Le samedi 30 mars 2002

Le samedi 30 mars 2002

1-
Ce matin, Rayon —la femme de ma vie refuse que je la nomme— est à sa toilette et je regarde, le grand store levé, le lac. Des vagues de lumière sur le lac gelé roulent vers moi à tour de rôle. Elles se forment sur la rive de l’ouest, au Chantecler, et filent rapidement pour s’éteindre sur notre rivage. Fascinant ! On dirait, en gigantesque, la lumière Xérox des machines à polycopier ! Étonnante lutte reflétant, au ciel, nuages et soleil.
Hier soir, la bonne pizza au four —visible— de « Grand’pâ » à Val David, la patronne s’en va tout un mois chez elle, en France.
Bavardages divers de quatre adélois retraités de la vie active. On en arrive Jean-Paul et moi à certifier que la vie n’a été pour nous que circonstances, hasards (des rencontres) , chances souvent. Pauline J. et Rayon tombent plutôt d’accord. Effrayant constat. Le mérite, les études, les recherches, le travail, l’acharnement, la volonté, oui, oui, tout ça compte mais sont dans les sillons du hasard d’abord. Mauvais exemple, mauvaise morale, pour les écoliers à qui on n n’ose jamais parlé de cette existence à base de circonstances incontrôlables, involontaires.
Quelques éloges en courriels pour mon conte à CKAC, hier, intitulé « Chemin de croix dans Villeray ». C’était le quinzième chapitre, « Le martyr », de mon livre paru en novembre 2000, titré « Enfant de Villeray, que j’ai adapté (sans même le relire puisqu’il s’agit d’un vrai événement) à un Vendredi saint. Cependant, au Forum de mon site web, deux blâmes. On refuse d’admettre que l’auteur aimable (?) puisse avoir été un tel voyou, jeune. Eh ! Hélas, oui.
Au moment de l’œuf, rôtis et jambon (je délaisse parfois les céréales) , Rayon me signale : « Comme c’est curieux, je lis sur Kaboul où les éclopés de la guerre Taliban-USA, se débattent pour trouver des membres neufs —bras, jambes— et je songe au film « Kandahar », qui va passer bientôt à la télé, où l’on montrait ces handicapés claudiquant vers les jambes artificielles parachutés et je repense à « I.A. » de Spielberg quand une effroyable séquence fait voir des robots humanoïdes, la nuit, ramassant dans un dépotoir des membres encore utilisables.» Oui, séquence forte, j’en ai parlé. Prémonitoire ?
En revenant de journaux et cigarettes, chanceux, j’ai trouvé, à notre biblio de la rue Morin, un exemplaire de « La petite poule d’eau » de Roy. Je dois relire ce roman qui m’avait fait éclater en larmes il y a si longtemps pour en jaser à « Bibliotheca » du canal TV-5, vendredi matin prochain. Hâte de vérifier si j’éprouverai une telle émotion encore ! À la télé de T.Q. (sans pubs !) Rayon a revu —j’était au Salon de l’Outaouais— le film « L’été meurtrier » que nous avions peu apprécié en salle jadis et m’a dit l’avoir jugé sensationnel, parfait ! Un jour, dans un avion pour la France, on revoit un film de Lelouch, « La belle histoire » —ou « Les uns, les autres », je me souviens plus—, qu’on n’avait pas beaucoup aimé. Voilà que nous estimions énormément ce même film sur l’écran de l’avion ! Avertissement : nos goûts changent. Ou bien nous changeons tant que nous n’avons plus les mêmes sentiments, les mêmes critères. Mystère !
2-
Hier, quittant CKAC, j’ai filé chez mon fils à Ahuntsic. Pas un chat.
J’avais oublié que Daniel m’avait dit être invité chez son beau’f Murrray à Saint-Sauveur. Nous nous retrouverons pour le souper de Pâques dans un restau grec, le clan Jasmin, le clan LaPan et aussi le clan grec des Paltakis, maritalement associé aux La Pan. Alors, je suis allé, un peu plus au nord, chez ma fille, Éliane. Gabriel, mon trompettiste favori, me conduit à sa chambre où trône un immense aquarium, puis veut me faire visiter un immense magasin de poissons tropicaux —il est dans une passion-poissons rouges—, rue Jean-Talon proche de DeLorimier. Diable, il y a là une centaines de bocaux à poissons en formats divers et une variétés de « nageurs ailés » étonnante. La beauté.
Je l’autorise à se choisir quelques spécimens. Le grand géant, son frère Laurent qui nous a accompagnés, est aussi curieux que son grand-père de ces bestioles aux coloris enchanteurs.
J’ai invité la famille au complet au « Wok » chinois de la rue Fleury. Bouffe chinoise que j’aime que ma chère Rayon déteste. Infidélité totale ! Compensation :deux assiettées ! Hon ! Gabriel, goguenard, m’a offert une épinglette écrite en calligrammes chinois. On questionne un gentil serveur du « Wok » qui déchiffre : « Québec libre ! » Contentement du vieux patriote.
Répondeur : téléphone des Faucher. « On a beaucoup aimé ton conte de CKAC ». Je dis à Jean : « Merci. Tu es bien intégré, tu as tout compris ! » Françoise sera à Québec, dans trois semaines, tout comme moi (pour le Salon du livre), elle joue au théâtre là-bas. Je tenterai d’aller la voir sur scène.
Quittant le « château Chambord » —rue du même nom— d’Ahuntsic, David me demande si je veux aller reconduire chez lui, à Bois-des-Filion, son ami François qui séjournait là. Un adolescent étonnant, merveilleux, intelligent. François me narre un séjour récent de quinze jours en Haïti avec les gens de son école religieuse protestante (de Sherbrooke) où il étudie en pensionnaire. Merveilleuse expérience, me dit-il, il a vu « une drôle de misère » sous un si beau climat où les gens ne sont pas si malheureux qu’on l’imagine. Il m’explique y avoir rencontré du monde relativement heureux, pas « matérialistes et pressés » (c’est impossible en cette contrée pauvre) des jeunes démunis mais capables de rire, de chanter et de danser, pas enclins du tout au stress ambiant de l’Amérique du nord. À l’écouter j’ai compris comment il peut être profitable de faire de telles expéditions pour des jeunes. Il a réfléchi à des tas de choses et il se pose des questions fondamentales maintenant.
3-
L’hydro-Québec d’Israël a coupé le jus au Président Arafat ! On lui a bombardé tous ses alentours. Le voilà au bord du martyr. Une bavure finale de l’armée israélienne et c’est l’ explosion totale à l’ONU. Nous vivons des heures graves. Une jolie jeune palestienne se explosée. Horreur ! Une autre victime de la crise actuelle. L’horreur de ces jeunes désespérés ! Sadam Hussein enverrait des chèques aux familles des ados kamikazes. On imagine un papa misérable dévoyé : « Pis, mon p’tit gars, tu te décides à te dynamiter oui ? On a grand besoin d’argent ! » Oui, l’horreur !
Ce n’est pas l’écrivain Jacques Ferron mais son frère, Paul, médecin aussi, qui tout discrètement initiait le « Parti Rhinocéros » et s’activait à le maintenir, si mes souvenirs sont bons. J’en fus en 1967. Comme agent officiel d’un candidat totalement mutique dans Outremont. Nous fument invités aux micros du Téléjournal de Radio-Canada, un soir. En publiciste folichon j’y allai de promesses électorales farfelues. À la fin de mon laïus, c’était prévu, on demanda à mon candidat : « Qu’allez-vous faire à Ottawa si vous êtes élu ? » Il avait droit de parler pour cette question, il répondit : « 60,000 piastres par année, comme les autres ! » Lundi soir, au « Lion d’or », il va y avoir une fête de commémoration sur ce rhinocérocisme. On m’a pas invité.
Le nouveau maire Tremblay marine dans une sauce malodorante ces temps-ci. Deux accusations de favoritisme grave déjà et la question —patate brûlante—de ses bons copains qui achetèrent, les filous, des « biens collectifs » pour une bouchée de pain. Dont son échevin Yomans de l’Ile-Dorval que le Gérald Tremblay blanchit volontiers ! ! Oh la la !Le grave pétrin. J’avais, évidemment voté pro-Bourque. Tremblay a dans sa barque neuf (9) conseillers de l’ancien Montréal et 32 élus des banlieues…
anglophones pour la plupart et/ou pro-défusion. Mal pris plutôt.
Plein d’innocents qui l’ont appuyé aveuglément. Cocus !
4-
Il y a quelques mois, ma sœur Marielle, découvrant mon nouveau dada, l’opéra italien, m’avait offert une cassette-radio avec des « extraits » d’opéra chantés par le célèbre Andrea Bocelli. Durant des soirs et des soirs, Rayon à ses toilettes vespérales, je mettais le Bocelli, plein son dans la chambre à coucher. Le bonheur ! Je connaissais ses tounes par cœur à la longue. Un soir, stoppant la machine d’un coup de pouce énervé, Rayon, fit : « Non mais…Ça suffit, non ? Ça frôle l’intoxication » Elle avait raison. Ce matin, retour à mon vice- Bocellie durant l’exposition lumineuse à la « Xérox » sur le lac. Rayon rigole : « Ça t’a repris ? » J’ai dit : « Viva l’Italia! »
Hier après-midi, rentrant de CKAC et du Wok chinois, une note de Rayon, elle est chez des voisins, rue Morin, à quatre portes de chez nous, « Viens ! » J’y vais. Une scripte de la SRC, Nicole S., épouse d’un chirurgien de l’hôpital Fleury, vit maintenant dans ce qui fut l’auberge « La chaumière » de réputation excellente. Étonnement de revoir ce restau de classe, transformée en logis. Vrai petit manoir champêtre au bord du lac.
Des gourmets réservaient régulièrement au restau du chef français qui fut longtemps aussi le chef du « Chantecler ». C’était son « side-line », cette Chaumière. Je me suis souvenu, j’étais laveur de vaisselle et aussi potier à l’ex-écurie de l’hôtel, et un saucier du Chantecler, venu de Marseilles, m’invitait pour mon anniversaire à une bouffe, moi le « tout-nu ». Rare et divin repas.
Nicole nous parle d’une bestiole effrayante qu’elle a vu nager, cet été, pendant qu’elle se faisait bronzer sur un matelas pneumatique. Sa peur ! Une sorte d’énorme tortue inconnue avec dit-elle, une affreuse tête de E.T. On a rigolé. Monstre marin ? Le petit lac Rond, un nouveau Loch Ness ? J’ai hâte à l’été. Mon caméscope sera prêt. Ah oui, pouvoir admirer son monstre !
Manie ? Je découpe des tas d‘articles dans les gazettes chaque matin et puis…non, je refuse de trop farcir mon « journal intime » avec les nouvelles pourtant si extravagantes parfois. Ce fou suicidaire qui tire à vue à Nanterre, La biographie de Dieu (!) en personne selon Alexander Waugh, Boisvert jasant sur les « détectives privés », le pape Pie numéro 12 et ses silences sur les fours crématoires, Foglia et sa notion de « vulgarité »…Je n’en finirais pas. Alors, je préfère descendre, la soupe de Rayon est servie !

Le jeudi 28 mars 2002

Le jeudi 28 mars 2002
1-
Soleil intermittent et nuages bien gras partout en ce Jeudi saint.
Marie-Josée séjourne avec nous. Aile toujours heureuse de revoir son ex-scripte devenue une grande amie à trous deux. Bavardages abondants sur la …SRC. Grève, inquiétude de M.-J. Horizon funeste, certains parlent d’une fermeture jusqu’à l’automne. « Devrais-je vendre mon corps » rigole-t-elle ? Frousse totale ! Hier soir, interview de préparation par la rédactrice chez « Bibliotheca » de TV-5, Miss Blais, intelligente questionneuse. « Robert-Guy Scully, notre animateur-producteur, me dit-elle, ne va pas s’ennuyer avec un tel bavard, vendredi prochain. » C’est ça. Crainte qu’il lise maintenant mon « Écrire » et qu’il y trouve mes piques sur lui et qu’il fasse annuler aussitôt notre rencontre. Je m’amuse. Le cachet est alléchant…brrr. Il faut vivre dangereusement ? Pas trop souvent.
Lisant que TVA doit couper encore dans son « gras », j’imagine que je ne reverrai pas de sitôt le « micro-ondes ambulant » de TVA ici. Bof !Hier, confirmation par Lachance de cKAC : « Oui, mon Claude, notre immense public, « Radio-Can » en grève, veut t’entendre réciter ton conte du Vendredi saint avec bonheur . » C’est fait. J’y ai travaillé hier en recousant un des chapitres d’ « Enfant de Villeray », une mouture arrangée en événement de la Semaine sainte. Sept pages. J’ai sept minutes ! Ouen ! Je lirai un peu vite. Le titre ? « Chemin de croix dans Villeray ». J’avais titré une dramatique sur film « Chemin de croix dans le métro », en 14 stations de métro avec la caméra étonnante de Uve Koneman. Prix « Anik-Wilderness » cette année-là, 1971, avec la mention : Meilleure émission sur film… d’un océan l’autre ! Ma grande fierté.
J’ai corrigé mon conte ce matin et j’en suis tout content. Ça devrait faire des remous. Je vos dis, il y a des jours où je dis à Aile (hier soir) : « J’ai du génie, sais-tu bien ça ? » Elle a fait, en riant avec Marie-Josée : « Bien sûr, mon Cloclo, bien sûr ! » Je verrai bien demain.
La semaine prochaine, Salon du livre encore. Trois-Rivières. Je le préfère à ceux de Montréal et Québec, moins « gros chiard ». Public plus sympa. Mais…Le kiosque encore. L’homme-sandwich encore ! Ouash ! j’ ai terminé hier soir le très bref récit d’Annie Ernault (ou Arnault ?), « L’occupation », Gallimard éditeur. Son écriture sobre, minimaliste, classique, sans affèteries aucune, me plait. Son propos : « la jalousie morbide ». Fin qui m’a déçue un peu.
2-
Incroyable de voir de nouveau toute cette neige. Aile va engager un jeune déneigeur pour la toiture. C’est si lord une neige mouillée. Je m’amusais l’autre jour : un camion TVA s’amenait pour « Dans la mire »…et voilà que, peu après, dix minutes !, chez P.Bruneau, pour le même sujet ( prof payé « at home »,, pour un élève gardé chez lui en raison de son « sirpan » sikh. On voulait donc m’expédier un autre camion. J’ai cru bon les prévenir. « Dois-je garder le premier camion…? » Oh ! Surprise de la recherchiste ! Cela aurait été cocasse. Semblable à cette histoire vraie de jadis :au cœur de l’Afrique, même sujet « hot » se rencontrent deux lourdes équipes de Radio-Canada. Face à face inouï. L’un des groupes appartenant au « Service des nouvelles » et l’autre caravane CBC appartenant au « Service des affaires publiques ». Gaspillage rare ! Sujet de moqueries durant des années. Exemple de mauvaise coordination entre les services touffus du temps ! Seigneur ! parlez-vous les uns les autres !
Lecture dans mon « Courrier international » sur Wal-Mart. Captivant. L’idée d’un magasin, initié par un businessman très frugal. Vendre de tout à meilleure marché possible. Vieille ambition certes. Mais M. Walton, lui, en fait une réussite totale et ses magasins se multiplient. Bas salaires. Pas de syndicats. Exploitation bien organisée. Il vidait les petites rues commerciales des petites villes avec ses vastes magasins de rabais. Un mouvement tente de stopper l’effet Wal-Mart. On veut faire revivre les magasins des centres-villes de ces provinces américaines. Sinon, disent les organisateurs du boycott, ce sera l’uniformité désolante. Plus de centre-ville vivant et en banlieue, avec parking géant, partout, des Wal-Mart et ses jumeaux, isolés des citadins.
Vu à la télé, chez Ardisson-le-pitre brillant, cet auteur français qui publie : « il y a eu fumisterie, mensonge, complot grave le 11 du 9 à New-York et à Washington. » Il avance ses arguments. On ne sait plus trop quoi en penser. On voudrait des interlocuteurs. Il n’y a que lui et ses affirmations déroutantes. À suivre ? Oh oui !
Éblouissant numéro aux OSCARS, ave notre « Cirque du soleil ». Hélas, les images de cinéma, derrière les acrobates, nuisaient à la bonne visibilité de leurs numéros époustouflants.
Ce cirque qui utilise les meilleurs numéros des pays du monde entier est devenu une machine infernale. Battante ! On voit, ici et là, des imitateurs…ce qu’engendrent toujours un succès fameux.
Aussi, ici et là, au pays, vaste papotage sur le gérant célèbre de Céline Dion accusé par une jeune Coréenne de la Californie d’assaut sexuel grave. Un juge examine la plainte de la présumée victime. Silence aux accusés, forcément. Céline Dion, vue chez Larry King, en bretelles ridicules, semblait agressive, un rien « commune », un rien vulgaire quoi, montrant sa terrible détermination métissée de cet amour grandissant pour son jeune enfant. Cette « fille du peuple » m’épate, moi, et je trouve les Foglia et Cie, qui la moquent, bien cons. Certes, il s’agit désormais d’une entreprise commerciale resplendissante mais, à la base, au départ, il a fallu cela :cette volonté fantastique de réussir dans ce champ —miné— de la « pop music ». Pour ce qui est du scandale sexuel apparent …attendre la suite patiemment.
3-
Rencontre d’un tas de gens si souvent : « Vous paraissez plus jeune en personne qu’à la télé. » Ne sachant jamais trop quoi répondre. L’écran der télé qui nous grossirait, qui nous vieillirait : sentence à payer pour oser se montrer la binette dans la gueule du monstre cathodique. « Bien bon pour toé, baquais ! »
Vennat sur mon répondeur : « Je peux plus granb’chose à « La presse »… Ai donné votre SOS à ma patronne, Madame Lepage… » Etc. Quoi lui répondre ? Il veut que je le contacte. Bof, attendre à dimanche voir si on daignera dire un petit mot —un bon mot ?—sur mon livre, « Je vous dis merci », publié il y a maintenant trois mois. Je verrai bien. L’habitude désormais d’un certain silence sur « le vieux qui publie trop » !
Mon gendre, Marc Barrière, installateur vaillant de mon site web (y inclus ce journal), passait au canal 12 il y a deux ou trois jours. Il devait sans doute parler au nom de son nouveau ministère… « de la famille ». Marco était aux « Tansports » jadis comme relationniste et apparaissait régulièrement à la télé, surtout les jours de tempêtes ou de graves accidents de la route. Ça brasse moins à « la famille » ? L’ai raté, mais, tantôt l’amie M.-J. qui l’a vu, dit : « Il parle anglais avec un accent amusant. Mais il a vieilli, non? Il me semble ! » Eh ! Tout le monde vieillit, « dura lex sed lex » !
Mon Lepage (Guy-A) toujours comme obsédé par la sexualité, montrait « ses » lesbiennes la semaine dernière, draguant à « tire larigo » dans un bar lesbien, et cela à une heure d’écoute familiale. Irresponsabilité totale des télédiffuseurs désormais, même à la télé publique ? Aile : « Allons, Cloclo, les enfants ne comprennent pas ! Ça leur passe au-dessus de la tête. S’ils regardent la télé hein, ça m’étonnerait !» Son argument chaque fois que moi, ex-père, je m’énerve. Qui a raison ? Une chose est certaine : avec des abus, des niaiseries, des comités de pudibonds s’organiseront et, un jour, censure solide en masse qui s’installera. Je déteste ceux qui —par leur laxisme de con— attirent les extrémistes en intolérances. Ces écervelés, avec leurs excès pour provoquer, nous amèneront des bigots énervés voulant tout couper, à n’importe quelle heure.
Je repense à Dutrizac, àT.Q., tourmentant le cabot bronzé Guy Bertrand dans un vidéo signé « Zone 3 » d’un amateurisme technique confondant. Ce fut, une fois de plus, la manière mosaïste, saucissonnée. Pas la moindre chronologie logique. Un impressionnisme, un pointillisme facile, paresseux. Cela donne l’apparence du rythme, au fond, c’est un collage de fainéant.
La télé encore : chez « Fortier », des tounes sauce anglo- américaine. Colonialisme stupide madame Larouche ! Pourquoi ne pas utiliser nos jeunes rockers, nos rappeurs ? Pour se donner les allures d’émissions amerloques ? Une honte. Une faiblesse. Un mépris. Toujours ce damné racisme inverti. « On est pas assez bons ! »
4-
Au fond l’État moderne c’est quoi ? Trois « f ». Flic, fric, fisc. D’abord installer du pouvoir policier. Armée et gendarmes. Cela chez Louis 14 ou au cœur de l’Afrique, chez Mugabe par exemple ou au Chili. Puis, voir au commerce. Chez Colbert ou chez notre « Martin », via tous les moyens dont les protections aux chevaliers en entreprises, si souvent subventionnées par l’État. Voilà du fric. Reste le troisième « f » :le fisc. La machine va ramasser les taxes des travailleurs. Mille variétés, façons, moyens de sucer les populations. Oui, l’État moderne, plus que jamais c’est « flic », « fric » et « fisc ». On ne peut retirer un seul élément de cette funeste trilogie. Tout s’écroulerait. Surtout ne pas toucher à « flic » ! C’est la base du triangle. C’est le soutien du système en place.
« Tu pense qu’on s’en aperçoit pas » , chantait Vigneault.
« Rien qu’à oir, on voé bin ».
Téléfilm-Canada accomplit en douceur sa mission politique fédéralisante. Vous regardez « Tabou » et hop !, on s’envole à Vancouver. Visitons notre beau pays ! Comme pour la série « L’or », hop !, on s’envolait vers, encore, Vancouver ! Autre série subventionnée par Ottawa : on regarde les motards criminalisés du « Premier chapitre », hop ! hop ! voici l’Ontario, « speaking english », avec sous-titres pour les indigènes. Toronto « here I come ! » avec mentions aux dossards et insignes des provinces de l’ouest …et des maritimes. Halifax here I come ! L’union fait la force chez les poucheurs et chez les téléspectateurs ! Mettez, chers auteurs québécois, dans votre projet de série-télé de cet exotisme « very canadian coast to coast » et ce sera le financement assuré.
Tu penses qu’on s’en aperçoit pas Téléfilm-Canada ?
5-
Aile soudain, une inspiration subite quand on écoute et regarde « des proprios de chiens méchants (doberman) responsables des dégâts : « Eh, si on rendait responsables les parents de jeunes enragés ? » Ouen ! Ados qui tuent ? Oh les cis dans les chaumières où l’on se soucie comme d’une guigne des allées et venue des enfants grandis. Quoi, qui, si on surveille pas son chien, amendes, prison et si on surveille pas son délinquant…pas d’amendes, pas de prison ? Rien ? Ah oui, faire nommer mon Aile à un poste de ministre…De la famille ? Je dis « bonne idée » et elle : « Mais non, je plaisantais…c’est que… » Ouengne ! C’est que, oui, des parents sont des irresponsables, des égotistes. Point final.
Songe bizarre hier : suis sur une plage. C’est sombre, Crépuscule irréel. Bien louche. Des gens rentrent, traînent des serviettes de plage salies ! La mer…est noire ! Une jeune femme m’aborde sur un banc. Elle me drague. M’embrasse…veut me frencher, me touche sous mon slip de bain. Début d’érection. Malaise. Elle est trop jeune pour moi. Je me débat mollement, puis j’y consens, je la touche aussi, au pubis. Une inconnue ! Qui me dira : « j’ai un fils de six ans ». Moi : « ah ! » Je vais la reconduire, en auto, à son chalet. Il y a ses parents, là, en vacances avec elle. Rue sombre, louche. Plein de maisons cossues. Elle me dit : « À demain. Je t’aime » Je me réveillerai.
La semaine dernière, autre songe curieux. Dans le métro je rencontre Marc Labrèche. Il est comme exalté, fou fou. Il me parle de… John Diefenbaker ! On regarde ses photos sur les murs de la station. Frisé, gros yeux mauvais. Des gréviste défilent au bout d’un couloir. Pancartes de Radio-Canada ! Passe la gouverneur monarchiste , la Claxton ! Elle nous sourit. Marc me dit qu’il va tout quitter. Qu’il en a par-dessus la tête. Je tente de le calmer, de le raisonner, bien paternaliste. (Marc jouait mon alter égo dans « Boogie woogie ») Il me dira : « C’est Boston mon but ! » Mystère ! Me voilà lui recommandant de ne pas tant se donner à son talk-show ! Et je me réveillerai.
Ces rêves ! Je me souviens mal d’un songe (encore un ) où j’ai revu (film de Spielberg) ce dépotoir de membre de robots. Où on voyait (I.A.) des humanoïdes cybernétiques dénicher qui un bras, qui une mâchoire…
Décidément ce film pour grand public populaire m’a laissé de fortes impressions. Quand je raconte cela à Aile : « Écoute, moi, ce film, il m’a mis très mal à l’aise. Ce joli garçonnet —un Pinnochio 2002— qui se cherche une humanité, oui, c’a m’a troublé, dérangé, vraiment. J’ai pas trop aimé » Je lui dis : « C’était comme nous faire caricaturer collectivement, au fond ! »
Une autre fois, une vaste salle, cent tableaux aux murs. Tassés. Je dois les examiner. Les étudier. Les relier. Y trouver des liens. Du sens. Qui m’a commandé ce travail ? Mystère. J’y arrive mal. Sorte d’immense rébus ! Folie ! J’étudie les symboles des peintures. C’est un fouillis. Je sens que j’ai le devoir, la charge quoi, de dégager une signification globale. Sinon…je sais pas. Un devoir d’État ? Drôle de cauchemar.
6-
Assez de ce Aile. Besoin de lui changer de nom. Choisir quoi ? Ange. Oui, j’ai pensé à Ange, mais.,.à la réflexion, non, Aile n’a rien d’un ange. Oh non ! Parfois…hum…Bon. La nommer désormais Oiseau. Ah non. Alors comment ? Air, comme l’initiale de son prénom. Mais « air » ça fait …éthérique. Alors quoi ? Je cherche. Je trouve pas. Dans certains de mes récits j’avais mis Rolande et Rachel et Rachèle. Air…non, pas « r » , je songe à Brune mais elle ne l’est plus. Est devenue ma jolie grise. Ma grise grisante. Gris-gris ? mais non, c’est con. La consulter ? Aïe ! Elle se rebifferais raidement. Déjà qu’elle déteste se savoir dans mon journal. Je trouverai. Je trouverai.

