Le vendredi 22 mars 2002

Le vendredi 22 mars 2002
1-
Si ça a du bon sens, à mon âge, devoir enlever toute cette neige tombée hier et dans la nuit ! Mes reins ! Le malheur des uns…Daniel, mon fils expert en « ordination », téléphone :
« Youpi ! Quelle merveilleuse neige-surprise ! Lynn a congé et moi, le travailleur autonome, je m’en donne un. On monte à « Avila », à Saint-Sauveur, pour faire du ski. Je peux faire un arrêt chez toi, si tu veux papa. As-tu besoin de mes conseils ? Ton ordi ? Tout baigne ? » Je lui explique que nous descendons en ville après le lunch car je dois, aux aurores samedi, prendre le minibus pour le Salon du livre de l’Outaouais, mon nouveau livre estampillé « éditions Trois-Pistolles »sous le bras !
Occasion de le questionner : « Comme ça, tu as refusé de venir avec ton père chez Lisa Frulla causer « père-fils » ? Il explique : « J’ai pas ton savoir-faire et aller à la télé m’énerve toujours beaucoup. Quand c’est utile pour la promotion de mes jeux de société, j’y fonce. Mais là…En gang, pour trois minutes de micro chacun, j’ai dit « non ». Et puis, ayant cesser de fumer, c’est dur, alors j’évite tout source d’énervement, tu peux me comprendre ? ». Oh oui, je le comprend ! Je l’envie d’avoir pu (lui et sa Lynn) stopper le bonhomme Nicot !
2-
L’amie Josée l’autre jour : « Claude, je t’ai entendu à CKAC, t’étais bon mais ton Riopelle en « petit-gars de la rue de Lorimier », pouah ! On va-t-y lâcher cette expression cucul ? Le tit-gars de Baie-Comeau, le tit-gars de Shawinigan ! Riopelle en tit-gars, Claude, franchement ! » Elle a raison. D’où nous vient cette manie des p’tits-gars ? Me corriger. On devrait cesser de « ne pas en revenir » qu’ un (une) des nôtres se signale dans le monde et nous sentir obligé de spécifier qu’il vient de che-nous, d’un quartier modeste, d’un humble village. Y a plein de tites-filles de Charlemagne qui ne seront jamais des Céline Dion. Pis ? Cette vedette de la pop-musique n’a aucun mérite d’être née là. Il n’y a que ses efforts, son ambition, son travail intense sa farouche volonté…
3-
Terminé ce journal de Françoise Giroud. J’ai aimé écornifler dans son existence de 365 jours d’une année, 1995. J’ai mieux connu une très, très grande bourgeoise, tempérament centre gauche, socialiste de salon, caviar-vison, comme son cher Mitterrand. Elle se livre volontiers sur mille et un sujets, petits, anecdotiques, moyens (les grèves à Paris) et graves (les conflits de cette année-là) : Bosnie, Rwanda, etc.
Journaliste célèbre, —ayant toujours sa chronique vans l’Obs pour la télé— elle doit répondre sans cesse à des demandes d’articles étonnantes, assister à des premières un peu partout, concerts, opéras, théâtres, aller dîner avec des sommités, en médecine, en psychologie, en politique, en littérature. La chanceuse. Elle fait des rencontres stimulantes souvent. Ici, hélas, pour bibi, c’est plutôt le calme plat. En tous cas, vive le journal. Vive les diaristes.
J’ai terminé aussi, lecture en diagonale car des chapitres sont un peu niais, le livre « optimiste à tout crin » de Christiane Collange : « Merci, mon siècle », Fayard éditeur. J’ai pu y glaner du gros bon sens (j’aime tant cela) et saisir une fois de plus les progrès étonnants et merveilleux du siècle dernier. On l’oublie. La liste vous surprendrait. Collange en fait un bilan précis et les gens de mon âge, avec elle, admettent que malgré les deux guerres atroces, des tas de découvertes ont radicalement amélioré nos vies. Ça fait du bien de le constater. Nous revenons, nous tous les 50-70 ans, de très loin, en France comme ici.
Oh, j’oubliais, dans « Chienne d’année » (Seuil, éditeur) la Giroud soudain —entrée du 31 octobre 1995— raconte la quasi-victoire des Québécois indépendantistes. Elle dit « sur 47 millions de voix… », aïe ! C’est 40 millions de trop ! Coquille ? Elle publie : « Il y a quelque chose de romantique, de sentimental dans ce désir d’indépendance. Les Québécois ne sont pas opprimés, colonisés, exploités. Ils sont humiliés. »
Voilà comment nous sommes perçus. Vue de Paris ? Ou de partout ? Giroud —et combien d’étrangers ailleurs ?— ne saisit pas que l’on forme une nation et qu’une nation a besoin d’un pays constitué, peu importe le confort accordé par l’autre nation. C’est triste de constater si souvent que des « cousins » culturels ne voient pas la longue et si difficile lutte de résistance de ce 2% de francophones, isolés dans un océan anglophone tout puissant.
