Le samedi 2 février2002

Le samedi 2 février2002
Le voilà de retour, bien revenu, fendant, crispant, cet hiver que je n’aime pas. Installé ce matin avec JCCC (journaux, cafés, croissants, cigarettes), je dis à Aile : «On gèle maudit ! C’est le frette en règle ! » Jusqu’ici c’était bien. Je songe au sud…à cette plage de la Costa norte en République dominicaine. Il y a un an, exactement, nous volions vers ces plages, ce soleil en plein hiver, non, pas ce soleil (nous l’avons ici et bien radieux aujourd’hui) , cette chaleur. Mais… l’avion… Aile craint ce genre de véhicule, depuis toujours… depuis le 11 septembre, davantage encore.
Avec ce soleil resplendissant partout dans le ciel laurentien, impossible à midi et demi de ne pas aller marcher. Sur le lac, ici, la municipalité offre une longue ronde patinoire et un cercle de neige tapée autour du lac, pour les promeneurs. Aussi, une piste pour les …fondeurs (!). Le vent nous giffle. Il faut rabaisser sa capuche (Aile), sa tuque (moi). C’est cinglant. Des chiens fois, heureux courent devant la laisse tombée. De enfants ajustent leurs patins, assis sur des bancs. Atmosphère classique, tableaux de Cornélius Krieghoff.
Hier soir, cinéma-maison. Déjà on peut louer le récent Woody Allen. C’est fort amusant, rempli de répliques d’un drôle fantastique. « Le scorpion de jade » fait voir « l’acteur-Allen » vraiment, et non plus cette sorte « d’alter égo » devenu un peu lassant. Avec ce « Scorpion de jade » Woody Allen tient une bonne histoire, un scénario bien construit, et s’y jette avec un plaisir évident. Le voilà donc en enquêteur (sur les vols) d’une grosse compagnie d’assurances. Il serait un as, le meilleur. Mais… soudain —jouet innocent d’un hypnotiseur-bandit— ce sera lui le voleur…Oh que de rigolades ! Aile et moi très ravis de ce film se déroulant dans les années 1950 à New-York.
C’est fou, une ombre sur mon plaisir. Incapable d’oublier que ce talentueux cinéaste est, a été, un pornocrate quasi-pédophile. On sait cette histoire sinistre : les photos salaces prises avec sa grande fille adoptive et le scandale qui en résultait. C’est fou, je n’arriverai jamais à séparer l’ouvrage (de talent dans ce cas) d’un créateur d’avec sa vie. Ces faits accablants, m’empêche désormais d’admirer inconditionnellement l’auteur de tant de bons films.
Hier soir, après ce désopilant « Scorpion… », au lit, je veux poursuivre ma lecture de « Parfum de cèdre » de MacDonald et Aile me dit : « Finis d’abord ton « Massoud l’Afghan » et « Soie » aussi. On doit rendre ce deux livres bientôt à la biblio. Le « Parfum » , lui, est à nous. » Alors je quitte la campagne du Cap Breton et je retourne dans ce pays de déserts, de montagnes, de grottes, ce pays de malheur, décrit par le cinéaste-journaliste Chrisophe de Ponfilly. Il part, sac au dos, caméscope en bandoulière, rencontrer ce « chef de guerre » avant qu’il soit tué.
Ponfilly fait bien voir la pauvreté partout mais aussi une sorte de « comique involontaire » avec ces tirailleurs en réseaux qui luttent maintenant contre certains des leurs, les « fous de Dieu ».
Le taleb (talibans au singulier) n’est plus l’allié d’hier qui collaborait à chasser les intrus communistes. Il est devenu, aux yeux de Massoud et de ses troupes nordiques l’ennemi. Guerre civile ? Oui.