CHEMIN DE CROIX DANS VILLERAY

  • diffusé sur les ondes de CKAC le 29 mars 2002
  • PREMIÈRE STATION :

    Vendredi saint, congé d’école. Cette année-là, 1940, un printemps précoce mais trop de bouette partout. À quoi jouer Seigneur ? Il y a notre ti-coune-André qu’on aimait tourmenter. Qui nous suivait partout. Balourd, s’enfargeant dans ses bottines lacées. Nul au hockey de trottoir, zéro à solftball dans ruelle. On l’endurait. Il était arrivé dans Villeray le premier mai dernier, la casquette pied-de-poule à palette sur les oreilles décollées, la bouche ouverte, ses petits yeux pissous cherchant de nouveaux petits amis. Dès le 2 mai, c’est sa maman qui nous est apparue, pimpante, très fardée, bien coiffée, dans la porte de son hangar au dessus du garage du notaire Hérode Pilate. Elle nous a appelés, toute souriante, elle a ouvert la porte du hangar. Ouow!  » La caverne d’Ali Baba!  » Son André chéri avait des jouets géants. Elle a dit :  » Si vous acceptez de jouer avec mon petit garçon, vous aurez droit à tous ces trésors.  » Magnifique cheval à bascule, avec les étriers en argent, l’attelage en vrai cuir de cordoue, la belle crinière, toute. Gros camion de pompier flambant rouge. Grosse pelle à  » stime « , avec un vrai fourneau. Reluisante voiture à pédales, marquée chevrolet avec l’ange bronzé sur le hood.  » Servez-vous mes petits amis mais ne brisez rien « . Elle souriait, André aussi, derrière elle. Le gros Devaux, Cure-dent- Moéneau, et Malbeuf-le coq l’oeil, on a emporté ces jouets rares dans ma cour. J’ai pris la chevrolet émaillée verte, gros Devaux, le cheval berçant, Moéneau-cure-dent, le truck de pomper et Malbeuf-coq l’oeil, a pris la pelle à stime. Et lui, André ? Bin, on lui a fait jouer le rôle de police à pied, avec un sifflet.

    DEUXIÈME STATION :
    Avec le temps, on a fini par se tanner. On aimait mieux la softball. Et Tarlais- André ? Il arrivait jamais à frapper une seule balle, on le laissait à vache, au bout du champ vacant des Thériault. Et puis une rumeur s’est mise à circuler : sa kioute jeune maman, était bin belle, mais était pas comme nos mères. Était spéciale, bizarre. Au restaurant de papa, le père à Moéneau a dit :  » A reçoit un homme qu’on connaît pas personne, trois quatre soirs par semaine. Il grimpe l’escalier quatre par quatre marches, il en re-sort en pleine nuitte!  » De son balcon, la mère à Malbeuf a dit :  » Germaine, pas vrai qu’on la voit jamais à messe le dimanche ? Ça m’a bin l’air qu’a fera pas ses Pâques!  » On entendait des mots nouveaux :maîtresse, amant, petit bâtard.  » Madame Devaux insistait :  » Cette femme a pas l’air catholique, a s’grime bin que trop. Ça se parfume comme une cocotte.  » Madame Moéneau a dit à ma mère :  » Je sais pas si on fait bien , si c’est bien prudent, de laisser nos enfants fréquenter un  » enfant de l’amour  » ? Nos parents et les voisins, depuis ce premier mai de 1940, se questionnaient sans cesse. Si on la saluait, rue Saint-Denis, rue Jean-Talon, c’était avec réticence, par politesse obligée. Oui, d’où sortait donc cette jeune pimbêche aux manières de courtisane ?

    TROISIÈME STATION :
    On a fini par être invité, les quatre mousquetaires, chez André. Sa mère nous laissait tout faire. Fait rare : André-la-casquette avait sa propre chambre. Les jours de mauvais temps, on pouvait jouer avec ses casse-tête géants, au milieu du leur salon, avec sa collection d’autos miniatures, son régiment de soldats de plomb. On avait le droit d’ouvrir la glacière et nous servir de crime-soda, de rootbeer, de bière d’épinette, même de biscuits whippets. La totale liberté! Drôle de mère, en robe de chambre mauve, toute décolletée. Ca nous changeait de nos mères criant :  » Dehors. Dehors! Aller jouer dehors, salissez pas mes prélarts, abîmez pas mon beau Chesterfield  »

    Mais. on s’est tanné aussi de son parchesi sur bois de chêne, de son bingo aux lettres gravées, de ses serpents et échelles en relief. On aimait mieux jouer à softball. Tarla-André, collant, qu’on endurait, nous suivait partout, faisait notre mascotte, portait le sac de battes, de mites, de balles, quand on allait compétionner au parc Jarry, ou parc Everett, ou dans cour de l’orpheninat St-Arsène. On l’endurait à cause de ses poches de coupe-vent pleines de  » klendarks « , de pinottes sucrées, de gommes balounes, de Cracker-Jacks avec les p’tits cadeaux.

    QUATRIÈME STATION

    C’était donc un vrai vendredi-saint avec un ciel menaçant bourré de nuages sombres. André avait toujours son air de christ souffreteux. C’est Devaux qui avait eu l’idée de lui faire un procès. On avait installé une tribune de juge dans le hangar, deux caisses à orange, un morceau de plywood, deux lampes cassées chaque bord. Je présidais, j’avais le marteau :Toc, toc, toc!  » Silence, silence. Dans cette cour!  » Je jouais le juge avec une moppe sa tête,un vieux manteau en mouton de perse. L’accusé, André, avait été attaché, les mains jointes. Moéneau faisait le procureur et a lu l’acte d’accusation : » Paresseux, sans coeur, pas d’énergie, pas d’idée jamais. Hypocrite et fainéant Très fainéant.  » Il mérite la mort, rien de moins « , a crié Malboeuf-coq l’oeil aux jambes croches.

    Gras Devaux, lui, faisait l’avocat de la défense. Il ricanait, le menton barbouillé de noir-à-chaussures :  » Cet homme fait pas l’innocent, votre honneur, il l’est. C’est une nature spéciale, hors de notre monde humain, votre honneur!  » Avec sa vieille soutane noire d’ex-enfant de choeur, collet blanc de carton de pâtissier, mon Devaux, virevoltant autour de l’accusé :  » Votre honneur, au lieu de le pendre comme il le mérite, je propose d’abord la torture. Si l’accusé parle à propos de vous savez quoi, on pourra y épargner la potence.  » André nous avait appris que sa mère, pour Pâques, avait caché dans un placard, deux lapins géants en chocolat, quatre coqs bourrés de beurre de coconut, deux boîtes de Laura Secord crémeux et, surtout, deux lapins géants, aux babines rouges de cannelle, aux yeux verts de menthe. André avait refusé, comme on le lui commandait, de nous apporter les lapins géants. Crime impardonnable et, à nos assises, Casquette refusait encore. Okay! La torture! On avait tout prévu, s’inspirant de notre livre d’histoire sainte et d’un film de Chinois vu dans le sous-bassement de l’église. Le gros Devaux enveloppa Tit-Coune André dans une cape taillée dans une vieille robe de grand mère. Condamné, mon André a juste dit :  » Y m’semble qu’on pourrait juste s’aimer les uns le autres « . On a éclaté de rire.

    CINQUIÈME STATION

    On lui avait accroché dans le dos, en croix, deux raquettes de crosse et mis dans ses mains jointes, un long manche de brosse, décoré d’un masque de frankenstein, on l’avait beurré avec Ketchup. Ce fut le défilé autour de la cour. Je fermais la marche drapé et perruqué, empereur romain augustinien. Coq-l’‘il-Malbeuf bousculait André-la-casquette après lui avoir attaché, lâchement, les pieds avec une vieille chaîne de vélo. Squelette-Moéneau s’était fait un  » fouette  » avec de la corde à chassis, déchaîné, il lui crachait dessus :  » Saudit parasite, maudit parasite!  » Il aimait ce mot, parasite. Tarla-André vivant son calvaire, se cognant partout, tomba deux, trois fois! Après trois quatre tours de cour, la pluie menaçait, on a forcé Casquette-Dédé à monter le petit escalier qui menait au tambour au bas des hangars. Cure-dent-Moéneau a vite refermé la porte branlante du tambour. Noirceur! Ordre de Malbeuf, je lui avais détaché les poignets, puis Gros Deveau l’avait ficelé au poteau central de l’escalier de bois qui menait aux étages. Dehors, la pluie se renforçait et on put entendre quelques roulements du tonnerre au lointain :un Vendredi-saint classique. Il faisait noir dans ce cabanon. Coq l’Oeil Malbeuf avait allumé deux cierges chipés au cocron du bedeau Léveilé. On aurait dit une chapelle funéraire dans un cimetière. Malbeuf tenait un bandeau, il a dit :  » Dédé, pour la dernière fois, veux-tu aller chercher les gros lapins cachés chez vous ?  » Fainéant Dédé, a marmotté :  » Je peux pas, ma mère veut pas, pas avant Pâques  »

    SIXIÈME STATION
    Ce fut le début de la séance chinoise. Toute la bande, on l’a laissé en bas et on a grimpé dans l’escalier en tire-bouchon. André reçût d’abord une avalanche de sacs de poussière : on avait vidé plusieurs sacs des balayeuses de nos mères, on poussait des cris de légionnaires romains pour l’effrayer. C’était pire que  » La maison de la peur  » du Parc Belmont.

    En bas, nous entendions notre prisonnier tousser comme un tuberculeux. Pleurnichard, il balbutia : » Écoutez les gars, peut-être un p’tit coq de Laura Secord mais pas plusse.  » Enragé, gros Devaux fit un geste et la poussière dévala de plus belle. On a fini par manquer de poussière. Deveau-le-gros survolté, cria :  » C’est les gros lapins qu’il nous faut, mange ça « . On frappait sur les murs à coups de pied, puis ce fut une pleine poche de charbon volée chez Thériault. Ça revolait. On ne le voyait plus en bas. On avait de la peine à respirer nous-mêmes. Coq-l’oeil Malboeuf ouvrit la petite trappe au plafond du troisième étage. Arrosage aussitôt, il pleuvait fort maintenant. Un éclair fit un zigzag effrayant au dessus de nos têtes. Le ciel se déchirait-il ? On enrageait. Jambes croches-Malbeuf cria :  » Fais attention, le pire s’en vient. Les lapins ? Tu vas les chercher ou bin non ?  » Dédé-le- dadais grommela :  » Pas de ma faute, môman veut pas!  »

     » Alea jacta est « , le sort en était jeté, on ouvrit les portes des locataires du troisième, chez les Diodati et les Cloutier, on prit les cors à vidanges et patatra! , dévalèrent sur le martyr les contenus des poubelles :pelures de légumes, épluchures variés, restes de viande pourrie, détritus de toutes sortes. Ça puait le yable, on se bouchait le nez. André se lamentait comme un désespéré. Et on rigolait. Gros Devaux et chétif Moéneau descendirent au deuxième pour s’emparer des vidanges des Delorme et des Bégin : bedang, beding, bedand! , nouvelle chute de cochonneries  » ah! pis quin « , les poubelles avec Bruit d’enfer! Dédé suffoqua, mit des râles, on eut peur un brin.

    SEPTIÈME STATION
    Il se fit un certain silence. La pluie battait les tôles des hangars. On avait plus de munitions, rien, Deveau descendit un niveau plus bas, on suivait, il entonna solennellement l’avertissement des avertissements :  » Dédé ? Veux-tu mourir ? C’est ça que tu veux ? Mourir un Vendredi-saint comme Jésus-Christ ?  » Silence. Bon. Okay les gars, c’est le moment final.  »

    Vrai, m’sieur Freud ? Les enfants sont des pervers polymorphes ? Ça aussi c’était prévu. On lui enleva son bandeau. On l’entortilla de ficelles sur lesquelles on avait déjà fixé, avec du scotch tape, plein de pétards à une cenne. L’ agneau-André couronné de pétards à mèches. Gros Devault alluma son briquet anti-vent :  » Tu changes pas d’idée Casquette ?  » Il bavait, balbutiant, bégayant :  » Je..je peux, je je peux pas.  »  » Okay, dit Moéneau,  » Claude : vite, la dynamite!  » J’aimais pas top ça. J’étais pissou pas mal. Prenant mon stupide courage à feux mains, je vidai deux sacs de farine, volés à ma mère, sur ses épaules, sa tête. André en devint tout blanc, clignotant, remuant les cils, on aurait dit  » Laurel  » dans les films de  » Laurel and Hardy « .  » Feu! , cria maigrichon-Moéneau, feu!  » Deveau et Malbeuf allumèrent les ficelles à ses pieds, aux genoux, à ses hanches, et les pétards éclatèrent un après l’autre. Paf, paf paf! André sursautait à chaque paf! J’avais envie de fuir mais strupidement grégaire, on craint de passer pour un lâche. Je dis à Dédé qui maintenant braillait à chaudes larmes, appelait sa mère :  » Vas chercher les lapins, tu vois pas qu’ils sont capables de tout, de te crucifier au palan d’un carreau du hangar ?  » André trouva l’énergie de crier :  » Pas de ma faute, ma mère voudra pas, attendez à Pâques, je vous donnerai toute, toute toute  » Quelques pétards éclatèrent autour de son visage :oh! marques noires sur son front, sur les joues. C’était trop. J’en avais assez, je pensais faire un prêtre plus tard, moi! J’ai crié :  » Assez! Ca suffit les gars!  » J’ai éteint le reste des ficelles qui fumaient, j’ai bondi sur la porte bancale qui se détacha de ses gonds. La pluie avait cessé. Le ciel restait noir et grondeur. L’air entra, la lumière éblouissait notre victime. J’ai osé dire :  » Vite, on le détache. Y veut pas, y veut pas, on va attendre à Pâques pour y manger ses lapins.  »

    HUITIÈME STATION
    Devaux, pris de remords peut-être, lui dit en riant :  » On jouait, on voulait t’initier, maintenant Dédé, tu fais vraiment partie de notre gang!  » André restait prostré. Moéneau le détachait lentement. J’en avais vraiment pitié. André descendit le petit escalier extérieur, marcha vers la cour, se frottant les joues et le front noircis. On le suivait. Mon frère, Pété Légaré, mes soeurs, s’amenèrent, observant ce grand dégingandé aux oreilles décollées marqués de brûlures au visage. Pété dit :  » À quoi vous jouez au juste ?  » Moéneau quitta la cour, marmotttant :  » Dédé, tête de cochon!  » Gros-Devaux ouvrit à son tour la clôture et s’en alla en sifflant  » Ramona « , un air à la mode. J’étais avec Malbeuf et on essayait de le nettoyer des détritus accumulés. André nous rejeta avec énergie :  » Vous êtres des maniaques et je vas toute dire à vos parents.  »

    Oh Seigneur, pas ça, ma mère me tuerait! J’ai sorti deux biscuits à mélasse, ses favoris à André. Il les refusa, je les lui enfonçai de force entre les dents, je lui pressais les mâchoires. Il secouait encore les restes de vidange sur son coupe-vent.  » Ecoute Dédé, on aurait pas dû faire ça, et puis les histoires sur ta mère, tu sais, ça nous regarde pas, je vas y retourner jouer chez vous! Mais, parle pas de ça à mes parents.  » Malbeuf s’en alla en disant :  » Moé, Casquette, tu peux répéter ce que tu veux chez nous, mon père est mort pis ma mère, elle, a travaille, a pas le temps de nous élever.  » La porte claqua. Soudain, un coup de tonnerre puis un violent coup de vent : le grand rideau rouge, sur la corde à linge de madame Templeton, se déchira en deux. André finit par ouvrir la barrière, me regarda longuement en silence. Le vent faisait trembler son blouson de toile blanche, un si drôle de silence, un si étrange regard : fou, on aurait dit qu’il allait lever de terre, qu’il allait s’envoler au ciel et disparaître à jamais. Il a fini par dire :  » Demain, Cloco. j’aurai le droit d’aller au  » bat  » ? Je resterai pas à vache ?  » J’ai vite dit :  » C’est sûr, c’est sûr! Tu iras au batte, André.  » Je l’appelais André pour la première fois, je pense.