Tenez-vous bien, Giroud nous sert le rituel : « …comment ne serait-on pas sensible à leur attachement au français, qu’ils parlent avec ce drôle d’accent venu du fond de nos terroirs » Oh la la !Sentez-vous le paternalisme parisien ? Sentez-vous la superbe parisianiste ? Ils sont charmants avec ce côté terroir ! De braves paysans quoi ! Non mais…
Je vais rependre maintenant le Kessel-voyageur et, au lit, ce « Parfum de cèdre ». Ensuite, plongeon dans le journal (ah !) d’Hervé Guibert. Lire c’est voyager. Sans cesse. Comment font ceux qui ne lisent pas ? Un masochisme, un mystère profond à mes yeux.
4-
La boxe, cette horreur ! Mais…il y a ce Éric Lucas , voisin laurentien de Sainte-Lucie (un « tit-gars »de… !). Combat probable le 8 juin, à Washington. Dans le cadre du match Tyson-Lewis. Sa main droite amochée guérit, dit « Interbox ». Le champion Lucas doit défendre son titre chez les « super-moyens ». Je n’en démords pas :c’est un sport qui devrait être interdit. On devrait mettre en prison ses organisateurs pour « refus de secourir personne en danger ». Le code pénal s’appliquerait, non ? Et puis, je croise les doigts et marmonne : « pourvu qu’ Éric Lucas gagne à Washington, le 8 avril ! »
On est idiot avec nos contradictions, non ?
5-
J’avais préparé un petit dossier explosif pour démolir les thèses « pro-canadians » du mari de la Vice-de-Reine, John Saul, à propos de son avant-dernier livre sur les « jumeaux » que nous serions malgré nous, anglos et francos. Je m’étais équipé solidement pour le ridiculiser à fond lui et ses oublis pratiques sur tant d’aspects de l’histoire du Québec, sur nos différences fondamentales. Jumeaux de mes deux…
Le temps passe, on est pris par d’autres sujets de controverse et mon Saul l’a échappé belle. Des menaces ? Un vrai « Popeye » hein ! Il y a pas longtemps, à « L’institut du Dominion » (ouash !) l’époux du Vice-de-la-Reine a encore entonné ses antiennes crypto-fédéralistes encore.
Selon Saul, l’état-nation (lisez Québec) est une idée des années 1800, pour ne pas dire des années 1300 (sic). Une approche monolithique, insiste-il. Il admire sans vergogne la « complexité » de son Canada actuel (!). Rectitude politique oblige : Saul prétend que les aborigènes, les autochtones quoi, forment la base solide d’un triangle (incluant francos et anglos). Non mais…
Saul dit qu’on oublie trop cette base… « sauvage ». Il a repris, à Vancouver, avec ses « conférences Lafontaine-Baldwin » son radotage utopique. À savoir : ça va mieux, on reconnaît de plus en plus l’apport des Amérindiens, cela d’un océan à l’autre, incluant le Nunavik. Cela va enfin nous défaire de l’idée, nuisible à ses yeux, que le Canada doit tout aux Européens, nos pionniers. C’est son dada, à bas nos racines en Europe ! C’est « politique ». Avec ses « jumeaux », ses siamois de force, il frappait son vieux clou mou : Français de France ou Britanniques d’Angleterre, ça ne valait pas cher. Les autochtones, eux, surent nous révéler à nous-mêmes. Vraiment ? De là sa marotte des aborigènes en fondateurs d’importance du Canada, socle précieux, indispensables fondateurs à nos côtés.
Ils s’en crissaient-y et pas à peu près du Canada !
Vive ce triangle vanté ! Un rêveur ? Non, mais non, un arrangeur intéressé. Un petit malin, —stipendié— mercenaire fédérat subventionné, qui veut nous berner, surtout nous faire abandonner la lutte pour une patrie québécoise.
