Le lundi 4 mars 2002

Le lundi 4 mars 2002
1-
Je me réjouissais trop vite ? Le frette noère est revenu. Ce matin, c’est l’hiver pour vrai. Brrr… Mais cette lumière…ce ciel bleu poudre…C’est stimulant.
Vive l’Internet ! Mon fils Daniel communique souvent avec moi.
Le voilà tout excité :achat d’un « char neu » bientôt ! J’étais inquiet le sachant aux quatre cons du pays pour installer en magasins divers, surtout librairies, ses jeux de société : Bagou, Tabou et Polémiques sa dernière invention, dans un bazou peu fiable. Lui et sa belle Lynn ont choisi une Chevrolet-Tracker. Connais pas ça ! Daniel est fou comme un…ballet ! Se juge « bébé » de tant s’exciter pour une voiture nouvelle.
Je lui ai expliqué que cela est coutumier sans doute et depuis des lustres. Notre ancêtre, lui aussi, devait s’exciter le poil des jambes pour un « joual » neuf, une carriole nouvelle, non ? Dans les gênes mâles ? Comme tant d’autres, il est pris d’un rhume solide depuis des jours et des jours. Aile ne l’a point embrassé dernièrement pourtant. Toussez âmes fragiles !
J’apprend que son benjamin, Thomas, est furieux des maudits « boutons d’ado » qui lui garnissent la boulle ! Je lui ai courriellisé que, des boutons, j’ai connu ça. En masse ! Pour cacher mes damnés « clous » je portais un foulard de soie blanche, mode du temps ! Il m’annonce aussi que son « bolé », Simon, rejette sciences et maths, souhaite s’orienter dans les « sciences molles », expression du frère d’aile, Pierre, pour caricaturer ce monde « mou », lui, qui est prof de physique à Saint-Laurent.
Mon Daniel, lui aussi fort en sciences « dures » au secondaire, bifurquait un jour. J’avais souhaité polytechnique et il s’en alla, vers le cinéma, les communications. Atavisme ? Chromosomes ? Eh ! Quoi faire ? Rien, je suppose. Tant de jeunes doués (surdoué le Simon, lui ), dirait-on, découvre en fin du secondaire que c’est « plate » de tant bosser aux études. Il y a appel du ludisme, du festif, du quoi ? Brillant, Simon était en ce qui se nomme « douance » à Sophie-Barat, au début de l’année il a demandé d’aller en…normal ! C’était le signal !
Devrais-je le rencontrer, le prévenir que sans le diplôme en sciences et maths, l’avenir n’offre plus les mêmes bonnes garanties d’avenir ? Ou me taire ? Je ne sais plus. Daniel décidera comme je le lui ai demandé. Délicat d’intervenir, je ne suis que le papi… Qui ( hélas ?) s’est bien débrouillé (dirait Simon). Daniel, un jour, me disait : « Tu semblais tant d’amuser, tant te divertir et travailler dans la joie, en ce monde des communications, cela a dû m’influencer ! » Merde !
Commet nier, en effet, que le boulot au monde du divertissement est captivant, excitant, toujours nouveau ? Cependant ils y viennent si nombreux et les ouvertures sont si maigres. J’ai peur. En vain ?
2-
Un dénommé Gaboury organise une fête pour les gens de l’Assomption, son patelin, et m’a demandé un texte pour célébrer Léo Jacques, ex-maire du lieu et longtemps camarade décorateur à la SRC. C’est fait. J’ai parlé de ce « pageant » scénographique monté sur la rivière un soir d’été en 1967. Jacques m’avait fourni de la documentation sur l’histoire de sa petite ville et nous avions présenté un spectacle, sons et lumière modestes. J’avais publié, chez « Quinze, éditeur », un bref récit de cette histoire le titrant : « L’outaragassipi », nom amérindien de la rivière L’Assomption.