    HUITIÈME STATION
    Le lendemain, samedi de Pâques, le soleil était revenu. On a eu envie de revoir les fameux jouets de notre Dédé mais arrivés à la porte de chez lui ‹André avait-il bavassé ?‹ sa si jolie maman nous a dit :  » Ah, non, non ! C’est terminé, restez chez vous. Fini de profiter de ses jouets! Je veux plus vous revoir ici petits voyous. Plus jamais.  » On s’en est retournés bredouilles. J’ai dit à Devaux :  » C’était ton idée aussi, on est allé trop loin. Penaud, il me répondit :  » Demain Pâques, dis-moi pas qu’on goûtera pas à ses maudits gros lapins ?  » J’ai dit :  » Ta faute aussi, on va juste avoir notre p’tit coco vide à trente sous!  »

    DERNIÈRE STATION

    Le mois d’avril fila et on ne revit plus André Desbarats. Il allait dans une école de soeurs, privée, loin, rue St-Denis près du Carré Saint-Louis. Un homme à moustache blonde, stetson sur le crane, dans une Studebaker beige venait le chercher le matin et le ramenait le soir. Dédé-les-oreilles portait un beau petit blazer bleu avec un bel écusson en or. Sa mère quand on la croisait, rue St-Hubert ou au marché Jean-Talon, détournait la tête comme si elle ne nous connaissait pas.

    Le premier mai, le soleil enflammait la Casa Italia, on vit un camion de déménageurs Baillargeon devant chez André. Aucun store, plus de rideaux à leurs fenêtres. Il descendait, muet, ses boîtes de jeux. Sur le trottoir on regardait, entassés, la pelle à stime, le camion de pompier, le cheval de velours rasé. Sa jolie maman, la mauvaise paroissienne, nous fit signe de débarrasser le trottoir. On avait honte les bons petits catholiques. On avait plus personne pour porter notre gros sac de bâtons, de balle et de mites. La vie continua, Gros Devaux, fort comme un beu, portait notre matériel. Malbeuf malheureux comme un veau, reprisait la balle de softball. Et c’est drôle on gagnait plus jamais, même pas contre les petits maigrichons de l’orpheninat St Arsène. Des plorines! On aurait dit qu’on était puni pour ce chemin de croix dans le hangar, ce dynamitage d’un agneau innocent, André Desbarrats.

    Le mardi 26 mars 2002

    Le mardi 26 mars 2002
    À COEUR OUVERT (J.N.)
    1-
    Ciel de lait. Lait caillé. Lait pourri. Nuance bleutée, comme le saudit lait à 1 %, m’en fous, la vita è bella ! Hier soir, lundi, installé Place des arts, au balcon du Maisonneuve et vue imprenable sur la jeunesse musicale. Regards braqués sur mon Gabriel à sa trompette. Pus de 100 jeunes musiciens ! La beauté dans l’air de cette soirée étonnante quand ces jeunes musiciens québécois, de Laval, des Laurentides et du collège Regina Assumpta (où étudie mon petit-fils) jouent l’ouvrage d’un jeune compositeur Grec, vivant ici, Panayoti Karoussos. C’était une grande fête gréco-québécoise hier soir. Ces échanges sont formidables. Des liens nouveaux.
    Les Grecs, comme, hélas, nos Italiens, Portugais etc., se sont agglutinés aux anglos d’ici avant la guerre, durant et après. Ces émigrants, latins, nos frères, nous abandonnaient. Il faut les comprendre : les patrons, le pouvoir économique (vital pour ces expatriés) étaient entre les mains des Blokes en ces temps-là. Émigrant, donc fragilisé, j’aurais sans doute opté pour le versant anglo moi itou ! Les choses (les affaires) changèrent et vint les Lavalin, SNC, Bombardier, Québécor, etc. Il était trop tard. Ils étaient anglifiés jusqu’à l’os, jusqu’au trognon, tous ces peules si proches de nous pourtant par la culture.
    Les nouveaux arrivants se rapprochent de nous. Ainsi un voisin adèlois, Paul Paltakis, Grec de Montréal, vient de traduire en anglais mon « Loup de Brunswik-city »et, à Saint-Sauveur, nous allons luncher (à la Grec) à Pâques parmi son clan. Oui, le temps changent. Hier soir le ministre de l’Immigration, André Boulerice semblait tout content de sa soirée musicale. L’ayant entendu livrer un mot de bienvenue, je lui dis dans le hall :
    « Très belle voix dramatique, bien posée ! Je pourrais vous rédiger du théâtre si vous voulez. » Boulerice a ri. Le présentant à mes alentours, je cherche comment identifier la belle-maman de ma fille, la mère du trompettiste et, balourd, nigaud, au lieu de dire « la belle-mère d’Éliane », je m’entends dire « MA belle-mère », Jacqueline Barrière. » Visiblement plus jeune que moi, elle a failli s’étouffer ! On a bien rigolé sur cette bourde.
    Le jeune, intrépide, patient et acharné chef de ce jeune orchestre symphonique, André Gauthier, se déplaçait sur deux baguettes de chef énormes :des béquilles ! Malencontreux accident qui ne l’empêchait pas de bien battre toutes ses mesures. Chapeau ! Je me suis dit qu’il serait temps de mieux me familiariser avec la musique d’orchestre classique. J’aimais tant, hier soir, observer les violons, les six violoncelles, les trois contrebasses, bien distinguer leurs nuances « à cordes » et tous les « vents », cette fabuleuse quincaillerie si luisante aux sonorités si belles, les cymbalistes, etc. On se lasse des guitares électriques et des boum-boum sauvages des batteurs frénétiques, non ?
    2-
    Dimanche soir, autocar rempli d’écrivains roulant de Gatineau (Hull) vers le terminus Voyageur, rue Berri, je me disais :un accident grave, mortel, et « le cerveau du Québec » en serait lourdement démantibulé ! Oh la précieuse cargaison, n’est-ce pas. Lire, oh lire ! Parcourant les pages d’un dialogue entre mon éditeur, V.-L. B., et Margaret Atwood, le voyage a semblé durer 15 minutes ! Au Salon du livre de l’Outaouais, j’ai retrouvé cette ambiance de foire que j’aime bien mais aussi la futilité pour nous, auteurs, de s’asseoir tant d’heures pour signer…une vingtaine de livres ! Étrange, j’offrais aux curieux mon « Écrire pour l’argent et la gloire » contenant de si sévères critiques sur ces vains Salons et, dans le même temps, j’acceptais encore une fois ce jeu truqué. J’irai bientôt à celui de Québec puis à celui des Trois-Rivières ! On dit « oui » à l’éditeur (subventionné) dévoué, on ne veut pas le contrarier, il a l’air, lui, d’y trouver son profit.
    Reste une chose : à la fermeture du « carnaval », à l’heure du départ, on avoue avoir fait des rencontres chaleureuses : d’abord
    De bons camarades certes mais aussi des curieux, pas bien nombreux hélas, qui viennent vous dire leur admiration pour vos ouvrages.
    Quelques confidences vous stimulent. Vous oubliez la vacuité de tant de temps passé derrière votre comptoir à livres. Ainsi, j’ai pu renouer avec le dynamique « boulanger » abitibien traqué par la loi, Léandre Bergeron, avec le poète (primé à Trois-Rivières récemment) Roger Desroches. Ce dernier, encore hippy, crinière léonienne, anneaux à pleins doigts, vous montrera la photo, dans son portefeuille, de sa fillette (importée avec amour de Chine) comme tout bon père de famille bien quétaine. Cela m’a ému. Croisés l’humoriste Pierre Legaré, l’actrice Andrée Boucher, le speaker émérite Pierre Nadeau et qui encore ?
    Aile avait besoin d’être un peu seule ? Je ne sais. Vrai qu’au retour, dimanche soir, ce sera fébriles minouchages, chaudes embrassades, des retrouvailles comme si nous avions été séparés un an ! Il y a ça de bon.
    3-
    Deux téléphones, ce mardi matin : 1- invitation à la biblio de Saint-Laurent, terre natale de tous les premiers Jasmin. J’ai dit oui. Pour octobre prochain. C’est loin. 2- Invitation à un collectif de québécois sur « Paris, je t’aime » par Paul Villeneuve. J’ai dit oui encore, je m’ennuie tant de Paris depuis 1981. Villeneuve me dit qu’il n’a pas lu mon drolatique (avis des critiques du temps) « Maman-Paris, maman-la-France » (Leméac.éditeur, 1983). Je pourrais donc faire un copier-coller d’un chapitre amusant ? Hon ! Et voilà que l’on me téléphone encore, il y a deux minutes, pour « Bibliotheca » au canal Tv-5. Une invitation à parler devant un Kodak de télé « d’un ou des livres qui nous ont importés, jeune ». J’annonce ma chère Gabrielle Roy. On est d’accord. Directives vont suivre. Bien. Crainte de trop charger l’agenda. De le regretter ensuite… tous ces « oui »… comme cela m’arrive.
    Oups ! Aile revenant de la poste : une lettre de ma quasi-jumelle, Marielle. Hâte de la lire. Enfin, un premier chèque de TVA pour les mini débats chez Pierre Bruneau. Un bulletin modeste de cette association des auteurs laurentiens, invention de l’ex-journaliste Pauline Vincent. Liste : je ne connais (un peu) que le chanoine-sociolgue Grandmaison, et le poète Paul-Marie Lapointe. Et, grande enveloppe brune, un envoi de Trois-Pistoles ? Ah ! c’est un vieil exemplaire des « Écrits de la taverne « Royal ». Mon Victor a pensé à ça ! J’avais dit , je crois, n’avoir plus aucune copie de ce receuil de textes divers —années ’60— quand nous étions un gang de jeunes fous —Jean-Paul Filion, feu Marc Gélinas, Raymond Lévesque et al— fous furieux buveurs de trop de draughts —ah la draffe à dix cents— à ce « Royal Pub » de la rue Guy, sous le cabaret « La catastrophe », de biais avec le choc « Stock Club », où j’allais interviewer mes victimes pour La Presse, et le vieux théâtre, démoli depuis longtemps, « Her Majesty’s », où j’avais vu jouer les Louis Jouvet, Gérard Philippe, etc.
    Hop, en vitesse, aller à l’école des p’tits chefs !
    4-
    Retour. Que des pâtés chinois ! Aucune pâtisserie et Aile qui reçoit bientôt l’ami « non-mormonne » Josée ! Ai pris deux pots de soupe, congelées hélas ! Dehors, tantôt, neige nouvelle abondante. Balai sorti, je me démène. Pas croyable, un 26 mars. Je suis découragé et, en même temps, toujours ébloui par cette neige qui recouvre tout si vite ! Blancheur de carte de Noël. Je lis un des livre achetés lundi midi à la « Librairie Outremont » là où un immense chat blanc dort entortillé autour de la caisse, « L’occupation » d’Arnault. Mince récit de 100 pages. Suis
    À la page 45. J’aime le minimaliste de cette auteure —pas un mot de trop—, cette femme raconte sa jalousie frénétique face à l’inconnue qui vit maintenant avec so ex. C’est bien fait. Fort.
    Un texte aux antipodes des miens, le grand bavard. « Les contraires se fascinent », vais-je répétant quand on s’explique mal Aile m’aimant et moi de même. Acheté aussi « L’iguane » de Denis Thériault et le récent numéro du « Courrier International » où la « une » crie : « 23 écrivains engagés », une enquête. Au kiosque de V.-L. B. du Salon, dimanche, ai pris un livre de Victor racontant « son » Thériault. L’ai commencé, c’est bien parfait. Étonnante la verve si généreuse de l’auteur de « Race de monde » pour certains confrères. Je n’ai pas, moi, cette générosité. Je l’avoue. Lu qui écrit sans cesse et qui publie sans cesse pourrait passer pour un égotiste. Oh non ! J’ai lu dans cette « rencontre » avec Atwood comment il est captivé par la Margaret, il l’a lu, il la connaît, il la questionne avec pertinence. Il la fouille de questions aimables. Bref, il m’étonnera toujours.
    Tantôt montant au chalet, je dis à ma belle Ale : « Tu sais quand Foglia décrète que Vic est notre plus grand écrivain québécois, jaloux, je tique…mais un seul instant et puis j’admet le fait. Cet homme est un fou des livres, de l’écriture. Pas moi. J’ai autant de plaisir à faire de l’aquarelle…ou même à lire tout simplement. J’aurais pu (voulu ?) devenir disons un sculpteur reconnu et cela m’aurait contenté amplement. Jeune, je vouais devenir un créateur. Dans n’importe quoi. Les circonstances ont fait que j’ai publié tant de livres que l’on m’a installé dans le monde littéraire. Au fond des choses, il faut le dire franchement, je n’ai jamais mis tout mon être, mon âme entière, dans la rédaction d’un roman, jamais. Je rédigeais comme en transes, d’un jet, excité à fond certes mais une fois l’histoire lâchée, c’était terminé. Je n’y revenais pas pour peaufiner, améliorer. Oui, c’était, chaque fois, le mot fin posé, comme un bon débarras. Femme enceinte qui doit absolument accoucher une fois l’an.
    Ce fait de ne m’être jamais investi à l’année longue dans la littérature a été remarqué. Je m’en vantais d’ailleurs. Il a fait, ce fait, que les amateurs forcenés de nos lettres m’ont installé dans un créneau à part. Pour plusieurs je suis une sorte de dilettante, de gaillard d’un tempérament « brouillon », qui écrit « par oreille» et qui ne mérite pas trop l’attention des exégètes patentés du territoire. Cette attitude m’a blessé pendant longtemps. Maintenant, je sais bien que je récolte ce que j’ai semé. Mes affirmations fréquentes d’écrire sans effort aucun, comme en se jouant, allaient à l’encontre de gens —collègues, profs, critiques— « seurieux », « graves », pour qui la littérature doit être une passion ravageante, totalitaire quoi.
    Beaulieu, comme un Riopelle en peinture, s’est investit complètement dans l’ « étrange » métier. Il en mangeait ! Pas moi. Oh non ! Cet esclavage consenti, volontaire fait des victimes autour de soi, c’est connu. Envie de jaser de tout ça au Salon de Québec avec lui. Vérifier des choses. Je le ferai un de ces soirs prochains quand, le kiosque fermé, on va souffler dans un coin de bar d’un hôtel. Je raconterai dans on journal et ce ne sera pas une indiscrétion puisqu’il sait que je suis diariste désormais.
    5-
    Aile, esseulée dimanche, a reçu de sa famille, au Phénix du Chemin Bates. Elle me dit qu’elle a raconté à son frère le prof, la crise de nerfs d’un étudiant révolté criant, hystérique, dans un hall du Cégep Saint-Laurent et comment j’avais pu le calmer d’un geste, d’une seule phrase. Et Jacques lui aurait dit : « Ça me surprend pas, ton Claude a une sorte de don, de charisme. » Eh b’en, moi en thaumaturge ? Ça m’aurait bien plu, jeune, candidement entiché d’un Jésus à miracles, guérisons —lèves-toi et marche !— à résurrection de Lazare au tombeau !
    Cet avocat « politicien », Guy Bertrand, qui veut désormais « un Québec libre dans un Canada fort » s’est fait volontiers vidéotiser chez Dutrizac des Francs-Tireurs ». Courageux ! Risqué. Très. L’émission de T.Q. était d’une qualité visuelle lamentable. Pire que le pitre des vidéos de famille ! Pourquoi ? On aurait dit un document clandestin fait à la va vite. L’hurluberlu en était davantage —il n’avait pas besoin de cette surenchère technique— comme caricaturé. Ce qui n’est pas honnête même si cet olibrius, ce narcisse —au jus V-8 et au salon de bronzage— est un pitre on n’a pas le droit de mal le photographier.
    J’oubliais, j’ai pu mieux connaître une de deux grandes filles de Beaulieu à Hull, Julie, qui avait la charge, seule, du kiosque des Trois-Pistoles, son père étant absent. Elle est brillante, énergique, débrouillarde et a de l’esprit. Samedi soir, au Salon Laurier, réunion tardive de quelques jolies jeunes femmes-à-kiosques. Farces et piques voltigeaient dans l’air de ce bar-salon. Andrée Boucher, rencontrée à la salle à manger de l’Hôtel, le dimanche matin, m’a semblée fort intriguée et amusée de m’avoir vu tel « le vieillard au milieu de Suzanne… de la Bible. Je me suis bien moqué de leurs « bottines » noires de draveur, des nombrils affichés et des coiffures « dépeignées » de sauvageonnes. J’aime jouer le vieux schnock, le macho rétro, et on a bien rigolé. L’auguste sobre Courtemanche (« Piscine à Kigali » ) apparut brièvement comme investi de son titre d’ « Invité d’honneur » du Salon. Fit trois petits tours et disparaissait. Son droit de ne pas se mêler aux joyeux troubadours du lieu.
    Sur un grand écran —style « Cage aux sports »— soudain, visions incroyables d’une immense troupe (Corréens, Japonais ?) qui font des figures géantes sur un terrain de foot. Nos en étions tous…baba ! Phénoménales chorégraphies et stupeur quand des plans rapprochés nous font voir ces milliers de figurants rampant, gesticulants, s’enveloppant de tissus divers. Vraiment, un spectacle hallucinant !
    Je suis rentré au lit vers 123 h. pour lire du Atwood-Beaulieu, et elles sont allées à une discothèque jusqu’aux petites heurtes du matin. Jeunesse inépuisable !
    Lundi matin, failli oublier mon heure de radio à CJMS devenu une radio western je crois. Grandes portes-vitrines ouvertes, corridor de centre commercial, boulevard Langelier. J’y filais en 10 minutes via le Métropolitain. L’ex-chanteuse pop, Claude Valade m’interroge. N’étant pas du créneau-lettres, ses questions me changent des habituelles. Je m’amuse volontiers. J’en profite pour proclamer des « affaires » pas trop politiquement correctes et Valade s’en amuse ferme tout comme un petit public de braves femmes qui vont là, sirotant du café, pour passer le temps. Atmosphère de piano-bar sombre, bizarre lieu. De la radio vraiment « en bras de chemise » ce qui m’a rappelé mes cinq ans avec l’ancien CJMS, de 1989 à 1994. Ambiance décontractée que j’aime tant. Mon « Je vous dis merci » un peu fêté.
    À ce propos, trois mois après sa sortie La Presse n’a encore trouvé personne pour le recenser un petit brin. Pas une ligne ! Alors, j’écris une longue note à Pierre Vennat et lui demande s’il n’aurait pas envie d’en dire deux ou trois… lignes ! Suis allé porter mon message à La Presse avec Aile, lundi après-midi.
    Bizarre : Aile vient tout juste de me raconter les propos de notre répondeur en ville. Et le Vennat s’excuse de son impuissance, se dit au bord de la retraite et sans plus guère d’influence à La Presse. Il a remis le livre et ma note « au secours » à Madame Lepage, la patronne du cahier Livres. Brr…pourvu qu’elle n’assigne pas cette Benoit qui accordait trois belles étoile aux élucubrations de la Catherine Millette, pornocrate déboussolée et une et demi à mon « Enfant de Villeray ».
    Bof ! On verra, verrat !

