MORT DE SITA RIDDEZ: LA LIONNE VENUE DE LYON

par Claude Jasmin

Était-ce son dernier rôle ? Vers 1975, au TNM, la grande Sita Riddez juchée sur une dalle de pierre, touchant le ciel, dans une berçante gigantesque. Elle avait le son regard bleuté des débuts du nouveau monde, tonnait des incantations, prières éperdue, faisaint frissonner toute la salle. Sita Riddez en noble, vieille et belle géante de légende, l’ancêtre-femme couvant tous ses enfants partis, enfuis, les pionniers découvrant Plaines et Rocheuses, Mississipi et golfs inconnus.

Jeunes, nous étions éblouis par cette voix qui récitait une invocation minérale et fluide à la fois. Sita Riddez enfin remontée sur les planches : la grande aînée de nos scènes jouait dans « La dalle des morts » de Félix-Antoine Savard, l’auteur de « Menaud maître-draveur.  »

Ses lots d’élèves voyaient jouer la prof enfin car elle fut si longtemps le petit phare indispensable, sans cesse allumée, rue Durocher. Il y avait Madame Audet, rue Saint-Hubert, rue Durocher, au nord de Laurier, il y avait « Chez Sita ». Chez Sita, comme le nom d’un café. D’une halte. Comme « le cabaret des textes » qui s’étudient.

Allongée sur son célèbre canapé, Sita écoutait, corrigeait, nuançait, enseignait. Elle avait été longtemps « élève » et savait donc par coeur le long chemin des apprentissages. Ah, cette longue « lionne » venue de Lyon! Elle avait joué d’abord en France (avait fait son Conservatoire à Paris ), et puis éclatait la drôle de guerre avec les « fachos » nazis aux portes de Paris (actualités encore en 2002!).

Sita avait fui, avec tant d’autres, dont son ami le regretté François Rozet, en Amérique du Sud. Puis ‹ »go north mademoiselle »‹ elle s’installait avec la tribu des Riddez en nouvelle patrie, ici, parmi nous. Nous allions bien en profiter de cette lionne enquébécoisée. Et quand un Yvon Leroux, par seul exemple, ‹le « Bidou » des Belles histoires »‹ parle de Sita Riddez, on sent une flamme dans ses yeux, jamais éteinte, (voir sa biographie aux Éditions Trois-Pistoles). Un Gilles Pelletier, longtemps son voisin, a le même regard nostalgique.

Tous, ils se souviennent d’elle ‹petite crampe au coeur‹ les « anciens et les anciennes » de « Chez Sita », encore vivants et il y en a beaucoup tant elle enseigna tard. Depuis la triste ‹ultime‹ mauvaise nouvelle, apprise dimanche, je sais que je ne reverrai plus jamais cette si belle, étonnante, vieillarde, géante lumineuse qui faisait encore ses courses vaillamment, bien droite, dans les rues de son village, Outremont. Je l’abordais parfois pour la saluer et lu dire mon « épatement » de la voir encore si alerte, si vigoureuse. Traversant parfois aux feux rouges (je la grondais en riant). Elle souriait, faisant mine d’être étonnée de mon étonnement.

Puis, je la regardais disparaître de mon horizon, rue Bernard, rue Laurier, Avenue du Parc, silhouette à la fois bonhomme et altière je revoyais toujours l’ancêtre-femme juchée sur sa « Dalle des morts » dans une lumière irisante, au TNM, il y avait si longtemps. C’était comme un hier bondissant en éternel aujourd’hui.

Adieu Sita Riddez, pour toi que le rideau se lève au paradis promis, un grand rôle très classique va se réincarner dans cet éther que nous, croyants, nommons aussi l’au-delà. Au ciel,  » Dalle des morts  » toujours vivants!

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Le lundi 29 avril 2002

Le lundi 29 avril 2002

1-
Saloperie de neige ! On peut imaginer la déception…nous avons eu un bref aperçu d’un printemps très chaud et bedang ! cette neige de dimanche et de cette nuit…Horreur ! Allant aux journaux, ai cherché ma brosse à neige dans la cave, sorti ma pelle, ce matin…Enragé, j’étais. Mais bon, du calme, un petit coup de soleil de début de mai et on aura tout oublié de cette espièglerie météo, non ?
Hier, dimanche, à 16h, je grimpais sur la 40 au bout du Chemin Sainte-Foy et …roulons ! À 19h, j’étais arrivé ! Avec de la neige partout, dans les Laurentides. Dès Trois-Rivières, je l’ai vu faire ses débuts, la démone ! J’ai misa du Beethoven, du Mozart (le requiem !) et du Verdi. Puis, j’ai mis Cbf-fm et le bourrage des scabs, des jaunes-cadres, avec des chansons. Miscellanées : Brel, Leclerc, Ferré, Plamondon, Brassens, Léveillée… vaste pot-pourri et de brefs bulletins de nouvelles lus par des voix d’un amateurisme à faire crochir…les oreilles ! Aucun sens de l’accent tonique à utiliser comme du monde. Écorchage auditif. Honte d’un réseau français (à la SRC) qui s’acharne à ne pas régler un contentieux syndical pourtant tout simple. Déception de cette Société où je fus un travailleur heureux. Cela malgré tant de petits « boss » bien cons.
Ce matin, tôt, ai pondu un petit requiem pour la comédienne (85 ans) morte samedi, Sita Riddez. Je la croisais souvent dans Outremont et elle m’étonnait par sa démarche altière, fougueuse je dirais, sa verdeur, même à 80 ans ! Funérailles mardi à 21 h à Saint-Viateur, rue Laurier, ouest. Je l’ai fait, pour La Presse, en souvenir de ma première épouse qui étudia chez elle, et aussi de ma chère Aile qui y suivit des cours durant un an avant de devenir sripte de télé. Pratte publiera-t-il cela mardi matin ? Je verrai bien.
2-
Deux jours au Salon à Québec, entre le haut et chic Hilton et le non moins haut Radisson, au Palais des Congrès. Beau salon. Tapis rouges partout. Les gens de Paris (et le riche Dimédia-Boréal) installés en seigneurs au milieu de la salle, nous, les tit-culs québécois tout autour. Ambiance connue, j’aime pas les salons mais encore une fois, j’ai adoré les rencontres faites. C’est toujours fort agréable de jaser avec des lecteurs fidèles…des admirateurs parfois. Certains lisent mon journal sur internet :
« Où est donc votre Aile, pas là ? » Déception donc. Même des reproches voilés : « Pas avec vous ? Elle (Aile) vous aime pas tant que ça alors ! » De retour, je raconte cela à ma chère et elle ne pipe pas mot, cherchant à savoir si je lui tire la pipe ou si vraiment l’on déplore sa désinvolture face à mes déplacements… de salonnard.
Je vois François Barcelo dans une allée du Salon, je l’arrose de bons saluts, le gaillard fait son drôle. Il se laisse saluer, brasser les mains, tapoter les épaules, tout guilleret, et finit par dire : « On me prend souvent pour ce Barcelo, qui est-ce ? » Moi, penaud. M’excuse. Si je savais qu’il avait un sosie parfait. Vraiment un clone ! Incroyable.
Derrière sa petite table, sage comme une écolière : Claire Martin. Qui oublie encore à son âge. Que j’avais voulu saluer et féliciter à un autre salon et qui m’avait jeté froidement : « Ah vous, Jasmin, pas de salut hypocrite hein, vous m’avez déjà déclaré dans un journal : « La Martin s’en va ? Bon débarras! » C’était vrai. Après nous avoir maudit avec notre atroce mode du joual, notre séparatisme si vilain et notre socialisme, les jeunes écrivains, Claire Martin, vers 1970, annonçait qu’elle s’exilait de cette terre de jeunes voyous. L’Espagne, je crois. Du temps a passé. Non, son beau sourire samedi. Elle est de bonne humeur. Je fais ça bref. Au cas où… Un quidam de son kiosque me questionne à voix basse : « L’avez vous trouvée vieillie ? » Je dis rien. Claire a toujours eu l’air vieillot. En 1960, avec des romans à clés audacieux, bien rédigés (« Dans un gant de fer », etc.) où elle réglait des comptes difficiles, cette auteure avait déjà les apparences d’une vieille maîtresse d’école de rang. Je l’aimais bien mais je déplorais sa frousse et sa méfiance pour note lutte patriotique qu’elle dédaignait outrageusement, fédéraliste sauce Grande-Allée, bourgeoise fardée.
Bonnes brèves rencontres : Georges-Hébert Germain (son « Château Frontenac »), Jean-Claude Germain —qui me commande un bref polar pour sa neuve revue de gauche, titrée « L’ », Pierre Nadeau, avec sa biographie captivante, Pierre Légaré, humoriste caustique et goguenard, au bord de sa retraite des planches, quelques éditeurs sympas (Fortin de « Québec-Amérique », Brûlé des « Intouchables », etc.). J’en passe.
Nous voilà bientôt enragés noirs, écrivains, éditeurs, aussi quelques lecteurs. Il y a pas plus « colonisé » que « Le Soleil », le gros quotidien de la Capitale. Hier, samedi, son cahier-livres s’ouvre avec un immense reportage (fait au Vermont, USA) sur John Irving —pour un mince roman plutôt reçu froidement là-bas, « La quatrième main »— alors qu’il y a un Salon du livre qui s’ouvre à sa porte !
Le racisme inverti à son meilleur. Le lendemain, dimanche, grand papier sur Alex. Jardin (« bellâtre insignifiant », écrit Stanley Péan dans « La Presse », ce qui est exagéré bien entendu). Encore rien donc, dans ce « Soleil » tronqué, pour les auteurs d’ici. Scandaleux !
Samedi après « mes heures » en kiosque, promenade au soleil dans cette Grande Allée aux cent restaus. Galerie. Annonce : « expo-Francisco Iacurto ». J’entre. Ce vieux peintre, venu de ma chère « Petite Italie », brossa les binettes des importants élus duplessistes longtemps. Les galéristes m’écouteront jacasser, amusés, sur le vieux bonhomme dont les premiers tableaux furent exposés sur les murs du pharmacien Armand Besner (peintre amateur lui-même), au coin de chez moi, rue Saint-Denis angle Jean-Talon, en face de la Casa Italia. C’était, à douze ans, mes premiers « vrais » tableaux vus. Fin de « seulement » les images imprimées des calendriers Molson !
3-
Deux enfants passent. J’aime rigoler avec les petits. Promesse de leur faire signe —remuement de mon petit doigt— juste pour eux s’ils me revoient à la télé. Parents amusés. Ils repasseront plus tard devant ma cage et, charmants petits anges, me feront des signaux avec leurs petits doigts : « Oubliez pas ! » Merveile !
Soudain, trois sœurs,en noir,. D’un Tchékov ? Trois vieilles dames dignes, fr.tillasntes, jeunes d’esprit. Belle aparition de mes amies : Françoise Faucher, Hughette Oligny et Lucille Cousineau. Elle reviennent d’une sorte de récital avec des textes de Clémence, présidente d’honneur de ce Salon. Ele s’en iront jouer, je ne sais plus trop quoi, tout à l’heure. Nous signons volontiers des pétitions « circulants » pour les grévistes de Radio-Canada. Françoise toujours abasourdie, révulsée même par cette France qui doit choisir entre « l’escroc » (Chirac) et « le facho » (Le Pen).
Mon éditeur m’offre « Jasmin et barbelés » —petit livre de souvenirs d’une Esther, juive sépharade du Caire, enquébcoisée depuis— qu’il a acheté aux Trois-Pistoles. Cadeau gentil. Décidément cet ours, V.-L. B., est gentil comme tout !
Dans ce « L.’ » de Germain, page trois, un formidable texte de mon ex-petit camarade en céramique, Gilles Derome : « Lu, vu, entendu ». L’excellent potier de Duvernay n’y va pas avec le dos de la… fourchette pour piquer raide : des allusions politiques féroces sur un certain État du monde, aujourd’hui. Stimulant.
Le jeune Moutier, dont j’achète volontiers le dernier bouquin, m’y trace une dédicace d’une rare chaleur. Je n’en reviens pas trop. Les cadets, d’habitude, n’offre pas une telle générosité. Très chaud au cœur.
Bon, fin des salons ! Des chambres d’hôtel et des sacs de voyage. Ouf ! Retour donc à mes pénates. La paix. Je n’aime vraiment pas être séparé d’Aile.

