Le mardi 5 mars 2002

Le mardi 5 mars 2002
1-
L’arraché du lit, ce matin, tard, très tard ! Bon Dieu que l’on hiberne ces temps-ci ! Il y a le rhume épuisant d’Aile. Il y a aussi que j’ai bouffé trop, beaucoup trop, de la belle morue fraîche avec riz tomaté aux olives noires hier soir. Un bon régal à la Aile ! Tant que je suis allé marché dans le soir. Que de rots sonores en chemin ! Pas grave, pas un chat dans la place. Deux silhouettes seulement en cours de promenade : une dame avec un « énorme » chien, un homme avec un « tout petit » chien. Les chiens font sortir ? J’avais quitté ce « Music-Hall » de Larouche. Au retour, c’est fini. « Pis ? », je questionne. Aile hésite…puis : « Ce bon gros Claude Blanchard, qu’il est fascinant ! Surtout quand il ne dit rien ! » Bizarre cette assertion ! Ce cabaret à danseuses et à musiciens, je n’en imaginais aucun de nos jours. Il n’y a en a plus, aucun. Cela faisait que la crédibilité du lieu élu me semblait factice. Assez, ne l’ai pas vu et Aile semble si réticente. Vu le « Asbestos », merci vidéo ! C’est fort bien parti. Les décors de la mine : oh ! Parfait. A-t-on tourné à Asbestos même ? De la rétro bien faite en tous cas et je suivrai ça.
J’ai quitté « Journées nettes » hier en prédisant la mort encore au Proche-Orient. Ensuite, je parle pas au diable , non, mais aux actualités, oui, de nouveaux tués. Facile à prédire l’ouvrage cruel de ces « enragés » des deux bords, évidemment.
Soleil et temps plus chaud qu’hier. Chez ma « poucheure » de drogue (nicotine) l’alerte veuve Constantineau : « Je vous ai vu aux téléjournal de TVA, hier. C’était bon. Vos petits débats amènent une amusante récréation dans les nouvelles, c’est bien. Et j’e préfère cette Dominique Bertrand à Isabelle Marchal qui fait une peu…quoi ? trop fardée ? » Je rigole, je la remercie. Elle n’en revient pas que pour un cinq minutes, le camion TVA se rende à Sainte-Adèle. Je dis : « Il leur faut battre Mongrain de TQS à tout prix ! » On rit.
Compliments bizarres car Aile m’avait jugé : « Pas trop fort. On aurait dit que tu y mettais aucun cœur. Tu m’avais dit, Claude : « Je vais traiter la question « homme fainéant » (selon un sondage-Léger) au foyer avec « humour », tu n’en as pas trop mis ! » Moi aussi, je m’étais évalué pas bien présent !Bof, la vie en méfias, des hauts et des bas ! « Je ferai mieux la prochaine fois », se dit-on. Il y a aussi que je préférerais polémiquer avec un homme. J’ai été élevé (mal ?) à une sorte de respect, de galanterie avec les dames. Aussi, je suis mal à l’aise quand il faut foncer sur une demoiselle mignonne !
Courriel : un certain Cardin me crie SOS, ce midi. Il m’avait voulu comme « conseiller littéraire » pour son projet, il y a un an. Refusé. Je ne fais jamais ça. On ne l’a jamais fait pour moi. Ce serait si vain. Or, le voilà en panne et il panique, me dit-il. Il me demande « des trucs » pour pouvoir continuer à rédiger « sa petite patrie », Ahuntsic. Il y a aucun truc. Je l’ai secoué, vilipendé, semoncé, fouetté…Mais il n’y a que lui pour pouvoir rallumer sa flamme. Ah « le dur désir de durer »!
Lanctôt me chicane ce midi sur l’Internet : « Quoi, publier ton journal sans que je le lise d’abord, tu veux jouer les prima donna ? » Je lui répondrai : « C’est que je publie depuis 50 ans, cinq ou six livres chez toi, tu sais pas mal de quel encre je me…chauffe. Non ? Lanctôt m’avait dit un jour : « Claude, je veux publier tout ce que tu me pondras. » Il termine son courriel : « Tu choisiras entre Lévy (Beaulieu) et moi »
En vérité il y a que j’apprécie peu qu’il retienne mes versements de royalties, écrivant il y a un mois ou deux : « En attendant ma subvention du Conseil des arts ». Mais ce sera donc toujours la même histoire, merde ! Lanctôt le désargenté sort un livre par semaine ( comme feu Yves Dubé) et « ne crache pas » aux auteurs. Dubé mort et Leméac en faillite, ses auteurs (Maillet, Desrochers, Tremblay et moi) furent « remboursés » par des chèques de l’ex-ministre « mulronéen », Marcel Masse d’Ottawa. Ce fut humiliant et je ne souhaite pas revivre cette situation.
