Le jeudi 7 février2002

Le jeudi 7 février2002
1-
Soleil revenu par ici. Sorte de joie chaque fois évidemment. Reviens de voir mardi soir, à l’Espace Go, un fort bon spectacle.
« Juste la fin du monde » par Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Bernard (Pierre) et de Serge Denoncourt…qui joue aussi le héros de ce texte. Un jeune homme, la trentaine, revient chez lui après une absence de 10 ans. Malaise terrible. Pour la mère, la jeune sœur et surtout son frère cadet. Joué, ce dernier, de façon fantastique par Luc Picard. Quand c’est bon au théâtre il n’y a rien, aucun autre médium, pour égaler la joie, le plaisir éprouvé !
Après le spectacle longue et fertile jasette dans le boudoir du Go avec Monique Miller (amie d’Aile depuis sa « Madame Félix », à balafre, de « Montréal P.Q. » (de V.-L. B.), qu’a tant aimé réaliser ma chère Aile.
Monique joue (excellement) la maman du héros, déçue de cette longue absence mais toute polie, incapable de reproches, défaite, ravagée d’angoisse…Elle sent la mort…Car le héros est atteint d’une maladie mortelle (on imagine ce maudit Sida dont l’auteur allait être frappé. Il mourut peu après la rédaction de ce « Juste la fin… ». Il est venu l’annoncer. Il ne le fera pas, englué, enterré par le bavardage des siens ! Anne Dorval joue bien la belle-soeur empêtrée et embarassée et Julie McClemens brille en petite sœur ravagée d’inquiétude sur son sort à elle. Personne , ai fond, ne veut savoir pourquoi ce retour de l’ « Enfant prodigue ».
Au bar, un certain Philippe, m’offre le café et refuse que je le paie me disant : « Je suis si content de vous savoir ici, je vous admire beaucoup. » On en reste bouche bée. Je ne le questionne pas. Lit-il mes J.N » ? Me suivait-il à la radio pop ?
Ce Denoncourt que j’avais trop vite jugé un peu…frais (rencontré dans le hall du Quat-Sous pour « Je suis une mouette.. ») est très affable et, surprise, admet comme moi, avoir détesté le Pessoa-show. Il me dit : « C’était interdit de ne pas avoir aimé ! » Nous rigolons. Mais il est d’un abord très chaleureux ce Denoncourt ! Monique me dira : « Toi aussi tu l’as cru snob ? c’est à cause de sa timidité. Je lui dis : « Souvent les timides intimident ! »
2-
Je sors (ce matin) d’un drôle de rêve. Je suis dans une chambre miteuse d’un petit hôtel de Manhattan. Je dois me trouver un boulot. Je marche dans des rues étroites, sombres, encombrées de détritus. Tas de gravats le long de vieux murs de briques sales. Ruelles sinistres ici et là. Je débouche enfin sur Broadway ! Je vois l’écriteau. Magasins vétustes. Une enseigne : « Euron Works Display. » J’y entre. Il le faut, C’est comme prévu. Pour un job. Un petit bonhomme ridé, courbé, au gros nez en poire rouge, m’explique l’ouvrage. Une mezzanine de son magasin à déblayer de brocanteries inutiles. Il y en a jusqu’au plafond. Devoir vite faire place nette ! Afin que je puisse m’y installer dit-il. « Dépêchez-vous, le temps c’est de l’argent ». Mon rêve soudain change de phase. Me voici au même lieu, avec ma fille Éliane et mon gendre Marco. Je tente de les guider, mêmes rues et ruelles de New-York. Cependant, plus d’ombres louches, pas de ciel noir, soleil aveuglant cette fois. Le magasin de « vieilleries » est toujours là. Je raconte à mes jeunes mon job d’étalagiste bousculé. Ils sont inquiets. Je me réveille.
Oh grand Shakespeare…de quoi donc est fait un rêve ? Un cauchemar? Au réveil, je tente de dénouer les symboles. Un : hier, début de lecture de ce livre de Schmidt (?) sur un Adolph Hitler jeune aspirant-peintre à Vienne. J’ai abandonné vite, voyant une sorte de fausse histoire, je déteste « l’Histoire romancée ». Ces fabrications de dialogues faux surtout. Ça débute : si Hitler n’avait pas été refusé, jeune, à l’école des beaux-arts…Et voilà l’auteur inventant des scènes, des propos, les « dires » d’ un personnage… faux. Ah non ! Pas ma tasse de thé. Dans mon rêve…il y avait cette ambiance du jeune homme qui cherche un moyen de survivre tout comme ce Adolf de Schmidt jeune étudiant viennois, orphelin, mal pris, faisant un placard peint pour un boucher afin de survire… J’étais un homme démuni, perdu, en phase 1, dans ce « Works Display » de Manhattan.
