Le vendredi 8 mars 2002

Le vendredi 8 mars 2002
1-
Un matin gris. Le froid persiste. Bien avoir qu’en mars, il peut y avoir tempêtes de neige. La boucler. Attendre. Patientia! Mais hier, jeudi, rentrés de Montréal, belle sieste dehors au soleil, sur la galerie, bain de soleil ! Cousins sur nos chaises ! Revigorant en diable ! Nous revenions du lancement —salle sinistre du Musée-Rozon rue Saint-Laurent— d’une série d’émissions produite par le Canal D. « Debout les comiques » veut raconter le rire québécois. Bien fait. Ça ratisse large. Je figure —on m’a coupé, beaucoup, c’est la loi dans ces entreprises— dans le premier épisode qui sera diffusée la semaine qui vient. Je parle d’ Ovila Legaré (« Nazaire et Barnabé »), de Gilles Pellerin… Je m’entendais à « Debout les comiques », péremptoire, affirmer : « Faut être intelligent pour jouer l’imbécile. » En voiture sur l’autoroute, Aile et moi discutions là-dessus : « Est-ce qu’il faut être imbécile pour jouer l’intelligent ? » Oh ! Vaste étude non ?
Ce « Musée juste pour rire », façon moderniste actuelle, est vite devenu bien laid. Cette architecture (vogue dépassée j’espère) qui se veut franche, minimaliste, montre ses structures de métal etc. vieillit bien mal, on dirait, déjà, une ancienne construction des années de la Crise ! Même genre pour le TNM, rue Sainte-Catherine. Que de ferventes rencontres hier matin ! Mon cher ex-camarade de « La Roulotte », Buissonneau. On s’embrasse et il me dit aussitôt : « Claude, c’est fou, je viens tout juste de lire ton journal de 1987,1988, j’ai adoré ça. Ce « papotage », ces confidences, R., tes enfants, tes projets, les événements de ce temps, ah !, sais-tu qu’on a intérêt à lire du journal longtemps après publication (!) ? J’ai déniché, mon Claude, des souvenirs. »
Encouragé de tant de bon plaisir pris, je lui parle de mes « J.N. » et du livre qui en sortira (chez Trois-Pistoles ?) l’automne prochain ( janvier à juin). Mon Paul en est amusé. Il nous quittera vite après le visionnement —où l’on revoit son « Picolo » hilarant— car il est plongé dans sa mise-en-scène avec les textes de Tardieu. Je lui rappelle son chef d’œuvre —vraiment— du temps de « Quat’sous » avec le « Théâtre de chambre » du même Tardieu, poète surréaliste. Paul est pris aussi pour un troisième déménagement. Ayant quitté Habitat ’67, il s’installait, avec sa tendre Monique, à Pointe-Saint-Charles, ex-manufacture bien entendu. Cela lui ressemble tellement ! Rendu là, il découvre mieux, vraiment au bord du canal, —« des plafonds à 13 pieds mon vieux » ! Le voilà donc encore dans ses boîtes ! Ce diable d’homme, à 75 ans, rond comme une grosse pomme, déploie une énergie peu commune ! L’imiter.
Plaisir de revoir la Clémence nationale, une « comique debout » elle aussi ( de stand-up comic ?). Après la cérémonie et le buffet —chaud et bon— Clémence me prend les bras : « Tu nous donnerais une de tes aquarelles pour les malades mentaux, oui ? » C’est oui bien entendu. Je lui ai dit que mon David-à-Marco (à Concordia) étudiait la poésie québécoise dont celle de son vieux papa, Alfred Desrochers. Elle en est toute contente. Soudain la critique de télé, Louise Cousineau, me questionne : « Ta compagne, là, c’est quoi déjà son nom de famille ? » J’ai pas osé lui recommander d’écrire : « Aile ». Parmi les invités, Paradis des « Joyeux troubadours », Roger Joubert ( ex-comique de CKAC), Marcel Béliveau, discret, muet, organisateur des canulars de « Surprise sur prise ». Le rondelet Saint-Germain des « Cyniques », et qui encore ? Mon étonnement de bien découvrir que l’humour québécois, depuis « Radio-Carabins », « Carte blanche », « Le beu qui rit », depuis 1940 quoi, —« Zézette », « La poune », « Quelles nouvelles » (de Jovette Bernier),« Tit-Zoune », engendrait tant de folichonneries et, parmi ces farcesques pitreries, tant de « critique sociale » fort décapante. C’est bon signe dans une société, non ?
