Le dimanche 17 février 2002

Le dimanche 17 février 2002
1-
Un dimanche midi lumineux. Pas de soleil franc mais « galarneau » n’est pas loin et doit guetter un trou pour s’y faufiler et faire mieux qu’illuminer notre terre laurentienne. J’attendrai…Je guette !
Terminée hier, au lit, « Inceste » de cette dame Angot au petit visage dur, cheveux à la garçonne, tel que vu chez Pivot, jadis et sur la couverture de ce bref récit en « livre de poche ».
Avant de sombrer chez Morphée, à Aile : « Voilà le genre de littérature —du domine du vécu interdit— qui repousse encore plus loin le monde de l’imaginaire. Une auteure parle de son père qui la sodomisera durant cinq ans, de 12 à 16 ans. Après ce genre de…confession…quoi écrire pour capter l’attention des lecteurs ? Eh ! Et quelle hypocrite, quelle manipulatrice que cette pitoyable névrosée ( entre deux psychanalystes !) quand elle écrit, page 149 : » » Ça m’arrache d’en parler ( à savoir de ce papa affreusement dégueulasse). Vous ne voudrez plus me lire. » Hen, quoi ? Comment ? Vilaine menteuse cette pitoyable victime d’un père totalement dénaturé, miss Angot. Elle sait fort bien qu’avec un tel sujet, si scabreux, le lectorat est accroché, vissé à son misérable récit de vie. Personne n’aura envie de décrocher de ses aveux scandaleux, allons ! Elle connaît ses hameçons, allons ! Ah oui, quelle hypocrite !
Cette ténébreuse « affaire très privée » relève de la police. Il n’y en aura pas de…police ! Tous se taisent. L’honneur de la famille ! Coup classique. Or, lisant « Inceste » la police devrait dresser un acte d’accusation « après les faits ». Traîner ce misérable père en coir. Ce dernier est un homme cultivé et instruit, il parle quatre ou cinq langues. Sa vaste culture ne l’empêchera pas de traîner s petite fille dans le confessionnal d’une vieille église provinciale (classée « monument historique » sans doute !) qu’il admire pour une fellation impromptue avec son jeune enfant, elle, Christine Angot. Vous voyez le genre d’écrit ?
Sans aucune fibre morale, vraiment pervers, sans doute hédoniste et sans aucun doute égotiste fini, le lecteur d’ « Inceste » voit donc, une fois de plus, que le monstre pédophile n’est pas toujours un abruti, un analphabète, un monstre mal dégrossi. On a affaire avec ce père déboussolé, Pierre Angot, à un gentleman, à un aristocrate qui sait tout des bonnes et belles manières et les enseigne volontiers à sa fillette dont il abuse en la sodomisant sans vergogne. Prendre conscience une fois de plus que l’intelligence, la culture, n’empêche pas le manque de jugement flagrant. Quelle leçon !
Angot, au départ de son récit joue dans l’incohérence verbale, (allô Freud !) les mots en syncopes, télescopages d’images à soubresauts voulus, (un zest de Lacan, ma chère )un style illisible volontairement, des balbutiements, la crise —sans cesse— de nerfs, homosexualité féminine sans aucune harmonie, griefs voilés envers cette Marie-Christine, femme médecin, détestée et aimée chaotiquement . Angot, écrivain notoire, donneuse de « lectures » sérieuses, se dit-elle, joue donc la folie avec complaisance, la déséquilibrée avec brève aventure lesbienne à déchirement continu. Querelles provoquées, menaces, « auto-gifflage », beaucoup de masochisme et un peu de sadisme (allô psychosé marquis de Sade !). Sa petite fille de six ans (Léonore) se fait trimbale —pauvre petit paquet de linge— entre papa enfui (on peut le comprendre) et cette mère psychosée.
Enfin, enfin, au milieu du livre, le coupable de sa misère psychologique s’installe : ce monstre enculeur, papa !
On comprendra l’énorme succès de librairie d’un tel témoignage, son passage très attendu à Pivot.
Et l’autre qui affirmait : « Les bons sentiments ne font pas la bonne littérature ! » Et comment pépère Gide ! L’écrivain qui n’a pas dans sa besace une enfance aussi éprouvante, ravagée, polluée dramatiquement, racontera ses petits bonheurs —dans Villeray à Montréal par exemple— et le voyeurisme misérabiliste (nous tous ?) l’abandonnera, non pas à son triste sort, mais à son merveilleux sort. Ainsi va la vie des livres en ce début de siècle. Eh !