Deux : il y a aussi du texte de mon livre à sortir bientôt : « Écrire ». J’y parle de ce métier d’étalagiste pratiqué, jeune sans avenir clair, cherchant à…survivre. Et quoi encore ? Évidemment, le fait d’avoir revu Manhattan saccagé par les kamikazes récemment à un reportage de RDI. Ainsi, un rêve se construit de matériaux divers, emmêlement bizarre, non. C’est un domaine, rêver, qui me captive. J’ai un peu lu là-dessus. Et je voudrais lire davantage.
2-
Hier, à l’heure de l’avant-soupe, une fois encore (comme « pour la fessée permise » ) chez moi, ici, les camions de TVA ! Antenne et satellite encore. Une fois de plus en « duplex » avec Bruneau du canal 10. Cette fois, on veut m’entendre polémiquer à propos du téléphone portable, le « cellulaire ». Aile qui a en horreur ceux qui parlotent à ces appareils pendant qu’ils conduisent leur véhicule, est ravie et souhaite —pour une fois— que je…fesse !
Ils montent de Montréal, viennent brancher micro, caméra, pour quoi…un cinq minutes à peine. Mystère ! Claude, le caméraman, dit : « Sont « séraphins » à TVA mais pour le monde des infos, ils veulent battre le dangereux Mongrain de TQS et dépensent sans compter! » Bon, bon. J’ai fessé disant : « Ceux qui conduisent téléphone au cou, donc distraits, sont des dangereux, ils fonctionnent avec « facultés affaiblies » comme pour l’alcool. Mon vis à vis, le « workalolic » reporter, Richard Desmarais, rétorque : « Claude ne roule plus en calèche, j’espère. Le « cellulaire », c’est le progrès. » Je réplique : « Le progrès j’en suis, bravo, mais faut le civiliser, le réglementer. » On roule en auto (progrès net) mais, en ville, à 50 km. Pas à 70 ou 100 km. Accord du Desmarais pour une réglementation là-dessus. Mon Dieu, moi, pour le « law and order », moi ? Tout récemment, quatre touristes québécois s’en allaient au soleil floridien et une automobiliste, téléphone au menton, frappe… Mort des retraités !
2-
Ce matin, sonnerie du téléphone —« On vous sonne et, comme laquais, nous accourons », Guitry. À 8h. Aile, réveillée, va décrocher. Offre de recherchiste pour, en studio à midi,
débattre la question « vieillards au volant », une plaie ! Quel piège ! Je ne suis plus jeune du tout. Je refuse. Crainte de passer pour le polémiqueur-de-service, disponible en tout temps. Un Spring-Jack surgissant ! Si on veut m’accorder une tribune régulière, ça oui. Mais sporadiquement, jouer le grogneur, non !Je refuse de descendre à Télémétropole. Oh ! À 9 h., l’animatrice Jocelyne Cazin, en personne au bout du fil ! Elle revient à la charge : « Vous êtes bon, je vous admire tant, venez… » Non, le vieux corbeau flatté n’ouvrira pas le bec !
3-
Fléau. La récupération ? 1972 : des rockers d’ici, « Offenbach », passent pour des crottés nocifs. Pas d’ouverture en salles respectables. Frustrations. Idée amusante : « si on allait faire nos bruitages musicaux à l’auguste Oratoire Saint-Joseph ? » Les pieux clercs de Sainte-Croix, pas fous, se disent : « Ouen, ça ferait parler de nous chez les jeunes bougalous ! Nos temples de piété sont si déserts. On accepte la provocation réfléchie.
Saint-Joseph du Mont-Royal, charpentier emblématique, va recevoir les jeunes drilles chevelus, barbus et bruyants ! Des « réacs » ces chers Offenback (?) ou bien prétention sauce « Bach », on exigea des curés complaisants une messe ancienne, en latin ! Il y a un mot pour ces manèges : Récupération ! Jerry Boulet est mort depuis. Le reste du groupe, ô nostalgie, retourne à « Saint-Joseph- priez-pour-nous » dimanche prochain !
Récupération d’adversaires. « Joins them if you can’t beat them ». Je me souviens, nous les « jeunes-gens en colère », les enragés de Parti-Pris, soudain aimable et faste invitation à aller cracher notre venin anti-élitiste, où ?… à la chic Université Laval. Récupération encore ! Me souvenir du grand savant Dansereau tout admiratif à un lancement.
