Le mardi 19 février 2002

Le mardi 19 février 2002
1-
Je devine vite la lumière qu’il fait au travers d’un store (donnant sur l’est) de la chambre au réveil. Ce matin, soleil partout. Mais…menaces de nuages à l’ouest. Ca va se couvrir ! Tant pis, ce soir, nous allons chez Duceppe voir la pièce d’un Espagnol. Cela promet si on lit bien le « pré-papier » de La Presse. Toujours de bons articles promotionnels pour ceux qui achètent de l’espace. On voit rarement cela pour la littérature. Pas assez d’achats de placards par nos pauvres éditeurs ! La vie…Donc, départ tantôt pour le chemin Bates.
J’ai corrigé hier les épreuves (ce mot !) de mon « Écrire » qui s’en ira chez l’imprimeur. Donc relu de force (hum !) mon texte. « C’est génial, Aile ! » Elle rit. Me dira : « C’est incroyable ce genre de cri chez toi. Quelle confiance en toi ! C’est utile, non, pour continuer ? » Oui. C’est cela avoir de l’estime, une très grande confiance en ses talents… Sinon ? Sinon, on arrête tout, je suppose. N’ai jamais su d’où me vient cette confiance. Que je perds parfois, face aux coups durs des critiques. Chanceux, la critique fut « bonne » le plus souvent pour bibi et longtemps.
Je sors d’un rêve bizarre. Cette nuit, j’étais…à Londres ! J’étais une sorte de protégé, celui d’un vieux bonhomme, auguste vieillard, tout de noir vêtu, l’aspect de l’acteur Gielgud. Il est aimable, me loge dans son manoir. M’offre de collaborer à son « London times » de l’autre côté de la rue. Est-ce que ça existe ? Il me conduit à ses bureaux, me dit : « Vous connaissez bien les arts, vous nous ferez des papiers. On va vous donner les adresses des galeries de Londres. » Aile, dans ce rêve, n’existe plus !
Me voilà soudain dans ma chambre d’hôtel, là où nous avions loué en 1981 dans le « West zone » de London (Hôtel Georges ». Surgissent un patron de CJMS, Charles Benoit, et Paul Arcand ! Benoit insiste : « Tu dois vite téléphoner à ta blonde. Elle doit être morte d’anxiété. Elle attend ton coup de fil. » Je le fais. Je retourne à une autre chambre (celle du « Pas de Calais » à Paris. Je vois mon linge coutumier sur le lit, mon pantalon de velours ocre, précisément ! Aile y est, assise sur le lit, valises bouclées, et, triste comme désolée, me dit qu’il faut rentrer à Montréal.
Ah ces rêves ! D’où viennent-ils ? J’ai terminé hier soir « L’art du roman. De Milan Kundera. Il raconte souvent « Le procès » et « Le château » de Kafka. De là ce manoir du proprio de journal ? Ne sais pas.
Ce livre de Kundera : « L’art du toman », un cours magistral assez spécial. Subjectif à souhait ! Plein de théories, de dogmes même, lui et ses chers « principes » et, bizarrement, le bonhomme répète qu’il déteste les « théoriciens de l’art d’écrire. » Non mais… Une lecture avec des passages lumineux, des trouvailles fortes mais assommant aussi par certains chapitres. Kundera voue ses admirations pour, surtout, des auteurs de son « Europe-du-milieu » ( son pays natal et ses environs). Admiration tout de même pour le premier romancier : Rabelais ! Aussi, énorme, pour Cervantès et son « Don Quichotte , le modèle. Et Proust (le passé, dit-il) et Joyce (le présent, explique-t-il). Il vogue entre les sommets, de pic en pic ! Pas de risque d’être contesté hein ? On y trouve un certain chauvinisme acceptable, normal, non ? Mais comme je ne connais beaucoup pas ses écrivains chéris et qu’il raconte, détaille, leurs personnages, j’ai sauté de longs passages. En fin de compte, un esprit brillant mais qui devrait admettre qu’il est un intello et qu’il n’aime rien tant que « théologiser » sur « roman et comment faire un noman parfait » !