2-
J’achève de dévorer les chocolats valentiniens de Laura S. offerts par ma chère Aile. (Chère Aile, ouen !) Mes roses s’ouvrent totalement dans le vase de verre. Je pige sans cesse dans la boîte de gâteaux de L’école-des-chefs. Je vais grossir cet hiver, oh oui !
Au printemps, bientôt !, je m’activerai. Je maigrirai. On dit toujours ça. Mon David-à-Éliane s’en vient passer quelques jours ici, un long congé à Concordia University !). Je voudrais l’initier au tachisme surréel dans l’atelier de la cave. Lui faire apprécier les accidents graphiques, parfois inouïs, quand on presse ensemble des papiers coloriés de gouaches fraîches, et qu’on marque de liens à l’encre de Chine. Il y a des siècles, l’art surréaliste n’existait pas, Léonardo da Vinci disait à ses élèves italiens : « Observez bien les vieux murs, vous y verrez des paysages étonnants ! »
Paul Arcand de CKAC ne m’a pas invité, le 14, pour un conte saint-valentinien ! Mon dépit et puis je découvre qu’il s’est envolé à Paris pour enregistrer cinq émissions d’« Arcand en direct » pour TVA, là-bas. Je me console donc.
Tas de photos pris à la pharmacie d’en bas : photos de fêtes, avec Marielle à « La piccola », avec Marco et Éliane et les miens chez « Giorgio-du Vieux », chez l’ami Jean-Guy Sabourin, chez ma fille Éliane à Noël, chez nous, ici, au Jour de l’an. Gros paquet réjouissant des visages souriants. Distribuer les copies et grossir les albums précieux. Dans vingt ans ou trente ans, on regardera ces « jeunes vieillis ». Et nous… « Mais nous, nous serons morts mes frères ! » chantait Lévesque (Raymond).
3-
Citadins pris, nous avions encore enregistré deux émissions. Aile est forte là-dedans, « clac, clic », elle vous pitonne l’engin, oh ! Pas moi ! Un : chez le « prétentieux sympa » Lipton du « Actors studio » à ARTV, interview avec Laureen Bacall. Une célèbre actrice aux allures volontaristes. Voix grave. Intonations basses, une certaine vulgarité. À la fin, elle réclame qu’on la fasse encore jouer. Terrible besoin. Deux : « Violette Nozière », un vieux film de Chabrol, effrayant. Terrifiant. Isabelle Huppert toujours efficace dans ses rôles. Ici, en jeune fille perturbée qui empoisonnera maman et papa. Un fait divers infernal historique vécu. Violette sera condamnée à la guillotine et puis graciée par De Gaulle.
Hier soir, vue la biographie de l’amie Françoise Fauche au Canal D. C’était son tour avec justice. Et encore, en chorus avec Bacall, ce : « Je veux continuer. Encore ! Encore! » Les mêmes mots que la « vielle » Laureen d’Hollywood ! Troublante notre crainte à nous, artistes de toutes disciplines, quand grimpent aux pavois tant de jeunes gens doués… cette frayeur et nos appels pathétiques : « Ne nous oubliez pas ! De grâce, ne nous abandonnez pas ! » Triste sentiment, en vieillissant qu’on va nous jeter, encore bien vivants, aux rebuts ! Pour faire de la place.
4-
Parlons magouilles ! Ce matin, le drôle Stephan Laporte, dans « La presse » comme tous les dimanches, en jase tout au long de sa chronique si souvent savoureuse. Je voulais, depuis toutes ces « affaires » de démarchage-favoritisme, expliquer des faits, des réalités. Il est évident que des affairistes vont se fier à des parents, à des amis. À diverses échelles. Ça n’est pas toujours scandaleux. Le favoritisme existe et dans tous les milieux, c’est connu. À la bio de F. Faucher, on a parlé de son mari, mon ami le réalisateur Jean, « qui engageait trop souvent l’épouse ». C’était tout de même une fameuse de bonne actrice. Pas une inconnue sans talent que l’on emploie injustement, qui enlève un rôle à une « meilleure » comédienne. Alors ? C’est du népotisme ? Eh oui !
J’ai aidé mon frère à se faire employer au canal 10 au début des années ’60. On cherchait du monde, ça débutait rue Alexandre-de-Sève. Normal de recommander à mon ami Ladouceur d’ « essayer » mon jeune frère. Non ? Raynald, aujourd’hui retraité comme moi, y resta 35 ans et, ses talents démontrés, deviendra chef de services scéniques.