Le vendredi 26 avril 2002

Le vendredi 26 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Ce matin, temps hésitant, le soleil bataille pour avoir un peu de place, il fait frais et je vois une chaloupe (première vue !) et une silhouette sur le lac. Pêcheur. Hier, au lit, je lisais le début du deuxième roman de Vigneault-fils, Guillaume. Il parle de pêche de fin d’hiver, avance que dorés et truites sont affamés alors, qu’il n’est pas besoin de (fines) mouches, juste la bonne grosse cuillère ! Le goût d’y aller voir…Mais…paresse ou pas vraiment pêcheur ! Ce roman ? Encore, comme pour son premier, une jeunesse si éloignée de la mienne. Encore des bourgeois bohémiens : voilier, canot, lac à la Minerve, alcools, belle-maman de l’ex-(enceinte)…en psychanalyste (c’est aussi donc la maman du meilleur copain, son beau’frère), avion privée (joli cessna tout bleu ), planches de surf à polir, mercédes à l’horizon, fille ramassée ans le Vieux, une serveuse congédiée (deus ex-machina !) mais aussi faisant une maîtrise en bio !, on part avec elle en voyages libres, la Buick vers le Maine, camping à Arcadia Park, la tente et une bouffe maritime (crabes, oursins !) .
Bagarre dans un pub à Bar Harbour… au moment de l’abandonner pour…. Morphée! Zzzzzz !
J’avais publié, pour son premier roman, un (presque) vilain « papier ». Je parlais d’un certain « jet-set jeunesse », de bobo, bohémien-bourgeois, et d’égotisme. Cet article-critique pourrait re-servir tel quel pour ce deuxième bouquin de Vigneault jr ? Non. Attendre. Car je vais continuer ma lecture. Ce n’est pas plat. Le mythe Kérouac veille. « Road-story » comme pour nombre de mes vieux romans. Je devine la randonnée à travers les States ? Un vieux modèle depuis Poulin et sa coccinelle allemande. Blues classiques !
Comme je le lui disais au Salon du livre de Gatineau (il souhaitait cette explication): il y a surtout la surprise de voir « l’univers » qui nous sépare, les romanciers des années ’60 et lui (eux !) d’aujourd’hui. Avec « L’iguane », intrigant roman actuel, de Denis Thériaut —qui vient de gagnaer un prix Odyssée, contre le « Putain » de Nelly Arcand— c’était autre chose : le monde du fantastique, le petit pauvre, enfant battu, père déchu, gamin magané, poqué, qui se réfugiait sous ce totem d’un iguane empaillé dans une grotte sur la Côte-Nord. J’aime examiner les contenus de romanciers du jour. C’est excitant.
2-
Je m’installais dans un studio de Cjms, avec Arcand, tous les matins. J’avais ma liste (d’épicerie). Sujets de discussion pour nos micros de nos « Face à face ». On ne change guère ? J’ai devant moi encore ce matin ma douzaine de sujets, actualités titillantes. Pour rire, je dresse cette liste de thèmes qui me font réagir (mais je n’ai plus de micro que mon cher journal).
a- la grève à Radio-Canada. Un lecteur du Dev recommande d’alerter la Sheila Cops. Les politiciens d’Ottawa. Vrai !En 1959, notre conflit se réglait enfin quand le député (un rouquin dont j’oublie le nom), au pouvoir avec Diefenbaker, se leva en chambre pour secouer les patrons de la CBC-SRC. Et tout se résolvait comme par magie ! Oui, seul bon moyen: la politique. Ce que déteste les planqués-gérants de Montréal. Leur grand’peur, ce recours au pouvoir politique, de là leurs exigences loufoques de garder le silence. Comme en 1959, indifférence, silence à Ottawa. C’était une bataille lointaine, celle des « frenchies » de Montréal. Le gréviste René Lévesque, c’est connu, constatant le désintérêt complet en devenait nationaliste, écœuré à fond par l’inertie totale à Ottawa quand une grève se déroule en françâis. Vrai qu’à Toronto, la bataille serait terminée et depuis longtemps. La gente politique adore fouiller et « bosser » les gérants des compagnies fédérales, et les gras et gros gérants craignent comme peste les fureurs des politiciens, alors les grévistes doivent le savoir et foncer par là !
b- Aznavour chantait à Ottawa et pas pour de pinottes. Public franco à 85 % L’aimable vieillard y va de présentations toutes in english ! Ignorance, mépris ? Inconscience ? Un spectateur a protesté et Aznavour, patriote de son Arménie natale, l’a envoyé paître cavalièrement. Le vétéran du « Faisan Doré »se fait sonner raidement les cloches par un liseur absolument scandalisé. Avec raison.
c- Un article fouillé fait bien voir, ce matin, une Égypte (et Le Caire) sous très haute surveillance par les USA. Des subventionneurs solidaires avec seulement Israël. Liberté ? Non. La solidarité naturelle avec les Palestiniens s’en trouve comme abolie. Tristesse. Dis-moi qui te subventionne et… C’est pour cela que je dis souvent aux écrivains : dites-moi qui vous subventionne et….
d- On utilise le mot « sinistre » à propos de ce désir de porter à l’écran les horreurs du manipulateur-Thériaut, dit Moïse. Est-ce vrai ? Peut-être mais…Le plus grave c’est que le film serait un récit plat et réaliste, sans la qualité filmique que nous sommes toujours en droit d’exiger; même pour ces docu-dramas. Jadis « L’étrangleur de Boston », un cas célèbre, ne fut accusé de rien. « Le silence des agneaux » n’est pas sinistre seulement, c’est un récit filmique bien ficelé, bien joué, surtout génialement tourné. Avec art, j’entends. Il n’y a pas de mauvais sujets, ni de sujets trop sinistres, il y a de mauvais films. Arcand auraut-il été d’accord ?
e- Montréal va permettre des vendeurs ambulants de bouffe à bon marché, cela en zones à touristes. Un quidam s’en inquiète et affirme : non, stop, à la « malbouffe » offerte à tous. L’obésité, dit-il, sera à vendre avec ces carosses à hot-dogs etc autres junk-foods ! Eh, le visiteur (jeune) pas trop argenté ira-t-il, sans ces chariots, aux Jardins du Ritz ? Ou dans un des chics restaus de la rue Crescent, ou dans ceux —« fancy »— du Vieux ? Doutons-en, hein ? Mon tit-Paul m’aurait-il contredit ?
f- Dans La Presse, un ex-gitane, paumée en France, exilée à Montréal, heureuse —devenue commerçante et donnant de la job à des émigrants, spéciifie-t-elle deux fois (cheap labor ?)— se porte à la défense de son cher « monsieur » Le Pen ce matin ! La bohémienne transformée ici en affairiste déteste le rapprochement Hitler-LePen. La droite extrémiste est donc partout !
g- Pierre Gravel, éditorialiste mesuré, fesse sur le Vatican ce matin ! Et raidement ! Il nous rappelle l’odieuse « note interne vaticaneste » du pape disant : « Silence la curaille ! Rapportez les cas « criminalisables », au Siège social, ici, seulement. Foin des polices de ces pays ! » Il frappe fort et juste. La radio, au même moment nous apprend que le cardinal bostonnasis (cachotier et protecteur de ces bandits en soutanes) obtiendrait une promotion. Où ? Au Vatican, tiens !
h- Charest menacé (!) du pouvoir à Québec aux prochaines, une firme de démarcheurs fait circuler ses offres de « bons offices ». Oh ! Le jeune Mario Dumont monte aux barricades. Mais lui, au pouvoir, un jour, baisserait la garde. Et vite. Ses cochons-de-copains se « coltineraient » solidement. La loi du « milieu », car, oui, c’est un « milieu », une « maffe » que ce parlement des bons amis fidèles. Et cracheurs de « foin » politique bien trébuchant et sonnant. De tous bords, de tous côtés, hélas !
i- Incroyable !, nous avons un nouveau maire, Tremblay, plein de titres spéculatifs, rempli d’intérêts et cela, dans maintes compagnies qui ont toujours besoin d’informations privilégiées. Pointé du doigt, l’innocent (l’est-il ?) joue la candeur ! Magouilles à l’horizon, le Tremblay n’as pas du toit l’intention de se retirer de « ses » portefeuilles ! Mon Arcand bondirait là-dessus, je le connais.
j- Le projet de loi pour la « parenté homosexuelle » va passer. Je dis bravo pour les enfants déjà adoptés qui n,Omnt rien fait pour perdre quoi que ce soitr. Mais je dis aussi danger de marginalisation nocive pour les « ceux à adopter » qui viendront. Déjà ces enfants sont marqués et le seront donc doublement. Je peux fort bien comprendre ce besoin humain des lesbiennes accouplées —et des homos mâles— pourtant ce serait égoïsme grave que de plonger des enfants dans cette farine insupportable de la marginalité. Si, vraiment, ils aiment les enfants, ils ne leurs feront pas ce cadeau empoisonné. Un lourd sacrifice, je le sais bien.
k- Je lis Girard ce matin, chronique économique. Je questionnerais mon gros nonours, Arcand : « est-il un bon et habile spéculateur ? » Aile et moi ? non. On a de l’argent « placé » comme on dit, on ne sait pas ce que notre fiducie (Desjardins) fait avec. Eh ! Oui : des ignares en affaires. On fait confiance. Comme tant de gens sans doute. Les Reers, ¿moi, le vieux, des Feers— vont en actions et en obligations (surtout) et on ne sait pas du tout comment ça fonctionne. Est-ce normal ? Non, sans doute que non. Héritage de nos anciens ? Eh oui. Et puis il y a que l’argent ne nous intéresse pas. Mais pas du tout. On lit des rapports qu’on ne comprend pas trop. Une confiance aveugle (!) dans ces « représentants » de chez Desjardins. Une folie ? On ne sait pas. On ne sait rien. On sait une seule chose : notre seuil de tolérance (aux risques) est bas, bien bas. Alors « qui risque rien n’a rien », c’est toujours vrai ? Aussi on se la ferme.
3-
Hockey hier soir. Zapette chauffante. Ouverture ridicule avec hymnes chantés. Que vient faire ce patriotisme à la noix aux temps des échanges divers ? Une farce. Démagogique en diable ! Les États, par respect, devraient exiger que l’on sorte ces chants sacrés du commerce (très industriel) du sport-spectacle moderne, non ? À Las Vegas, ouvre-t-on les tables de jeux la main sur le cœur et à l’attention ? Il y a des limites au grotesque, à la mascarade nationaliste, au burlesque du travestissement patriotard, non ? Donc, hier soir, les « méchants » Bruins en gagneurs. Désolation dans l’aréna. Des huées ! Moi, très mécontent. Reste du gamin de Villeray qui n’applaudissait que les gars de Montréal.
Salut les maudites plorines et en avant la kultour ! Filons sur Artv. Noiret pour une autre heure. Miam ! Ayant commis des tas de navets parmi quelques succès formidables —avec de grands réalisateurs— l’acteur célèbre est extrêmement modeste. Réaliste. Il ne renie rien. Les deux pieds en terre, solidement. C’est rafraîchissant en diable. Ça nous change des divas, des prétentieux qui se hérissent quand on parle de certains faux pas. ll répètera : « tout ce cinéma, c’est bon pour le confort. » J’aime bien cette façon d’accepter ce que l’on est. De ne pas se prendre au sérieux. C’est un métier… « d’artisan », spécifie-t-il. Quel merveilleux régal ! Un bonhomme franc qui dit la vérité tout en la sachant relative, fluide, insaisissable. Ah oui, un vieux gaillard unique. Bon, tant pis pour les absents, je ne raconterai pas les trésors —anecdotes d’une saveur fameuse— déballés par le vieux Noiret. De la sacrée bonne télé…d’entretien. Son questionneur, Bernard Rap, bien documenté, bien préparé, muni d’extraits solides de ses « grands » films, fait très bien son travail d’investigateur. Important pour un bon résultat, ce vis à vis, on peut voir parfois d’excellents créateurs qui bafouillent ou ennuient à cause d’un questionneur imbécile. À ce sujet, Philippe Noiret répétait qu’il faut s’efforcer, pour évoluer, pour s’épanouir, d’être entouré par des gens intelligents, cultivés, (même plus brillants que soi) et que les crétins, les cons, qui pullulent (en coulisses de cinéma) rendent cons.
À cause du format préalablement « internétisé » (oh !), qui me ramène, veut veut pas, au journal, envie comme diariste d’interpeller directement les lecteurs. Ce que je ne faisais pas jadis. Fou non ? Sorte de familiarité puisque je sais que l’on va me lire une heure (ou même moins) après envoi des pages d’un jour sur le web. C’est amusant. Ainsi envie d’écrire : « Pensez à moi, demain matin, quand je roulerai sur la 40 vers le Salon de Québec. » Ce journal mis en livre souffrira-t-il d’une telle cavalière manière ? Pourquoi oui ?
4-
Piteux —sincèrement affligé j’espère— le pape parle de « prières pour toutes ces victimes » des curés pédos. C’est bien mais, chrétiens, ne doit-on pas songer à prier aussi, oui, oui, à prier pour ces grands malades !
Quoi ? Le « Priez pour nous pauvres pécheurs », c’était un mensonge ? Une façade ? Bin oui, ces malades graves, ce sont des âmes égarées, des désaxés sexuellement —et tout ce qu’on voudra— mais qui va nier que ces pasteurs cathos ne sont pas effarés, perdus, déboussolés par ce terrible vice ? Qui est certain qu’ils ne vivent pas, au moment de l’horrible tentation, des affres redoutables ? Un accablement terrifiant. Une peur effroyable.
On dirait à lire les proses actuelles sur la pédophilie, que ces « monstres » en soutanes n’existent pas en toute réalité. Qu’ils sont, aux yeux du vieux pape romain, comme des fantômes. Des quoi ?, des inconnus, ma foi.
On en a honte certes mais pire, on ne les reconnaît pas comme êtres humains vivants parmi nous tous. Mais non, ils existent, ils mangent et ils dorment (même mal, très mal, j’en jurerais ) ils vivent, ils tombent dans leur affreuse manie des jeunes garçons, ils se couchent l’âme en lambeaux.
Que croyons-nous ? Ces mauvais prêtres se savent traîtres, trompeurs indignes, salisseurs, dominateurs faciles, écœurants manipulateurs. N’en doutons jamais, ils se haïssent profondément, ils ont honte du déni de leur vocation sacerdotale, ils suent et ils saignent d’indignité, se savent des dégradés.
Ils doivent vouloir se suicider souvent. Non ?
Je ne dis pas vrai ? Et sous la vaste coupole michaëllangélienne de Saint-Pierre, c’est le rejet, une sorte d’oubli du réel, un désaveu froid, total, toute la hiérarchies correct tourne le dos à ces effrayants mais misérables déchus ? Non, ce n’est pas une attitude chrétienne. Le « va et ne pèche plus » du fondateur Jésus est lettres vides, face à bien pite que l’adultère.
Il n’y aura donc plus que les psychologues pour mieux les expliquer —sans les excuser et sans les accabler. Des savants (de demain, bientôt ?) pourront-ils régler cette inconduite inqualifiable à partir de manipulation, ou bien de médicamentation ? À prendre matin, midi et soir ! Non je n’ai pas envie de rire, c’est trop déroutant, trop inhumain d’être affligé de cette effrayante mamie —on parlait hier (La Presse) de « puérilité narcissique, de blocage infantile avec la mère ». On verrait bien, et au plus tôt, le progrès de la science puisqu’il n’y aura aucune pitié christianiste. Ni à Rome, ni ailleurs. L’écrivain, c’est son métier aussi, veut comprendre. Accuser c’est facile.
5-
Dans nos gazettes, hier et aujoud’hui, voici un portrait du chef du MAJ (mouvement action justice), Manseau. Il nous apprend qu’il voulait devenir prêtre, qu’on lui a bousiller sa vocation, qu’il a été une victime d’abuseur sexuel en soutane…diable et c’est le mot. À la fin de l’interview on lit qu’il fait toujours vœu personnel de pauvreté et aussi…. de chasteté ! Là…on peut se poser des questions, non ?
Il faut de tout pour faire un monde. J’en ai connu des prêtres intéressés par le zizi des petits garçons. Au collège, il y en avait. Puni, envoyé « en haut lieu », je pleurai « plusse » d’inquiétude que de remords, installé de force entre les genoux d’un directeur fringant, excité et bien caressant. Il y avait aussi le révérend père Cha., un « moine » très, très « taponneur » pour les cuisses des jeunes ados à ce même collège, un externat classique. Je suppose qu’il y en a eu partout. Surtout dans les internats.
Il faut chaque fois parler aussi des autres prêtres. De ces fantastiques prêtres dévoués complètement à notre éducation. Le plus grand nombre, Dieu merci !
Oublier l’ivraie ? Tout est là. Les victimes n’oublient pas et c’est indispensable. Ce chef du MAJ semble déterminé. Il fait appel aux délateurs. Il a raison ? Il y aura danger de quoi ? D’invention. Oui, d’exagérations ? Oui. Ainsi d’anciens jeunes garçons, se sachant homosexuels, il y en a —et consentants précoces, ça arrive — à l’époque, qui voudront maintenant poser en victimes innocentes. Des alléchés par le fric promis. C’est prévisible. Comment trier ? Impossible.
J’ai déjà connu une type, musicien, évidemment homosexuel, qui affirmait carrément l’être devenu à cause d’un « grand » initiateur, un chef de jeunesse musicale. Il faut savoir
qu’assumée ou non, cette tendance (involontaire, comme l’a dit si souvent un Daniel Pinard), a besoin, parfois, d’un agent révélateur. Un Michel Tremblay a été clair sur ce sujet, avec courage. Que de jeunes homos sont tombés sur, justement, de moins jeunes homos, ainsi, ces aînés ne furent pas du tout des « pollueurs d’âmes ».
C’est une question délicate et le chemin pris par tous les Manseau du monde est encombré de…mensonges. Mettons dans cette croisade —valable certes —aux dénonciateurs des barrières avec l’écriteau connu : « Attention : danger. »
6-
Thierry Meyssan publie « L’effroyable imposture » à Paris, il tente de démontrer que la CIA et le Mossad juif sont les meneurs des horreurs de deux tours bombardés à Manhattan le 11 septembre dernier. Et le reste ! Ça marche. Le Thierry Ardisson, se masque en sérieux, l’invite à déballer (le 16 mars) ses légendes urbaines à sa télé de music-hall. Le livre se vend. L’homme est friand de complots. Deux Thierry se tapent la bedaine. Des journaux le moquent, d’autres, doutent un brin. Il y a quelques faits curieux. Comme dans tous les grands événements historiques. Or, on vient de parler de « suicide ». C’est un fait. À jamais, la crédibilité de ce Meyssan sera détruite si, avec le temps, sa thèse du complot s’avère une fumisterie. Il gardera le fric de ses tirages. Se fera G.O. dans un genre de « club med » bien à lui, loin de l’Occident. Ceux qui détestent —ou en sont trop fragiligés— ce genre de plaisanterie planétaire peuvent « pitonner » sur (clic !) Oaxbuster.com pour se faire servir antidotes en tous genres.
Cette guerre en Palestine ! Je lis sans cesse, partout : « des intellectuels, juifs et arabes, doivent se lever et parler. Oui, oui. Mais qui écoutent les instruits. Où peuvent-ils parler ? Le monde d’ici comme d’ailleurs se fiche bien des penseurs, des sages, des cultivés, des réfléchisseurs, des pacifistes, des intellos et…des écrivains. Est-ce que l’Arabe cultivé, instruit, clairvoyant peut critiquer, blâmer, condamner un Arafat-va-t-en-guerre ? Est-ce qu’un intello juif peut parler librement, juste un peu, contre le chef-de-guerre-Sharon ? Non. Hélas non ! Place donc aux images de télé, brutales, et insignifiantes par cette brutalité même, quand c’est possible entre deux chars, entre deux murs délabrés, aux portes des villes attaquées. « Ici Joyce Napier qui vous parlait de Ramallah ! » Ouen ! À la roche et puissante CNN des amerloques ? Même brutalité des faits. Où le trouver ce sage savant qui aurait envie de tenir un langage neuf ? Sais pas. Il se tait. Prudence indispensable, des deux bords du conflit durable, s’il veut survivre. Ici, on lit, hier, ce Omar Aktouf : les Arabes de la Palestine ont raison, le lendemain, ce matin quoi, on lit Élie B., dans le Dev : les Israëliens ont raison. Dis à dos.
On lit aussi ceci :les cinq (5) « k » d’une religion lointaine. Un rituel : k pour kesh, les cheveux et la barbe, longs. B) K pour kara, brcelet obligatoiure, c) k pour kacch, culottes de type boxer, nécesssaire ! d) k pour kangha, le peigne rituel, enfin, k pour kirpan (connu maintenant par ici) la dague en guise de relique plutôt belliqueuse, non !
Le juif a sa kippa. L’islamiste, la burqa…
…et le boy-scout ?, son canif et sa petite roulette, son tit foulard deux tons, son chapeau pointu…Etc. Et toi ? T’as rien, rien du tout. T’as l’air de quoi ? Et moi ? Rien aussi. Eh oui, rien. Pas de symboles, pas de rituel. On a l’air de rien aussi, des simplets. Puis la bataille s’installe, ah, oh, on insulte une victime de coco de papa sikh, pour un canif, un béret, un bout de guenille… C’est « La vie, la vie », hein !
7-
Nathalie Pétro, ce matin, chavirée. Pas de film d’icitte à Cannes. Elle saute à sa conclusion, la faute à Ottawa, ce Canada mis par dessus Québec. Quoi, c’est rempli dans des voûtes secrètes d’excellents films d’ici et Cannes les boude ! C’est ça ? Non, c’est du délire. C’est rare chez cette lucide :voir son excellent article sur le « Cirque du soleil » en quéteux de subvention, récemment).
Ça y a pris à matin. Une berlue ! À Cannes, aucun long métrage d’ici, il doit y avoir un complot ! Ah , les complots ! Il y a quelques grands pays importants. Leurs mégapoles. Il y a 145 pays qui comptent pas, ni à l’ONU, ni à l’UNESCo, ni à Hollywood ni à Cannes. Sauf, de temps à autre, surprise, un film de Finlande, s’impose, de Bosnie s’éclate, ou de Norvège, de l’Iran…Oh, c’est arrivé, du Québec. Ça arrivera encore. La culture se fait, se donne, se montre, se communique, se vante, se grandit dans 5 ou 6 grandes capitales. New-York, Paris, Londres, Rome, Berlin…c’est à peu près tout. Les créateurs des autres « places », silence !
Nathalie fait mine de pas le savoir ce matin.
Québec, la jolie ville, on se voit demain midi !
« Fais-toi belle, ô ville, car ton prince arrive…»
Non, ça c’est du Cardinal Léger rentrant de Rome en pourpre cardinalice, à son zénith. Avant sa conversion et son exil en Afrique.

