Le mardi 12 février2002

Le mardi 12 février2002
1-
Hier soir, je dis à Aile, Pierre Gauvreau a, lui, sa Janine C. », une « Aile » toute dévouée, vraie relationniste compétente. Pierre Perreault, lui aussi, avait sa Yolande S., consacrée à sa dévotion, se démenant pour son œuvre sans cesse, mais toi…hum ! Elle rigole. À Canal Historia on invitait le public à faire des suggestions. Deux auteurs de France (racisme inverti toujours ?) venaient d’y « plogguer » leurs écrits. Et moi ? « Aile, au secours, le Claude Charron , si tu me signalais (chez Pixcom), m’inviterait pour causer de mon cher Villeray, non ? » Oh la la ! Aile (je lui donne raison) refuse de se transformer en complaisante servante des ouvrages littéraires de son chum ! Son côté « low profil » fait d’aile une discrète. Et j’en souffre, savez-vous ?
Hier, le beau soleil et notre rituelle balade autour du lac. Ce midi, le gris bien connu de février. Nous repartons encore pour la ville, ce soir, vouloir re-visionner une dramatique de moi à la cinémathèque à 19h. : « Tuez le veau gras ! » réalisé par Carrier.
J’espère un meilleur ruban-vidéo que pour mon « Blues pour un homme averti », un son meilleur. On verra bien.
J’ai lu avec plaisir le court « conte » de Barrico (si louangé) « Soie », l’auteur du « Novecento » narre les voyages d’un bonhomme de Provence, marchand soumis, timide, délégué par son patron en soieries pour acheter… des vers à soie. Il va vers l’Égypte d’abord puis, à plusieurs reprises, au Japon où il rencontre un riche pacha et sa femme mystérieuse, voilée, silencieuse, dont il s’éprend fort placidement. L’ idée est excellente. Le suspense délicieux au début et au milieu du bref livre, mystérieux comme à outrance, on attend un choc renversant. Cela devient redondant et, à la fin, carrément décevant. Pas pour Aile qui a adoré ce « Soie ».
Ce « Novecento » du même Barrico fut mis en film (même titre), un pianiste né sur un paquebot, la mère tabou meurt, il est adopté, élevé par l’équipage et y restera toute sa vie, devenant « l’entertainer » du dancing mondain sur le pont principal. Une forte histoire si vous l’avez vu…aller louer vite la cassette sinon…C’est une merveille du cinéma actuel.
2-
Dimanche, avant d’aller « Aux filles du Roy, fêter Hughette Oligny, un peu de lèche-comptoir chez le Renaud-Bray de l’Avenue du Parc. Je ne vois pas « Je vous dis merci », mon petit dernier. Cache-t-on le livre d’ici ? Il y a, au fond du vaste magasin, « Enfant de Villeray » (nov.2000) et mon « Duplessis, patriarche bleu » (nov. 1999). Louise Colette, à l’anniversaire d’Oligny —producteure de ma « biographie » du Canal D— m’accoste et me répète (j’avais d’abord reçu son courriel loudateur— qu’elle avait éprouvé du grand plaisir, de la stimulation, à lire ce J.V.D.M. « Aux Fêtes, j’étais aux Caraïbes, je sortais du dernier Gilles Archambault si triste, si déprimant. Votre bouquin de gratitude m’a soulagé de son spleen fatidique. » Je tente d’expliquer le tempérament de mon camarde Archamnbault et elle : « Oui, oui, je sais bien, c’est tout lui, mais c’est une lecture accablante, attristante. »
J’ai tenté de lire le dernier tome de journal de Jean-Pierre Guay acheté Avenue du Parc, dimanche. « Le coeur tremblant » c’est un mois et des grenailles seulement dans sa vie. C’est janvier 1993. C’est ce Guay de Beauport, maintenant de Château-Richer, qui me donnait l’envie, le goût, bref qui me fit débuter dans ce genre de littérature : le journal. Je n’aimais pas du tout sa manière. Je voulais faire différent, plus clair, plus simple, plus franc. Le voilà encore râleur perpétuel comme en 1986, à ses débuts de diariste quand cinq tomes furent publiés, sans bon succès, chez Pierre Tisseyre. Sept ou huit ans plus tard c’est donc encore et toujours sa pénible quête d’argent. Ses délires vaseux. Ses obsessions vagues. Ses détestations irrationnelles. Nouveauté, voilà mon Guay converti ! Catholique et pas à gros grain. Il prie sans cesse. Il ne s’adresse plus qu’à Jésus, le tutoyant volontiers, à Dieu, au Saint-Esprit, voire à Sainte-Anne (de Beaurpré). Pourquoi pas ? Or, Guay. Comme au départ de son journal intime parsème ses chapitres de prénoms sans nous fournir jamais les liens pour que nous puissions, lecteurs, les situer par rapport à lui, à sa vie. C’est ennuyeux. Impression d’un piétinement pitoyable. Aucune évolution. Son existence de fainéant, de… quoi au juste? Il n’arrive pas à faire le deuil de son « pitou » un berger allemand, je crois, perdu il y a trois ans ! Il le prie lui aussi, l’imagine au ciel (!) qui l’attend. Il refuse de « gagner sa vie », méprise l’Institution littéraire, crache et bave sur tous les autres créateurs, en général, sans nommer personne. Toujours sa certitude d’être bien au dessus du commun des…littérateurs. Franchement, j’ai cessé vite de tourner les pages vinaigrées et répétitives, encombrantes de regrets insipides. Excédé, ennuyé, j’ai garroché son mince journal sur le divan d’en face. Achat futile !