Ça y est, ce soir encore, le camion à antenne parabolique de TVA viendra bloquer le trottoir une heure devant chez moi. Topo-débat commandé sur « L’homme à la maison, est-ce qu’il aide ? » En rapport avec un sondage-Léger, ce matin, où les femmes (les « feumme », dit Clémence) se plaignent du peu d’assistance des mâles dans le train ménager. Comme vis-à-vis la jolie Miss Bertrand, ex-copine des « copines » de TQS et qui démissionnait d’un talk-show de « fesses » à TVA récemment, par pudeur naturelle. Je suis prêt ! Pas eu le temps d’expliquer ma crainte du « forcing apparent » au boss Fortin qui veut tant de ces mini-débats chez Pierre Bruneau.
L’éditeur et ami Jacques Lanctôt, alerté par l’anxieux, moi, me lance ce midi : « Éditer ton journal ? Bien, faudrait d’abord que je le lise…et je verrai si c’est excitant… » Ouen ! J’ai aussitôt courriellisé : « À Trois-Pistoles, Beaulieu, lui, a totalement confiance et accepterait avec enthousiasme d’éditer ce journal. »
Bang ! Voyez comment ça se joue hein entre « vieux potes » du petit monde de l’édition ! Instruisez-vous, profitez-en ! Échaudé, je sais pas vraiment, à l’automne de 2002, où finira par se nicher mon journal. Tout peut arriver.
3-
Zappant un peu partout comme d’habitude, nos tombons sur un portrait biographique de la fameuse animatrice de télé, Oprah Humphrey. Dont je ne savais rien et qui me laissait très indifférent.
Oh la la ! Effrayant récit de vie ! La fillette, avec sa mère monoparentale assez indisponible et pas très responsable, se fait garrocher, couche dans un coin de véranda et se fera violer à 9 ans ! ! Ensuite c’est l’infernale vie. La voilà vulgaire « objet sexuel »… que l’on se garroche ! Délinquance prévue. Menteuse, tricheuse et voleuse.
Dieu merci, intelligente, vive, aimant lire et raconter en public, « preacher » à 12 ans !, l’enfant meurtrie et évidemment secrète, heureusement, peut se consoler, réfugiée dans ses très bonnes notes à l’école…qu’elle aime !
Un oncle qui la conduit chez son père remarié la violera aussi. Bef, une jeunesse pourrie. Elle le dit. Elle garde le sourire mais a les yeux mouillés. Un caractère d’acier ? Extravertie : elle fait du théâtre amateur. Vient un essai de radio à 15 ans. Succès. On découvre une belle voix. Puis ce sera de la télé…petite ville d’abord puis, vus ses bons talents, devient reporter aux nouvelles. Vite, elle est engagée sur un grand réseau, d’un océan à l’autre. Son triomphe ! Oprah joue des cartes populaires. Elle montre ses émotions, ne crains pas de faire du sentiment quand elle le sent. On va se l’arracher. Criant en ondes sa joie pour un roman : « La couleur pourpre », le célèbre Spielberg la fera jouer dans le (très bon ) film qu’on en tire. Succès encore. Nommée aux Oscars !
Très riche elle s’achètera des maisons, à Chigago bien entrendu, en Floride, en Californie. On apprend qu’elle vaut (ce terme !) un demi milliard de $ US ! Elle a son studio à elle désormais et, ainsi, se produit en toute liberté sans aucun intermédiaire. Un théâtre rénové à Chigago sera son gîte professionnel. Aussi, elle s’ achète une chaîne spécialisée : « Angels ».
Aile et moi, soudainement, étonnés, renversés : Oprah, la plus populaire des animatrices de télé, adore un roman sur l’esclavagisme, «Beloved», se cherche de bons scénaristes et un réalisateur solide (dix ans de préparation et des frais énormes) et elle en fait un film. Résultat ? Zéro, patate, son immense public n’y va pas ! Un échec retentissant ! Dépression terrible. Elle change son tir :fini de vouloir rivaliser avec le populisme, Oprah Humphrey fonce vers (une mode ?) « la quête de spiritualité » et ses ersatz… fera défiler devant « ses » caméras un tas de gourous, de psys, de guérisseurs de tout acabit.