2-
Mardi soir, veille de notre départ pour la ville, vu, vidéo loué, un film d’anticipation curieux, recommandé chaudement un matin par Homier-Roy : « I.A. » pour « Intelligence artificielle ». Spielberg fait voir son monde obsessif. C’était un projet de Stanley Kubrick, mort avant de le réaliser. « I.A. » sort d’une simple nouvelle donc d’un bref conte. C’est un long —un peu long métrage fascinant souvent. On aurait dû mettre « Sentiment artificiel » puisque c’est le récit d’un robot capable de s’émouvoir, de s’attacher. Nous sommes en l’an 3000.
Le jeune héros de « I.A. », David, un « robot sensible », garçon étonnant pour une machine cybernétique, est joué par l’extraordinaire gamin du merveilleux film « Le sixième sens ». Ce jeune acteur, Haley-Joel Osment, nous séduit, nous envoûte totalement. Il a une bouille qui fait merveille. Pourtant sa mère adoptive (le mari lui offrait ce drôle de jouet, quasi-humain, en compensation pour un fils perdu) ira l’égarer en forêt ! L’autre fils, perdu et retrouvé, développant une féroce jalousie, avec menaces, la maman fait le sacrifice de ce « jouet » hors du commun. On songe au fameux « Petit poucet » de Perrault !
Ce David-robot en sera inconsolable, amoureux fou de cette jolie maman d’adoption. Débute alors vraiment le film de Spielberg, sa sauce habituelle, celle de « E.T, de « Close encounter…», de « Jaws » Travail, famille, patrie : la droite des conservateurs. « Famille, je vous aime » ! Spielberg c’est un Walt Disney, aussi sucré, mais moderniste : moyens neufs, infographie étonnante à plein, effets spéciaux renversants, mais le « gluant » de la sentimentalité : « maman mignonne, bon papa, l’enfant chéri !
C’est très « américain » ? Ou mondial, car ses films ont eu du succès partout. Voici soudain un tuteur, un initiateur, robot-galantin, et on pense à « Oliver Twist » maintenant avec le « vieux » voleur à la tire !. Ce gentil Jos-robot, un « mac » programmé (très bien interprété), va aider le jeune David à retrouver sa cruelle mais chère maman adoptive ! Scène fantastique quand les deux découvrent un immense site clandestin où l’on détruit, devant des foules sur estrades, ces robots humanoïdes qui sont un défi au Créateur. Autres inoubliables images : ce dépotoir de « pièces usagées » où des robots abîmés viennent, la nuit, se changer des pièces, mâchoires fracassées, œil, bras, main, pied. La fantastique montgolfière illuminée ( salut à « Close encounter… ») avec sa nacelle de « tireurs à vue » sur ces clochards bourrés de puces électroniques…Oh ! Étonnant morceau de bravoure par les graphistes du jour.
Donc, plein de clins d’œil aux conte universels. Ainsi David sera un « Pinocchio » futuriste qui n’a qu’un rêve : devenir un garçon comme les autres avec une maman qu’il chérit tant. C’est William Hurt, si bon acteur, qui joue le rôle ingrat du « docteur Frankenstein », le créateur de ce David.
Je ne dirai rien de la suite. Une fin ave clin d’œil au New-York dévasté de « La planète de singes ».
3-
Fait curieux, mon Daniel avait pondu (1990 ?) des textes sur ce sujet. « Douze Heures », son projet de télé m’emballait tant que j’avais tenté, en vain, de collaborer à sa concrétisation. Le metteur en scène surdoué, René-Richard Cyr, —un temps lecteur de projets à TQS, où on avait soumis « Douze heures » à une directrice des programmes, « Madame Legris »— avait voté chaudement en sa faveur, appréciant ce robot humain qui découvre les facettes de la vie réelle.
En vain.
Alors, j’avais offert « Douze heures » —ce titre puisqu’il fallait recharger ce « Pinocchio » à toutes les douze heures, comme, disons, un caméscope— au fils de Jean Lapointe, puis au fils de J.-P. Coallier, ainsi qu’à René Simard, tous trois alors jeunes acteurs fort capables d’incarner ce jeune homme cybernétique, candide et sensible. En vain mon parrainage et j’en suis toujours fort déçu. Mon fils se mettra au design de ses « jeux de société » et avec succès. Je ne sais pas si, lui, y pense encore. Avec son « Douze heurs » pas de Disney attendrissant, pas « maman, papa », mais beaucoup d’humour, des vues sarcastiques sur nos façons de vivre découvertes par une machine humanoïde innocente.