3-
Hier soir, Aile y tenait : « Regardons un peu de ces J.O. en Utah ». Surf des neiges : spectacle vivifiant. Surprenant. Acrobaties renversantes. Trois jeunes amerloques gagnent !
Luge : pas un sport cela ! Niaiserie! Couloirs étroits et on glisse à toute vitesse. Fumisterie ! Ce matin, Pierre Desjardins, un prof, dans « Le Devoir » dit comme moi, qu’il faudrait débarrasser le sport de ces fausses joutes , telle la luge en corridors, et qui ne laissent rien en héritage aux taxés du site, les appareils seront démontés. Biathlon (!), pas fameux et ces ridicules carabines sur le dos des fondeurs : franchement !
Viennent les patineurs en couples. De la beauté parfois. Des figures répétitives aussi. Il y a un code sans doute. Scandale soudain et Aile grimpe dans les rideaux ! Les deux québécois perdent (la médaille dorée) malgré un « zéro faute » face au couple russe qui, lui, n’est pas sans faute. Je me tais, amusé de ses cris de protestations. En réalité les deux jeunes russes offraient une meilleure énergie, faisaient montre de plus de fantaisie (et leurs costumes de soie au vent !). Je me tais. La paix des ménages… et c’est si excitant de voir sa « douce » montée sur ses grands chevaux. Chauvinisme…Non, non, je me tais !
Ce matin : projet de mettre en téléfilm de 90 minutes ces vieilles « Enquêtes Jobidon » sur lesquelles Raymonde faisait ses débuts de scripte, à Québec. On a fait de même, téléfilm de 90- m., pour « Les Plouffes » de Lemelin, et aussi pour « Sous le signe du lion » de Loranger. Le fera-t-on un jour pour ma « Petite patrie » ? En 90 minutes, un téléfilm montrant mon cher Villeray tout de suite après la guerre. Je songe souvent à une sorte de comédie musicale avec tous ces crieurs, ces marchands ambulants, avec une musique de mon voisin de la rue Drolet, Claude Léveillée. Rêvons à un producteur qui… !
4-
De Berlin, Nat Pétro de La Presse, ce matin, raconte l’histoire effrayante d’une québécoise exilée là. Cette Lysiane Thibodeau : père mort jeune, mère assassinée par son frère, suicide de ce dernier…Elle quitte donc l’enfer. Fuite à Berlin. Choix curieux. Ville déchirée comme elle ? Meurtrie par ce passé nazi accablant ? Elle se fiche des anneaux. Partout. « Piercing » pour percées de toute part ? Par le mauvais sort ? Cheveux bleus et fréquentation de « l’underground » marginal. Flirt avec des paumés ! Cas classiques. Cachette allemande utile ? Voilà qu’elle avoue : elle demeure une non-intégrée, elle ne sera jamais acceptée des Allemands, même si elle parle couramment la langue. Elle songe à un retour…Le saumon revient à son lieu d’origine. À la télé, hier soir, Manet, écrivain cubain exilé, lui aussi, avoue ne pas savoir, ne plus trop saisir, à quel pays il appartient, Cuba ou la France où il publie depuis longtemps. Les déracinés ne s’enracinent pas ? Les enfants de ces émigrants, oui.