    Le vendredi 22 mars 2002

    Le vendredi 22 mars 2002
    1-
    Si ça a du bon sens, à mon âge, devoir enlever toute cette neige tombée hier et dans la nuit ! Mes reins ! Le malheur des uns…Daniel, mon fils expert en « ordination », téléphone :
    « Youpi ! Quelle merveilleuse neige-surprise ! Lynn a congé et moi, le travailleur autonome, je m’en donne un. On monte à « Avila », à Saint-Sauveur, pour faire du ski. Je peux faire un arrêt chez toi, si tu veux papa. As-tu besoin de mes conseils ? Ton ordi ? Tout baigne ? » Je lui explique que nous descendons en ville après le lunch car je dois, aux aurores samedi, prendre le minibus pour le Salon du livre de l’Outaouais, mon nouveau livre estampillé « éditions Trois-Pistolles »sous le bras !
    Occasion de le questionner : « Comme ça, tu as refusé de venir avec ton père chez Lisa Frulla causer « père-fils » ? Il explique : « J’ai pas ton savoir-faire et aller à la télé m’énerve toujours beaucoup. Quand c’est utile pour la promotion de mes jeux de société, j’y fonce. Mais là…En gang, pour trois minutes de micro chacun, j’ai dit « non ». Et puis, ayant cesser de fumer, c’est dur, alors j’évite tout source d’énervement, tu peux me comprendre ? ». Oh oui, je le comprend ! Je l’envie d’avoir pu (lui et sa Lynn) stopper le bonhomme Nicot !
    2-
    L’amie Josée l’autre jour : « Claude, je t’ai entendu à CKAC, t’étais bon mais ton Riopelle en « petit-gars de la rue de Lorimier », pouah ! On va-t-y lâcher cette expression cucul ? Le tit-gars de Baie-Comeau, le tit-gars de Shawinigan ! Riopelle en tit-gars, Claude, franchement ! » Elle a raison. D’où nous vient cette manie des p’tits-gars ? Me corriger. On devrait cesser de « ne pas en revenir » qu’ un (une) des nôtres se signale dans le monde et nous sentir obligé de spécifier qu’il vient de che-nous, d’un quartier modeste, d’un humble village. Y a plein de tites-filles de Charlemagne qui ne seront jamais des Céline Dion. Pis ? Cette vedette de la pop-musique n’a aucun mérite d’être née là. Il n’y a que ses efforts, son ambition, son travail intense sa farouche volonté…
    3-
    Terminé ce journal de Françoise Giroud. J’ai aimé écornifler dans son existence de 365 jours d’une année, 1995. J’ai mieux connu une très, très grande bourgeoise, tempérament centre gauche, socialiste de salon, caviar-vison, comme son cher Mitterrand. Elle se livre volontiers sur mille et un sujets, petits, anecdotiques, moyens (les grèves à Paris) et graves (les conflits de cette année-là) : Bosnie, Rwanda, etc.
    Journaliste célèbre, —ayant toujours sa chronique vans l’Obs pour la télé— elle doit répondre sans cesse à des demandes d’articles étonnantes, assister à des premières un peu partout, concerts, opéras, théâtres, aller dîner avec des sommités, en médecine, en psychologie, en politique, en littérature. La chanceuse. Elle fait des rencontres stimulantes souvent. Ici, hélas, pour bibi, c’est plutôt le calme plat. En tous cas, vive le journal. Vive les diaristes.
    J’ai terminé aussi, lecture en diagonale car des chapitres sont un peu niais, le livre « optimiste à tout crin » de Christiane Collange : « Merci, mon siècle », Fayard éditeur. J’ai pu y glaner du gros bon sens (j’aime tant cela) et saisir une fois de plus les progrès étonnants et merveilleux du siècle dernier. On l’oublie. La liste vous surprendrait. Collange en fait un bilan précis et les gens de mon âge, avec elle, admettent que malgré les deux guerres atroces, des tas de découvertes ont radicalement amélioré nos vies. Ça fait du bien de le constater. Nous revenons, nous tous les 50-70 ans, de très loin, en France comme ici.
    Oh, j’oubliais, dans « Chienne d’année » (Seuil, éditeur) la Giroud soudain —entrée du 31 octobre 1995— raconte la quasi-victoire des Québécois indépendantistes. Elle dit « sur 47 millions de voix… », aïe ! C’est 40 millions de trop ! Coquille ? Elle publie : « Il y a quelque chose de romantique, de sentimental dans ce désir d’indépendance. Les Québécois ne sont pas opprimés, colonisés, exploités. Ils sont humiliés. »
    Voilà comment nous sommes perçus. Vue de Paris ? Ou de partout ? Giroud —et combien d’étrangers ailleurs ?— ne saisit pas que l’on forme une nation et qu’une nation a besoin d’un pays constitué, peu importe le confort accordé par l’autre nation. C’est triste de constater si souvent que des « cousins » culturels ne voient pas la longue et si difficile lutte de résistance de ce 2% de francophones, isolés dans un océan anglophone tout puissant.
    Tenez-vous bien, Giroud nous sert le rituel : « …comment ne serait-on pas sensible à leur attachement au français, qu’ils parlent avec ce drôle d’accent venu du fond de nos terroirs » Oh la la !Sentez-vous le paternalisme parisien ? Sentez-vous la superbe parisianiste ? Ils sont charmants avec ce côté terroir ! De braves paysans quoi ! Non mais…
    Je vais rependre maintenant le Kessel-voyageur et, au lit, ce « Parfum de cèdre ». Ensuite, plongeon dans le journal (ah !) d’Hervé Guibert. Lire c’est voyager. Sans cesse. Comment font ceux qui ne lisent pas ? Un masochisme, un mystère profond à mes yeux.
    4-
    La boxe, cette horreur ! Mais…il y a ce Éric Lucas , voisin laurentien de Sainte-Lucie (un « tit-gars »de… !). Combat probable le 8 juin, à Washington. Dans le cadre du match Tyson-Lewis. Sa main droite amochée guérit, dit « Interbox ». Le champion Lucas doit défendre son titre chez les « super-moyens ». Je n’en démords pas :c’est un sport qui devrait être interdit. On devrait mettre en prison ses organisateurs pour « refus de secourir personne en danger ». Le code pénal s’appliquerait, non ? Et puis, je croise les doigts et marmonne : « pourvu qu’ Éric Lucas gagne à Washington, le 8 avril ! »
    On est idiot avec nos contradictions, non ?
    5-
    J’avais préparé un petit dossier explosif pour démolir les thèses « pro-canadians » du mari de la Vice-de-Reine, John Saul, à propos de son avant-dernier livre sur les « jumeaux » que nous serions malgré nous, anglos et francos. Je m’étais équipé solidement pour le ridiculiser à fond lui et ses oublis pratiques sur tant d’aspects de l’histoire du Québec, sur nos différences fondamentales. Jumeaux de mes deux…
    Le temps passe, on est pris par d’autres sujets de controverse et mon Saul l’a échappé belle. Des menaces ? Un vrai « Popeye » hein ! Il y a pas longtemps, à « L’institut du Dominion » (ouash !) l’époux du Vice-de-la-Reine a encore entonné ses antiennes crypto-fédéralistes encore.
    Selon Saul, l’état-nation (lisez Québec) est une idée des années 1800, pour ne pas dire des années 1300 (sic). Une approche monolithique, insiste-il. Il admire sans vergogne la « complexité » de son Canada actuel (!). Rectitude politique oblige : Saul prétend que les aborigènes, les autochtones quoi, forment la base solide d’un triangle (incluant francos et anglos). Non mais…
    Saul dit qu’on oublie trop cette base… « sauvage ». Il a repris, à Vancouver, avec ses « conférences Lafontaine-Baldwin » son radotage utopique. À savoir : ça va mieux, on reconnaît de plus en plus l’apport des Amérindiens, cela d’un océan à l’autre, incluant le Nunavik. Cela va enfin nous défaire de l’idée, nuisible à ses yeux, que le Canada doit tout aux Européens, nos pionniers. C’est son dada, à bas nos racines en Europe ! C’est « politique ». Avec ses « jumeaux », ses siamois de force, il frappait son vieux clou mou : Français de France ou Britanniques d’Angleterre, ça ne valait pas cher. Les autochtones, eux, surent nous révéler à nous-mêmes. Vraiment ? De là sa marotte des aborigènes en fondateurs d’importance du Canada, socle précieux, indispensables fondateurs à nos côtés.
    Ils s’en crissaient-y et pas à peu près du Canada !
    Vive ce triangle vanté ! Un rêveur ? Non, mais non, un arrangeur intéressé. Un petit malin, —stipendié— mercenaire fédérat subventionné, qui veut nous berner, surtout nous faire abandonner la lutte pour une patrie québécoise.
    Un lutteur hypocrite contre le nationalisme québécois si dérangeant pour la paix « canadian ». Saul en travestisseur de la réalité. Ses moyens : têtage des Rouges d’une complaisance ébouriffante. Le vrai c’est que, on le sait bien, hélas, les colons, les pionniers, —anglais après la Défaite de 1760—, se fichaient complètement de ces nomades démunis d’ici. Un Amherst organisait ses lots de couvertures contaminées, génocide. Évidemment, explorateurs-marchands, navigateurs-commerçants trappeurs, chasseurs —comme leurs prédécesseurs français— ont appris quelques trucs des indigènes. C’est partout pareil, en Afrique comme en Indochine, messieurs les colonisateurs, non ?
    Au fond, nos blokes ont tôt fait que cette minorité négligeable soit installé en ghettos maudits, en réserves racistes, les transformant en demi-parias. Saul le sait. Il joue un jeu politique à la solde d’Ottwwa.
    Gênante réalité têtue ! C’est cela la vérité. Sa honteuse « récupération » —« ils furent essentiels et blabla bla »— est une façade, un leurre à imbéciles, une astuce de néo-fédéraliste ? John Saul avec sa grosse « gomme à effacer » la réalité n’y changera rien. Sa bataille à retardement pour déguiser, masquer, maquiller stupidement l’histoire est une entreprise candide.
    Il déclame dans sa « patente Lafontaine-Baldwin » : oubliez donc, anglos comme francos, vos racines et songez que sans nos « bons » sauvages, le Canada n’existerait pas ! Fort de tabac indien !
    Quelle cloche ce Saul ! Son gros jupon dépasse, cachant bien mal sa volonté de nous diluer, de nous noyer —comme les Baldwin, MacDonald et Cie avec la traîtresse complicité des Lafontaine, Cartier, « Sir » Wilfrid Laurier et, aujourd’hui, Stef Dion, oui nous diluer. Empêcher notre patrie française en Amérique anglophone de naître.
    Sur son tablier d’artisan en niaiserie, le toutou de la Vice-de-la-Reine d’Angleterre, est brodé un totem de carnaval. On y lit : « accrochons-nous à nos autochtones pour devenir une nation nouvelle ». Ce fou illuminé n’est un gamin gâté à épouse voyageuse, qui va partout déguisé en petit indien, plumes à cinq sous, collier de perles. Il répète : Vive les indiens et son arc du bon sauvage —base-du-triangle canadian ! Du toc de Dollorama ! Ses fléchettes visent ces maudits Québécois qui, eux, forment une vraie nation. Pauvre John, de Toronto à Vancouver, les Canadians, fils de « royalistes », sont maintenant des amerloques « républicains » bien assimilés.
    Même les millions de Sheila-la-Cop, de Gagliano, du dauphin Boudria, des copains de « Groupaction-Canian-adverising », n’arriveront pas à nous…diluer. Alors Saul ce petit « prince qu’on sort » et ses conférences « coast to coast », on s’en torche.
    6-
    Ouf ! Tantôt, après le lunch du midi —que le jambon giroflé d’Aile goûte bon !— coups de pelle pour libérer de sa neige la terrasse du nord, en arrière et le long escalier; Aile à la terrasse du sud en fait autant. Digestion activée ! Pa dedessert ce midi. Ayant revu Montignac à la télé, et sa furieuse condamnation du sucre —plus nuisible que les graisses— approuvé par nos médecins, héroïquement, je n’achète plus les si délicieux gâteaux frais de l’École edes petits chefs. Je suis diablement en manque mais…il me reste les barres de chocolat à 75 %
    L’autre soir, en arrivant chez Pierre-Jean « don quichotte » Cuillerier, je dis à Jean-Guy Sabourin —qui joua si bien le saint Jésuite martyrisé jadis dans un film de l’ONF : « Je t’en prie, ne dis pas que tu es mon ami, Jean-Guy. J’aurais si honte. »
    Je le taquinais puisqu’il est l’un des grands démocrates de la magouille avant-fusion à l’Île Dorval. Je lui disais : « Quoi, bande de sauvageons, relié à la ville, vous auriez enfin des égouts, un système d’aqueduc, et quoi encore, des réverbères sur votre chemin de ceinture, un beau petit pont toit neuf sans doute. » Mon prof Sabourin s’agite : « Quoi ? Avec plein de visiteurs dans notre île si tranquille ? On veut pas. Vive notre petit bac à moteur pour traverser avec permission pré-arrangée ». Je dis : « Non mais c’est-y laid l’égocentrisme ! » Mon Aile, la Carole à Pierre-Jean et la Diane à Jean-Guy, changèrent de sujet et vite. Maudites femmes ! Toujours pour la paix des ménages et des amitiés !
    Je me suis souvenu d’un « plan de nègre » que je tentais de défendre à Pointe-Calumet vers 1975 : étatisation par la municipalité de tous les rivages du lac. Cinquante pieds ? Construction d’une jolie promenade riveraine (en bois traité ?) ouverte à tous, jusqu’à ceux qui logent loin du lac en bordure de la route d’Oka et qui n’ont aucun accès au grand lac. Vous auriez dû entendre les protestations. Les proprios des plages (et du mur de Berlin désormais !) voulaient garder les belles vues pour eux-mêmes. Égotisme toujours !
    Qu’est-ce que j’apprend ? À côté d’ici, achat des biens publics « pour des pinottes » par les proprios d’un domaine public nommé, l’Estérel ! Un policier courageux, Pierre Coley, raconte au reporter Cédilot (La Presse) qu’il a vu venir cette opération mains-basses, bien basses ! Il a voulu avertir en temps et lieu. On a fermé les yeux. Mieux — non pire— on l’a harcelé, menacé, même suspendu et puis carrément congédié ! Vinrent même la menace de poursuite judiciaire !Écœurant !
    C’est-y assez fort ! Une honte. Pierre Coley s’est ramassé
    — dépression nerveuse— sur le B.S. Cela fut fait, bien sûr, avant la fusion avec Sainte-Marguerite. Là aussi, l’achat —prix d’ aubaines— des biens publics et la formation d’un ghetto privé !
    A-t-on embarqué Riopelle mourant, qui y avait demeure et atelier, dans cette combine égoïste ? Violette Gauthier, mairesse de Ste.Marguerite —succédant à Jean Charest —parent de Champlain Charest, ami de Riopelle ?— recevait le 6 février la liste des griefs du caporal Coley.
    L’ex-maire Charest était le chef d’un groupe de proprios, baptisé « Les amis… de l’Estérel ». Ils s’emparèrent de 57 parcs, du chalet public, d’une plage et des terrains de tennis —prix d’ « amis » de l’Ésterel, c’est le cas de le dire. Le tout valait deux millions et demi (2,500,000 $) mais on a payé 55,000 $ ! Parlez-moi d’un arrangement de cette sorte ! Plus fort : comme à l’Île Dorval, les « ami de… » reçurent une subvention. Ici, de 50,000$
    Pierre Coney, le héros de ce sombre feuilleton —une autre des belles histoires des pays d’en haut — informait tout le monde ce ces magouilles : son chef ce police, les ministres (Affaires municipales, Sécurité publique) et… rien ! Corruption dites-vous ? Et comment !
    La filière politique est toujours de mèche avec les importants, les « quéqu’uns » comme on disait jeune, les bons gros bourgeois, les tripoteurs du bien public ? Édifiant, à quelques kilomètres de chez moi, vivent des égocentriques d’une espèce rare —ou courante, je ne sais plus !
    Peuple debout, aux armes citoyens, réveillez-vous humbles travailleurs surtaxés !Tout ce beau monde-là, bien laid, les Chrétiens-à-auberge ou à golf, les Martin-à-cargos aux pavillons suspects, les Landry, les Charest, les Marois, les Ménard, sont des pourris-gâtés du sort. Ils sont, solidaires en magouilles, tous de la même confrérie. Quand ils vont bouffer sophistiquement et boire des vins millésimés, ils entendent parler de ces collusions et ils se rangent, se taisent , s’accordent comme larrons en foire —tous, tous, tous— avec leurs frères de classe sociale. Ils ferment les yeux, congédient le gêneur, laissent mijoter les plats malodorants des concussions dégueulasses. Ils se tiennent —c’est bien le mot juste— comme cochons. Alors le simple agent de police, syndiqué ou non, se fait mettre à la rue s’il ose l’ouvrir.
    Mon ange à une aile, ma fée grise qui me grise, remplit mon sac de voyage, me questionne : « Tu veux tes souliers durs ? Ton « pepto bismol », ton chandail à col tortue ? » Nous partons pour le Chemin Bates. Demain matin, groupe d’écrivassiers en bus et hop, le Salon des écritoires…En face, sur la rive droite, entre deux séances de signatures, aller voir du Riopelle au Musée. Aller aussi faire une prière re reconnaissance au mur du coin nord-est du beau Musée de la civilisation, juste là où Aile est née, proche du pont inter-provincial ? Si j’ai une minute, oui.
    En voiture dit Aile ! « All aboard » disait mon oncle Cléo, cantinier du « CiPiAr » quand j’étais son crieur d’eaux gazeuses sur le train Montréal-Québec à 16 ans. Sérieusement, en voiture !

