Le samedi 16 mars 2002

Le samedi 16 mars 2002
À CŒUR OUVERT
1-
Merveilleux moment chez Rioux-Cuillierier hier soir, rue Hutcheson, quand le couple a déployé devant nous une longue reproduction du « Rosa Luxembourg » de Riopelle qui vient de trépasser ! Je voulais démonter que ce n’est pas du tout une murale mais une juxtaposition de tableaux sur un même thème.
Grande beauté tout de même, suspendue aux quatre mains de os hôtes dans la salle à manger. Ces oies blanches aux contours soufflés, évanescents, par bombes… aérosols nous disaient : il est mort maintenant ! Un « in memoriam » de circonstance dans l’appartement chaud de Pierre-Jean. Chaud car encombré, bohémien, pas « design » du tout, Dieu merci, avec souvenirs aux murs sur des tables, caravansérail, foutoir visuel qui me convient tout comme chez les Sabourin, rue Clark, —présents hier soir, Diane et Jean-Guy S. furent entraînés dans un débat fou. Aile présidait notre débat. Thème survenu je ne sais plus comment : l’homosexualité, inné ou acquis ? Gène ou effet de culture ? Carole R., une psy, thérapeute émérite, se mit en frais de démolir, à Aile et moi, notre conviction que l’inversion sexuelle viendrait du bagage génétique, (pas une orientation due à la mère « qui voulait une fille », ou au père désirant aussi « une fille » et, encore moins, un choix), mais une fatalité de naissance.
Les arguments volaient dans l’odeur du bon café… après les bons jarrets de veau —recette de « calcination modéré » exotique— et rizoto avalés, arrosage de gorgotons avec bons vins rouges.
La présidente autoproclamée, Aile, plongeait volontiers dans le débat. Mon bonheur, on sait comme j’aime la polémique ! On s’enflamme. Trois pour l’ « inné » (Diane, Aile et moi ), trois pour « l’acquis » (P.Jean, Jean-Guy et le « docteur-Carole ») ! P.-J., volontiers « basique » court cherche un dico. Le ton monte. Injures en bordure. Frontière d’intolérance verbale. Des cris ! Piques et horions! Moi et le « Spooner » on finit par dire : « peut-être ». Voilà la bonne position. Si les chercheurs (CALIFORNIENS) en chromosomes déclarent bientôt: eureka !, c’est un gène l’homosexualité, on s’inclinera tous les deux. Si l’on conclut :c’est de l’acquis, c’est culturel, on s’inclinera aussi. Chercheurs cherchez !
En fin de soirée, les trois couples racontent la crainte des visites des voleurs : à l’Île Dorval (Oh !), les Sabourin, dans un rang au sud de Sutton, les Cuièllerier, à Sainte-Adèle, Aile et moi. Des petits bourgeois « à résidence secondaire » quoi, et qui craignent les vandales.
2-
Jeudi soir, bouffe à « La sirène » avec Josée, revenue de Salt Lake City sans compagnon… mormon et qui s’inquiète beaucoup d’une grève menaçante à la SRC (vote samedi, aujourd’hui). « J’ai besoin de tout mon salaire ! » C’est un vaste restau aux lumières à pleines salles (comme en Italie, ce qui nous surprenait, Aile et moi, en ’80) ! Proprios ? Des Grecs. Fruits de mer variés ! Pas trop chérant, rue Jean-Talon, à l’ouest de Rockland, —tout proche de notre pied à terre du Chemin Bates— ce « La sirène » offre de la pieuvre. Miam ! Un régal ! Mieux que les calmars, moins caoutchouté ! Clientèle de Ville Mont-Royal, beaucoup d’Israélites, Syriens, Grecs, Libanais, etc. Beaucoup de vieillards, femmes et hommes, silhouettes de richards calculateurs…Des enfants en masse. Un lieu animé, je vous jure. La fédéraste Lysiane Gagnon de La Presse s’amène. Raideur. Josée et Aile : « vous vous saluez pas, rien ? » Non. Ça pourrait mal tourner.
Un voisin de table fume, comme moi, des More au menthol, paquet vert, clin d’œil de connivence. Puis, debout, le fumeur : « Content de vous voir. J’admire votre franc parler. Bravo ! » Autre voisin : le riche Pédégé de Sogides, Pierre Lespérance. Nous causons un brin près du péristyle en rotonde à la décoraton « flashy » greco-moderniste. Souvenir :sa soeur , S., béguin fou, baisers volés —La jolie S. va à l’école de cet hurluberlu de « monsieur Tudon » (voir « Je vous dis merci »)— caresses derrière la gargote de papa. Nouvelle flamme quoi…—me voyez-vous beau-frère du Pédégé-Crésus aujourd’hui, éditeur important— et l’idée de changer de « blonde » mais la « fiancée » du moment surviendra : « Je suis enceinte, je sors de la pharmacie. » Oh ! Enterrement rapide du béguin en gestation, éloignement de cette …sirène… et réservation d’une date de mariage et vite !
