouesse rare—se fait coffrer : il était chez sa petite amie dans Hochelaga ! Suivez la femme ! Ma déception. Mon tiraillement… moral. Eh oui, face à ces lascars désespérés réussissant de tels évasions spectaculaires. Romantisme douteux. Certes, certes ! « Quelle âme est sans défaut », mon vieux Rimbaud ?
Le dramaturge surdoué, Berthold Brecht : « Quoi est pus grave, le hold up d’une banque ou la fondation d’une banque ? » Oh le vilain marxiste !
Âme sans défaut ? TVA, hier soir, mercredi, face à face, l’ami Arcand le populaire « psy-radio », l’unijambiste barbu Mailloux, déclare : « Non, moi je serais incapable d’obéir, de supporter une femme comme patron ! »
Oh la la ! Aile a bondi de son fauteuil. Misogynie crasse chez un docteur en médecine psychiatrique ? En 2002 ? Décorateur de télé, j’ai eu à obéir souvent aux diktats de réalisatrices. Douées, tout va bien. Connes, non. Il y a des femmes connes et des intelligentes, bonhomme Mailloux, pépère ancien va !
6-
Avant-hier, mon fils, Daniel, ex-prof devenu inventeur de jeux de société, publie (Le Devoir et La Presse) une lettre ouverte condamnant toutes les gloses religieuses, sources de conflits armés si souvent. Ma fierté. C’est bien envoyé, bien rédigé. Aile est questionnée : « T’as lu Daniel ? C’est bien fait, hein ? » Réponse « ailée », née en mai comme mon fils : « Que veux-tu, c’est ça, les taureaux ! » Je rugis : « Et nous, scorpions ? On est quoi, des « pas bons » ? » On rit.
7-
Épouse du Yves Michaud au bord de la dépression, dit-il, en entendant les accusations de racisme antisémite d’un prof de Mc Gill, Marc Angenot. Procès à ce Angenot, pour diffamation, en marche !Depuis « l’infernal geste » des nazis, l’holocauste effroyable en Allemagne catholique et protestante, le moindre mot de travers sur les juifs et c’est la mort de votre réputation. Payons —pour des siècles et des siècles— chrétiens de toutes les sauces ! Payons les conséquences de ce meurtre collectif, le plus écœurant de toute l’histoire universelle. À Outremont, en septembre 1988, dans l’hebdo local, j’avertissais —amicalement— que les juifs intégristes, secte hassidim, devraient s’intégrer un petit peu à la majorité qui les entourait, nous, les « goys » ou aller s’installer en ghetto, comme les Hammisch de la Pennsylvanie ! Oh merde ! Ce ne fut pas long —la Ouimet de La Presse, le Cauchon du Devoir— que l’on me collait l’étiquette infamante : Jasmin Antisémite ! Encore aujourd’hui, on me taquine ou, carrément, on me soupçonne. Parfois pour blaguer, parfois avec… ce doute derrière la tête… Je n’en suis pas mort mais il n’existe pas de décapant pour cette sorte de tache. Dieu merci, ceux qui me connaissent bien savent que j’aime et que j’admire les juifs et… que je ne me prive pas de les blâmer —des juifs le font aussi— pour trop de colonies envahissantes en Palestine; un esprit libre, c’est comme ça.
8-
Le vendredi 11, à TVA, m’amusent ces « gérants d’estrade » farfelus, le pédant-Larocque, le « je suis partout » Michel Vastel et Léger-le-sondeur : ils disent, doctes et sagaces clairvoyants, ce que devraient faire les chefs péquistes. Ils savent, eux ! Se cherchent-ils des jobs de conseillers stipendiés ? On dirait.
À propos d’itinérance, des sans abri ? Ce même vendredi, Rioux, (correspondant à Paris) cite feu Foucault : « Foin de la république du bien, et son souci bourgeois de mettre en bon ordre le monde de la misère ». Vérité embarrassante ? Il y a plus embarrassant : feu Guibert, ami du grand homme, révélait la scatologie —les bains d’excréments en Californie !— dudit Foucault ! Un esprit si brillant aux prises, dans sa vie privée, avec un vice répugnant. Dans le temps, une lecture ravageuse du grand penseur !
9-
Quoi : stock de pseudodéphrine… ça mange quoi en hiver. Scandale, en réseau pharmacologique, c’est, les médicaments, une industrie gigantesque, un lobby tout puissant, ici comme aux USA, comme partout. Favoritisme, « patronage » éhonté ! Alphonso G. s’en va au Danemark pour nous représenter ! En bon macaroni —ce que Chrétien n’est pas— l’Alphonso doit payer pour ses vantardises, son manque de discrétion, ses allures de « parrain » goguenard. Les Chrétiens et Cie, plus « white-anglo-protestant » d’allure, vont continuer les tripotages politicien. Leçon pour tous à Ottawa comme à Québec : « favorisez vos bons copains mais arrangez-vous donc pour qu’on n’en parle pas publiquement.
10-
Déception vive de ce trois heures de télé, sur ARTV, :un Picasso réduit. Une bande sonore infect. Du dumping ? Une vie bien mal racontée. L’épisode du Picasso viré en dévoué stalinien, devenant une simple anecdote. Oh non ! Le terrible naufrage au large de Rimouski : notre Titanic à nous. Récit mal narré encore une fois, canal Historia. Quand on en sait plus long que les documentaristes, ces documents visuels sont menteurs, ou rapetisseurs, sont « poudre aux yeux » mais pour celui qui ne sait rien sur Picasso ou sur ce paquebot noyé, c’est « la » vérité. Je veux dire ici que les livres informent tellement mieux que cette télé toujours pressée. Coq à l’âne, un bon film fait cela : je pense souvent à l’acteur Crowe incarnant le Nobel Nash, malade mental de génie. J’entendais, enfant , le génie et la folie, mon petit gars, ça se touche ! Je pensais qu’on disait une… ânerie. Aussi tant de contes, tant de films, montraient de ces savants fous, des Frankenstein, des docteurs Mabuse, Cagliari, Jeckill, je remerciais le ciel, candide, de n’être pas un génie. Un fou. Ce film ave Crowe se mérite deux étoiles, celui ave Brad Pitt dans le fabuleux vol de trois casinos de Las Vegas, que j’ai vu comme un simple divertissement, trois étoiles ! Injustice !
L’heure du lunch, ciel tamisé par une neige légère. C’est beau. Pause pour du jambon frais cloué d’épices.
J.N.
SUITE-biss :le jeudi 17 janvier 2002
1-
Je continue à…nettoyer mes journées de cette mi-janvier.
Quatorze heure de l’après-midi, même jeudi et, oh ! la belle beauté par la fenêtre ! Une neige qui compte ! Descente des flocons comme au ralenti : « Regardez-moi bien tomber les humains ! » Pas vu cela depuis si longtemps avec cet hiver exceptionnel, que l’on nous dit « un phénomène depuis le début du siècle dernier ». Dehors, grande douceur, agréable de sortir. Les directeurs de centres de ski doivent se frotter les mains de contentement.
2-
Dimanche dernier, cahiers littéraires des quotidiens favoris sur la table. On comprendra que, pour un auteur, c’est le régal anticipé. Souvent, la déception. Le café fume peu. Le réchaud, c’est pas vargeux ! La cigarette, elle, fume. Maudit poison bien aimé, dont on arrive pas, ni Aile ni moi, à nous débarrasser. Lutte vaine depuis des mois. Essais dérisoires : on tient une semaine puis…rechute dans le vice du tabagisme. « Quand est-ce que ça débutait cette sale manie, Aile ? Réponse :« J’ai seize ans, j’entre comme sténodactylo au Service commercial » de Radio-Canada, ex-hôtel Ford, boulevard Dorchester. Je m’achète une cigarette à la fois, payée à des « grandes »… qui semblent tellement heureuses de fumer ! L’exemple, tu vois ! « Je serai une grande moi aussi, il n’y a qu’ à fumer. S’intégrer à un groupe complètement quoi. Bête. Et toi ? »
Je répond : « Moi, oublie-le pas, il y a plein de paquets dans la cave chez nous, où se trouve la gargote de papa. De toutes les marques. Je me sers. Petit voleur, va. Offrir des cigarettes aux petits copains, un geste pour avoir encore plus d’amis. Et rien à payer. J’ai treize ans, je crois. Fumer en cachette un peu partout. Comme tu disais : imiter les grands. Fumer comme les acteurs au cinéma. Devenir vite un homme urgent ! » Connerie de cette époque. On savait pas trop rien sur tabac et santé, faut dire. C’était valorisant, publicités partout. On changeait de marque de temps en temps. Mystère. Des Buckingham, Turrets, Winchester,
Philip Morris, longtemps. Des Gauloises, des Gitanes, pour faire l’européen ? Des Exports, Matinée, Benson and Hedge, Players Maintenant des More, longues, elles durent plus longtemps, il me semble. Hon !
3-
Ces cahiers donc. Comme j’aimerais lire sur la jeune auteur du « Ravissement » que j’ai tant aimé. Ou sur ce jeune Senécal qui m’intrigue. Mais non, cahier « Lectures », comme si souvent, pleine page, illustrée d’une photo énorme, sur un parisien, Benoit Duteurtre.
À Paris, n’est-ce pas, ce dimanche, on consacre à un écrivain du Québec le même espace ! Hum ! Satané colonialisme des médias snobs d’ici ! Ce Duteurtre, questionné, dit qu’il est allé plusieurs fois à New-York avant de se décider à venir nous voir. Bien aimable. Oh, cette fascination totale pour les USA en France.
Chacun son colonialisme quoi. Un groupe d’ici (Les jardiniers…?) aurait mis en musique son texte :« Sometimes I’m happy ». Autre mode du colonisé, l’english, pardon l’american way of thinking and writting ! Coups de pied au cul, oui, qui se perdent.
4-
Nous perdons, créateurs, tous nos droits 50 ans après la mort. Ou 70 ans, dans certains domaines. Je lis que reste à jamais :le droit moral. Interdiction de déformer, de « dévisager » l’ouvrage d’un mort. Procès possibles. On voit ça :pour Hergé et « Tintin », pour Jules Verne, fdes descendants lointains font des crises. Luc Plamondon a-t-il trahi le « Notre-Dame » de Hugo ? Il est mieux de se guetter ? Pas de danger avec Charles Perrault ? L.P. prépare une « Cendrillon », alias « Cindy », à a mode américaine ? La fille bafouée se fait « lifter », modernisée, mais ce Perrault pigeait chez Grimm… qui pigeait où, lui ? Molière pigeait souvent en Espagne : Don Juan. Corneille et « Le Cid ». Reste un fait : des metteurs en scène tripotent, raccourcissent, déplacent des scènes, changent des pièces. Le Pierre Perrault au Rideau Vert ? J’ai lu que Marleau y a fait des coupes. Silence partout ! Le « droit moral » qui s’en soucie au fond ?
La soupe est servie, ça sent les poireaux, je vais descendre en vitesse.