POÉSIE OMNIVORE

(essai)
Claude Jasmin

Ce soir-là

il pleuvait des boules de jade

tu te souviens du type au thorax vernis

il venait de loin et de longtemps

un survenant tatoué de signaux clairs

il roulait des bombes d’onyx

il disait sans cesse « mississipi »

la chaleur de ses regards

on le voyait nageur dans l’encre

on ne disait rien on se taisait

la plage du temps aboli

alibi

les boules de jade priaient

le silence se défaisait et on a ri

le type est remonté sur terre

et craquait

c’était fini et nous avons mangé ses restes

c’était un jour de crasse noire

on se retrouvait pourtant pris de nectar

ce fut une randonnée vaine et trop pressée

à la tombe des nuées

l’écho répétait « mississipi »

comment savoir, pourquoi ce mot sans cesse

venait-il en souvenir, en signal

il avait crié ton nom de bête

et toi tu lui montrait des bretelles d’acier

la vitesse, notre leurre

il est parti vite

la peur nous revenait

nous étions des innocents

des voyageurs sans but

de pauvres poupées de cire, sans pays

sans mémoire

notre vie errante s’achèvera avec la mousse

cette folle chevelure dans l’oubli des coups reçus

jadis

Adieu ma toupie, ma mante de roses fanées

Adieu

Le jeudi 24 avril 2002

Le jeudi 24 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Hier, mercredi, beau soleil tout le jour et le journalier…b’en, hors-journal. Enfin, pouvoir bouger ! Aile aussi, râteau en mains, fouine le long de la maison en quête de détritus divers. Je fais des tas. Branches à ramasser un peu partout. Celles que je n’avais pu faire brûler l’automne dernier quand l’hiver pognait subitement. Et celles casses par les vents froids de cette saison enfin, enfin, terminée. Canot sorti des bosquets et mis, à l’envers, sur le quai. Oh, cet enduit caoutchouté noir ne tient guère ! Plaques ici et là, le rouge d’antan surgit, fait « cocou » ! . Ouash, devoir y voir. Chaises longues sorties de sous la galerie et descendues sur le rivage. Coussins mis au cababon de la rive. Avirons et cannes à pêche :prêts. Des haltes. Je m’étends, j’enlève du linge. Chaleur merveilleuse. Soleil en pleine face. Hop, debout ! Petit bûcher sur le terrain. Pas facile à allumer, ces branches encore trop humides ! Bref, content et heureux de remuer ma carcasse.
Aujourd’hui, ciel blanchâtre, du gris garni de nuages blancs. Pas de vent du tout. Mon grand fleurdelysé bien ratapla. Roulé comme un « umbrella » de londonnien. C’est rare ici, aucune brise.
Hier, le micro-ondes de TVA. Les deux gentils envoyés du boulevard de Maisonneuve, Claude et André, rigolards. Ils me taquinent sur cet arbitre, partial, partisan de la Marchal, Pierre Bruneau. Sujet du mini-débat ? Les « petits gros », ces enfants assis, la captivité des jeux électroniques, la fin du « va jouer dehors ». Isabelle, pas bin exemplaire vu son ventre gros (« c’est pour bientôt » a-t-elle dit !), la voix mince au bord de la stridence, charge encore les profs. Je m’insurge. On veut que la (ou le) prof fasse tout : l’instruction et l’éducation, voit aux études, et à la santé. Et les parents ? Plus rien à faire qu’à aller ramasser du fric (à deux) pour le fisc vorace ? Ça fait bien les affaires de nos gérants du trésor national, (nos élus). Tellement qu’ils veulent bien installer « plussse » de garderies !
La réalité : nous étions (collectivement) tassés —pas de « sa chambre à soi », pas de sous-sols « finis »— et pas riches, pas de ces jeux à 50 $ la cassette ! Donc, dehors, à cœur de jour. On jouait au moineau, au drapeau, à tag, à cachette, à branch-to-a-branch ! Et à la softball dans la ruelle, au hockey sur trottoir, et en guise de pauses : nous avions ces comics-book à 10 cents, 5 cents les usagés (que d’échangisme !) tout plissés ! Je l’ai avoué sur TVA: si nous avions eu tous ces jeux —j’en ai vus : formidables comme machines visuelles, bien plus captivants que nos « comics » sans animation aucune— bien, oui, on aurait été des « assis pis gros » !
Doute sur l’efficacité, l’utilité, de ces empoignes de trois minutes mais…bons cachets ! « Ah, l’Adélois ! Le bel argin, hein, viande à chien ?, me moquerait encore Paul Arcand comme tu temps où nous nous chicanions tous les jours à CJMS !
2-
Mardi soir : épuisé par un film « Spy Game » — « Jeux d’espion »— avec Redford et Brad Pitt. Moins obscur que ce « Mulholland drive » mais…Ouf ! Aile, l’ex-brillante « première de classe », rigole encore de me voir patauger et gueuler contre les complications de ce film. J’admettrai que c’est tout de même un bon suspense.
L’intrigue : le vieillissant Robert Redford (Aile qui l’a tant aimé est toute désolée de le voir se plisser, dira en voyant son dauphin, le beau Pitt : « maudite jeunesse ! »— est un vieil expert de la CIA. Il enseigne, forme, un cadet candide. Mission au Vietnam, mission à Berlin-est, mission au Liban. Film rempli de « retours en arrière ». Excellentes photos des sites d’espionnage. Bonne facture de pro, indiscutable.
L’amour surgit. Ah, l’amour ! Troc odieux et, sa « belle » jetée en infernale prison chinoise, le Brad-Roméo tentera de la délivrer. Le jeune espion rate son affaire. Prison et torture. La mort bientôt. La froide CIA s’en fiche : qu’il crève ! Vous devinez la suite ? Le « vieux » Redford va désobéir à ses patrons et…
Oui, un vrai bon suspense mais compliqué !
Le lendemain, Aile nous déniche un autre film à louer : « Drame familial », un titre platonique en diable, non ? Film tout simple. Si clair. Un garçon boude en voyant maman se remarier avec un nabab venu d’on ne sait trop où. Boude davantage quand il sait sa maman enceinte. Freudisme élémentaire, non ? Son papa qu’il vénère construit, en artisan, à l’ancienne, des voiliers dans ce port, en verte Virginie. Bientôt, c’est du Hitchcock, sans le génie fréquent du « maestro » et tout dérape, se déglingue, les apparences explosent. Ce papa d’adoption s’avère un… monstre !
Bon, disons que « Drame familial » est désennuyant, un divertissement, du cinéma modeste. Travolta ne joue pas trop mal ce brave artisan et le brave papa qui regrette son « ex », voudrait la garde du gamin. L’horreur qui s’enchaîne est effrayante à souhait. On a eu très peur, on a pas vu passé le temps !C’est juste cela cette sorte de cinéma.
3-
Soudain, à la télé, avant-hier, au hasard du zapping, Marc Labrèche nous apparaît —jumping-jack surgissant— déguisé en coccinelle et qui menace en ricanant toute sa rive-sud… On rit.
Un autre étonnant moment, hier soir encore. Ce Grand Blond s’abandonne parfois à des facéties, très évidemment, improvisées, et alors nous fait rire encore aux éclats. Ce jeune comédien, ainsi, réussit à montrer —il faut être patient— des bouts de…surréalité qui étonnent en télé ordinaire. C’est un talent fort et à part. Hélas, ses pulsions créatrices ont du mal à s’installer dans un contexte de simple talk-show. Surtout quand il est dans un carcan —genre « spécial Céline Dion ». D’autre part, ce serait miracle si toute son heure était arrangée en un spectacle moderne et inusité. Mais…rêvons; un jour, son « soixante minutes » hebdomadaire, voire mensuel. Ce sera du bonbon alors.
Ce soir, Philippe Noiret, à Artv, à 21 h et notre très grande hâte à Aile et à moi. Nous apprenions, hier matin, que ce canal est bon dernier en matière d’indices d’écoute. Eh ! Hier soir, du Verdi, debout, orchestre très symphonique, très environnemental, avec un tyran bien despotique (suivez mon regard !), baguette de frénésie, c’est obligé. Sur le devant, gros derrière en l’air, en robes et grandes « brassières » noires, grosses cantatrices pas encore vraiment chauves, et, en collets-montés, les basses tonitruantes et des ténors bedonnants. Eh ! Oui, Artv, bon dernier au palmarès. Hélas, diront les cultivés, hélas oui !
4-
La France très énervée, disent les médias. Toute la France ? Encore ce matin, des manchettes sur le monstre appréhendé, Le Pen. Et jamais, pas un seul mot, sur ceux qui ont voté Front National. Comme s’ils étaient des purs esprits.
Quelle farce chez tous les journalistes et commentateurs de droite ou socialistes ! D’où vient donc cette attitude anormale ? La peur ? La honte. La surprise. Pourquoi cette surprise ? Ah ! La grande crainte du bonhomme sept-heures. Il y a derrière ce drôle de héros « jeanned’arcien » de grandes foules de Français (quand on ose dire un petit mot sur cet électorat, on dit : surtout des travailleurs démunis, des ouvriers en chômage ou menacés de…), oui, il y a des foules « hénaurmes ».
À lire (journaux, revues), à voir (les télés), il n’y a plus personne qui a voté pour ce Le Pen qui est tout seul face à Chirac maintenant. Plus un oiseau fasciné dans le sillage du gros chat nationalisto-xénophobe. Entendez-vous ? Toute la France est contre lui ! Non mais… Autruches médiatiques qui feront de nouveaux les estomaqués ?
Le Monde, Libération : « Votons entre un escroc et un facho » ! Oh ! De là —trop d’escrocs dans les partis normaux— tiens, tout le mystère du vote surprenant en France. Ici aussi, sondage tout récent, le public, en très grande majorité, ne voit plus que des escrocs chez les gens de politique. Viendra-t-il un grand monsieur tout blanc, démago empressé ? Oui. C’est certain.
Il s’en installe, dit-on, un peu partout en Allemagne, en Hollande, en Autriche, en Italie, en Espagne…À droite toute ? Jusqu’à temps que ces redresseurs de mœurs…
Aile : « Maudit, quoi faire ? « Moi : « Faire monter l’homme sur un bloc-opératoire et le changer. »
5-
Un certain nationalisme (équipes pourtant toutes métissées) bien cucul : si l’équipe « d’iccite » gagne, c’est l’ardeur, les cris, la joie, les arénas bourrés, les fanions.
Ah oui, gagner ! Enfant, dans les années 1940, ce club de Boston était, —déjà— le gros méchant, les « big bad Bruins ». Nous les gamins, dans tous le quartiers de la ville, nous les vouions à tous les diables, à tous les enfers. On en bavait —de hâte et d’appréhension—en parlant du prochain match au Forum —ou là-bas— entre notre club et le maudit-Boston ! Une haine féroce, aveugle, sans aucun effet, vaine, d’ordre mystique ma foi du bon yeu :Montréal ne pouvait pas nous déshonorer ! De grands enfants, de vieux enfants, encore aujourd’hui volent vers ce Centre Molson pour les mieux haïr ! Pour les conspuer.
Gagner, doux baume ! Je me surprend, moi le septuagénaire, feux d’enfance mal éteints?, à guetter le score en zappant entre deux émissions regardées.
Vu en parie la fête aux lauréats des nouveaux Prix Odyssées. Sorte de gala télévisé consacré au monde des imprimeurs, distributeurs, éditeurs, maquettistes, libraires et…auteurs.
Le très fécond Tremblay était absent du Capitole de Québec. La néo-parisienne, Nancy Huston aussi. Deux grands trous. Comme le commettait la Voisard du « Soleil » de Québec, c’était plutôt plate. Avec des moments carrément soporifiques. Comment rendre ça dynamique, de la télé avec des gens, pour la majorité, inconnus du public. Mission impossible ? Hélas, je le crains.
Et je me la ferme n’ayant pas de bonnes idées — faudrait être génial— pour transformer une réalité incontournable.
On a pas à se demander pourquoi aucune télé au monde ne tente un tel gala télévisé. Le bon sens. Mais on habite « un pays sans bon sens » et ça fait longtemps. C’est une évidence : un gala du monde du livre —industrie non-photogénique par essence— est une idée de con. Mais ici, avec cette industrie toute entière aux crochets des subventions (du peuple) alors, on a songé à alourdir, à rallonger un peu plus la facture. Invention donc d’une fausse-fête télévisée. L’effort fait —avec, par exemple, ces dramatisations d’extraits de romans, fut d’un nul sidéral.
La trépidante et efficace Sophie (ailleurs) et le suave et capable Fugère (ailleurs), une Danièle Laurin, compétente, tous, n’y sont pour rien. Odyssée ratée. Échouerie ! À oublier. L’an prochain, que « l’argent public consacré à l’imprimé » soit versé pour… des imprimés. Ce sera plus utile.
6-
Mon fils, dimanche dernier, racontait : « On était enragés samedi, hier, Lynn surtout et moi aussi. La police qui surgit rue André-Grasset, nous menaçant d’une lourde contravention. La raison ? Avec ma moto, nous somme allés au marché Métro. Quoi ? C’est à trois coins de rue ! Lynn portait des sacs, moi aussi. La police qui nous apparaît, montée sur ses grands chevaux, calepin sorti, pourquoi pas les menottes ? « Imprudence grave. C’est interdit. Il y a une grosse amende à payer. »
Ils sont encore comme sous le choc, ma parole. Aile sourit. J’écoute cette jeunesse (tout est relatif ) et j’ai envie de rire. Ainsi, encore et toujours, cette rage anti-flics, même q uand on et dans son tort. A la fin, comme rassuré d’avoir échappé à la prison, Daniel poursuit : « Les flics sont dans leur patrouilleuse et je tentais surtout de calmer ma Lynn qui avait sorti bec et ongles. Je suis allÉ parlementer doucement. Le flic a lâché prise mais m’a tonne : «Bon, je ferme le yeux pour cette fois, mais rentrez seul avec votre moto et que madame vous attende ici avec tous les sacs. » Sur notre galerie, Lynn fulmine de nouveau, cherchant accord chez Aile et moi. « Non mais…deux coins de rue ! » C’était « deux » maintenant !Vraiment, oui, je me retenais pour rire car ma belle bru faisait sortir de la boucane de ses oreilles. « Non mais, papi ? Quel con non , quel zèle, quel acharnement, pas vrai, non ? » Moi, prudent : « Euh..oui, oui, bin oui, c’est effrayant. »
7-
Lisa Frulla ? Une sacrée menteuse ! Je l’écoute au « Grand blond’ avant-hier, hier ? La conteuse de menteries effrayante ! À la SRC
où je suis invité, elle est train de se faire « arranger le portrait » —comme moi— dans sa salle de maquillage, en mars dernier. Je la félicite d’avoir été, sous Boubou-le-mou, une efficace « ministre des artistes » (ref. le statut de artistes enfin organisé). Rendons à César… J’ajoute : « Alors, on va se présenter dans le Saint-Léonard du Gagliano parti, non ? » Elle : « Ah non ! Claude, non. Pas question, jamais. Je reste libéral mais jamais je n’irai m’asseoir avec lui, le Jean Chrétien. Ou derrière lui. Jamais ! Jamais ! Il y a des limites dans la souplesse. »
Je suis édifié. Fier du courage de celle qui perdra bientôt sa série à Radio-Canada. Mais…face à face avec Labrèche, au « …show sournois », la voilà déguisée en député de Verdun, la face très sincère, je l’écoute sidéré :la Lisa est parée à aller s’installer chez… Chrétien et Cie ! Et toute heureuse encore d’y aller, très enthousiaste ! Hypocrisie rare ? C’est pour vous dire hein ? Ne croyez plus jamais cette race de monde. Ils disent noir un midi, sur un tabouret à se grimer, et blanc le lendemain au « bar à Mégot ». Ah la vilaine menteuse , la vire-capot !
8-
Obligation de « ploguer » mon pauvre Grand blond ? Eh oui ! Labrèche gentil-gentil pour un show à venir, avec la belle grande efflanquée compagne du gentil René Simard, icône populaire de jadis: « Planète Animal ». La future animatrice, rit, se trémousse, frétille. La loi d’airain partout, à TQS ou à la sérieuse T.Q. voyez la fortillante Sophie-culturelle !
Chez Marc La Brêche (sic !), pas moins trépignant lui-même, la Miss Taillefer — si pleine de dents, que cela est apeurant—, parle zoothérapie et on sait que c’est vrai, mais, on dirait qu’elle porte un masque tant elle est offerte à la caméra, cette dentition effarante me fascine littéralement. Aile aussi. Le message de la plogue en est brouillé ! Est-ce qu’on verra du simple stock shot, elle l’avoue franchement et il y aura aussi du « contenu d’icitte »—pas par vertu, la loi du CRTC l’exige.
Message de déception d’un fidèle lecteur de mon journal, il y a deux jours, un ex-camarade de la SRC, J. B. Il me dit qu’il a « le coeur levé » (pas les côtes, le cœur)découvrant ma foi patriotique très agressive et capable de se souvenir et de… haïr (ce mot l’effraie) carrément les sinistres « anglos » francophobes qui contribuent à nous écraser, à nous diluer, à nous minoriser (tel ce Brent Tyler) —davantage encore. Cela quand on est une très menaçant petit 2 % sur ce continent couvert de 300 000 « goddamned blokes ».
Je rétorquai à J.B. assez raidement. Lui aussi. Aujourd’hui, il ouvre un drapeau blanc sur courriel. La paix. Je lui dis, ce midi, que j’aime aussi, que j’aime beaucoup —aussi les gens sans passions. Il en faut. Si nous étions innombrables les enragés comme moi, ce serait invivable. Je suppose.
9-
Ému : P.J. C. , ex-camarade de ma chère Aile, lisant du journal, pige qu’elle lutte (oh oui, oh oui !) contre la cigarette que lui, il a connu aussi ! Coup de fil alors pour la conforter, la consoler de ce deuil terrible (c’en est un ) , la soutenir. Oui, je trouve ça beau ! Oui, ému.
Je rapaille sans cesse tous ces jours du diariste pour janvier et j’y arrive mal. Je fais des fautes de clic —de cliquetis ? J’efface, je recommence, je cherche dans « dossiers récents » les tapages perdus. Faut pas cliquer « oui » quand l’icône t’y invite par « Voulez-vois revenir au texte original… » Faut cliquer « non » quand tu penses « oui ». Bon, bon ! « La saudite folle de machine, me dit Daniel, c’est comme ça. Tu vas t’habituer, cher pops ! » . M’habituer à penser tout croche, c’est ça ? Bon. Allons alors dans « Sherlock » ! Zéro ! « On a rien sur ce sujet, monsieur Ducon ! » Bien aima ble ! Ouf !
On se comprend hein ? Maudite machine niaise ces P.C. modernes. Non, pas vrai. C’est une merveille. Je finirai par l’apprivoiser. Suis pas à l‘aise avec l’ordi, je ne le dirai plus. Là-bas, au bord de la mer, il y a une Katleen qui attend « janvier-journal » et doit se dire : « Non mais, il est bien lent…ce bon vieux Jasmin ! »
Katleen, aux Trois-Rivières, au Salon, Julie Beaulieu m’a fait goûter à tes petits cakes aux… dates, aux…quoi donc ? C’était délicieux, savoureux. Merci !
10-
l’animateur Gravel, en grève de son cher « Enjeux » s’est déniché un job —plus ou moins clandestin— de recherchiste. Tout le monde doit manger et payer son loyer. Il me parle d’un projet de documentaire sur Richard Blass. Souhaite que j’y participe, me demande si je peux jaser de ce ghetto irlandais dans Villeray, là où est né l’ennemi « numéro 1 » du Canada longtemps. Cette paroisse Holy Family,quoi. Terrible Blass, dit « le chat », que la police « assassinait » —comme le bandit Mesrine fut assassiné à Paris— dans un chalet des Laurentides, écœurée de se faire berner et ridiculiser par ce bandit… si effroyable qu’il fit brûler tout le monde, rue Beaubien, dans le bar Gargantua. Fou, l’impression soudaine d’avoir raconté cela !
En tous cas, j’en avais fait un roman bien noir intitulé : « L’armoire du Pantagruel », publié chez Leméac vers1980. Mon héros se nomme Richard « Dick » Glass ! J’ai accepté avec plaisir. Je lui ai parlé des gangs de furieux qui nous terrorisaient : Gordon, Collin. Par courriel Gravel m’indiquera les chemins à suivre pour me retrouver devant les kodaks, telle heure, tel jour. Et avec « cachet union », a-t-l dit ! Va pour ce petit cachet-union. « Un minimum tien vaut mieux que deux maximum tu l’auras ! » Lafontaine, l’éternel.
11-
J’ai perdu un de mes deux canards. La glace qui fond. Ils servaient à baliser un tas de pierres et quatre barres de fer qui, il y a longtemps, soutenait une sorte de « radeau-quai-causoir » au large de la rive. Avec moustiquaire, s’il faut en croire des photos. Bon, je retournerai à un Canadian Tire, « deux ou trois piastres » je crois.
Hier, je plante un peu partout comme j’ai fait si souvent des branches coupées en deux, en quatre. Technique apprise de mon défunt père. Ça fonctionne…disons une fois sur six, sur huit…Pas grave. Des fois, ça marche quoi. Faut faire un trou avec un bâton d’abord et là glisser dans ce trou la branche coupée. Et puis lui couper, au sécateur et de biais, la tête encore. Oui, souvent, ça re-tige ! J’aime. Aile se moque. « Tout pour éviter des achats chez Botanix, pas si loin, c’est ça, mon Séraphin ? » Vilaine Aile parfois ! Oui, je le sais, je suis « séraphin ». Souvent. Et puis, je ferai de dépenses folles. Oui, je balance. Je passe d’un excès l’autre. Je compense sans cesse…je suppose.
12-
Maurice, mon voisin immédiat, traverse nos haies, lui, le dévoué « écolo » dans la place. Il me laisse entendre que je devrai piquer, encore une fois, une jase à la fête de la Saint-Jean et, encore, avec le filleul de Grignon. Je lui propose de raconter aux jeunes (et aux vieux) ce Saint-Adèle raconté dans « Sainte-Adèle la vaisselle », publié en 1973 et qui illustrait le Sainte-Adèle de 1950 quand j’y ai vécu en potier « frais émoulu » de l’École du Meuble.
Un bébé, Gabrielle, va et vient chez Maurice. Des parents veillent sur cette petite marcheuse maladroite. Comique petit personnage qui découvre la nature. Aile avec rateau : « Bon, tu vas l’attirer, le fou des enfants ? » Oui. Ce que je fais. La fillette m’entend bien lui parler de branche, de feu, de venir l’attiser mais…hésite, va à ses parents dans une large balançoire. Ramasse deux morceaux de bois. Revient, approche, recule. La jeune maman la soulève et me l’amène. Elle jette son bout de bois, les yeux vifs. S’en retournera fière, moins titubante il me semble, plus vaillante, plus solide sur ses petits pieds. Elle a mis du bois au feu, non ?
La vie commence pour elle. Le temps se déroule, tout lentement, il a tout son temps le sacré temps, l’hypocrite. Gabrielle sera vieille, ce sera pas si long, elle viendra revoir le rivage, le foyer du vieux bonhomme blanc…qui sera mort depuis longtemps. Qui l’observera de son observatoire d’éther. Qui s’ennuiera moins de la terre que des enfants qui l’habitent.
Je suis, moi, un vrai pédophile. Racines latines, grecques ? Pédos et philos. Il faudrait nommer « pédomaniaque », ou « pédosexuel », le pervers malade. Pédophile, c’est pour moi, pour tant d’autres dont le cœur fond quand il voit le commencement d’une existence…
13-
Chez la jolie noiraude Charrette, au complet, la bande de « La vie,la vie. ».
La cérémonie des adieux, Simone de Beauvoir ? Oui. Larmes chez Aile soudain, à flots, quand on revoit la splendide scène où un de la bande va demander à sa blonde de laisser le job et d’aller prendre une marche tout simplement…parce qu’il a peur de la perdre, de la négliger, de toujours trop penser à seulement bosser. Une séquence étonnante en effet. Faite avec une sobriété rare. Ce jeune Sauvé, réalisateur, est surdoué, et les acteurs eux aussi. Inutile, —Aile songe à « L’héritage » ou à « Montréal P.Q. »— en cas de bons succès, de séparer, de vouloir partager les mérites, perte de temps, il y a eu magie singulière, imprévisible osmose, entente totale entre l’auteur Bourguignon et ce Sauvé et ce gang de comédiens (filles et garçons) merveilleux. La vie.
Étonnant entretien à TVA, hier soir, entre mon Paul Arcand et l’ex-vedette, si mignonne jadis, chanteuse de tounes pop à la télé, comme Donald Lautrec qui fut son compagnon jadis, son nom : Céline Lomez. Une beauté que la chère Aile a bien connue, jeune elle aussi, quand les deux vaquaient en « variétés » —les trois puisque, dans une autre vie, Aile réalisait les séries « souignantes » de Lautrec au Centre Paul-Sauvé.
Une diction bizarre, un peu « à la française », l’anglicisation menaçante. Elle ne vit plus avec l’affairiste De Brabant, est amoureuse depuis quelques années d’ex-policier (GRC, CIA, etc.) qui viendrait de publier un livre controversé. Encore jolie, Lomez semble réticente à parler librement. Elle cherche donc davantage ses mots en français. Elle se livre et puis recule. Prudence. Le compagnon qui a , forcément, trompé beaucoup de maffieux
( ceux du Triangle de Chine, chez les Italiens, les motards, les Russes) doit se protéger constamment. Encore une fois, on en dit pas assez et trop. On ne saura pas grand chose en fin d’émission et cela est frustrant, toujours déplaisant. Lire le livre des l’ex-agent secret, C.L. a parlé d’un e traduction possible, bientôt. Encore de la « plug » ? N’empêche, bizarre ce métier d’infiltreur !
14-
Je lis sur Clarence Gagnon. Un récit de René Boissay, ex-camarade de la SRC. C’est une histoire curieuse. Il n’y en avait pas des milliers…de ces bohémiens-bourgeois qui défient les pères graves et sérieux…Qui s’acharneront à devenir peintres.
Gagnon, vieux, deviendra un réactionnaire complètement borné. Il va mépriser avec rage le cubisme ou le surréalisme. Des modes neuves de peindre qui l’effrayèrent. Danger. Pour lui. Pour son école. Son « modus » à lui sombrait lentement dans l’ancien, en un monde passéiste, dépassé, que les jeunes vouaient aux hégémonies.
Cela l’énervait énormément. Lui et tant d’autres. Mais, entre temps, en son temps, il fut « notre »impressionniste merveilleux. C’est lui qui délaissant Paris et ses bons contacts en milieux artistiques, deviendra l’abonné (!) passionné de la Baie Saint-Paul, de Charlevoix. Il adore la chasse, la pèche surtout, il adore les vielles maisons, le granges typiques. Comme dit Boissay dans son volume, des tas de peintres, hélas, marcheront dans ses traces et feront des pochades d’imitation.
Lui, Gagnon, au tournant du siècle, quand la mode à Montréal n’en finissait plus que de n’admirer les sous-Hollandais des années 1800. Gagnon, lui, avant et après 1900, inventera toute une imagerie nouvelle.
Avant les Pellan. Borduas —et Riopelle—, il y a eu donc de ces pionniers captivants. La série d’illustrations de Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémond, célèbre « Maria Chapdelaine », offre des images parfois renversantes. De nos jours, Gagnon est dans tous nos musées. Il est comme un classique intouchable. Évidemment. N’empêche, il y a donc eu, chez nous, de ces êtres curieux, vraiment « fous de peinture », d’art, de lumières rares, et j’aime le savoir. Faux que nous n’étions tous que des porteurs d’eau et des coupeurs de bois. Faux ! Sous mes yeux, j’examine les images de sites, le long du Saint-Laurent, où les lumières se battent et se débattent et cela est aussi fort que les Corot, ou les Courbet, les Braque, Modigliani, Matisse, Chagall, Monet, Renoir, nommez qui vous voulez. Ce n’est pas rien ! Vive Clarence Gagnon !
Ce week-end, à Québec, entre deux séances de signatures au kiosque du Salon, faudra que je trouve un moyen, samedi ou dimanche d’aller voir du Gagnon au Musée de Québec sur les Plaines. Il le faut !
15-
Aile m’a fait peur hier. Elle avoue avoir fait du ménage (« un peu » dit-elle) dans la cave. Dans mon atelier de peinturlureux quoi. Oh la la ! Qu’a-t-elle mis aux poubelles ? Je la connais. Elle rit, me dit de rester calme, ajoute qu’il faudra t que je m’y mette et pour un vrai ménage. « Je n’ai fait que déblayer un peu. » Oh mon Dieu, mon Dieu, trouver le temps d’aller vérifier son carnage d’iconoclaste anti-traîneries, son vandalisme car nous n’avons pas la même notion, elle et moi, de ce qu’il faut jeter et de ce qu’il faut conserver. Oui, la peur m’étreint.
Combien de fois j’ai pu constater…un manteau disparaissait, un chandail aimé, un pantalon de velours bien aimé, une paire de bottines très, très appréciée…C’est un sort terrible que de devoir vivre avec une femme aimée mais qui a la manie de jeter du lest. « C’était fini Cloclo, c’était pourri, c’était usé. À la corde ! C’était plus mettable, t’avais l’air d’un fou avec cette tuque, ce chapeau fourré, avec ce foulard, avec cette crémone… » Toute cette litanie odieuse ! Je souffre. Et je guette. Ce m’est pas facile. Elle a des tours dans son sac de …vidangeuse !
Qui, soudain, me susurre : « Ça va être prêt dans dix minutes, ferme ton clavier, Cloclo ! » Bon. Je ne l’ouvrirai plus que lundi, au retour du Salon québécois !