C’est la vie québécoise. Je songe parfois que, mon Daniel citoyen américain, ce projet…. Bon. Me taire.
Actualités : entendre, au sermon de Notre-Dame, l’aumônier tutoyer la veuve (Annick Royer) du policier tué (Benoit L’Écuyer) par une jeune bandit m’énerve. Le ton des maternelles, des garderies pour une adulte ? Le ton des employés en Centres d’accueil. Brrr…mon épée me démange ! Je déteste cette familiarité paternaliste, dominatrice au fond.
Forte chronique de Foglia sur ces funérailles « nationales » pour un gendarme tué « en service ». Qu’il est souvent brillant, quelle chance a « La Presse », en est-elle consciente ? Ce matin,
Le même sujet par…non, pas de nom, une chroniqueuse (même journal) pas mal moins douée que Foglia et qui n’a aucun courage, elle, face à ses correspondants scandalisé de ces grandioses funérailles. Elle publie tous leurs griefs populistes et n’écrit que des « je ne vous suis pas » !C’est cela « en avoir ou pas »…du talent !
4-
On présente (le Lion d’or) « Monologues du vagin », c’est donc subtil. Des féministes applaudissent. Quoi, on parle bin assez du pénis ! Argument con. L’imbécillité passe dans le camp des femmes…qu’il faut désormais respecter, oui, en finir avec la femme-objet et j’en suis. Alors, ces vagins à qui on donne la parole ! Animisme de connards : Disney, cucul la praline, faisait parler les fleurs, les papillons, les gazelles si kioutes…On fera parler un nombril bientôt ! Oui, animisme bien con !
En Belgique, il y a eu un film, initié par feu le bédéiste Topor, assez désaxé merci, où le pénis s’exprimait (celui du marquis obsédé, Sade), film hélas produit par mon ami Van Beuren. Cette humanisation d’un organe spécifique me hérisse.
Pourquoi pas, bientôt : Les monologues d’un rein ? Ou d’un foie? D’un pied ? Du gros orteil ? Le verbe donné, non plus à la pensée, à l’intelligence, mais à un membre, un organe biologique, du corps humain me semble d’un infantilisme total. Niaiserie puérile qui excite les coureurs de fausses audaces toujours en mal d’avancées sur la planète des déboussolés.
Parlant de déboussolage : zapettant, je tombe sur le « preacher » Roger Drolet mal confessé par un Pierre Marcotte jamais bien informé, au canal communautaire Vox. Le drôle Drolet est un jacasseur impénitent. Avec idées courtes et philosophie bonhomme. Pécheur converti, il joue « les directeurs de conscience » populistes, jadis à CKVL, maintenant à CKAC, tard le soir.
Du temps de la radio de CJMS, Paul Arcand m’entraîna manger chez lui à deux reprises. Bonne bouffe de sa jeune, jolie, et charmante épousée qui lui sert de secrétaire zélote. Plaisir de le taquiner férocement. L’homme, plus érudit que cultivé, émet des sentences définitives sur l’état de la société. Face au bon bougre Marcotte, toujours un peu hors-sujet, Drolet se haussa aux combles de l’incohérence car, avec Marcotte, pas de « track » ferme, aucun plan d’interview. Ça roule « au petit bonheur la chance » avec approximations fantaisistes, je le sais, je suis passé sous ses fourches (pas caudines mais) molles du canal 9.
Drolet, qui s’illustre mensuellement sur la scène du cinéma Château, fait voir une misanthropie niaise : « Le monde est fou, il va à sa perte, il n’y a que l’amour de « la femme soumise », etc. »
On se croirait chez un ayatollah de comédie ! Totalement réactionnaire, ce « poujadiste-de-salon » (italianisant), a fini par racoler quelques centaines (500, 800 ?) de frileux —fragiles blessés de l’existence sans doute —qui ne demandent qu’à payer pour entendre ses fatwas. Le Vatican est plus à gauche que lui, ce n’est pas peu dire. À un Marcotte visiblement renversé par ses assertions, mon Roger Drôlet montra les photos —de son ami Proulx, comme lui poujadiste inflationniste— de son bien joli bunker, un ex-petit couvent de nonnes en voie de rénovation.