    Le jeudi 21 mars 2002

    Le jeudi 21 mars 2002
    1-
    Quoi ? Premier jour du printemps et encore une bordée d’ouate ?
    J’irai au Salon de Hull avec la navette (minibus) des « Écrevisses » samedi matin. L’auto… trop risqué. On annonce du frette aussi pour samedi ! Misère. Moi qui aurais aimé rouler, via la 50, de Mirabel à Hull dans ma Jetta, vitres baissées !
    Hier, j’ai relu mon, « tout frais arrivé » de l’imprimeur, « Écrire ». Aile aussi. Ses larmes subitement ! Pourquoi ? Aile : « Oh, Claude, tu m’arraches le cœur. Tant de déceptions. Et tu te dis un raté. Ça me fait, mal. » Alors, je lui explique ce relatif « raté ». « Tu comprends, jeune, on a espéré tellement mieux, tellement plus fort. Nous somme tous des ratés non, face à nos ambitions d’adolescent ? »
    Ce livre contient de la grogne, du ressentiment, des griefs graves sur nos médias colonisés face aux Parisiens, sur les « Salons du livre », sur les « docteurs en lettres » snobs, et le reste, mais aussi un peu d’humour et plusieurs longs textes littéraires où je tente ainsi de démontrer qu’au delà de nos misères d’écrivains, il y a cette envie de pondre du…poétique !
    Un drôle de livre, en fin de compte. Je l’aime. Beaucoup. J’en suis fier et si soulagé…ça défoule de parler franc. L’aimera-t-on, en parlera-t-on en bien, en mal ? Ah ! Vieux suspense. Je redoute le silence total vu mes piques raides sur les médias, presse, radio et télé. Une sorte de vengeance quoi. On verra.
    En allant à cigarettes et journaux, ce matin, suis allé porter un exemplaire du « Écrire » aux voisins, les Jodoin. Ai dit à Jean-Paul : « Tu entres dans la littérature québécoise, mon vieux, vois la page 99 et suivantes ! » Il a semblé médusé, étonné. C’est un passage où je relate une excursion à Pointe-Calumet qu’il voulait que je lui fasse visiter raconte, de visu, après sa lecture de « Pointe-Calumet boogie-woogie ».
    2-
    Cette série télévisée « Le dernier chapitre » ! Foutoir visuel ennuyeux. On dirait qu’ il y a six (6) gangs de bandits, douze (12) chefs. On ne comprend plus rien. Pire qu’avec son « Omerta » que je préfère tout de même. Dionne prouve, cette fois, qu’il ne sait pas rendre clairement les tenants et aboutissants d’une histoire. Mais c’est fort bien ficelé, très pro. Alors les loustics, pas exigeants, vont suivre ce caravansérail à vroum,vroum, bien mal foutu. Il y a du bing, bang, Bigras, présence physique impressionnante, il y a, lumineux, Roy Dupuis, si beau garçon et, toujours pleine de naturel, Marina Orsini, et puis qui encore ? Il y a l’imagerie courante, toute faite de très brèves séquences télescopées. Illusion rythmique sur un amas de silhouettes mal établis, esquissées. Alors les gogos, voyeurs effrénés d’images sans sens, vont rester à cet écran. Tant pis pour la bonne compréhension des intrigues.
    Avant l’indigeste saga —police versus motards criminalisés—, à Historia, bon documentaire sur la naissance d’Israël, ses guerres, Nasser, la Jordanie en sandwich, Golda Meir, le tout jeune Arafat, etc. Je ne me lasse pas de revoir ces « stock shots », repris, recousus, raboudinés, remontés, sur cette époque terrible.
    Vu aussi mon ex-camarade de CJMS, Arcand, tenter de faire parler l’ex-vedette-jeunesse, la chanteuse Renée Martel qui vient de confier sa biographie à (?) son propre fils avec qui elle a fait la paix. Viol à 18 ans, alcool, drogue, tournées sans cesse, son fils négligé, père en tuteur et artiste un peu cruel, carrière d’automate puisqu’elle « a toujours détesté, dit-elle, ce milieu », et quoi encore.
    Aile me dit : « C’était une beauté rare. Populaire chez les jeunes. J’étais jeune réalisatrice aux « variétés ». Elle ne se livrait jamais. Muette, mécanique, intouchable et mystérieuse. » Face au questionneur —en apparence froid et sans cœur— les réponses sont lentes, comme prudentes, calculées. Émission un peu plate. Martel semble lasse, épuisée même, en tous cas réticente à faire plus ample écho aux révélations de son livre. Ces confessions terribles, une mode, se situent au bord d’un voyeurisme malsain. La foule adore. Chez nous, une certaine gêne à examiner la victime se livrant plus ou moins.
    3-
    Pour sa santé, Aile se charge volontairement de pelleter la neige sur la longue terrasse du côté ouest de la maison. Durant ce temps, comme chaque midi, tantôt, je descend faire nos sandwiches —jambon, poulet, dinde, rôti restant, c’est selon— formant le lunch du midi.
    Dehors, c’est étonnant, jamais vu autant de neige depuis décembre ! Beauté des sapins lourds de blancheur lumineuse. Oui, grande beauté ici. Ça y est :chicane ! Encore une de nos chaises anciennes qui perd un barreau. Aile commande : « Vite, répare ça ! » Elle est incapable chaque fois d’attendre. Je sors la colle Lepage. Badang ! Pressage trop énergique et ça pisse partout, ça coule sur la table où j’avais couché l’infirme, la fiole en éjaculatrice précoce. Énervement d’Aile ! Enragement. « T‘es comme ton Édouard de père, tu travailles trop vite, en fou ! »
    Ça revole, elle s’agite, court au torchon ! Bousculade. Menaces. Moi, penaud. Je sais bien ma maladresse en la matière. Elle n’a pas un bon mari bon bricoleur, hélas ! La queue entre les jambes, essuyage fait, je remonte à l’étage, à ce journal. Ouf !
    Plus tôt, Aile écœurée : au marché Métro, vendeur de fleurs, campagne du jour et offre de contribuer « in english only » ! Elle a protesté aussitôt comme on doit toujours le faire pour réveiller ces racistes inconscient —encore en 2002— de vivre au milieu de 84 % de francophones.
    Souvenir de 1945 : ma pauvre Germaine, ma mère, colonisée, humiliée, bafouée, méprisée, rabaissée, comme nous tous en ce temps-là, qui s’efforçait de parler anglais, en pleine rue Saint-Hubert, clientèle à 99% francophone, à un marchand « raciste » de « Greenberg » ou de « Wise Bros », soumise, docile, chien battu. Baptême ! ça ne change pas encore ce racisme ?
    Ce gras raciste (c’est une forme de racisme cette ignorance de la majorité, non ?) cet offreur de tulipes-charité sait qu’il utilise la langue universelle. Speak white ! Débrouillez-vous les caves québécois, apprenez la langue des maîtres actuels (ça va durer longtemps ?), celle de l’univers marchand, de la planète commerciale. « Mon épée me démange », disait Cyrano ! Et comment ! Autour d’Aile, des gens semblent étonnés de sa protestation. Des cocus contents ? Notre manque de fierté, d’honneur, finira pas nous assassiner culturellement. « Nation nigaude », disait Baudelaire ! Oh oui !
    3-
    Aux chers « Francs-Tireurs » de T.Q. hier soir, la jolie haïtienne, liseuse de bulletins de nouvelles, Michaël Jean de la SRC. Dutrizac, avec ses airs d’effronté de service » et Richard Martineau, avec sa voix de fausset hélas, aux commandes. On y cause « hommes battus ». Des témoins, militants de « la cause des mâles » démontrent que ça existe et plus souvent qu’on pense !
    Gageons qu’il s’agit de violence morale, de harcèlement verbal. Ma foi, c’est certain. Pourquoi seuls les hommes seraient de foutus accableurs dans les couples qui fonctionnent mal ? Martineau mitraille la belle Jean —il excelle dans ce sport— elle répond du tac au tac, brillante. Hélas, elle trimbale un accent parigot plus accentué encore qu’à Paris ! Elle ne sort certainement pas des ghettos des démunis de l’île misérable. Pas de question là-dessus par Martineau juste taquin.
    Je me suis souvenu de son reportage-enquête (la question-Noirs) quand elle vint questionner les artisans de CJMS un jour. Je l’avais taquinée lui disant : « Vous manquez hélas de crédibilité, étant une Noire, vous êtes mal placée pour sembler vraiment « neutre » et jouer l’ arbitre impartial sur le sujet de la tolérance. » Verrait-on un reporter Blanc questionner les Africains chez Mugabe : « Nous aimez-vous vraiment ? Détestez-vous les Blancs ? » Mais j’avais envie de badiner. Michaële Jean le prit fort mal et me battit froid.
    Son conjoint, le cinéaste documentariste, Lafond, fit, avec elle, un formidable reportage sur Haïti. Un des pauvres gamins interviewés me frappa… droit au cœur. Son visage si triste, où brillait une intelligence évidente, une gravité d’adulte, tourmenté profondément, me rendit songeur pendant, non pas des jours, mais des semaines et même des mois. Comment l’aider ? J’avais voulu lui demander l’adresse de ce jeune enfant si lumineux et si perdu. Folie ! Je finis par me raisonner. À quoi bon tenter d’aider un seul garçon quand ils sont sans doute des centaines de milliers à vivoter dans ces conditions funestes ! N’empêche, parfois, je revois encore ce jeune et si beau visage, effrayant, où l’on pouvait lire une détresse…incommensurable. Tous ne peuvent fuir à l’étranger comme notre « parisienne » lectrice de nouvelles ou comme mon ami Dany Laferrière.
    4-
    J’imagine déjà la foule de nos admirateurs, samedi matin, rue Berri, au Terminus, quand nous partirons, les écrivains de Monrial, pour Gatineau- Hull. Quel déchirement ça va être. J’imagine aussi la foule à Hull Gatineau nous voyant arriver. Mon Dieu, je crains l’émeute. La promotion pour les auteurs est tellement riche ! C’est un million et demi (1,500,000 $) de dollars cette publicité, cette visibilité, aux romanciers.
    Merde, qu’est-ce que je raconte ?
    Je me mélange avec les publicitaires politicards de « Groupaction ». « Mon » ministre, à Ottawa, de la culture, Sheila-la-Cop, crache cet argent (1,650,000 $) pour la visibilité du « Oh Canada ! », et du drapeau rouge, dans tous les festivals du Québec. C’est à Québec qu’il faut diluer le fleurdelisé qui rend malade les fédérats ! « Groupaction » retourne à la caisse électorale du parti (Libéral) la fabuleuse somme de 112, 162 $ ! Pauvres éditeurs, ils comprennent rien. Je vais expliquer le business à Victor-Lévy samedi à Gatineau. Lui dire entre quat’zieux : « Tu verses 50,000 tomates « chez la Cop », et tu recevras 1,650,000 de dollars (de pistoles !) de contrats pour tes Éditions Trois-Pistoles. C’est bin clair, non ? Facile ! Il suffisait d’y penser.
    Cette énorme magouille publicitaire donne envie de vomir et fait tomber à terre les culottes du successeur de Gagliano, Don (donald duck ?) Boudria ! Jouant le surpris, il bégaie qu’il va mener une enquête ! La farce ! Il s’agit de l’argent public monsieur Jean Brault, fondateur de « Groupaction-politik ». Des argents gagnés à la sueur des fronts des travailleurs. Trois contrats se signent (1997-1998-1999), donc trois rapports sont livrés (à un demi-million chacun) avec « mode d’emploi » pour déployer l’unifolié partout au Québec, trois fois à peu près le « même mode d’emploi », avec des petites variantes.
    4-
    Reparlons des amateurs de complot. Sauce Oliver Stone. Il y Internet où chacun peut halluciner et capoter en « légendes urbaines ». Il y a maintenant un bouquin : « L’effroyable imposture », où un certain Thierry Meyssan veut nous convaincre qu’aucun avion de kamikazes a foncé dans le Pentagone. Eh b’en… Le journal Le Monde avance que ce n’est que bobard genre Internet dévoyé. Le Thierry est fâché noir.
    Face à un autre Thierry, celui qui a un terrible accent « mondain parigot », Ardisson, il rétorque qu’il a ses source sûres et que la politique étrangère des USA est sans plus aucune crédibilité. Là, il chasse de travers. On sait bien que la politique étrangère des USA est farci de propagande, c’est connu aujourd’hui, mais ce fait a n’a plus rien à voir avec l’avion sur le Pentagone ! Ça fait vendre de la copie, tout ça. À suivre…quoi !
    Pierre Laporte, je le tiens d’une source pure, fut égorgé par un mafieux se glissant rue Armstrong, à Saint-Hubert ! Robert Bourassa fut empoisonné par un ami de Daniel Johson junior. René Lévesque a été assommé et puis assassiné par Claude Morin qui craignait la révélation d’autres secrets de la GRC. En voulez-vous des « complots » Vive le Net ! Vive la liberté !
    Sur Internet, un abonné répand qu’il y a sur tous les avions modernes, et ce, depuis les premiers détournements célèbres, un bouton de sécurité. Si un pilote se croit en danger, il n’a qu’ à écraser ce bouton caché et l’avion devient téléguidé, automatiquement, à partir de son aéroport de départ. Ouen ! L’internaute conclue : « mensonges ces Saoudiens s’emparant du pilotage !
    Hen, hen qu’en pensez-vous ? On souhaite vous voir conclure : « c’était donc tout planifié, accepté ! Les dirigeants politiques des USA savaient tout sur ces kamikazes et voulaient que les Tours jumelles se fassent démolir ! »
    Bonne nuit, allez-vous coucher les petits enfants, notre noir conte du vilain bonhomme Perrault-2002 est terminé, cui cui cui !
    5-
    Assez des folies : Lysiane Gagnon est une importante conseillère (clandestine) de John Charest. Ma source ? Son article de fédérate crasse ce matin. Hypocrite, elle raconte les noirs desseins de Landry et comment John, malin, les a appréciés. Il refuse de faire l’ »union face à Ottawa. « Le rapport Séguin, c’est une astuce parizeauiste » dit-il. Ottawa ne nous doit pas une cenne de péréquation, ni à nous ni aux autres provinces. Dumont est un innocent, Joe Clark, un autre. La Gagnon termine son devoir « desmaraisien », à la sauce Power Corp-Gesca, disant qu’on est tous, les Québécois du Bloc comme les gens qui votent « oui », (60 % de ses lecteurs, tiens !), un petit des caniche (sic) et ses amis fédérats, un gros doberman (sic). Beau mépris du lectorat de La Presse , non ?
    Air-Canada vient d’autoriser un écrivain, maudit par l’Iran, à voler sous ses ailes ! Jaques Chirac, a fustigé jadis le romancier insulteur du Coran, Salman Rushdie. J’étais, moi aussi,
    furieusement contre son livre où il parodiait grossièrement une des trois grandes religions monothéistes, la musulmane. Trop facile de faire de Jésus un pédé, un prédateur sexuel ou un pédophile…et quoi encore. Trop facile de faire d’Abraham ou Moïse, un con fini, un illuminé titubant sous l’alcool, fornicateur déchaîné et aliéné mental. Ces élucubrations de carabin ignare (livres ou films) n’excitent que les désaxés. Les badauds infantiles. Même athée, ce que je ne suis pas, je n’approuverais jamais ces contes folichons pour titiller les déboussolés. Jamais. On doit un respect minimum pour les fidèles juifs, chrétiens ou mahométans. Ce bourgeois londonien, Rushdie, mondain devenu récemment manhattanien, a couru après ses déboires, Qu’ils s‘achèvent, je veux bien. Il a payé assez cher, guetté par des gardiens, craignant sans cesse le meurtre. . .
    6-
    C’est qui ça « Gambling Inc » ? C’est une part de notre gouvernement.
    Loto-Québec apporte sa belle part de fric au fisc.
    Alors, on se ferme les yeux sur Gambling Inc. Et on répète comme mantra : argent qui contribue aux hôpitaux et aux écoles. Argent bien sale ! Bientôt ces revenus honteux vont dépasser les taxes sur l’essence, est-ce assez dire les profits sur un vice encouragé, vanté aux télés ? Un prof d’université (en travail social), à Hull, Amnon Suissa, l’affirme. Il ajoute qu’il y aura très bientôt un million (c’est dans le 700,000 à ce jour ) de Canadiens en « addicts », compulsifs quoi, au vice du jeu.
    Les lignes du 1-800-SOS-JEUX vont rougir !
    Ainsi nos élus, se taisant tous, sont des complice de méfaits graves. Sont des hors-la-loi. Ils contribuent volontiers à la détérioration de la santé publique. La prison pour ces innocents ? Mais oui. Pour « refus de secourir personne en danger », c’est dans le code !C’est un de leurs plus grands devoirs de la protéger.
    À Hull, où je m’en vais samedi, on annonce 1,100 places nouvelles de stationnement au parc Leamy. Rigolard, le relationniste s’exclame : « Que voulez-vous, on est les victimes (!) de notre succès ! » Très enrageant !
    Le remuant boss, Gaétan Frigon (ex-patron efficace des alcools-Québec), servile serviteur de « Gambling Inc-Québec » ose dire que « c’est un malentendu de le voir en mandataire pour rendre le vice du jeu plus acceptable ».
    Coups de pied au cul qui se perdent !
    Loto-Québec vient de cracher 200 millions de notre argent public pour des machines VLT’S, machines (sépulcres blanchis !) avec clignotants pour avertir « charitablement » certains joueurs qu’ils exagèrent. Un fait têtu :il y aura PLUSSE de machines-one-arm-bandits. Bandits de l’État !
    7-
    Mon camarade en écritures, Daniel Gagnon, signe un très beau papier sur Rio, mort il y a peu. Le fils retrouvé bien tard, Yann, fait publier, lui, sa drôle de lettre lue aux obsèques. Il parle d’absence et de silence…Oh que j’admire le peintre, oh que je méprise l’homme. Comme j’ai méprisé l’homme-Picasso, et admiré son art. Comme je méprise les parents des « Enfants du Refus global », tel que racontés, montrés, dans l’émouvant et très dérangeant, troublant, film, de Manon Barbeau, la fille de l’automatiste Marcel Barbeau. Elle aussi signe un bel article (tout cela dans Le Devoir de ce matin) sur le génie né rue de Lorimier en 1923.
    J’y reviens, Nadeau photographe : deux autre grandes preuves. Une sur une vitrine rue Bernard où il y eu tuerie récemment et une autre, Riopelle encore. Oui, un génie dans son métier, ce Jacques Nadeau.
    À « Campus », à TV-5, le photogénique Guillaume Durand, a présenté Janine Mossuz-Lavau (sociologue)n et son livre enquête : « Vie sexuelle en France ».1- Fin de la femme passive. Elle veut prendre son plaisir comme l’homme. Si insatisfaite, divorce. Seigneur, dans mon jeune temps, toute la paroisse serait allée en divorce ! 2-La virginité ? Une bagatelle. Un petit moment désagréable à passer. Jadis : pucelage féminin précieux comme la prunelle de yeux. 3- Désormais, pour les femmes aussi : l’amour et la pratique sexuelle, deux choses. Fin du romantisme ? Je le regrette. « Que vaut la sexualité s’il n’y a pas les sentiments ? » J’allais répétant cela à la SRC, jadis, juste pour faire enrager certains sexoliques de mes entourages. Un jour, un de ces maquereaux me rétorqua : « Que valent les sentiments sans la sexualité ? » On a ri. Puis : « Ça existe, sais-tu. Oui, il y a des amours qui patientent, d’autres, sages, qui subliment. » Les deux ensemble, c’est le vrai bonheur. Je le sais. Beaucoup de matamores du sexe font mine de l’ignorer et mange de cette mince galette faute de bon pain. 4- Les femmes draguent désormais parfois. Et pourquoi pas en effet ? 5- Et les préservatifs ? Avant de former un couple, le jeune l’utilise volontiers, par prudence. Mon Dieu, oser acheter un capote en 1950. Que pensera le pharmacien ! On préférait le « retrait ».
    Justement le livre dit que la pilule est encore vue comme un contrainte et qu’on préfère le « retrait ». Ah b’en flaille bine !
    Back to…6- La partouze, l’échangisme quoi, progresserait. Là-dessus, mon opinion ne changera jamais : pis aller lamentable pour des couples qui éprouvent de l’attachement mais qui ne s’aiment plus d’amour. Ça vient de finir.
    Conclusion de son enquête : les femmes veulent l’amour et consentent aux jeux du désir, faute de mieux. Les hommes veulent du désir et consentent à s’embrigader dans l’amour. Si elle le dit l’enquêteuse-sociologue. Combien sommes-nous, hommes, à vouloir les deux ? Je refuse de me croire exceptionnel. Je refuse.
    8-
    Pas loin d’ici, pas à Tel-Aviv, à Brossard, un type signe une lettre ouverte dans The Gazette. Il refuse l’Israël belliciste de Sharon et Cie. Ce Abdul Malek de Brossard, ça ne tarde pas, se fait vandaliser. Jet de balles de golf, vitre fracassée ! Rôdeurs intimidants, la nuit. Ses voisins jouent aux vigiles par sympathie.
    Une voisine a pris les numéros de plaques d’une voiture suspect dans le quartier. La police l’a noté. M. Malek dit vouloir discuter par lettres ouvertes, à visage découvert et n’en revient pas de ces balles de golf. Diable ! Avec mon ancienne monomanie de lettrouvertisme (avant mon journal qui a tari cet exutoire), je prenais des risques ? J’ai toujours pensé que la violence est l’arme de ceux qui ne savent ni parler, ni penser, ni écrire.
    Bon, les servantes, les bonnes, l’ex- nanny, se mettent à l’écriture. Pas nouveau quand l’ex bon maître se nomme Marlon Brando. Pour le fric. Cette fois, non. Il s’agit d’« employées de maison » comme dit l’Europe, le « New-York Times » raconte : « The Nanny Diaries » (du journal ?), c’est les récits glanés quand deux « servantes » travaillèrent dans une trentaine de maisons huppées de New-York, cela dans les années ’90. On va faire un film de ces historiettes de deux gouvernantes indiscrètes. Cela irait des comportements sexuels des « patronnes oisives » jusqu’à leurs obsessions pour les chaussures. Des dames de la haute crient déjà au scandale. Résultat : les agences de domestiques font signer une clause au contrat, « défense de divulguer, après emploi, quoi que ce soit. Sinon menaces de poursuites judiciaires.
    Restons au domaine…du livre. Il y a une « Corporation » —né comment, fondée par qui ? — il y aura un gala du livre —malgré les refus de gros éditeurs de participer— pas de gala genre « Gémeaux » ou « Masque ». Une « Fête du livre » à 17 heure au Capitole de Québec et diffusion, avec numéros de « variétés », à 19 h et demi, sur Télé-Québec, ce 23 avril. Animation la mignonne Sophie Durocher. Pixcom signera le show.
    Il y a 90 jurés (anonymes), des pairs, qui ont fait un premier tri. Ensuite vient la votation sur ces finalistes par 150 écrivains et 150 libraires, éditeurs, bibliothécaires. 300 votes pour 29 prix dont 18 pour « la littérature », il y en a pour la promotion, la distribution etc. Prix baptisés « Odyssée ». Aussi un « prix spécial » à Tremblay pour l’ensemble de son œuvre.
    Finalistes : Michel Tremblay, Nelly Arcand, Serge Kokis, Nancy Houston, Dominique Demers etc. J’y suis pas ! Calmez-vous mes fans !Ça continue, ma guigne, dès l’école jamais de médaille, jamais d’images, aucun prix. J’y pense mon Lanctôt fait partie des déserteurs et n’a donc pas soumis mon « Enfant de Villeray ». Et alors, adieu trophée, misère humaine !Tant pis pour moi !
    Une certaine grogne : « tous ne connaissent pas bien certaines catégories ». Alertée, Lise Oligny, directrice de cette mystérieuse « Corporation », corrigera l’an prochain. Il y a aura désormais jury spécialisé selon chaque catégorie. Mon opinion ? il n’y aura jamais assez de visibilité pour le monde les écrivants.
    Les boudeurs, dont le riche « Boréal », disent à la ministre en culture : gaspillage, foin d’un gala, futile, vain, qui n’aidera en rien les écrivains, vraiment inutile. Donnez plutôt tout cet argent précieux pour subventionner nos manuscrits qui attendent une sortie !
    9-
    Riopelle a vécu, un certain temps dans les Hamptons de Long Island, voisins de Manhattan. On a tenté (Pierre Matisse et Cie) de le mousser. Le milieu le bouda avec ostentation.
    Il y avait un Riopelle à New-York :Jackson Pollock. Son jumeau vraiment. Même énergie étonnante. Une vedette internationale ! Et les États-Unis, enfin sur la carte de la peinture moderne depuis l’après-guerre craignait la montée d’un autre européen, car, Riopelle, pour ces chauvins, c’était encore la maudite École de Paris qui, à leurs yeux, avait assez écrasé (un siècle !) l’Univers de la peinture depuis Manet, Monet et Cie. Un grand complexe d’infériorité enfin se défaisait. Il y avait désormais de forts talents modernes, c’était la vérité.
    Riopelle ? « Qu’il retourne à Paris »… où, ironie, on le traitait d’« américain » ! Il ne récolta que de très mauvaises critiques. « Un talent mineur ». Il y retourna en France. Richard Hétu racontait un peu ces déboires dans La Presse. Il a ajouté que son histoire d’amour catastrophique avec l’Américaine Joan Mitchell, sa maîtresse écrasée, lui aurait nui.