3-
Avant « La sirène », suis allé dans le nouveau-Rosemont visiter ma quasi-jumelle, Marielle. Un plein sac de livres lus. Son contentement. Son Albert —sors-moé donc Albert— en forme. On croque des rouleaux de chou chinois, un Pernod, mon ancien « drink » familier, on regarde des photos du « Picola » où l’on fêtait Marielle en janvier. Offre d’un classeur à quatre tiroirs. Deux heures de jasette ad lib. Aile est à ses courses ave sa vieille Jetta.
Quand je quitte leur rue Ephrem-Longpré, l’horreur : miroir dans l’escalier, sur le trottoir, dans la rue, glace sur les autos, verglas partout. Gratte, gratte, gratte, et je finis par repartir vers « La sirène ».
Jeudi midi, courriel du Cardin qui veut raconter « son » Ahuntsic, il a découvert les J.N., l’« à coeur de jour » :
« Des parcelle de vie charmantes, l’impression d’être votre voisin, votre ami, quelqu’un qui partage votre vie » Justement ce que je voulais, ce que je souhaite. Content. Cardin me remercie encore de l’avoir secoué, encouragé, fouetté ( pas méchamment) et lui qui s’était dit « en panne », voilà qu’il m’imagine maintenant présent à son lancement. Parlez-moi de ça ! Une dame Tremblay, journaliste et mère de famille, voudrait mon aide en vue d’un bouquin où elle va défendre le beau rôle des femmes qui décident de « rester à la maison », d’élever des enfants. Je lui explique que je déteste jouer ce rôle de tuteur des écrits d’un autre, que je n’y crois pas du tout. On a le « virus » d’écrire ou on l’a pas. Il faut se jeter à l’eau. Riopelle, le fou de lumières (de couleurs, c’est la même chose )déclarait : « Un virus, la peinture, une maladie, on attrape ça et on n’y peut plus rien » . Vérité.
4-
J’ai débuté, excité, la lecture du « Journal » de Françoise Giroud, l’année 1995. Déception. La célèbre journaliste parisienne ne s’y révèle nullement. De jour en jour, elle ne fait que commenter les actualités lus dans les gazettes. Et rien d’autre. B’en ! Cela devient un livre de réflexions, d’essais brefs. Ce n’est pas cela un vrai journal. Il doit y avoir aussi des « entrées » où le diariste doit nous faire voir sa vie ordinaire, les éphémérides de son existence sinon c’est autre chose. Pas un « journal ».
Vu un autre épisode de « Tabou ». Portal et Houde y jouent fort bien. Mais…il n’y a qu’une seule intrigue, cette mètre qui est obsédée par sa fille portée disparue il y a sept ans. Alors ça piétine, c’est redondant , c’est répétitif. Excellent sujet pour « une » émission, un film. Pas pour un machin à épisodes !
Vu aussi un épisode nouveau de « Fortier », série à enquêtes policières où un limier féminin est aussi psy. Cette femme, apparemment un peu bêta, gourde, trouve toujours, seule, les tenants et les aboutissants des crimes en cours. Elle est la seule brillante de la station de police. Les camarades du détective Fortier —l’intuitive géniale—sont tous des hommes plutôt bornés.
Farouche Fabienne, ainsi, sublime son féminisme ?
Et aussi la psychologie !
Son compagnon de vie, c’est très publicisé —par exemple, elle l’a amené, chez Arcand— est un psy ! Ça me fait rigoler, savez-vous !
Sa dernière histoire, celle d’une fausse timide, infirmière ou laborantine, frêle d’allure, grande maigre quoi, névrosée, psychosée même, qui tue plusieurs femmes enceintes, —quelle vigueur !— qui arrachent les fœtus des ventres, est tarabiscotée en diable ! Du Stephen King dévoyé ! « Monsieur Larouche », le psy, la conseille-t-il bien ?
5-
Un certain « ex-gambler » repenti, Raynald Beaupré, se soignant de son « vice du jeu », écrit partout qu’il est inquiet de ce nouveau patron de Loto-Québec. L’ex-pédégé de la Régie des alcools, passé de la « dive bouteille » au vice du jeu étatisé, annonce qu’il veut diminuer les offres au « gambling », qu’il va réduire le nombre de machines maudites, qu’il va donner plus de secours aux compulsifs… et autres vœux pieux face à cette organisation maléfique, scandaleuse, qui rapporte plus d’un milliard de belles piastres aux coffres de l’État. Hypocrisie rare !Il n’y a qu’une vérité : l’État profite de cette « maladie ». 30% des profits venus de 2% des « gambleurs » maladifs. Point final. C’est un État-mafieu. Point re-final. C’est l’État maquereau. Une maquerelle publique qui veut se travestit avec des allures de bonne dame « patronesse » digne ! Allons !