Le mardi 23 avri l2002

Le mardi 23 avri l2002

EXCEPTIONNELLEMENT, VOICI UN ÉCHANGE ENTRE JASMIN ET UN LECTEUR FAISANT SUITE AU JN D’HIER…

Bonjour Claude,

Je lis vos journées nettes depuis le début avec plaisir au point d’y réagir en couriélisant à mon tour question de vous faire connaître mon appréciation et mon point du vue.

Au fil des jours vos allusions nationalistes sont devenues de plus en plus fréquentes. Pas de problème, je le suis aussi nationaliste. Mais je croyais percevoir à travers vos écrits un soupçon d’intolérance qui m’agaçait. Vous avez confirmé mon sentiment. Votre haine me lève le coeur.

Les anglos que vous détestez n’existent plus. Les anglos d’aujourd’hui ne sont pas en grande majorité des descendants de ceux qui nous ont conquis. Ils sont issus des vagues d’immigration qui a débuté au 19è siècle et s’est accélérée au 20è. Ils sont juifs, d’origine irlandaise, écossaise, arabe, italienne, grecque, d’Europe de l’Est, asiatiques, etc… Arrêtons de jouer les victimes et reconnaissons qu’avant 1960 il était normal qu’un immigrant soit tenter de s’intégrer à la minorité anglophone. Pas seulement parce que les anglos détenaient le pouvoir économique, mais aussi parce que nous avons refusés de lesaccueillir. Tout ceux qui n’étaient pas catholiques et francophones étaient exclus des institutions que nous contrôlions à commencer par les plus importantes pour l’inclusion des immigrants, nos écoles. Même les immigrants francophones non catholiques étaient exclus!

On pourrait même considérer que nous avons eu de la chance d’avoir été conquis par les anglais. D’autres conquérants nous auraient empêchés de conserver nos institutions religieuses, nos écoles, nos gouvernements locaux et même éventuellement de dominer l’Assemblée législative et de diriger la province à une époque ou vous dites que les anglos ont tout fait pour nous écraser. C’est faux. Ailleurs dans le monde, les conquérants qui ont voulus écraser les conquis, ont détruit leurs églises et les ont empêchés de parler leur langue. Il y a aussi eu des génocides.

Ce que je n’aime pas de la haine, c’est qu’elle est sans concession. Lorsqu’elle est nationale, ethnique, raciale ou religieuse, elle mêne à la guerre. Il n’y a là rien d’édifiant. C’est un sentiment que nous devrions tous rejeter. On peut ne pas aimer sans hair.

Jacques Blanchette



RÉPONSE DE JASMIN

Cher Blanchette,

Je sens de la déception. Ma franchise dure fait que je ne m’en étonne pas mais…quoi ? vous en gentille « blanchette », chêvre aimable et vouée au martyr face au loup (anglo) qui la guette, (Alphonse Daudet), se couchant… à l’aube (ref. les Contes du Maître)…

Ça me lève un peu le coeur.

Je réagissais aux prédicateurs effrontés (la dérive Droitsdel’hommesque, grotresque), qui s’imaginent un monde jésuitisque (oh Lord! ) loufoque d’un « aimezvoustouslesunslesautres » burlesque et masochiste…

Pendant que les malins…fessent (« English only »! comme on peut lire en Californie et ailleurs chez ces étatsuniens si TOLÉRANTS n’est-ce pas…

Ah l’axe, l’Axe maudit (pas « du mal » selon Double-V), mais de l' »anglo-américaine machine » à niveler… Ils bataillent ferme en Occident et en Orient pour faire se coucher les gens, les faibles.

Oui, nous sommes mollassons, des carpettes et des oublieux de notre histoire.

J’ai oublié dans ce J.N., des tas de choses dans le portrait sordide des Anglais (génocidaires):

9- Au Manitoba: leurs lois sauvages pour éliminer le français.

10- En Ontario: mêmes lois affreuses: une francophobie rare…maladive, raciste

ET QUI DURE ENCORE, SOYEZ-EN CONVAINCU CHEZ PLUSIEURS

(j’ai un dossier très actuel là-dessus).

Oublier ? Pourquoi oublier ?

L’histoire enseigne, renseigne, forme, prépare, organise, elle doit se survivre;

Les Juifs doivent-ils oublier l’Allemagne d’antan (celle des nazis )? et ne plus se méfier, se répétant, les ânes, les jeunes Allemands, eux, n’y sont pour rien et votre blablabla d’oublieux de l’histoire ? Les Arméniens font bien de raviver l’horreur (turquerie immonde) du génocide de 1915, non ? Pas d’accord. Ils devraient oublier, passer l’éponge, les jeune RTIrcs innocents …Etc. Pouah! pouah!

Non, ne jamais oublier son histoire. Elle est enseignante du présent.

Nos valets stipendiés , les fédérats, à Ottawa ( Dion et Cie) servent ce dessein.

Leurs « maîtres » torpillent sans cesse l’essentielle Loi-101 (via les juges SUPRÊÊÊ…MES!

La haine ‹ ne soyez pas si froussard et trop bon ententiste‹ la haine n’est pas seule composante d’une personne.

Il y a aussi l' »amour ». Et comment! J’ai beaucoup d’amour et pas seulement pour notre long combat, notre résistance étonnante , j’Ai de l’amour, ne craignez rien, pour mille et un autres sujets…

Cette peur farouche (chez vous ?) d’un sentiment humain, la haine, qui a ses droits, ses devoirs, cette viscérale peur de la haine (quand elle est justifiée certes! ) est un trait de faiblard.

Résistez chez Jacques à cette mode fade: aimez oui, mais détestez aussi.

On enseigne (aux enfants bernés des écoles) une tolérance idiote.

Il y a des choses intolérables. D’accord ? Je hais les pédos et leurs complices (tacites, objectifs) en soutane pourpre.