Le mardi 14 janvier 2002

Le mardi 14 janvier 2002
Pas de J.N. encore…
TRÈS PRIS PAR « DERNIÈRES CORRECTIONS » AVANT IMPRIMERIE DE MON PROCHAIN LIVRE
« ÉCRIRE »
POUR VLB.
SORtIE AU « SALON DU LIVRE DE QUEBEC », au PRINTEMPS QUI VIENT, (début avril
quoi)
SA PROMESSE. IL ME LE JURE. _
EN AVERTIR LES LECTEURS DE J. N, de ce délais à mon journal ???.
Tu jugeras. »
Ça se sera pas trop long !
CLAUDE

Le vendredi 11 janvier 2002

Le vendredi 11 janvier 2002
1-
L’avais-je oublié, c’est cela l’hiver ? Quelques rares et bénis jours radieux de soleil brutal — propre aux pays nordiques ?— et, bien plus souvent ce gris étalé tout partout ! Comme ce vendredi matin d’aujourd’hui. Bof ! Bientôt mars n’est-ce pas ? Je sais trop bien désormais la vitesse du temps, des saisons. Patientia !
Le « vieux » se questionne quand il examine le monde des nouveaux venus.
Un exemple : elle se nomme Lévy, Conception de son prénom. Son boulot : « réserviste » (?) dans un cabinet d’avocats par les soirs ! Au bord de la nuit, retour de ce boulot, Conception dit aimer visionner des films en arabe, en hébreu ou en japonais, peu lui importe. Quel canal ces films ? Où les loue-t-elle ? Pas de réponse dans l’interview. « Je savoure aussi un film ou sans les images ou bien sans le son. » Eh b’en !
Pour elle « érotisme et ésotérisme », même affaire. (!) Elle se dit intriguée par les « potions » celtes (!) ou égyptiennes, par le Karma Sutra. Aussi par la métaphysique. Seigneur ! Cette Conception cherche, sur Internet, des sites et sur l’urologie (!) et la physique quantique. Femme singulière, hein ? Elle fut barmaid un temps, stagiaire à l’école du barreau… étudiante aux HEC…a quitté car elle déteste « les bancs d’école » ! Bonne Vierge ! Plus jeune, elle fut découragé d’aller étudier en théâtre par ses parents.
Elle élève des escargots !
Les amoureux ? « J’en ai eu ma claque des hommes. » Oh la la ! « Ils étaient comme « mes » enfants ! Elle termine par, tenez-vous bien : « Du jour où je sais que je ne leur apprend plus rien, il n’y a plus d’échange possible et je pars » ! La photo nous montre cette bizarre « enseignante » aux hommes », jolie et sérieuse jeune femme, cheveux sombres, lunettes de la studieuse.
Je vous le redis : un certain « nouveau monde » m’intrigue au plus haut point. Pépère Jasmin, est-ce cela vieillir ? Découvrir des cadets aux mœurs déroutantes ?
2-
Bande chanceux, va !
Je vais vous résumer ce très long entretien du Nouvel Obs avec un brillant psy, auteur de trois volumes sur la question, Boris Cyrulnik. Sujet qui nous tient tous à cœur, le bonheur.
Voici donc en une douzaine de brefs paragraphes, la substantifique moelle de ses affirmations, parfois renversantes.
A- Un enfant dont les parents ne s’occupent pas sera inapte au bonheur ! Il faudra le « réparer ».
B- Tous nos progrès sociaux mènent surtout, au « bien-être », ce qui n’est du tout le bonheur.
C- Issu d’un contexte familial, ou social, qui n’a pas de sens, pas de projet à rêver, à élaborer, on devient inapte au bonheur.
Une grave épreuve, comme contracter un cancer, peut donner du bonheur : enfin une lutte, un combat, un « sens à la vie », qu’on peut raconter.
D- Les médicaments, culture techno-industrielle, tel le Prozac, sont sans effets secondaires graves comme la cigarette ou l’alcool, mais ne sont qu’une solution moléculaire. Ils ne règlent pas « le malheur ». Les solutions affectives et culturelles sont plus importantes.
F- Il y a l’utopie pour rendre heureux. Le vent bien des églises, des sectes, des partis politiques et… les vendeurs de voiture !
G- Jeune psychiatre, les asiles étaient « merdiques ». C’était « notre espoir » : corriger tout cela. J’étais heureux ! Utile, cette « représentation » de l’avenir, d’un progrès. Jeune communiste après la guerre, j’avais une utopie : améliorer l’avenir du monde ouvrier. J’étais heureux.
H- Nous sommes —ça n’a plus rien à voir avec le bonheur— dans une culture du « bonheur immédiat ». Un leurre cette quête de jouissance rapide, d’échappée du réel, via drogues, sexolisme, « don juanisme ». La dépression en est la conclusion fatale, maladie qui ira grandissante en ce nouveau siècle.
I- Les nazis étaient heureux, les membres du parti « Front National » de Le Pen, eux aussi. Les talibans aussi. Utopie nuisible ou non, c’est un fait. Le sentiment « d’appartenance » rend heureux.
Cette solidarité mène au mépris des autres. Cela opère comme un mythe, souvent avec tout un rituel sonore et visuel : musiques, slogans, posters. Il y a un chef, un leader :militaire, prêtre, gourou, chef charismatique, tribun démago…ben Laden. On se distingue des autres, c’est l’aristocratie des minables. Le groupe amène du bonheur; le fanatisme, le racisme, l’intolérance et c’est euphorisant. Surtout pour ceux qui « s’identifient » mal, qui n’ont pas de famille, pas d’amis véritables. Même un voyou de HLM, un délinquant peut savourer cela : « J’ai enfin une identité, j’ai mon gang ! »
La haine rend heureux, c’est un constat.
J- Les mystiques sont des anxieux, l’extase est une défense. On abolit le doute qui engendre malaise. La recherche d’une vérité définitive les inspire, car l’ambivalence leur est source de conflits. Qui dit vrai ? Israélites ou Palestiniens ?
Pourtant le relatif permet de chercher à comprendre l’autre, les autres. Ceux-là rejettent donc l’angoisse de chercher des nuances. Des angoissés se font souvent des « mythes éphémères »; selon le niveau d’éducaton, héros sportifs, vedettes de cinéma ou « médecins sans frontière », intellectuels médiatisés.
K- L’être humain déteste deux chose fondamentalement : la liberté et le bonheur s’y rattachant. La liberté est angoissante. Elle vous tend responsable. Sous un dictateur (tel Salazar au Portugal), on était heureux. C’était simple, le mal venait des socialistes pour les militaristes. Pour le peuple, le mal venait des militaires et des curés. Fin de cette dictature : c’est l’angoisse. Plus de totalitarisme pour dénoncer le mal, plus d’ennemi. La peur d’être maître de son destin.
L- Pour le bonheur, vive la une « double-vie ». Celle du gagne-pain obligé et celle d’une passion, d’un projet personnel. Sinon, avec la retraite, ce sera la dépression. Malheur à ceux qui investissent tout dans le boulot.
Mais pas de rêverie irréalisable, pas de fantasme idiot, On a vu la vraie histoire de Jean-Claude Romand (lire « L’adversaire », ou voir le film qui en sera tiré « L’emploi du temps ») sombrant dans la crasse duperie des siens. Il finit en prison et se réfugiera dans la religiosité.
M- Les liens sociaux, une force. Le bonheur existait dans les petites ville, les campagnes. Cette solidarité peut être aussi une prison. Un carcan culturel étouffant. La femme :une porteuse d’enfants et
l’homme, annexe des machines, un pourvoyeur.
Désormais, il y a l’aventure de se construire une personnalité. Un enfant longtemps isolé, je travaille là-dedans, ne se souvient de rien. Les souvenirs ont besoin d’être reliés aux souvenirs sociaux. Les enfants à qui personne ne s’attache deviennent phobiques. Ils marchent, parlent, très tard. On a pu mieux « réparer » des orphelins libanais qui avaient des amis, un jeune chef, que des enfants avec des parents dépressifs, une mère malheureuse. Puis c’est l’adolescence, la rupture nécessaire. L’ado doit se faire son propre projet.
N- Le bonheur se construit. Il faut du partage. Pas de l’échange, terme commercial limité. « Ensemble, on va faire ceci, cela… » Avec conflit et c’est créateur. Seul, on ne peut rien développer, ni se développer. C’est l’altérité qui fait vivre l’homme en harmonie. L’enfant sans aucune aide va marcher à quatre pattes.
Donc, le bonheur n’est pas un état, c’est un objectif. Faut y aller, partir, tenter l’aventure, mettre les voiles.
3-
Une voix amie : « Tu devrais faire payer pour la lecture de ton journal. Les gens n’apprécient pas ce qui est gratuit, Claude. » Oh, oh ! J’hésite, savez-vous ? La voix : « Vas-y, ils sont ferrés maintenant, ils vont accepter de payer, sois-en assuré. » Non mais… S’i me plait à moi de me faire lire à l’œil ! Mon droit, non ?
4-
Correction, il fallait lire « Puerto Plata » et non « Porto Plata », récemment. Le rocker Éric Lapointe vient de « visiter », quatre jours, la prison du lieu. Nous avions visité l’ancien fort prison, une forteresse antique ruinée. C’était affreux. Sosua, où Lapointe aurait dansé et…consommé…nous avait paru un village bizarre. Tous ces marchands —de chair humaine féminine aussi— étaient encombrants. Loin de la Floride florissante —c’était un premier séjour aux Antilles— cette « république » était embarrassante pour le voyageur qui a un peu de cœur. Tant de pauvreté ! Au retour, nous n’étions pas du tout sûr d’avoir envie de retourner jouer les « gras-durs nord-américains » en de tels parages. Notre brève visite à Puerto Plata nous avait montré très clairement la misère ambiante. On se dit : notre argent de touriste peut les secourir et puis on réfléchit et, enfermés dans notre club-med luxueux, « Iberostar », est-il bien certain que les profits collaborent au mieux-être des indigènes ?
Les naïfs, seuls, vont croire que deux faits ne comptent pas pour la liberté si vite retrouvée par le chanteur pop, Lapointe. Un : c’est une vedette québécoise, danger de le garder en cellule. Deux: l’emprisonnement peut nuire à la venue des touristes. Le bla-bla d’un avocat, du gérant et autres commentateurs, est une belle connerie. Le fabuliste : « Selon que vous serez noir ou blanc… » Jos Bleau, lui, y aurait goûté.
Candeur aussi…vu le « parrain », sir Gagliano, plutôt hilare, à l’aise, confortable, face au Bureau-au-si-beau-bureau, hier soir. Il sait tant de choses. Il a parlé de sa liste de députés de l’opposition, qui font des pressions —aimables et gentilles— pour placer amis et supporters. Il sait bien que de haut en bas de la chère « colline » parlementaire, ça dégringole le favoritisme. Tout le monde fait ce qu’on lui reproche.
Colonne voisine du sbire tout-puissant de Saint-Léonard, journal de ce matin, on lisait : « Bernard Landry veut amener « son ami » le docteur Levine à ses côtés. » C’est de même ! Depuis toujours. Les « cymbalistes » ès médias jouent une comédie d’hypocrite ! Pratte, éditorialiste, a joué de cette innocence surfaite, ce matin. Honte à lui !
5-
J’entends ma chère Aile en train de peinturer la petite toilette d’en bas. Broush, brouch… ! Elle y va !Je lui ai préparé peintures, du blanc et du ocre, baguettes à brasser, pinceaux, torchon… Moi ? Je tiens journal. Je plaisante, elle est de ce genre de femmes qui aiment bien faire de ces travaux virils de temps à autre.
6-
Hier soir, Norman Mailer à T.Q., premier entretien de trois. Pas bien fort. Documents archi-connus sur les actualités de son jeune temps. L’homme est antipathique à mes yeux. Je ne regarderai pas le reste. Sa déclaration : « Comme tout écrivain, parmi les morts aux Philippines, en 1945, je restais froid, emmagasinant pour un roman. » Non, faux, des écrivains s’enflamment devant des atrocités et ne jouent pas les témoins de glace. Très faux !
7-
Suis-je trop romantique ? Ce Labrie qui s’évade d’un fourgon…et court…et court…Fou, je suis comme de son côté Il est l’exemple de l’Homme captif ( lui, un vulgaire braqueur de banque) qui doit se libérer. À tout prix. Risques énormes. Audace terrible !Oui, je me sens comme solidaire d’un tel audacieux. Et fus triste de savoir qu’on la replongé dans la marmite carcérale douze heures plus tard. Il y a chez moi, enfoui loin j’espère, de l’ anarchiste, du Bonnot et sa bande ! J’ai bien honte !