Parenthèse pour Mémoire : Dansereau fut directeur du Jardin Botanique de New-York (!) et, au même moment, Wilfrid Pelletier était le directeur de leur orchestre symphonique au Metropolitan Opera de New-York également ! Mais oui, m’sieur le rapporteur Durham, nos gens sans histoire, sans esprit, ignares —les Québécois— sont très capables.
N’empêche ces antipodes soudain réunies, toujours le coup des dames-patronesses qui invitent à leur luxueux garden-party des saltimbanques —en 1950, les jeunes du TNM chez les Papachristidis millionnaires. C’est si inusité, si exotique, my dear, oser côtoyer des bohémiens-voyous ! Frissons dans les visons !
4-
Vu hier « Il parle avec les loups » Asile et moi comme envoûtés. Toujours le vieux rêve de l’éden perdu. Quel charmant documentaire de l’ONF sur ce gaillard, Réjean Pageau, en haut de Amos, qui a installé une « ferme » de loups, de cerfs, d’orignaux etc. Le naturalisme comme source de vraie vie. Illusions ? Sans doute. Aile et moi ravis, comme bienheureux de ce visionnement de gens qui vivent comme aux temps premiers de la colonisation…
Le grand bonheur de voir ça ! Ce film sur l’homme barbu, ventru, Pageau avec ses loups « désauvagisés » partiellement, c’est quoi ? Du Walt Dysney ? Oui, oui. Images bien romantiques si on veut, nous soupirons : ah allez vivre loin des villes, au bord d’un bois, loin de la cité, à l’abri des …hommes! Hon ! Ah ! Oh ! Voilà la vérité lâchée peut-être : nous fuir ? « Détestons-nous les uns les autres ». L’évangile des anarchos- ermites.
Beaucoup de ces sauvages (j’en ai rencontrés) sont des
a-sociaux. Ils sont des individualistes, égotistes même. Et c’es facile. Être social est moins pas facile ! J’en ai connu de ces sauvageonnes et de ces sauvageons —haineux, superbes prétentieux souvent, parfois réfugiés dans l’alcool à flot— qui n’avaient qu’une idée : « l’homme n’est qu’un loup pour l’homme. » Des jeunes se font démoraliser par ces sentences niaises.
C’est faux !
La plupart du temps, il y a dans le cœur de l’humain un sain et normal besoin d’aimer l’autre, d’apprivoiser l’autre, d’échanger avec l’autre. Le différent. Ainsi s’est écrit l’histoire de la femme et de l’homme : « autre » si différent. Hors des murailles de la misanthropie, on voit bien l’amour. Malmené ? Ça arrive. C’est une autre histoire.
« Un », rester « un », est plate. « Un » est solitaire. Ne s’épanouit guère. « Un » n’est que « semblable », narcisse lassé, miroir ennuyeux. Ce « même » est triste. De là peut-être l’adoption (étatsunienne ?) du terme « gay »pour nommer les « mêmes », les « semblables » réunis. Malgré eux si on croit comme je le crois qu’ il s’agit non pas de libre orientation mais de commande génétique. Pas plus qu’on choisit ses yeux bruns ou ses cheveux blonds.
Tendance sexualisée non choisie. Inscrite au fond des gênes. Une gaieté factice —avec défilé ostentatoire par réaction— des « mêmes », de ceux qui se tiennent ensemble —ghetto, village— vu l’antique et cruel rejet des « autres ».
L’animateur de télé, Daniel Pinard, avait-il raison d’opiner publiquement; « S’il y avait eu une pilule contre cette orientation (vers le même, le pareil, le semblable) je l’aurais prise ». On a reproché, beaucoup, cette franchise chez Pinard.
L’autre soir, aux « Franc-Tireurs » de T.Q., un membre d’un couple de deux homos approuvait Pinard. Répétait la même chose. On pense avec raison :trop difficile, la condition homosexuelle ? Sans doute.
Il y a autre chose, en creux. Une sorte de répulsion malgré l’attraction d’ordre génitale) oui, une répulsion à être deux « mêmes », deux « pareils », deux « semblables ».
La diversité semble une loi incrusté dans l’esprit des humains.
Fin de ma philo-du-dimanche comme mon père était potier- du-dimanche à partir d’un bonhomme qui apprivoise des loups.
Terminons : c’est magnifique ce petit paradis dans l’arrière-pays d’ Amos… mais personne ne veut quitter une once de ses conforts.
5-
On entend dire, les reportages commencent sur les J.,O. : « des perches chaudes ». En deux mots ! On parlait de celles du lac au pays des J.O. d’hiver. Nous disions « perchaudes ». Mystère ! Les truites meurent dans l’eau trop salée mais pas ces « perches chaudes » de l’Utah. Eaux mille fois (!) plus salées que l’océan. Notre surprise.