Cela se déroule en 1997, donc quatre ans avant le 11 septembre à Manhattan et cette « guerre aux terroristes » de W. Bush. Massoud n’y gagnera rien puisqu’il fut assassiné. Au moment où j’écris ceci, c’est la rencontre et l’auteur admire encore davantage ce démocrate afghan menacé, qui se terre comme va se terrer Ben Laden, l’exilé arabe venu joindre les fanatiques et devenir la figure emblématique de la pureté islamique, coranique. Je m’instruit. Un livre va mille fois plus loin qu’un reportage de télé bien entendu. Je suis là-bas, je vois tout, les détails d’une existence en une contrée dévastée où l’on rit encore, où l’ on se débat pour rire un peu, où l’on vit malgré la misère environnante, avec des restes avares. L’Afghan, dit Ponfilly, ressemble aux latins. Il aime bien rigoler, ricaner, se moquer des gens en place à Kaboul, capitale envahie par les forces obscurantistes, caricaturer ces fascistes anti-femmes, il est un individualiste, un amoureux de la vie qui voit grandir cette obscurité talibane répandue par des extrémistes farouches qui coupent des mains, qui fouettent, qui pendent qui interdisent radio, télé, musique…
J’ai fini par m’endormir le livre au fond des mains…La fatigue seulement… Salut Morphée !
2-
Il faut bien écouter, lire, les critiques. Faire confiance à qui ? Il y a tant de spectacles, de films, de livres ! Aile et moi s’il y a unanimité « pour » ou « contre » on décide d’y aller …ou non. Parfois, il y a mystère. Exemple : ce « Blast » au « Quat’Sous ». Paul Toutant à la SRC: « Une cochonnerie imbuvable, une violence gratuite, un spectacle assommant et vide. » Cela dans se mots à lui mas c’est clair, un navet à fuir. Et bang ! Sonia Sarfati, le lendemain, dans « La presse » juge que c’est un fameux de bon spectacle.
Eh ! Antipodes d’appréciation. Si on sait lire, on découvrir par le résumé de Sarfati qu’il s’agit d’une jeune femme assaillie dans une chambre de motel par deux « chiens ». Un bandit et puis un militaire. La femme : une proie, une victime innocente. Les deux hommes : deux bêtes immondes. Deux enragés, deux fous furieux. Ouen ! L’auteure, une britannique, se suicidera et n’écrira plus jamais donc. L’impression (preé-papiers, photos, extraits montrés) qui s’incruste : un autre crachat verbal, une violente dénonciation de la violence par…la violence !Sauce démago. Exhibitionnisme profitable. Cuisine aux hémoglobines alléchante. C’est fréquent. Crainte du sempiternel sensationnalisme. Suffit ! On ira pas.
Le journaliste Yves Boisvert a repris avec un fort bon talent la barre pour ces reportages sur des procès connus, au Canal D. Hier soir, avant « Le scorpion » si rigolo d’Allen, c’était l’évocation en images du fameux procès fait à Rozon. Le caïd de l’humour, gérant, manager de Trenet, fondateur d’un Musée de l’humour et d’une école, accusé d’agression sexuelle. Une toute jeune croupière, à l’hôtel resto d’Yvon Deschamps lors d’une fête des humoristes, s’avise d’aller rendre visite à la chambre de Rozon en fin de partie ! Déjà cela…Voilà que Rozon, fêtard normal, forcément éméché —on sort d’une fête arrosée— va peloter sa jeune visiteuse et l’inviter au lit. Il se débat et s’enfuit et…portera plainte à la police. L’émission a fait voir un sordide dérapage dans les médias. Une connivence ave le zèle loufoque de la loi police. Bon, en appel, Rozon obtiendra l’absolution de sa…gaillardise mâle. Il fallait bien illustrer que « connu pas connu » la police est la même pour tous. C’est faux. En effet, le plus souvent, une « notoriété » y goûte. C’est idiot, c’est ainsi. Je me souviens, voulant m’expliquer —petits-fils en retard pour l’école après un lunch à l’horaire mal calculé— à propos d’un « virage à gauche » interdit : « Monsieur Jasmin, je regrette, connu pas connu, j’ai pas à écouter vos explications ! » Une certaine agressivité. Le flic qui doit se dire : « Ces cons « connus », y pensent-y qui peuvent tout se permettre ? » Les enfants arrivèrent en retard à leur école, le policier prenant tout son temps pour rédiger sa contravention après être allé, lentement, vérifier sur son ordinateur…voir si ce « con connu » serait pas recherché par Interpol.
C’est la vie. J’avoue qu’il pourrait y avoir aussi des avantages. Un soir, à l’hôtel de Tadoussac, longue file et une hôtesse qui dit : « Venez monsieur Jasmin, suivez-moi je vais vous dénicher une table. » J’avais protesté et refusé l’inégalité, lui expliquant que je tenais à garder ma place dans la file…comme tout le monde. C’est juste pour dire… « juste pour rire »… les menottes passées à Rozon…une imbécillité judiciaire !
3-
Je jette un regard morne et glacial en ce samedi matin à un joyeux et bel encart publicitaire pour les « Jeux » à Salt Lake city. Ceux qui, comme Aile et moi, ont vu le reportage télévisé jeudi dernier sur les Mormons (80 % de la population de l’Utah) de « L’Église de Jésus-Christ des derniers saints des derniers jours » en garde un goût aigre. Cet appel festif général en une contrée contrôlée par de tels arriérés au masculinisme éhonté sonne faux en diable ! Comment allons-nous faire pour oublier qu’il y a là des enfants blessés gravement, endoctrinés lamentablement, des femmes transformées en « pondeuses effrénées », des cas de viols, d’abus sexuel, d’inceste, de naissances de malformés, le tout toléré, installé béatement au nom d’une religion d’aliénés mentaux religieux ? Comment ?
Une amie commune, célibataire pas endurcie, Marie-Josée, part lundi matin comme scripte officiel. Ce midi, au téléphone, petite cérémonie du « bon voyage à Salt Lake ». Aile lui dit : « Que je te vois pas te laisser ensorceler par un de ces loufoques machos ? » On rit pour pas pleurer des fois !
Ce film « Opération Cobra » (titre correct, adéquat) que je voulais aller voir ? Hum ! Critiques néfastes maintenant. On joue tout croche : mi-vérité, mi- fiction. Mensonges déguisés en vérités, saloperie ! Il y aurait « emberlificotage » du public. Personne ne saurait plus ce qui est improvisé et ce qui est arrangé en cours de tournage. Ce genre me pue au nez. Ainsi pour ce « Blair Project ». L’on vous dit : « on invente rien, tout est vrai ». Et, en vérité, tout est arrangé avec les gars des vues (ils sont trois à la réalisation, subventionné avec notre argent public encore). C’est tromper les spectateurs. C’est de la fausse représentation, Démagogique ! Comme c’est triste et malheureux de si jeunes cinéastes, déjà, en manipulateurs. J’avais bien entendu à la radio leurs bafouillages et leurs malaise vendredi en revenant du canal Vox de Vidéotron. Et quel exemple vicieux pour ces jeunes garçons entraînés dans cette fourberie !
Eh misère humaine !
4-
« Moulin rouge » est un film idiot. Quelques plans séduisent sur le plan scénographique, danses entraînantes sur musique pop et rock, chansons légères. Mais c’est une sinistre caricature du Paris de 1890. Une romance convenue d’un cucul fini avec Nicole Kidman et Ewan MacGregor. Voilà que ce film s’attire des éloges. Qu’aux USA il risque de devenir un fim-culte. C’est à s’arracher les cheveux…qui me restent. On se questionne Aile et moi. Sommes-nous des idiots ? Peut-être pas… C’est qu’à partir de l’imagerie célèbre de Toulouse-Lautrec, s’amenaient les gros clichés, les stéréotypes connus Moulin Rouge c’est un Paris tout faux, imaginaire. Un Moulin rouge bassement caricaturé. Faux comme de la…marde, je l’ai dis !
Dans « Time », des éloges. S’en foutre. Certains amerloques le visionnent 15 fois, 26 fois ! » « Fim de l’année » proclame « National Board Review » ! Mais, Dieu merci, « USA today » lui fiche : une « tite » étoile et demi ! Enfin, un peu de jugement !
Son cinéaste australien, Baz Luhrmann, en est fier et… dérouté. Il dit, mystère, s’être « laissé influencé par les comédies musicales de l’Inde ». Eh b’en ! Il prépare maintenant « sa » version de « La Bohème » sur Broadway. Seigneur ! Est-ce qu’il sait ce qu’il a fait ?
Le cabaret « historique » de Pigalle en est tout dévisagé et à jamais Lautrec se vire dans son tombeau… face à cette version filmique aux « folies bergères » américanisées.

Une réponse sur “Le samedi 2 février2002”

  1. Désolé de vous importuner ……..dans votre journal vous mentionnez lexistence sur la rue ROY du Studio XV ou officiait un animateur de theatre Gérard Vlemincks ( aussi professeur de diction ); ( non loin du chateau Prudhomme…))
    sauriez-vous etre plus précis au sujet de la localisation du studioXV ?Désolé encore une fois et mille merci de votre patience

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