Le jeudi 10 janvier 2002

Le jeudi 10 janvier 2002
1-
Hier, un mercredi (sans J.N.) avec problèmes sur ma vieille machine « Mac ». Oh la la ! Arrivais pas à expédier des J.N., celui du 7 ou du 8 janvier ! Des appels SOS à Daniel et Marco, le fils et le gendre, si habiles, eux, en « ordinations ». Et Aile chez le toubib et à Notre-Dame… « Rien de grave », dit-elle à son retour d’hôpital où elle a croisé un Michel Chartrand, tout sage, en ligne avec tout le monde dans un couloir. On ramasse les victuailles et on remonte à Ste. Ad. Bouffe au St-Hubert « barbàqueue ». La bonne soupe poulet-riz…yum !
Vu le « Bureau-au-si-beau-bureau », « Le Point », avec un monsieur Roy, spécialiste de l’Islam. Conversation éclairante. Clichés « musulmans » mis aux vidanges un après l’autre. Au matin, « in » Le Dev., lu ce Patrick Declerc, un savant psychanalyste ex-Canadien vivant à Paris —longtemps— parmi, oui, au milieu les SDF, itinérants. Encore le cassage des stéréotypes. Parfait ! Je viens de retrouver ce bonhomme dans un article du dernier « Nouvel Obs » acheté au dépanneur sous Le Manoir. P.D. dit : « des fous volontaires. Oui. Une folie. » Il publie un livre sur la question. J’y reviendrai. Il dit que les clochards (clochardes) refusent toute forme de vie sociétale. Leur libre choix. Comme on est loin des sincères (!) démagogues (maire Tremblay et Cie) qui veulent absolument les encadrer, les ramener…à nous !
2-
Ma « voisine » d’en face, de biais si vous voulez, Chemin Bates, est la femme de mon fils. Lynn travaille comme relationniste pour les publications de Quebecor. Quand je ramène j. et c. au Phénix, je passe souvent la saluer. Mardi matin, elle est de belle humeur. On pique une jasette. Elle craint un déménagement. Projet de regroupement à la Maison mère, rue Saint-Jacques, en face de la Tour de la Bourse. Elle dit : « ce sera le métro obligatoire alors, pas de place pour stationner dans ce bas de la ville ! »
Son boss », Simard, n’était pas à son bureau, voisin de celui de Lynn. Ce Simard fut mon éditeur, le monde est donc petit, pour un conte-jeunesse :« Partir à l’aventure, loin… » et de deux autres livres : « Un été trop court », journal d’une saison (l’été de 1994) et un essai sur le mode « fantasy », l’horreur : « La nuit, tous les singes sont gris. »
J’avais cru, candidement, vu leur puissante machine concentrationnaire, à des moyens publicitaires énormes ! Mais non…rien ou pas grand chose en promotion dans leurs revues, journaux etc. Chaque « cabane » de Péladeau tient à garder sa liberté, n’est-ce pas, cela devient l’envers du « productif », les dirigeants se méfient même de leurs produits annexes ! Et puis, on le sait : la familiarité engendre du mépris ! Résultat pour mes trois publications ? « Mévente ». On a mis en charpie mes livres. Je m’envolai alors chez un autre voisin, rue Ducharme, Jacques Lanctôt.
3-
Attendant Aile à ses tests médicaux, j’ai visionné cette Biographie du Canal D : « Claude jasmin, touche à tout », un jack-of-all- trade » ? Je revois mon fils affirmant que… « Mon père ne m’épanche pas facilement, il se garde bien de se confier en profondeur… » Je reste songeur !
L’image que l’on projette sur autrui, sur ses enfants même, est en dehors de votre contrôle.
Il est vrai que j’ai une sorte de curieuse pudeur…surtout envers mes descendants. La crainte de les charger du poids de mes…anxiétés ? Peut-être. Je me suis souvenu d’un vague camarade d’Aile à la SRC, qui, subitement, nous confiait ses problèmes intimes : divorce, délicat partage…etc. Je l’avais vite interrompu à la grande stupeur d’Aile. Explication exigée après son départ : « Bien…Je craignais qu’il regrette, après ses confidences, de s’être livré trop crûment. » Eh oui ! Folie ? Je ne sais trop.
4-
Ce mardi soir, le restau encore. Ma chère « Moulerie », (sauce roquefort ou sauce indienne, miam !) rue Bernard. Rencontre d’une comédienne, madame Martineau, qui « tient salon » à Outremont ! Littérature, musique, chant, poésie etc. Elle me remercie de l’avoir installée dans le livre « Outremont » , l’an dernier. Me menace d’une invitation à son « salon ». Brrr… Je n’ai rien d’un salonnard, moi !
Jeune, l’insulte courante pour tous ces redresseurs de jeunes personnalités en friche, nous : « Maudit achalant, pas de morale hein ! » ou « Fais pas ton moraliste, okay ? » Nous confondions deux mots : moraliste et moralisateur. Il arrive qu’on me fasse le fameux reproche. Eh bien oui, je suis moraliste et très fier de l’être. Ça fait enrager tous ce monde libertaire, désaxé, mou, flou, pour qui , il n’y a de bon que « liberté à gogo ! » Deux grand auteurs, d’une nature pédéraste pourtant, étaient des moralistes solides, André Gide et Henri de Montherlant. Ils avaient leur échelle de valeurs, des critères, des balises. S’il faut haïr les moralisateurs qui se répandent en interdictions futiles, qui ont davantage de peurs idiotes que des valeurs essentielles, il faut soutenir les moralistes.
Je parle de cela car j’ai envoyé encore des messages à mes jeunes mousquetaires, les cinq petits-fils. Je ne cesse de leur recommander « l’estime de soi ». Quand on a de l’estime pour soi on se conduit bien. Les dérives de tant de jeunes viennent, à mon avis, de ce bafouement de soi-même. Je dis à ces adolescents :
« Vous êtes uniques. Vraiment des êtres uniques. Comme tout le monde certes mais trop de monde l’oublie etc c’est alors le glissement vers des modes néfastes, ils deviennent des suiveurs en chutes funestes, drogue etc. Jeune je m’aimais, je m’aime, et je me suis conduit comme quelqu’un qui s’aime, qui croit en lui. J’ai toujours fui à toute vitesse, d’instinct, les « essais » niais juste pour être à la mode, porno, échangisme, communes naïves,
alcools à satiété, expériences « juste pour voir ».
Vous devriez, lecteurs, voir la tête des jeunes quand, aux écoles, je dis : « Soyez différents, ne vous habillez pas tous de la même façon, fondez votre jeune personnalité hors des rangs, ayez le courage de ne pas être moutonnier, combattez ce « grégaire » si rassurant, évitez de vous fondre dans la masse ordinaire des écoliers. Oh oui, leurs têtes alors !
5-
Aile me chicane souvent. Parfois avec raison. Je suis d’un naturel salissant, sauvage, d’une « bohème » malcommode. Elle se fâche fort à l’occasion, en devient moins … Aile —ou ange— que démone. Une diablesse ! Et c’est les altercations comme dans tous les couples où l’on ne peut rouler sempiternellement en douceur. La diablesse, la satane en colère contre son « petit maudit cochon », en a comme des cornes sous sa jolie frange de cheveux, invisibles aux étrangers, un pied de bouc, de biche ?, hon ! un « crow bar »? La tempête passe, je fais des promesses : « ça ne se reproduira plus, je respecterai nappes, tapis, meubles… »
La tempête me fait me réfugier dans la lecture de cet « Été top court », cet été de 1994. J’écris pour moi ? Mas foi, oui, j’aime bien, après presque une décennie, revoir, revivre nos éphémérides. Calmée, Aile écoute, toute souriante, mon rapport des faits et gestes —et pensées— de notre couple voyageant au Saguenay cet été-là, puis nous dorant la peau en lisant au soleil d’août au bord de l’Atlantique du Maine, à Ogunquit. Je recommande à tout le monde de rédiger ainsi des calepins de mémoires. C’est fort divertissant à déchiffrer plus tard, il faut me croire, essayez. Quand je voudrai, je relirai, amusé, étonné parfois, le temps qui filait, de septembre 1987 à février 1988 (« Pour tout vous dire », chez Guérin) ou bien les jours qui passaient de mars 1988 à décembre de cette année-là (« Pour ne rien vous cacher », chez Leméac).
Dés 1984, un an après la mort tragique de la première épouse, bizarre, je publiais, chez Leméac, cinq romans policier. Cinq fois, l’assassin du polar était une femme ! Oui, curieux ! Un psy qui me lit dira-t-il : « Hum, c’est clair, tentative inconsciente de déculpabilisation ? » Eh !
6-
Ce matin, jeudi, ciel uniformément gris. Temps doux hier, mercredi à Montréal et encore aujourd’hui. Hier soir tombait une neige toute molle, fondante. Aile ravie de cet hiver qui ne vient pas vraiment. Cette vieille maison centenaire nous fait des factures en chauffage mirobolantes, époustouflantes…alors…
Actualités du matin : ce terminus où tournoyaient les tramways de ma jeunesse, rue de Fleurimont (disparue, rayée de la carte !) vaut dans les 20 millions de dollars ! Québec, l’acheteur, veut un méga hôpital. À quoi s’opposent certains dont un fameux gynécologue (celui d’Aile). Ce lieu était aussi proche de notre grande frayeur :L’École de réforme (devenu école de théâtre) . Menace de nos parents quand on cassait des carreaux : « on va vois faire renfermer à l’école de réforme ! ». Lieu aussi, plus tard, lieu de regroupement des manufactures de lingerie où mes sœurs ont sué, bossé, où des juifs hassidim —discrets, cachés—faisaient de l’argent; les ordres aux midinettes venant de petits-boss, de sous-patrons, les contremaîtresses honnies par mes sœurs. Pas loin encore, l’hôpital des enfants, Sainte-Justine (déménagée Côte Sainte-Catherine) où l’on m’opérait pour une appendicite à 13 ans, premier séjour hors foyer, éprouvant. Ce CHUM donc où virevolteront, au lieu des trams, des civières par centaines !
Le réalisateur Laforce, sur la piste du « Petit train du nord », nous en contait une bonne : un jour il fait la connaissance de l’acteur Gilles Renaud. Pas vraiment un inconnu ! Sa tante, « vieille fille » midinette, (c’est le lien de ce coq à l’âne !) assise à sa machine à coudre pendant vingt ans face à une autre « catherine-ouvrière » racontait en détails la vie de son cher neveu, le petit Laforce. Et vice-versa. Cette autre tante était celle de l’acteur Renaud ! À Rosemont, à la maison : tout se savait de l’un ou de l’autre sans, évidemment, qu’ils se connaissent !