Il y a des motifs valables de haïr.

Je reste avec Augustin (le saint) : »Aime et fais ce que tu veux ».

J’aime, soyez-en convaincu, cher Jacques,. ..et je hais aussi.

À vous, C.J.

DEUXIÈME RÉPONSE

CHER JACQUES Blanchette,

je vous reviens

car j’oubliais…l’essentiel:

Ce (le vôtre) vieil argument: « les Blokes nous ont laissé langue et religion, une assemblée législative:

ne jamais oublier de nous souvenir:

la cause de ces bontés: leur frayeur HÉNAURME voyant les Américains nous entourer , nous inviter à la lutte de décolonisation…

‹pleins de jeunes gens « POUR », pleins de vicaires patriotes, indépendanbtistes, pro-Bostonnais, (ex. à l’Assomption) ,

pas les curés ni évêques évidemment) anti-POUR,

des placards partout, posés la nuit, sur les portes de nos églises (places publiques)

avec des INVITES:

« JOIGNEZ-VOUS AUX BOSTONNAIS ». « QUITTEZ LA DOMINATION »! Etc..

Cette crainte furibonde nous a rendus moins détestables soudainement, les gueux, les C.-F..

Ainsi les Anglais, les maîtres, ont compris qu’il fallait nous accorder du. ..lousse!

EX: Une assemblée ‹faussée complètement‹ législative, écoeurant totalement Papineau, notre premier vrai « républicain ». Faussée aussi par la « Chambre haute » et ses vétos. Au cas où…Aussi faussée par la répartition du nombre des représentants ‹où la minorité (eux) était « majorité »!

Vite, à vos livres d’ histoire cher Jacques!

DONC MALICE…SINON ? Ils savaient que nous allions joindre les valeureux décolonisés du sud.

Vous voyez mieux ?

« pas de merci mon bon maître » hein, DE GRACE, Jacques Blanchette!

Ne répétez plus jamais « SANS EUX, nos bons maîtres, les Anglois, que serions-nous devenus ? »

BASTA!

Des blokes de Québec en de toutes récentes décennies (la ville… où trop de colonisés encore aujourd’hui) ), tant de siècles en durs dominants, ne causaient pas un traître mot de français, avaient leurs ghettos-de-riches, clubs privés, etc.

Racisme anglo, non ? Francophobie maladive non ?

Tels les Singer ( de Montréal) de l’an 2000 qui « bokaient » encore face à la langue de la majorité (procès. etc.)

Il a fallu compter sur nous seulement. Depuis 1960 surtout. On a osé. On les a fait PLIER mais de force.

Et plusieurs, si tolérants hein, si « fair play », s’en allèrent vit, via la 401, tellement leur racisme, leur francophobie, les empêchent de nous voir avec ce normal « MAITRE CHEZ NOUS », de la majorité.

Oh Jacques, est-ce que vous ouvrez les yeux un peu ?

Il faudrait que je les aime ?

Il faudrait l’oubli ?

Les odieux Brent Tyler (de Montréal) , et les Diane Francis (Toronto), vous aiment, eux, tel que vous vous aveuglez sur leur vertu!

Cela, oui, me lève le coeur!

Amicalement, patriotiquement,

Claude Jasmin

Le lundi 22 avril2002

Le lundi 22 avril2002

À CŒUR OUVERT

1-
C’est pari : avec la nouvelle saison, chaque jour de beau soleil est une joie et…pourtant, quand, comme ce lundi matin, le couvert est mis, Aile semble contente et dira : « bon, un peu de ménage fera pas de tort ». Et moi ? Pareil. Je me dis : »bon, en profiter pour aller à mes paperasses diverses. Au clavier ! Fou non ? En effet ,e beau temps nous fait nous jeter dehors ! Si bien qu’avant-hier, j’ai envoyé un avertissement à l’éditeur du journal : « N’attendez pas trop de copie du bonhomme, il fait beau maintenant et il est pris par ses travaux de jardinier. »
Hier, dimanche éclatant de lumière et belle visite de mon fils avec Lynn. Sans les deux garçons : Simon bosse à son Métro d’Ahuntsic et le cadet, Thomas, avait trop de devoirs (hum !). Je me suis dis : sa très chère planche à roulettes ?
Le « char neu » est à l’affiche. On en fait le tour de ce « tracker» aluminisé, sorte de jeep, pas tout à fait jeep : solide engin, belle machine franche. Daniel, nerveux, guette la moindre saleté. Ça va durer un mois ? Pour nous le faire étrenner (!) départ à quatre pour la fougueuse rivière Doncaster dans l’ouest de Mont-Roland, pas bien loin. Il y avait longtemps que nous y étions venus. Marchement dans son joli sentier longeant la rivière aux enflures d’eau rares. Gonflement au maximum. Spectacle toujours saisissant de voir ses cascades. Ce tumulte chantant, comme revigorant, est toujours fascinant pour les yeux et les oreilles. On est bien, on est content, on est tout heureux, nous descendons un coteau, ici et là, pour voir de plus près la furie. Au bord d’un rocher, bruine sur les lunettes d’Aile. Le soleil fait luire ces rapides rageurs aux crinières d’un blanc tacheté d’ocre, et qui déferlent, galops intrépides de chevaux fluides, vers la Rivière du Nord plus à l’ouest.
Ondinisme, messire Ellis ?
2-
« La maudite, a m’a confisqué ma planche parce que je suis Secondaire-2, pas de danger, la froussarde, qu’elle oserait le faire pour un Secondaire-4 ou 5 ! »
C’est mon beau Thomas qui râlait, dit Lynn, quand une maîtresse du Mont Saint-Louis, l’apercevant rouler dans un escalier du collège, vendredi…eh oui, lui a confisqué sa planche chérie pour le week-end. Le drame, me dit Daniel. La rage noire. À la maison, Thomas va à sa vieille planche et lui répare deux vis et finit par dire : « Ouais, pas grave, je m’aperçois que j’aimais bien, ma vieille ! » Comme je suis amusé par ces incidents d’écoliers surveillés. Ainsi, en 2002, la « discipline », toujours exécrée par les enfants, est encore au menu ?
Samedi soir, souper « gastro », rue Simcoe Circle, à Town of Mount-Royal chez les D. Michèle D. toujours experte cuisinière. Miam ! Elle va retraiter bientôt, fin juin ?, de son job de « cadre » au collège Marie-Victorin. Elle n’a pas peur. « Je veux faire tant de choses », dit-elle. « Mais on ne cesse pas de me prévenir :
« Attention Mimi ! Tu vas t’ennuyer ». C’est impossible, tant elle veut rattraper ses beaux songes, dont l’aquarelle. À un mur, une sorte de para-Chagall illustrant son besoin d’un monde coloré très chaudement. Marie-Josée, la scripte émérite, jacasse sur « grève à la SRC », sur son devoir de piqueteuse, quatre heures obligatoires par jour, sinon pas de ce mince « salaire » de gréviste, 200 $ par semaine.
Rumeur samedi soir : « Radio-Canada à vendre ! » Bientôt même plus diffuseur ? La boîte de « chiffon-J » vendue à « La Presse » qui doit rivaliser avec « Le Journal de Montréal » associé, lui, avec TVA. Je me suis souvenu des rumeurs folles en 1959 lors de la grève célèbre à Radio-Canada. Aussi du loyer pas payé, aussi de devoir aller cherche le 15$ de soutien au local syndical. Mon humiliation totale alors et, de là sans doute, ce désir de me trouver vite un autre créneau de travail créatif. Faire des romans ! Départ d’une vocation face à la pauvreté ? Oui, il me semble.
3-
Vendredi soir, vidéocassette d’un fort bon film. Par les fameux frères Cohen. « The man who was not there ». Bien doublé en français. En noir et blanc. Le conte étrange d’un simple barbier d’une petit ville du Middle-West américain qui, mutique, taciturne, est cocu. Sa femme, plus dynamique (car ce mari est vraiment sinistre ), comptable dans un magasin à rayons, a une liaison avec son patron. Le déroulement, au début, d’une existence —ce coiffeur est si ennuyant !— très plate mais qui va tourner au cauchemar subitement.
Aile et moi mieux que satisfaits. On veut donc le recommander à Daniel et Lynn, buvant des bières au soleil, sur la galerie, dimanche. Et mon fils lâche : « Toi et tes fameux films ! On a pas tellement aimé ce film avec ce petit garçon de monoparentale qui s’attache au pensionnaire, un truand-médiumnique, joué par ton cher Anthony Hopkins. Plutôt plate ! Et ton fameux film, « Kandahar », tourné aux frontières Afgho-pakistanaises, pas bien fort. »
Je me rends compote de nouveau qu’un film plaira à X et laissera de glace Y. Qu’Il est délicat de trop vanter tel film. Que chacun a ses préférences. Aussi, je finis par dire en rigolant : « En té cas, nous aut’ , cet « Homme qui n’était pas là », on a aimé ça, bin bin gros, okay ? »
4-
Réception dans « la malle » de Montréal du « Liaison », dirigé par l’ex-camarade Lagüe, un modeste bulletin des retraités de la SRC avec, imprimé, mon petit requiem à « Chardola-mort ». Lecture d’une invitation en croisière en Espagne. Pas trop cher. En juin. Je dis : « Si on s’y inscrivait ? » Aile : « Non, oh non, danger, on sait pas trop qui en sera. On pourrait s’y retrouver avec des…collants, des achalants. » « Hum, elle a raison ? Parfois, depuis quelques années, on songe à essayer ça, une croisière. Vaudrait mieux, sans doute, se faire « enfermer en bateau » avec des inconnus. Sinon…une promiscuité —inévitable en croisière— pourrait engendrer une sorte de…malheur sur mer !
Samedi soir aux digestifs —mon bon vieux « floater » à cognac— André D. nous annonce: « On a vendu, —« Vendôme », sa compagnie— le cottage à Snowdon et on est allé s’installer au bord du canal à Lachine. » Un autre ? Cadre enchanteur depuis quelques années, quartier régénéré avec ses lofts modernes taillés dans du rouge-brique vieillot… celui de manufacture et d’usines abandonnées. L’ex-Cynique me raconte que le chic Scully a accepté volontiers de « figurer » dans un épisode de son sit-com, « KLM », à TVA. Que le chroniqueur « seurieux », voisin de studio à La Salle, sembla tout content de participer à une intrigue de ce feuilleton foilchon et « vulgaire » et tenant le haut du pavé au palmarès des « Émissions les plus regardées. » Sacré Scully va ! Vocation contrariée ?
Les D. revenaient de vacances post-pascales dans une île —« chic et cher »— des Antilles. André raconte sa fascination pour la plongée sous-marine : les coraux multicolores, les poissons tropicaux si beaux… Ravie, Aile l’écoute avec grande attention et semble avoir le goût de…goûter à ça : le masque, le snorkel et la bouteille d’air comprimé sur le dos, surtout voir ces bancs de nageurs ailés exotiques. Bon, j’y verrai un de ces jours, comme un cadeau-surprise !
5-
Téléphone dimanche après-midi. Les Faucher. Déception atroce avec ce LePen seul, Jospin K.O., face à Chirac aux deuxièmes tours des élections. Un vent de panique dans la voix de Françoise. Ils quittaient en vitesse le Lac Marois (où ils n’ont pas le câble-télé) pour aller zieuter la catastrophe à Montréal. Surprenante victoire de la droite extrême en effet.
Surprenant aussi, le soir, d’entendre tous les commentateurs de France (à Tv-5 etc.) ne jacasser —fustigations énervés — que sur le démago-mégalo Le Pen. Pas un mot, silence compact sur tout ce monde qui a voté en sa faveur. Comme si ces gens ne comptaient pas, étaient des invisibles, des extra-terrestres. Je reconnais bien là, une fois de plus, l’attitude niaise des commentateurs renfermés en tours d’ivoire.
Étant au Salon du livre de Québec tout ce week-end —sans Aile hélas— Françoise me dit jouer dans la Vieille Capitale dimanche après-midi. Vais tenter d’aller l’applaudir. Elle demande mon adhésion à une pétition « pro-Radiio-Canada », initiée par la critique Solange Lévesque du Devoir. J ‘ai dit « oui », évidemment.
On verra à Artv, vendredi prochain, ce fameux Adams, acteur rigolo le plus souvent, qui fut si brillant dans « La société des poètes disparus » ou dans ce « Good morning, Vietnam », etc. La veille, Aile et moi, avons hâte de voir la deuxième partie de l’entretien de Noiret, même canal.
La Diable et la Rouge en crues effrayantes au nord d’ici, à une petite heure de route. J’ai un peu fréquenté ces rivières du nord. Avec Daniel. Il y a quelques années. Le canot, la passion de mon fils. J’ai aimé naviguer sur ces longs rubans d’eau calme… en été. Mais là, ravages ! L’eau de ces « rus » gonflés sont en train de noyer les parages du Mont-Tremblant, tel Saint-Jovite. Panique chez plusieurs ! Ici ? La Nord reste dans ses coteaux. Ouf !
6-
Le francophobe en chef, Brent Tyler, terroriste à sa façon dans sa guerre à l’essentielle Loi 101 —dite la charcutée— est terrorisé par un certain ex-felquiste, Raymond Villeneuve et lui fait procès. Les extrêmes pataugent dans leur soue. S’attirent. Se font face. Chien et chat enragés.
En cour, le Tyler du « Crarr », va jusqu’à dire qu’il a peur, chaque jour, de démarrer son auto ! Dans, —organe du « Mnlq »— un petit « canard » qui l’épouvante « La tempête », journal au tirage d’ordre confidentiel comme l’on pense, Tyler a lu un « appel aux armes » et de « la haine ».
Quoi ? De la haine ? Moi aussi je hais. Et beaucoup de gens, beaucoup de choses. Je hais, par exemple, les pédophiles, surtout en soutanes, surtout protégés par les évèques, complices dégueulasses, ici comme à Boston, Maine, ou à Palm Beach, Fla. Pis ? La haine ? —malgré la chartre-des-droits-jamais-des-devoirs qui interdit la propagation de… la haine— elle a sa place à l’occasion, non ?
Ah ces damnées chartres qui individualisent, qui égocentrisent, qui émiettent, qui dissolvent les peuples, qui diluent les communautés, qui fracturent pernicieusement les sociétés, qui n’ont jamais de place pour les droits normaux des collectivités, les droits précieux des communautés, des nations.
Les maudites « chartres de droits »égotistes qui invitent à la maladie de la victimisation, qui déresponsabilisent les populations.
Ces diaboliques machines à tuer les patriotismes normaux, essentiels à la cohésion des collectivités furent installés (par les Trudeau et Cie), exactement installés pour cela : défaire les nations, l’obsession des déracinés, des racistes invertis, à la Trudeau et Cie. Pour aplatir, pour niveler, pour assassiner le sentiment normal d’appartenance nationale.
Ces grands malades de « l’équarissage pour tous (Marceau) , du déracimement pour tous, n’aiment que les mosaïques, les folklores, les ghettos —qu’Ottawa sur-subventionne— où l’on annonce aux nouveaux-venus qu’ils n’ont pas —pas du tout— à étudier une histoire, à apprendre us et coutumes, à se familiariser à une culture nouvelle, Bref, que les émigrants n’ont pas le devoir de s’intégrer au pays choisi, élu.
Pauvres cloches tous ces Tyler, misérables « québécois francophobe ». Alors ils ne sont pas des Québécois. Un Québécois est naturellement, forcément, francophile. Ou bien qu’ils prennent la 401 et pour ne plus en revenir, Seigneur ! La 401, au plus sacrant !
On trouvera des zigotos —au coco fêlé— pour dire que je prends la défense des Villeneuve, des nostalgiques du FLQ, cette démagogie « ne me fait pas un pli sur la différence ».
7-
Je hais les anglos ? Moi ? C’est certain. Comment ne pas détester ce qu’ils nous ont fait. Je fais partie de ceux qui se souviennent, moi. Je connais l’histoire, moi. Je n’oublie pas.
1- Ne pas oublier le sordide génocide des Acadiens, 1755.
2- qu’ils ont voulu nous atrophier, nous réduire à rien, dès la Défaite (ne dites plus jamais la Conquête !). Interdiction aux affaires, au commerce, Accaparement de tous les postes. Malheur aux vaincus, vae victis! Écoles anglaises « only ». Presque cent ans sans instruction publique (malgré nos taxes, etc). Nos grands-parents signant avec des X.
3- Émigration anglo encouragée de mille façons, dès 1763, de toutes les manières, tenter notre noyade. Noyer ces Frenchies encombrants !
4- Viendra l’installation des « harkis », des minables loyalistes. Prise des terres des nôtres (Cantons de l’Est) pour favoriser ces cons de monarchistes, contents de rester des pieux colons colonisés, et taxés, par le Roi d’Angleterre. Protection de ces niais rongeurs de Couronne britannique se sauvant de quoi ? De la neuve liberté des courageux jeunes Américains dès 1775. Des couards.
5- Écrasement impérialiste de nos premiers républicains, ceux (rares) de l’Ontario comme ceux (plus nombreux) du Québec.
6- Nouvelle tentative de nous diluer, de nous diminuer en fondant bas et haut Canada. Notre nom volé. Les dettes des anglos, bien supérieures aux nôtres, mises ensemble de force. 1840 odieux !
7- Devoir de dilution obsessionnel chez les anglos ? Oui : 1867, ça n’a pas fonctionné ces Deux-Canada ? Bien : division de leur Canada en provinces multiples. Nous dissoudre, toujours ce projet. Ils ne seront plus si importants ces —hélas fertiles— cathos de « langue étrangère ».
8- Sans cesse, émigration anglophone massive : expédition de stocks d’Irlandais que l’on a contribué à affamer en Irlande. Ramassage d’émigrants divers, d’Ukraine ou de Pologne, peu importe, mais parlez anglais et venez de n’importe où !
Maintenant ? Aujourd’hui ?
Il y a , par exemple, les millions en argent pour la diffusion des emblèmes d’Ottawa. Il y a les astuces variées pour réduire la force de ce Québec depuis 1960 et notre réveil. Quel est le résultat —prévisible— de notre infériorisation organisée et de nos retards sur tant de plans ? Plein des nôtres —au lieu de se révolter— qui s’inclinent, se renient, nous bavent dessus, collaborent —comme dans « collabos »— sont des racistes invertis. Légions d’assimilés, fiers et contents de l’être.
Je sais notre histoire.
Je n’oublie pas.
Je me souviens.
Je n’aime pas les anglos.

