Le samedi 16 mars 2002

Le samedi 16 mars 2002
À CŒUR OUVERT
1-
Merveilleux moment chez Rioux-Cuillierier hier soir, rue Hutcheson, quand le couple a déployé devant nous une longue reproduction du « Rosa Luxembourg » de Riopelle qui vient de trépasser ! Je voulais démonter que ce n’est pas du tout une murale mais une juxtaposition de tableaux sur un même thème.
Grande beauté tout de même, suspendue aux quatre mains de os hôtes dans la salle à manger. Ces oies blanches aux contours soufflés, évanescents, par bombes… aérosols nous disaient : il est mort maintenant ! Un « in memoriam » de circonstance dans l’appartement chaud de Pierre-Jean. Chaud car encombré, bohémien, pas « design » du tout, Dieu merci, avec souvenirs aux murs sur des tables, caravansérail, foutoir visuel qui me convient tout comme chez les Sabourin, rue Clark, —présents hier soir, Diane et Jean-Guy S. furent entraînés dans un débat fou. Aile présidait notre débat. Thème survenu je ne sais plus comment : l’homosexualité, inné ou acquis ? Gène ou effet de culture ? Carole R., une psy, thérapeute émérite, se mit en frais de démolir, à Aile et moi, notre conviction que l’inversion sexuelle viendrait du bagage génétique, (pas une orientation due à la mère « qui voulait une fille », ou au père désirant aussi « une fille » et, encore moins, un choix), mais une fatalité de naissance.
Les arguments volaient dans l’odeur du bon café… après les bons jarrets de veau —recette de « calcination modéré » exotique— et rizoto avalés, arrosage de gorgotons avec bons vins rouges.
La présidente autoproclamée, Aile, plongeait volontiers dans le débat. Mon bonheur, on sait comme j’aime la polémique ! On s’enflamme. Trois pour l’ « inné » (Diane, Aile et moi ), trois pour « l’acquis » (P.Jean, Jean-Guy et le « docteur-Carole ») ! P.-J., volontiers « basique » court cherche un dico. Le ton monte. Injures en bordure. Frontière d’intolérance verbale. Des cris ! Piques et horions! Moi et le « Spooner » on finit par dire : « peut-être ». Voilà la bonne position. Si les chercheurs (CALIFORNIENS) en chromosomes déclarent bientôt: eureka !, c’est un gène l’homosexualité, on s’inclinera tous les deux. Si l’on conclut :c’est de l’acquis, c’est culturel, on s’inclinera aussi. Chercheurs cherchez !
En fin de soirée, les trois couples racontent la crainte des visites des voleurs : à l’Île Dorval (Oh !), les Sabourin, dans un rang au sud de Sutton, les Cuièllerier, à Sainte-Adèle, Aile et moi. Des petits bourgeois « à résidence secondaire » quoi, et qui craignent les vandales.
2-
Jeudi soir, bouffe à « La sirène » avec Josée, revenue de Salt Lake City sans compagnon… mormon et qui s’inquiète beaucoup d’une grève menaçante à la SRC (vote samedi, aujourd’hui). « J’ai besoin de tout mon salaire ! » C’est un vaste restau aux lumières à pleines salles (comme en Italie, ce qui nous surprenait, Aile et moi, en ’80) ! Proprios ? Des Grecs. Fruits de mer variés ! Pas trop chérant, rue Jean-Talon, à l’ouest de Rockland, —tout proche de notre pied à terre du Chemin Bates— ce « La sirène » offre de la pieuvre. Miam ! Un régal ! Mieux que les calmars, moins caoutchouté ! Clientèle de Ville Mont-Royal, beaucoup d’Israélites, Syriens, Grecs, Libanais, etc. Beaucoup de vieillards, femmes et hommes, silhouettes de richards calculateurs…Des enfants en masse. Un lieu animé, je vous jure. La fédéraste Lysiane Gagnon de La Presse s’amène. Raideur. Josée et Aile : « vous vous saluez pas, rien ? » Non. Ça pourrait mal tourner.
Un voisin de table fume, comme moi, des More au menthol, paquet vert, clin d’œil de connivence. Puis, debout, le fumeur : « Content de vous voir. J’admire votre franc parler. Bravo ! » Autre voisin : le riche Pédégé de Sogides, Pierre Lespérance. Nous causons un brin près du péristyle en rotonde à la décoraton « flashy » greco-moderniste. Souvenir :sa soeur , S., béguin fou, baisers volés —La jolie S. va à l’école de cet hurluberlu de « monsieur Tudon » (voir « Je vous dis merci »)— caresses derrière la gargote de papa. Nouvelle flamme quoi…—me voyez-vous beau-frère du Pédégé-Crésus aujourd’hui, éditeur important— et l’idée de changer de « blonde » mais la « fiancée » du moment surviendra : « Je suis enceinte, je sors de la pharmacie. » Oh ! Enterrement rapide du béguin en gestation, éloignement de cette …sirène… et réservation d’une date de mariage et vite !
3-
Avant « La sirène », suis allé dans le nouveau-Rosemont visiter ma quasi-jumelle, Marielle. Un plein sac de livres lus. Son contentement. Son Albert —sors-moé donc Albert— en forme. On croque des rouleaux de chou chinois, un Pernod, mon ancien « drink » familier, on regarde des photos du « Picola » où l’on fêtait Marielle en janvier. Offre d’un classeur à quatre tiroirs. Deux heures de jasette ad lib. Aile est à ses courses ave sa vieille Jetta.
Quand je quitte leur rue Ephrem-Longpré, l’horreur : miroir dans l’escalier, sur le trottoir, dans la rue, glace sur les autos, verglas partout. Gratte, gratte, gratte, et je finis par repartir vers « La sirène ».
Jeudi midi, courriel du Cardin qui veut raconter « son » Ahuntsic, il a découvert les J.N., l’« à coeur de jour » :
« Des parcelle de vie charmantes, l’impression d’être votre voisin, votre ami, quelqu’un qui partage votre vie » Justement ce que je voulais, ce que je souhaite. Content. Cardin me remercie encore de l’avoir secoué, encouragé, fouetté ( pas méchamment) et lui qui s’était dit « en panne », voilà qu’il m’imagine maintenant présent à son lancement. Parlez-moi de ça ! Une dame Tremblay, journaliste et mère de famille, voudrait mon aide en vue d’un bouquin où elle va défendre le beau rôle des femmes qui décident de « rester à la maison », d’élever des enfants. Je lui explique que je déteste jouer ce rôle de tuteur des écrits d’un autre, que je n’y crois pas du tout. On a le « virus » d’écrire ou on l’a pas. Il faut se jeter à l’eau. Riopelle, le fou de lumières (de couleurs, c’est la même chose )déclarait : « Un virus, la peinture, une maladie, on attrape ça et on n’y peut plus rien » . Vérité.
4-
J’ai débuté, excité, la lecture du « Journal » de Françoise Giroud, l’année 1995. Déception. La célèbre journaliste parisienne ne s’y révèle nullement. De jour en jour, elle ne fait que commenter les actualités lus dans les gazettes. Et rien d’autre. B’en ! Cela devient un livre de réflexions, d’essais brefs. Ce n’est pas cela un vrai journal. Il doit y avoir aussi des « entrées » où le diariste doit nous faire voir sa vie ordinaire, les éphémérides de son existence sinon c’est autre chose. Pas un « journal ».
Vu un autre épisode de « Tabou ». Portal et Houde y jouent fort bien. Mais…il n’y a qu’une seule intrigue, cette mètre qui est obsédée par sa fille portée disparue il y a sept ans. Alors ça piétine, c’est redondant , c’est répétitif. Excellent sujet pour « une » émission, un film. Pas pour un machin à épisodes !
Vu aussi un épisode nouveau de « Fortier », série à enquêtes policières où un limier féminin est aussi psy. Cette femme, apparemment un peu bêta, gourde, trouve toujours, seule, les tenants et les aboutissants des crimes en cours. Elle est la seule brillante de la station de police. Les camarades du détective Fortier —l’intuitive géniale—sont tous des hommes plutôt bornés.
Farouche Fabienne, ainsi, sublime son féminisme ?
Et aussi la psychologie !
Son compagnon de vie, c’est très publicisé —par exemple, elle l’a amené, chez Arcand— est un psy ! Ça me fait rigoler, savez-vous !
Sa dernière histoire, celle d’une fausse timide, infirmière ou laborantine, frêle d’allure, grande maigre quoi, névrosée, psychosée même, qui tue plusieurs femmes enceintes, —quelle vigueur !— qui arrachent les fœtus des ventres, est tarabiscotée en diable ! Du Stephen King dévoyé ! « Monsieur Larouche », le psy, la conseille-t-il bien ?
5-
Un certain « ex-gambler » repenti, Raynald Beaupré, se soignant de son « vice du jeu », écrit partout qu’il est inquiet de ce nouveau patron de Loto-Québec. L’ex-pédégé de la Régie des alcools, passé de la « dive bouteille » au vice du jeu étatisé, annonce qu’il veut diminuer les offres au « gambling », qu’il va réduire le nombre de machines maudites, qu’il va donner plus de secours aux compulsifs… et autres vœux pieux face à cette organisation maléfique, scandaleuse, qui rapporte plus d’un milliard de belles piastres aux coffres de l’État. Hypocrisie rare !Il n’y a qu’une vérité : l’État profite de cette « maladie ». 30% des profits venus de 2% des « gambleurs » maladifs. Point final. C’est un État-mafieu. Point re-final. C’est l’État maquereau. Une maquerelle publique qui veut se travestit avec des allures de bonne dame « patronesse » digne ! Allons !
Conte bref, intitulé : « Donnez-moi de l’Oxygène ! » Claude Roquet (de Investissement Quebec) avertissait la ministre Marois : « méfiez-vous des démarcheurs chez « Oxygène 9 ». Là où régnait un ex-petit-copain du pouvoir, un ami intime du ministre « pleureuse », le Gilles Baril démissionnaire en larmes ! Questionnée à l’assemblée nationale, Marois ne confirme ni n’infirme ! Oh la la ! Un conte noir. Les amateurs de subventionnite aiguë —avec % aux démarcheurs— doivent rire sous cape.
Et voilà le maire Gérald Tremblay, ex-défusionneur— élu par les blokes effrayés, pris encore (déjà !) dans un deuxième tipatouillage-à-favoritisme ! Ensuite on entendra : « Danger pour la précieuse démocratie ! Les gens n’ont plus aucun respect, aucune estime pour les élus ! » Ben !
Comme on entendra : « Faut pas attaquer le monde religieux. C’est important dans une société la spiritualité, vous savez ! »
Ensuite ? On lit qu’un juge californien (Sans Francisco), David Garcia, remet en liberté un prêtre catho accusé de 224 accusations de pédophilie. « Ça fait si longtemps de ça (1965-1980) », dit mossieu le juge Garcia. Le révérend abbé Patrick O’Shea, 69 ans, sortira donc de sa prison où il attendait la « clémence » depuis deux ans. C’est aussi un escroc : vol de 150,000 $ à l’Église catho. La procureure, écoeurée, Linda Klee, déclare que cette libération pourra autoriser l’abandon de 13 autres causes de pédophilie. Elle veut aller « en appel ». On suivra ça !
6-
Un samedi ensoleillé : installation sur nos transat signés « Lafuma », dehors. Je lis le dernier numéro de « l’Actualité ». Un long reportage de Micheline Lafrance. Interviews avec quatre ou cinq auteurs d’origine diverses. Toutes, absolument toutes, ne parlent que de leur pays d’origine, ont publié des histoires de leurs anciennes patries abandonnées, écriront de nouveau sur leurs contrées d’origine, ont des projets pour faire revivre leurs souvenirs de leurs pays d’origine. Une face grotesque. Micheline L. de « l’Actualité » n’y voit rien d’anormal, de bizarre. Pas un seul petit commentaire à ses questionnées, ou questionnement du genre : « Mais ici, maintenant, avez-vous envie d’écrire sur ce que nous sommes, nous, vos nouveaux concitoyens, rien sur le pays québécois où vous allez devoir vous intégrer, veut veut pas,, les chocs, les accords, les découvertes, les harmonies, les différences, les difficultés, les hostilités ou les accommodements, les rencontres fertiles.
Sinistre, lamentable, très attristant paquet d’entrevues. Instructifs aussi : on ne vient pas s’installer parmi nous pour échanger, nous mieux connaître. Mais non, on vient pour mieux vivifier le choc des ruptures. Examiner les blessures de l’exil. Point final. Nous n’existons pas (83% de la population !) pour les Aki, Tecia, Elena, Sonia et Abla ! On se fait subventionner (via les éditeurs aussi) pour raconter par les détails, le territoire fui, abandonné, quitté !
Quelle pénible farce ! Bulgare, Chinoise, Japonaise, Georgienne…toutes, elles pourrait s’interroger dans leurs ouvrages sur « qu’est ce que c’est Québec » ? Non ! Rien ! Pas une seule n’a envie d’écrire sur leur patrie d’adoption, le Québec. Lamentables et « racistes » comportements nostalgiques. Moi, écrivain m’installant disons en Espagne, je tenterais d’écrire surtout, d’abord et au plus tôt sur mon nouveau pays, l’Espagne. Ma patrie d’adoption.
Mais non, les subventionneurs encouragent ces écrivaines émigrées à gratter les vieilles plaies, à ne rien oublier de leurs anciennes racines, et à refuser de s’intégrer. Je dénonce ce cosmopolitanisme vicieux à la mode, oui, je parle de cette sinistre fascination —en médias— à sauce internationaliste. De cette émerveillement de « colonisé. » dans le « Écrire » qui va paraître sous peu. Je craignais que « la chose » soit en train de se corriger et que je serais « hors propos. Non, le long article complaisant et sucré de Micheline Lafrance de « l’Actualité », me prouve que je frapperai dans le mille. Personne pour dire aux Aki Shimazaki, Tecia Werbowski, Sonia Kaleva, Abla Farhoud que nous serions normalement curieux de lire sur leur adaptation québécoise, leurs « arrangements » depuis leurs « dérangements » obligés.
Voilà à quoi on a fini par aboutir avec cette politique —initié par Trudeau le centralisateur qui voulait nous diluer, manigances poursuivies par les fédérats— la propagande du « lécheculisme » multiculturel.