Dans son « Les livres des autres » Beaulieu : « Les éditeurs sont subventionnés, hélas, selon le nombre de leurs publications, c’est mal. »
2-
Encore ? Laurent et Gabriel, fils de Marco et de ma fille, refusent notre invitation à séjourner ici (vacances de neige). Eh ! Je les comprends. Ado, moi aussi, pas question d’aller en vacance chez des vieux. Ils ont des amis. Oh l’importance des amis à cet âge ! Normal. Et, ici, pas de jeux d’ordinateur, ni « play-game-machin ».
Daniel mon fils grisonnant (déjà ?) est souvent intéressé par la philo, la psycho, ce qui me réjouis évidemment. Voilà qu’il m’annonce (enfin ?) ne certaine quête de…spiritualité. Ou bien de quoi ? De sérénité ? Il m’annonce qu’il tripatouille des bouquins du côté Zen des choses, du côté de l’hindouisme, du Bouddha. Bravo ! J’ai souvent voulu quêter de la sagesse de ce côté :
« religion, philo asiatique ». Mais le temps…Daniel m’informera je suppose.
Quand David est venu ici ce fut loin de la philo, il nous entretenait, avec pédagogie, et il a 20 ans, sur l’économisme (matières qu’il étudie à Concordia), sur le fameux Keynes, sur Adam Smith, sur un monde que nous ignorons. L’aîné de mes petits-fils était une sorte de « jeune Jésus au milieu des docteurs » (en communications Aile et moi).
3-
J’ai mis beaucoup de temps, plusieurs livres, avant d’oser mettre « écrivain » sous mon nom. Je lis souvent « écrivain » sous des noms inconnus. Auto-proclamation ? Ce matin, un certain Tassinari, « écrivain », vante des migrants de notoriété publique québécois à titre de « métis. » Il cite le fameux graphiste et affichiste Vittorio ! Stop ! Jamais Vittorio n’a joué de cette « carre de visite » parmi nous. Jamais au grand jamais !, J’ai toujours considéré Vittorio comme un Québécois à par entière.
Ce qu’il est, ce qu’il proclame sans aucun doute. Je déteste cette manière de distinguer, via l’origine ethnique, nos créateurs. Ni un Curzi, ni un Aubert Palascio ne le font. Cette engeance du « multiculs trudeauesque » me fait littéralement…chier ! Pourtant l’auteur (in : Le Devoir) semble dédaigner « le ghetto et ses folklores ». Il parle de deux bouches à la fois ? Ionesco est un dramaturge de France, non ? Picasso est un peintre de France (ou il a vécu toute sa vie). L’Espagne a bien le droit de lui faire une fêtes « post mortem », de lui ouvrir un musée, c’est une sorte de « récupération » intéressée. Pour le tourisme ? Vittorio, cet artiste de génie, est un Québécois et allez au bonhomme « collègue » Tassinari !
4-
Maudite zapette indispensable désormais !
Après souper, avant ce Music-Hall bidon, voyagement cathodique : A- La mafia de jeunes Noirs aux USA. Les « Crips », bandes en réseau. De Los Angeles à New-York. Violence extrême parfois. Commerciaux :je zappe donc et vite —l’horreur indicible de ces vendeurs-à-domicile m’insupporte totalement. B- Émission mensuelle de « Double Je », à TVA-5, avec Pivot. Le lécheculisme aux émigrations réussies, « mon doux Dieu que vous parlez bien notre si belle langue », alors que c’est normal, naturel et nécessaire. L’émigrant en Espagne parlera l’espagnol, et en Allemagne, l’allemand, il n’y a aucune félicitation à faire, c’ est indispensable pour une intégration ordinaire, non? Pouah ! Zappons ! C-Les vendeurs de « flacatoune », les contrebandiers de l’alcool à travers les temps. Ouen ! Zap ! D- Les massacres (Milosevic aux commandes de cet enfer) au Kosovo, les cadavres transportés nuitamment en Serbie ! L’horreur ! Commerciaux encore ! Ouash, fuyons encore !
Bref, pas une vie ! Lassante navigation, comment revenir à temps, et où au juste ! J’ouvre un livre. Ou une revue. Je dis à mon Aile : « Je crois que, bientôt, je ne regarderai plus la télé. Que, parfois, TQ pour ses films sans pauses publicitaires, ou Historia, même raison, ou ARTV pour le dramatiques de jadis. » Elle dit : « Pour demain soir, je loue un film. »
5-
J’ai honte. Un peu. Aile s’en va marcher au soleil sur le lac devenu une immense patinoire bellement ensoleillé. Moi non. Terminer mon journal. Oui, la honte. J’aime tant écrire, une vraie passion. Et je sais qu’au moins un éditeur (à Trois-Pistoles) veut le publier cet automne. Ma santé ? Je m’en repentirai un jour. Je le sais.