7-
Dimanche matin, je lis « La Presse » à l’envers (je fais cela souvent et ne sais pourquoi) et trouve Pierre Vennat citant un long passage me concernant quand le critique Clément Lockwell vantait mon urbanité, concluant que « la ville », c’était ma marque de fabrication. Des mots forts, des expressions louangeuses et me voilà bien content de ce déterrement de vieux papiers chez Vennat. Je tourne les pages, ouops ! Martel : « La complainte de Claude Jasmin ». Une critique de mon « Écrire » récent.
Papier plutôt aimable avec plein de bémols réginaldiens, comme à son habitude. Martel roule sur les « breaks », expression pop, c’est fréquent. Il souffre d’une sorte de constipation. Affaire de tempérament. De nature. Je n’ai pas à me plaindre de lui car il fut, le plus souvent, fort constructif face à mes bouquins depuis 1967, à son entrée à « La Presse »
Avec ce très fidèle observateur des proses québécoises jamais trop de compliments, pas de dithyrambe aucun. À moins d‘exceptions. J’ai même connu de son encensement total, pour mon « Rimbaud… » par exemple, en 1969. Il a vite lu mon manifeste édité aux Trois-Pistoles. J’explique souvent ce qu’il feint (son mot préféré à mon sujet)ne pas saisir. La nécessité de la visibilité minimum, par exemple., La lassitude de se faire cataloguer sur un seul thème pas si souvent (qu’il le dit) utilisé.
Prudent, Martel refuse d’embarquer dans mon vaisseau aux griefs. Il sait bien de quoi je parle quand je jase sur le « racisme inverti » actuel, très répandu dans les médias. Il sait de quoi je jase quand je jacasse contre les « doktors » en lettres !
Bon.
Son droit. Tant pis.
À la fin de sa recension somme toute gentille, Martel dit avoir apprécié mes envolées poétiques, « en italique », et cela m’a fait plaisir. Il semble espérer une orientation nouvelle chez le vieil auteur ! Oh ! Il y aura le journal intime, rien d’autre à se mettre sous la dent si d’ici là Martel est toujours à son poste car on m’a dit qu’il était demi-retraité déjà !
Il souhaite que je cesse de parler de moi et de ma famille, malheur à moi, s’il lit ce journal ! En frontispice du cahier Livres, une photo de moi qui me surprend ! Rigolard et Frisé pas mal, qui sort de je ne sais où ?
J’ai voulu aller fureter un brin, samedi matin, à cette « Rencontre québécoise inter… ». Prendre un pot avec les Royer, Martel, Péan, Des Roches, etc. J’avais lu « à Sainte-Adèle ». Je roule donc jusqu’à l’hôtel Chantecler pas loin. Rien ! Personne ! Pas d’écrevisses en salles froides ! Lundi, ce matin, je découvre que le savant caucus sur le thème de « la nuitte » se tenait au Mont-Gabriel et ce qu’en dit mon noiraud préféré, Stanley Péan, laisse entendre —involontairement hein— que ce fut… plate à mort ! Je suis content d’avoir fait chou blanc, samedi matin.
À la télé, chez des Jamaicaïns, l’horreur totale. Couple infernal. Enfant battu. À mort. Ac cadaver. On frissonne dans son salon. On refuse d’y croire. Mon côté juif, sémite ? Œil pour œil, pas de simple cellule d’une prison, non, qu’ils soient martyrisés eux aussi, torturés, oui, mais oui, torturées et lentement…
Bon, on finit par se calmer. Et l’écrivain, du fond de son être, se dresse lentement et dira encore : « mais d’où sort cette femme, cet homme, de quel enfer émergent-ils ces misérables ? L’écrivain, toujours, veut comprendre, faire comprendre l’inadmissible, expliquer l’innommable. Et si… si il n’y avait aucune raison, aucun motif face à ces êtres inhumains ? Si le mal, eh ben oui, nommons cela le mal, existait. À l’état pur. Sans excuse aucune ?Le diable, papa ? Le démon, maman ? ? Silence là-dessus. Et « Soyons absolument modernes » Rimbaud !
8-
Oh, vendredi, le bon bain de soleil ! On l’a promis :on bronze un peu et stop ! La peur du cancer de la peau, n’est-ce pas ? Je nous fais rire. Je descend arroser encore plantes, arbustes, lilas, bouleaux, sapins anciens et nouveaux. Ondinisme, sire Ellis ? Bin oui !
Le soir, pages de nouvelles, la neige, Kaboul, un tunnel creusé par les soviétiques, camions enlisés, vieux tacots, pauvreté, avalanches, détresse, un monde entre eux et nous, oui, nous au soleil dans les Laurentides luisantes de lumière de fin d’avril. Malaise ! Lecture autre : À Calais et à Pas-de-Calais. Misère. Chômeurs. Camp de réfugiés. Atrocités. Pègre profiteuse. Seigneur ! Nous…au soleil, plus tôt…Moi arrosant ma petite vallée de moins d’un arpent ! Dans un coin de canard : Yves Boisvert, oh ! parle comme moi : sa méfiance des chartres, profit des individus et à bas les collectivités… ! Ça fait du bien, on est au moins deux ? Ailleurs encore : l’acteur Dumont et Foglia, chroniqueur, même amour des chats. Le grand amour ! Fou hein ? mais je me dis qu’un chat ferait bien mon affaire. Aile « pas contre », pas du tout. Ça viendra un jour ? Papa en avait toujours un dans son restau-cave. Et je l’aimait bien sa vieille minoune aux couleurs de faux tigre pour rire, vieux matou de ruelle minable et attachent; même lui !
N’en rien dire ? Par crainte de vide, de manque, je ramasse des tas de coupures des journaux et magazines. Qui ne servent pas. Qui grossissent sur ma table de coin. Folie ! Refuser de transformer mon journal en livre de commentaires des actualités. Trop facile. Non, m’obliger à y mettre le réel des petits riens, c’est cela, avant tout un vrai journal intime. Sinon ce serait un essai déguisé en journal comme il y en a plein, comme il y en a trop.
Aile fut folle de la série télé : « La vie, la vie ». Moi ? Moins. En somme, 3 gars et deux filles qui vivotent autour d’un bar-café d’homos discrets et gentils sur le Plateau. La grosse femme de Michel Tremblay (1950) est morte et enterrée. Les enfants de Notre-Dame de Grâce, d’Ahuntsic et des banlieues calmes de la ceinture (nord comme sud), remplissent (1990)son logis délabré que l’on a rénové pas mal, la brique à nu, le parquet huilé, à la poubelle les beaux papiers-peints des Belles-sœurs mortes, les prélarts cirés.
« Les temps changent » dit« La vie, la vie » du jeune Bourguignon, bien mis « en images » par le jeune réalisateur Sauvé, (atout d’importance dans un tel récit flou, mou ). C’était un portait des trentenaires 2002 ? Comment savoir. Tous tournent autour de « médias, électronique, communications », etc. Cela me fatigue. On voit cette poutine « ouvrable », partout, dès qu’on veut montrer des jeunes au boulot : romans, cinéma, télé. Narcissisme des jeunes auteurs ? J’en ai peur.
Un soupçon de tragique avec cette bande de zigues sympas, sans la volonté, ce serait dérisoire ?, se forger un destin solide. Désabusement léger ? La précarité des emplois fait cela ? Un zest d’angoisse. Pas trop. Pudeur obligatoire ? Refus du lourd drame ? Peur de faire face ? En somme, une fresque gentille, microcosme de jeunes sans grande personnalité. Aucun tranchant, un réalisme doux-amer, la banalité salée-sucrée, , douce-amère : on veut le bonheur. Qui ne le souhaite pas ? On voudrait l’amour aussi mais on craint de trop s’engager. Égoïsme répandu comme lierre désormais.
Bref, j’aimais écornifler chez ces éternels ados.
8-
Cracher 180 tomates avant-hier :déneigement de l’entrée de voiture, trois coups de pelle mécanique et hop ! Écrivain ? Niaiseux ! Déneigeur, c’est payant ! Commence pas ça, tit-quelaude !Gros ou petit hiver c’est le même prix chez les messieurs Bertrand. Je lui montre de nouveau les hauts cèdres à couper. « Hum, ouaille…En mai, pas avant, la sève…On pourrait amincir surtout, couper les têtes, non. Euh…on verra… » Bon, attendre en mai pour du soleil au petit-déjeuner sur l’étroite terrasse de l’ouest. Puis je dis à Aile : « Si je grimpais là-dedans, avec mon égoïne, une corde… » Oh non, non ! Que je te vois mon chou, tu pourrais tomber et te tuer ! » Elle m’aime hen ?
J’entends, je lis : France D’amour. Non mais… Pourquoi pas Canada DeHaine ? Les baptiseuses d’ici, des fois…Il y a eu des Martial (DaSylva) et des Royal (Marcoux). Des Jeanne D’Arc ! Eh oui, j’en ai connu. Il y a, au vidéoboutique, une… Victoire-Amélie ! Qui est forte en rébus-ciné car elle a expliqué devant moi à Aile, dimanche midi, le nerf-moteur de ce film de Lynch (avec un Y) « Mulholland drive »! Et je lis, aïe, aïe : Marie-Pierre Jacques, dans mon courrier électro. Ah oui, folie de ces baptêmes aux prénoms insensés !
Coup de fil tantôt, l’animateur-reporter à « Enjeux », en grève, collabore avec à un projet d’une compagnie privée. Il me parle de Richard Blass, ennemi no.1, tueur féroce, recherché partout un temps. C’était, oui, un « p’tit gars de Villeray ». Sa tragique histoire —la police l’a assassiné à l’aube dans un chalet laurentien comme la police de Paris a assassiné son caïd—Mesrine. Le « chat » de la rue de Castelnau m’avait inspiré ce noir roman : « L’armoire du Pantagruel ». Au bar « Gargantua », rue Beaubien, Blass, encore évadé récent de taule, avait fourré tout le monde dans l’armoire réfrigéré et avait mis le feu au bar-joint-beer. Édifiant personnage, légendaire ! L’homme d’Enjeux ( son m’échappe) me veut pour une entrevue filmé. J’ai dit oui, je souhaite parler des gangs terrifiants d’Irlandais de mon enfance.
Je reviens tout juste de l’École-Bouffe. Nos étions six. Pas grand chose. Aile déçue et non. Potage. Agneau en côtes. Fêves au lard. Et, tant mieux, aucune pâtisserie; je n’aurais pu résister cette fois. Ne pas fumer m’excite pour du sucré !
Tremblay de retour au théâtre. L’homme de Key West en entrevue fesse sur la critique d’ici. Oh que c’est dangereux ! Certes, il s’en fiche bien. Sa réputation est assise solidement mais… Rancunes tenaces connues…Pas méfiant ? Ou au-dessus ?
La Moreau, l’actrice de Paris, parle de la Duras et dit : « L’écriture c’est la solitude absolue ! » Mon Dieu, je sais pas…Pas vraiment et pas toujours. Au temps de la rédaction, peut-être. À moins d’être plongé dans une sorte de totalitarisme littéraire et de ne plus vivre normalement. Le film sur Marguerite Duras et son jeune homo (qu’il faut cacher, taire, selon ses ordres) Yann Steiner (de son vrai nom : Lemée, Breton d’origine) ne fait pas dans le superlatif. Oh non !Critiques molles. Genre : « Pas mauvais mais… » Aile : « Ouengne, on ira pas voir ça ! » Quand deux ou trois, parfois quatre (La Presse, Le Devoir, Voir, Ici ) articles n’apprécient pas, on biffe la… marchandise ! Et ça vient de finir.
Dimanche soir, retour « Aux Délices de Provence », restau habituel et pas trop cher. Ses bons potages (aux légumes, dimanche) dans un grand bol avec louche ! Pâtes avec moules, sa tarte au sucre, recette de sa mère la provençale. Claude, le chef (il fut « Aux Trois Tilleuls » avant d’ouvrir sa boutique de la rue Chantecler), tout heureux de rouvrir. En hiver, il ferme, le saligaud. Client voisin, un certain Bessette avec épouse. Il est de Villeray. Oh non ? Pas encore ! L’impression que nous avons vécu, tous….Il me parle du grand garage des Jarry rue Saint-Hubert…
Vu à la télé un effrayant documentaire, vite fait hélas, à Artv, ou à Historia, à moins que…TV-5 ? non, RDI, ah ! ces canaux désormais…En té cas, on y a vu des génocides et en grand nombre. Surprenant. Le film portait là-dessus. On a oublié trop vite Pol Pot, l’Arménie, les Kurdes, la Somalie, le Rwanda, et tant d’autres génocides moindres, c’est une découverte fort désagréable : On a honte d’appartenir à l’humanité. C’est simple !
À PBS, dimanche soir, splendides images avec « Nature ». Des chevaux sauvages en Ohio. Campagnes vastes. Que des plainers, des collines. Quelle belle bête, le cheval ! Quel repos de visionner ce genre de télé ! Aile aux anges comme moi !On devrait dénicher où se trouve ce canal naturaliste exclusif. Il me semble qu’ il existe, non ? L’écran devenant une image mouvante en pleine nature, quoi demander de mieux ? Quoi voir de plus beau ? Il y en avait des bruns, des roux, des gris et des blancs, des noirs, vraiment la faune à longues crinières, à longues queues soyeuses au vent, la beauté parfaite. Soudain, carcasse : un ours glouton s’arrache cette viande de cheval crue. Ailleurs, deux renards qui guettent. La nature comme un risque : orages, éclairs violents, électrocution d’une bête, tuée raide, les jambes en l’air ! Nature parfois cruelle !
En fin de soirée, tard, (élections en France !) « Campus » de Guillaume Durand. On cause polars. Auteurs réunis. Jacasserie à toute vitesse. Le demi-sourd en perd de grands bouts. Et…Il y a cet accent 17 ième ! Et l’accent septième arrondissement :quartier des « écrevisses » rondouillards !Ouen ! Respect solennel pour les pionniers des USA, évidemment. Hommages rendus. L’amie Barcelo n’y était pas. Eh ! Un livre, « Rue du petit ange » fut décrété « chef d’œuvre » !C’est rare chez Durand. J’ai noté.
J’ai entendu, bout de document de télé genre socio-psycho, « la faute à la société » ! Oh non, chu pu capabl’ ! La faute au gouvernement ! La faute au système ! Merde ! C’est l’accusation fourre-tout. Facile. Si pratique. Pour se déresponsabiliser, les chefs syndicaux, les agences caritatives, les leaders d’opinion, tous, ils y vont à bride rabattue, tête basse, enfonçons dans ce bon vieux tas : la faute au système, au gouvar’ n’ment, à la société…Cette télé parlait d’une famille d’accueil remplie de manipulateurs face à face avec des manipulateurs du système « providentiel » … Le beau duel : exploiteurs versus exploiteurs ! Belle famille ! À nos frais de cochons de payeurs de taxes !
Suffit ! Nommons un (ou des) vrai coupable. Ciblons clairement. On ne cesse d’entendre cette scie :le système » ! Les ministères ont un nom, des ministres ont un nom.
Un soir dernier, Levant le nez de mon live, je pige des bouts de la série « Emma », on dirait que ma chère Aile —livre à la main pourtant comme moi— les guette, ces feuillerons surannés ? Et j’y entend un bien sombre mélodrame. Un mélo mélo mélo ! Je me crois replongé au siècle des séances pleurnichardes des sous-bassements d’église avec cette série « Emma ». Je n’en reviens pas. Aile rigole quand je sors mes moqueries, mes grimaces, mes râles et mes sniff, sniff. L’acteur Michel Forget, sérieux et grave, ridicule quoi, , au lit, mourant, entubé, la larme coulante… Un ex-batteur de môman, dit un fils révolté au chevet de l’ogre, femme, maganeur de famille, ronge le frein debout, ravageur de conscience antique…Le voilà en grand chaviré qui va tourner du regard fixe…Mais qui sont les sripteurs de ces fadaises ? C’est le retour à « La piastre varte », au « Sarpant de l’ alcoolisme » ! Incroyable ! Il y en aurait d’autres et pires ! Diable, qui regarde cela sans rire ?
Suffit pour un petit lundi frette et sans solaire lumière, non ?