Le mercredi 13 mars 2002

Le mercredi 13 mars 2002

Alias :À CŒUR DE JOUR
1-
Oh la la, fait gris en titi mais je vois rouge : tas d’appels soudainement. Pour la SRC-radio, avec Pierre Nadeau, avec Claude Valade, ex-chanteuse, à CJMS-western (!) , une nuit avec un radioman rencontré chez Magnan…avec qui encore…Chez Liza, appel pour une rencontre « père fils », mais Daniel a refusé ! Il m’expliquera pourquoi ? Des horaires pour le Salon du livre de Hull par la Katleen du barbu de Trois-Pistoles. Mon Dieu, peur d’en oublier. Aile dit : « Du calme ! J’ai mis tout ça dans mon agenda,. Je veille sur toi, Cloclo ! » Une fée ! Ce matin, tôt, téléphone, Guy Lachance le recherchiste vaillant d’Arcand :
« Claude ? Riopelle vient de mourir. On te sonne dans une heure, prépare un topo ! » Je me recouche !
2-
Hier matin, Marie-France Bazzo, à sa radio du matin de la SRC, parle de Roger Drolet. Comme moi, elle a dû zapper du côté du canal « Vox » et lui voir la binette de chat raminagrobis quand il jazzais « ad lib » sur « le monde est fou » avec Pierre Ma…crotte. Bien moqueuse la Bazzo. N’apprécie pas « la femme docile et soumise », modèle de Drolet. L’intello branchée vit dans un monde bien loin du cher prédicateur laïc. Je doute de son succès si elle osait s’amener devant le demi millier de dévots de mon Roger Drolet au cinéma Château. Du monde hors sa planète pointue où l’on vous donne les meilleures adresses des meileurs restaus de Manhattan ! Comprenez ?
3-
Hier soir, souper avec Jean-Yves Laforce, ex-camarade réalisateur d’Aile, retraité lui aussi, recyclé en prof de télé au Grasset et aussi à Sainte-Hyacinthe. Il nous a donné un cours par immersion « verbale » sur le numérique et autres gadgets électroniques de pointe. Nous a parlé des cinémas numérisés de demain etc. Il s’y connaît en diable. Il a apprécié la bouffe des élèves…qui était succulente en effet. Les propos nostalgiques du Radio-Canada d’hier volaient entre lui et Aile. Il a loué un petit condo derrière le Chantecler, là où les côtes sont meilleures. Il songe à s’enligner, lui aussi, aux portes de l’école des petits chefs.
4-
Reçu le dernier « Couac ». Notre « canard déchaîné à nous. Ils tirent sur tout ce qui bouge une fois de plus, avec, dans ce numéro, une tendance « complots », à la manière du cinéaste de « J.F.K. », Oliver Stone. Certains faits venus de l’Internet laissent pourtant songeur. Comme ça se fait, en effet, que la CIA-Pentagone n’a rien vu venir des bombes-avions sur les Jumelles ? Et quelques heures plus tard, ils montraient 15 photos (en couleurs) des kamizazes araboïdes, leurs antécédents, leurs activités récentes aux USA (cours de pilotage, où et quand), leurs empreintes digitales. Etc. ???
5-
Un ex- de la SRC me courrielle pour me communiquer ses accords sur Radio-Canada, appauvri, congédieur, coupuré, et son chiard « forteresse » blindé et miroitante pour le service des nouvelles ! Scandalisé, il est. Avec raison. Ce Jacques Blanchette me fait rire aussi : il a vu une de mes coquilles où j’ai mis hier le mot « copule » au lieu de « couple » (ref : les Jodoin). Faut que je me ouatche mieux !
Ça y est, coup de fil : c’est André Pratte, patron, qui veut un article de bibi sur Riopelle pour demain dans La Presse. Ce sera fait et vite et bien j’espère. Des sous vont renter non ? Autre coup de fil, voilà que le camion à antenne parabolique de TVA s’en vient ici sur les chapeaux de roue ! Pierre Bruneau veut jaser sur Riopelle mort. Bon, Aile veut me maquiller, me dit que j’avais l’air un peu cadavre quand j’ai parlé « travaillite» avec la Maréchale.
Je ris. Quoi mettre :chandail noir, bleu, vert… Aile cherche ! Une fée, vous dis-je !
6-
Décidément, ce Marc Labrèche fait mouche parfois à son « Grand blond… » Hier, notre Laforce rentré chez lui, rencontre télégénique de Labrèche avec l’humoriste Anctil, adopteur de bébés chinois, avec Stephan Laporte aussi, concepteur actif et f.écond, il y a eu de très bons moments. Ma foi, faudrait que je le suive plus fidèlement sur ce chemin farcesque. Ce mot ! Entendu à TV-5, il me plait bien : farcesque ! Non mais… Avez-vous vu John Charest acteur dans le « soap » farcesque (encore ?) du Grand blond ? Je l’ai trouvé courageux. C’est un risque énorme qu’il a pris. Il était habile. Sobre. Aile, elle, n’apprécie pas : « Ces politiciens en comédiens, c’est juste pour racoler du public. Indécent ! » Elle est plus « grave » que moi. Elle déteste ces mélanges. C’est sérieux pour elle la démocratie et ses gens. Pour moi…b’en je sas trop que c’est un vaste « club », qu’ils ont des ententes, du copinage, au Café du Parlement ou ailleurs, qu’ils forment une troupe de mauvais pitres le plus souvent.
Samedi qui vient, bouffe chez Pierre-Jean et Carole Rioux. Le « Spooner », Cuillierier, devra me rendre le catalogue (prêté à regret par moi il y a plus d’un mois) sur mon père mort où il est illustré avec photos et écrit par Pascale-fille-à-Pauline-Julien qu’Édouard Jasmin avait du génie comme potier naïf. Je lui rendrai son livre sur « l’épouse bafouée » du muraliste Diego Rivera, incarnée par Sophie Faucher, récemment , au « Quat-Sous ». Sommes allés tout de même marcher sous ce ciel gris pour la santé de nos os. Plein de touristes de l’Ontario. Explication : c’est leur semaine des neiges à eux ! Les Amerloques il y a trois semaines ? Même raison. Le complexe du Chantecler profiter de tous ! Passant devant le « solage » (ruine historique, vous savez !) de mon ex-écurie du Chantecler, rue du même nom, où j’avais tenté de ne pas crever de faim à 20 ans…souvenirs à raconter qui débordent. Je parle. Soudain, Aile me dit : « J’avais quatorze ans, moi ! » Avait-elle besoin de me dire la différence d’âge entre nous ? La venimeuse !
Oh, voilà la parabole TVA…faut y aller ! Riopelle, génie de la spatule coloré, priez pour moi ! oh! À l’horizon, un petit soleil chétif se montre, c’est rose et citron, c’est kioute !

MORT D’UN GÉNIE: RIOPELLE ( Texte intégral)


  • publié dans la Presse le jeudi 14 mars 2002
  • 1- Barbu mince, suractif, professeur, scénographe, critique et romancier, j’avais l’âge du Christ mourant, trente trois ans et j’étais crucifié par trop d’expositions à « couvrir » pour ma page des samedis de La Presse. Le « chef », Marcotte, m’assignait à une interview urgente. Rencontrer le déjà ultra-célèbre et très consacré peintre de Paris, Jean-Paul Riopelle, qui avait 40 ans environ, dans une neuve galerie rue Bishop. J’étais énervé. J’avais préparé des questions lourdes de sens sur son cheminement pictural et ses orientations d’avenir. Présentations et voilà cette vedette mondiale de la peinture moderne qui m’empêche de le creuser très intellectuellement, m’interrompant: « Ouen, ouen, bof !, je « peinture », comprends-tu?, je me questionne jamais. Je suis ma nature, je barbouille tant que je peux. T’es décorateur à la télé, pourrais-tu me dénicher un buste en plâtre de Louis Cyr ? J’en veux un. Celui qu’on voit chez tant de nos barbiers, je l’admire tellement notre « homme fort » du Québec. » Oh ! J’en suis un peu déstabilisé. Je tente de reprendre mon questionnement très beauxartien et lui: » ‘Coute donc, y a p’us le « Faisan Doré » de Jacques Normand rue Saint-Laurent ? Connais-tu une place du même genre en ville ? »

    C’était Riopelle. Je me suis souvenu alors de ce que j’avais entendu dire en entrant à cette fameuse École du Meuble (en 1948) dont Riopelle était un diplômé. Qu’il se méfiait des théoriciens de l’art. Qu’il n’appréciait guère les savants palabres de Borduas, lui reconnaissant seulement « l’enseignement de la liberté totale » en peinture que le « méditateur » et médiateur Borduas sut lui inculquer. Qu’il avait hésité co-signer ce manifeste « Refus global ».

    De nos jours, les faibles en sciences et maths vont vers « les sciences molles » ou les communications, en ce temps-là, 1945, ils allaient vers les écoles d’art ou de métiers. Tous les jours, le jeune Riopelle va marcher de sa rue Delorimier ( près de Rachel) vers la rue Berri, angle Dorchester (René-Lévesque). Riopelle ne deviendra ni menuisier, ni ébéniste, ni décorateur d’intérieurs, non, il va se passionner uniquement pour les cours de peinture, ceux de Borduas, ce prodigieux animateur et découvreur de talents vifs. Bientôt l’École des Beaux-arts, rue Saint-Urbain, sera jalouse de sa pépinière de « doués en peinture », et engagera, le grand rival de Borduas, Alfred Pellan, revenant, auréolé, de Paris (expo au Musée d’art moderne SVP) pour stopper l’hémorragie, tant d’aspirants filent vers cette École du Meuble.

    Riopelle s’exile. À Paris. Vache enragé à son menu quotidien d’abord. Il se démène, c’est un taureau. Un énergique. Sa vitalité est remarquée et on finit par lui offrir une expo solo. Un connaisseur-collectionneur s’y amène. Totale séduction, fatale attraction, il est envoûté par la gestuelle des spatules de Riopelle. Il achète tout ! C’est le départ d’une renommé qui fera, ici, des tas de jaloux. Le petit gars de la rue Delorimier se fait consacré comme virtuose unique du tachisme lyrique. André Breton, le « pape », lui fera des confidences, des appels mais Riopelle reste méfiant et fuit toujours les « théoriciens », les clans, les chapelles. Il s’installe un atelier véritable, s’y enferme aux grands moments d’inspiration avec une fidèle compagne de vie, venue des USA, qu’il va traiter… disons, comme Picasso a traité ses émules féminins.

    « Mon père était ingénieur, moi « , m’avait confié Riopelle, pour m’apprendre ensuite, rigolard, qu’il était ingénieur en chaufferie », un concierge. Le père Ambroise, jeune, voisin de la famille Riopelle, rue Delorimier, m’avait parlé d’un « p’tit voyou » sympathique, , mal engueulé, enfant sauvageon, hanteur de ruelles et briseur de carreaux. Devenu « voyou » parisien, Riopelle continue. Bagarre entre amis dans un café, barbouillage des murs, le patron furieux et Riopelle qui lui dit: « Taisez-vous, j’achète la place ! » Le proprio fait une grosse affaire (dix fois le prix de sa valeur) et Riopelle continue à badigeonner tous les murs du bistrot à coups de tubes crevés qu’il étale avec le couteau du boucher. « Paris-Match » racontera l’histoire car, désormais, on épie ses esclandres. Il est devenu une star, disparaissant pour pondre cinquante « verrièrres » inouïs, réappaissant pour bambocher et… beaucoup boire. Giacometti, son ami introverti (comme Beckett) en est fasciné.

    Il aura toute une écurie de bagnoles coûteuses (des italiennes, bien entendu), des chevaux de course et un magnifique voilier amarré sur la Côte d’Azur. À la bourse internationale des tableaux, le prix du « pouce carré » d’un Riopelle grimpe sans cesse. Premier Québécois qui triomphe là-bas. Krieghoff, émigré allemand installé à 19 ans à Longueuil, notre tout premier créateur « décolonisé », avait échoué à la fin du siècle précédent. Milne et Morrice, de forts talents, avait presque réussi en France. Avant eux, Marc-Aurèle Fortin, fils de médecin de Sainte-Rose, prodigieux fauviste sans le savoir échoua là-bas. De Pellan à Fernand Leduc, nul n’avait pu « le faire », Riopelle triomphait. Borduas, malade, complètement dépassé par ce Jackson Pollock (le Riopelle de New-York) partira de Provincetown, au Cap Cod, pour aller retrouver son ex-élève…En vain. Riopelle était le seul, il restera le seul. De Tokyo à Berlin, si vous questionnez un amateur d’art: »Pouvez-vous me nommer un peintre du Canada, il vous dira: Jean-Paul Riopelle. » Il ne pourra en nommer un deuxième.

    Ses anciens camarades de Montréal sortiront des placards les petits dessins-souvenirs de Jean-Paul. Ça vaut très cher désormais, une Madeleine Arbour, la chanceuse, le sait bien. On dit que les grands écrivains fuient le milieu littéraire et détestent « causer » sur la littérature, il en va de même d’un Riopelle. C’est de Maurice Richard qu’il aimera parler, il lui barbouillera une porte avec ses stencils et ses bombes de peinture une fois rapatrié à Sainte-Marguerite dans les Laurentides où il se fera construire une maison et un vaste atelier.

    Le petit voyou de la rue Delorimier est revenu changé. Ses excès en tout en ont fait un drôle de vieillard précoce. Des interviewers tentent de le confesser et il en sort chaque fois du bredouillage vaseux, des propos de méfiance, de l’ironie sagace, et, toujours, cette haine des rationalisations. Les ratiocinations (à la Guy Robert) du territoire font rire d’eux. Le sauvageon n’a pas vieilli au fond. Ses mosaïques renversantes, les plus grands collectionneurs (et musées) du monde en possèdent, sont dépassés. Sont venus, depuis 1965, les ravages apparemment iconoclastes du mouvement « pop art », la fameuse boîte de soupe Campbell, les sérigraphies des gloires de Hollywood des Andy Warhol et sa suite de la « Manufature Inc. « , puis un nouveau réalisme qui a intégré les avancées de l’art abstrait. Riopelle, intelligent, vieilli, se cherche une voie nouvelle. Fin de la spatule, de ses vues comme aériennes géologiques, cosmogoniques, de terres en fusion. Vont apparaître des canards sauvages, des bernaches et ses chères oies blanches brossés en son second atelier à Montmagny ‹où il vient de mourir‹, ses excursions de chasseur ( le fusil et l’oeil) à l’Île aux Grues, son dernier phare de gardien d’images audacieuses. Ses « fidèles » en seront déroutés. Petit purgatoire un temps.

    Le mardi 12 mars 2002

    Le mardi 12 mars 2002

    « À COEUR DE JOUR » ?

    1-
    Mais oui, envie de changer « Journées nettes » pour « à cœur de jour ». Pourquoi pas ? Je songe, on le devine, au titre à donner au livre de ce journal qui sera publié à l’automne. Ce matin neige folle. Folle neige. J’aime donc voir ces petits flocons comme échappés à regret par le firmament. Chute au ralenti, dirait-0n. Image d’hiver calme et douce. Beauté. Ça y est, encore ce soir, sur TVA-TM, à 17 h. et demi, mini-débat avec la belle Maréchal. On fera écho à un rapport de Statistiques-Canada qui dit que presque 30 % des citoyens se voient et victimes du mal nommé : « la travaillite ». Moi qui fut longtemps pris de cette maladie (quatre jobs à la fois dans les années ’60 !) je vais en maudire les effets.
    Il fallait nous voir, hier après-midi —halte de notre promenade-santé— nous prélassant à quatre sur un long banc d’une terrasse du Chantecler, le soleil nous inondant, un copule voisin et nous. Jean-Paul, 76 ans, et sa Pauline, se reposant des glissades à ski. Quelle audace, non ? Je les félicite. Si peu de neige cette année que nous ne sommes pas allés, pas une seule fois, à ski de fond sur les pistes du « P’tit train du mord », Aile et moi. Honte un peu! Hâte de reprendre nos vélos dès avril.
    Dimanche soir, embarras : regarder le Gala des Oliviers et vouloir aussi regarder 9/11 alors que le magnéto enregistre une troisième émission. Ça zappait rare ! Nos humoristes ont fait un excellent boulot. Nous avons ri très souvent. Plein de maudites pubs criardes et zap !, on ne riait plus du tout aux images de deux Français vidéastes à New-York qui, par hasard de reportage (sur les pompiers), sont soudainement happés par le bombardement kamikasien des tours du WTC. Reportage tragique, quasi-insupportable. Acheté par TVA dit la gazette de ce matin. Mais pas envie de revoir cette tragédie humaine qui donne mal au coeur.
    2-
    L’autre jour, au Musée Juste pour rire, j’ai dit au cinéaste Melançon notre bon plaisir pour sa série « Asbestos ». Le deuxième épisode était fort bien mené encore une fois. Un monde comme antique, il me semble. C’était il y a mille ans, il me semble, que l’on traitait les ouvriers des mines comme des abrutis sans importance. Mais non, c’était il y a cinquante ans seulement. Incroyable !
    Une fois de plus, je vois l’ouverture du télé journal à Radio-Canada avec fanfare du « fin du monde ». Un décor surchargé, étincelant, clinquant même, très « nouveau riche ». Ambiance « star-war » ou quoi ? Folie visuelle prétentieuse là où le peuple qui entretient ce réseau du peuple, très public, dot être intimidé (?) par ce chiard visuel d’arriviste. Quelle bêtise. Du buzzy, du funky, du fuzzy de tintamarre de foire commerciale pour une vente de bébelles électroniques alors que la télé d’État devrait être sobre, sérieuse puisque c’est le moment d’informer le peuple des actualités, ce n’est pas un show de Véronique Cloutier hein ?
    Une gentille dame, hier soir, me contacte : « Vous, un si bon conteur, vos viendriez en studio pour jaser dans notre série d’émissions documentaires où l’on parlera « mafia montréalaise », pègre québécoise, famiglia Cotroni, votre époque non ? » Moi, tout surpris ! Y seront des chroniqueurs judicaires comme le vétéran Lysotte ou le ministre Charbonneau (tiré à bout portant, lui, au Devoir), aussi la « victime » miraculée, Auger, d’autres « connoisseurs » en crime organisé. Ils décideront mais j’ai bien dit que j’étais ignorant en cette matière, que des « légendes urbaines » dans mon Villeray natal. Un « blind pig » au coin de la rue, un petit « bordel à bras » à un autre coin de rue. Des potins, des rumeurs quoi ! Certes, je pourrais lire des livres sur le sujet et puis jouer « l’historien de service ». Pas trop intéressé.
    Cher journal ! Hier, lisant dans du vieux journal mien, je trouve : « Lu tome 5 du journal de J.-P. Guay. Que de piques terribles ! Un acharnement de ma part, des lettres d’injures quasiment et le Guay imprime tous mes envois brouillons. Avoir su ! » Je descend à la cave chercher ce Tome 5. En effet, chaque fois que Guay —rencontré lors d’une émission littéraire— m’expédiait une lettre, je lui répondais comme pour m’en débarrasser, surtout pour le secouer car il se plaignait sans cesse de manquer d’argent mais refusait tout boulot.
    N’empêche que son journal, que je n’aimais pas —rempli de prénoms inconnus, de cachettes niaises— me donna le goût d’en tenir un dès 1987. Cela formas deux tmes, j’en ai parlé. Je me promettais de faire tout autrement que Guay, d’être net et « clair de nœud. » Je lui dois donc ma manie de journaliser…avec tant de bonheur depuis le 15 décembre, quand je m’y suis remis.
    J’ai abandonné ce « Pars vite et viens tard » de Frédérique Vargase. Trop franchouillard à mon goût. Aile s’y met maintenant…juste pour voir. Trois nouveaux bouquins devant moi —quatre avec ce curieux « Parfum de cèdre » sur ma table de chevet— un de Joseph Kessel, un de madame Giroud (du journal, miam !) et un autre…dont j’oublie l’auteur. Tous choisis à la biblio du village à trois coins de rue, là où l’on se garnit surtout de « best sellers » sans doute demandés par la multitude.
    J’ai lu —aux portes de l’École hôtelière—des pages du Kessel, celles d’un style vivant, d’une manière pétaradante, sur un New-York inquiétant, celui de la « Crise » fameuse. Kessel y fait (il était alors journaliste pour « Le matin ») des portraits effrayants des chômeurs, des quêteurs partout, d’une chic Fift Avenue déconcertée, démantibulée, —écriteaux « à vendre » ou « à louer » tapissent les vitrines vidées— photos littéraires dynamiques de cette méga cité effondrée par le Krach de 1929.
    Sorte de reporter surdoué le Kessel ! On y est vraiment , on rôde avec lui dans les cantines de rue, dans les dortoirs improvisés, dans des refuges de misère humaine totale. Grande hâte de retourner vagabonder avec lui. Quel guide brillant ! J’ai un peu lu aussi des pages quand Kessel est à Berlin, qu’il découvre, en 1930, la montée du nazisme et ce démagogue « fou mégalo » à moustache. Il décrit, fasciné et inquiet, ces fêtes bizarres avec torches dans la nuit, étendards, drapeaux et fanfares, saluts des foules hypnotisées « à la romaine » à une Allemagne ruinée qui doit redresser …via le fascisme absolu. Pages étonnantes d’un observateur de Paris qui sent que le monde va se fracasser bientôt dans des tueries jamais vue encore. Ah, lire ! Quel plaisir total, même avec ces pages d’anciens bouquins !
    3-
    Lire ? Ce matin, René Bolduc (Le Devoir) s’insère dans la querelle :auteurs d’ici ou auteurs de France aux collèges ? Il y va carrément et il n’ y aura plus de chicane. Il renvoie dos à dos les Cornellier et les Ricard. C’est tout simple, dit Bolduc, de France ou du Québec, les jeunes ne veulent rien lire, ne plus lire. Ils n’en ont que pour cinéma, Internet, vidéos, la vitesse.
    Bang ! Ça vient de finir, rangez vos épées… « les intellectuels », dit-il. Le Bolduc est pessimiste ou dit-il vrai ? Il parle de la fin de « la culture des lettrés », avance que des Prix Nobel s’enferment dans « leur culture hyper spécialisée, alors qu’un savant jadis…. » Il jette donc l’éponge ? Bolduc achève par « devons-nous capituler devant la culture technicienne, utilitaire, vouée à l’instantanéité. » Jugement pressé ?
    Diable, il m’a fait peur savez-vous ? Puis, voyez comme est fait un optimiste à tout crin, je me dis : « bon, il se peut qu’être cultivé, désormais, change de sens. » Combien de fois j’ai entendu des enfants —oui, des galopins aux écoles— me révélant des notions diverses (scientifiques ou autres) que moi, cinquante ans plus vieux qu’eux, j’ignorais ? Est-ce que ce fait indubitable fait que les « anciens » nous devenons pleurnichards, nostalgiques.
    « Bouhou, bouhou », écrivaient nos phylactères de bandes dessinées… « Snif, snif, bouhou, vous allez pas, ingrats jeunes gens, jeter ma bonne vieille culture d’antan ! » Je sais plus. Ce refus de paniquer, j’y tiens. Je me souviens trop bien des chialeurs démontés de mon temps d’élève des écoles et collèges : « Chenapans incultes ! C’est une honte ! Vous êtes, tous les jeunes de 1940, de 1950, des crasses petits poltrons ignares ! »
    Nous aimions trop le cinéma, le jazz, pas assez Bach, Mozart et Beethoven, nous allions vers le surréalisme, l’automatisme , la poésie nouvelle, nous levions le nez sur Balzac, Flaubert et Zola, nous préférions Camus ou Malraux. Tous les Victor Barbeau du territoire nous vouaient aux hégémonies !
    Non, je ne sais plus trop….
    4-
    Je me trompais. Ces « Monologues du vagin », selon une éfiante Nat Pétro, (La Presse de ce matin), font un spectacle (au « Lion d’or ») plein d’humour, capable même d’autodérision, n’ont rien des noirceurs féministes à la vieille sauce revendicatrice. C’est bien noté. Elle dit : « festif », adjectif à la mode.
    Autre thème très actuel : les femmes en « porteuses de bébé pour les autres. » Gilles Masse sermonne l’éditorialiste Ouimet. Comprenez-donc, dit-il, que des femmes infertiles (ablation d’utérus par exemple) vivent un grand bonheur, un besoin enfin accompli. Réponse : « Oui mais.c e sont toujours des filles pauvres, vulnérables, qui font cela pour un peu d’argent. Un bébé, continue Ouimet, n’est pas un objet qui peut s’échanger. Elle parle d’histoires qui, parfois, finissent très mal. Qu’en penser ? Je réfléchis.
    Oh ! s’amènent les techniciens en « duplex » de TVA. J’y vais.

    Le dimanche 10 mars 2002

    Le dimanche 10 mars 2002
    1-
    La peur. Après une nuit de bourrasques terribles, ce matin, vent fort et au début de cet après-midi, tempête brève mais énervante. L’électricité menacée ! Ça clignote ! Songe à éteindre l’ordi mais…ça passe. Hier, lu un courriel acidulé du fils Daniel qui se questionne quand j’ose refuser une promenade avec Aile pour continuer mes Journées Nettes, ici. Reproches forts ! Il a raison. Je regrette mon « assis sur chaise », ma défection. Promis de ne pas récidiver. Voici donc le fis qui joue au père du père ! Je me souviens d’avoir tenu ce rôle parfois auprès du mien. Sa surprise. Son sourire chaque fois. Je souris ! Mo n fils va jusqu’à me questionner : »pourquoi au fond ce journal. Une vanité u peu futile, non ? ? » Boum ! J’y réfléchis. J’aime le tenir, c’est certain, pourtant certains jours comme un… « devoir » (?) et de l’accablement.
    Hier, stimulé par Buissonneau —vu, je l’ai mentionné, au lancement de « Debout les comiques » qui passait hier soir au Canal D, je l’ignorais— si enthousiaste pour les deux tomes de mon vieux journal (1987-88), j’ai lu (au lit) plus d’une centaine de pages sur 1988. J’y ai pris un plaisir fécond, revivant des éphémérides cocasses. Dont ce passage hilarant (fait cocasse oublié) quand mes petits-fils exigeaient que je passe la nuit chez eux,couchant avec leur gardienne, Lucille. On explique que c’est impossible, que nous ne sommes mari et épouse et ils s’écrient : « Qu’est ce que ça fait ça, c’est pas important ça, le lit de nos parents est grand ! » Je remémore l’incident à Aile et nous avons bien ri. Un des rôles du journal :faire rire ?
    2-
    Vendredi soir, belle brève visite de ma fille avec son Marco, ils revenaient du ski à Morin-Eights, pour mon cher Gabriel, le benjamin de la rue Chambord et son grand ami, Raphaël Drolet. Un jeune géant fort attachant, déluré, l’esprit en éveil, poli et curieux. J’amène ces deux ados à mon atelier-cave. Ils admirent un dessin gouaché du David À Marc À Bernard, venu séjourner ici à la mi-février. David et moi partions du même accident coloré, David me battait, faisant une meilleure réussite graphique. Ainsi le non-initié, libre de toute enseignement, peut battre un pro, par son audace. Je ferai encadrer sa ponte. Je veux les amener au four et à la glaise mais, vu un temps de verglacement (j’aime néologiser) les parents décident de vite, vite, renter à Ahuntsic. On a remis à Éliane deux plats préparés par l’École hôtelière. Pour son papa, qui m’a si bien donner à bien manger jadis, j’ai offert à Raphaël Drolet un petit graphique (vert, blanc, rouge) sur « Roma », « l’italianisant » compère en radio l’aimera-t-il ?
    Achat du « Paris-Match » l’autre matin et bonne lecture de trois ou quatre articles bien torchés. Sur l’Amen, film de Costa-Gravas. Sur Israël et Palestiniens. Avec, comme toujours, des photos inédites. Après, feuilletant le dernier numéro de « L’Actualité », ça m’a paru bien pâle, peu excitant. Notre magazine « national » manque de…de quoi donc ? de nerfs ? C’est trop souvent mou, avec des sujets plats. Peu…québécois ? C’est cela. On sent qu’avec le boss de Toronto, la rédaction évite « l’enquébécoiserie » dynamique et solide ! Hélas ! Les contenus, trop souvent, offrent une sauce « pancanadienne » peu ragoûtante ! S’excuseront-ils en disant qu’ils ont des abonnés à Winnipeg et à Vancouver. Foutaise. Leur lectorat doit être du Québec à 90 %
    3-
    Martine Bédard (courriel) se cherche un …chantre pour sa famille, les Saint-Louis, fondeurs du Carré célèbre du même nom à Montréal. Elle veut mon aide. Quoi faire ? Pas le temps de rédiger des monographies de vieille famille ou…paroissiales. Ouvrages qui me plaisent bien pourtant, telle celle sur la famille-Jarry —et son parc dans Villeray— lu récemment.
    Autre message d’appel à l’aide : de Jocelyn Bruneau qui installera un site qu’il veut baptiser non pas « Heart Attak » mais « Artattak ». Il veut m’installer, weebant (j’aime néologiser, vous disais-je), comme son tout premier « portrait d’artiste ». Il a adoré, dans le temps, mon feuilleton télévisé, « La petite patrie ». Il veut « piquer » (hon!) des photos de mon site. J’ai dis :oui.
    Le jeune Cardin, lui, me remercie de nouveau pour mon soutien (pas bien fort pourtant vu mes ouvrages pressants) pour son projet d’écriture : son Ahuntsic natal en « petite patrie » bien à lui. J’ai tant souhaité, en 1975, un tas de récits publiés sur tous les quartiers de Montréal. Ça vient ?
    Ma chère Aile toute fière hier soir quand je lui dis que l’agneau des « élèves en cuisine » ne peut être comparé au sien, si rose, si tendre, si juteux… La vérité. Elle en est comme emmiellée !
    4-
    Lu tantôt le cahier « Livres » dans « La (grosse) Presse », si maigre le jour du Seigneur ! Encore la « une » sans couverture des livres qui se font ici. Salmigondis, sauce cosmopolitaine à la mode. Platitudes « convenues ». Paraître « universaliste», n’est-ce pas ? Martel, vénérable fidèle des écrivains livres québécois, mis dans un petit coin, louange Gravel et sa modestie scripturaire avec raison. Il se faisant aussi l’écho de Suzanne Jacob dans son « Écrire » à elle, vantant en chorus les talents de véritable écrivain de Foglia. Comme il a raison. Martel dit que ce Foglia affirmant « aimer chroniquer sur rien surtout », chronique alors avec art. Vérité.
    Si le jeune nouveau critique, Stanley Péan, continue de s’insérer « corps et âme » dans ses articles il deviendra le seul passionnant chroniqueur de livres. C’est le tort des Martel et Chartrand (Le Devoir) de rester en dehors d’eux-mêmes, de rédiger froidement, un « devoir » scolaire strict, parfois sur un ton professoral, glacial à l’occasion, en brave pion attentif, correcteur zélé, liseur comme anonyme. Le public d’un journal n’est pas celui d’une revue littéraire, il aime que ses « montreurs de talents » s’impliquent, se racontent un peu, laisse voir de leur …quoi donc ?, naturel. Feu Jean-Éthier Blais le faisait fréquemment et nous l’appréciions fort, peu importe ses louanges ou ses descentes.
    5-
    Éliane, ma fille, dans le portique l’autre soir, ici : « Mon amie t’a vu chez Lisa à Radio-Canada discutant « homoparentalité ». Elle m’a dit que tu étais bouche bée, muet, désarmé quand, soudain, un psy t’a sorti des études prouvant la non-dangerosité des parents homosexuels ! » J’en reste…bouche bée. J’avais rétorqué que peu importe les sondages —où les sondés peuvent mentir par rectitude attendue— il y avait ce témoignage livré tout frais, là, à deux pas de notre table ronde, de cette jeune Annick, fait en studio où elle a parlé courageusement de « sa honte » d’avoir une mère lesbienne, de ses mensonges obligés, de ses malaise à l’école, dans le quartier, de ses cachettes, de son silence. Il me semblait que le psy en question n’avait pas écouté (et compris) le désarroi terrible de ce témoin de chair et d’os à nos cotés !
    Ce matin, Paul-Maurice Asselin exprime (mes chères « lettres ouvertes ») publiquement que « dans notre société si « distincte » il est essentiel de rester à l’avant-garde du changement pour le changement… » Ce Asselin jasait sur « mariage officiel de deux hommes ou de deux femmes ». En effet, tant de braves citoyens stupéfaits devant les caricatures, par besoin de mimétisme, mais bien silencieux de peur de sembler « ancien ». Crainte farouche de se faire cataloguer « rétro », « nostalgique », faut avoir l’air dans le vent, absolument moderne, en piétinant ses convictions s’il le faut. Le vent…
    Et le vent les emportera, cher Rabelais !
    Ainsi j’étais donc décontenancé, bouche bée ? Chacun peut interpréter subjectivement une attitude, une portion d’émission, le cours d’un débat. Rien à faire et je le sais depuis très longtemps. : « T’as été parfait ! T’as été en dessous de tout !
    Au collège, le « tot sensus, tot capita », illustrait une règle de latin, cela illustre aussi que, oui, tant il y a de têtes (capita) , tant il y a d’opinons (sensus). Eh oui !
    Je répète : »Un tableau de génie regardé par un crétin devient un tableau de crétin », et je répète pour m’amuser : Un tableau de crétin vu par un génie… Hum! Aux élèves des écoles où je suis invité parfois, je vais répétant aux jeunesses : « Tenez-vous avec plus brillants que vous, plus intelligents, mieux cultivé. C’est souvent un peu humiliant, fatigant aussi, mais vous en sortirez améliorés, grandis, stimulés par eux. Pas en vous collant aux gnochons, aux voyous « populaires » !
    Silence dans la salle quand je fais ce sermon. On sait la « mise à part » du « bolé », la discrimination active face aux « brillants » dans un groupe, une classe, hélas !
    6-
    Aile, hier soir, avait loué « Legally blonde » en version française. Nous avions lu des louanges de cette comédie toute amerloque. Et nous avons bien rigolé. Récit pétaradant, fable comique. Un conte de fée « arrangé par le gars des vues ». L’héroïne, étudiante dans un collège californien pour futurs mannequins, avec « concentration » sur cosmétiques et modes, follement amoureuse d’un bel ambitieux qui la laisse tomber espérant une « blonde » à famille prestigieuse. Le beau « salaud’ file vers l’Est, vers Boston, vers l’école prestigieuse de l’université d’Harvard pour devenir avocat.
    « Legally blonde » fonce alors dans une suite de séquences drolatiques. La belle poupée languissante abandonne son école de modes, fonce vers Harvard, réussit à y entrer, bûche comme diable, se retrouvera assistante d’un très célèbre plaideur…
    Je ne vous en dis pas davantage. C’est comique et facile. Un de ce films à l’intrigue guère plausible — que d’amusants imbroglios— dans son intrigue mais un récit cocasse mené. Tambour battant. Un « happy end » savoureux, proclamant : « Une poupée Barbie a le droit d’être brillante, intuitive, humaine. » Et aussi : « Quand on est mue par l’amour, tout peut arriver. » La leçon finale :Une blondinette peut en cacher une autre. » Vraiment désopilant.
    Le penseur grec Aristote aurait dit : « Le droit c’est la raison pure de passion. » Une prof de Harvard commente l’assertion millénaire et la minette de « Legally blonde » saura le contredire montrant qu’avec intuition, passion même, le droit…retrouve tous ses droits. J’ai songé un instant au bonhomme Trudeau pour qui c’était la règle de vie que cette « raison sans passion » et qui échoua complètement à vouloir détruire le patriotisme passionné des nôtres ! Samedi soir, un film de divertissement, si comique, me conduisait par accident à mon ennemi viscéral, le « raisonnable » pourfendeur du souhait normal d’une patrie normale , feu-Trudeau. Quel détour !
    7-
    À Londres, chez « The observer », Peter Beaumont, chef des nouvelles internationales en a plein son casque : « Plus moyen de critiquer Ariel Sharon, le va-t-en-guerre, et son gouvernement, sans nous faire accuser d’antisémite. » Il affirme que les attaques, plus nombreuses, contre des synagogues ou des cimetières juifs, partout en Europe, n’ont rien à voir avec la haine raciale mais sont le fait de jeunes émigrants arabes, mal intégrés, —et aussi mal acceptés par un racisme hypocrite en Europe, tient-il à souligner— qui s’ont une sorte d’écho de solidarité de l’Intifada palestinien. Heureusement, en Israël, de 80% de popularité, la cote du Sharon —prometteur de paix à son arrivée— est tombé à un peu moins de 50% maintenant !
    Stéphane Laporte signe, très souvent, un très bon « portrait de société québécoise » dans « La presse. Quel don ! Ce matin, sa cabane à sucre immangeable, ses « oreilles de christ » qui le scandalise, enfant, et ses « pets de sœur » dont il ne veut rien savoir, tout le reste de son « Le bonheur est dans la tire… » illustre bien ses talents d’humoriste. Fort. Il est bon. Plaisir de le lire le plus souvent et je le lui ai déjà dit à la terrasse de « La Moulerie », rue Bernard, sa voisine. Difficile l’humour réussi —pas le lourd lot farcesque de pipi-caca-cul— essayez-vous, vous verrez bien.
    8-
    Si, comme moi, vous aimez les enfants, combien êtes-vous, depuis quelques années, à être étonnés, renversés, éberlués, vraiment choqués, consternés, du gros lot de pédés chez les curés et autres pasteurs ?
    Le loustic : « Vite, le mariage permis pour eux à l’avenir. » Comme si cette tare, ce vice, cette effroyable maladie pouvait se guérir en prenant une épouse ! Cette homosexualité d’un ordre particulier, pervers, n’a rien à voir avec le mariage.
    Voilà que ce matin —cerise pourrie de plus sur ce sundae exécrable— nous lisons dans les gazettes que l’évêque de Palm Beach, en Floride, a fait son ravage écœurant et, enfin, se fait dégommé. Trop tard ! Le mal est fait et il se faisait sous les apparence d’un doux, aimé et révéré bon pasteur des jeunes âmes ! L’exemplaire et pieux « monseigneur » O’Connell faisait donc partie intégrante du troupeau de brebis bien noires.
    Sous couvert de charité, de belles paroles évangéliques, il est un autre haut gradé, drapé dans l’incarnat et la pourpre, crosse en l’air, mitre à rubans dorés au vent, soyeux gants violets aux mains —avec bague cabochonne luisant à embrasser à genoux— vicaire zélé de Rome qui se livrait à la corruption des jeunes. Gestes qui engendrent un déséquilibre pour la vie chez la plupart des jeunes victimes.
    J’espère que des malheureux du Québec —tel, à 40 ans, ce Christopher Dixon (spolié à 13 ans)— même devenus adultes à cheveux gris, trouveront toujours le courage (en retard ou non) de dénoncer ces abuseurs —crapules en soutanes rouges ou en « clergyman » gris ou bleu poudre, en chandail mauve ou en jeans usagés, avec le crucifix au cou. Juste avant la nomination du rat O’Connell, il y eut le cochon Keith Symons, autre évêque pédéraste. Une lignée ! Vraiment ! Grossier acheteur de silence, complice dégeulasse, l’archevêché avait payé Dixon, à l’époque, 125,000 $
    Le front de cette église catholique…qui installe ses pédés en satin moiré un après l’autre. Un autre abbé-à-petits-garçons, —nous en avons eu des paquets de cette vermine au Québec cléricaliste triomphant — John Geoghan, œuvrait à ses œuvres, pas bonnes, « basses ». A Boston, Il vient de prendre 10 ans de prison, lui. Bagatelle ! Il fera quoi, trois ans ? Moins ?
    Il y a aussi d’autres coups de pied au cul à donner. Aux « rongeurs de balustre » aveuglés, aux « grenouilles de bénitier » complaisants, bedeaux candides, marguilliers écervelés, imaginez cela, ces braves paroissiens supplient l’O’Connell misérable de rester. Oui, oui ! Ils baissent les yeux : « Quoi ? Il faut-y pas pardonner les offenses ? C’est dans nos prières ! » Le « Palmbeachéen », Seamus Murtagh : « Quoi ? À tout péché miséricorde, non ? » C’est-y pas beau hein la charité chrétienne ? Aux portes de l’éternité, un Créateur décidera, lui, s’il y a lieu d’être miséricordieux, nom de dieux !
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    Dies ira… poltergeist… neige incohérente, le lac soulevé de bourrasques, les murs vibrent, l’aluminium aussi, les vitres des fenêtres grondent, les chaises bougent, mon fleurdelisé tremble, le vent beugle et meugle…Apolcalypse now ! À la quasi-mi-mars ? Me mettre dans le ciboulot que l’ hiver n’est pas fini !
    Gilles Derome, ex-réalisateur redevenu excellent potier à Laval, fait publier souvent, en lettres ouvertes, des…invectives ? Non. Des réflexions quasi philosophiques. C’est lui qui —jeune compagnon de l’atelier de céramique du 42 Avenue des Pins— m’excitait à une sorte de concours de « rapportage de livres » des bibliothèques publiques, de Montréal ou de Saint-Sulpice. Derome vu en boulimique liseur, cela m’encouragea à l’imiter. Bien m’en pris. Début février, mon Gilles y va d’un « Fanatismes », sorte de billet, à sa façon habituelle, ambigu. Son tableau dépeint W. Bush comme un nouvel Hitler. Rien de moins. Il s’aide dans sa démonstration des écrits de Béguin, Corti et Claude David. Pas vraiment cuistre mais volontiers étalagiste de ses lectures, mon Derome estime beaucoup les citations. Bush, valet servile du FMI, veut exterminer les vendeurs de pavot de l’Afghanistan avant tout, et, vite, y installer son pipe-line pour se défaire du joug des Arabes (?). Ce serait un politique qui va nous coûter cher mais qui nous rapportera gros à tous « nations chrétiennes ». Un fanatique selon Derome, que dire des kamikazes intégristes, fous d’Allah, cher Gilles ? « Ce Bush ressemble de plus en plus à Staline, le plus grand criminel de l’histoire », termine-t-il.
    Mais Staline, si je me souviens bien, n’avait pas à rendre de compte à des électeurs. À personne. Le dictateur, « petit père des peuples soviétisés », n’avait pas à aller en élections libres, lui.
    Ce Bush démonisé à l’excès me laisse perplexe un peu, Gilles.
    Avant Bush, il y eut jadis Nixon. Élu, lui aussi. Les archives nationale des USA viennent de publier 500 heures de ses conversations de bureau. Oval, comme on sait. 1972. Tenez-vous. Nixon attaque des Juifs notoires, fait répandre des rumeurs sur Ted Kennedy, via sa zélée secrétaire car il l’attelle à la rédaction de lettre anonymes pour salir ce Ted encombrant. Ou à un journaliste désobéissant : des insultes grossières. Sous un faux nom. Devant un Henry Kissinger —énervé—, Nixon songe à la bombe atomique pour en finir avec les nationalistes du Vietnam. « Ce serait trop, lui dit Henry, il y aurait des victimes civiles ». Nixon répondit : « Je m’en fous. » Sur le fameux « agent orange » (utilisé e 1973) pour défolier les cachettes feuillus des « résistants » vietnamiens, Nixon ne veut rien savoir des « effets secondaires ». 30 ans plus tard, on vient de le révéler : le taux de dioxine (TCDD, ou tétrachlorodibenzo, un poison) est deux cent fois (200 !) supérieur au taux normal.
    Qu’est-ce que mon ex-petit compagnon, Derome, écrira s’il tombe sur ce paquet-là ?
    10-
    Je juge la boxe une barbarie et , soudain, je m’intéresse à ce garçon de Sainte-Lucie, Éric Lucas. Il a battu Vinny Paz. Un gros morceau !C’est un champion. Me voilà oubliant que la boxe devrait être un sport banni, interdit complètement. Fou hein ? Chauvinisme maudit ? Oui. Le voilà donc co-proprio d’une « Cage aux sports » à Granby. C’est un début ? Le jeune Éric vient d’empocher 300,000$ juste pour ce combat contre Paz. Lucas, meilleur des super moyens (chez les mi-lourds ?), dit qu’il ne battra plus passé 40 ans. Plein de gérants, autour, l’encourage à continuer.
    On veut le confronter à des Mitchell (association WBA), à Calzaghe (du WBO), à Ottke (du IBF). Il s’agit de diverses associations de combattants à gants de cuir, je suppose. Ses patrons chez « InterBox » ont intérêt à le voir grimper au pavois des pavois…
    Et moi, je regarde aller le bonhomme de Sainte-Lucie, village laurentien voisin au nord-est de Sainte-Adèle, où je fus invité un jour pour une jolie et modeste fête littéraire. Me voilà donc tout fier, avec, comme à regret, au bout du compte, cette horreur de la boxe, une folie sadomaso. Je voudrais l’encourager, comme nos autres boxeurs, s’ils ne risquaient pas, tous, de se faire écrabouiller, et pour la vie, comme le pauvre infirme, Cassius Clay, alias Mohamed Ali… Au fait…dont je veux voir le film que l’on vante partout. Maudit voyeurisme, instinct de mort excité, qui nous rameute autour de ces arènes horribles. Spectacle inhumain. Ah je vous dis les contradictions des hommes, moi comme les autres. Ouais !
    Marie-Claude Malboeuf (La Presse) fait souvent de bons reportages. La voilà inspectant enfants, profs et gardiens dans l’est de la ville. Son seul et final verdict : « les enfants se cherchent de l’affection…à l’école. Ils s’accrochent littéralement aux maîtresses. Une pitié. On lit les détails de son séjour et on comprend rapidement qu’il n’y a, au fond des choses, que cela :un besoin effarant de tendresse, d’affection. Un sentiment de petit être délaissé envahit corridors, classes et salles de récréation comme cantines. C’est terrible, non ?
    Maman n’est plus à la maison. Me taire là-dessus. Les filles admises avec bon sens aux études supérieures, ne veulent pas rester à la maison pour faire cuire des beignets, laver des murs et tout le reste…et donner de l’affection au petit ou aux deux petits. Là, c’est la douleur ! Culpabilisées, elles ne savent plus comment réparer ce trou béant, ce ma, ce désespoir muet, qu’elle voient aussi bien que ces maîtresses d’école débordées.
    Justice ! Si elles ont un diplôme, même modeste, elles veulent en profiter. L’État en est bien content de ces « deux au boulot », tu parles ! Plus de mazoune au fisc. Alors, on offre des dollars aux garderies et on promet d’en ouvrir d’autres. Beaucoup. Mais l’affection bordel ? Maman l’instruite reste bien mal en point, n’en doutons pas. Elle sait. Elle devine. Elle constate. Et lâchez-moi « la qualité » du temps de présence, cette farce ! Un enfant a besoin soudainement de tendresse, d’attention, de réconfort et cela ne se révèle pas « de telle heure à telle heure » .Elle a mal, cette mère partie de 8 h. à 18 h. Que les maîtresses n’en reviennent pas de ces abandons est une phrase creuse, elles aussi, souvent, ont des enfants ailleurs. C’est clair chez Malboeuf qui a tout vu :les petits sont en manque. Maman c’est de 18 h. et demi à 21 heures. Après, dodo, l’école demain.
    Je voudrais juger sévèrement…. Moi qui a eu la chance, dans mon enfance, comme tant de ma génération d’avoir, chez moi, sans cesse, la présence… mais… Non ! Ep ! Me taire. Comment dire « rester donc avec vos petits ? » Si l’État voulait donner des sous, un vrai bon salaire, à ces filles qui veulent bien élever une famille…Ça changerait les choses ? Ne sais plus.
    En tous cas, il y a dénatalité grave par dessus le marché, il y danger de vider le pays. On a les émigrants, sinon, ce serait une catastrophe nationale disent les démographes patentés. Alors ? C’est, les enfants, ben plus important qu’eau, électricité, forêts et tout le reste. C’est la ressource naturelle prioritaire. Essentielle. Vitale. Et on fait quoi ? 5$ par jour la place en garderie ? Oui, un salaire, un vrai, un bon et des femmes qui diraient : « Bien, c’est un métier à plein temps, je vais rester à la maison. Mon choix. Pas pour un ou deux, pour 4 ou 5 enfants, une famille qui compte vraiment, avec 4 ou 5 enfants ! Un salaire décent pour un métier délicat et vital, harassant et peu gratifiant souvent..
    Ma fille, Éliane, diplômée d’université, capable d’avoir signé une série de télé pour enfants (« Les antipodes ») numéro deux après « Bobino » et ses stocks faciles de dessins animés, faisait ce choix. Ses trois garçons ne se sont jamais accrochés pathétiquement aux jupes des maîtresses. Elle était là pour l’affection normale. Je lui ai levé souvent mon chapeau !
    Problème insoluble ? Reste une seule affligeante constatation : aux écoles, les enfants s’accrochent aux gardiennes, au gardiens, aux institutrices et quêtent ostensiblement un peu de tendresse. Pas du tout seulement apprendre le calcul ou la grammaire et cela n’est pas normal. C’est long, très long 10 heures (parfois un peu plus) dans l’école. Nous autres, au temps des mères « trop occupées pour travailler » selon Deschamps, tous les midis, il y avait sa soupe chaude, le repas chaud et surtout, surtout, sa présence. Maman écoutait nos chagrins, nos chicanes de cour, nos ambitions minimes, nos rêves et nos ambitions, nos projets dérisoires, notre simple papotage d’enfant. Ma mère était présente tous les midis ! Je lisais l’enquête de Malboeuf et j’avais mal. Très mal. C’est sordide. Quoi faire ?

    Le vendredi 8 mars 2002

    Le vendredi 8 mars 2002
    1-
    Un matin gris. Le froid persiste. Bien avoir qu’en mars, il peut y avoir tempêtes de neige. La boucler. Attendre. Patientia! Mais hier, jeudi, rentrés de Montréal, belle sieste dehors au soleil, sur la galerie, bain de soleil ! Cousins sur nos chaises ! Revigorant en diable ! Nous revenions du lancement —salle sinistre du Musée-Rozon rue Saint-Laurent— d’une série d’émissions produite par le Canal D. « Debout les comiques » veut raconter le rire québécois. Bien fait. Ça ratisse large. Je figure —on m’a coupé, beaucoup, c’est la loi dans ces entreprises— dans le premier épisode qui sera diffusée la semaine qui vient. Je parle d’ Ovila Legaré (« Nazaire et Barnabé »), de Gilles Pellerin… Je m’entendais à « Debout les comiques », péremptoire, affirmer : « Faut être intelligent pour jouer l’imbécile. » En voiture sur l’autoroute, Aile et moi discutions là-dessus : « Est-ce qu’il faut être imbécile pour jouer l’intelligent ? » Oh ! Vaste étude non ?
    Ce « Musée juste pour rire », façon moderniste actuelle, est vite devenu bien laid. Cette architecture (vogue dépassée j’espère) qui se veut franche, minimaliste, montre ses structures de métal etc. vieillit bien mal, on dirait, déjà, une ancienne construction des années de la Crise ! Même genre pour le TNM, rue Sainte-Catherine. Que de ferventes rencontres hier matin ! Mon cher ex-camarade de « La Roulotte », Buissonneau. On s’embrasse et il me dit aussitôt : « Claude, c’est fou, je viens tout juste de lire ton journal de 1987,1988, j’ai adoré ça. Ce « papotage », ces confidences, R., tes enfants, tes projets, les événements de ce temps, ah !, sais-tu qu’on a intérêt à lire du journal longtemps après publication (!) ? J’ai déniché, mon Claude, des souvenirs. »
    Encouragé de tant de bon plaisir pris, je lui parle de mes « J.N. » et du livre qui en sortira (chez Trois-Pistoles ?) l’automne prochain ( janvier à juin). Mon Paul en est amusé. Il nous quittera vite après le visionnement —où l’on revoit son « Picolo » hilarant— car il est plongé dans sa mise-en-scène avec les textes de Tardieu. Je lui rappelle son chef d’œuvre —vraiment— du temps de « Quat’sous » avec le « Théâtre de chambre » du même Tardieu, poète surréaliste. Paul est pris aussi pour un troisième déménagement. Ayant quitté Habitat ’67, il s’installait, avec sa tendre Monique, à Pointe-Saint-Charles, ex-manufacture bien entendu. Cela lui ressemble tellement ! Rendu là, il découvre mieux, vraiment au bord du canal, —« des plafonds à 13 pieds mon vieux » ! Le voilà donc encore dans ses boîtes ! Ce diable d’homme, à 75 ans, rond comme une grosse pomme, déploie une énergie peu commune ! L’imiter.
    Plaisir de revoir la Clémence nationale, une « comique debout » elle aussi ( de stand-up comic ?). Après la cérémonie et le buffet —chaud et bon— Clémence me prend les bras : « Tu nous donnerais une de tes aquarelles pour les malades mentaux, oui ? » C’est oui bien entendu. Je lui ai dit que mon David-à-Marco (à Concordia) étudiait la poésie québécoise dont celle de son vieux papa, Alfred Desrochers. Elle en est toute contente. Soudain la critique de télé, Louise Cousineau, me questionne : « Ta compagne, là, c’est quoi déjà son nom de famille ? » J’ai pas osé lui recommander d’écrire : « Aile ». Parmi les invités, Paradis des « Joyeux troubadours », Roger Joubert ( ex-comique de CKAC), Marcel Béliveau, discret, muet, organisateur des canulars de « Surprise sur prise ». Le rondelet Saint-Germain des « Cyniques », et qui encore ? Mon étonnement de bien découvrir que l’humour québécois, depuis « Radio-Carabins », « Carte blanche », « Le beu qui rit », depuis 1940 quoi, —« Zézette », « La poune », « Quelles nouvelles » (de Jovette Bernier),« Tit-Zoune », engendrait tant de folichonneries et, parmi ces farcesques pitreries, tant de « critique sociale » fort décapante. C’est bon signe dans une société, non ?
    2-
    Mardi soir, veille de notre départ pour la ville, vu, vidéo loué, un film d’anticipation curieux, recommandé chaudement un matin par Homier-Roy : « I.A. » pour « Intelligence artificielle ». Spielberg fait voir son monde obsessif. C’était un projet de Stanley Kubrick, mort avant de le réaliser. « I.A. » sort d’une simple nouvelle donc d’un bref conte. C’est un long —un peu long métrage fascinant souvent. On aurait dû mettre « Sentiment artificiel » puisque c’est le récit d’un robot capable de s’émouvoir, de s’attacher. Nous sommes en l’an 3000.
    Le jeune héros de « I.A. », David, un « robot sensible », garçon étonnant pour une machine cybernétique, est joué par l’extraordinaire gamin du merveilleux film « Le sixième sens ». Ce jeune acteur, Haley-Joel Osment, nous séduit, nous envoûte totalement. Il a une bouille qui fait merveille. Pourtant sa mère adoptive (le mari lui offrait ce drôle de jouet, quasi-humain, en compensation pour un fils perdu) ira l’égarer en forêt ! L’autre fils, perdu et retrouvé, développant une féroce jalousie, avec menaces, la maman fait le sacrifice de ce « jouet » hors du commun. On songe au fameux « Petit poucet » de Perrault !
    Ce David-robot en sera inconsolable, amoureux fou de cette jolie maman d’adoption. Débute alors vraiment le film de Spielberg, sa sauce habituelle, celle de « E.T, de « Close encounter…», de « Jaws » Travail, famille, patrie : la droite des conservateurs. « Famille, je vous aime » ! Spielberg c’est un Walt Disney, aussi sucré, mais moderniste : moyens neufs, infographie étonnante à plein, effets spéciaux renversants, mais le « gluant » de la sentimentalité : « maman mignonne, bon papa, l’enfant chéri !
    C’est très « américain » ? Ou mondial, car ses films ont eu du succès partout. Voici soudain un tuteur, un initiateur, robot-galantin, et on pense à « Oliver Twist » maintenant avec le « vieux » voleur à la tire !. Ce gentil Jos-robot, un « mac » programmé (très bien interprété), va aider le jeune David à retrouver sa cruelle mais chère maman adoptive ! Scène fantastique quand les deux découvrent un immense site clandestin où l’on détruit, devant des foules sur estrades, ces robots humanoïdes qui sont un défi au Créateur. Autres inoubliables images : ce dépotoir de « pièces usagées » où des robots abîmés viennent, la nuit, se changer des pièces, mâchoires fracassées, œil, bras, main, pied. La fantastique montgolfière illuminée ( salut à « Close encounter… ») avec sa nacelle de « tireurs à vue » sur ces clochards bourrés de puces électroniques…Oh ! Étonnant morceau de bravoure par les graphistes du jour.
    Donc, plein de clins d’œil aux conte universels. Ainsi David sera un « Pinocchio » futuriste qui n’a qu’un rêve : devenir un garçon comme les autres avec une maman qu’il chérit tant. C’est William Hurt, si bon acteur, qui joue le rôle ingrat du « docteur Frankenstein », le créateur de ce David.
    Je ne dirai rien de la suite. Une fin ave clin d’œil au New-York dévasté de « La planète de singes ».
    3-
    Fait curieux, mon Daniel avait pondu (1990 ?) des textes sur ce sujet. « Douze Heures », son projet de télé m’emballait tant que j’avais tenté, en vain, de collaborer à sa concrétisation. Le metteur en scène surdoué, René-Richard Cyr, —un temps lecteur de projets à TQS, où on avait soumis « Douze heures » à une directrice des programmes, « Madame Legris »— avait voté chaudement en sa faveur, appréciant ce robot humain qui découvre les facettes de la vie réelle.
    En vain.
    Alors, j’avais offert « Douze heures » —ce titre puisqu’il fallait recharger ce « Pinocchio » à toutes les douze heures, comme, disons, un caméscope— au fils de Jean Lapointe, puis au fils de J.-P. Coallier, ainsi qu’à René Simard, tous trois alors jeunes acteurs fort capables d’incarner ce jeune homme cybernétique, candide et sensible. En vain mon parrainage et j’en suis toujours fort déçu. Mon fils se mettra au design de ses « jeux de société » et avec succès. Je ne sais pas si, lui, y pense encore. Avec son « Douze heurs » pas de Disney attendrissant, pas « maman, papa », mais beaucoup d’humour, des vues sarcastiques sur nos façons de vivre découvertes par une machine humanoïde innocente.
    C’est la vie québécoise. Je songe parfois que, mon Daniel citoyen américain, ce projet…. Bon. Me taire.
    Actualités : entendre, au sermon de Notre-Dame, l’aumônier tutoyer la veuve (Annick Royer) du policier tué (Benoit L’Écuyer) par une jeune bandit m’énerve. Le ton des maternelles, des garderies pour une adulte ? Le ton des employés en Centres d’accueil. Brrr…mon épée me démange ! Je déteste cette familiarité paternaliste, dominatrice au fond.
    Forte chronique de Foglia sur ces funérailles « nationales » pour un gendarme tué « en service ». Qu’il est souvent brillant, quelle chance a « La Presse », en est-elle consciente ? Ce matin,
    Le même sujet par…non, pas de nom, une chroniqueuse (même journal) pas mal moins douée que Foglia et qui n’a aucun courage, elle, face à ses correspondants scandalisé de ces grandioses funérailles. Elle publie tous leurs griefs populistes et n’écrit que des « je ne vous suis pas » !C’est cela « en avoir ou pas »…du talent !
    4-
    On présente (le Lion d’or) « Monologues du vagin », c’est donc subtil. Des féministes applaudissent. Quoi, on parle bin assez du pénis ! Argument con. L’imbécillité passe dans le camp des femmes…qu’il faut désormais respecter, oui, en finir avec la femme-objet et j’en suis. Alors, ces vagins à qui on donne la parole ! Animisme de connards : Disney, cucul la praline, faisait parler les fleurs, les papillons, les gazelles si kioutes…On fera parler un nombril bientôt ! Oui, animisme bien con !
    En Belgique, il y a eu un film, initié par feu le bédéiste Topor, assez désaxé merci, où le pénis s’exprimait (celui du marquis obsédé, Sade), film hélas produit par mon ami Van Beuren. Cette humanisation d’un organe spécifique me hérisse.
    Pourquoi pas, bientôt : Les monologues d’un rein ? Ou d’un foie? D’un pied ? Du gros orteil ? Le verbe donné, non plus à la pensée, à l’intelligence, mais à un membre, un organe biologique, du corps humain me semble d’un infantilisme total. Niaiserie puérile qui excite les coureurs de fausses audaces toujours en mal d’avancées sur la planète des déboussolés.
    Parlant de déboussolage : zapettant, je tombe sur le « preacher » Roger Drolet mal confessé par un Pierre Marcotte jamais bien informé, au canal communautaire Vox. Le drôle Drolet est un jacasseur impénitent. Avec idées courtes et philosophie bonhomme. Pécheur converti, il joue « les directeurs de conscience » populistes, jadis à CKVL, maintenant à CKAC, tard le soir.
    Du temps de la radio de CJMS, Paul Arcand m’entraîna manger chez lui à deux reprises. Bonne bouffe de sa jeune, jolie, et charmante épousée qui lui sert de secrétaire zélote. Plaisir de le taquiner férocement. L’homme, plus érudit que cultivé, émet des sentences définitives sur l’état de la société. Face au bon bougre Marcotte, toujours un peu hors-sujet, Drolet se haussa aux combles de l’incohérence car, avec Marcotte, pas de « track » ferme, aucun plan d’interview. Ça roule « au petit bonheur la chance » avec approximations fantaisistes, je le sais, je suis passé sous ses fourches (pas caudines mais) molles du canal 9.
    Drolet, qui s’illustre mensuellement sur la scène du cinéma Château, fait voir une misanthropie niaise : « Le monde est fou, il va à sa perte, il n’y a que l’amour de « la femme soumise », etc. »
    On se croirait chez un ayatollah de comédie ! Totalement réactionnaire, ce « poujadiste-de-salon » (italianisant), a fini par racoler quelques centaines (500, 800 ?) de frileux —fragiles blessés de l’existence sans doute —qui ne demandent qu’à payer pour entendre ses fatwas. Le Vatican est plus à gauche que lui, ce n’est pas peu dire. À un Marcotte visiblement renversé par ses assertions, mon Roger Drôlet montra les photos —de son ami Proulx, comme lui poujadiste inflationniste— de son bien joli bunker, un ex-petit couvent de nonnes en voie de rénovation.
    5-
    Mercredi matin, j’ai foncé dans la « commande Simard » et j’ai rédigé une première brève (7 pages) « nouvelle érotique » intitulée : « Rachel au pied de la Trappe d’Oka ». J’ai 21 titres devant moi. Jeudi matin, hier, dépôt du texte, pas loin, en face de chez moi, là où logent (temporairement) les bureaux du Simard et de ma belle bru, Lynn, la relationniste de ces éditions populaires. J’ai dit à la secrétaire que j’allais attendre le verdict de Simard avant de continuer. Au cas où ce dernier souhaiterait des « cochoncetés ». On ne sait jamais…
    Hier soir, jeudi, mon « Nouvel Obs » sous le bras, 45 minutes d’attente —je voulais le premier choix absolument— au comptoir de l’École hôtelière. Maintenant je me pose des questions : serions-nous des cobayes au fond ? Y a-t-il un inspecteur en aliments là ? Est-ce qu’ il y a des risques à dévorer les « devoirs » des élèves, leurs chefs fussent-ils ultra-compétents ! C’est qu’il nous vient des digestions fort laborieuses assez souvent avec, pour moi, recours au Pepto-Bismol. Aile : « Il y a leurs riches sauces, ils y vont fort je crois ! C’est bon mais… »
    Ça y est TVA et TQS refusent les verdicts des « pairs » (mon œil !) et bouderont carrément le prochain gala Gémeaux. Il y a eu risque…d’entraînement par les producteurs indépendants (mon œil, ils fonctionnent avec notre argent public via Téléfilm). Ces « privés » (mon œil encore !), nous apprend Louise Cousineau ce matin, se sont fait parler dans le creux de l’oreille par un « boss » de Téléfilm Canada, Robert Roy. Ce dernier fut un des co-fondateurs de la patente-à-Gémeaux et aurait insisté : on veut de la ristourne à nos subventions, et le « prestige » —mon œil, c’est le public, pas ces « pairs » anonymes de mes deux…qui fait les succès au fond— du dit gala, c’est de la ristourne. Rêvons.
    6-
    « On cold blood » encore ! Hier, l’horreur à Laval. La nuit. Rue tranquille. Coup de pied dans l’entrée. Coups et blessures. Baillons et cordes. Un Couple âgé agressé. Vol des portefeuilles. Puis viol d’une visiteuse du couple. Voilà Aile énervée : « Tu te rend compte, ils ont défoncé la porte et bang ! vite, vos cartes de guichets, vos nips. Ça pourrait nous arriver ici, non ? » Que dire ?
    Le cinéma, parfois loin de « I.A. », très loin de Spielberg. Une ex-étudiante en scénographie. Vient de faire un film. Il y a « ma tante Mado ». Roland s’est suicidé, époux qui brutalisait, qui buvait comme une éponge et qui s’est tué. Cette nièce, évidemment, a vécu parmi ces gens. Pas besoin de création, pas besoin d’écrivain, d’aucun scénariste. Elle fera un film de famille. Confessions acceptées. Mère veuve, fille cousine, raconter les malheurs et…. peut-être les petits bonheurs malgré l’atmosphère. C’est encore et toujours ts « loft story », reality show, big brother mais la caméra…pas cachée cette fois !
    Silence, ma tante, ma cousine, on tourne ! La Fellini, la Arcand du jour va les faire parler. Un docu-vérité de plus. Que l’on finira par voir un de ces jours sans doute, au canal « ché pas quoi ». Je lis le reportage ce matin, on y dit qu’il n’y aura pas de « procès à ce Roland irresponsable » ! Ah bon ! Oui, vous saviez pas, on a trouvé le coupable : « C’est la société ». Écrit en toutes lettres : « La société » ! Moi, cette vague, magique, conne et facile accusation commence à me donner de l’urticaire, pas vous ?
    Guy Lafleur, la tête sur les épaules, donne un bon verdict sur le hockey. Trop d’équipes. Partant, trop de joueurs bien « ordinaires ». 30 clubs ça n’a aucun sens, nulle part. Vérité . Le jeu défensif d’aujourd’hui :plate ! Manie d’envoyer sans cesse la rondelle au bout de la patinoire puis de courir après ! Oui, ennuyeux !Si vrai ! Un jeu « plus offensif, plus créatif », dit-il, est indispensable. Il sait : c’est une affaire d’argent, on ne va défaire des clubs, on ne verra pas ça de sitôt, dit « Guy, Guy, Guy » !
    Un livre, un autre, raconte sa vie de joueur-étoile. La biographie de Georges-Hébert Germain m’avait paru assez parfaite. Le commerce ? Une affaire d’argent, Guy ?

    Le mardi 5 mars 2002

    Le mardi 5 mars 2002
    1-
    L’arraché du lit, ce matin, tard, très tard ! Bon Dieu que l’on hiberne ces temps-ci ! Il y a le rhume épuisant d’Aile. Il y a aussi que j’ai bouffé trop, beaucoup trop, de la belle morue fraîche avec riz tomaté aux olives noires hier soir. Un bon régal à la Aile ! Tant que je suis allé marché dans le soir. Que de rots sonores en chemin ! Pas grave, pas un chat dans la place. Deux silhouettes seulement en cours de promenade : une dame avec un « énorme » chien, un homme avec un « tout petit » chien. Les chiens font sortir ? J’avais quitté ce « Music-Hall » de Larouche. Au retour, c’est fini. « Pis ? », je questionne. Aile hésite…puis : « Ce bon gros Claude Blanchard, qu’il est fascinant ! Surtout quand il ne dit rien ! » Bizarre cette assertion ! Ce cabaret à danseuses et à musiciens, je n’en imaginais aucun de nos jours. Il n’y a en a plus, aucun. Cela faisait que la crédibilité du lieu élu me semblait factice. Assez, ne l’ai pas vu et Aile semble si réticente. Vu le « Asbestos », merci vidéo ! C’est fort bien parti. Les décors de la mine : oh ! Parfait. A-t-on tourné à Asbestos même ? De la rétro bien faite en tous cas et je suivrai ça.
    J’ai quitté « Journées nettes » hier en prédisant la mort encore au Proche-Orient. Ensuite, je parle pas au diable , non, mais aux actualités, oui, de nouveaux tués. Facile à prédire l’ouvrage cruel de ces « enragés » des deux bords, évidemment.
    Soleil et temps plus chaud qu’hier. Chez ma « poucheure » de drogue (nicotine) l’alerte veuve Constantineau : « Je vous ai vu aux téléjournal de TVA, hier. C’était bon. Vos petits débats amènent une amusante récréation dans les nouvelles, c’est bien. Et j’e préfère cette Dominique Bertrand à Isabelle Marchal qui fait une peu…quoi ? trop fardée ? » Je rigole, je la remercie. Elle n’en revient pas que pour un cinq minutes, le camion TVA se rende à Sainte-Adèle. Je dis : « Il leur faut battre Mongrain de TQS à tout prix ! » On rit.
    Compliments bizarres car Aile m’avait jugé : « Pas trop fort. On aurait dit que tu y mettais aucun cœur. Tu m’avais dit, Claude : « Je vais traiter la question « homme fainéant » (selon un sondage-Léger) au foyer avec « humour », tu n’en as pas trop mis ! » Moi aussi, je m’étais évalué pas bien présent !Bof, la vie en méfias, des hauts et des bas ! « Je ferai mieux la prochaine fois », se dit-on. Il y a aussi que je préférerais polémiquer avec un homme. J’ai été élevé (mal ?) à une sorte de respect, de galanterie avec les dames. Aussi, je suis mal à l’aise quand il faut foncer sur une demoiselle mignonne !
    Courriel : un certain Cardin me crie SOS, ce midi. Il m’avait voulu comme « conseiller littéraire » pour son projet, il y a un an. Refusé. Je ne fais jamais ça. On ne l’a jamais fait pour moi. Ce serait si vain. Or, le voilà en panne et il panique, me dit-il. Il me demande « des trucs » pour pouvoir continuer à rédiger « sa petite patrie », Ahuntsic. Il y a aucun truc. Je l’ai secoué, vilipendé, semoncé, fouetté…Mais il n’y a que lui pour pouvoir rallumer sa flamme. Ah « le dur désir de durer »!
    Lanctôt me chicane ce midi sur l’Internet : « Quoi, publier ton journal sans que je le lise d’abord, tu veux jouer les prima donna ? » Je lui répondrai : « C’est que je publie depuis 50 ans, cinq ou six livres chez toi, tu sais pas mal de quel encre je me…chauffe. Non ? Lanctôt m’avait dit un jour : « Claude, je veux publier tout ce que tu me pondras. » Il termine son courriel : « Tu choisiras entre Lévy (Beaulieu) et moi »
    En vérité il y a que j’apprécie peu qu’il retienne mes versements de royalties, écrivant il y a un mois ou deux : « En attendant ma subvention du Conseil des arts ». Mais ce sera donc toujours la même histoire, merde ! Lanctôt le désargenté sort un livre par semaine ( comme feu Yves Dubé) et « ne crache pas » aux auteurs. Dubé mort et Leméac en faillite, ses auteurs (Maillet, Desrochers, Tremblay et moi) furent « remboursés » par des chèques de l’ex-ministre « mulronéen », Marcel Masse d’Ottawa. Ce fut humiliant et je ne souhaite pas revivre cette situation.
    Dans son « Les livres des autres » Beaulieu : « Les éditeurs sont subventionnés, hélas, selon le nombre de leurs publications, c’est mal. »
    2-
    Encore ? Laurent et Gabriel, fils de Marco et de ma fille, refusent notre invitation à séjourner ici (vacances de neige). Eh ! Je les comprends. Ado, moi aussi, pas question d’aller en vacance chez des vieux. Ils ont des amis. Oh l’importance des amis à cet âge ! Normal. Et, ici, pas de jeux d’ordinateur, ni « play-game-machin ».
    Daniel mon fils grisonnant (déjà ?) est souvent intéressé par la philo, la psycho, ce qui me réjouis évidemment. Voilà qu’il m’annonce (enfin ?) ne certaine quête de…spiritualité. Ou bien de quoi ? De sérénité ? Il m’annonce qu’il tripatouille des bouquins du côté Zen des choses, du côté de l’hindouisme, du Bouddha. Bravo ! J’ai souvent voulu quêter de la sagesse de ce côté :
    « religion, philo asiatique ». Mais le temps…Daniel m’informera je suppose.
    Quand David est venu ici ce fut loin de la philo, il nous entretenait, avec pédagogie, et il a 20 ans, sur l’économisme (matières qu’il étudie à Concordia), sur le fameux Keynes, sur Adam Smith, sur un monde que nous ignorons. L’aîné de mes petits-fils était une sorte de « jeune Jésus au milieu des docteurs » (en communications Aile et moi).
    3-
    J’ai mis beaucoup de temps, plusieurs livres, avant d’oser mettre « écrivain » sous mon nom. Je lis souvent « écrivain » sous des noms inconnus. Auto-proclamation ? Ce matin, un certain Tassinari, « écrivain », vante des migrants de notoriété publique québécois à titre de « métis. » Il cite le fameux graphiste et affichiste Vittorio ! Stop ! Jamais Vittorio n’a joué de cette « carre de visite » parmi nous. Jamais au grand jamais !, J’ai toujours considéré Vittorio comme un Québécois à par entière.
    Ce qu’il est, ce qu’il proclame sans aucun doute. Je déteste cette manière de distinguer, via l’origine ethnique, nos créateurs. Ni un Curzi, ni un Aubert Palascio ne le font. Cette engeance du « multiculs trudeauesque » me fait littéralement…chier ! Pourtant l’auteur (in : Le Devoir) semble dédaigner « le ghetto et ses folklores ». Il parle de deux bouches à la fois ? Ionesco est un dramaturge de France, non ? Picasso est un peintre de France (ou il a vécu toute sa vie). L’Espagne a bien le droit de lui faire une fêtes « post mortem », de lui ouvrir un musée, c’est une sorte de « récupération » intéressée. Pour le tourisme ? Vittorio, cet artiste de génie, est un Québécois et allez au bonhomme « collègue » Tassinari !
    4-
    Maudite zapette indispensable désormais !
    Après souper, avant ce Music-Hall bidon, voyagement cathodique : A- La mafia de jeunes Noirs aux USA. Les « Crips », bandes en réseau. De Los Angeles à New-York. Violence extrême parfois. Commerciaux :je zappe donc et vite —l’horreur indicible de ces vendeurs-à-domicile m’insupporte totalement. B- Émission mensuelle de « Double Je », à TVA-5, avec Pivot. Le lécheculisme aux émigrations réussies, « mon doux Dieu que vous parlez bien notre si belle langue », alors que c’est normal, naturel et nécessaire. L’émigrant en Espagne parlera l’espagnol, et en Allemagne, l’allemand, il n’y a aucune félicitation à faire, c’ est indispensable pour une intégration ordinaire, non? Pouah ! Zappons ! C-Les vendeurs de « flacatoune », les contrebandiers de l’alcool à travers les temps. Ouen ! Zap ! D- Les massacres (Milosevic aux commandes de cet enfer) au Kosovo, les cadavres transportés nuitamment en Serbie ! L’horreur ! Commerciaux encore ! Ouash, fuyons encore !
    Bref, pas une vie ! Lassante navigation, comment revenir à temps, et où au juste ! J’ouvre un livre. Ou une revue. Je dis à mon Aile : « Je crois que, bientôt, je ne regarderai plus la télé. Que, parfois, TQ pour ses films sans pauses publicitaires, ou Historia, même raison, ou ARTV pour le dramatiques de jadis. » Elle dit : « Pour demain soir, je loue un film. »
    5-
    J’ai honte. Un peu. Aile s’en va marcher au soleil sur le lac devenu une immense patinoire bellement ensoleillé. Moi non. Terminer mon journal. Oui, la honte. J’aime tant écrire, une vraie passion. Et je sais qu’au moins un éditeur (à Trois-Pistoles) veut le publier cet automne. Ma santé ? Je m’en repentirai un jour. Je le sais.
    L’« affaire-Cornellier » —faire étudier, au collège, d’abord les « jeunes » classiques québécois au lieu des « vieux » classiques de France— s’agrandit. Trois textes ce matin. Un pour le prof Cornellier —qui a publié qu’une meilleure identification « littéraire » viendra des classiques Québécois— et deux contre. Une retraitée prof lance : « Les jeunes trouvent pus facile Balzac que Anne Hébert. » Oh, oh ! Facile, belle pédagogie ! Paule Saint-Hilaire compare Grignon avec Molière sur l’avarice, Camus et André Langevin sur l’absurde ! Je ne voudrais pas être comparer avec Pagnol, ni avec Saint-Exupérit, eille ! Ouow ! Intimidation complète :comment comparer des « gloires françaises » avec les auteurs de notre jeune histoire littéraire ? Raciste invertie, mépris pathétique, cette Paule affirme que l’identité n’a pas « à être « paroissiale » ! Ses termes !
    Pierre-Paul Roy se range avec Cornellier mais jargonne. Se dit d’accord avec ce Maurice Dantec qui dit que la France littéraire c’est fini ! Connerie d’une sottise rare ! Ineptie d’un autre exilé français fasciné par New-York. Roy parle d’un « américanisme mental », d’une république mondiale des Lettres », un baratin baroque !
    6-
    Téléfilm Canada (agitez l’unifolié ici ) va changer : il faut faire des films populaires, il faut que les Canadians aillent les voir, il faut que l’industrie « canadian » se revitalise. Son nouveau président, (jeu de la chaise musicale, cooptation) M. Stursberg, va y voir. Neuf Québécois sur 100 soutiennent leur cinéma, pourquoi donc seulement deux Canadians sur cent ? Je le sais moi : il n’y a pas vraiment une « nation Canadian », à part quelques intellos « nationalistes » des universités, le Canadian est américanisé.
    Et …jusqu’à l’os ! Good luck Richard Stursberg !
    Jadis, lisant sur l’histoire de l’Angleterre du temps où le français était la langue officielle outre-manche, je me questionnais sur la chère jeune sainte Jeanne D’Arc boutant les « anglois » de France. N’a-t-elle pas empêché —séparant ainsi les deux nationalités, les antagonisant pour de bon— la langue française de devenir une langue internationale autrement hégémonique alors que l’espagnol monte sans cesse. Avec le temps, l’établissement en fière Albion aurait fini sans doute par imposer, par répandre le français dans les îles. Pas sûr mais fort plausible !
    Eh bien, d’autres y ont songé comme Henriette Walker, par exemple, qui publie « Honni soit qui mal y pense » (Lafont, éditeur). Cette grande nation parlant français, de Londres à Berlin (ou quasiment), unie, aurait colonisé l’Amériques du nord de fond en comble. Imaginons cela : seulement de ce côté–ci de l’Atlantique, près de 300 millions de francophones ! Ajoutez à ce 300 millions, Angleterre, Écosse, Galles, Irlande probablement !, et, qui sait, tant d’autres pays d’Europe entraînés à cette époque par la force du français. Rêvons, ça ne coûte rien.
    7-
    Je reviens tout juste, pause obligée, du magasin de 17 h., de l’École hôtelière voisine. J’ai toujours un livre de poche installé dans la file. Ces temps-ci, le polar : « Pars vite, et reviens tard ». Surprise ce mardi, il n’y a que deux dames en attente de bonne bouffe ou… de déceptions disons car, parfois, leur menu est maigre ! Deux bavardes amènes et nous voilà trio jacassant. L’une vient du Plateau, milieu modeste, l’autre vient d’Outremont. Quoi ? Non, non pas de ce « Outremont-ma-chère », cette scie, car il y deux Outremont : le bas, au nord, et le haut au sud, plein de manoirs sur les coteaux du mont Royal. Les portes s’ouvrent et c’est rempli de belles offrandes. Ma nervosité ! Comme toujours, je remplis mon petit panier au grand complet et puis, je distingue, je calcule et je rejette pour les retardataires. Il y a Aile qui me gronde souvent : « Ah non, pas ça, pas ci ! »
    Cette fois canard, cailles, potages frais…elle est contente.
    Faudrait bien que j’en ponde une de mes dix histoires érotiques promises à l’éditeur Jacques Simard pour le marché français. Mais quand ? Le matin ? Vers 10 h., petit-déj, journaux, courrier postale, parfois travaux de maisonnée. Ensuite, lunch léger vers 14 h. Le soir ? Télé aux côtés de ma tendre Aile (« tendr’aile », mm !) avec les infos et/ou divertissement, surtout des documentaires, et lectures si c’est « plate ». L’après-midi ? De15 h. à 18 h. : Les courriels et mon journal.
    Bon, c’est décidé, je couperai la poire en deux : le journal mais seulement après ces dix nouvelles « amoureuses ». Le romancier a des droits, non ? Ouen, me semble que je voulais peindre et ne plus écrire moi ? Un éditeur vous veut et voilà comment on est :on dit « oui ». Écrire, maudite passion !
    Carmen M. du J. de M. me ré-expédie, enfin, quelques vieilles photos remises offertes de son interview sur « Je vous dis merci ». Note : « Je prends ma retraite. » Ma vadrouilleuse « mondaine » à l’ancre, comme tant d’autres vétérans, il me restera plus rien de ces fidèles supporteurs de ma prose annuelle. Me semblait que j’écrirais plus… la ferme Jasminovitch !

    Le lundi 4 mars 2002

    Le lundi 4 mars 2002
    1-
    Je me réjouissais trop vite ? Le frette noère est revenu. Ce matin, c’est l’hiver pour vrai. Brrr… Mais cette lumière…ce ciel bleu poudre…C’est stimulant.
    Vive l’Internet ! Mon fils Daniel communique souvent avec moi.
    Le voilà tout excité :achat d’un « char neu » bientôt ! J’étais inquiet le sachant aux quatre cons du pays pour installer en magasins divers, surtout librairies, ses jeux de société : Bagou, Tabou et Polémiques sa dernière invention, dans un bazou peu fiable. Lui et sa belle Lynn ont choisi une Chevrolet-Tracker. Connais pas ça ! Daniel est fou comme un…ballet ! Se juge « bébé » de tant s’exciter pour une voiture nouvelle.
    Je lui ai expliqué que cela est coutumier sans doute et depuis des lustres. Notre ancêtre, lui aussi, devait s’exciter le poil des jambes pour un « joual » neuf, une carriole nouvelle, non ? Dans les gênes mâles ? Comme tant d’autres, il est pris d’un rhume solide depuis des jours et des jours. Aile ne l’a point embrassé dernièrement pourtant. Toussez âmes fragiles !
    J’apprend que son benjamin, Thomas, est furieux des maudits « boutons d’ado » qui lui garnissent la boulle ! Je lui ai courriellisé que, des boutons, j’ai connu ça. En masse ! Pour cacher mes damnés « clous » je portais un foulard de soie blanche, mode du temps ! Il m’annonce aussi que son « bolé », Simon, rejette sciences et maths, souhaite s’orienter dans les « sciences molles », expression du frère d’aile, Pierre, pour caricaturer ce monde « mou », lui, qui est prof de physique à Saint-Laurent.
    Mon Daniel, lui aussi fort en sciences « dures » au secondaire, bifurquait un jour. J’avais souhaité polytechnique et il s’en alla, vers le cinéma, les communications. Atavisme ? Chromosomes ? Eh ! Quoi faire ? Rien, je suppose. Tant de jeunes doués (surdoué le Simon, lui ), dirait-on, découvre en fin du secondaire que c’est « plate » de tant bosser aux études. Il y a appel du ludisme, du festif, du quoi ? Brillant, Simon était en ce qui se nomme « douance » à Sophie-Barat, au début de l’année il a demandé d’aller en…normal ! C’était le signal !
    Devrais-je le rencontrer, le prévenir que sans le diplôme en sciences et maths, l’avenir n’offre plus les mêmes bonnes garanties d’avenir ? Ou me taire ? Je ne sais plus. Daniel décidera comme je le lui ai demandé. Délicat d’intervenir, je ne suis que le papi… Qui ( hélas ?) s’est bien débrouillé (dirait Simon). Daniel, un jour, me disait : « Tu semblais tant d’amuser, tant te divertir et travailler dans la joie, en ce monde des communications, cela a dû m’influencer ! » Merde !
    Commet nier, en effet, que le boulot au monde du divertissement est captivant, excitant, toujours nouveau ? Cependant ils y viennent si nombreux et les ouvertures sont si maigres. J’ai peur. En vain ?
    2-
    Un dénommé Gaboury organise une fête pour les gens de l’Assomption, son patelin, et m’a demandé un texte pour célébrer Léo Jacques, ex-maire du lieu et longtemps camarade décorateur à la SRC. C’est fait. J’ai parlé de ce « pageant » scénographique monté sur la rivière un soir d’été en 1967. Jacques m’avait fourni de la documentation sur l’histoire de sa petite ville et nous avions présenté un spectacle, sons et lumière modestes. J’avais publié, chez « Quinze, éditeur », un bref récit de cette histoire le titrant : « L’outaragassipi », nom amérindien de la rivière L’Assomption.
    Ça y est, ce soir encore, le camion à antenne parabolique de TVA viendra bloquer le trottoir une heure devant chez moi. Topo-débat commandé sur « L’homme à la maison, est-ce qu’il aide ? » En rapport avec un sondage-Léger, ce matin, où les femmes (les « feumme », dit Clémence) se plaignent du peu d’assistance des mâles dans le train ménager. Comme vis-à-vis la jolie Miss Bertrand, ex-copine des « copines » de TQS et qui démissionnait d’un talk-show de « fesses » à TVA récemment, par pudeur naturelle. Je suis prêt ! Pas eu le temps d’expliquer ma crainte du « forcing apparent » au boss Fortin qui veut tant de ces mini-débats chez Pierre Bruneau.
    L’éditeur et ami Jacques Lanctôt, alerté par l’anxieux, moi, me lance ce midi : « Éditer ton journal ? Bien, faudrait d’abord que je le lise…et je verrai si c’est excitant… » Ouen ! J’ai aussitôt courriellisé : « À Trois-Pistoles, Beaulieu, lui, a totalement confiance et accepterait avec enthousiasme d’éditer ce journal. »
    Bang ! Voyez comment ça se joue hein entre « vieux potes » du petit monde de l’édition ! Instruisez-vous, profitez-en ! Échaudé, je sais pas vraiment, à l’automne de 2002, où finira par se nicher mon journal. Tout peut arriver.
    3-
    Zappant un peu partout comme d’habitude, nos tombons sur un portrait biographique de la fameuse animatrice de télé, Oprah Humphrey. Dont je ne savais rien et qui me laissait très indifférent.
    Oh la la ! Effrayant récit de vie ! La fillette, avec sa mère monoparentale assez indisponible et pas très responsable, se fait garrocher, couche dans un coin de véranda et se fera violer à 9 ans ! ! Ensuite c’est l’infernale vie. La voilà vulgaire « objet sexuel »… que l’on se garroche ! Délinquance prévue. Menteuse, tricheuse et voleuse.
    Dieu merci, intelligente, vive, aimant lire et raconter en public, « preacher » à 12 ans !, l’enfant meurtrie et évidemment secrète, heureusement, peut se consoler, réfugiée dans ses très bonnes notes à l’école…qu’elle aime !
    Un oncle qui la conduit chez son père remarié la violera aussi. Bef, une jeunesse pourrie. Elle le dit. Elle garde le sourire mais a les yeux mouillés. Un caractère d’acier ? Extravertie : elle fait du théâtre amateur. Vient un essai de radio à 15 ans. Succès. On découvre une belle voix. Puis ce sera de la télé…petite ville d’abord puis, vus ses bons talents, devient reporter aux nouvelles. Vite, elle est engagée sur un grand réseau, d’un océan à l’autre. Son triomphe ! Oprah joue des cartes populaires. Elle montre ses émotions, ne crains pas de faire du sentiment quand elle le sent. On va se l’arracher. Criant en ondes sa joie pour un roman : « La couleur pourpre », le célèbre Spielberg la fera jouer dans le (très bon ) film qu’on en tire. Succès encore. Nommée aux Oscars !
    Très riche elle s’achètera des maisons, à Chigago bien entrendu, en Floride, en Californie. On apprend qu’elle vaut (ce terme !) un demi milliard de $ US ! Elle a son studio à elle désormais et, ainsi, se produit en toute liberté sans aucun intermédiaire. Un théâtre rénové à Chigago sera son gîte professionnel. Aussi, elle s’ achète une chaîne spécialisée : « Angels ».
    Aile et moi, soudainement, étonnés, renversés : Oprah, la plus populaire des animatrices de télé, adore un roman sur l’esclavagisme, «Beloved», se cherche de bons scénaristes et un réalisateur solide (dix ans de préparation et des frais énormes) et elle en fait un film. Résultat ? Zéro, patate, son immense public n’y va pas ! Un échec retentissant ! Dépression terrible. Elle change son tir :fini de vouloir rivaliser avec le populisme, Oprah Humphrey fonce vers (une mode ?) « la quête de spiritualité » et ses ersatz… fera défiler devant « ses » caméras un tas de gourous, de psys, de guérisseurs de tout acabit.
    Fillette abusée, terrorisée, elle répètera que la lecture —les livres de la bibliothèque scolaire— la sauvait de ces charognes environnantes. Aussi, on le sait, elle fait campagne éclatante pour la lecture avec une foi totale à ses émissions. Éditeurs, libraires, auteurs la voient comme la Bernard Pivot des USA !
    Je découvre qu’elle va inviter bientôt cette auteur —du Cap Breton, habitant à Toronto désormais— MacDOnald pour son drôle de roman-saga si bizarre, « Parfum de cèdre ». Livre qui me fascine, que je lis à petites doses au lit chaque soir !
    4-
    En zappant librement, n’est-ce pas, on capte des bribes d’émissions. Ainsi, hier soir : on aurait tuer des centaines et des chiens-esquimaux, un temps, pour imposer la sédentarisation des Inuits ! Incroyable. Yeux qui s’écarquillent…L’émission se terminait ! Aile et moi estomaqués ! Est-ce vrai ? Est-ce possible ? Où, comment mieux savoir ?
    Suis-je un peu fou… de vouloir croire, coûte que coûte, l’oncle Amédée —père de la cousine célèbre Judith— qui disait que nous decendions des Jasmin berbères de la Kabylie, montés en Espagne (des artisans ?) avec le grand chef de guerre arabe, Aldel Rhaman, puis installés au Poitou du temps de Charles Martel, mort avec le grand chef Arabe lors de l’historique « Bataille de Poitiers ». J’aimerais ça. Romantisme ?
    Avant-hier, à Montréal, 60 « cousines et cousins » (!) manifestaient contre ce Président algérien, Bouteflika, militariste et centralisateur. Si on pouvait me prévenir, j’aimerais aller crier « Vive la Kabylie liiii-bre ! » du balcon de …n’importe qui !
    Souvenir : en 1980, maman hospitalisée, je lui promet de rapporter de France (elle le voulait) une marque voyante sur les Lefebvre —je suis très Lefebvre, pas juste Berbère— les nôtres venant tous de la région Île de France. Visitant le fameux cimetière du Père Lachaise, bang !, un monument extravagant se dresse devant nous ! Gravé dans la pierre d’un fronton imposant, nous lisons : « LEFEBVRE, MARÉCHAL DE France ». Photo. De retour ici, maman la regarde et me dit : « J’aurais préféré un portrait, une photo, mon petit Claude ! »
    « La fille du Maréchal » est morte en novembre 1987 et…. je m’ennuie souvent d’elle.
    5-
    Dans une salle de McGill, un Juif cherchant la paix à tout prix, , il est né et a vécu venu de Sibérie. « Lui et sa famille, expliquait-il, harmonieusement bien intégrés aux Sibériens, ne connurent aucun racisme que ce soit. » Alors il osa parler d’une seule Palestine uni aux Israéliens, d’un grand Israël uni aux Palestiniens avec des élections générales s’appliquant aux deux nations.
    Des Juifs d’ici s’écrièrent : « Mais nous serions dilués, noyés, ce serait la fin de notre jeune patrie…Les Arabes sont bien plus nombreux que nous ». Il se fit donc huer comme bien l’on pense par son auditoire. Des enragés voulurent s’en prendre, physiquement, à ce « traître ». Il a fallu vider la salle. Voilà que le leader de la Libye vient de proposer… la même chose, sous l’égide de l’ONU. Kadhafi déplore le récent plan du prince saoudien, Abdallah ben Abdel Aziz. Le colonel dit qu’avec une réunion de tous en cette contrée —où le sang coule chaque jour depuis la deuxième « intifada »— le retour de tous les réfugiés, des expatriés palestiniens (7 millions), la destruction des armes partout et des élections générales libres, ce sera la paix.
    Il blâme tous les arafatistes de tenir à ces enclaves, le Golan, la Bande de Gaza. Jérusalem, dit-il, serait « une ville de la paix, une ville sainte », hors politique quoi !
    Rêvons ! Demain, encore un kamikaze désespéré…

    Le dimanche 3 mars 2002

    Le dimanche 3 mars 2002
    1-
    Le bonhomme hiver est tellement en beau maudit d’avoir raté sa saison qu’il se venge ce matin. Brume partout. On voit plus rien devant soi. L’autre rive du lac…invisible ! J’aime ces allures de monde disparu, rayé, contours effacés, sol englouti : mon côté romantique ? Achat de croissants ce matin par Aile, envie de varier le menu. C’est bien. Aile, frénétiquement, tousse sans cesse , un rhume étrange ne la quitte pas…elle est tellement attachante ! Des jus et du sommeil…ce matin, il est onze heure quand on quitte notre couche nuptiale ! Une certaine honte !
    J’ai oublié le nom d’un grand penseur sage qui affirmait : « tous les jours, deux lectures essentielles, mes vieux testaments (bible) dans une main et dans l’autre, le journal du jour ».
    En effet. Sorte de frénésie encre ce midi en ouvrant le journal. Incapable de comprendre ceux qui ne lisent pas le journal du matin, les nouvelles fraîches de la veille quoi. Mais un journal intime ne doit pas qu’être un résumé des nouvelles. Impossible par contre de pas faire écho aux activités dans notre cher monde, planète malmenée.
    Pour nos braillards angoissés face aux écoliers québécois, relire (un texte de Jean-François Lizée) ce rapport d’une enquête internationale sur l’éducation (l’instruction plutôt ?) menée par l’OCDE en fin d’année. Trois grands tests depuis 1994 et cela dans 30 pays développés. Eh bien pour les sciences et les mathématiques, les jeunes québécoise se sont classés « les premiers » !
    Répétons cela aux anxieux et à ceux qui, racistes invertis, nous jugent collectivement des « poches » en la matière !
    « Ouen, mais nos jeunes lisent pas… » Faux encore ! Nous nous classons (lecture) bons seconds. Sur 30 pays avancés hein ?
    Au total, on y est les premiers partout. Troisième est notre pire rang. Okay le sinistrosé ? Ces résultats nous installent devant l’Ontario, et, loin, devant les USA. Que nos colonisés patentés montrent sans cesse en bon exemple.
    2-
    Hier, le billettiste Marc Cassivi : « TQS râle, veut des prix aux Gémeaux…c’est un peu comme si Claude Jasmin exigeait le prix du Gouverneur général pour son dernier roman. » J’ai eu mon lot de « prix », me manquent que ce « General Governor » d’Ottawa (bof !) et le « David » de Québec ! Ce dernier, on finira, tous les écrivains féconds, par l’obtenir. S’agit d’attendre son tour. Un matin, folie qui m’amuse, je rameute —au lieu de prestigieuses signatures de lettrés— mes beaux-frères, ouvriers, et mes sœurs, midinettes, afin qu’ils me recommandent pour le David automnal.
    J’avais expédié aux savants jurés du Prix David cette liasse de lettres, certaines écrites presque au son. Cela m’amusait d’imaginer leurs augustes figures se crisper d’horreur devant des témoignages aussi peu littéraires. Je suis un gamin parfois. Pas eu le prix, vous pensez, le jury de « doktors en lettres » et experts-profs en sémiologie et en linguistique devaient s’en torcher que les miens s’écrient que « Tit-Claude était un fameux conteur » .
    Un philo-sociologue de France, Lipovetsky, a répondu aux questions de Robitaille (Le Devoir) et il prône la légèreté de l’être. Bravo ! Il reste optimiste, déteste le manichéisme actuel, à la mode, déclare qu’il y a bien plus de conscience sociale et civique chez les possédants que, par exemple, dans les années’30 quand montaient les fascismes. « Le superficiel a sa légitimité » ose-t-il dire. Il éloignerait des totalitarismes (les idéologues graves ?). Il est étonné de constater alors que l’on vante et chante partout le festif, l’hédonisme (pubs du monde marchand, par exemple), l’angoisse lourde de ses élèves dans ses classes.
    Il termine son interview en disant : « Agaçants ces intellos qui dénoncent la télé tout en l’hypercritiquant sans cesse (ils la regardent donc). » Et : « Ça n’est pas de la barbarie une société qui marche à la légèreté. » Rafraîchissant bonhomme ce Lipovetsky, non ?
    3-
    Regardions, hier, le gala des Césars (dans un vieux théâtre merveilleux) pour les films made in France. Parfois bin plate. Amateur souvent . Séance d’école. Improvisation totale souvent. Pourtant une atmosphère de rigolade fait du bien à voir. On disait :« On ne se prend pas au sérieux comme dans ce Hollywood aux « Oscars » où la moindre seconde de show est calculée, où une machinerie impeccable prévoit tout, règne en despote furieux. Le jeune comédien, Edouard Baer, en présentateur, fit le joker. Un rigolo doué. Ainsi, vers la fin, Baer annonça qu’il va faire une grave déclaration, délicate, importune mais essentielle, trémolo dans la voix… Nous guettions une sortie historique et voilà que son laïus tombe à plat… sans sujet aucun. On verra jamais de ces farces aux Oscars si « seurieux ».
    Quand un « nommé », un beur, se précipita au micro pour remercier, avant même le décachetage habituelle, ce fut une franche rigolade aussi. À Hollywood deux « videurs », armés, l’auraient sorti illico, non ? Bref, de la légèreté, tiens ! Enfin, un savant montage (et sans infographie à incrustations), vraiment étonnant, d’images d’oiseaux exotiques qui obéissaient à un cinéaste invisible, offrait un morceau d’anthologie. Aile morte de rire comme moi.
    La « grande reporter » Oriana Fallaci, jadis célèbre, ose déclarer que le monde islamique est très en retard par rapport à notre civilisation (chrétienne blanche occidentale), que les femmes de ces contrées, habités de machistes dominateurs, devraient se révolter, cesser de tolérer ces jougs antiques… et c’est la stupeur ! L’indignation partout.
    Quelle hypocrisie ! Cette crainte niaise de passer pour « impérialiste », pour « paternaliste », réduit au silence les pleutres de l’Occident.
    Pas un chat (chrétien blanc) ne voudrait s’expatrier dans les pays (intégristes ou non ) de cet Islam, pas vrai ? Berlusconi, le Président crésus italien et détestable potentat bien capitaliste, osait parler de cette manière et « les gauches » le fusillèrent. Mais elle, la renommée Fallaci, elle ? Oh ! On chuchote : « Elle est malade, elle traverse une crise ». Hypocrites mondes !
    4-
    Proverbe : « seule la vérité blesse ! »
    Réjean Tremblay, ce matin, lance et compte. Tous ces correspondants, dit-il, avancent :« Que ces millionnaires, comme Villeneuve, se la ferment, ils mordent la main qui les nourrit. » Tremblay explique calmement à ses froussards la raison qui fait que le « boss » endure les écarts de langage de leurs petits et chers protégés. « Ils rapportent de l’argent !» C’est tout simple. Je ne cesse plus de lire cette expression: « mordre la main qui nourrit ». On l’utilise pour un cinéaste de l’ONF, pour un téléaste de Radio-Canada (je fus servi là-dessus quand je critiquais la boîte). Pour la majorité celui qui est payé pour son travail doit s’autocensurer, tout laisser passer. Être reconnaissant comme un « bon tit nègre » du temps de l’Oncle Tom ! Avachissement stupide.
    Villeneuve a dit que « Pollock, congédié par Bat, a été traité comme du bétail ».
    Hon !
    Tremblay frappe et cogne : « Jacques Villeneuve rapporte aux marchés de BAT un profit de 1 000 000 018 $ (US), ça vient de finir. À Melbourne, samedi, il y avait que lui et Schumacher comme champions de la F1 sur la piste. On achète pas le silence de ces types. L’argent (21 millions à J.V.) n’achète pas la liberté de penser, de s’exprimer, à moins d’être un trouillard.
    5-
    Regard à ma fenêtre :pluie oblique. Neigeuse un peu. Tonnerre au loin, eh b’en ! Le lac rempli de flaques d’eau ! Chantons : « Mais où sont les neiges d’antan ? » Chaque fois que la température faisait des siennes, dans les année d’après-guerre, papa disait —sa scie à lui : « Ça, c’est à cause de la bombe atomique mes petits enfants ! » Maintenant j’entends souvent : c’est les gaz, les oxydes de carbone, c’est la couche d’ozone perturbée… » Bon.
    Il doit se sentir fragilisée le critique Louis Cornellier du Devoir. Deux collègues ( M.-A. Lamontagne et Odile Tremblay) l’attaquent ce samedi. Il a osé (hon !) dire que les bons vieux classique de France devraient être enseignés aux jeunes collégiens après (b’en oui, après, hon, hon !) une bonne et habile initiation aux écrivains d’ici. Impardonnable position fait le chorus des aristocrates ! On grimpe aux créneaux. Pourtant la pédagogie actuelle est du bord de Cornellier. Et moi itou.
    Dans son article, Lamontagne louange les écrits de notre brillant Kérouac à nous, alias Frère (botaniste) Victorin, mais se trouve heurtée quand le génie écrit en patriote sur notre histoire.
    Ceci explique cela, elle semble dire : « Reste donc dans ta houache, les plantes. Ne pense pas sur nos malheurs historiques. Pas ta place ! Chacun enfermé dans son créneau, sa cage ! » Belle connerie !
    6-
    Un certain Pierre Jourde de Paris , bien cuistre, publie « La littérature sans estomac » et il attaque les auteurs qui ont du succès. De Sollers à Angot, de Darrieusecq à Beigbeder, à Ouellebec bien entendu. Donc les liseurs sont des poches ! Ah, faudrait changer le public lecteur n’est-ce pas, comme ce député dépité souhaitait changer de peuple ! Jourde, mitrailleur fou, saurait, lui, rédiger des romans forts, incontournables. S’il peut s’y mettre car qu’allons-nous devenir, tous, s’il ne s’exécute pas ?
    La petite Bertrand de la rue Saint-Hubert, alias Andrée Ferretti, était une sacrée « donneuse de leçons » dans les années ’60. Elle publie « La passion de l’engagement » et fustige les indépendantistes qui osent faire face aux « faits têtus » de la réalité. C’est digne. Il en faut. Parizeau ou Landry ? De tristes échangistes ( pacte de l’Alena maudit !). Militante sincère, elle recommande « les mains propres » et on sait ce qu’en disait Sartre de ces « mains jamais sales ».
    Sur les sujets ci-haut, je lis R.-M. Sauvé, mon âge, qui dit qu’il a lu la comtesse de Ségur à 11 ans, Jules Verne ensuite, Shakespeare, Scott et Chaucer à l’université, et des littérateurs allemands, et des Américains, surtout Lewis… son témoignage pour dire qu’il faut lire jeune (non?) et de tout (non ?) . Il veut appuyer la dame de France, Guiserix (comme dans Obélix), qui dénonçait la position Cornellier (étudier d’abord les auteurs d’ici), elle aussi. Le racisme inverti toujours !
    Pauvre Salman Rushdie, son dernier bouquin, « Furie », un flop ! Récit trop compliqué. Un soufflé raté. En interview, il dit qu’il a voulu offrir « le grand roman américain », qu’il a voulu s’inspirer de la chute de l’Empire romain…rien que ça ! Qu’il a voulu rédiger son « Great Gatsby » à lui. Son « Furie » serait emberlificoté avec trop de pistes ! Eh maudit que c’est pas facile. J’ai tant souhaité, comme tant de mes collègues, faire « le grand roman québécois », maudit que c’est dure le talent, introuvable le génie ! Rushdie s’est essayé. Faut continuer mon cher Salman. Se reprendre. « Mais nous, nous serons morts mes frères » quand apparaîtra ce « livre des livres » sur les Québécois !

    Le vendredi 1er mars 2002

    Le vendredi 1er mars 2002
    1-
    Nous quittons Montréal sous un soleil velléitaire ce vendredi matin et aboutissons dans nos Laurentides sous un ciel tout gris. Zut !
    Achat de bons beignets, rue Laurier, comme avant « petit-déj » (allô Paris !) pour patienter en voiture. Miam ! Hier soir, bouffe à La Diva, en face de la SRC avec la « revenante » des J.O. EN Utah et je lui demande : « Vrai Marie-Josée, tel qu’entendu hier à la radio par un commentateur d’ici, que Salt Lake était comme un affreux Camp de concentration ? » Elle dénie : « Non, mais non. À Nagano comme à Atlanta, où j’ai bossé, il y avait aussi plein de fusils et de mitrailleuses. C’est la règle pour la sécurité maximum, c’est tout. On s’y fait vite. On les voit plus. » Cadeaux à Aile et à moi de briquets-bricoles marqués du sigle des J.O. mormoniques.
    Pennine « alarabiata », trop épicés, et vin rouge. Puis des nouvelles et potins sur notre ex-boîte : une SRC aux abois, aux trop bas « indices d’écoute », panique amenant de la nervosité dans les murs avec brassage de camarades.
    Lors du débat « homoparentalité » chez Liza, il y a peu, rencontre de couloir du Pierre Nadeau. Salutations et Nadeau me dit : « Drôle de te croiser, je sors d’une réunion de production à l’instant et on vient de mettre ton nom sur une liste. Nous préparons une série d’interviews avec le réalisateur Pierre Castonguay. Des causeries sur les années de la Révo tranquille, etc. Tu accepterais de venir à nos caméras et micros, Claude ? » Je dis oui. Ça va de soi, j’aime bien nostalgiser un brin.
    Au restau « La Diva » je sortais de TVA, du studio-placard (!) où —quand je suis en ville— on me duplexise avec l’Isabelle Maréchal pour un autre topo-débat —aux nouvelles de Bruneau. Curieux : au dixième étage de TVA, on me maquille vitement puis on m’enferme dans un petit garde-robe (!). Il y a une petite table, un fauteuil et une caméra-robot. Porte refermée, je suis tout seul. Je vois Bruneau en action sur un moniteur. Soudain, oreillette, on me dicte : « Attention, ce sera à vous dans une minute. Ne regardez que la caméra. Stand-by. »
    Sensation étrange. Solitude totale pourtant peuplée : voix d’un régisseur, d’un technicien (« vous entendez bien, oui ? »), d’un réalisateur, puis voix de l’animateur Bruneau, voix de Isabelle.
    Seul et pas seul vraiment! Hier je réussis à dire deux choses qui m’importent : un, « le racisme inverti » (ma nouvelle marotte et je ne cesserai plus de bien enfoncer ce bon clou) et l’américanisation publicisée sans cesse —nos médias en courroies dociles des produits USA— qui n’a rien à voir avec culture « universellle » ni « internationaliste ». J’ai crié presque : « pourquoi ne jamais rien savoir de ce qui se fait de mieux à Berlin, Tokyo ou Madrid ? ». La Maréchal rétorque : « Ah, en Europe, Claude, oui, vous pourriez obtenir tous les canaux, ici, on est sur le continent nord-américain. » Mon œil ! Il y a des satellites. Et des rubans magnéto, non ? Un feu, un déluge, un accident à Moscou ou à Kaboul et on voit toit, dans l’heure, non ?
    Et puis, parlons en « américains » tiens : on sait quoi sur les « meilleurs » talents de Mexico, de Buenos Aires, de Rio de Janeiros ? Rien ! De La Havane ? Rien. Faut pas compter sur les USA pour voir ce qui se fait à Cuba, je crois !
    Aile en bonne conseillère me confie : « Danger cette série de topos. Ça surgit dans le bulletin de nouvelles, on ne sait quand, on ne sait trop pourquoi. Il n’y a pas « chronique ». Vos machins-débats, cela peut faire « forcé », « fabriqué », « obligation de polémiques ». Mon chou, méfie-toi. »
    Aie, Aile ! Aïoylle ! Elle a raison. Je vais communiquer vite avec le chef-Fortin. Le prévenir. Fonder une chronique et qu’elle soit titrée (« La belle et le bête » ?) et régulière, tel jour, telle heure. Que cesse la manière « cheveu sur la soupe. »
    Maints témoignages d’appréciations pour le débat à « Dans la mire »,chez Cazin quand on a discuté couteau « sirpan » à l’école et « intégration des émigrants. Un certain Pascal Beausoleil, jeune animateur de radio (à CIBL je crois) me téléphone hier midi. Des éloges sur la « grande gueule », puis : « J’ai tant aimé, chez Cazin, votre ton direct et votre bon sens. Je vous contacterai à Sainte-Adèle lundi matin, on va parler « rectitude politique » à mon micro. » J’ai accepté, flatté comme le corbeau au fromage face au renard du Fabuliste.
    2-
    Aile salive ces temps-ci. Tas de neuves séries démarrent à l’horaire de nos télés. Je suis fou du monde des livres, Aile, elle est folle du monde des dramatiques. Normal. 20 ans à travailler là-dedans. Elle examine tout en experte, castings, découpages, montages, éclairages, décors, costumes. Première de « Fortier » hier soir. Appréciation totale. Première de « Tabou », même contentement. Aile est pas peu fière d u « savoir faire » québécois désormais. Je lui donne raison, « Le Collectionneur », film de Beaudin, prouve ce savoir-faire, à la télé, en effet, ces deux émissions nouvelles illustraient hier soir le « bon ouvrage » dans le genre.
    Des caméscope, hier, dans des séquences de « Tabou » et je songeais à ce montage de mon Gabriel, cadeau d’anniversaire au papi, où on revoit les petits-fils, gamins, en action chez eux, il y a dix ans et davantage encore. Qu’est-ce que je donnerais pour voir Aile à cinq ans, à douze ans ! Et moi à quatre ans, à quinze ans ! Eh ! Pas de caméscope encore. Ah, voir maman à 40 ans, papa à 30 ans !
    3-
    Je n’achèterai plus jamais « Le Monde diplomatique ». Le patron, Ramonet, au « salon du livre » de La Havane, en invité d’honneur, ose chanter les vertus du « despotisme heureux ». Oh que ça fait « despote éclairé » de jadis ! Saloperie, dit Mario Roy avec raison, quand le Castro-despote-heureux fait jeter en prison tous les penseurs dissidents. Ménard de « Reporters sans frontière » a eu raison hier de parler de « honte et infamie ». Castro aurait ordonné une édition cubaine augmentée du livre de son louangeur, « Les Propagandes silencieuses ». Roy publie que l’hebdo de Ramonet se titre désormais à Paris :« Le monde diplodocus ». Bin bon !
    Aile a reçu ses nouveaux verres hier. Même choix, exactement. Un vrai couple en osmose, non ?. Emblématique en diable. Danger maintenant de nous mélanger de lunettes, au réveil, le matin, en chaussant les bésicles de l’autre ! Vraiment, on en rit. Ce choix fut fait à notre insu. On a donc les mêmes goûts, à 100 %
    J’ai craché un peu de fric hier : pour Les Anciens du collège Grasset, pour les Amputés de guerre, pour La cinémathèque et…pour quoi encore ! D’anciennes émissions (de variétés de la SRC) sont à l’affiche de notre télé-cinémathèque pour mars et avril, et Aile y a son nom. Me me semble pas très fière du fait. Quelle modestie chez elle ! Côté donations diverses, Aile est encore bien plus généreuse que moi. Cela doit se savoir car les demandes d’argent se multiplient et parfois elle en vient à rechigner. Est-ce que l’on échange les listes des donateurs en un haut-lieu mystérieux d’entreprises caritatives ? Ça se pourrait-y ? Non ? Hum…
    Lecture du « Collectionneur » de Brouillet, en livre de poche, et Aile me dit, honteuse : « C’est bon mais j’ai mieux aimé le film de Beaudin, c’est fou non ? » Non. Ça arrive. Rarement.
    4-
    Oh la belle et bonne nouvelle, mon ciné du coin « Le Château » est classé patrimoine historique. Ça me fait drôle, je viens d’en chanter la beauté, le mystère, son pouvoir d’attraction sur nous, jeunes de Villeray, dans ce « Écrire» qui est à l’imprimerie en ce moment pour « Trois-Pistoles éditeur ». Curieux ! Le voisin, le Rivoli, devenait, hélas, une pharmacie Coutu, c’était une très belle salle pourtant ! Le beau « Château de mon enfance » ( bonjour Marcel Pagnol !) est donc sauvé d’une semblable hideuse métamorphose commerciale, hourrah !
    On a regardé (magnéto béni !) « Lulu sur le pont » film écrit et réalisé par Paul Auster. Du bon et du moins bon. Du « jean-luc-godardisme » bien confus trop souvent. Des moments étonnants.
    Ainsi, bien joué par Keitel, le héros du « Lulu… », un jazzman enlevé par des « méchants » anonymes, gardé dans une cave mystérieuse par un docteur-anthopologue, sadique questionneur, évoque Gene Kelly. Voilà son bourreau en complet-veston qui, ravi, déclare : « J’aime les Américains à cause de ce film, il vaut votre déclaration d’indépendance ». On est secoué ! Ce type fermé, se lève et danse ! À la Gene Kelly et chante « I am singing in the rain ». Ah oui, ici et là, des séquences merveilleuses. Hélas, fin obscure et « plate ».
    5-
    Nous y étions, Aile et moi, chez Victor Hugo en 1980, au numéro 9, Place des Vosges. Il y a vécu 14 ans. La jolie place ! Demeure sombre, bourgeoise. Sa menuiserie (mais oui, bricoleur en plus) bancale, lourde. Quelques belles illustration d’Hugo sur les murs. On revoit soudain ce logis historique à la télé. Le présentateur de TV-5 y offre un film « Le condamné à mort » de Toto à Juliette. Film plutôt plat. Monologue pompeux en voix hors-champ… Zappette chérie par ici !
    Avant-hier, Aile part pour l’école des chefs. Rien que des soupes et des sauces, les leçons du jour ! Elle repart, mécontente, pour le marché Métro aussitôt. Le lendemain, même pénurie de plats préparés quand j’y vais. J’achète des viandes crues. Aile est fâchée : « Je t’ai dit, pas de ça, jamais ! » J’ai offert le steak et le foie de veau frais à ma belle bru Lynn qui travaille de l’autre côté de la rue, en face de notre « pied à terre » à Outremont. Voilà que son patron,. Jacques Simard, m’accroche et m’offre une commande. « Maintenant, dit-il, on a un réseau, de bons contacts à Paris. Ça t’intéresse ? On vend beaucoup de nos livres pratiques. Une manne pour Publicor ! » Je lui dis : « Non, moi, les bouquins « pratiques », pas ma tasse de thé ! ». Il rigole et me dit : « On a un marché aussi pour les écrits érotiques. En nouvelles. Ça marche très bien, là-bas. Tu veux t’y essayer ? Tu pourrais utiliser un pseudo si tu veux ! »
    Diable…quand on vous veut…Et puis, oui, il me semble que je pourrais pondre du nouveau dans cette veine du « péché de la chair ». Et je m’y connais pas mal. Je lui dis « Oui, ça me tente, ça me changerais de mes écritures habituelles. » Simard semble content : « Je te signe un contrat quand tu veux. »
    J’en parle à mon amour. « Ça me tente l’érotisme ! » Voilà une Aile comme inquiète du projet ! Pourquoi donc ? Crainte de voir son Cloclo devenu auteur salace ? Allons, elle devrait bien savoir que je ferai pas le cochon, que la porno m’embête, m’ennuie profondément. Alors ? Oh, j’y pense, peur que je révèle des manières…, des façons… C’est cela, oui, je me comprends. Eh bien qu’elle frisonne ma belle Aile, je le ferai sans doute ce receuil de sensualité débridée. Ça ne traînera pas. « Une dizaine de brèves nouvelles », a dit le Simard. Bon. Ça va revoler, seins, cuisses, fesses, chair rose, chair opale, translucide, ah oui, ma belle Aile, tremble…
    Un peu de ce vieux Renoir, (fils du peintre auguste) à la télé et zapping ! « Éléna et les hommes » avec Ingrig Bergman, Marais, etc, scènes cuculs la praline, plein de cocotiers, imaginaire visuel à clichés, musiquettes éculées, princesse polonaise à accent, stéréotypes des années 1900, la soupane antiquisante que je déteste. Oui, vite, on vogue ailleurs. J’espère toujours dénicher du « bon stock, man » chez Historia ou au Canal D. Parfois, oui, ça arrive !
    Ma chère Clémence souhaite aller davantage vers le dessin. Tiens ! Comme je la comprends. J’ai vu ces dessins colorés partir de vieille photos de sa jeunesse ou de la jeunesse de sa mère. C’est naïf sans toujours la maladresse (authentique) des vrais peintres du dimanche, hélas. Pas facile l’art dit primitif. Il ne s’agit pas seulement de « mal dessiner », ce serait trop facile. Tout le monde embarquerait. Il y faut une sorte de …vision ! Cela ne se commande pas. Je suis hors-concours là-dessus, j’ai appris (hélas ?) le dessin.
    6-
    Oh le renversant documentaire à RDI l’autre soir. « Grands reportages » (dumping souvent mais de qualité) illustrait l’ouvrage des espions des USA. Paquet de bavadrs, ex-employés, experts en la matière. Bien rémunérés, on l’imagine, pour témoigner sur les douteux procéés des NSA, CIA… aussi sur CSE, G.C.H.Q et même GRC…
    Il y a un immense réseau nommé ECHELON. Très puissante machine américaine. Vaste « soucoupe » parabolique mondiale. On écoute. On vous écoute. On écoute tout le monde. On apprend que ces « oreilles satellisées » indiscrètes se tiennent parfois loin des méchants ennemis virtuels. Ainsi l’espionnage payé par le public, un temps, fouine en France et découvre —clandestinement— que la « Thompson-France » graissait des fonctionnaires brésiliens pour un contrat plantureux (en Amazonie). Les « grandes oreilles » font couler la nouvelle. Scandale partout dans les médias. Recul au Brésil. Prudence. Gêne. Et c’est une compagnie des USA (Sivam), bien informée, utilement alertée par ECHELON qui obtiendra le vaste contrat amazonien (17 milliards de dollars US !). Alliance Pentagone et Département Commerce ! Édifiant, non ?
    Les dirigeants de Sivam, eux aussi, graissèrent à leur tour et, connaissant les chiffres des « backshishs », (merci ECHELON) payèrent davantage ! Ainsi on a vu les agences affiliées à ECHELON, NSA, CIA, etc., dans le commerce jusqu’ au cou. Et on a vu le « Clinton-aux-cigares-vulviens » faire sa visite chez ces gens et les féliciter : « Merci pour les emplois obtenus, les boy, good job ! »
    Mais ce ECHELON le 11 septembre, kamikazes saoudiens à l’aéroport de Boston ? Non. Pas prévu ? Pas vu venir ? Rien, personne, pas du tout ? Rien, rien, rien ? Trop pris par le monde du business ? Des finances. Trop occuper à filtrer les informations aux oreilles des gros entrepreneurs ? Aux « bums-corporates-bums » ? Volet no. 2 et dernier la semaine prochaine, même canal RDI. Hâte !
    7-
    Fabienne Larouche, accompagné de l’époux, un jeune psy tranquille, à « Arcand en direct ». Patate ! Chou blanc ! Des fois, un sujet ne lève pas. Que du baratin mou ! Arcand devait s’en mordre les doigts. La même Fabienne rétorque ce matin à un jeune auteur de film qui la malmenait. Philippe Falardeau lui cherchait des poux. Raison ? Larouche retire ses émissions en vue du gala des Gémeaux. Falardeau osait dire que « le niveau de qualité de prix s’en trouverait plus élevé ». C’est pas fin ! Réplique : « son film « Le côté gauche du frigo » ne fut qu’un succès d’estime ! » Et bang ! Les couteaux volent bas !Elle ajoute qu’il joue le complaisant, les tapes dans le dos aux producteurs restés sur le Gala. « Il envie ma renommée », dit-elle et « il méprise mon talent » . Bien. En effet il y avait une attaque « ad hominem » dans la diatribe du jeune cinéaste.
    Stimulantes les querelles des créateurs ? Oh oui, mais sans ces attaques personnelles. Il est encore jeune, ce Falardeau. Il se corrigera là-dessus ? Il faut l’espérer.