L’« affaire-Cornellier » —faire étudier, au collège, d’abord les « jeunes » classiques québécois au lieu des « vieux » classiques de France— s’agrandit. Trois textes ce matin. Un pour le prof Cornellier —qui a publié qu’une meilleure identification « littéraire » viendra des classiques Québécois— et deux contre. Une retraitée prof lance : « Les jeunes trouvent pus facile Balzac que Anne Hébert. » Oh, oh ! Facile, belle pédagogie ! Paule Saint-Hilaire compare Grignon avec Molière sur l’avarice, Camus et André Langevin sur l’absurde ! Je ne voudrais pas être comparer avec Pagnol, ni avec Saint-Exupérit, eille ! Ouow ! Intimidation complète :comment comparer des « gloires françaises » avec les auteurs de notre jeune histoire littéraire ? Raciste invertie, mépris pathétique, cette Paule affirme que l’identité n’a pas « à être « paroissiale » ! Ses termes !
Pierre-Paul Roy se range avec Cornellier mais jargonne. Se dit d’accord avec ce Maurice Dantec qui dit que la France littéraire c’est fini ! Connerie d’une sottise rare ! Ineptie d’un autre exilé français fasciné par New-York. Roy parle d’un « américanisme mental », d’une république mondiale des Lettres », un baratin baroque !
6-
Téléfilm Canada (agitez l’unifolié ici ) va changer : il faut faire des films populaires, il faut que les Canadians aillent les voir, il faut que l’industrie « canadian » se revitalise. Son nouveau président, (jeu de la chaise musicale, cooptation) M. Stursberg, va y voir. Neuf Québécois sur 100 soutiennent leur cinéma, pourquoi donc seulement deux Canadians sur cent ? Je le sais moi : il n’y a pas vraiment une « nation Canadian », à part quelques intellos « nationalistes » des universités, le Canadian est américanisé.
Et …jusqu’à l’os ! Good luck Richard Stursberg !
Jadis, lisant sur l’histoire de l’Angleterre du temps où le français était la langue officielle outre-manche, je me questionnais sur la chère jeune sainte Jeanne D’Arc boutant les « anglois » de France. N’a-t-elle pas empêché —séparant ainsi les deux nationalités, les antagonisant pour de bon— la langue française de devenir une langue internationale autrement hégémonique alors que l’espagnol monte sans cesse. Avec le temps, l’établissement en fière Albion aurait fini sans doute par imposer, par répandre le français dans les îles. Pas sûr mais fort plausible !
Eh bien, d’autres y ont songé comme Henriette Walker, par exemple, qui publie « Honni soit qui mal y pense » (Lafont, éditeur). Cette grande nation parlant français, de Londres à Berlin (ou quasiment), unie, aurait colonisé l’Amériques du nord de fond en comble. Imaginons cela : seulement de ce côté–ci de l’Atlantique, près de 300 millions de francophones ! Ajoutez à ce 300 millions, Angleterre, Écosse, Galles, Irlande probablement !, et, qui sait, tant d’autres pays d’Europe entraînés à cette époque par la force du français. Rêvons, ça ne coûte rien.
7-
Je reviens tout juste, pause obligée, du magasin de 17 h., de l’École hôtelière voisine. J’ai toujours un livre de poche installé dans la file. Ces temps-ci, le polar : « Pars vite, et reviens tard ». Surprise ce mardi, il n’y a que deux dames en attente de bonne bouffe ou… de déceptions disons car, parfois, leur menu est maigre ! Deux bavardes amènes et nous voilà trio jacassant. L’une vient du Plateau, milieu modeste, l’autre vient d’Outremont. Quoi ? Non, non pas de ce « Outremont-ma-chère », cette scie, car il y deux Outremont : le bas, au nord, et le haut au sud, plein de manoirs sur les coteaux du mont Royal. Les portes s’ouvrent et c’est rempli de belles offrandes. Ma nervosité ! Comme toujours, je remplis mon petit panier au grand complet et puis, je distingue, je calcule et je rejette pour les retardataires. Il y a Aile qui me gronde souvent : « Ah non, pas ça, pas ci ! »
Cette fois canard, cailles, potages frais…elle est contente.
Faudrait bien que j’en ponde une de mes dix histoires érotiques promises à l’éditeur Jacques Simard pour le marché français. Mais quand ? Le matin ? Vers 10 h., petit-déj, journaux, courrier postale, parfois travaux de maisonnée. Ensuite, lunch léger vers 14 h. Le soir ? Télé aux côtés de ma tendre Aile (« tendr’aile », mm !) avec les infos et/ou divertissement, surtout des documentaires, et lectures si c’est « plate ». L’après-midi ? De15 h. à 18 h. : Les courriels et mon journal.
Bon, c’est décidé, je couperai la poire en deux : le journal mais seulement après ces dix nouvelles « amoureuses ». Le romancier a des droits, non ? Ouen, me semble que je voulais peindre et ne plus écrire moi ? Un éditeur vous veut et voilà comment on est :on dit « oui ». Écrire, maudite passion !
Carmen M. du J. de M. me ré-expédie, enfin, quelques vieilles photos remises offertes de son interview sur « Je vous dis merci ». Note : « Je prends ma retraite. » Ma vadrouilleuse « mondaine » à l’ancre, comme tant d’autres vétérans, il me restera plus rien de ces fidèles supporteurs de ma prose annuelle. Me semblait que j’écrirais plus… la ferme Jasminovitch !

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