Le vendredi 19 avril 2002

Le vendredi 19 avril 2002

À CŒUR OUVERT
1-
Pas de soleil ce matin mais toujours cette douceur, ce printemps qui a surgi si subitement qui fait que nous sortons balayer, brosser…nettoyer. Moi, hier, je retire les tapis de coco, je sors deux râteaux, je cache les pelles. J’’installe les deux boyaux d’arrosage, un pour le jardin d’en avant, un pour le terrain d’en arrière. . Oui, un vrai plaisir. Cinq mois au moins à attendre cette saison. Les Québécois nous devenons comme fous quand, enfin, enfin, enfin, revient ce climat de douceur. Le lac —quand? dans la nuit— est redevenu de l’eau !
Je n’aurais pas à aller bien loin si je veux entendre jaser des camarades écrivains dès demain matin, samedi. En effet, juste en face de chez moi, le président de notre « Académie des lettres », le poète Jean Royer, lancera une série de causeries au Chantecler.
Y aller ? Peut-être. Je viens de raconter un terrible canular dans « Écrire. Pour l’argent et la gloire » :invité à un de ces colloques, au Mont-Gabriel cette année-là, j’avais lu un texte-bidon avec des noms d’auteurs fictifs et des citations fictives et…on avait écouté cela sans broncher. Je voulais me moquer des amateurs de citations savantes, celles des cuistres habituels, toujours présents à ces réunions littéraires.
Si j’y vais, porter alors un carton d’identification : « reporter ». Oui, « envoyé spécial ». J’aurai un carnet de notes. Un bloc. Je serais l’envoyé du journal… Le quel ? Bin, le mien. Mon journal. À Aile : « Accompagne-moi demain, tu verras ce monde des littérateurs, ça te changera des acteurs et réalisateurs, non ? et il en viendra d’ailleurs, c’est dans le journal de ce matin. Viens donc ! »
Aile : « Non, non, pas le temps. Et demain, si tu vas là, ne me reviens pas trop tard, on va souper chez les D. J’aurai des courses à faire avant d’aller là. » Voilà comment madame estime les gens de lettres ! Édifiant, non ? Me suis toujours senti un peu « à part » à ces meetings d’écrivains. Pourquoi ? Sais pas trop. J’étais un décorateur de télé qui publiait un roman par année, pourtant. Cadence pourtant rare parmi mes collègues en écritures. Un scénographe de variétés qui a une marotte, un… « hobby » ? Oh ! Cela ou…Sais pas. Je me sentais, au milieu des écrivains, un étranger. Bizarre sentiment. Je voyais des « fous d’écrire », des studieux du « livre », des acharnés, des « graves et seurieux » zigues. Oui, moi, j’écrivais comme par les soirs, les week ends et un mois par année en vérité.
Bientôt donc, dans le journal, c’est probable, des notes sur les invités du colloque littéraire de cette année. Irai-je en pédalo, le lac maintenant fondu ?
2-
Hier, joyeux, j’arrose un peu partout. Aile rigole. Elle sait qu’arroser chez moi, est une sorte de bonheur total. L’eau ! C’est la vérité. C’est dröle, remonté sur la galerie, je lis dans le vieux volume du savant Ellis : « L’ondinisme », dont j’ai parlé il y a peu.
Il y a 270 pages. J’en suis à la page 115. Étrange discours sur la pisse. Les pisseuses. Ellis nous sort les mythes, les légende, les contes, les fables, les statues (dont le célèbre Manequin-Piss de Bruxelles), les tableaux, les décors, antiques ou moins anciens, sur… « uriner ». Étonnante rétrospective qui va du jet d’eau illustré par les fontaines, des concours de jets d’eau par les gamins qui pissent en riant, des postures des femmes qui urinent et cela à travers les âges et selon les contrées. Ellis parle de Noé (l’eau qui monte) et de Moïse, trouvé sur l’eau.
Évidemment, après ses énumérations chronologiques, il en vient à son sujet :l’érotisme uréthral —ou urinaire— et l’érotisme anal qui est autre chose. C’est fou et captivant de lire cette étude. J’avais lu sur le diariste célèbre qui aimait pisser sur sa femme ou qui aimait se faire pisser dessus. Mais avec Ellis, c’est les savantes explications de cette manie. Freud est appel à la barre comme l’on pense bien. Lui et ses disciples dont cet auteur. Des mots s’amèenent : enuresis. Énurèse. Uropoiétique. Amphimixis. Urolagnique. Urolagnie. Anurie. Exhilaration. Exhilarant. Ouf !
En fin de volume, Havelock Ellis parle de cleptolagnie. Un temps, freudien passionné, je cherchais à tout savoir sur le subconscient. J’avais donc accepté ce livre avec plaisir quand le libraire René Ferron me l’offrait vers 1965.
Ondiniste moi-même (!) , je quitte le bonhomme Ellis et retourne arroser les jeunes arbres plantés l’an dernier. Ah oui, ce jet d’eau fait plaisir à voir, à diriger. En fin d’après-midi, avant souper, j’irai même jusqu’à arroser le recouvrement —en déclin de plastique— des murs de la maison. Une crasse grise coule jusqu’au sol. La satisfaction de sortir de l’hiver. La joie d’entrer en printemps, les lieux nets…comme dans « Journées nettes », tiens, le tite du journal sur mon site web.
3-
Paris imitera désormais New-York. Hier soir, une première, à la télé de Artv, de Paris, un long entretien, très captivant, avec Philippe Noiret. « Un cancre total », admettra-t-il. À trois reprises, Noiret se taira subitement, comme étranglé d’émotion, comme en proie à des souvenirs trop riches. De la bonne télé. Mieux qu’avec notre habile Lipton et son « Actors studio » newyorkais car c’est dans notre langue. Hâte déjà de voir, jeudi soir prochain, la deuxième partie de cette interview. Promesses fameuses, on y verra sans doute tous les grands noms en un défilé fascinant. Vive cette sorte de bonne télévision !
J’ai fini de lire mon exemplaire du Nouvel Observateur. Une page sur l’ontarienne célèbre Margaret Atwood —la vis-à-vis de Victor-le-matamore, livre dont j’ai parlé ici— à la toute fin de l’Obs. Son tout récent roman contient des extraterrestres. Oh ! C’est le récit d’un romancier aux prises avec un roman trouvé qui raconte le blocage d’un roman en cours …Ouen ! Je n’aimerais pas lire cela, je le crains ! Je déteste ce narcissisme à la mode. En vieillissant certains auteurs se regardent le nombril (comme font tant de jeune par ailleurs !), ils s’examinent en train d’écrire. Je me méfie de cette soupane égotiste, moi.
On commente un livre sur l’étonnant Augustin, le saint, théologien fameux qui disait : « Aime et fais ce que tu eux », ma devise. Aussi un livre sur cette Simone Weil, morte de tuberculose jeune, juive parisienne anxieuse du destin du monde, convertie en catho, qui se fit ouvrière d’usine, qui s’exila à Londres, qui était une mystique —une hystérique disent les athées bien entendu. Bref, on parle de sujets qu’un magazine comme notre « L’actualité » n’aborde jamais. Ici, racisme inverti, on doit se dire : « tout cela n’intéresse pas nos misérables lecteurs » . N’est-ce pas ? On est tous, les Québécois, des cons abrutis, c’est certain. Alors, hélas, on reste des « jamais stimulés » à cause de ce mépris ambiant des dirigeants en presses diverses. Et, aliénation en mineure, on achète des produits « made in Paris ».
4-
Après le Noiret si bien confessé, nous regadons à ce canal Artv, « Métropolis », un magazine de Berlin illustrant des événements artistiques divers en Allemagne. Ah que cela fait du bien ! Les Québécois ne sont pas frileux, ils aiment les mondes étrangers. Mais il n’y a que les USA, sans cesse et toujours. Aile et moi étions ravis de voir autre chose que New-York et Los Angeles, merde ! Non pas que ce « Métropolis » était si bien ficellé, non, mais il nous changeait de la poutine impérialiste USA. Pouvoir regarder ce qui se brasse (théâtre, danse, peinture, cinéma etc.) en Italie, en Espsagne…Mais où voir cela ? Consultez l’horaire de télé : un peu d’ici, du français sur 6 ou 7 chaînes et 25 canaux et plus d’anglo-américains ! Sur ce sujet, la belle niaiseuse de Maréchal me criait : « Quoi Jasmin, on est en Amérique, on est pas en Europe ! » Oser parler ainsi à l’heure des satellites partout, de l’échangisme mondial, des rubans transportables et rapidement décodifiables ?
Vu aussi, toujours sur Artv, le romancier Philippe Djian. Célébré par son célèbre roman (mis en film) « 37. 2, le matin », il frappera un certain mur par la suite, se livrera alors à de la…porno (!), disant à l’écran que « c’est de la merde ce qu’on trouve dans les sex shops » (!). Ajoutant « qu’il est très difficile de produire de la vraie porno ». Mon Dieu, quelle noble tache mon Philippe D. !
Souvenir : je tentais, en 1985, sur TQS, d’animer un talk show sur les livres et ce jeune célébré, Djian, en studio, boude, joue le désintéressé, me bat très froid quoi. Malaise total alors. J’en garde un cuisant souvenir. Un « p’tit frais chié de Paris. Point final. Plus tard, le Arcand cinéaste —un mauvais jour— lui aussi, affiche des airs de grandeur et de mépris souverain pour l’émission en cours. Djian sépare nettement érotisme et porno. On saura pas les frontières…fines des deux domaines. Le « pas de sentiments » en serait la loi.
L’interview sur Artv se poursuit et ça jase sur l’obsédé Ouellebec (avec « Particules élémentaires » et « Plateforme ») et la copuleuse bestialiste, Catherine Millette. Enfin Djian parle de son petit dernier, « Ardoise », qui raconte sa gratitude envers des auteurs « premiers » chéris : Kérouac, Cendrars, Henry Miller. Il dira : « Voilà, j’avais envers eux tous, « une ardoise », une dette, j’ai payé. Aile me dit alors : « Ah ! comme toi avec ton « Je vous dis merci ». Pas tout à fait, je remercie, moi, non pas des littérateurs qui m’auraient marqué, mais des gens généreux de mes humbles commencements.
5-
Vu « Fortier » hier soir. Aile y tenait. J’aurais pu aller lire à l’étage mais j’aime rester près d’elle. Encore, j’en ai parlé, la démonstration, « farouche » chez Larouche, que 1- « la femme » est la seule brillante parmi le policiers mâles. 2- Et que « la psychologie » est le seul moyen pour solutionner tout. Comique non ? Ce féminisme (inconscient ?) joint à la louange du métier de l’être aimé. Rigolo, oui. Le texte était mal « économisé », confus, sans rythme solide, avec un temps massacré, la réalisation suivait, mollement voyeuyriste, complaisante, sans chronologie claire. En somme un amateurisme bien dissimulé dans une facture (fabrication ?) habile, moderne, aux effets sonores efficaces. Discussion sur « contenant » dynamique et faible « contenu » à l’horizon ? Non . Pas le temps.
Vu aussi la fin de la série « Tabou ». Pour cette saison. Tout revient si tout lasse et tout casse ! Bonjour les accros ! ce « Tabou »,,c’est des allures modestes, pas du tout « gros chiard », pas prétentieux. Louise Portal, Germain Houde, Claude Léveillé —acteur habile souvent— offrant de bons jeux. Visite au Nicaragua ! Téléfilm-Canada —nous tous quoi— est riche. Bof, payé en pesos, non ?
6-
L’autre soir, Paul Arcand, à TVA, tisonne (!) Gabrielle Lavallée, devenue manchote par l’opération à froid du Moïse québécois. Un capoté vicieux, dominateur de filles abusées, G. L. fut une victime d’inceste, enfant. Un dérangé mental mais « qui a un gros quotient intellectuel » affirmera sa proie ! C’est une des nombreuses sottes épouses du polygame, malade mental, Roch Thériault, alias « Moïse ». Inyerné, il sortira de sa prison du Nouveau-Brunswick, c’est probable, un des ces prochains jours ! Malgré ses menaces de mort à l’endroit de cette Gabrielle selon ses dires.
La justice d’ici est ainsi faite. Compassion sans fin pour les désaxés…jusqu’à ce qu’ils récidivent. On en a vu un cas (pédophilique) récemment. Folie ! Une confession télévisée pitoyable. Arcand, stupéfait avec raison, se tait parfois. Il cherche, comme nous tous, à comprendre cette grande niaise qui aurait dû prendre ses jambes à son cou et fuir le monstre. Elle dit : « un grand charisme, il avait ! » Ouen ! Le masochisme est un gros mystère humain !
L’ex-martyre du fou parle vite, a une diction curieuse, affiche un vocabulaire primaire mais, soudain, sort des mots savants. Elle est allée en cure, en thérapie, sans doute, et emprunte maintenant au vocabulaire des psys. Elle avoue une jeunesse de cauchemar, elle sort d’un gouffre, d’un abîme grave, et tout cela vient d’être mis en film. C’était couru. Un cinéma plus ou moins « non-fictif », qu’on verra bientôt avec l’excellent Luc Picard en gourou psychosé.
7-
Je ne fume plus. Aile en bave davantage que moi. La faiblesse de « la » femme ! Je la taquine. Elle ne rit pas. Déception avec cette École-Bouffe parfois. Faisan…viande dure, hum…pigeon, pas de viande du tout, de la peau et des os, leurs « osso-bouco », viande sèche. Aile pas contente ! Moi, énervé. Je dois être prudent et ne m’y connaît pas. Hier, très bonnes bavettes d’aloyau. Bonne sauce. Bon goût. Ouf ! J’ai la permission d’y retourner. Eh oui, c’est la « dragée haute » avec mon Aile, je ne vis pas avec une Gabrielle L. Si j’osais vouloir lui couper… un seul doigt, même le petit…elle m’arracherait les yeux et vite ! J’aime pas les filles masos, alors.
Enfin, rentrée de chèques, hier, de TVA. Pour Jocelyne Cazin et mes topos-débats chez Bruneau. Ça fait du bien. Envie de m’acheter de nouveaux pinceaux. Des gros. Et des litres, oui des litres, d’acrylique, bleu, jaune, rouge, blanc, noir, sortir beurrer (barioler) ces vieux stores qui traînent dans ma cave. Je m’ennuie de peindre. « De la peinture ? », dirait Aile et elle me dira : « Bien. Bon, regarde, tout s’écaille, il y a les balustrades, les planchers des galeries… » Et elle aurait raison. Bientôt, je vais m’y mettre. Dire que je rêvais tantôt de peinture dans le sens riopellien du mot !
Au Salon de Trois-Rivière, dimanche, il y a eu discussion vive à propos de la dictée « à pièges » du golfeur, chanteur et brasseur de malt, le « guadéloupéen » sympa, Robert Charlebois. Des « pour » et des « contre ». On s’agitait sur scène, Jacques Laurin, fier et noble, gardait ses distances. Une sobriété de vieux garçon bien élevé. Moi, le dictées farcies de pièges, je suis « contre » mais j’ai gardé le silence dans la salle.
Une maîtresse d’école (retraitée, elle l’a spécifié) a bondi à un micro libre en écoutant un Léandre Bergeron, boulanger à ses heures, affirmer qu’il faut se méfier des dangers de montrer aux jeunesses que le français c’est un tas de difficultés, des entourloupettes rares, des pièges à cons. Des exceptions folichonnes, etc.. La demoiselle en gris-fer, raide et bien fâchée, était furibarde ! Ensuite, silence de mon Bergeron, prudent et souriant. On ne réplique pas à Jeanne D’Arc. Bravo !
Rêve dans ma chambre d’hôtel rue Hart, samedi. Je suis dans une sorte de club chic, un « Iberostar », quatre étoiles, comme celui connu l’an dernier en République dominicaine. On nous conduit, sages touristes, à un lieu vénérable, c’est marqué « Muséum » dans son fronton de pierre ruinée. Le guide nois mène aux caves. Plein de musiciens. Du jazz, des airs sud-américains aussi. Boisons. Rhum surtout. Je bois un peu. Fumée partout. Lumière rare. Je cherche Auile. Disparue. Enlevée ? L’amie, M.-J., sort d’une pièce et me saute dessus ! Ma surprise totale ! Elle rite, se moque de ma pudeur. De ma retenue. « C’est congé, fête, vacances quoi, dit-elle ». Je reste figé. L’attitude du refuseur digne. Elle tente de m’embrasser. Je me sauve d’elle. Dédale fou dehors. Petites venelles louches. Je suis perdu et soudain, miracle des songes, je retrouve notre « Iberostar ».
Ouf ! Aile est à une terrasse du vaste hall de plein air, elle boit un jus de fruits. Je lui raconte l’incroyable assaut de sa chère et fidèle amie. Elle ne me croit pas. Je me réveille.
Toute cette fumée… mon manque de nicotine…cause de ce petit délire ?
8-
Vu ce Salman Rushdie (à Artv)nparlant de son nouvel exil : Manhattan. Il dit : « attirance et répulsion à la fois ». Une facination, non ? Il dit : « une jalousie universelle sotte envers New-York que toute cette littérature actuelle. » Laquelle ? Celle publiée dans les grottes des taliban ? Il ajoute : « une envie maladive face aux USA ».
Franchement !
Jacques Chirac avait fustigé cet auteur au tempos de son livre illustrant le prophète Mahomet en satyre dégénéré. Moi aussi, je jugeais qu’il était facile de ridiculiser une croyance, un chef religieux reconnu mondialement. De faire des Jésus en homosexuel ou en sado-maso et quoi encore ? Je regardais son visage de…satrape, son faciès de fouine pas clair de nœud —eh oui, juger sur le physique c’est donc pas beau, hein— je continuais à ne pas estimer ce grand voyageur qu’on a montré longtemps comme un « terré », une victime de l’Iran sauvage des intégristes. Rushdie publie une sorte de polar (sauce, peut-être, Umberto Eco ? L’hyper-cuistre qui aime pas voir le populo en musées !) et Salman va guetter les échos. Il s’est exilé au cœur de l’argent et du pouvoir, en nouvelle « Roma », alors ma méfiance augmentée. On verra bien ce que cet arbre, encore une fois déraciné, volontairement, donnera…
8-
Pivot dixit : « la francophonie, ça fait ringard et il y a trop de pays si peu français dans ce vaste club… » Badang ! Dans L’Express, un édito que je résume : « La France, pas unie comme avant, trop de religions, trop de protections spéciales, trop d’ethnies en ghettos, refus de s’intégrer comme jadis, fracturée la France, émiettée, avons nostalgie de la bonne vieille république uniforme de jadis avec ses seuls mots : liberté, égalité, fraternité,… »
Eh b’en ! Rapprochement à faire partout. Ici comme ailleurs. Peur aux USA de l’espagnol qui monte ! Fin des pays univoques, début de tous les brassages. La dictature (!) des majorités, de la multitude, mise à mal désormais ? Nous sommes 84 % au Québec, non, pas vrai ? Et entendre : « pis ça ? » Place aux droits de chacun. Mosaïque totale ? Savoir qu’en France aussi, des hommes de gauche se posent des questions. Ravage des « chartre de droits » —avec, jamais, aucun devoirs collectifs à respecter— oui ou non ?
M’intégrer à la majorité, moi, dit le nouveau venu …Pourquoi ? Votre pieuse et révérée chartre me protège. Je n’émigre pas vraiment. Je reste ce que j’étais…Exil ou non ? Où ai-je mis mon kirpan ? Voyons…
8-
Tu as donné un 5 piastres à un parti politique. Disons un 5, au P.Q. Tu vaux quoi ? Une corporation (de pub) donne 195,000 $, elle. Elle vaut quoi ? Mieux que toi, petit tarlais ! La compagnie fera des profits : un million et demi en bel argin, viande à chien. « Group’Action » c’est de l’argent bien placé. On fait des copies d’un même rapport sur « comment bien tapisser arénas et amphithéâtres de drapeaux unifoliés… »
Et on m ramasse la mazoune. Un scandale. Qui restera lettre morte ? On va bien voir. En réalité, tous les politiciens se tairont peut-être. Et les journalistes aussi. Connivence. Ils sont bons copains aux restaus des parlements. Quoi, c’est la pratique courante. Partout. Au P.Q. comme chez le petit Mario ? Partout. Il y a les gros, les moins gros mais, partout, c’est ce rackett.
C’est passe-moi le sel, je te passerai le poivre. Après ça, on verra des rigolos surpris : Mon Dieu, où va la démocratie, les gens vont plus voter ? Mon Dieu, le public méprise les hommes politiques, c’est malsain ! Gauche, droite, libéral, conservateur, un seul club. Celui des favorisés. Quoi, tu donnais un petit 5 à un petit parti ? Tu vaux rien.
Un scandale actuel ? Récemment, la firme diabolique « Enron », l’enfer des fourbes et des spéculateurs avides, qui trompent les petits spéculateurs niais (ses travailleurs salariés candides), aux USA, montre le scandale des scandales. Avec des « arrosés » au Sénat, à la Maison Blanche.
Effroyable…et le temps passe…Le silence se fait.
Dehors, la clarté. Je vais aller arroser mes bosquets, tiens. Les laver de l’hiver.