Un lutteur hypocrite contre le nationalisme québécois si dérangeant pour la paix « canadian ». Saul en travestisseur de la réalité. Ses moyens : têtage des Rouges d’une complaisance ébouriffante. Le vrai c’est que, on le sait bien, hélas, les colons, les pionniers, —anglais après la Défaite de 1760—, se fichaient complètement de ces nomades démunis d’ici. Un Amherst organisait ses lots de couvertures contaminées, génocide. Évidemment, explorateurs-marchands, navigateurs-commerçants trappeurs, chasseurs —comme leurs prédécesseurs français— ont appris quelques trucs des indigènes. C’est partout pareil, en Afrique comme en Indochine, messieurs les colonisateurs, non ?
Au fond, nos blokes ont tôt fait que cette minorité négligeable soit installé en ghettos maudits, en réserves racistes, les transformant en demi-parias. Saul le sait. Il joue un jeu politique à la solde d’Ottwwa.
Gênante réalité têtue ! C’est cela la vérité. Sa honteuse « récupération » —« ils furent essentiels et blabla bla »— est une façade, un leurre à imbéciles, une astuce de néo-fédéraliste ? John Saul avec sa grosse « gomme à effacer » la réalité n’y changera rien. Sa bataille à retardement pour déguiser, masquer, maquiller stupidement l’histoire est une entreprise candide.
Il déclame dans sa « patente Lafontaine-Baldwin » : oubliez donc, anglos comme francos, vos racines et songez que sans nos « bons » sauvages, le Canada n’existerait pas ! Fort de tabac indien !
Quelle cloche ce Saul ! Son gros jupon dépasse, cachant bien mal sa volonté de nous diluer, de nous noyer —comme les Baldwin, MacDonald et Cie avec la traîtresse complicité des Lafontaine, Cartier, « Sir » Wilfrid Laurier et, aujourd’hui, Stef Dion, oui nous diluer. Empêcher notre patrie française en Amérique anglophone de naître.
Sur son tablier d’artisan en niaiserie, le toutou de la Vice-de-la-Reine d’Angleterre, est brodé un totem de carnaval. On y lit : « accrochons-nous à nos autochtones pour devenir une nation nouvelle ». Ce fou illuminé n’est un gamin gâté à épouse voyageuse, qui va partout déguisé en petit indien, plumes à cinq sous, collier de perles. Il répète : Vive les indiens et son arc du bon sauvage —base-du-triangle canadian ! Du toc de Dollorama ! Ses fléchettes visent ces maudits Québécois qui, eux, forment une vraie nation. Pauvre John, de Toronto à Vancouver, les Canadians, fils de « royalistes », sont maintenant des amerloques « républicains » bien assimilés.
Même les millions de Sheila-la-Cop, de Gagliano, du dauphin Boudria, des copains de « Groupaction-Canian-adverising », n’arriveront pas à nous…diluer. Alors Saul ce petit « prince qu’on sort » et ses conférences « coast to coast », on s’en torche.
6-
Ouf ! Tantôt, après le lunch du midi —que le jambon giroflé d’Aile goûte bon !— coups de pelle pour libérer de sa neige la terrasse du nord, en arrière et le long escalier; Aile à la terrasse du sud en fait autant. Digestion activée ! Pa dedessert ce midi. Ayant revu Montignac à la télé, et sa furieuse condamnation du sucre —plus nuisible que les graisses— approuvé par nos médecins, héroïquement, je n’achète plus les si délicieux gâteaux frais de l’École edes petits chefs. Je suis diablement en manque mais…il me reste les barres de chocolat à 75 %
L’autre soir, en arrivant chez Pierre-Jean « don quichotte » Cuillerier, je dis à Jean-Guy Sabourin —qui joua si bien le saint Jésuite martyrisé jadis dans un film de l’ONF : « Je t’en prie, ne dis pas que tu es mon ami, Jean-Guy. J’aurais si honte. »
Je le taquinais puisqu’il est l’un des grands démocrates de la magouille avant-fusion à l’Île Dorval. Je lui disais : « Quoi, bande de sauvageons, relié à la ville, vous auriez enfin des égouts, un système d’aqueduc, et quoi encore, des réverbères sur votre chemin de ceinture, un beau petit pont toit neuf sans doute. » Mon prof Sabourin s’agite : « Quoi ? Avec plein de visiteurs dans notre île si tranquille ? On veut pas. Vive notre petit bac à moteur pour traverser avec permission pré-arrangée ». Je dis : « Non mais c’est-y laid l’égocentrisme ! » Mon Aile, la Carole à Pierre-Jean et la Diane à Jean-Guy, changèrent de sujet et vite. Maudites femmes ! Toujours pour la paix des ménages et des amitiés !