2-
Je ne suis pas un Kid Kodak ! La preuve : ce matin Éric de TVA (pour Bruneau-les-nouvelles) me téléphone : « On vous veut encore ce soir. Le sujet : l’amour actuel (aux J.O.) des Américains pour nous ! Leur appui pour nos patineurs (médaille d’or ex-aequo) et voilà, sache-le, qu’il il y a files de clients, là-bas, pour les vêtement Rooth (?), costumier de nos patineurs ! »
Je refuse net : « Ce sujet, cher Éric, ne captivera pas les nôtres. Vous faites fausse route. Jetez ça au panier ! » Il rigole de mon culot, de mon rejet. Il me demande alors de dénicher « un meilleur sujet ». Téléphone fermé, je cherche. Avec Aile je farfouille les « canards » de ce matin. Je retéléphone et propose quatre ou cinq sujets. Attente, il ira voir son cheuf ! Téléphone de nouveau : « Non, vos suggestions ne plaisent pas. Pas de débat ce soir. Merci et à la prochaine ! » Bien. La paix. Le boss des nouvelles (celui de ce Éric Malo,) boudait-il à cause de mon refus sur « Rooth-les-guenilles » ? Comment savoir ?
Je découvre que c’est feu Gilles Richer qui a composé « Mamy, mamy… » avec les si terribles, et poignantes, paroles de la chanson crée par le musicien de « Mamy… », feu Marc Gélinas (reprise souvent, Pauline Julien et Cie). Sur ce sujet —notre dilution— une dame Veilleux dans « Le Devoir » nous accuse, les Québécois, de rester de marbre sur nos « frères » francos d’ailleurs, d’être resté trop silencieux dans leur lutte pour cet hôpital français menacé en Ontario.
Je ne répéterai pas comme René Lévesque et le Matou-Beauchemin, qu’ils sont « des cadavres encore un peu chauds ». Oh non ? Mais vont-ils comprendre nos très chers frères qu’on voyait (1960) la menace d’un Québec réduit comme chez eux, qu’on a alors entrepris notre propre lutte et qu’il en allait d’une bataille d’autant plus urgente qu’ils étaient, eux, l’illustration du danger. La francophobie de nos anglos dominants, ici-même, devait être vite enrayée. Alors, aider les autres…bien, ça viendra avec un Québec vraiment libre. Il y aura ensuite la menace réelle pour eux : continuez à faire baver les nôtres chez vous et ,ici, on fera de même avec la minorité anglo. C’est triste, mais c’est cela, la « realpolitik ». Ce sujet vient d’être rejeté chez TVA ! Je proposait un « face à face » avec l’Antonine Maillet qui rêve, l’été, à « fédéral mes amours » dans son phare luxueux à Bouctouche près de Moncton !
Autre sujet refusé ce matin ? M’engueuler avec la collégienne Anne Poirier (de Lionel-Groulx) qui chicane Louis Cornellier. Ce dernier recommande que l’on étudie les auteurs québécois au collège, avant les « gloires » françaises. Cela pour mieux captiver les grands ados. Poirier publie ce matin : « Non. Au primaire et au secondaire, oui, les Guèvremont., Thériault, Gabrielle Roy, pas au collège, il est trop tard. » Curieux raisonnement ! La cégépienne reproche qu’aux écoles élémentaires, on n’initie pas à nos auteurs. Elle a raison ? Peut-être. J’aurais aimé l’interroger plus avant, en discuter avec elle.
Souvenir soudain (effet J.O. ?) : fin des années quarante, aimer tellement, le soir, éclairage romantique, patiner avec ces jolies filles de quinze ans, leurs jolis costumes. Les jupettes qui volent aux quatre coins de la glace, quand il faut les faire tournoyer…, les pompons roses…Niaiserie ? Sentimentalité ? Oui. On se cherchait des patineuses accortes à serrer par la taille ! Aile m’écoute et dit : « Ah oui, c’est si vrai. La patinoire du quartier et les occasions de patiner avec un beau blond, un beau brun… Ah ! Elle (aile, c’est le cas de le dire ) rêvasse, les yeux au plafond !
Vrai de dire, de dénoncer, le snobisme chez les jurés du Gala des Masques pour la « Compagnie Duceppe ». Ainsi on y a vu un fameux tandem, (Dumont et D’Amour) dans « Les rossignols… » et pas une seule mention de ce parfait, si solide, spectacle signé Denoncourt, à ce gala. Mépris bizarre ! Regrettable injustice Snobisme. Sera-t-il enfin corrigé l’an prochain ? Espérance !
Faut y aller maintenant … Chantons : « Partons le lac (la mer) est belle, el-le !

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