Conte bref, intitulé : « Donnez-moi de l’Oxygène ! » Claude Roquet (de Investissement Quebec) avertissait la ministre Marois : « méfiez-vous des démarcheurs chez « Oxygène 9 ». Là où régnait un ex-petit-copain du pouvoir, un ami intime du ministre « pleureuse », le Gilles Baril démissionnaire en larmes ! Questionnée à l’assemblée nationale, Marois ne confirme ni n’infirme ! Oh la la ! Un conte noir. Les amateurs de subventionnite aiguë —avec % aux démarcheurs— doivent rire sous cape.
Et voilà le maire Gérald Tremblay, ex-défusionneur— élu par les blokes effrayés, pris encore (déjà !) dans un deuxième tipatouillage-à-favoritisme ! Ensuite on entendra : « Danger pour la précieuse démocratie ! Les gens n’ont plus aucun respect, aucune estime pour les élus ! » Ben !
Comme on entendra : « Faut pas attaquer le monde religieux. C’est important dans une société la spiritualité, vous savez ! »
Ensuite ? On lit qu’un juge californien (Sans Francisco), David Garcia, remet en liberté un prêtre catho accusé de 224 accusations de pédophilie. « Ça fait si longtemps de ça (1965-1980) », dit mossieu le juge Garcia. Le révérend abbé Patrick O’Shea, 69 ans, sortira donc de sa prison où il attendait la « clémence » depuis deux ans. C’est aussi un escroc : vol de 150,000 $ à l’Église catho. La procureure, écoeurée, Linda Klee, déclare que cette libération pourra autoriser l’abandon de 13 autres causes de pédophilie. Elle veut aller « en appel ». On suivra ça !
6-
Un samedi ensoleillé : installation sur nos transat signés « Lafuma », dehors. Je lis le dernier numéro de « l’Actualité ». Un long reportage de Micheline Lafrance. Interviews avec quatre ou cinq auteurs d’origine diverses. Toutes, absolument toutes, ne parlent que de leur pays d’origine, ont publié des histoires de leurs anciennes patries abandonnées, écriront de nouveau sur leurs contrées d’origine, ont des projets pour faire revivre leurs souvenirs de leurs pays d’origine. Une face grotesque. Micheline L. de « l’Actualité » n’y voit rien d’anormal, de bizarre. Pas un seul petit commentaire à ses questionnées, ou questionnement du genre : « Mais ici, maintenant, avez-vous envie d’écrire sur ce que nous sommes, nous, vos nouveaux concitoyens, rien sur le pays québécois où vous allez devoir vous intégrer, veut veut pas,, les chocs, les accords, les découvertes, les harmonies, les différences, les difficultés, les hostilités ou les accommodements, les rencontres fertiles.
Sinistre, lamentable, très attristant paquet d’entrevues. Instructifs aussi : on ne vient pas s’installer parmi nous pour échanger, nous mieux connaître. Mais non, on vient pour mieux vivifier le choc des ruptures. Examiner les blessures de l’exil. Point final. Nous n’existons pas (83% de la population !) pour les Aki, Tecia, Elena, Sonia et Abla ! On se fait subventionner (via les éditeurs aussi) pour raconter par les détails, le territoire fui, abandonné, quitté !
Quelle pénible farce ! Bulgare, Chinoise, Japonaise, Georgienne…toutes, elles pourrait s’interroger dans leurs ouvrages sur « qu’est ce que c’est Québec » ? Non ! Rien ! Pas une seule n’a envie d’écrire sur leur patrie d’adoption, le Québec. Lamentables et « racistes » comportements nostalgiques. Moi, écrivain m’installant disons en Espagne, je tenterais d’écrire surtout, d’abord et au plus tôt sur mon nouveau pays, l’Espagne. Ma patrie d’adoption.
Mais non, les subventionneurs encouragent ces écrivaines émigrées à gratter les vieilles plaies, à ne rien oublier de leurs anciennes racines, et à refuser de s’intégrer. Je dénonce ce cosmopolitanisme vicieux à la mode, oui, je parle de cette sinistre fascination —en médias— à sauce internationaliste. De cette émerveillement de « colonisé. » dans le « Écrire » qui va paraître sous peu. Je craignais que « la chose » soit en train de se corriger et que je serais « hors propos. Non, le long article complaisant et sucré de Micheline Lafrance de « l’Actualité », me prouve que je frapperai dans le mille. Personne pour dire aux Aki Shimazaki, Tecia Werbowski, Sonia Kaleva, Abla Farhoud que nous serions normalement curieux de lire sur leur adaptation québécoise, leurs « arrangements » depuis leurs « dérangements » obligés.
Voilà à quoi on a fini par aboutir avec cette politique —initié par Trudeau le centralisateur qui voulait nous diluer, manigances poursuivies par les fédérats— la propagande du « lécheculisme » multiculturel.

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