Étonnant, quand, vieillis, le réalisateur et le comédien travaillèrent ensemble, ils savaient tout l’un de l’autre par ces commérages des deux « ma-tante », trente ans durant !
Cui, cui, cui, cette histoire, cocasse non ?, est finie !
7-
Plein de civières de nouveau dans les couloirs des « Urgences ». La ministre Harel passerait à la Santé, le Trudel, jugé « chancelant », dehors. Aïe ! Ce jeu (bien peu musical) de la chaise honteuse ! Quoi encore ? Le ministre Gagliano soupçonné de nouveau de favoritisme, d’ingérence grave. La farce. Le bon peuple n’est pas dupe et sait fort bien qu’en ces milieux politiques le favoritisme est florissant et cela depuis la nuit des temps, dans tous les échelons de tous les partis « politichiens » quand ils arrivent au pouvoir… ou qu’ils s’y maintiennent.
Qui croit-on étonner ? Allons, c’est connu comme « Barrabas dans la passion ». Un cas éclate au grand jour et voilà les graves « informateurs » patentés, hypocrites, qui crachent manchettes et commentaires, jouent les scandalisés. Combien de journalistes à bons contacts se font vite nommer relationnistes, chefs de cabinet, directeurs de bureau dès l’élection terminée ! Hen ? Oui, une farce. « Tu penses qu’on s’en aperçoit pas », chantait Vigneault ?
Mon Dieu, je me sens depuis ces J.N. comme en 1989 quand j’arrivais pour cinq ans, à la radio de CJMS, avec mon « débater » Arcand, pour gueuler sur les actualités. Je ramassais, découpais, empilait les nouvelles chaque jour. J’aimais ça ! J’aime encore ça et ça se voit hein ?
8-
Je lis des déclarations d’un ex-ministre de l’Éducation qui se fit mettre à la porte pour Jospin quand des foules descendirent dans la rue, contre sa réforme globale. Ce Allègre, à Paris, éclate : deux forces énormes bloquaient mon travail de rénovation :les bureaucrates du ministère en question et les bureaucrates des syndicats installés. Il aurait préféré sonder la population par référendum. Je dis à Aile pour illustrer la vérité d’Allègre : « Tu t’es présentée et tu as été élue, tu es ministre de la culture, mettons. Te voilà dans ton neuf bureau. Aussitôt, sous-ministres, directeurs de ceci et de cela, t’entourent. Eux, ils savent tout. Eux, ils sont informés des dossiers. Pas toi. Eux vont te dire quoi faire, quoi dire, comment manœuvrer, pas vrai ? Et toi, tu deviens quoi ? Tes projets, tes promesses, tes idées neuves , ton envie de changer les choses…Les « permanents », bien installés, inamovibles, vont t’expliquer le réel, comment on peut contourner leurs semblables, la hiérarchie syndicale bien bureaucratisée, elle aussi, qui déteste le moindre changement. Et tu te tairais ? Oui ou non ? À moins d’être forte, indépendante d’esprit en diable, fonceuse…
Aile réfléchit longuement.
9-
Enfant, il y avait deux abbés pédophiles dans Sainte-Cécile, l’un, aux petits garçons, l’abbé B., —le jeune frère d’un ami l’apprit à ses dépens— l’autre aux petites filles, l’abbé F. —une de mes sœurs dut le combattre. Des parents portaient plainte sur plainte chez le curé. C’est long mais ils finirent par partir. On parlait d’une « prison des prêtres » ! Je n’en revenais pas ! Dans le Nord ! Légende urbaine ? Rome vient de recommander, urbi et orbi, que l’on ramène les cas de pédophilie au Vatican. Quoi ? On a plus confiance aux évêques depuis le silence écœurant d’un évêque de France, qui a reçu une peine de prison pour son « cover-up » scandaleux. Voila qu’ici, nos évêques refusent cette loi… écrite en latin. Un code ? Apostat, hérésie ! Non, Rome s’incline : « Vrai que la justice chez vous est bien menée. » Envie de rire…en latin de servant de messe !
Appel de Trois-Pistoles tantôt : V.-L. B. Ne pas oublier mon dessin, la age manuscrite et trouver le titre définitif et envoyer copie avec espaces larges pour les corrections, etc. Le titre ? Ce sera : « ÉCRIRE POUR L’ARGENT ET LA GLOIRE. » Ça fait pas trop littéraire, hein ? Une provocation encore tit-Claude ? Non, jeune, naïf, je croyais vraiment devenir et riche et plein de gloire. J’y songe, n’étais-je pas « cocu » de Beaulieu ? Quand, la nuit souvent, il téléphonait ses longs tiraillements scripturaires pour « L’héritage » ou pour « Montréal P.Q. ». Des heures enlevées à ma compagne quand je l’attendais au lit ! Oui, il me « cocufiait » ma foi du bon yeu ! Aile rit quand je le lui ai dit cela tantôt.
Un soir d’été, on aperçoit le V.-L. B. , éthylique en ce temps-là, écrasé dans l’escalier de son chef et copain, Jean Salvy, rue Hutchison près de chez nous. On fit un détour, craignant une longue diatribe larmoyante. C’était son temps déraisonnable comme il est agréable désormais cde jaser avec l’auteur guéri.
10-
Brume dans le port de Yarmouth, un midi d’été, au bout de la en Nouvelle –Écosse. Aile et moi attendions le bateau pour nous rendre aux USA, à Bar Harbor. Ce matin, l’on parle de pêcheurs de ce port qui vendent aux amerloques complices, sans l’avouer au fisc maudit, des tonnes de homard. Hon ! Souvenir : traversée en bac donc et la pluie qui tombe. À Bas Harbor, aucun motel libre. Nous filons vers Bangor où je souhaite piquer une jase avec Stephen King —il y habite— que nous lisons souvent Aile et moi. Or, à Bangor deux autoroutes sont comme en parallèles et nous y tournons sans arriver à en sortir, malgré les échangeurs, les bretelles…Ah oui, l’horreur ! Oui, du Stephen King vécu dans cette la nuit orageuse. Cette épopée inusitée m’a toujours étonné ! On a fini, tard, trouvant une issue par hasard, par nous réfugier dans un motel, le lendemain, soleil et nous filions vers Mount-Desert voir le site de la grande Yourcenar. L’effrayant King ? Non, on en voulait plus, échaudé par la mésaventure de me plus pouvoir nous dégager des autoroutes emmêlées.
11-
Lire ou regarder ? Choix fait. Offre de seize (oui 16) épisodes de télé sur l’histoire complète des Britanniques. Non !Trop c’est trop. Esclavage ! La lecture, c’est mieux. Nous avons plus appris sur les pays d’Afrique « en chamailles » en lisant le formidable « Ébène » de Capuscinsky que de regarder seize émissions sur ce sujet. J’en suis sûr. Cependant il y a lecture et lecture : je tentais depuis deux jours de lire avec profit une sorte de manuel un brin scolaire sur la science. Merde ! Je me suis senti de nouveau ce collégien quand je ne pigeais rien en mathématiques. Pourtant pas un livre pour initiés ! Ce blocage me déçoit gravement. Aile au souper : : « T’en fais une tête ! Qu’est-ce t’as? Tu sembles abattu ! » Je lui raconte et ajoute : « Comment ont fait tes deux frères ? L’un si doué en chimie, l’autre docteur en physique nucléaire ? » La démoniaque Aile : « Ah, que veux-tu, c’est des Boucher ! Pas bouchés. En rien ! » Pourquoi n’ais-je pas un esprit capable de saisir les choses scientifiques ? Suis-je borné, suis-je intelligent ? J’en doutais hier soir. Heureusement, je cause et Aile ne cesse d’émettre des « Eh maudit que t’es brillant ! » Consolation.
12-
Nath Pétro, ce matin, chronique sur la laideur. Johanne de Bellefeuille cherche désespérément des gens laids pur un « spécial » de télé. Comme dit une chanson : « Gaston… y a le téléphon et y a personne qui répond… » J’avais songé, jadis, à un concours anti-Lise Payette : « Le plus laid homme du Québec. »
Certes, on aurait récompensé le plus laid et, à la fois, le plus charmant. Cela existe si souvent. Je me retiens (hélas ?) de rédiger sur les avantages d’avoir un bon, un beau physique. Avantagé comme je le fus, jeune, je saurais de quoi je parle. Des facilités indéniables pour ceux qui sont plaisants à regarder. J’avais constaté, jeune, les injustices faites à ceux qui sont vraiment pas jolis à voir. Deux mondes terribles, au fond des choses. Un sujet moins léger qu’on croit, plus métaphysique qu’on croit, vous savez. Je songe à l’acteur Lepage, pas avantagé du tout physiquement et qui a su séduire la plus joie actrice de années ’80, Louise Laparée. Ah, il y a le charme, vous voyez bien. Si un laideron et courageux lecteur veut se manifester, à Johanne la désespérée, qu’il compose le (450) 670-3384.
Je lis les « lettres ouvertes’ il y a de fameuses. C’est rare. Ce matin, Claude Poulin, prof de cégep retraité qui maudit Norman Lester et son célèbre « Livre noir… » écrit : « ce sont des Québécois incapables d’accepter le fait que la présence anglaise fut un facteur essentiel (sic) de leur survie (sic) en Amérique,anglophobie… »
Tabarnak, ces cornichons enseignaient à nos enfants ! Je sacre parfois quand je suis révolté. Quel ignare et quel toupet d’ignorer, lui, un prof d’histoire, que l’Anglais conquérant nous laissait des privilèges (religion et langue) dans la mesure où il craignait notre ralliement aux indépendantistes du sud. Les Américains rôdaient à nos frontières souvent. C’était leur grande frousse et nos maîtres imposés regrettèrent tant leur générosité « calculée » que, par la suite, ils ne cessèrent plus de tenter de nous diluer, de nous noyer, de nous faire disparaître : forcing avec l’Ontario, 1841, dilution avec les provinces, 1867, etc. etc. Eh oui, ces caves myopes, enseignaient ! Heureusement ces Poulin, fédérats bornés, maintenant retraités, ne peuvent plus tromper les jeunesses. Nuisance au rancart !
12-
Des clés pour le bonheur ? Il y en a. Ah le bonheur, hein ! Boris Cyrulnik, que j’ai peu lu, est un psy « éthologue », publie et livre une longue entrevue captivante sur le sujet dans le dernier « Nouvel Observateur », no. 1939, première semaine de janvier. Je vous en re-jaserai un peu plus tard dans J.N. En attendant comme c’est intéressant d’en apprendre sur des plus jeunes que soi, Montréalais.