J’ai relu un album (édité en 1972) retrouvé dans la cave (aux essais graphiques abandonnés un moment). » L’histoire des Patriotes de Saint-Eustache. Les curés « collabos » des soldats envoyés pour tuer les démocrates anti-monarchistes dans tout Deux-Montagnes. Incendies criminelles. Le pénible Colborne qui laisse faire ses colonels nazis, qui se tait. Le curé aussi. Les Globensky —seigneurs à manoir— en charqe des répressions. Femmes et enfants assassinés. Infamie épouvantable. Des nôtres profiteurs, vandalismes, tueries, vols. Des délateurs bien catholiques, collabos, eux aussi. « Lécheculisme » dépravant tout autour. Pas loin, à Oka, les Iroquois « protestantisés », rangés du bon bord : « English only ». Dénonciations cléricalistes de nos républicanistes, infamie accablante de Saint-Eustache à Saint-Benoit ! Chénier mis en terre des apostats comme un gredin !
On lit tout cela dans cet album illustré et on constate la lâcheté ambiante. Le pire ? L’ignorance de cette partie de notre histoire. L’oubli. « Pardonnons, pardonnons ». Bin oui. Sans, jamais, oublier. Jamais ! Il faudrait des commémorations solides de ce massacre inouï de 1838, en décembre. Comme on en fait, en novembre, à Saint-Denis, ou à Saint-Ours, ou à Saint-Antoine au bord de la Richelieu. Au bord de la Mille-Iles, il y eut l’étouffement féroce des démocrates abandonnés. Par tous ! Cela mériterait une fameuse fête. Une grande. Une courageuse. Quand…
5-
On va fêter Gilles Groulx, cinéaste devenu impotent jeune à la suite d’un funeste accident de la circulation. J’ai connu Gilles à vingt ans. Beau grand blond très sage, aux yeux pâles. Timide. Il étudia la céramique. Un an. Il assistait, muet, impassible, à nos engueulades, il en était comme interdit. Surpris de nous voir tirailler, argumenter, chicaner, le prof Archambault, Patricia Ling, Gilles Derome, moi, et qui encore ? Il se sentait comme hors jeu. Il disparut. Il va nous réapparaître, plus tard, vieilli, cinéaste à l’ONF ! Il semblait si étranger à tout et à tous, à vingt ans, en 1950, si calme, si serein et si discret.
Il sera un cinéaste engagé, un « gueuleur autorisé » plus tard. L’ONF, qui a aidé tant de talents québécois, a été aussi un lieu de censure terrible, de répression subtile, comme au réseau français de Radio-Canada. On le dit ouvertement maintenant que l’on prépare ce documentaire sur Groulx. C’est la vérité. Elle sera embarrassante à mesure des ans pour tous ces « petits patrons » trouillards, fédéralistes zélés, terrorisés par Ottawa. Des noms vont se prononcer et à haute voix. Tremblez les « chieux » qui « contrôlaient la liberté » de ce temps. Il faut l’espérer, cette franchise. Les « empêchés » de jadis, aux cheveux blancs aujouird’hui, vont parler franchement désormais, dévoiler les turpitudes de cette époque, les films mis « sur tablette » par une prudence politicarde qui sent mauvais.
6-
Robert Lévesque, critique chez Homier-Roy, publie une mise à mort d’une saveur assez âcre. Gabriel Arcand (un comédien à part et qui a le droit de se situer à part des autres ) serait une inutilité. Lévesque, dans sa page du « ICI », résume sa carrière et pour l’ensemble de sa pratique, de son art, lui accorde un gros zéro. C’est un sauvage nuisible, un isolé nocif, un égotiste vicieux, une nuisance publique pour tous ses camarades.
Et bang !
On lit cela, cette charge totale, on reste incrédule. Une folie ? Michel Temblay, rétorquant À une de ses foucades, craignait qu’il se donne la mort. En attendant ce précieux analyste de théâtre (jadis), ce cultivé observateur de nos scènes, du théâtre qui se fait, signe un ravage si total sur l’acteur Arcand qu’on serait en droit de craindre pour la santé mentale de ce comédien au talent si singulier. Dépression, fuite en exil ? Mais, calmons-nous, Arcand doit, lui aussi, savoir que le Lévesque de « ICI » est pris dans une impasse. Qu’il traverse une horrible crise…d’identité (?). À lire ce brumeux chapitre anti-acteur-Arcand, on devient jongleur. Se peut-il qu’un esprit vif , qu’un homme si renseigné trouve du plaisir à démolir, à tuer ? Ma foi, cela se peut. Tuer pour ne pas être tué ou se tuer ? Freud ou un des siens devrait venir examiner le cas et publiquement. Signalons 911 pour ce Lévesque matraqueur. C’est urgent docteur !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *