Le jeudi 28 mars 2002

Le jeudi 28 mars 2002
1-
Soleil intermittent et nuages bien gras partout en ce Jeudi saint.
Marie-Josée séjourne avec nous. Aile toujours heureuse de revoir son ex-scripte devenue une grande amie à trous deux. Bavardages abondants sur la …SRC. Grève, inquiétude de M.-J. Horizon funeste, certains parlent d’une fermeture jusqu’à l’automne. « Devrais-je vendre mon corps » rigole-t-elle ? Frousse totale ! Hier soir, interview de préparation par la rédactrice chez « Bibliotheca » de TV-5, Miss Blais, intelligente questionneuse. « Robert-Guy Scully, notre animateur-producteur, me dit-elle, ne va pas s’ennuyer avec un tel bavard, vendredi prochain. » C’est ça. Crainte qu’il lise maintenant mon « Écrire » et qu’il y trouve mes piques sur lui et qu’il fasse annuler aussitôt notre rencontre. Je m’amuse. Le cachet est alléchant…brrr. Il faut vivre dangereusement ? Pas trop souvent.
Lisant que TVA doit couper encore dans son « gras », j’imagine que je ne reverrai pas de sitôt le « micro-ondes ambulant » de TVA ici. Bof !Hier, confirmation par Lachance de cKAC : « Oui, mon Claude, notre immense public, « Radio-Can » en grève, veut t’entendre réciter ton conte du Vendredi saint avec bonheur . » C’est fait. J’y ai travaillé hier en recousant un des chapitres d’ « Enfant de Villeray », une mouture arrangée en événement de la Semaine sainte. Sept pages. J’ai sept minutes ! Ouen ! Je lirai un peu vite. Le titre ? « Chemin de croix dans Villeray ». J’avais titré une dramatique sur film « Chemin de croix dans le métro », en 14 stations de métro avec la caméra étonnante de Uve Koneman. Prix « Anik-Wilderness » cette année-là, 1971, avec la mention : Meilleure émission sur film… d’un océan l’autre ! Ma grande fierté.
J’ai corrigé mon conte ce matin et j’en suis tout content. Ça devrait faire des remous. Je vos dis, il y a des jours où je dis à Aile (hier soir) : « J’ai du génie, sais-tu bien ça ? » Elle a fait, en riant avec Marie-Josée : « Bien sûr, mon Cloclo, bien sûr ! » Je verrai bien demain.
La semaine prochaine, Salon du livre encore. Trois-Rivières. Je le préfère à ceux de Montréal et Québec, moins « gros chiard ». Public plus sympa. Mais…Le kiosque encore. L’homme-sandwich encore ! Ouash ! j’ ai terminé hier soir le très bref récit d’Annie Ernault (ou Arnault ?), « L’occupation », Gallimard éditeur. Son écriture sobre, minimaliste, classique, sans affèteries aucune, me plait. Son propos : « la jalousie morbide ». Fin qui m’a déçue un peu.
2-
Incroyable de voir de nouveau toute cette neige. Aile va engager un jeune déneigeur pour la toiture. C’est si lord une neige mouillée. Je m’amusais l’autre jour : un camion TVA s’amenait pour « Dans la mire »…et voilà que, peu après, dix minutes !, chez P.Bruneau, pour le même sujet ( prof payé « at home »,, pour un élève gardé chez lui en raison de son « sirpan » sikh. On voulait donc m’expédier un autre camion. J’ai cru bon les prévenir. « Dois-je garder le premier camion…? » Oh ! Surprise de la recherchiste ! Cela aurait été cocasse. Semblable à cette histoire vraie de jadis :au cœur de l’Afrique, même sujet « hot » se rencontrent deux lourdes équipes de Radio-Canada. Face à face inouï. L’un des groupes appartenant au « Service des nouvelles » et l’autre caravane CBC appartenant au « Service des affaires publiques ». Gaspillage rare ! Sujet de moqueries durant des années. Exemple de mauvaise coordination entre les services touffus du temps ! Seigneur ! parlez-vous les uns les autres !