    Le mercredi 20 mars 2002

    Le mercredi 20 mars 2002
    alias « à cœur de jour »
    1-
    Neige de nouveau. Demain le printemps ! Eh ! Je reviens de l’École h. beau choix. Aile me gronde. Je dis : « Ah, tant pis pour toi, endure, tu veux vivre sous le même toit qu’un homme, bin, endure ! » J’ai pas pris soin des petits baquets des plats préparés et les sauces sont sorties des baquets ! Quoi, un homme c’est ça. Pas soigneux. « Tu veux vivre… » Bang ! Elle rit ! Ce midi, le camion « micro-ondes » de TVA at home ! Aux aurores la petite mère Cazin insistait : « Venez à « Dans la mire », il le faut. Venez… » Non, et non. Alors, elle dit : « bon, on va vous envoyer le « micro-ondes ». Il est venu.
    Quelques minutes de polémique. Ça bardait. Histoire du papa sikh qui tient à son jeune ado allant à l’école (à Ville La Salle) avec son mini-sabre, le sirpan, symbole religieux. Non mais… L’école le refuse. On lui paye des cours chez lui, en attendant le verdict final. Enragé, raciste à sa manière, unilingue anglais après 30 ans de vie ici (oh, ghetto maudit !) Le bonhomme, Balvir Multani, se prend un avocat ($$$) Julius Grey et songe à foncer vers les cours de justice et jusqu’à Ottawa s’il le faut. Le con !L’imbécile. Il nuit à l’épanouissement du jeune élève.
    Quelle sottise de marginaliser un enfant. J’ai crié presque : « À Rome fais comme les Romains ! Au Québec comme les Québécois ! » Il aurait dit ce prof d’anglais imperméable au laïcisme des écoles d’ici (hum…relatif ) : « On va s’en aller en Ontario où l’on est plus tolérant! » J’ai gueulé : « Qu’ il parte et au plus vite, qu’il débarrasse la place ! » Un des invités a sorti la maudite « Chartre.. », liberté de culte et gnagnagna…J’ai articulé : « Je hais les chartres où il n’y a aucun devoirs que des droits. »
    Ces chartres (à droits seulement) émiettent les sociétés, activent la foire aux victimes et veulent ignorer… nation, culture nationale, peuple, société organisée. Quand on se choisit une nouvelle patrie, on s’adapte à ce pays. Ce que je ferais m’exilant à Madrid ou à Berlin. Point final. Assez de cette tolérance des mous, du racisme inverti qui ferait qu’on s’écraserait sans cesse devant « la visiter » en se niant ! Ouf ! Le « micro-ondes » motorisé est reparti avec ses deux « chefs » qui m’approuvèrent à 100% Reçus des messages : tous d’accord sauf une Claudette qui n’a, elle, aucune pitié pour cet enfant enrégimenté par des idiots aveugles. Elle prétend que cet enfant balotté, il est mort de rire (Sottise claudettienne !) —pauvre jeune ado qui se fait manipuler par ce coco, enfant à qui on refuse le normal besoin, grégaire, de ressembler le plus possible à ses compagnons d’école et de quartier. Une horreur !
    Julius Grey qui est brillant préfère ramasser du fric au lieu de raisonner son client, ce Multani, un prof d’anglais, Québécois (qu’il dit !) depuis 30 ans et ne disant pas un seul mot de français à la télé.
    Racisme cela. J’ai dit. .
    2-
    TVA roulant dans une nouvelle neige martienne, j’ai visionné les « retailles » (d’hostie jasminienne !) de cette biographie du Canal D. Amusant de constater ( stock coupé pour le montage final) des « témoins » de Germain qui disent des choses renversantes. Paul Arcand : « Il est très envahissant, je l’aime mais ne le voudrais pas pour voisin. » Oh ! Il me connaît bien mal. Mes voisins le lui diraient. C’est un exemple. Un autre : « Sa Raymonde le contrôle complètement ! » Alors là, c’est Aille qui rigole, elle qui a tant de mal à m’élever ! Je me suis bien amusé. André Dubois…lui, je vais lui tirer les oreilles. Sa surprise quand il apprendra que j’ai tout vu de son intervention ! Tout.
    Quand à mon amie Françoise Faucher, c’est une femme de très haute qualité. Son témoignage (sans les coupures) est extrêmement touchant. Je vais la remercier chaudement, par écrit. Quelle chance de l’avoir comme admiratrice et amie. Répétons-le, un tableau de génie vu par un crétin devient un tableau de crétin …(Et vice-versa ?) Faites-vous voir, connaître par des gens de valeur, ça agrandit ! Fuyez les cons, ils vous rapetissent.
    A vu (magnéto béni) le Riopelle de René Houde télédiffusé il y a peu. C’est comme les ouvrages de Rio, chasseur supérieur (Breton dixit) une sorte de vitrail, de mosaïque. C’est bien fait. Rythmé. Le réalisateur d’ « Omerta » sait faire vivre des images.
    Mais pour le récit de vie explicatif, linéaire, chronologique, là, c’était guère satisfaisant. Fort kaléidoscope, furibond, excitant (oui, du Riopelle) cependant. Entraînant.
    Vu aussi (magnéto très béni) un autre épisode
    d’ « Asbestos ». Du bon boulot de Melançon. Costumes excellents, lumières bien faites, mise en scène classique certes. L’histoire de cette grève historique m’importe énormément. Louise Cousineau de La Presse n’avait pas apprécié, publiait-elle. Avait-elle vu plusieurs épisodes ou un seul ? Ah !
    3-
    Oh le beau plaisir soudain ! « Purolator » sonne ! Une boîte de carton. J’ouvre vite. 25 magnifiques copies fraîches sorties de l’imprimeur (Veilleux de Boucherville). C’est mon « Écrire, pour l’argent et la gloire ». Belle couverture, belles couleurs, belle typo, belle reproduction en couleurs de mon Don Quichottte, mes envolées lyrique en italiques. D’habitude, désormais, je reste calme face à une nouvelle ponte, mais voilà que je retombe en… jeunesse, —Aile pas moins excitée que moi— c’est comme mon « premier livre », à mon grand âge ! Ému, je téléphone aussitôt au responsable de ma joie, le camarade écrivain et éditeur Victor-Lévy Beaulieu et je lui dis ma fierté, mon bonheur, mon enthousiasme. Presque deux cent pages…et qui vont « emmerder » à fond certains pignoufs des médias et du monde littéraire ! Mais je n’ai plus rien à perdre, c’est Don Quichotte qui vous le dit. Ce sera le silence compact sur mon « Écrire », tactique connue, ou bien les horions féroces. Je suis prêt aux deux attitudes. Victor en est bien content lui aussi. Il me rappelle d’ être à Hull pour leur Salon du livre, dès samedi à midi sans faute. J’y serai et fier de notre « joli » bouquin contenant de bien « laides » réalités littéraires, des aveux, des émotions vécues. Pas mal de franchise aussi, trop ?, conduisant encore à des polémiques nouvelles. On ne se refait pas.

    Le mardi 19 mars 2002

    Le mardi 19 mars 2002
    À CŒUR OUVERT (J.N.)
    1-
    Sous ce ciel laiteux, marche chez le barbier Lessard du bas de la côte. Jasette rituelle. Depuis toujours ces barbiers jaseurs, non ?
    Je me souviens encore, quand j’ai habité le 551 rue Cherrier de celui de la rue Roy. Oh, le fameux bavard ! Les frères Lessard sont plus…réservés. Il faut les mettre sur une piste. Et si un sujet lancé ne les captive pas, c’est des « hum, hum… » quasi mutiques. Rue Roy, il y avait aussi Lapointe une petite épicerie (Lapointe), utile aux brèves rencontres entre « bohémiens » de ce coin du Plateau. Aussi un merveilleux jeune artisan en cordonnerie. Affable, aimable, jaseur. Ce coin de la ville me ramenait au temps de ma paroisse (Sainte-Cécile ), au temps des nombreux petits marchands et qui causaient. Au Club Price, chez Costco ou au Réno-Dépôt, il ne doit y avoir rien de bien chaleureux ! Ici, j’aime bien les taquineries du bonhomme Théoret à sa quincaillerie (railleries fécondes !). Jadis, ici, deux boucheries-épiceries à deux coins de rue. S’amena le centre commercial et le gros Métro et la fermeture de ces magasins…et la fin des jasettes familières ! Hélas !
    Hier matin, mon topo livré à LCN de TVA sur « mon » Riopelle où j’ai joué un brin le Jean Yanne irrévérencieux du film « Tout le monde il est beau… », livré aussi, à la SRC, mon 45 m. de bavardage avec Pierre Nadeau, Aile accepte la remontée dans la tempête ! Oh la la ! Ça tombait. Tas de voitures dans les fossés ! Police et remorqueuses ! Peur ! On a roulé à 60 km. Durée du retour : deux heures !
    Ce matin, tôt, Daniel Séguin, de la radio de Hull, un ex-camarade du temps de CJMS. « Pis, Jasmin, ces funérailles ? »
    J’étais avec Nadeau et n’ai pu y assister. Je me livre encore un brin au portrait d’un génie indiscutable mais qui a écrasé bien du monde autour ! Séguin : « Comment ça se fait donc ça, si doué et si moche comme humain ? » Ne sais jamais trop comment expliquer ce qui m’accable, me hante. Il y a eu le peintre de génie Renoir. Excellent père, excellent citoyen et pas moins génial pour cette… bonne conduite. Rien du débauché ou de l’alcoolique, rien. Un exemple. Rare. Chez Maisonneuve (bien mauvais questionneur cette fois) une ex-épouse de Rio, Françoise, disait : « un grand anxieux, un angoissé terrible, Jean-Paul… » Eh ! En effet, j’en ai connu, les ivrognes irresponsables du milieu des arts, souvent, sont des âmes en peine. Taraudées par l’idée de mort. Ces ouvrages inoubliables, n’empêche, s’installent sur des vies gâchées : femmes, enfants, compagnes. La belle et jeune « Joan » séduite, a enduré la misogynie terrifiante du collectionneur de bagnoles italiennes et s’est fait écraser complètement. C’était une jeune peintre prometteuse.
    Quoi ?
    « Rien de bon ne pousse à l’ombre d’un grand arbre.» Le jeune sculpteur Gonzalès, gloire espagnole, refusait d’étudier chez « le grand arbre » Rodin. En disant cela. Avec raison.
    2-
    Légère déception de cet entretien-radio (pour l’été qui vient) avec Nadeau, hier matin. Ma lassitude de voir le dossier préparé avec, toujours, les mêmes questions. Les mêmes sujets : les juifs Hassisim, les auteurs homos en ghetto, les émigrants que l’on transforme (sauce multiculs) en refuseurs d’intégration. Etc.
    J’aurais souhaité un Nadeau plus candide, qui se questionne sur « qui est au juste » le romancier assis devant lui, selon sa perception personnelle, ses interprétations à lui, non pas selon le sommaire convenu des vieilles querelles de « la grande gueule ». Les recherchistes compulsent un « dossier de presse » et cela amène le rituel répétitif des anciennes chicanes publicisées.
    Sortant de ce studio 19, —Aile m’avait envoyé un mémo : « aller ramasser les « retailles » de cette « biographie » du Canal D, au Carré Saint-Louis— je file chez Béliveau Inc. Me voilà, revenu au chalet, visionnant, ces restes de bobines, ces « chutes », ces coupures, ces « censures » ? Regrets de certaines coupures de la réalisatrice Boudin et je boude ? Aile, réaliste, intelligente : « Tais toi donc Cloclo, ils avaient une heure d’écran, pas un jour. » Vrai. Je la ferme et bouffe ces excellents beignets frais du jour « quéris » plus tôt au magasin de « l’école hospitalière ».
    Ensuite, autre épisode de « La vie, la vie », toujours cette excellente manière (Séguin-Bourguignon), comme « sans y toucher » d’illustrer l’existence de jeunes gens en quête d’une vie pas trop plate. Aile, ravie, est folle de cette série !Elle nous a trouvé, hier, ce « Mausolée des amants » du Guibert désaxé. C’est un journal ! AH ! Je m’y jetterai. Elle (Aile) n’a pu trouver dans deux librairies (le gros « Renaud-Bray » et la petite « Hermès ») une seule copie de ce « Iguane » de Thériault que Martel a porté aux nues samedi ! C’est merveilleux ces libraires et ces distributeurs de nos romans ! Une honte oui !
    3-
    Visite chez monsieur le directeur de Publicor-Livres, Jacques Simard, en face de chez moi. « Ah! J’allais te téléphone, j’ai ta « Rachèle (Rach-Aile !) au pied de la Trappe d’Oka ». Claude, j’ai beaucoup aimé ton « échantillon » pour un livre érotique. Quel style ! Rien à voir avec notre collection qui est du « hard » mais je veux le publier. Bouge pas, je te sors un contrat. » Je n’avais pas encore petit-déjeuner, je refuse de signer illico. Je lui dis de m’envoyer cela par la poste. Il note l’adresse de Sainte-Adèle fébrilement.
    Pas certain du tout de signer avec lui. Simard m’avait tenté en me parlant de ses formidables nouveaux « contacts » en France, d’un réseau fonctionnel pour ses ouvrages érotiques. Mais… par ses propos, il m’a fait comprendre, sans le vouloir, que si ça marchait bien là-bas c’était de la quasi-porno. Oh ! Pas mon rayon du tout les salaceries infantiles. Il dit admirer mon style ? Bien. D’autres éditeurs estiment mon style et je choisirai la bonne maison. Pas envie qu’il me dise : « On va pilonner ton livre, ça n’était pas dans les goûts de mes cochons de liseurs ! » Oh non, la rapide mise en charpie de mes romans, ça suffit comme ça !
    4-
    À propos de la France et de journal : je retire mes propos sur « Chienne d’année. 1995 » de Françoise Giroux. C’est bon, C’est du vrai journal. Elle délaisse les « actualités seulement », au bout de quelques entrées. Il y a ses rencontres, ses dîners, ses appels de téléphone, sa coiffeuse (jasette de barbier?). Étant donné son statut, on découvre des tas de propos intéressants, des opinions pas mal gratinées, pas piquées des vers, avec les sommités du cinéma, des lettres, de la télé, de l’Académie française, eh oui, ou de « son » académie (elle est juré-Goncourt). Je me trompais. Je dévore cela. Vive le journal.
    Aile rentre de ses courses pour son souper car on m’a prévenu hier : « Demain, que des pâtisseries et des soupes ». La démone ! Il n’y avait pas qu’un bon petit rôti à dénicher. Cela la taraudait : son homme doit aller voir un… « doqueteur »!
    Elle me raconte, déçue, indignée, que la clinique d’ici ne prend plus personne, que le CLSC… pas davantage. Elle enrage. Ministre Legault, au secours ! On lui parle d’une clinique —mais anglophone— à Saint-Sauveur où peut-être prendrait-on pour « un bilan de santé » son grand héros ! « Je vais vérifier cela. ». J’ai peur des médecins. J’ai peur de savoir qu’un mal caché me tue tout lentement ! Je dis : « Pas de doqueteur bloke, il pourrait me faire une injection anti-indépendantiste ! Je rigole !
    Aile quitte mon gros fauteuil noir, très soucieuse. Deux minutes et la revoilà ! Pas moyen de tenir mon journal tranquille. « Cloclo ? Bingo pour Saint-Sauveur ! Il parle français, il va te recevoir début avril ». Visage radieux. Ça fait des années qu’Aile veut me voir jeter du sang et de l’urine chez un toubib ! Merde !
    En zappant hier soir, on tombe sur…un clip ? « Michael Jackson’ ghosts », musique enlevante, ambiance d’apocalypse. Étonnant , épatant ! Du Jean Cocteau… moderniste, très amélioré. Infographie manipulatrice, effets spéciaux. Des monstres affreux rampent, silhouettes déformées, visages d’épouvante, grouillement infernal.
    Sans cesse, astuce efficace, classique, on voit des quidams(hommes, femmes, enfants atterrés) qui voient comme nous, « l’invoyable », « l’irregardable ». Technique utile pour de l’identification. C’est amusant. On aime avoir peur pour rire !
    5-
    Cette Marie-Claude Lavalée, susurreuse, sorcière délicate, joue les confesseurs à la télé de RDI. Face au jeune héros de « La vie, la vie », Patrick Labbé, la volà toute chavirée, l’acteur est réservé, modeste, pudique, gêné de parler de lui. Qu’à cela ne tienne, la questionneuse roucoule, rassure, enfile trois paires de gants et vous le triture avec des sourires de chirurgien qui vous arracherait sans douleur le fond de l’âme. Je rigole ! Labbé finira par livrer deux ou trois bribes de sa chair intime et à la fin, voilà Lavallée tout mielleuse, chatte se pourléchant les babines, satisfaite, bienheureuse , l’air de dire à son patient; « Vous voyez, c’est fini, ça n’a pas trop fait mal, pas vrai. Infirmière ! Par ici, la sortie ! C’est à mourir de rire !
    6-
    Deux attaques « de file » sur la Bombardier. Non mais…d’où peut venir cette haine ? Péan dans La Presse de dimanche tirait raide. Ce matin, Desautels (ou Deshôtels ?) du Devoir. On sembler détester à fond sa série de « propos et confidences » à la SRC : « Parlons des hommes, parlons des femmes ». Mais quoi, femme d’opinion, je devrais donc bien comprendre qu’elle a pu accumuler les adversaires. Parfois, selon le calibre de son confessé, c’est moche, parfois c’est fort bien mené. Jim Corcoran, par exemple, dimanche dernier a livré avec grande franchise sa relation bizarre avec les femmes. Fort instructif. Le chanteur si sympathique fut longtemps une sorte de mystique —il a fait du couvent, songeant sérieusement à la vie religieuse. Non, bien franchement , l’idée de causer « amours » n’est pas mauvaise du tout.
    7-
    J’y reviens : F. Giroux (« Chienne d’année ») se dit embarrassée par toutes ses interviews où on lui ramène toujours les mêmes questions auxquelles, forcément, elle donne les mêmes réponses et dit qu’elle se sent chaque fois le perroquet d’elle-même. Si vrai ! Ainsi,. Une fois de plus, avec Nadeau qui me questionne sur « comment je suis passé de décorateur à romancier. Il me semble que j’ai raconté cela cent fois. Au moins. J’avais comme honte de m’entendre répéter : la grève à Radio-Canada en 1959, premier essai…raconter mon enfance… « Et puis tout est silence »… Le prix du Cercle du Livre de Tisseyre…Etc. »
    8-
    La farce de l’année ? John Charest se scandalisant du favoritisme politique actuel. Chemise déchirée, demandant une enquête publique. Non mais. .. Quel sépulcre blanchi ! Menteur et effronté hypocrite ! Il sait tout là-dessus, tout et depuis très longtemps. Avant même son séjour à Ottawa avec les Bouchard et Mulroney. C’est prendre les citoyens pour des imbéciles. Nous avons, nous, cochons de payeurs d’impôts et de taxes, le droit de nous scandaliser. Pas lui ! Pas lui !
    Il y a longtemps que j’observe son travail. Le dire publiquement, il y a au journal Le Devoir un génie de la photographie. Son nom : Jacques Nadeau. Encore ce matin, fascinant croquis aux funérailles de Riopelle. Arrière-plan, une croix (poteau de signalisation sans écriteau !) en plan moyen, des arbres nus, avant-plan, des endeuillés avec ce « dripping » (riopellien !) fait de neige floconneuse. C’est un talent rare ce Nadeau.
    9-
    Vu à « Sixty minutes », dimanche soir, à la télé américaine (zapping accidentel), le vrai « Nash », prix Nobel, personnifié avec un si fort talent (« oscarisé » bientôt sans doute) par l’acteur Crowe dans « A beautiful mind », un film (pour une fois bien doublé en français) émouvant en diable. Internet qui fouille tout révélait : le grand génie aurait été un sale antisémite, aurait fait un enfant bâtard et fut homosexuel actif souvent. Ça jase dans les chaumières des amerloques. Fascinant et, à la fois, insatisfaisant reportage. L’épouse qui nie tout bien entendu. Insinuations reprises partout. « L’humanité entière, vivra un jour dans du verre » prophétisait mystérieusement Teilhard de Chardin, le savant aux visions paléanthropiennes.
    10-
    L’édénique romancier de Paris, Ouellebec, en fit, sans complexe, à froid, et plutôt chaud sur la situation dégradante, la matière d’un roman. Il y a un gigantesque bordel sur cette terre : la Thaïlande. Deux millions de prostitues, mâles et femelles. Marchandise humaine, bon marché, offerte dans certaines agences de voyages. Tourisme payant. 300,000 mineurs —avec risque…hum… de prison si on vous pince, surtout avec des moins de 13 ans — dans ce lot bi-millionnaire de « à vendre ou à louer ». Les jeunes miséreux qui suent —« cheap labor » pour notre bénéfice— dans manufactures et usines vont vite vers ce pactole.
    11-
    Ce matin, Lysiane Gagnon fait encore son « devoir » de fédérate accomplie. La voilà scandalisée par ces funérailles d’État pour Riopelle. Elle dit :oui, à ces chiards mais seulement pour les anciens premiers ministres. Seuls méritants de ce « traitement officiel » selon elle ! Pauvre Victor Hugo, la Gagnon sévissant à Paris, aurait conspué ses grandioses funérailles. Je pense à moi, j’en veux, moi, Lysiane, des funérailles grandioses. Et malheur à toi, moi mort, si tu brailles contre mon chiard, saudite jalouse, je te tirerai les orteils fédéralistes ! Je ris. De moi.
    12-
    Oh, misère ! J.-P. Gagnon ce matin (mes chères lettres ouvertes) avance qu’un homme, un père à la maison, c’est vital. Il recommande de lire : « Mères-filles :relation à trois », écrit par une analyste et un sociologue (Eliacheff et Heinich). 1-Faux qu’il n’y a que l’ amour maternel, seul fondateur. 2- Le père joue un rôle indispensable —constitution de l’identité pour filles et garçons— oui, un rôle indispensable à l’équilibre d’un enfant. »
    Alors, deux lesbiennes au foyer ? Homoparentalité mise en doute ici. (Mon débat récent chez Liza Frulla.) Et la monoparentalité ?
    Certes, un homme (pas père mais tuteur, oncle, amant responsable, parent mâle dévoué.) doit pouvoir jouer ce rôle de l’homme auprès de (des) la fillette ou du gamin.
    13-
    Rien de plus pénible que le sketch en « sœur volante » par Norman Bratwaith au Gala Métrostar. Obsession du sexe lamentable. La Cousineau qui n’est pas bigote parle d’un four, avec raison. Giroux dans son journa exige que la grossièreté soit légère au moins, et gai. Elle dit que c’est le plus souvent ni gai ni léger.
    À « Campus », à TV-5 le dimanche soir, des auteurs sur la « question sexuelle » parlaient à tour de rôle de leur ponte. Y trépigne un « vieux » gamin, à casquette, qui borborygme des sentences creuses. Il est pour le « déxasage » tous azimuts. Il craint maladivement la censure. Il se plaint que les médias le négligent. Guillaume Durand, brillant animateur toujours débordé, alors, montre un tas d’extraits d’émissions de télé où on voit le zigoto bouffonner tout à soin aise. Il ferme son clapet de geignard un long moment, notre escogriffe déséquilibré. C’est un exhibitionniste maladif.
    On me dit que, jadis, des bourgeois respectables pouvaient aller —en groupe organisé— en asile de la Longue Pointe pour observer les aliénés divers. Un passe-temps dominical pour après la messe, quoi ! Horreur ! De nos jours, il n’y a qu’ à surveiller télé, livres, films…C’est le marché aux fous ! À Campus, un cinéaste documentariste montrait des couples de bons Bretons âgés se livrant à… l’échangisme. S’échangeaient des pénis de platisque (godemichets commerciaux) devant leurs petits-enfants. On les voyaient rire nerveuement. On croit rêver !
    Un peu partout, c’est le cirque des fous. Plus besoin de ces groupes organisés voyeurisant St-Jean de Dieu, le dimanche ! Pratique, non ? La Catherine Millet raconte sa pitoyable psychose. La bourgeoisie parisienne décadente en est ravie.
    Je crains que mon Guibert avec son « Mausolée… » ne livre que ce genre d’exhibitionnisme malsain (je vais savoir) qui a fait saliver de satisfaction « Voir », « Le Devoir » et le Fugère du compère Le Bigot.
    L’autre soir, le sadisme s’installe aux créneaux voyeuristes. On en vient à penser que la normalité (hon, ce mot gênant !) est une anormalité à force… Françoise Giroux dans son journal : un type connu m’écrit qu’il n’y a plus que des émigrants du Maroc dans son bled provincial. Qu’il faut stopper ces envahisseurs. Il raconte qu’il a vu, jeune, de ces Marocains copulant avec des mulets ! Il a voté pour Le Pen ! Voilà un des résultats de l’étalage des déviances sexuelles toutes catégories. De pauvres bougres en deviennent…des fadas ! Panique et racisme aussitôt.
    Je trouve qu’on ne cause pas assez (théâtre, cinéma, livres) sur la bestialité. Vous trouvez pas ? L’inceste ça devient banal, non ? Et il y a la nécrophilie ? Important d’étaler la chose. C’est excitant un déterreur de cadavre encore tiède qui copule sous la lune. C’est très négligé ça aussi. La pédophilie c’est lassant maintenant. Il y en a tant.
    Bien savoir, en tous cas, que plus les désaxés — ou les exploitants commerciaux au fond — iront loin dans leur zêle pour les « anormalités », plus les « braves bougres » vont s’alarmer bientôt, avec appel à l’ordre ultra-droitière, inévitable. À Montréal, à Toronto, comme à Paris ou à Rome. Les conservateurs niais redresseront la tête. La laide censure va s’armer et elle triomphera. La sotte répression, un jour, frappera et n’importe comment comme toujours. Tant pis pour les libéraux déboussolés qui se taisent aujourd’hui devant les lamentables extrémistes du sexe tout croche, leurs zélotes excités. Alors on ne pourra même plus raconter ce doux vieillard noble italien profondément troublé par la beauté irradiante d’un jeune ado : le beau film, « Mort à Venise ». Et ce serait bien regrettable !
    15-
    Je me demandais si à « Dans la mire », à TVA, on avait détesté ou apprécié ma fougue, mes emportements sur :« nos émigrants doivent s’intégrer et le plus tôt possible pour l’épanouissement de leurs enfants, fuir leurs ghettos clos et subventionnés, entretenus. » Eh bien, je crois que oui. On me téléhonait hier, pour revenir chez madame Cazin. Débat à propos de statistriques. Les gens restent racistes, les garçons jeunes en particulier. J’ai refusé, je devais aller jaser chez Pierre Nadeau au même moment. On me réinvitera je suppose.