Émigration : en Angleterre, gazette d’à matin, inquiétude normale, on se questionne sur le mur entre nouveaux arrivants et indigènes. Désormais, obligation de passer un test auprès de émigrants après un certain temps de séjour. Hon ! Quoi ? Oui, vérifier si l’émigrant est déjà un peu, un tout petit peu…anglais. Test aux questions banales, faciles.
Faire cela au Québec et ce serait le tollé : « Sales racistes de Québécois va ! »
Ainsi, je lis qu’on payer mieux que certains nouveaux venus puissent mieux conserver langue d’origine, us, coutume, traditions…racines. L’entretien des ghettos ? Nuisance à l’intégration qui est pourtant indispensable à l’épanouissement des enfants des émigrants. Mais si nous parlons de nos racines à nous —à mieux arroser, de nos traditions —à mieux protéger, de nos us et coutumes, ce sera encore le tollé, le même : « Sales racistes de Québécois va ! »
Ce monde, hum, c’est cela le racisme inverti. Se mépriser. Tous les autres sont fascinants, nous autres, on vaut pas grand chose ! Oui, racisme inverti. À la mode dans les médias actuels. Exemple précis ? Dimanche, le « cahier livres » de La Presse :place à un Juif, à une Espagnole, à un Grec…(traduits chez des éditeurs parisiens). Espace à nos créateurs ? Le reste, des miettes. Racisme inverti.
6-
À Paris, Jospin (gauche) , muet, voit le retour d’exil doré (Shuller, père) d’un témoin important dans les affaires de favoritisme du temps de Chirac. Son silence ? Les mêmes sales horreurs, dégradantes en favoritisme « pot-de-vines » du temps de son cher Mittérand. Juppé (droite), inquiet du Shuller (trahi, c’est dramatique en diable, par son fils gâté-pourri), l’ouvre et gueule à Jospin (gauche) : « Vous remuez de la merde ! »
Oh, l’aveu candide ! Peut importe qui la brasse, il y a donc de la merde à remuer ? Elle est donc vraie. Venant d’où, mise là par qui ? La France, pays politique fascinant. La presse déchaînée. Des deux bords. Ici presse d’un seul bord. À droite toute !
7-
Nos théâtreux à l’Odéon de Paris en ce moment. Avec, un vieux truc efficace de Paul Berval en 1949, le mélange du joual avec le français pointu, l’accent de Paris. On riait au « Beu qui rit ».
Étudiants. Avec le Ducharme (« L’hiver de force ») même bonne vieille recette. La directrice du TNM, Pintal,, avoue, candide :
« À Montréal, on riait quand ça parlait parisien (est donc ridicule), là-bas, ils vont rire quand ça va parler en joual (est donc ridicule).
En tournée aussi (Pretit Odéon), cette Marie Brassard jouant un coiffeur homo qui fantasme en s’imaginant général d’armée. J’en ai parlé un renversant morceau de bravoure. Avec, en prime , masturbation sur scène. À Paris, ils vont apprécier l’audace. Performance , performance…ais-je un gueule de performer ? Qui, osera, la première, s’arracher de l’entrecuisse, sur scène, sa serviette sanitare et… la manger ! Craignez-rien, ca va venir ! C’est la bataille de l’insignifiant c’est à dire de l’exagéré, de l’outrancier. « Vous allez venir au théâtre ou bin on va dire pourquoi ! » Parfois je m’ennuie d’un bon Claudel comme celui vu à la si belle chapelle du vieux Séminaire : « L’annonce faite à Marie. Moi colonisée ? Non, il y a « Au cœur de la rose » de Pierre Perrault, au Rideau-Vert, le Lévesque à René-Homier Roy en fut sur le cul tant il a apprécié. Ira-t-on en tournée payée par notre argent public ?
8-
Rendez-vous d’importance pour moi : j’ai hâte à demain à 20 h., à la petite Salle Fernand-Séguin de la Cinémathéque québécoise. Aile me dit : « Je te préviens, un soir, nous étions trois à la cinémathèque pour voir un beau vieux documentaire sur Gabrielle Roy. » Eh ! Combien viendront voir, vendredi soir, demain, boulevard de Maisonneuve, mon « Blues pour un homme averti»? Une efficace réalisation de Paul Blouin, un ensemble de jazz, celui Slide Hampton (en 1964, on pouvait avoir du jazz de New-York pas cher !), mon héros si bien joué par Jacques Godin ?
J’y serai seul peut-être? Tant pis. J’ai aimé « mes » acteurs, je veux les revoir. J’espère que nous serons au moins cinq, Aile et moi et trois lecteurs de mes J.N. À demain soir donc ?

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