Laporte, l’ironiste, parle de « contacts ». Je lis à propos de nos auteurs joués hors du Québec qu’il s’agit souvent de bons « contacts ». Eh oui ! C’est donc le « dis-moi qui tu connais et… » Inévitable ? Je ne sais pas. Si un ami, un parent, est incapable de remplir la tache qu’il a obtenu par népotisme, il ne restera pas à son poste bien longtemps. Si on le garde par favoritisme, on verra éclater les problèmes.
« C’est injuste », dira telle jeune personne sans aucun contact. Oui. La vie est injuste. Par contre le « sauvage », enfermé chez lui, qui refuse tout lien social n’aura qu’à s’en prendre à lui-même, à son a-sociabilité. Pas vrai ? Bon, cela dit, les magouilles politiciennes sont et restent vicieuses, c’est certain.
Laporte, pour conclure publie : « Faux, c’est pas le cul (sic) qui mène le monde, c’est les magouilles ». Vite dit !
En profiter ici pour maudire ceux qui comme Laporte (et Foglia et tant d’autres), utiliser le mot « cul » pour vouloir dire « sexe ». Ce n’est pas synonyme. Je ne le fais jamais. Jamais ! Le cul n’est pas le sexe, féminin ou masculin. Pourquoi cette manie. D’où vient-elle ? Le « cul » c’est pour les sodomites qui, eux, confondent sexe et anus. Sont-ce les disciples de « la courte jaquette » qui répandent cette mode inepte ? Marre !
5-
Victor-Lévy B. au téléphone tantôt : « Tu vas recevoir les épreuves de ton « Écrire » par bus. Si tu corriges encore, fait attention, il y a notre mise en page à préserver. Sinon les coûts grimpent… » Je connais la question et je ferais attention. Il n’accepte pas mes notes biographiques en guise de bibliographie. « Écoute, on a réussi à débroussailler la foule de tes écrits. Il y aura 82 entrées et ça va former une dizaine de pages. » Fiouf ! Ouash…J’aime donc pas étaler ces listes de mes titres. Il me semble que ça décourage le nouveau lecteur qui aurait envie de lire des jasminades. Bon, tant pis, va pur les 82 entrées. « Tu vérifieras cela hein, ton stock ? » Mmm… ! S’il savait le cher Éditeur de Trois-Pistoles. Faite avec exactitude, cette recherche aurait amener plus de cent entrées. Je ne dirai rien.
Nous revenons de la promenade rituelle. Il a fait si doux que le lac fait voir des flaques d’eau. On a rebroussé chemin, Aile toute nerveuse, craintive à l’excès, si inquiète et n’ayant pas envie de voir craquer la glace en l’engloutissant…glou, glou,glou ! J’ai ri.
J’ai marché, rue Lesage, vers l’église et ce « Manoir Sainte-Adèle », réduction du vaste « Manoir Outremont » proche de notre petit condo. Pas de vieux retraités dehors ! Un gros chat blond traverse la rue, hésite, s’asseoit au milieu de la chaussée, me regarde passer comme un pacha royal. Un couple m’apparaît. Ils marchent, très emmitouflés, prudent, en un lent petitpatapon sur le trottoir les yeux plein de soleil. On fait ça en ,mar d’jqabitude pas avant : installation de deux chaises à coussins sur la galerie. Une heure et demi à sentir l’air doux et la chaleur (relative) du bonhomme « galarneau ». Formidable pour une mi-février.
6-
Ai tenté de reprendre « La part de l’autre » de Schmidt. Refermé le roman. Impossible avec ce Adolf Hitler en rupin, bohémien, rendu à New-York et à Paris, à Montmarte, peintre angoissé…Non, je déteste vraiment, je le redis, cette sorte de concoction littéraire (plutôt putain) où on se sert comme appât d’un nom archi-connu (Hitler) pour broder de la fantaisie incongrue. Trop facile.
De temps à autre Aile veut absolument voir ce qui se passe à Salt Lake machin. Conneries que ces tunnels de plastique avec des luges qui filent…Ou est le sport là-dedans ? Et ce Salo suédois, excellent gardien de buts au hockey, a bien servi à mettre K.O. le club des canadiens ! On en jase partout dans nos gazettes : « pas de solidarité, pas de cohésion, nos joueurs évoluant sans « esprit d’équipe », blablabla… Le baratin habituel des chroniqueurs « sportifs », bien assis, ces « gérants d’estrade ». Lassitude chez moi.