Le mardi 8 janvier 2002

Le mardi 8 janvier 2002
1-
Installé devant le vieux modèle d’ordinateur, Chemin Bates, je veux continuer en « Journées nettes » craignant tout de même…des ratés. On verra. Suis allé d’abord à j.et c. au sous-sol du Manoir. Il y a là quelques boutiques de commodités pour les « pensionnaires » de l’énorme complexe. Un salon de coiffure où je vois toujours de très vieilles dames installées pour se faire, se refaire, une beauté…capillaire. Au de-là de « l’âge des frivolités »‘, constater chaque fois que j’y passe l’éternel souci du « bien paraître » qui accable la gent féminine. La pharmacienne vietnamienne est là, enfermée, sans lumière du jour, attendant sans cesse toute cette clientèle du vaste Manoir, où les petits et grands maux corporels doivent se multiplier. Coin infirmerie, désert le plus souvent. La garde… lit. Coin banquier…pour dépôts et calculs finaux des rentes (ces FEERS) et quoi encore ? Mon dépanneur, venu d’Afrique du nord visiblement ‹ô minorités visibles, on vous voit !‹ toujours affable semble étudier, amusé, le comportement vacillant de ses vieilles et vieux qui ramassent, très lentement, les denrées nécessaires pour…survivre.
Aile et moi, à l’occasion, faisons de vagues plans pour ce…quatrième âge… qui viendra un jour. Où aller s’installer ? Dans quelle immense cages-à-vieux ? On tente d’oublier le fait le plus souvent possible. Aile a toujour en mémoire, odieuse, la fin des jours de sa maman, à « Marie-Rollet », à Rosemont. Les tracas inévitables quand on perd son souffle, sa vitalité, ses souvenirs eux-mêmes…La déchéance…Brr… Aile, sombre, agacée, énervée par cette échéance-santé qu’elle maudit d’avance. Moi, toujours « tête heurteuse », je m’imagine volontiers encore bien vigoureux à cent ans.
Le soleil, ce mardi, se débat avec un ciel blanchi à la chasux vive, translucide par rares endroits, voulant régner dans l’air froid de la saison. Hier soir, bouffe chez mon cher Piccola, rue Saint-Laurent. Toujours nos calmars grillés avec pâtes aux tomates. Les petits pains huilés et à l’ail dans le panier, une tradition chez « Piccola ». En sortant, en face, une bannière géante tire les regards sur l’église Saint-Jean de la Croix, on y lit, bien iconoclaste : « L’ÉGLISE EN CONDOS », venez voir ! Ô mores, ô tempores ! L »église en condios, formule païenne en diable ! Qui l’eût cru ? Près du marché Jean-Talon, petit parc joli juste en face de cette église-en-condos, la métamorphose « appartementale » aura lieu rapidement, n’en pas douter.
Trouvé à la Piccola le « ICI » de la semaine. Toujours brillant ce Robert Lévesque qui y tient chronique. C’est un fou intéressant. Il étale sans cesse sa culture, qui est solide, et ça fait étrange dans ce petit « canard », donné comme « Voir ». Denise Bombardier qui l’a croisé rue Bernard, dit-il, lui aurait crié: « Ordure ! » Allusion à cette critique anti-Tremblay, celle d’un roman que le Lévesque avouait ‹incroyable !‹ n’avoir pas lu. Un fou ? Un drôle de zigue, captivant à lire, se chassant lui-même, il y a un ou deux ans, du prestigueux « Le Devoir » en tripotant méchamment, de nuit, ses ordinateurs. Lévesque écrit dans « Ici »: « Quand la mort nous débarassera-t-elle de cette détestable Bombardier ? » Puis Il cite ‹il cite beaucoup‹ Cioran:  » Je tue le temps et le temps me tue, alors on est à l’aise entre assassins. » Vous voyez le genre de pensées qu’entretient ce gaillard, un sosie de Quasimodo. Tremblay rétorquait ainsi à la vacherie lévesquienne à CBF-FM, chez Homier-Roy: »C’est un suicidaire, ce R.L., il n’y a qu’à attendre. » Ma foi…
2-
J’ai lu hier soir un bonne partie de « Mystérieux Mozart » de Sollers. (Plon, éditeur.) Que de citations ! Sollers a devant lui les sept volumes de la correspondance du génie allemand. Aussi ses biographies. De plus, il a fait une sorte de pèlerinage en Autriche, dans les pas de Mozart. C’est un bouquin vivant, allègre mais il faut s’y connaître en musique pour bien suivre les méandres de sa pensée, les connections ébouriffantes qu’il fait en érudit inspiré. entre la vie et les oeuvres d’Amadéus. Solers fait des allusions estimables au célèbre film de Corman: »Amadéus », que j’aimerais bien revoir. Livre parfois confus par tant d’éclairs d’érudition musicale, car Sollers s’y connaît en musique. Il en reste pas moins que je tournais les pages. Cela, c’est la marque indiscutable, finale, d’un livre de talent. Je le terminerai et avec plaisir. J’apprends sur ce petit garçon trimbalé d’abord par papa Léopold, musicien lui-même et tout fier de son enfant-prodige, qui deviendra un fabuleux compositeur avant…1791, de crever dans la misère, sa cote baissant à mesure qu’il ose complexifier, louanger des forces occultes (il était franc-maçon), vanter les mérites de l’amour libre sur « argent et pouvoir », ses ouvrages critiqués par l’établissement viennois, sont devenus, aujourd’hui, bien consacrés dans l’univers entier, vraiment sur tous les continents.
Ce matin, à la radio de Bazzo, soudain, cette chanson si légère qui me fascine tant, avec ses notes de piano fraîches comme gouttes de pluie, notes claires qui dansent, qui volètent… »la mer du nord en hiver »… « la mer du nord en hiver »… Le cher Souchon ! Vite, zapette et je hausse le son: « La mer du nord en hiver »…ta tara, ta, tatata… c’est si joli, de nouveau, mon coeur en joie. C’est peu, c’est tout. Une « tite » toune, bien éloignée d’un opéra de Mozart. N’empêche Sollers me donne l’envie d’acheter des cassettes -Mozart: « L’enlèvement au sérail », « Les noces de Figaro », « Cosi fan tutte », « Don Giovanni », « La flûte enchantée ». Je le ferai ? J’en ai assez, et depuis longtemps, de rester un quasi ignare en ce domaine de la « Grande musique ». Chez moi, enfant, rien en musique « sérieuse », comme pour la littérature. Aucun livre à lire… que des annales pieuses, abonnements de papa-le-pieux.
Coup de fil de la productrice, Ghislaine Amyot, de Vendôme (où se trame mon projet sur l’histoire de l’art d’ici ). Oh, on va me dire: « Oui, venez, on fait votre cher Marc-Aurèle Fortin, le Canal Historia marche ! Venez vite. ! » Mais non, c’est plutôt :  » Méfiez-vous d’un « virus », Claude. N’ouvrez pas tous les courriels, ces jours-ci, jetez à la « poubelle » tous les « envois » concernant « Vendôme ». Virus méchant !  » Courriel, poubelle, envoi, virus: vocabulaire d’aujourd’hui.
3-
Ma grande soeur, Marcelle, au téléphone, très énervée à préparer l’anniversaire, le 19 qui vient, de Marielle. Réunion du clan pas facile à faire. Niaises disputes sur amies, nièces, neveux à joindre à la tribu….Voyant son désarroi… je décide de prendre l’affaire en main. Aile fronce les sourcils. Bon. Pas la fin du monde. Gros paquet de coups de fil, en somme. Quoi chère Aile, confiance, j’y arriverai. Trouver du temps donc pour organiser cette rencontre festive. Louer à la « Piccola » tiens ? Je verrai. Et les cadeaux… l’argent à ramasser… ? Oh la la ! Molière: qu’allais-je faire dans cette galère ?
Lysiane Gagnon, ce matin (« La presse ») fustige le « couple royal », à Ottawa, Clarkson et Saul, pour leur audace, leur franc-parler ‹ »déplacé » selon la Gagnon‹ sur W. Busch, sur les Croisades catholiques, bien plus meurtrières que celle de ces odieux intégristes musulmans, et, re-bang: sur les vendeurs d’armes en Occident ‹Canada compris ?‹qui collaborent aux chamailles sanglantes du Tiers-monde dont, évidemment, l’Afghanistan…Etc.
La Lysiane commande: fermez donc vos clapets, ne dévoilez pas vos opinions, vous êtes en « représentation officielle ! » Belle mentalité. C’était au chef rouge, Chrétien, de ne pas nommer des intellos à des postes niais. Il devait savoir que certaines personnes restent des « esprits libres », qu’importe le costume de parade, les rubans et les médailes.
Je me sens bien: et Mario Roy et Pierre Folglia ce matin, opinent dans mon sens (voir une J.N. récente) à propos des sans-abri, itinérants montréalais. Qu’on leur fiche la paix, ce sont des anarchos qui refuseront toujours tout de notre société organisée, par exemple, même les règlements légers des centres d’accueil.
Folie donc, maitre cucul et coco, Tremblay, de vouloir stabiliser des instables…pour un bref ou un long temps. Comme de vouloir traquer des terroristes (souvent suicidaires). Nous lisons, ce matin, un premier bilan de cette guerre à des « ombres ». Une dépense colossale pour le budget des USA ! Lisez bien: Neuf cent quatre vingt dix neuf millions de dollars. Us. Un milliard tantôt ! Bombes sur les intégristes de tout poil pour dénicher quelques leaders, « fous de Dieu » qui, c’est probable, ne savaient pas grand chose de précis de l’équipage sordide entraîné en grand secret pour attaquer les deux tours de World Trade Center dans Manhattan, le 11 septembre.
Ma riposte à moi. Ma guerre aux kamikazes ! Simple. « Ah si j’étais le roi ! », dit une comptine. Au lendemain de l’horrible tuerie, aurait débutée, vaste et discrète à la fois, une gigantesque opération d’infiltration des milieux musulmans louches ‹connus déjà et à découvrir‹ ceux du fanatisme islamique, intégriste. Une opération forcément secrète. Avec, partout, des agents secrets. Stipendiés généreusement. Ce qui ne coûte tout de même pas « un milliard de dollars ». L’argent ? Payer des arabes-espions et des « balances » ? Mais oui. Le fric n’est pas seulement le « nerf de la guerre », il est celui de l’espionnage, de l’information productive, efficace. Des agents secrets donc, en bien plus grand nombre, et leurs « stools », indicateurs, collabos indispensables en ces sinistres matières.
Attention: engagement massif d’agents d’origine arabe, parlant la langue des « fous » du « Allah ou akbar », oui, en quantité, la plus grande possible. Il ne manque pas d’araboïdes sur cette planète, musulmans non-pratiquants comme nous ne pratiquons plus, majoritairement, le catholiscisme. Des Arabes de toutes les teintes qui n’ont ni foi vive en Mahomet ‹monté à cheval au paradis des vierges‹, ni aucun intéret dans cette dérive religieuse fanatique.
Facile d’engager et d’entraîner de tels gens, on en trouve par centaines de milliers dans toutes les mégapoles du monde. Et il n’en faudrait pas, pas du tout, des centaines de milliers. On n’apprend rien sur des planqués machiavéliques, en déployant les fantastiques et ruineuses forces armées d’avant-garde sur un pays misérable aux tribus en chicanes. Allons donc ! Le forcené, le (ou les) terroriste illuminé, à l’esprit tordu, peut se terrer en Indonésie comme aux Phillipines, à Los Angeles comme à…Montréal. Ce serait mon plan si je m’installais au Pentagone, une CIA momentanément très agrandie.
J’ai dit et, ô Seigneur, s’il fallait qu’à Washington, un sbire important lise tout ceci ? Et tombe d’acord ! Voyez-vous cela ? Appel d’urgence: je dois prendre immédiatement l’avion pour Washington ! Moi, pris à organiser l’affaire. Et ces Journées nettes, hein? Faudrait suspendre mes écritures quasi-quotidiennes. De grâce, n’envoyez pas une copie de mon (sobre et) intelligent plan au « bureau oval » de la Maison blanche. Laisez les industriels américains en armement continuer à se frotter les mains, à s’enrichir comme jamais. Eux, sans les guerres, ils se lamentent.
W. Bush a fait beaucoup pour ranimer cette sale industrie et on le lui rendra aux prochaines élections. En attendant, à Washington, coupons les protections sociales, le partage des richesses avec les démunis, les malchanceux, les mal-instruits ! Mon plan ne ferait rien pour les usines de mort. Il ferait dépenser moins de centaines de millions des taxes des travaileurs américains. N’empêche si un Secrétaire à la défense, ou un « sous-queuquechose » important, m’approuvait subitement, par miracle. Une colombe ? Coup de fil:  » Misteur Jazzmine ? Here « Double You » ! Génious, your plan. Come here, fast… » Plus de journal ni demain, ni pour longtemps ! Tremblez mortels lecteurs.
Bien compris ? Silence partout donc. Ça vaut mieux si vous tenez à lire mon journal.

Le dimanche 6 janvier 2002

Le dimanche 6 janvier 2002
1-
Ça part, ce matin, en un décor absolument cinétique. Revenant de j. et c. (pour journaux et cigarettes) au ciel, lutte, un combat. Un globe translucide, au dessus du clocher de l’église, qui semble filer à toute vitesse. Illusion bien entendu. De longues nuées grises filent vers l’est à vive allure en cachant à intervalles irréguliers. Beau spectacle donc : cette sphère si lumineuse, soleil hésitant , entravé, au firmament. Cela me met en joie. L’hiver, le soleil est bas et penche vers le sud. Il se couchera, si on le voit, presque au sud. Sacrée mappemonde hivernale ! Pourquoi la terre, ainsi, s’éloigne-t-elle chaque année, durant des mois, de l’Astre bien aimé ?
Ça y est, sommes allés voir ce fameux film d’un Pakistanais : « Kandahar ». Salle assez bondée en ce samedi soir, surprenante pour un film pas du tout « hollywoodien ». C’est un petit voyage, via un récit assez maigre. Un émigrante d’Afghanistan, vivant au Canada, est revenue chercher sa sœur suicidaire, prise à Kandahar, qui l’a appelée à son secours. Elle ne la retrouvera pas. Fin. Le film fait voir une population démunie, aux prises avec des embûches connues par la télé. Des mines qui explosent, des pirates du désert, des femmes-esclaves, des enfants enrégimentés par l’intégrisme. C’est pénible. C’est effrayant. Et, oui, oui, c’est de toute beauté !
Défilent sur fond de sablonneux toutes les scènes. Caravane de chameliers, fuyards vers l’Iran (ou le Pakistan), à la fin une procession pour des noces. Les couleurs sont envoûtantes et on se surprend à admirer (comme au musée !) le contraste entre ces beiges, ces grèges et ces bribes de populace appauvrie. Certaines séquences cognent : par exemple, le parachutage de jambes artificielles, la troupe des manchots, des unijambistes boitillants, courant vers ces jambes tombées des hélicoptère de la Croix Rouge ! Les jeunes écoliers sous un « mollah » sévère les abrutissant de sentences du Coran.
Étonnant morceau visuel : des visiteuses envoilées chez un faux-médecin, un réfugié revenu des USA qui tente de soulager leurs maux. Or, samedi, dans un recoin de « La presse », voilà que l’on nous informe que cet « acteur » est un terroriste, un assassin, qu’il est recherché par la CIA! Au cinéma, Aile et moi examinons la tronche de l’acteur-médecin : une bouille des plus sympathiques ! Une histoire à suivre. Le cinéaste, en somme , a « fabriqué » un docu-fiction. Comment être certain qu’il n’ y a pas eu arrangement , mise en scène ? Ces couleurs si jolies, etc. Quoi est authentique dans ce travail visuel ? Cette horde pour un mariage, ces paniers tressés surgissant au dessus des têtes, ces cruchons jaunes uniformes et quoi encore ? Eh oui : nous allions pleurer…nous sortons comme éblouis par le spectaculaire des formes colorées ! Maudit cinéma menteur peut-être ? Curieux amalgame de « beauté et misère » !
2-
Ai-je écrit comme il faut le nom de Frida ? C’est Khalo. Je poursuis la lecture de « sa vie », livre prêté par l’ami Cuillerier (« Spooner »). Ce Diego Rivera, séduit par cette jeune fille idéaliste et romantique, Frida, il va la fréquenter et puis l’épouser, en sort amoindri, que Le Clézio le veuille ou non. C’est un furieux « communiste », admirateur des Bolivar, Zapata et Cie, qui part volontiers (en Californie puis à New-York et à Détroit) travailler aux États-Unis. Il y est invité par des « big shots » qui admirent sa fougue de fresquiste, illustrateur anti-capitaliste ! Ce coco, rouge et blanc, bien Stalinien (il vilipenda les révoltés de Budapest, le salaud !) est d’un égotisme écœurant. Je poursuivrai tout de même, voulant mieux savoir de quel bête humaine s’entichait l’héroïne, peintre surréaliste, Frida Khalo.
Mon étonnement pour l’indigénisme du muraliste célèbre, l’admiration inconditionnelle des Indiens d’avant Colomb, une religion. Il prêchera à des artistes américains : « Soyez vraiment modernes. Oubliez les antiquités de l’Europe, gréco-romaines, nos sources d’inspiration doivent désormais se rattacher à notre monde antique à nous, celui des Aztèques, Mayas et Incas ! » Cette vénération bizarre fait voir de l’accaparement. Une sorte d’usurpation. Diego R. semble vouloir assimiler l’art « assassinés » par les Espagnols comme s »il était lui-même un Indien précolombien. Il semble ignorer qu’il y a eu à New-York, en 1913, la fameuse exposition « Armory Show » qui fit voir aux Américains du nord la révolution de la peinture de l’autre côté de l’Atlantique, qui était réelle, pas du tout gréco-romaine ou néo-folklorique.
Voilà que ce matin, « La presse », Marina Picasso, une grande bourgeoise névrosée, publie un livre pour accabler son riche papi mort , Pablo Picasso, de tous les maux. Je ne doute pas de l’égocentrisme du « maître », il n’en reste pas moins que de rendre Picasso responsable des suicides et autres dérives familiales semble bien fort de café. Comme pour Diego Rivera, le public apprend des atrocités sur les « cœurs secs » de ces grands artistes, —pas tous, pas le génial Renoir par exemple. Cela me laisse toujours songeur, ces célèbres dégueulasses qui ont produit de grandes œuvres mais qui furent des monstres d’égoïsme. Un mystère à mes yeux, de si féconds esprits créateurs et des endurcis notoires. Femmes séduites, engrossées, que l’on abandonne totalement, progéniture négligée complètement. Oui, un mystère, cette irresponsabilité d’adultes surdoués. Des êtres inhumains, des êtres capables de continuer à vivre, à produire, cela sans se soucier aucunement des abandonnés en cour de route. Je les admire mais ne les aime pas du tout. Amour et admiration : deux choses.
3-
Curieux : je vois et revois, à la télé, le président du Pakistan, et, cela me frappe chaque fois, c’est le sosie de Bernard Barrière, le papa de Marco, mon gendre. Celui-là qui voit à installer mes J.N. sur le site… qu’il a fondé. Ce Bernard est mort il y a peu de temps. J’ai fini par mieux le connaître en allant le visiter, avec Aile, à Saint-Peterbourg en Floride, il y passait ses hivers. Je découvris les « mobil hommes » et cela me servit pour mon roman « Pâques à Miami ». Il me raconta des bribes de sa jeunesse… assez dorée en comparaison de la mienne. Le père de Bernard —le grand-père de Marc—, un fidèle duplessiste (il fut député) était un de ces industriels —la chaîne de magasins de chaussures « Omer Barrière »—, homme rare dans le temps. Bernard —nous marchions un rivage du Golf du Mexique, jetant des pinottes aux goélands— me parlait du temps de sa jeunesse quand il pilotait son avion, de nuit, ébloui par les lumières des villes qu’il survolait ! Il était gravement malade déjà et je sentais qu’il faisait le bilan, plus ou moins secret, de son existence. La nostalgie comme consolation au bout du rouleau de vivre ? Je le crois.
4-
Ce matin deux articles de « La presse » (Péan et Apostolka) parlent d’un romancier, Gilles Dupuis qui publie « La chambre morte ». Il semble que l’auteur juge le manifeste des artistes « automatistes », « Le Refus global » comme une date importante dans le réveil national. C’est tout à fait faux, le pamphlet ne sera lu que par une infime minorité, tous marginaux. Hélas, il n’aura aucune influence sur la population québécoise de ce temps. C’est maintenant, rétroactivement, que l’on en a fait une sorte de date historique. Un mensonge donc ! Les gens de 1949 n’ont pas bougé un doigt quand Borduas fut congédié de son poste par le ministre Paul Sauvé. Dupuis invente et brode là-dessus. L’ignorance des nouvelles générations ?
Étonnant, ce matin, de lire (La presse) « le chemin de Damas » d’un initiateur en cybernétique, M. Fisher. Voilà que ce propagandiste allumé des ordinateurs revoit son cheminement et avoue qu’il préfère le bon vieux « livre en papier » au « power book ». Il admet que le livre va vivre longtemps encore et qu’il est plus utile et bien plus plaisant que l’écran. Il dit maintenant : « L’ordinateur, c’est bon pour la documentation des chercheurs pressés, pour les encyclopédies si lourdes et les dictionnaires, l’ordinateur. »
Eh b’en ! Ce retour en arrière d’un savant en la matière va faire plaisir à tous ceux qui enragent de la vogue actuelle, celle du « tout-à-l’ordinateur ». Aile, par exemple, est ravie de ce « Paul » converti, tombé de cheval à Damas-Montréal.
Mon ex-camarade chez « Parti-Pris », André Major tenait, —tient toujours ?— journal. Pigeant dans ses éphémérides de diariste, il a publié « Le sourire d’Anton » où, selon Martel, Major se soucie des « laisser-aller » contemporains en écriture et ailleurs. Sorti du « trafic », comme moi, faut-il toujours s’apitoyer sur la culture qui se forge désormais ? Pas mon genre. Je suis un indécrottable optimiste, moi. Aile, comme Major, est plutôt craintive —parfois carrément désespérée—face aux débordements divers.
5-
Merveilleux coup de fil, ce midi, d’un éditeur satisfait d’un manuscrit. Des Trois-Pistoles, Victor-Lévy Beaulieu, de bien bonne humeur, m’annonce qu’il est si content de mon « ÉCRIRE » qu’il veut le publier, dès avril, pour le « Salon du livre de Québec. » Je lui ai demandé un délai de quelques jours pour mieux peaufiner mon texte. Je dois aussi lui « courielliser », en plus du texte définitif, une page manuscrite et un dessin. « En couleurs, si tu veux », dit-il. Euh… Il y a que je sais pas comment faire ! Sinon, les J.N. seraient illustrées de photos ou autres documents visuels, l’on pense bien !
Il faudra maintenant que je fasse appel au fils, Daniel, pour qu’il m’enseigne la procédure.
« Tes quelques envolées lyriques, ici et là, au milieu de ton « Écrire » me plaisent énormément », m’a dit V.-L. B. Justement, je veux en ajouter une ou deux de ces …envolées ! Je m’y jette drette là !

le vendredi 4 janvier 2002

le vendredi 4 janvier 2002
1-
Comme hier, jeudi, un vendredi ensoleillé. Sur le chemin des journaux-cigarettes, un froid de…canard ce matin ! Donc, hier, belle marche au soleil de Val Morin vers Saint-Adèle, arrêt aux cascades de la Rivière du Nord. Oh, les souffles courts ! Et rapidement ! On est plus de jeunes gens ! Un Jean-Yves Laforce toujours bavard, toujours égocentrique comme tant de verbo-moteurs insatiables ! Ça me change…de me taire un peu. On l’écoute jaser ad lib… Tout en marchant, c’est le bon vieux jeu des réminiscences de ce temps radio-canadien quand, lui, Laforce et Raymonde se débattaient pour réaliser des émissions dans la jungle paperassière de la SRC.
Jean-Yves, fils d’ouvrier de Rosemont, fut initié au théâtre en servant docilement, tout jeune, les « dames divas » du Rideau-Vert, Yvette Brind’amour et « Mecha », dans les années ’60. Plus tard, travailleur à Expo’67, il prépare —contacts nombreux— son entrée comme régisseur (5 ans) à La SRC. Je l’ai connu davantage en lui faisant tous ses décors pour son « ROSE ET HENRI », un bon « quatuor télévisé » bien populiste de l’auteur (passager) André Caron, cvomme Laforce, un « rosemontais » travaillant à Radio-Québec. Un fort succès avec Juliette Pétrie et Paul Guèvremont. Derniers rôles de ces très « aînés ».
Au retour de la promenade, visite de son condo loué pour les vacances de ses jeunes ados, aux monts No. 4, du Chantecler. Depuis une vingtaine d’années que de défilés bruyants et empoussiéreux de camions dans nos alentours. L’on construisait tous ces condos ! Maintenant, on les voit un peu partout entre les collines. Même style vague. C’est commode, pratique, pas bien vaste !
Revenu chercher sa voiture, Laforce, à qui j’avais envoyé mon projet de télé (« Un père… ») m’en fait une critique justifiée. « Trop de monde, trop d’anecdotes, trop de filons, trop d’histoires… » Oui. Un texte à couper en deux ou en trois ! J’y verrai…quand ? Je suis ailleurs maintenant. Et je reste sans écho aucun de Fabienne Larouche, producteure, qui a, elle aussi, ce projet de télésérie « trop touffu ».
Sur la cheminée au condo de Laforce, les deux jeux de société inventés par mon fils : « Bagou » et « Visou ». Ma fierté quand Laforce les vante !
2-
En passant : dans ce « Aliss » du jeune Senécal, que de sacres québécois ! Litanie qui se poursuit donc …quand nous avions cru, les aînés, que ces sacres disparaîtraient avec l’éducation répandue partout. Eh b’en « non » ! Ce défouloir verbal, typiquement d’ »icitte », sert encore en cas de rage ! J’y reviens à cet enfer à traverser, ce Styx, cet Achéron, réduit, chez Senécal, à « sexe fantasmatique et drogue dure ». Il aurait pu devenir un roman fort dans la tradition éternelle des « romans d’initiation ». Senécal ne voulait pas refaire le grand poète Dante, c’est entendu, mais comme il n’a pas su inventer un enfer original pour sa jeune candide étourdie Alice, hélas !
3-
Revu l’humoriste Pierre Légaré à la télé. Qu’il est triste ce bouffon aux observations si drôles, si cocasses. Il aurait abandonné le métier, dit-on. Je l’ai connu à ses débuts, vers 1988-89, il était déjà ce comique à la triste figure. Il ne changeait donc pas. Il se dégageait déjà de lui, débutant à cette époque, une sorte de détresse. Terrifiante. Un mal à l’âme, un je ne sais quoi, qui faisait de ce gaillard, vieilli comme précocement, une « âme en peine » , comme on dit. Hier soir, jeudi, encore lui, en reprise toujours, au même canal spécialisé. Et…mêmes propos désespérés, un désabusement qui rend juste l’apostrophe, l’adage : « L’humour est la politesse —ou le masque ?— du désespoir ».
4-
Oh, le bon petit film, « made in USA, mais modeste : « À table » !
On a regardé cela, mercredi soir, lendemain du Jour de l’an : Primo et Secundo, deux émigrants, des frères, venus de Bologna, tentent d’installer un restau italien au New-Jersey, au bord de la mer. L’un des deux, le timide, le réservé, est surdoué en cuisine raffinée. L’autre, matamore, extraverti, joue donc le gérant réaliste. Conflits en vue. Toute une faune de ce petit bourg rôde autour du restau.
« À table », un film sans conclusion satisfaisante, sans histoire véritable, fait que d’anecdotes, d’observations des difficultés d’un idéaliste qui fera tomber le projet du « ristorante ». Faillite ! Que ce genre de cinéma repose des machins tonitruants du jour !
De nouveau, mercredi, le tour du lac, « cum pédibus ». Cette fois, lendemain du Jour Un, foule très nombreuse aux bas des cotes de ski. Je me souviens de mon horreur grandissante de ces longues attentes au bas des pentes du temps que je faisais encore du ski alpin. Tu glisses un petit cinq minutes, tu attends le télésiège vingt minutes…Non mais, j’en eus « plein mon casque » et j’optais, avec Aile aux chevilles fragiles (qu’elle dit ! ) pour le ski de fond. C’est moins excitant certes mais il n’y a aucune attente à se les geler en files indiennes.
5-
Coup de fil de l’amie, Josée : il nous faut aller voir un film qui l’a emballée, « le meilleur vu depuis dix ans! dit-elle. Avec l’acteur Crow, le titre : « A beautiful mind. » Il est à Saint-Jérôme doublé en français, nous ne sommes pas assez férus d’ »english » Aile et moi pour, hélas, voir les films en version originale. On ira.
Suite sur « Les croisades » avec, toujours, cet animateur farfelu qui raconte en rigolant ces entreprises de pillage éhontées. Richard Cœur de Lion, débarquement à Jaffa, Jérusalem imprenable. Face au fameux Saladin héroïque des Turcs, le cuirassé Richard coule ! Traité de paix bidon en 1192. L’empire durable des Ottomans peut s’installer !
Avant ces illustrations folichonnes des Croisés Voleurs, de « l’horreur chrétienne », ai visionné un épisode d’une série sur Napoléon Bonaparte, canal spécialisé toujours. Le « petIt caÏd des banquiers », selon Henri Guillemin, menait à la mort presque un demi million de jeunes Français dans sa campagne de Russie qu’il voulait rejeter hors d’Europe, dans l’Asie centrale plus rustre, la jugeant indigne de « sa » civilisation pseudo républicaine alors qu’il installe sa famille en monarques dans les pays conquis. Oh le monstre !
Marotte, bêtise, folie ? J’aime lire de vieux manuels scolaires parfois. Géographie, histoire, physique, etc. C’est bref, concis, un peu « roffe » en raccourcis élémentaires, facile à suivre. Et cela rafraîchit la mémoire. Je lis donc un « prix » gagné par ma fille Éliane au cégep Bois de Boulogne : « Histoire des civilisations » chez Casterman. Ça revole ! Illustrations cucul ! Chapitres très brefs pour un tour « historique » du monde… à l’accéléré. Ça m’amuse.
Aile, à ses courses, ramenait « at home » une cassette du vidéoclub hier soir. Malheur ! Les critiques d’ici sont parfois d’une complaisance totale. Nous avions en mémoire les bons articles sur un produit québécois « Nuit de noces », une comédie. Quel navet. Notre chauvinisme a des limites ! Notre patriotisme ne nous aveugle jamais. De bons acteurs , Gérard Poirier, Yves Jacques, Cyr, etc. n’ont pas de rôle substantiel dans cette « Nuit… » Du vent ! Un scénario fragile où l’on chasse les « clichés » avec des canons lourds ! Que de redondances, que d’insignifiances ! « À table », film plus que modeste, génial en regard de ces grossièretés faciles et insupportables où l’on voit un couple en hésitations devant un mariage à conclure aux chutes du Niagara.
Ce soleil d’un vendredi premier de l’an 2002 nous fait signe. Allons à pied ou en ski de fond… mais allons prendre l’air et faire fonctionner nos corps !

Le dimanche 3 février2002

Le dimanche 3 février2002
1-
Souvent, mon J.N. rédigé, c’est l’heure de la soupe. Ce sera aussi le temps de nous parler, Aile et moi, achevant le demi-litre de rouge rituel. Hier, samedi, la conversation bifurque sur les grands parents paternels d’Aile. Ah oui, nous avions jasé sur Centre d’accueil et la man malmenée dans ces mouroirs où les soins à fournir sont négligés, amoindris, réduits pour cause de budget, les moyens offerts étant ce qu’ils sont : minimes. Dure et longue épreuve pour Aile que ce long séjour (1980-1990)de notre Yvonne…Belle-maman (!) fut longtemps ma copiste dévouée (1970 à 1980) et j’ai souffert autant qu’Aile en assistant à sa fin si triste.
Jadis, les vieux restaient souvent chez leurs enfants. Jusqu’à la mort. Embarras divers certes pour ces enfants en parents déjà vieillis eux-mêmes…devoir veiller ainsi sur les parents diminués et en fin d’existence.
Longtemps, du vivant de ma première femme, nous avons gardé sa mère vieillissante. Pas vraiment un embarras, elle avait ses quartiers dans un entresol confortable, au Vieux-Bordeaux. Ensuite, malade plus sérieusement, il avait fallu la faire hospitaliser rue Bois-de-Blologne chez des religieuses hospitalières.
Désormais, les « vieux » finissent loin des êtres chers. Fatalité, loi inévitable en ces temps des « deux » qui travaillent à l’extérieur. Solitude affreuse. Alors… ? ah oui, Aile me parlait de ses « vieux » à Lotbinière d’où venait son père. Son grand père, mort chez sa fille, la tante Marthe, à Québec, était un être mutique. Et analphabète comme tant d’hommes de sa génération. « Un pensionnaire encombrant et triste au fond ». Elle poursuit :« Ma grand mère écrivait si bien. J’ai encore de ses lettres. Comme elle devait être frustrée de vivre auprès de cet homme muet et sans instruction. » Vérité fréquente. Des filles bien mieux instruites que les gars de ce temps (années 1900) qui contractaient mariage…Comme obligatoirement. Lui, ce grand-papa Calixte, était pilote sur le Saint-Laurent. Souvent absent donc . Nous étions allés en pèlerinage à Lotbinière. Nous rôdions au pays des B. La maison à colonnes de bois, la longue galerie, y était toujours dans ce joli village des bords du Saint-Laurent. Une vieille femme passe et je la questionne : « Auriez-vous connu, par hasard, Calixte B. ? » Et l’aïeule ausitôt : « Comment donc, et comment si je l’ai connu, le Câlisse ! Il était si bel homme. Oh la la ! Les filles en rêvaient, toutes. » Je dis alors à Aile : « Tu vois, ta grand mère qui écrivait si bien…eh bien, elle a sombré dans les affres de la séduction du beau marin, le Calixte ! » Ah, la beauté…
Deux mots nos amusent : d’abord la « jarnigoine ». La grand-mère en avait. Cela voulait dire « du bon jugement ». Aussi, la « margoulette ». Les femmes de cette époque se faisaient aller davantage la margoulette que les homes. Probable ! Deux mots : je les aime tant.
Notre jasette s’allongeait avec «des «Mon Dieu, que la vie devait être rofffe « Aile me parle alors de son papa mort jeune, à 64 ans, seul à l’Hôpital de la Merci, boulevard Gouin. Cancer de la gorge. « Je l’ai négligé, je ne pensais qu’à moi. Je le regette tant, Claude ! »Voilà que ma tendre compagne pleure. Mon malaise chaque fois.
Et puis, j’ ai mal aussi. Avoir négligé d’amener ici, au lac, ma vieille mère et mon vieux papa. Négligence sotte. Égocentrisme. J’en ai mal au cœur. À mon tour, je me fais des reproches…de ma dureté. Aile aussi a mal…pour ce père si vite en allé, si seul. Pour sa mère aussi, disparue à jamais, qui aimait tant venir séjourner ici. Séance d’attendrissement et de culpabilité. Les jeunes ignorent, pris comme nous par seulement leur vie à eux, ce qu’ils vont ressentir un jour sur ce chapitre, les atroces regrets qu’ils éprouveront…trop tard !. Quand Aile pleure, je ne sais plus où me mettre.
Soudain, encore ce : « T’es pas obligé, t’as pas besoin de mettre ça dans ton journal, tu sais. » Encore ma surprise !
2-
Un dimanche sombre. Ce matin en allant à J et C un petit soleil de pacotille, un petit disque d’argent mat ridicule qui me fait un signal : « Je suis là, je suis là, mais j’arrive pas à défoncer cet amas de blancheur opaque. » Pauvre lui ! Petit disque loufoque empêtré dans le froid hivernal. Que février se sauve vite, que mars, plus clément vienne au plus tôt. Chaque fois qu’on marcher, c’est un effort…Mais oui ! J’entends Aile : « on sort pas. Il fait trop froid. On reste en dedans » J’approuve. La santé ? Danger ! On le sait.
Enfin vu à Historia hier soir : « Le dernier empereur » du cinéaste Bertolucci. Grosse réputations jadis. En effet, nous découvrons un fameux de bon film. L’histoire (1905) de ce petit enfant sacré, à trois ans (!), « Empereur de Chine ». Qui devra vivre enfermé, interné avec serviteurs, miliciens dressés par le Grand Chambellan fourbe, avec domestiques empanachés, dans la superbe « Cité interdite » de Pékin. Empereur « ado » révolté, empêtré, écœuré et qui devra fuir en exil. Qui finira en s’alliant aux méchants Japonais (1930) envahisseurs de toute l’Asie pour avoir tant voulu redevenir Empereur en Mandchourie.
Ce sera 1945, la bombe atomique. Tchang Kai hek allié à Mao pour un temps. Les Russes alliés aux « marcheurs » de Mao qui s’empare de lui. Fin de son rêve. Long séjour en camp de ré-éducation communiste. À la fin, libéré après vingt ans (1967, la Révolution culturelle ignoble) il ira visiter, pauvre gueux, hère démuni, son ancien palais, sa magnifique « prison » doré, le palais de sa jeunesse quoi. …La foule des touristes qui s’amènera avec « guide à suivre »… Ah oui, un excellent récit filmique.
À T.Q. on offrait à la même heure, sans les marchands criards des pubs assommantes, les deux longs films de Berri adaptant des écrits de mon cher Marcel Pagnol avec feu Yves Montand. Films vus il y a pas très longtemps.
« Le dernier empereur » m’a fait me souvenir de mon oncle missionnaire en Mandchourie justement. Je découvre, tard, que ces curés catholiques étaient sans doute tolérés et même encouragés. Des « collabos » des sales Nippons fascistes ? Après tout avec leurs cliniques, écoles, etc., ils faisaient un boulot qui aidait —objectivement— l’occupant japonais. Ça de moins au budget des envahisseurs ! Mais, à la fin, mon oncle Ernest se retrouva dans un affreux camp de concentration de Davao aux Philippines. Il deviendra un maigre « sac d’os », se privant pour aider les à survivre les autres prisonniers du camp. Découverte une fois de plus que pendant que mon oncle nous écrivait de longues lettres sur les malheurs terribles de ses ouailles chinoises, il y avait cette classe de protégés. Élite des nantis, vus dans le film de Bercolucci, cette cour dérisoire, tout ce luxe pour une infime partie du peuple chinois. Je me suis surpris à dire, durant le visionnement, à Aile : « Mao a bien fait d’écraser à jamais cette race de monde, cette infime frange de profiteurs. Bravo ! » Je voulais oublier les malheurs nouveaux, ce Mao dictateur, ploutocrate divinisé, ses folies de mégalo pédophile, ses vices, sa bureaucratie infâme qui, elle aussi, gens d’un nouveau palais à hiérarchie immonde pendant que les foules trimaient dans la misère noire… Oui, mais oui, avant comme après Mao le « timonier » de mes deux… c’était « le peuple on s’en sacre ! »
3-
Après le faste autour de ce jeune du « denier empereur », on va aux actualités françaises, TV-5, qu’est-ce qu’on voit ? Ce même damné cirque de la jet set. Ce carnaval écœurant en 2002 ! Mariage royal, hier, en Hollande avec pleins de foutus porte-médailles enrubannés. Ouash ! Quand finira-t-on en Europe de nettoyer ces vestiges monarchistes d’une vacuité ignoble ? Cette lie de la terre, ce gaspillage d’argent public qui se continue dans des pays européens pourtant démocratiues ! J’enrage de voir se perpétuer ces fainéants de « sang bleu ». Au plus tôt, le feu…le feu là-dedans !
Une fois de plus, je lis ce matin un Stanley Péan piquer vicieusement Denise Bombardier. De l’acharnement ma foi du bon yeu ! Il lui reproche maintenant sa série de télé aux confidences portant, souvent mesurés, à propos des amours, des anciennes liaisons amoureuses des célébrités d’ici. D’où peut venir cette haine chez tant de chroniqueurs face à Denise B. Mystère ! On engraisse ainsi une mode niaise : cette femme délurée au verbe tranchant, il faut lui rabattre le caquet ! Pourquoi ? Il y a pire comme questionneuse de télé, non ? Oui, un mystère ! Mais quand mon Péan s’attaque à ce Fisher et ses livres de « cours de rédaction », ses bons conseils aux aspirants-auteurs, alors là, j’applaudis à fond. Arnaque vaine !
Mes cahiers « livres » au Devoir comme à la Presse sont encore ornés d’hommages aux… autres ! Juif, Espagnol, Grec…Mode du cosmopolitisme et de l’internationalisme, ces dirigeants en médias-livres sont victimes du « racisme inverti »; le racisme inverti fait mépriser les littérateurs québécois. Oui l’envers du racisme ordinaire : on ne dit plus « les étrangers sont méchants et pas bons » , on dit « les nôtres aucun intérêt, pas de talent au Québec » ! Inversion néfaste !Une misère de samedi en samedi, de dimanche en dimanche.
J’ ai acheté Le Figaro ce matin. Tout le numéro en hommage à (200 ans) Victor Hugo. Anniversaire, ici, montré en images nombreuses et où je vois les beaux dessins, les aquarelles, les lavis d’encres (jaune, noire, violette) de Victor Hugo qui avait un talent fort pour peindre des images mystérieuses. Tachistes. Modernes. Et, pour mieux savoir qui fut ce Bourdieu, le sociologue décédé récemment, j’ai aussi acheté Le nouvel observateur. Aile s’en est emparé et je lui dit : « Oh, la gauchiste lit cela et moi, droitiste, je garde Le Figaro. » Elle rit .
Je veux m’acheter des encres de couleurs après avoir revu (nous avions vu, en 1980, un peu de son talent au Musée Hugo de la belle Place des Vosges à Paris) les belles illustrations de Totor Hugo. Aile me dit : « Essaie donc maintenant au lieu de faire tes taches et de former tes dessins par la suite, de faire le contraire : tu dessines d’abord et puis tu colores après ! »
Ma foi, bonne idée, je vais m’y mettre car mes barbouillages sur de vieux journaux…ben, j’en suis moins certain que jamais ! Cela a donné des « papiers » peinturlurés assez…moches, je crois.
Un mot pigé dans Le figaro du temps de Hugo : le « lécheculisme » ! Oh ! Je m’en servirai, promis.