    Le mercredi 18 septembre 2002

    1-
    Allant à drogues —journaux, magazines et cibiches— je sens plein d’eau dans l’air. J’aime ça. Rivage maritime. Océan en vue ! Plus tard, ça se déverse. Aile chaque fois : »Clo ! Monte vite fermer les fenêtres de la chambre » ! J’ « haguis » ça ! J’y vais docilement. Avant le bain avec mousse (!) —Aile fait couler ce bain trop souvent— coup de fil de Delphis qui le solide compagnon de cette Ladouceur, initiatrice du concert-expo à Saint-Arsène, le lundi 14 octobre. « J’ai déniché un nouvel encadreur, un Italien habile, mécène consentant, c’est à Montréal-Nord. Apportez-lui, au plus tôt, votre paquet d’images. C’est réglé : votre expo sera installée dans l’entrée de l’église à Saint-Arsène. L’arrondissement fournit les cimaises-panneaux et les réflecteurs ».
    Mon Delphis m’inquiète, il devra acheter les vitres ailleurs ! Où mettre les titres, les prix, l’ annonce du généreux donateur ? Il ignore la manière d’un vernissage….et le reste. Je me dis, nerveux, jamais plus de bénévolat. D’œuvre caritative. Trop d’amateurs. Je finis par me calmer mais je devine que l’ « affaire concert-expo » du 14 sera improvisée pas mal. Bof, tant pis ! On n’en meurt pas et puis je serai dans ma chère « petite patrie ».
    J’espère que chez Graveline (l’éditeur) on aura fait les photos des 25 élus et que, mardi midi (après TOUS LES MATINS), je pourrai transborder le « paquet » chez cet encadreur. Une légère angoisse m’habite : peur d’oublier un rendez-vous. Beaulieu qui n’expédie plus les épreuves du tome 1 du journal ! Mystère lourd ! Coup de fil de Monique Miller hier soir : « Claude, ces textes pour le 1er octobre au Centre culturel Frontenac (« Mardi-Fugère »), c’est trop long paraît. Selon l’Uneq. Je coupe ou tu coupes » ? Je dis : « Je te laisse libre. J’ai confiance en toi, Monique ». Paresseux va ! Ce matin, lettre à mon frère Raynald, retraité et peintre à ses heures. Je lui demande un tableau sur un thème de « notre enfance dans ruelle ». Si mon cher cadet fait à mon goût, j’organiserai une édition d’ « Enfant de Villeray » illustré par lui. Car…
    Car, hier, j’ai reçu un appel chaleureux, enthousiaste, de René, un pharmacien beauceron étonnant, amateur de beaux livres, qui a édité entre autres, un joli livre sur les dessins et les textes de ma chère Clémence Desrochers. Il veut absolument un texte et des dessins de moi. J’ai promis de trouver une « géniale » (!) idée pour sa petite maison artisanale. Il était tout content.
    2-
    L’illustre peintre Claude Monet aurait dit avant de mourir : « Je n’ai jamais rien vu de laid dans ma vie » ! Oh ! Ah ! Je le répète, c’est le regard qui change tout. Je le répète : « Un tableau génial regardé par un crétin devient un tableau de crétin ». Inversement, Renoir qui était « un œil de génie » (dixit Cézanne), embellissait donc tout ce qu’il voyait.
    J’ai achevé trois bouquins. 1- Tout frais sorti des presses : « Les silences d’octobre », par Manon Leroux. Un brillant florilège commenté des événements de la Crise d’octobre. Ce fut une plongée captivante dans cette époque haletante, il y a 30 ans ! C’est clair ? Non. Le livre avance que Trudeau hésitait à envoyer ses soldats. Bourassa et Drapeau (en campagne électorale avec manipulation de la peur tel un W. Busch) exigeaient de Trudeau cette…invasion loufoque. Est-ce si vrai ? On disait que Lalonde, le bras droit de PET, se promenait chez Boubou et Drapeau avec la formule à signer. Il fallait, selon la loi, une raison pour ces Mesures de guerre. On a trouvé : « insurrection (ou révolution) appréhendée ». La farce. La rumeur organisée : « Lévesque, Pépin, Ryan et cie, songeaient sérieusement à prendre (un putch !) le pouvoir chancelant. La farce. Un bon livre chez « L’homme ».
    2- J’ai terminé aussi « Mon Afrique » de la reporter (radio publique) Lucie Pagé. On tombe sur le cul., Tout son livre veut réhabiliter les Noirs. Mais…à la fin, deux chapitres démolissent son livre. Maria, sa nounou dévouée, Maria, sa cuisinière bien-aimée, Maria une domestique choyée, une Noire, s’avère être une voleuse sordide (les économies du couple) , aussi ( téléphones de Pagé sur écoute mystérieuse !) une espionne engagée dans une lutte clandestine contre Nelson Mendela, et ses troupes novatrices —amis intimes de l’indo-africain, Jay l’époux-ministre de Lucie Pagé.
    Morale bizarre de « Mon Afrique » : On peut pas se fier aux Noirs. À aucun ? Pagé s’en allait revivre au u.bec avec ses enfants. Jay, le beau ministre —toujours absent du foyer— reste en Afrique-du-Sud. Sa mission passe avant les amours !
    Incroyable cette grasse « bonniche » Noire, bien dégueulasse, qui étudiait « les explosifs pour boites aux lettres ». Ce sera évidemment la stupeur, la police alertée, la prison pour cette « brave et si bonne » Maria la vénérée « gardienne » (armée d’un revolver caché !) des trois enfants de la reporter. Et on ne saura rien, hélas, des résultats de l’enquête sur cette satanée Maria ! Et, avec cette fin « moliéresque » on ne saura rien, hélas, des résultats de l’enquête sur cette satanée Maria ! L’écriture de Pagé sombre souvent dans une inflation verbale scripturaire plutôt insoutenable et dans crises de larmes à répétition et dans les dépressions nerveuses. J’ai été néanmoins très captivé par son récit de vie (10 ans là-bas). On y lit des anecdotes édifiantes sur ce monde politique, aussi sur ce métier de pigiste fragile, jamais encouragé, traité par Radio-Canada (radio) comme « un chien pas de médaille ».
    3-
    J’ai terminé hier soir un récit de vie (10 ans à l’étranger encore) étonnant. « Prisonnier à Bangkok » (« L’Homme », éditeur) de Alain Olivier est un excellent suspense. Normand lester a guidé son auteur. 245 pages renversantes.
    Un petit con venu de Drummondville part travailler —à planter des arbres— en Colombie-Britannique. Il se drogue. Jeune playboy inconscient, hédoniste à gogo sans cervelle, il va se lier avec un bonhomme de son séneau, Glen Barry. Un guide pour touristes amateurs de pêche au saumon. Ma surprise : le livre débute comme finit celui de Pagé : une trahison grave. Plus de trompeuse Maria mais un sale petit « indicateur » de la GRC. Le « bon ami » Barry concocte une « passe » avec des agents fous de la police monte (on sait qu’ils sont nombreux depuis ce que l’on a appris au Québec). .
    C’est un récit qui fait dresser les cheveux sur la tête —Foglia l’a rencontré là-bas— d’abord un faux assassinat —organisé par la GRC— pour intimider ce jeune polytoxicomane (mot de Lester son préfacier), ce fragile et inconscient Alain Olivier.
    Pour résumer : Olivier se retrouve en Thaïlande —où il a déjà pris des vacances de jeune cochon. « Jeunes thaïlandaises pas chérantes et drogues bon marché ». Foire de « tourisme sexuel » bien connue. Cette fois, la GRC l’accompagne. Il le sait, il dit qu’il fut forcé (ouen !). C’est qu’il y a eu promesses indigestes (argent et part de drogue) pour qu’il se fasse le complice d’une arrestation de trafiquants d’héroïne indigènes. On a souhaité du gros gibier à la GRC mais la GRC s’est acoquiné avec un petit malfrat sans envergure ! Incroyable ? C’est que « l’ami » Barry, le délateur rémunéré se devait de s’activer pour ne pas perdre son statut de « balance » bien payée. Barry a menti à la GRC. Des naifs, oh oui !
    Ce « raid » de la RCMP tourne donc au fiasco derriè;re un cinéma de Bangkok. Bavure gigantesque : un agent « canayen », père de trois enfants, se fait tuer d’une balle dans le cou !
    Embarras HÉNAURME pour la GRC. Bavure qu’il faudra camoufler et vite. Et notre Olivier de se retrouver en tôle « exotique ». Puantes pisses et merdes partout ! On est pas au chic motel de Port-Cartier ! Il va y rester dix ans (tiens, dix ans aussi, pour Lucie Pagé, madame-la-femme-d’un-ministre, dans sa geôle dorée africaine !).
    Procès burlesque et condamnation à mort ! « Prisonnier à Bangkok », est une lecture instructive, elle narre le débat d’Olivier pour se faire rapatrier. On en apprend « des belles » sur l’aide —bien molle— de nos ambassadeur (guidés par la GRC) et aussi « des dégueulasses » sur les connivences partout en hauts-lieux à Ottawa. Aussi sur la CPP (Commission des plaintes du public), dirigée longtemps par un ex-commissaire …oui, de la GRC. C’est-y assez fort ?
    Très inquiétant, citoyens !
    Olivier, pas tuable, organise avec des satrapes-compagnons —qui encouragent l’achat des gardiens, la corruption totale— en sa prison malodorante des tripots, des loteries, des danses payantes à travestis. Ce jeune rastaquouère ne s’ennuie pas, son lecteur non plus, il faut le dire.
    Morale de cette funeste aventure où la GRC l’a piégé, l’a carrément « incité à crime » : poursuite judiciaire de tout ce beau monde de « croches honorables » pour 27 millions de $ Can. L’omertà pégrieux de nos autorités —politiques, judiciaires et policières— sera-t-elle dénoncé au grand jour ? Je parie qu’il y aura encore réglement hors-cour. Un bon petit $ 5 millions et on efface l’ardoise, non ? Et ces merdes « nationales » —GRC, juges, enquêteurs pourris— vont continuer leur « beau travail ». On n’a guère de sympathie pour ce jeune gnochon mais il nous fait découvrir un « complot » injustifiable, « hors la loi » carrément, intolérable dans un pays (le Canada) moderne. Ce qui est révélé par ce jeune excité est un scandale profond.
    Je suis fort inquiet de vivre ici.
    Une malchance, un faux-pas, une erreur d’orientation, un manque d’instinct et le cabochon fera fasse aux magouilles infernales de la GRC, et si on veut se défendre, de cette CPP infâme, tous de mèche avec les puissants appuis politiques. Face à la mort même ! Dans le temps, quand on a découvert, après enquête publique (enfin), les dérapages très graves (bombes, vols, incendies) de la section « intelligence » de la RCMP-GRC, on a fait quoi ? Nous le savons :on a inventé tout simplement une nouvelle police (le SRSC) au-dessus de la corrompue. Ça venait de finir.
    4-
    J’ai commencé un petit livre (150 pages) « Une lueur d’espoir », signé M.-É. Nabe (Edit.du Rocher). Un texte lyrique sur le 11 septembre à Manhattan. L’auteur y est brillant, images fortes, symboles puissants, métaphores déroutantes, amalgames audacieuses solides, on dirait un poème échevelé. J’y reviendrai.
    Vu hier soir à TV-5, « L’abolition ». Une longue dramatique pas très bien menée, mal montée, avec acteurs faibles parfois, mais au sujet absolument fascinant. Le héros de cette « longue nuit de délibérations intenses » est Victor Schoelcher —fils de potier devenu un industriel bourgeois. Schoelcher, autodidacte cultivé qui déclarera « « je fais encore des fautes d’orthographe !) s’est mué en farouche et lumineux militant anti-esclavagisme.
    Bon portrait d’époque —1848, durant la « deuxième » révolution. (La trosième éclatera conte Napoléon-le-Neveu). 1848 : « la débarque » du loufoque roi « Philippe-Égalité ». Ce sera une « nuit » historique : on finit par s’entendre dans le cabinet —où il y a Musset en ministre, Lamartine en conjuré alcoo. La loi-décret est voté aux aurores ! Première mondiale : fin des servitudes « africaines » dans les colonies de la France. Un Dumas (« Les trois mousquetaires ») y viendra plaider, Hugo s’active, lui, sur les barricades. Et Balzac est introuvable. Fasciné, j’étais.
    À RDI, hier, encore la pègre italienne de Neew-York. Redondances. « Pu’ capab » ! Clichés se débattent avec stéréotypes. Bonjour la zapette chérie ! Plus tôt à RDI : documentaire sur ce Unabomber fou et l’explosion meurtrière à Oklahoma. Sinistre rappel s’il en est. Ailleurs : « La paix avec les tribus à Montréal », « pu’capab » d’avaler ses saudites reconstitutions toujours bidon quand on a pas de gros moyens. Zapettage !
    5-
    « Les incontournables » , à TVA, première hier. « Pu’ cabab »…avec ces défilés vains, série de « plogues » à la chaîne « de tout et de rien » où on ne fait ni critiques (surtout pas hein !) ni commentaires un peu étoffés. Comme à « Ce soir » quoi ! Service public futile en diable ! Minets et minettes, tous à « parlure nasale » forte. Cette vaste tribu des « nez bouchés », est-ce une infection ? C’est contagieux en médias ? Insupportable !
    Hier matin, le dentiste : « Non, non, pas d’arrachage, gardez vos rares dernières dents. Tant que vous pourrez ! » Bon. Compris. Comment les bien garder ? Maudite vieillesse ! Revenu, lettre-réponse à ma quasi-jumelle, Marielle. Petites nouvelles. Téléjournal de clan ! Je lui ai envoyé trois paires de « passes » pour ce concert et expo à Saint-Arsène, lundi le 14 à 20 h.
    Horreur de nouveau : un bus bombardé à Tel Aviv ! Le sang des innocents. Hezbollah (non Ezbola comme j’ai mis) et Hamas versent dans la terreur. Aussitôt tanks de la Tsahal vers Ramallah, vers Arafat. « Nous allons le capturer et puis l’exporter », dit Israël. Faites ça et tout va empirer en Cisjordanie. Horrible cercle vicieux.
    Le Tod me contacte. Regrette notre chamaille. Pas moi ! Ne m’en veut pas de l’avoir chicané raidement. Mon Daniel Marleau revient à la surface. Il a des misères de « pigiste » abusé, c’est classique non ? Hélas. Il cherche… « sa forme ».
    Mon fils, pigiste, lance son quatrième jeu de société. Il touche du bois. Son « Bagou-2 » fonctionnera-t-il aussi bien que le premier ? Aile, alertée par ma fille Éliane, a vu Daniel à TVA mardi matin —pendant que je jaspinais, ou jasminait, à « Tous les matins ». Aile : « Ton Daniel est sérieux hein ? Grave même. C’était bien. Ils ont joué avec son « Bagou-2 ». Très bien. Mais comme il est sérieux ! »
    Ah ! quoi dire ? Je le vois pas lucidement, moi. Aucune distance. C’est la loi-des-parents. Les enfants —même de 50 ans— sont les enfants.
    6-
    À T.Q. un faux défilé pour la « Fierté hétéro ». Un flop visuel lamentable. Si long. Pour rien. Mais l’entrevue avec Denise Bombardier, oh, excellente ! Elle n’a pas cessé, avec raison, de corriger —avec raison— le tir de ses questions au « baveux de service » le brillant —d’habitude— Martineau. Cette bombardeuse est d’une intelligence rare. Ses propos sur l’amour, parfaits ! En effet, la sexualité séparée des sentiments (elle a dit des émotions, mais bon), c’est de la grosse merde. Le chemin pour la névrose, parfois la psychose et la clinique d’enfermement. Je l’aime pour son bon sens. Aussi pour ses lumineux verdicts, souvent compétents, à propos de notre société québécoise. Et ses mutations à l’aveugle.
    « Rumeurs ». Une première encore et encore « pu cabab… ». Ce remuement intempestif pour obtenir un ersatz de vitalité, du rythme artificiel. La caméra trépigne, s’agite en vain. Ce frétillage ne comble pas du tout des textes vides, la banalité des propos. Une mode. « Touche la poire, prend l’ananas et mouds le café… », non, non, non, cela n’est pas du mouvement, c’est de l’agitation facile. Assez Seigneur ! Démagogie ! Assez du mépris, le public est très capable d’écouter parler deux personne durant deux minutes. Calmez-vous le pompon les suiveurs de modes.
    Chantal Renaud, la « meilleure » de Bernard Landry, chez « Arcand en direct » ose dire : « La politique est un univers de brutes ». Candidement. Oups ! « Bunker, c’est vrai ? « Je veille sur lui », dira-t-elle. On croit rêver. Anti-héros landry ? « On me paye des fortunes pour écrire sur des héros, je sais ce que c’est ». Qui connaît cette auteure sur-numérée ? Personne ! Encore ? « Je suis une vraie « Monica-la-mittraille »… sur la question nationale. Franchement ! Aile : « Hum, elle fait fabriquée ». Ouen. Je le crois aussi. En tous cas elle est bien mal équipée intellectuellement pour répondre à un questionneur acharné comme mon Paul. Elle vasouille parfois, a une articulation vaseuse et on la comprend mal. Un accent curieux, celui d’une exilée longtemps en France qui vous sort un « chriss » ou un « hostie » pour sembler être restée bien enracinée. « Pas clair de nœud », Chantal R.
    7-
    Mon « petit camarade » new-yorkais (!), le romancier Norman Mailer s’inquiète beaucoup pour l’avenir de la démocratie, chez lui, aux USA. Ce 11 septembre aura enclenché des restrictions partout. À Londres, Mailer a accordé une longue entrevue pour confesser ses appréhensions. « Nous frisons la barbarie culturelle », dit Mailer en parlant de la puissance étatsunienne dans le monde entier. « Deux credos se font face, dit-il, le rapport à Dieu (OU Allah), et le credo des succès technologiques ». Il avance que les Américains (ordinaires, pas ceux du Pentagone) aussi font face à ce dilemme actuellement. Vrai ? Moins inquiet que Mailer (qui vit là, lui), le révérend père Jean-François Revel, à Paris, publie — « L’obsession anti-américaine », Plon éditeur— qu’il faut nous méfier en détestant les Amerloques. C’est sa bonne vieille scie habituelle. Il dit que « France comme Angleterre » peuvent bien jouer les purs et les lucides critiques des USA, qu’ils ne sont que « des jaloux , des envieux », eux qui ont perdu —après la guerre de 1939-1945— leurs empires au profit de celui des USA ! Eh ben ! Du vrai là-dedans ?
    Souvent fort amusant ce Laporte du dimanche dans La Presse. Son papier du 15 où il recommandait que Bush ou tout autre Président, Premier ministre, etc., qui souhaitent une guerre enfourche leur cuirasse, leur casque et leurs bottes et… aillent sur le champ de bataille. J’ai souri longtemps. J’imaginais W. , tout sali, rampant, grenade dans la gueule, dans un désert afghan ou dans un ravin proche de Bagdad. Chapeau Laporte !
    Des compliments mérités pleuvent soudainement sur le Chrétien qui a osé parler (en Alberta ou à l’ONU) : « Richesse versus pauvreté, mal distribuées sur notre planète, engendre misères et conflits ». En effet, un Chrétien nouveau nous est né. « Ainsi, je serais pas surpris, dis-je à Aile admirative, que Chirac, sur la voie-de-sortie lui aussi, mue radicalement. Aile : En tous cas, tu sais que, inimaginable il y a peu de temps, j’aime et j’admire le premier ministre du Canada maintenant. » Moi itou, Aile, moi itou ! « Pourvou qué ça doure » !
    8-
    Le vieux Ozias Leduc bien mort voilà que des zélés « patrimoineux » souhaitent sanctifier l’art édifiant et franco-italianiste du bonhomme de Saint-Hilaire. Or, ces machins à religiosité sont de l’art minable de Saint-Sulpice bien souvent. Des chromos. Hon ! Cloclo, t’as pas honte ? Ça se dit pas. Quoi, quoi, le long temps qui passe ne me fera jamais prendre des vessies pour des lanternes, des chromos-à-dévotionnettes pour des chefs d’œuvre. Non, non. Les fresques d’église du contractuel Leduc…pouah ! Parler d’ « art sacré » pour ces barbouillages à sfumato calculé, bons pour flatter un clergé ignare, colonisé (en 1930) et soumis aux modes cléricalo-française héritées des années 1800, c’est trahir le sens des mots. J’aime beaucoup plusieurs tableaux du Leduc —peints chez lui, loin des églises— créateur merveilleux d’un art pré-impressionniste étonnant souvent.
    À Montréal, 50 Chiliens exilés au Québec ont fêté un 11 septembre très oublié. Celui de 1973. Anniversaire sinistre du suicide de l’élu socialiste Allende quand les chars blindés du dictateur Pinochet l’encerclaient. Renversement largement commandité par Washington —via la CIA, qui serait mieux nommé la SPI-USA : »société protectrice des industriels étatsuniens ». Il y aura 40,000 disparus et morts sous le bon général protégé par les USA.
    Mince événement, un 12 septembre, dans la Vieille Capitale : un demi-million de belles piastres (viande-à-chien !) pourrait être versées à la journaliste du « Soleil », Claudette Samson. La radio de Choi-fm et son animateur « fêlé » Jeff (!) Fillion devraient être jugés coupables cependant.
    De quoi. ? De ces : « maudite folle », « pauvre conne », « tabarnak de chienne », « bitch imbécile », « mange-marde ». C’est le vocabulaire d’un craqué du cerveau. La journaliste Samson, après sondage (en mode vox-pop) concluait, imprimait et signait : « Les Québécois jugent que les USA se sont attirés leur propre malheur ». Quand ce dérangé de Jeff a lu l’article de Samson, il a pété les plombs. Ensuite, des courriels méchants envahissent son clavier. Le « crack-pote » attire les « crack-potes » ! Résultat : « grave détresse ». Allons ! Quel citoyen normal a pris au sérieux …le furieux ? Personne. Il ne s’agit pas d’une attaque. C’est du vent. C’est niais. Des propos de cette nature ne salissent que le déboussolé qui les utilisent, non ? « Bêtise, haine et injures », dit le papier de l’avocat de Samson. Le public est pris pour des demeurés ? Les gens normaux, « ordinaires », écoutent ces « sur-menés de la caboche » et rigolent. « Un fou », se disent-ils.
    9-
    Denis Vaugois, éditeur, réclame davantage de fric public pour achats de livres dans les biblios publiques. Lanctôt, un de mes éditeurs, le félicite mais insiste : « achat de livres d’ici seulement ». Oh, oh ! Je vois bien qu’on se procure beaucoup, beaucoup, de « best-sellers USA » ici à la biblio du village. Il y a demande. Les payeures de taxes ont droit à leurs choix. Hélas si on veut. C’est une dure loi démocratique.
    Foglia, le 14, signe : « Moi, le sale con ». Bon. C’est noté. Foglia ajoute qu’étant anti-américain —ce qui ne plaira pas à ses patrons, Pratte et Roy, mais il est syndiqué jusqu’ »aux oreilles—, il accepte donc d’avance d’être taxé d’antisémite car, dit-il, on amalgame les deux. Il envoie paître les Revel, Lévy (B.-H.), Bruckner, Finkielkraut, Sorman et… toute l’ « archibagne » qui prend « pour » W.Bush et « contre » Al Quaïda. Surprenant manichéisme ? Foglia refuse de voir les USA poser des conditions à Sadam Hussein. Il parle deux fois des 4,500 enfants irakiens qui crèvent chaque mois à cause de l’embargo. « Des fois je suis anti-intellectuel », achève-t-il ? Non mais…Ça lui prend pas trop souvent. Une chance !
    Un homme chanceux ? Morris Mayers, un israélite d’ici, a blanchi 44 millions $. Profit net : 2,3 millions de dollars Us ! Aussi :importation de 750 kilos de drogue. Pas grave ? Le juge Jean Falardeau cogne de son marteau : « Ce sera, svp, 775,000$ d’amende, mossieu Mayers ». Eh bin… On a vu sortir le Morris de la cour tout souriant, léger, chic, bienheureux sinon sanctifié, soulagé. Il a dit qu’il allait se recycler dans les bonnes œuvre à l’avenir. Personne n’a ri ? Relisons la fable du 18 ième siècle : « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendrons blancs ou noirs ». Merci Jean de La Fontaine.
    Un copain de M.M., Pierrot Amzallag, lui, avait choisi la prison au lieu de cracher un demi-million d’amende. Il a eu… six mois ! Voyons :faut détester vraiment la prison M. Mayers.
    Jérémie en jérémiade (Dunn). Il veut comprendre. Une morue. 63 cents la livre. Au pêcheur ! Au magasin, à Monrial, c’est une piastre et trente neuf ! Donc 17 $ la morue ordinaire ! Grosse marge, dit Jérémie. Il en est scandalisé. Il y a l’usine (nettoyage ?), le grossiste (camion ?), l’épicier du marché IGA. Dunn finit : « Qu’on m’explique cet écart ! »
    Mais oui le jérémieux. Et nous, pauvre romanciers ? C’est souvent, un roman, 20 tomates chez le libraire. Pas pour nos goussets. Minute ! Il y a l’imprimeur, le distributeur (camion), le libraire…Et l’éditeur, faut pas l’oublier. Le créateur (le sueur) a un 20 cennes par piastre, donc un petit « deux » par exemplaire à 20 tomates. Jérémie Dunn, c’est-y juste ?
    10-
    L’Allemagne a eu honte. Et pour cause. Les temps changent. 50 ans plus tard, on a besoin de sortir « toute la merde » de ces années noires. Là-bas, ça parle…ça parle des violés et des massacrés (par les soldats Russes) lors de la débâcle nazie. Ça parle de 125 millions d’Allemands chassés des pays de l’Est où ils vivaient. 300,000 Allemands se font tuer pour défendre la capitale, Berlin. Ont-ils le droit maintenant d’en parler ? De commémorer ces faits pénibes ? Les vieux, dit-on, se taisent. Des jeunes veulent de la lumière sur tout. Pas seulement sur les camps nazis. Le tabous doivent être secoués, disent-ils. Deux millions sont morts sur les routes en fuyant Berlin en flammes, mise à sac. Le romancier Gunter Grass, avec « La marche du crabe » a réveillé bien des misères mal enterrées. À suivre…
    Le ciel se colore en mauve, du rose filandreux se glisse dans des écharpes de nuées grises, c’est beau le crépuscule, partout. Téléphone : la Francine me tint au courant pour son concert-expo du lundi 14, nerveuse, zélée. Ring, encore : ma fille me potine les derniers potins ! Ring…encore, c’est pour mon topo de mardi prochain…Ouf ! Aile : »Dans dix minutes, on soupe ! » Et il n’y aura pas de soupe ! Temps que je retourne à l’École des jeunes chefs ! Bon. On ferme ! On ferme ! Je ferme.…