Je me suis souvenu d’un « plan de nègre » que je tentais de défendre à Pointe-Calumet vers 1975 : étatisation par la municipalité de tous les rivages du lac. Cinquante pieds ? Construction d’une jolie promenade riveraine (en bois traité ?) ouverte à tous, jusqu’à ceux qui logent loin du lac en bordure de la route d’Oka et qui n’ont aucun accès au grand lac. Vous auriez dû entendre les protestations. Les proprios des plages (et du mur de Berlin désormais !) voulaient garder les belles vues pour eux-mêmes. Égotisme toujours !
Qu’est-ce que j’apprend ? À côté d’ici, achat des biens publics « pour des pinottes » par les proprios d’un domaine public nommé, l’Estérel ! Un policier courageux, Pierre Coley, raconte au reporter Cédilot (La Presse) qu’il a vu venir cette opération mains-basses, bien basses ! Il a voulu avertir en temps et lieu. On a fermé les yeux. Mieux — non pire— on l’a harcelé, menacé, même suspendu et puis carrément congédié ! Vinrent même la menace de poursuite judiciaire !Écœurant !
C’est-y assez fort ! Une honte. Pierre Coley s’est ramassé
— dépression nerveuse— sur le B.S. Cela fut fait, bien sûr, avant la fusion avec Sainte-Marguerite. Là aussi, l’achat —prix d’ aubaines— des biens publics et la formation d’un ghetto privé !
A-t-on embarqué Riopelle mourant, qui y avait demeure et atelier, dans cette combine égoïste ? Violette Gauthier, mairesse de Ste.Marguerite —succédant à Jean Charest —parent de Champlain Charest, ami de Riopelle ?— recevait le 6 février la liste des griefs du caporal Coley.
L’ex-maire Charest était le chef d’un groupe de proprios, baptisé « Les amis… de l’Estérel ». Ils s’emparèrent de 57 parcs, du chalet public, d’une plage et des terrains de tennis —prix d’ « amis » de l’Ésterel, c’est le cas de le dire. Le tout valait deux millions et demi (2,500,000 $) mais on a payé 55,000 $ ! Parlez-moi d’un arrangement de cette sorte ! Plus fort : comme à l’Île Dorval, les « ami de… » reçurent une subvention. Ici, de 50,000$
Pierre Coney, le héros de ce sombre feuilleton —une autre des belles histoires des pays d’en haut — informait tout le monde ce ces magouilles : son chef ce police, les ministres (Affaires municipales, Sécurité publique) et… rien ! Corruption dites-vous ? Et comment !
La filière politique est toujours de mèche avec les importants, les « quéqu’uns » comme on disait jeune, les bons gros bourgeois, les tripoteurs du bien public ? Édifiant, à quelques kilomètres de chez moi, vivent des égocentriques d’une espèce rare —ou courante, je ne sais plus !
Peuple debout, aux armes citoyens, réveillez-vous humbles travailleurs surtaxés !Tout ce beau monde-là, bien laid, les Chrétiens-à-auberge ou à golf, les Martin-à-cargos aux pavillons suspects, les Landry, les Charest, les Marois, les Ménard, sont des pourris-gâtés du sort. Ils sont, solidaires en magouilles, tous de la même confrérie. Quand ils vont bouffer sophistiquement et boire des vins millésimés, ils entendent parler de ces collusions et ils se rangent, se taisent , s’accordent comme larrons en foire —tous, tous, tous— avec leurs frères de classe sociale. Ils ferment les yeux, congédient le gêneur, laissent mijoter les plats malodorants des concussions dégueulasses. Ils se tiennent —c’est bien le mot juste— comme cochons. Alors le simple agent de police, syndiqué ou non, se fait mettre à la rue s’il ose l’ouvrir.
Mon ange à une aile, ma fée grise qui me grise, remplit mon sac de voyage, me questionne : « Tu veux tes souliers durs ? Ton « pepto bismol », ton chandail à col tortue ? » Nous partons pour le Chemin Bates. Demain matin, groupe d’écrivassiers en bus et hop, le Salon des écritoires…En face, sur la rive droite, entre deux séances de signatures, aller voir du Riopelle au Musée. Aller aussi faire une prière re reconnaissance au mur du coin nord-est du beau Musée de la civilisation, juste là où Aile est née, proche du pont inter-provincial ? Si j’ai une minute, oui.
En voiture dit Aile ! « All aboard » disait mon oncle Cléo, cantinier du « CiPiAr » quand j’étais son crieur d’eaux gazeuses sur le train Montréal-Québec à 16 ans. Sérieusement, en voiture !

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