Fillette abusée, terrorisée, elle répètera que la lecture —les livres de la bibliothèque scolaire— la sauvait de ces charognes environnantes. Aussi, on le sait, elle fait campagne éclatante pour la lecture avec une foi totale à ses émissions. Éditeurs, libraires, auteurs la voient comme la Bernard Pivot des USA !
Je découvre qu’elle va inviter bientôt cette auteur —du Cap Breton, habitant à Toronto désormais— MacDOnald pour son drôle de roman-saga si bizarre, « Parfum de cèdre ». Livre qui me fascine, que je lis à petites doses au lit chaque soir !
4-
En zappant librement, n’est-ce pas, on capte des bribes d’émissions. Ainsi, hier soir : on aurait tuer des centaines et des chiens-esquimaux, un temps, pour imposer la sédentarisation des Inuits ! Incroyable. Yeux qui s’écarquillent…L’émission se terminait ! Aile et moi estomaqués ! Est-ce vrai ? Est-ce possible ? Où, comment mieux savoir ?
Suis-je un peu fou… de vouloir croire, coûte que coûte, l’oncle Amédée —père de la cousine célèbre Judith— qui disait que nous decendions des Jasmin berbères de la Kabylie, montés en Espagne (des artisans ?) avec le grand chef de guerre arabe, Aldel Rhaman, puis installés au Poitou du temps de Charles Martel, mort avec le grand chef Arabe lors de l’historique « Bataille de Poitiers ». J’aimerais ça. Romantisme ?
Avant-hier, à Montréal, 60 « cousines et cousins » (!) manifestaient contre ce Président algérien, Bouteflika, militariste et centralisateur. Si on pouvait me prévenir, j’aimerais aller crier « Vive la Kabylie liiii-bre ! » du balcon de …n’importe qui !
Souvenir : en 1980, maman hospitalisée, je lui promet de rapporter de France (elle le voulait) une marque voyante sur les Lefebvre —je suis très Lefebvre, pas juste Berbère— les nôtres venant tous de la région Île de France. Visitant le fameux cimetière du Père Lachaise, bang !, un monument extravagant se dresse devant nous ! Gravé dans la pierre d’un fronton imposant, nous lisons : « LEFEBVRE, MARÉCHAL DE France ». Photo. De retour ici, maman la regarde et me dit : « J’aurais préféré un portrait, une photo, mon petit Claude ! »
« La fille du Maréchal » est morte en novembre 1987 et…. je m’ennuie souvent d’elle.
5-
Dans une salle de McGill, un Juif cherchant la paix à tout prix, , il est né et a vécu venu de Sibérie. « Lui et sa famille, expliquait-il, harmonieusement bien intégrés aux Sibériens, ne connurent aucun racisme que ce soit. » Alors il osa parler d’une seule Palestine uni aux Israéliens, d’un grand Israël uni aux Palestiniens avec des élections générales s’appliquant aux deux nations.
Des Juifs d’ici s’écrièrent : « Mais nous serions dilués, noyés, ce serait la fin de notre jeune patrie…Les Arabes sont bien plus nombreux que nous ». Il se fit donc huer comme bien l’on pense par son auditoire. Des enragés voulurent s’en prendre, physiquement, à ce « traître ». Il a fallu vider la salle. Voilà que le leader de la Libye vient de proposer… la même chose, sous l’égide de l’ONU. Kadhafi déplore le récent plan du prince saoudien, Abdallah ben Abdel Aziz. Le colonel dit qu’avec une réunion de tous en cette contrée —où le sang coule chaque jour depuis la deuxième « intifada »— le retour de tous les réfugiés, des expatriés palestiniens (7 millions), la destruction des armes partout et des élections générales libres, ce sera la paix.
Il blâme tous les arafatistes de tenir à ces enclaves, le Golan, la Bande de Gaza. Jérusalem, dit-il, serait « une ville de la paix, une ville sainte », hors politique quoi !
Rêvons ! Demain, encore un kamikaze désespéré…

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