le jeudi 3 janvier 2002

le jeudi 3 janvier 2002
1-
Ça y est : mes J.N. peuvent vraiment débuter maintenant. 2002. Les quinze jours de J.N., en décembre, ont servi de… rampe de lancement. C’était pour l’an neuf que je voulais noter au jour le jour mes éphémérides. Projet : sa rédaction éditée en livre, début de 2003. Je relirais alors le journal fait ici et je pourrais en tirer la substantifique moelle ? J’avais lu cela —ce « savoir faire » d’un diariste—, et je trouvai ça plein de bon sens. En somme, au bout d’une année, faire la relecture —la revue— de cette masse écrite ici et la tamiser, la filtrer, en dégager les points forts. Espérer y trouver des pépites— non pas d’or— de vie. L’or du temps ! On verra bien.
Ce matin, un jeudi de beau ciel en bleu et blanc comme notre drapeau national. Troisième jour donc de l’année novelle. Dès ce matin, comme partout ailleurs sans doute, la reprise de la routine quotidienne : d’abord, lecture des quotidiens, cette drogue, et café sur café, autre drogue. Je n’en bois pus que le matin de ce « nectar des poètes », comme on disait au temps de Balzac qui en était, lui, complètement intoxiqué, et du fort, du très noir chez l’auteur de « Germinal » Sur son lit de mort , Balzac aurait dit : « Je meurs de 250 000 tasses de café! »
2-
Lundi soir, attente du jour un. L’actualité ? Par un biais étonnant, à la télé, une émission sur les Croisades. Un grand mot regretté de Bush jr. Le documentaire raconte la peur du Grand chef de Byzance. Les Turcs, venus de l’Asie centrale, s’installaient en ce qui deviendra la Turquie. Le chef des « christianistes » s’énerve, panique pour la chrétienté menacée et fait appel au pape Urbain pour obtenir quelques bribes de guerroyeurs vaticanesques. Le pape , en ce temps-là, menait son affaire comme tout chef d’état avec armée et autres ressources bien laïques ! C’est au château-forteresse-abbaye de Cluny que niche la place forte des catholiques. Cluny ira beaucoup plus loin que le désir de renfort de Byzance Ce sera le prêche fou : « On a mal lu les évangiles. Le Christ permet de tuer, jamais un autre chrétien, mais les infidèles, les impies (entendez les Turcs), cela oui, mais oui, le Christ autorise les assassinats. »
Début de la dizaine d’horribles foires d’empoigne écœurantes : les Croisades ! Ces « chevaliers » moins valeureux que pirates. Des foires qui ont foiré justement. Beaucoup de sang, des pillages dégueulasses ! Plus tard, les masses de reliques folichonnes à marchander : dont ce « nombril du Christ, et quoi encore ? Le bois « de la véritable croix de Jésus » formerait des douzaines de potences sacrées !» Puis, ce sera l’odieux commerce des indulgences pour raison de construction du Vatican.
Tous les dimanches matins, au collège, c’était l’étude obligatoire de l’Histoire de l’Église, pas un mot sur ces turpitudes chez messieurs les Sulpiciens. Oh, les mensonges ignobles qu’on nous a conté ! Tromperie indigne sur des jeunes cerveaux malléables. Devrions-nous exiger des excuses? Cette mode des pardons à la chaîne, pouah ! C’est vain. Le mal a été commis. Inexpiable. Que les vieillards en soutane crèvent avec les remords. S’ils en ont, ces vieux fous !
3-
Je lis que le grand dramaturge catho, Paul Claudel, avait des actions dans des industries de guerre allemandes (nazis), durant le conflit, qu’il n’avait pas respecté sa promesse d’aider sa fille illégitime —tiens, tiens, tout à fait comme notre René Lévesque ! De là, j’y reviens, à traiter de tels brillants prosateurs de « sales cons monstrueux » comme Foglia le fait…Ouow ! C’est triste, ça empêche pas l’inspiration tout à fait hors du commun.
Cette télé, si assommante partout, à cause principalement des publicités tonitruante que je ne supporte plus. Il n’en reste pas moins que…Que j’hésitais —dans « les aveilles » du grand premier jour— entre revoir le monologueur Deschamps, ou visiter San Francisco, ou observer (sur 3 chaînes !) cette « Bottine souriante » (on les sort aux Fêtes seulement !) ou passer en revue le jour 11 septembre fatidique… L’ on vogue d’un canal l’autre…Deschamps toujours coriace, faux-innocent cruel et provocateur, c’était bon mais…j’éteins (les maudites pubs !)
4- et décide de lire un livre qui traîne sous la table à café. « L’histoire des forgerons » (un album « Time Life », illustré grossièrement hélas ) ses débuts (tiens, en Afghanistan !) ses découvertes inouïes, ses trouvailles renversantes, ses bijoux fabuleux, ses inventions guerrières. L’or et l’argent d’abord. Puis, dans l’ordre ce sera l’âge du cuivre, puis celui du bronze, enfin du fer !
À la fin, je me suis senti un peu plus intelligent.
Avec la télé, c’est moins fréquent , nous sommes d’accord ? Cet album faisait son tour de tous les continents. L’art des fontes savantes, des fours à sarbacanes, des coulages délicats par le procédé de « la cire perdu », en Chine comme en Arabie, et, à la fin de ce « voyage en métaux fondus », relire les pillages monstrueux des extraordinaires « métallurgistes », vraiment surdoués, chez les Aztèques, Mayas et Incas, par ces horribles conquistadors venus d’Espagne fait froid dans le dos.
5-
Agapes réussies quand s’amena tous les chers miens au soir du « JOUR UN ». Raymonde, bedaine sur son poêle, chassant « l’intrus » sans cesse, moi, a su contenter les onze becs avides.
Au dessert café, échange rituelle de petits cadeaux, symboliques puisque nous avons tout, bourgeois installés confortablement. Gabriel, benjamin de ma fille, tourne autour de nous avec un caméscope tout neuf. Images furtives dont celles du papi qui raconte des histoires comiques. Rappel, c’ était inévitable, du tragique 11 septembre à Manhattan : « Moi, j’étais en voiture… J’étais à me cours… J’étais à lire mon journal… » Etc.
Les souhaits volaient… et, bien entendu, les bonnes résolutions, hum !
6-
Lendemain de la fête, mercredi matin, ayant reçu tout un bloc d’albums-à-photos, nous voilà, Aile et moi, à dresser des piles de photos. Les amis, un album. Les familles, un autre, « nous deux » encore un. Enfin un album pour des photos de voyage, des îles de la Madeleine à Porto Plata, l’hiver dernier. Que de « moments de vie ». Que de témoins du temps qui file. « Mon Dieu, que j’étais jeune, une fois ! » s’exclamait Emmanuelle Riva dans le film de Duras-Renais « Hiroshima, mon amour ». Si vrai ! Nostalgie qui nous saisit alors ! Un certain silence s’installe tout à coup. Malaise. La loi impétueuse de la vieillesse qui nous dit, la cruelle : « Voyez, comme vous étiez beaux et jeunes, un temps ! » Salope !
J’ai terminé enfin ce roman, « Aliss », du jeune Patrick Senécal. J’aime lire la ponte des cadets. Un monde nous sépare.
Chez Senécal, en début, que d’hommages…aux amis, aux conseillers (!), aux chers parents, aux réviseurs, etc. À la fin, que de « sources » indiquées. À Kundera, à Jean Racine, à Anaïs Nin, à Sade, à Nietzsche…et à Lewis Carroll, auteur du célèbre « Alice… ». Oui, un monde. Dans notre temps (oui, pépère on t’écoute !), foin de tous ces remerciements. Nous écrivions, vierges, innocents, pionniers, nous avons, candides, le sentiment d’écrire sans cesse les premiers livres de la terre de Québec.
De nos jours, ces romanciers ont fait de longues études littéraires, connaissent les ouvrages des « illustres », s’en inspirent volontiers. Font des sortes d’interminables Paraphrases. Ainsi son « Aliss » n’est pas seulement un salut àl’ « Alice » de Carroll, mais aussi à Sade, le marquis malade d’ imageries d’une sexualité pathologique et sanguinolente. J’ai détesté son roman pourtant farci habilement de trouvailles solides, de « lignes » drôles, d’image fortes aussi. Son idée d’une sorte de voyage « initiatique » par une jeune fille venue de banlieue ( Brossard), décrocheuse, se retrouvant via une station mystérieuse du métro (cela est fameux !) dans une sorte de cité maudite est efficace au début. bonne. Hélas, ce n’est que « drogues et sexualité pervertie ».Cela fait convenu désormais. Pas de monstres, pas d’animaux mythiques, ni paysages surréels, pas de secrets, de tabous, de codes mystérieux. Pas de symbolique un peu surréaliste. Rien. Rien que les drogues (Macro, Micro et Royale, gélules habituelles !) et des partouses « ouellebecquiennes !
Des piqueries, des danses à 10 piastres, de l’échangisme aux piments usés à la corde (que de pénis et de vulves en l’air !), voyeurisme improbable, « adolescentisme » assommant ! Ce n’est que jus, liquide, un « ondinisme » infantile ! Obsession de l’ auteur ! Fantasme à sens unique ! Il y a une pègre classique, et les déviations d’un sadisme rebattu.
La fugueuse découvre quoi ? Le mal ? La fin d’ »Aliss », très moraliste, le soutient en toute bonne conscience ! Elle a jeté sa gourme mais va se marier, sera heureuse, et aura …deux enfants, un garçon, une fille ! À Québec en Haut , avec un type de bonne famille.
Et « cui cui cui », mon histoire est finie, disait Maman Fon Fon !. L’auteur, lui aussi, a jeté son sac d’ordures scripturaires, et, page de la fin, le jeune auteur écrit : « Merci papa, merci maman !». On croit rêver ! C’est bien long, un roman plein que l’on bourre de pages dialoguées longuettes… devenant ainsi, davantage qu’un roman, un scénario de télévision érotico-porno. Le livre aurait pu se passer de 50% de son volume. Déception. L’idée du jeune Senécal, je le redis, était excellente. On l’a assez dit : aucun texte n’est innocent : on éjecte, on projette, ce que l’on est. Hélas !
7-
Comme tout le monde ou presque, guet des émissions de fin d’année :
Tiraillement…Il y a et L’INFOMAN à la SRC (je j’estimais modérément) et Marc Labrèche à TVA. Valse-zapette comme il se doit. Le forcené moqueur, Infoman, a gagné : il y en avait des fortes ! Chez le Grand Blond, quelques bons moment. Plus tard :chez Bureau qui a un si beau bureau, conversation mal menée avec des humoristes. Plutôt ennuyeuse machine. Bureau est toujours comme… mal à l’aise avec les gens du monde des arts et spectacles. Je ne sais à quoi cela tient ! Avec des écrivains, il fut souvent bon (Paul Auster entre autres) avant de devenir un « homme d’infos ». Certes il fait précieux de « prime abordage » et un tantinet 18 e siècle mais il est cultivé, bien articulé dans ses topos, structuré dans ses questionnements. C’est toute autre chose qu’un Bernard Derome, par exemple, dressé avec —avant tout— lecture de papiers rédigés part d’autres. Bureau est très capable de formuler ses pensées et de jouer son propre jeu. Autre génération. Autre façon de faire au fond dont Derome et Cie ne sont pas responsables. Foin de « La fureur » , émission-jeunesse (?), on va au dodo avant minuit, il fallait être en forme pour la réception des miens pour le Jour Un, le lendemain.
Oh, oh :ça sonne en bas, voici Laforce, retraité de la SRC et devenu prof à Grasset et à Saint-Hyacinthe; c’est un départ ! En route pour une marche de santé de Val Morin à Saint-Adèle par la piste cyclable et skiable…Vive le froid ! Hum…