Ce matin deux nouvelles terribles : le Vatican recule. On laissera pas fouiller les papiers du pape Pie numéro 12. On imagine la passe. Des curés tripotent les archives, éloignent les archives papales de l’ex-ambassadeur allemand, ce Pie No. 12. Histoires par trop compromettantes. Quelle saloperie !
Deux : ça y est, on s grouille, la police d’ici va enquêter sur le complot « filmé » à Westmount, dans un bureau de démarcheurs- relationnistes (ces gouapes parfois !) pour faire assassiner Mugabe le président zimbabwéen. Les « Affaires étrangères » d’Ottawa fonceraient vers ce Morgan Tsvangirai, le commanditaire du meurtre. On se souvient : une demi-million de belles piastres !
Le con ignorait que la firme de Montréal, avait le « vieux » Mugabe comme client. De là la caméra cachée. Coucou, souriez Morgan, vous êtres aux insolences !
Qui a dit : « Le christianisme, lui, envoie son fils se faire tuer pour nous. L’islamiste, lui, envoie son fils se faire tuer pour lui. » Inch Allah ! Choc terrible chez les araboïdes des Etats-Unis car ces propos viennent de nul autre que le sérieux Procureur général de Washington, John Aschcroft. Va-t-il ravaler sa diatribe ce ministre de la justice ? À suivre !
Pétrole : L’Iran et le Vénézuela en ont en masse. Ils sont associés. Demain, réunion au sommet à Caracas. L’Iran en « grande belle visite » au sud des USA, l’Iran qui est dans « l’axe du mal », selon W. Celui qui ne répond par à l’Arabie « saudite » qui veut ravoir ses 100 citoyens détenus au sud de Cuba comme méchants Taliban. (Pas de « s », comme on sait maintenant.)Lui, W. il partait pour la « Corée-du-bien », celle du sud. L’autre, au nord, c’est celle du « mal », un des trois « états-voyous » dans la mire du belliqueux W. (le no. 3 c’est l’Irak). En tous cas, la CIA va se démener à Caracas, c’est entendu !
Ratoureur le père Renaud de « notre » vaste chaîne de librairies ( organisée et payée avec notre argent public). Le chroniqueur Stanley Péan publiait sa liste des meilleurs livres de l’année passée. Le « boss » l’invite plus tard à examiner ses livres de chiffres. Péan humilié, pas une de ses recommandations (à la radio comme dans son journal) ne gagne des points. En somme, le bonhomme Renaud semble lui dire : « Péan, pauvre cloche, tu écris, tu valorises, pour rien; personne, le lectorat québécois tout entier, ne t’écoute. Perds pas ton temps. » Pas trop démonté le Péan en arrive à conclure : « la viabilité commerciale de nos livres…pas fort ! » Péan rapporte, ce matin, les propos de ses correspondants : « Assez du nationalisme littéraire ! Trop de navets québécois ! Nos « polars » valent pas ceux des USA ! Il y a trop de subventions gouvernementales ici. »
Édifiant, non ! Colonisés, oui ?
Péan dit que nos liseurs veulent des « stars » étrangères. Anciennes ou actuelles et il achève son papier —repentant, battu, soumis— par d’énormes éloges pour un auteur chilien, Jorge Edwards (« L’origine du monde ») qui publie…au Québec ! Pas loin, à ses côtés, David Homel, auteur et « ex-draft dodger » réfugié ici, fuyant la guerre au Vietnam, est chargé d’illustrer les livres de nos « voisins ».Il publicise ce matin sur Jean-Yves Loude, un auteur de France —qui cite Homel dans sa ponte !— venu « en résidence », un échangisme a-sexuel— venu séjourner tout un automne à l’hôtel Rigaud, en face du Carré Saint-Louis. Il aime bien le quartier chinois, le quartier italien, etc. Autres colonnes : Ève Dumas publie que « l’exportation de nos ouvrage dramatiques est une question de survie pour nos jeunes dramaturges ! » Ça va bien hein ? En somme, voilà où nous conduit le colonialisme que je nomme le « racisme inverti », ou, si vous préférez, « le racisme à l’envers », ou si vous aimez mieux, « le racisme retourné ».
Comme vous voudrez, servez-vous.

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