    Le dimanche 17 mars 2002

    Le dimanche 17 mars 2002
    À CŒUR OUVERT (j.n.)
    1-
    Ciel tout bleu. Vent du nord, brr… Bleu plus clair qu’hier. Frisquet cependant. Appel de TVA : devoir être à « Salut, bonjour! » de Mongrain à 7h.et demi. Hum, c’est bien tôt. Ensuite, devoir aller à LNC (nouvelles… continuement du réseau TVA), pourquoi ? Pour jaser sur le génie de Riopelle. Comme un devoir. Plaisant. Plaisir énorme de découvrir qu’il y a une curiosité inouïe (« Mort, on vous grandit », Hugo) pour le génie décédé. Rare opportunité de parler de peinture. Qu’il faut s’y mettre, tous, pour ouvrir davantage cette curiosité pour le « Grand tachiste » né rue de Lorimier.
    Vers 11 h. et demi, devoir filer au studio de radio numéro 19 de la SRC rencontrer Pierre Nadeau pour une heure de causerie ad lib. Ensuite, tenter d’aller saluer la dépouille du Génie disparu à l’église, rue Rachel, de l’ « Immaculée Conception ». Oh, ce lieu pour un type pas du tout « immaculé » qui a tant et tant aimé « maculer » tout ce qu’il touchait. Parfois en vitraux d’une splendeur, quasi indescriptible, oh !la grande beauté lumineuse.
    Ainsi, bientôt départ encore pour la ville.
    J’éprouve dorénavant une sorte d’arrachement quand il faut nous en aller du village laurentien. C’est que, depuis la retraite d’Aile, c’est que…. c’est ici que nous vivons en majorité du temps. Le pied-à-terre outremontais n’est qu’une sorte de jolie grotte confortable pour passants pressés.
    2-
    Vu hier soir le deuxième épisode de « Debout les comiques ». Ouais ! Pas fort. Vieux documents souvent et déjà vus. Complaisance. Soudain le burlesque a été paré de toutes les vertus par l’intelligentsia… culpabilisé par son ancien snobisme. Faut dire que c’est un genre bien rempli de facilités et aussi de grossièretés bien démagogiques. Burlesque rime avec grotesque, pour cause. De racolage La vérité. Les voilà à genoux, nos penseurs-spectacles, devant les Poune, Zoune et allii ! Mollesse des analyses à « Debout le comiques ». Mon bon gros J.-C. Germain en propos vains et faciles. Et il rit ! Seul !
    Revu ensuite, et sans les maudites pubs, un film bien fait : « Le limier » à T.Q. Souvent on a oublié l’intrigue. C’est plaisant. Des bribes nous reviennent à mesure. Les deux héros sont joués par Peter Fonda et Terence Stramp (ou Stamp ?) . Du solide. Un repris de justice quitte Londres pour savoir qui a tué sa fille exilée en Californie. Un montage complexe et bien mené, pas banal. Film rempli de brefs « retours en arrière ». Jeune père délinquant, on verra souvent sa fillette bien aimée, tant aimée, qui, pour plaisanter, menaçait papa-bandit d’appeler les flics. À la fin de l’excellent suspense, tenant à la pointe de son revolver l’assassin (un caïd de la drogue (Fonda), ce dernier s’explique : « Votre fille, mon amante, menaçait d’appeler les flics et j’ai eu peur. Elle ne plaisantait pas. » Le choc du papa ! Sa propre vie retournée contre lui, un miroir. Fin.
    3-
    Je repense aux entretiens complaisants de Lachance sur des auteures émigrées d’ici dans « L’Actualité ». Me voyez-vous, exilé, installé en émigrant qui a choisi une autre patrie —à Berlin, ou à Dublin—, publier dans leur « établisement » littéraire, dans leur « appareil éditeur », « Enfant de Villeray » ou « La petite patrie ». Ou « Je vous dis merci » ? Non. Jamais. Je n’oserais pas. ce serait d’un égocentrisme vraiment déplacé. Impoli. Je publierais ce qui m’arrive, ce que je vis, ce que je découvre —à Madrid ou à Rome— comme nouveau citoyen d’adoption. Et si je tenais à raconter « mes » racines, j’enverrais mes manuscrits dans mon pays d’origine, lieu concerté. Il me semble, merde !
    4-
    Martel (La Presse) ce matin loue « L’iguane » de Denis Thériault et se plaint que l’on ne connaisse pas mieux( deux prix littéraires déjà) son jeune « génie » ! Martel a bien raison. Or la « une » est consacrée à un auteur célébré dans le monde entier (et qui n‘a nul besoin de La Presse),l’Éco de Florence. Le colonialisme stupide continue! Pourtant « Le Monde », à Paris, met de graves bémols sur le dernier Éco. Ah, avoir pu lire une interview sur ce brillant Thériault ! Mais non. On publie un élogieux « papier », bien ennuyeux, sur Éco, le dilettante érudit qui déclarait qu’il était regrettable de voir « les masses de touristes ignares » (quel mépis !) dans les musées et les sites artistiques de haut niveau.
    Le cher Roger Drolet, jouant le cuistre face à MaCrotte du canal Vox, disait comment il était scandalisé —dans des voyage guidés— quand il entendait nos « québécois » dire en arrivant sur un de ces sites : « Ousquisontdonlétoélettes » ! Facile mépris partout « des autres », ces malchanceux du sort qui n’ont pas eu la chance de se cultiver, qui, retraités, tentent à bon marché, de faire du rattrapage. Et…qui peuvent avoir envie de pisser en débarquant —à Florence ou au Mont Saint-Michel— de leur autobus nolisé.
    5-
    La laideur ? Les statuettes pour le « prix Olivier ». Sculpture minable. Le populaire mime merveilleux, Guimond, méritait mieux. Sa silhouette de clochard (son personnage emblématique)est un « gossage » primaire. Qui corrigera cela ?
    Il existe un bouquin drôle où l’on voit un Québécois (un frère des école défroqué) découvrir Paris et la France sans francophilie complaisante et sans caricatures facile. Le titre ? « Maman Paris, maman la France », en poche chez Leméac. « Les Français eux aussi ont un accent » se fait démolir ce matin et pas trop subtilement par L.-B. Robitaille, installé à Paris depuis longtemps.
    « Clichés éculés, erreurs graves, fausses assertions, ironie convenue, etc. » Il lui sonne les cloches au Jean-Benoît Nadeau—tout en admirant sa verve— le courriériste de La Presse. Oh Yoille ! L’auteur du livre ci-haut recommandé est…votre humble et si modeste serviteur. Je ris. De moi.
    Le National Post :Foin de la loi 101, Parizeau comme Bouchard envoyaient leurs rejetons à l’école privée anglaise. Deux beaux salauds, suggèrent l’éditorialiste du « Nazional » Post (toujours anonymes chez les Blokes ces penseurs émérites !) Quoi en penser ? Est-ce vrai ? Nos deux grands décolonisateurs avaient les moyens —faut payer pour l’école anglaise au Québec— de contourner la loi du collègue Camille Laurin. On prétend que 50 % de francophones souhaiteraient imiter les deux « chefs » du nationalisme. Est-ce vrai ? Quoi dire ? Rien ? Sur ce continent ¿et dans tant de régions du monde— c’est la lingua franca, l’américain- anglais, une réalité mais à qui fera-t-on croire qu’il n’y a pas moyen de l’enseigner adéquatement durant onze ans (cours primaire et secondaire) avec de vrais anglais, pas des profs qui baragouinent douze mots d’anglais-américain. La lacune est juste là !
    6-
    L’État-mafia ? Il faut lire le livre d’un compulsif de Loto-Québec : « Rien ne va plus » (chez Québec-Amérique) . J’y reviens à Raynald Beaupré, diplômé des Hautes Études commerciales. Cet homme d’affaires a connu la déchéance totale via l’État tentateur. Il raconte son auto-hypnotisme maléfique devant les appareils de l’État Maquereau. Le fond du problème dit Beaupré ? C’est 15 000 machines du gouvernement maffieux ! C’est 4,300 lieux pégrieux où trois citoyens sur dix sont des « malades » du jeu. Les autres le deviendront peu à peu.
    Ruiné, criblé de dettes, rendu à L’Accueil Bonneau, Beaupré a fini par se réveiller et vouloir crier : réduisez les machine et les lieux ! Il lui a fallu un sacré courage pour révéler sa chute en enfer.
    Le mortel radon à Oka ? Source de cancers nombreux !Oui. Et à Pointe-Calumet. Vers 1975, pour installer un mur de béton de plusieurs kilomètres, à pleins camions, on a déversé tout le long des plages (inondées chaque printemps) des millions de tonnes de cette terre infestée prise à la mine d’Oka (abandonné) pas loin. Est-ce qu’il faudrait faire enquête ? Je le jurerais. Pointe Calumet était donc, écologiquement ?, une sorte de vaste marais deltaïque (de mai à juin) du lac des Deux-Montagnes-Rivière Outaouais. Il fallait enterrer tout ça, ça attirait les maringouins n’est-ce pas ? Était-ce au temps (1975) où l’on ignorait totalement l’écologie ? Pas sûr. C’était au temps où il fallait donner des contrats aux entrepreneurs fournisseurs de fonds aux bons amis du régime en place, libéral. René Lévesque n’était pas encore là pour assainir le financement des « zélections ».