Lecture dans mon « Courrier international » sur Wal-Mart. Captivant. L’idée d’un magasin, initié par un businessman très frugal. Vendre de tout à meilleure marché possible. Vieille ambition certes. Mais M. Walton, lui, en fait une réussite totale et ses magasins se multiplient. Bas salaires. Pas de syndicats. Exploitation bien organisée. Il vidait les petites rues commerciales des petites villes avec ses vastes magasins de rabais. Un mouvement tente de stopper l’effet Wal-Mart. On veut faire revivre les magasins des centres-villes de ces provinces américaines. Sinon, disent les organisateurs du boycott, ce sera l’uniformité désolante. Plus de centre-ville vivant et en banlieue, avec parking géant, partout, des Wal-Mart et ses jumeaux, isolés des citadins.
Vu à la télé, chez Ardisson-le-pitre brillant, cet auteur français qui publie : « il y a eu fumisterie, mensonge, complot grave le 11 du 9 à New-York et à Washington. » Il avance ses arguments. On ne sait plus trop quoi en penser. On voudrait des interlocuteurs. Il n’y a que lui et ses affirmations déroutantes. À suivre ? Oh oui !
Éblouissant numéro aux OSCARS, ave notre « Cirque du soleil ». Hélas, les images de cinéma, derrière les acrobates, nuisaient à la bonne visibilité de leurs numéros époustouflants.
Ce cirque qui utilise les meilleurs numéros des pays du monde entier est devenu une machine infernale. Battante ! On voit, ici et là, des imitateurs…ce qu’engendrent toujours un succès fameux.
Aussi, ici et là, au pays, vaste papotage sur le gérant célèbre de Céline Dion accusé par une jeune Coréenne de la Californie d’assaut sexuel grave. Un juge examine la plainte de la présumée victime. Silence aux accusés, forcément. Céline Dion, vue chez Larry King, en bretelles ridicules, semblait agressive, un rien « commune », un rien vulgaire quoi, montrant sa terrible détermination métissée de cet amour grandissant pour son jeune enfant. Cette « fille du peuple » m’épate, moi, et je trouve les Foglia et Cie, qui la moquent, bien cons. Certes, il s’agit désormais d’une entreprise commerciale resplendissante mais, à la base, au départ, il a fallu cela :cette volonté fantastique de réussir dans ce champ —miné— de la « pop music ». Pour ce qui est du scandale sexuel apparent …attendre la suite patiemment.
3-
Rencontre d’un tas de gens si souvent : « Vous paraissez plus jeune en personne qu’à la télé. » Ne sachant jamais trop quoi répondre. L’écran der télé qui nous grossirait, qui nous vieillirait : sentence à payer pour oser se montrer la binette dans la gueule du monstre cathodique. « Bien bon pour toé, baquais ! »
Vennat sur mon répondeur : « Je peux plus granb’chose à « La presse »… Ai donné votre SOS à ma patronne, Madame Lepage… » Etc. Quoi lui répondre ? Il veut que je le contacte. Bof, attendre à dimanche voir si on daignera dire un petit mot —un bon mot ?—sur mon livre, « Je vous dis merci », publié il y a maintenant trois mois. Je verrai bien. L’habitude désormais d’un certain silence sur « le vieux qui publie trop » !
Mon gendre, Marc Barrière, installateur vaillant de mon site web (y inclus ce journal), passait au canal 12 il y a deux ou trois jours. Il devait sans doute parler au nom de son nouveau ministère… « de la famille ». Marco était aux « Tansports » jadis comme relationniste et apparaissait régulièrement à la télé, surtout les jours de tempêtes ou de graves accidents de la route. Ça brasse moins à « la famille » ? L’ai raté, mais, tantôt l’amie M.-J. qui l’a vu, dit : « Il parle anglais avec un accent amusant. Mais il a vieilli, non? Il me semble ! » Eh ! Tout le monde vieillit, « dura lex sed lex » !
Mon Lepage (Guy-A) toujours comme obsédé par la sexualité, montrait « ses » lesbiennes la semaine dernière, draguant à « tire larigo » dans un bar lesbien, et cela à une heure d’écoute familiale. Irresponsabilité totale des télédiffuseurs désormais, même à la télé publique ? Aile : « Allons, Cloclo, les enfants ne comprennent pas ! Ça leur passe au-dessus de la tête. S’ils regardent la télé hein, ça m’étonnerait !» Son argument chaque fois que moi, ex-père, je m’énerve. Qui a raison ? Une chose est certaine : avec des abus, des niaiseries, des comités de pudibonds s’organiseront et, un jour, censure solide en masse qui s’installera. Je déteste ceux qui —par leur laxisme de con— attirent les extrémistes en intolérances. Ces écervelés, avec leurs excès pour provoquer, nous amèneront des bigots énervés voulant tout couper, à n’importe quelle heure.
Je repense à Dutrizac, àT.Q., tourmentant le cabot bronzé Guy Bertrand dans un vidéo signé « Zone 3 » d’un amateurisme technique confondant. Ce fut, une fois de plus, la manière mosaïste, saucissonnée. Pas la moindre chronologie logique. Un impressionnisme, un pointillisme facile, paresseux. Cela donne l’apparence du rythme, au fond, c’est un collage de fainéant.
La télé encore : chez « Fortier », des tounes sauce anglo- américaine. Colonialisme stupide madame Larouche ! Pourquoi ne pas utiliser nos jeunes rockers, nos rappeurs ? Pour se donner les allures d’émissions amerloques ? Une honte. Une faiblesse. Un mépris. Toujours ce damné racisme inverti. « On est pas assez bons ! »
4-
Au fond l’État moderne c’est quoi ? Trois « f ». Flic, fric, fisc. D’abord installer du pouvoir policier. Armée et gendarmes. Cela chez Louis 14 ou au cœur de l’Afrique, chez Mugabe par exemple ou au Chili. Puis, voir au commerce. Chez Colbert ou chez notre « Martin », via tous les moyens dont les protections aux chevaliers en entreprises, si souvent subventionnées par l’État. Voilà du fric. Reste le troisième « f » :le fisc. La machine va ramasser les taxes des travailleurs. Mille variétés, façons, moyens de sucer les populations. Oui, l’État moderne, plus que jamais c’est « flic », « fric » et « fisc ». On ne peut retirer un seul élément de cette funeste trilogie. Tout s’écroulerait. Surtout ne pas toucher à « flic » ! C’est la base du triangle. C’est le soutien du système en place.
« Tu pense qu’on s’en aperçoit pas » , chantait Vigneault.
« Rien qu’à oir, on voé bin ».
Téléfilm-Canada accomplit en douceur sa mission politique fédéralisante. Vous regardez « Tabou » et hop !, on s’envole à Vancouver. Visitons notre beau pays ! Comme pour la série « L’or », hop !, on s’envolait vers, encore, Vancouver ! Autre série subventionnée par Ottawa : on regarde les motards criminalisés du « Premier chapitre », hop ! hop ! voici l’Ontario, « speaking english », avec sous-titres pour les indigènes. Toronto « here I come ! » avec mentions aux dossards et insignes des provinces de l’ouest …et des maritimes. Halifax here I come ! L’union fait la force chez les poucheurs et chez les téléspectateurs ! Mettez, chers auteurs québécois, dans votre projet de série-télé de cet exotisme « very canadian coast to coast » et ce sera le financement assuré.
Tu penses qu’on s’en aperçoit pas Téléfilm-Canada ?
5-
Aile soudain, une inspiration subite quand on écoute et regarde « des proprios de chiens méchants (doberman) responsables des dégâts : « Eh, si on rendait responsables les parents de jeunes enragés ? » Ouen ! Ados qui tuent ? Oh les cis dans les chaumières où l’on se soucie comme d’une guigne des allées et venue des enfants grandis. Quoi, qui, si on surveille pas son chien, amendes, prison et si on surveille pas son délinquant…pas d’amendes, pas de prison ? Rien ? Ah oui, faire nommer mon Aile à un poste de ministre…De la famille ? Je dis « bonne idée » et elle : « Mais non, je plaisantais…c’est que… » Ouengne ! C’est que, oui, des parents sont des irresponsables, des égotistes. Point final.
Songe bizarre hier : suis sur une plage. C’est sombre, Crépuscule irréel. Bien louche. Des gens rentrent, traînent des serviettes de plage salies ! La mer…est noire ! Une jeune femme m’aborde sur un banc. Elle me drague. M’embrasse…veut me frencher, me touche sous mon slip de bain. Début d’érection. Malaise. Elle est trop jeune pour moi. Je me débat mollement, puis j’y consens, je la touche aussi, au pubis. Une inconnue ! Qui me dira : « j’ai un fils de six ans ». Moi : « ah ! » Je vais la reconduire, en auto, à son chalet. Il y a ses parents, là, en vacances avec elle. Rue sombre, louche. Plein de maisons cossues. Elle me dit : « À demain. Je t’aime » Je me réveillerai.
La semaine dernière, autre songe curieux. Dans le métro je rencontre Marc Labrèche. Il est comme exalté, fou fou. Il me parle de… John Diefenbaker ! On regarde ses photos sur les murs de la station. Frisé, gros yeux mauvais. Des gréviste défilent au bout d’un couloir. Pancartes de Radio-Canada ! Passe la gouverneur monarchiste , la Claxton ! Elle nous sourit. Marc me dit qu’il va tout quitter. Qu’il en a par-dessus la tête. Je tente de le calmer, de le raisonner, bien paternaliste. (Marc jouait mon alter égo dans « Boogie woogie ») Il me dira : « C’est Boston mon but ! » Mystère ! Me voilà lui recommandant de ne pas tant se donner à son talk-show ! Et je me réveillerai.
Ces rêves ! Je me souviens mal d’un songe (encore un ) où j’ai revu (film de Spielberg) ce dépotoir de membre de robots. Où on voyait (I.A.) des humanoïdes cybernétiques dénicher qui un bras, qui une mâchoire…
Décidément ce film pour grand public populaire m’a laissé de fortes impressions. Quand je raconte cela à Aile : « Écoute, moi, ce film, il m’a mis très mal à l’aise. Ce joli garçonnet —un Pinnochio 2002— qui se cherche une humanité, oui, c’a m’a troublé, dérangé, vraiment. J’ai pas trop aimé » Je lui dis : « C’était comme nous faire caricaturer collectivement, au fond ! »
Une autre fois, une vaste salle, cent tableaux aux murs. Tassés. Je dois les examiner. Les étudier. Les relier. Y trouver des liens. Du sens. Qui m’a commandé ce travail ? Mystère. J’y arrive mal. Sorte d’immense rébus ! Folie ! J’étudie les symboles des peintures. C’est un fouillis. Je sens que j’ai le devoir, la charge quoi, de dégager une signification globale. Sinon…je sais pas. Un devoir d’État ? Drôle de cauchemar.
6-
Assez de ce Aile. Besoin de lui changer de nom. Choisir quoi ? Ange. Oui, j’ai pensé à Ange, mais.,.à la réflexion, non, Aile n’a rien d’un ange. Oh non ! Parfois…hum…Bon. La nommer désormais Oiseau. Ah non. Alors comment ? Air, comme l’initiale de son prénom. Mais « air » ça fait …éthérique. Alors quoi ? Je cherche. Je trouve pas. Dans certains de mes récits j’avais mis Rolande et Rachel et Rachèle. Air…non, pas « r » , je songe à Brune mais elle ne l’est plus. Est devenue ma jolie grise. Ma grise grisante. Gris-gris ? mais non, c’est con. La consulter ? Aïe ! Elle se rebifferais raidement. Déjà qu’elle déteste se savoir dans mon journal. Je trouverai. Je trouverai.

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