5-
Mercredi matin, j’ai foncé dans la « commande Simard » et j’ai rédigé une première brève (7 pages) « nouvelle érotique » intitulée : « Rachel au pied de la Trappe d’Oka ». J’ai 21 titres devant moi. Jeudi matin, hier, dépôt du texte, pas loin, en face de chez moi, là où logent (temporairement) les bureaux du Simard et de ma belle bru, Lynn, la relationniste de ces éditions populaires. J’ai dit à la secrétaire que j’allais attendre le verdict de Simard avant de continuer. Au cas où ce dernier souhaiterait des « cochoncetés ». On ne sait jamais…
Hier soir, jeudi, mon « Nouvel Obs » sous le bras, 45 minutes d’attente —je voulais le premier choix absolument— au comptoir de l’École hôtelière. Maintenant je me pose des questions : serions-nous des cobayes au fond ? Y a-t-il un inspecteur en aliments là ? Est-ce qu’ il y a des risques à dévorer les « devoirs » des élèves, leurs chefs fussent-ils ultra-compétents ! C’est qu’il nous vient des digestions fort laborieuses assez souvent avec, pour moi, recours au Pepto-Bismol. Aile : « Il y a leurs riches sauces, ils y vont fort je crois ! C’est bon mais… »
Ça y est TVA et TQS refusent les verdicts des « pairs » (mon œil !) et bouderont carrément le prochain gala Gémeaux. Il y a eu risque…d’entraînement par les producteurs indépendants (mon œil, ils fonctionnent avec notre argent public via Téléfilm). Ces « privés » (mon œil encore !), nous apprend Louise Cousineau ce matin, se sont fait parler dans le creux de l’oreille par un « boss » de Téléfilm Canada, Robert Roy. Ce dernier fut un des co-fondateurs de la patente-à-Gémeaux et aurait insisté : on veut de la ristourne à nos subventions, et le « prestige » —mon œil, c’est le public, pas ces « pairs » anonymes de mes deux…qui fait les succès au fond— du dit gala, c’est de la ristourne. Rêvons.
6-
« On cold blood » encore ! Hier, l’horreur à Laval. La nuit. Rue tranquille. Coup de pied dans l’entrée. Coups et blessures. Baillons et cordes. Un Couple âgé agressé. Vol des portefeuilles. Puis viol d’une visiteuse du couple. Voilà Aile énervée : « Tu te rend compte, ils ont défoncé la porte et bang ! vite, vos cartes de guichets, vos nips. Ça pourrait nous arriver ici, non ? » Que dire ?
Le cinéma, parfois loin de « I.A. », très loin de Spielberg. Une ex-étudiante en scénographie. Vient de faire un film. Il y a « ma tante Mado ». Roland s’est suicidé, époux qui brutalisait, qui buvait comme une éponge et qui s’est tué. Cette nièce, évidemment, a vécu parmi ces gens. Pas besoin de création, pas besoin d’écrivain, d’aucun scénariste. Elle fera un film de famille. Confessions acceptées. Mère veuve, fille cousine, raconter les malheurs et…. peut-être les petits bonheurs malgré l’atmosphère. C’est encore et toujours ts « loft story », reality show, big brother mais la caméra…pas cachée cette fois !
Silence, ma tante, ma cousine, on tourne ! La Fellini, la Arcand du jour va les faire parler. Un docu-vérité de plus. Que l’on finira par voir un de ces jours sans doute, au canal « ché pas quoi ». Je lis le reportage ce matin, on y dit qu’il n’y aura pas de « procès à ce Roland irresponsable » ! Ah bon ! Oui, vous saviez pas, on a trouvé le coupable : « C’est la société ». Écrit en toutes lettres : « La société » ! Moi, cette vague, magique, conne et facile accusation commence à me donner de l’urticaire, pas vous ?
Guy Lafleur, la tête sur les épaules, donne un bon verdict sur le hockey. Trop d’équipes. Partant, trop de joueurs bien « ordinaires ». 30 clubs ça n’a aucun sens, nulle part. Vérité . Le jeu défensif d’aujourd’hui :plate ! Manie d’envoyer sans cesse la rondelle au bout de la patinoire puis de courir après ! Oui, ennuyeux !Si vrai ! Un jeu « plus offensif, plus créatif », dit-il, est indispensable. Il sait : c’est une affaire d’argent, on ne va défaire des clubs, on ne verra pas ça de sitôt, dit « Guy, Guy, Guy » !
Un livre, un autre, raconte sa vie de joueur-étoile. La biographie de Georges-Hébert Germain m’avait paru assez parfaite. Le commerce ? Une affaire d’argent, Guy ?

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