Le jeudi 18 avril 2002

Le jeudi 18 avril 2002

À CŒUR OUVERT
1-
Encore ce matin, au lit, store levé, effet sur le lac Rond de blanchiment (pas de fric) mais par la fumée subtile ! Brume partout. C’est la glace sur le lac, bien entendu, en contact avec l’air chaud qui s’installe. Beauté toujours d’un paysage « chinois ». Et puis la lumière va gagner. Voici maintenant, il va être midi bientôt, le lac tout noirci. Bleui. C’est la fin. Il va « caler » comme on dit par ici. La piste piétonne aménagée tout autour forme un anneau gigantesque d’un bleu…waterman ! Je vois le voisin Maurice, en chemise, au bout de son quai, j’ai vu ma dépanneuse des « Variétés » boyau d’arrosage en mains, laver son entrée d’asphalte. Faire de même. J’aime tant arroser ! En finir alors avec ce journal. Le suspendre. Profiter du beau temps enfin de retour. Y revenir en septembre ou même en noVembre. Ce beau temps m’appelle. Sortir. Plus de ce cul sur chaise ! Nettoyer le terrain, ramasser les branches cassées, déterrer et enterrer, planter encore un peu de tout, quoi encore ? Ah oui, envie, besoin vif de me grouiller, le beau temps revenu.
2-
Le camarade Jean O’Neil prépare un nouvel album illustré et me demande (via courriel) s’il peut m’emprunter des mots (dans mon « Vivre à Outremont, aujourd’hui »), permission de me citer quoi. Je dis « oui » bien entendu. Autre courriel : Marco, mon fondateur-sur-web, me questionne : si je faisais, pour le site, une sorte de bulletin de notes (autobiographiques) à propos de chacune de mes pontes publiées. Ouen ! Ce serait long. Je suis paresseux. Et je lui dis carrément que je n’aime pas trop bosser gratuitement. J’ai donné souvent, jeune ! Ce journal ? Oui, car il m’a obligé à rédiger en vue d’un bouquin. Un de plus.
Jacques Keable (autre courriel) m’expédie le texte de sa pétition pour empêcher le déménagement de la sculpture de Riopelle. J’ai adhéré. Mais…cette sculpture (1976-78 ?) m’a toujours parue bien faible, confuse, mal bâtie, chargée, « botchée » même. Vieux, le père Riopelle inventait cette chimère bronzé et pas l’yable regardable.
Mais bon…il y a la signature n’est-ce pas. Ça m’a toujours fait suer qu’avec le prestige venu on ne puisse plus critiquer, discuter un ouvrage mineur et même —ce « Jeu de drapeau » raboudiné, son premier titre— minable. Oui, oui, minable. Cette « Joute » place du stade olympique, je l’enverrais se cacher dans un champ vacant à l’abri des regards. Hon ! Pas honte d’oser juger un ouvrage d’un génie reconnu ? Bin non ! Non, j’ai pas honte pantoute.
3-
Jasmin-fils, Daniel, me livre (courriel du jour) ses premières réflexions sur…ses études et lectures —trois bouquins à la fois— à propos de la spiritualité asiatique. Zen et Cie. Il m’avoue avoir du mal à y voir clair. Il semble que cette pensée Zen soit aux antipodes de nos manières occidentales de réfléchir. Faire le vide. Arriver à penser le non-pensé ? Daniel me livre ses « flashes ». Il note: être là, entièrement, en ayant fait le vide dans sa tête.
Il me semble assez secoué. Si bien qu’il rigole. « On se trompait, tous ! »Tente la distanciation par une ironie bizarre. Nous aurions vécu ans l’erreur, lui, moi, tous, en civilisation occidentale, la cartésienne, la rationnelle. ! Penser à rien, oublier tout, chasser tout, faire le vide, pour pouvoir penser plus sagement ?, plus correctement ? Fiou ! Je vais attendre la suite et, déjà, je ne suis pas certain de bien comprendre. Oui, à suivre….
4-
Après-midi d’hier, après-journal et après-lunch, dehors sur la galerie. Le lac alors en gravier, en mâche-fer, cendres fumantes, je l’ai dit. Aile toujours démontée, furieuse même, claquant des deux mains face à l’invasion de ces « quiscalls » (?) noirs. Aile les hait ! Je rigole.
Moi ? Pas raciste du tout. Noirs, bleus ou rouges, les oiseaux sont tous les bienvenus. Grande âme hein ? S’il vient des corneilles, alors là, voir la voir. C’est Le Fléau dressé ! Je n’aime pas trop, c’est vrai, ces mouettes chieuses —et chiantes— qui arrosent, maculent, le radeau, ça ! Je l’ai souligné dans mon « Écrire ». J’y repense : dimanche matin, avec Victor-Lévy, petit déjeuner au « Gouverneur » de Trois-Rivières. Le père de « Bouscotte » me raconte de savoureuses anecdotes de son patelin. Il me « portraiture » comiquement des olibrius rares qui le hantent encore. Le voilà emmêlant des silhouettes de son enfance avec celles encore bien vivantes dans les rues actuelles de son cher Trois-Pistoles retrouvé où il gîte en sa banlieue dans une grande vieille maison à pignons.
Impression de le voir griffonner, « de visu » !, du « bien » à venir. De la graine à faire pousser. Du terreau à faire germer. De le voir préparer, défricher, débroussailler —essayer sur moi — ses « personnae », ceux de sa vaste comédie humaine « basfluvienne » !
Stimulé, bientôt, je l’écoute d’une oreille et, peu à peu, —entre œuf, saucisses et patates— je finis par faire défiler sur mon propre écran mental de ces hurluberlus du Villeray de l’après-guerre, me demandant si j’ai bien mis ce puits à sec ! On est donc ainsi ? Oh les écriveux ! Le patenteux de silhouettes impressionnantes. Les marqueurs ! Les candides « pointeurs ».
Miller répétait, dans « Paris est une fête », « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir ». Je souscris. Et Vic souscrit aussi. « Bin sûr ».
5-
Je regarde volontiers les reprises, à la SRC, de « Catherine ». Comme j’aimais, jadis, « Cré Basile », j’aime ces sketches folichons qui marquent de farces chaque jeu de deux répliques. Divertissant. Reposant au fond. Je rigole beaucoup. Or, je revois, hier soir, cette désopilante et talentueuse Sylvie Moreau chez le « Francs-Tireurs ». Débat avec Martineau : le rôle des critiques. Vaste sujet. Et, hélas, la sotte, la gnochonne, l’étourdie, la « nonoune »quoi, y est et toute entière.
Ai-je la berlue ? Oui, je croyais à une « Catherine » inventée, jeu d’une actrice, et je découvre, Sylvie Moreau, lamentablement, platement, confusément, bafouilleuse, s’expliquer sur ses griefs pas clairs au sujet des rédacteurs d’analyses sur le monde du spectacle. D’abord, jouant la cuistre, elle nous sort —abri— Marcel Proust face à Sainte-Beuve ! Et puis s’enlise vite dans des gargouillis voulant tenir lieu de raisonnement. À T.Q., Martineau, poli, ne la tourmente pas trop et la laisse s’enfoncer.
Quelle imprudence, quelle prétention. Quelle présomption surtout. Essayer de dire que « la critique ne devrait pas critiquer. » Ce vieux débat est d’une vacuité totale. Il y a des critiques brillants, cultivés, intelligents et indispensables pour nous alerter sur les fadaises publicisés amplement. Et il y a des cons. Et, oh oui, beaucoup de « relationnistes » prudents, complaisants, abusés et mal déguisés. De simples « courroies dociles ». La pétillante et douée Moreau devrait s’obliger au silence sur ce vaste et vieux et vain débat. Qui grimpe sur des tétreaux doit apprendre à se faire juger, jauger. Point final.

Le mercredi 17 avril 2002

Le mercredi 17 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
On va s’en souvenir de ces jours caniculaires en plein milieu du mois d’avril en 2002. « Records battus » disent le gazettes. Ce matin, comme hier, cette fumée blanche partout dans le décor extérieur. Effet d’agrandissement. Toit semble plus vaste, plus flou aussi, plus grand. En peinture scénique on nous apprenait à jouer ainsi de fumée blanche avec bombe aérosol. Pour , justement, faire paraître éloigné nos éléments de décors à la télé. Un sfumato italien spécial.
De ma couchette, store levé, j’admirais le paysage, le lac blanc comme le ciel, la brume dans les collines. Tableau à l’ancienne, oui, italianiste. Beau comme ces vieilles images de Chine (ou du Japon ?) qui traînaient partout chez moi dans les années 30.
Ma mère disait : « Mon mari est importateur ». Elle faisait sa fraîche quand j’était tout petit. Je m’en souviens. C’était avant l’échec de papa comme vendeur de « chinoiseries » rue Saint-Hubert; une mode qui ne dura pas ces bibelots asiatiques. La métamorphose en petit restaurateur de quartier devait l’humilier, ma pauvre maman ! Elle était une jeune bourgeoise ? La benjamine du bonhomme Zotique Lefebvre. Un ex-boucher de la rue Centre, à Pointe-St-Charles, converti après la guerre de 1914-1918, lui, en agent immobilier, rue Hutcheson.
Matin de mai, au bout de la rue Berri, on voit des quais. Un paquebot va lever l’ancre, « all aboard ? all aboard ? » Sirène mugissante, dernières malles au bout d’une grue, les robes de maman, l’habit de bal de papa… Énervement, sourires excités. Elle est « chic and souelle » la Germaine de la rue Hutcheson, oh oui ! Et lui, l’habitant —vingt ans— de Laval-des-Rapides, porte un chapeau neuf, des gants de kid, des guêtres de feutrine grise…Foulard au vent sur le bastingage du navire de croisière.
Le jeune couple regarde la statue haut juchée sur le toit de l’église Notre-Dame de Bonsecours. Le bateau s’éloigne du rivage. Adieu Montréal !Un jeune couple parmi tant d’autres. Le traditionnel « voyage de noces ». Le grand fleuve jusqu’à Tadoussac. La remontée du Saguenay. Ma mère en épousée candide, rêvant d’une belle vie avec ce jeune « importateur » soutenu par sa riche maman veuve, Albina.
Avec son joli bibi, son manteau beige en poil de chameau, à col de velours noir, Germaine ne sait pas…Dans cinq ans, avec quatre enfants déjà, les sueurs l’aveugleront et son mari
l’ « importateur » s’installera pour longtemps dans le sous-sol creusé du logis. Fin des jolies gravures aux beaux effets de brume. Vendre hot dog et hamburgers aux zazous de la paroisse qui sortent des cinés du coin de la rue Bélanger.
Pauvre maman ! Pleure pas Germaine !
Bon. Assez, posez une cloison. Roman ou journal ? Chaque chose en son temps. En son lieu. Ici, c’est le journal.
2-
Non mais quelle chaleur hier ! Quel beau coucher de soleil aussi. Nuages émiettés. Rayons difractés. Images de mon petit manuel d’Histoire Sainte quand les cieux s’ouvrent pour désigner Dieu apparaissant à Moïse !
Plus tard, le souper avalé, symphonie en rose au dessus du Chantecler. Moi, la bouche ouverte. Déjà !, des merles crient et courent sur la pelouse ressuscitée. Quand on se prépare à regarder un film loué, fenêtre du salon grande ouverte, dans les sapins proches, un concert étonnant, vraiment étonnant, d’oiseaux fêtards. La pénombre qui s’installe, une brise d’été, oui, d’été, et on va voir un… navet !
Vanté par de complaisants observateurs d’un cinéma dit difficile. Du David Lynch. C’est, ce misérable « Mulholland Drive », sans queue ni tête. Pourquoi donc tant d’éloges ? Le snobisme décadent de ceux qui s’imaginent : plus c’est ambiguë plus c’est fort ! Quelle bêtise. Une Sonia Sarfati (La Presse) ira jusqu’à écrire : « Il faut le regarder ce film plusieurs fois ». La folle !
Je ne sais plus comment qualifier cette prétentieuse bluette du signataire du folichon « Twin Peak » à la télé.
Vous avez le choix :une imposture de fumiste, ou bien une fumisterie d’imposteur.
« Mulholland Drive », un récit avec un zest de lesbianisme (chic hein !), un zest de masturbation (à la Marie Chouinard !), un zest de maffia alambiquée, un zestde music-hall à mexiquétaineries, un brin de western avec un cow-boy futile, un zest d’horror, et pleins de… coïncidences stupides, de « cheveux sur une soupe »… imbuvable.
J’enrage car on trompe le public. À Cannes, ce film gagnait des laurier, ex-aequo avec les frères Cohen ! Mystère ou bien des jurés tout frétillants de visionner un film sur « leur » cher petit monde : les productions cinématographiques. Narcissisme ! Serpent se mordant la queue avec joie ! En somme, un opaque conte sur une banale querelle de gouines. Pouah !
3-
Je peine à réunir et à envoyer —merci ordi !— à la Katleen des Trois-Pistoles les vieilles pages de journal. Tout-janvier partira quand ? Maudites corrections. À l’École-Bouffe :grand choix hier ! Le caissier : « On a fait laminer votre page d’appréciation aux feutres de couleurs, savez-vous ? » Et : « Vous devriez prendre aussi du poulet, touchez, il est chaud, il sort du four. » J’accepte. Retour at home les bras très chargés… Biscuits et cakes. Et Aile ? Contente ? Pas trop. « Écoute, tout ça ? Regarde, j’ai mon gros rôti de porc prêt à être enfourné. » Je dis rien. Penaud. Je retourne à ma chaise longue, je continue de lire mon « Obs ». Ça va très mal autour de Jérusalem. Bien pire qu’autour de notre cuisine.
Le lac s’ouvre un peu. Bord de l’eau libre ! Le quai libéré. Le radeau…vert de…ozite ! On voit bien les bourgeons qui grandissent aux lilas comme… à vue d’œil. Le printemps, Bourgault le criait dans sa chronique mardi matin, est chaque année, le grand événement des Québécois. Six mois presque à l’attendre !
Hier, le micro-ondes de TVA dans notre rue encore. Claude s’amène et ajuste son gros kodak noir dans un coin du salon. Prêt ? Oreillette dans un trou d’oreille et c’est parti. Go ! Engueulez-vous…Le Pierre Bruneau a un préjugé favorable pour la belle Maréchal. Il me donne moins de temps d’antenne, le crapaud. Et elle, l’Isabelle, bien « Isa-laide », jase ad lib, noyant le poisson, bavardant sans dire rien de trop précis. Les précieuses minutes passent et, moi, débater irrépressible, je grogne quand l’arbitre partial déclare : « On a plus de temps. Merci vous deux et à la prochaine chicane. » Commercial ! Je rage. Enfant ? Aile rigole, se moque, doit me jiuger puéril. Je songe à refuser désormais ces mini-débats quasi-obsolètes. Le lendemain, ma poucheuse de gazettes et de ciga…—non, je ne fume plus— me dit : « Je vois ai vu, hier ! Pauvre vous ! Ah ! Cette Maréchale, j’suis p’us capable. Elle a le don de me mettre les nerfs en boule.. » La divine voisine. Elle me préfère.
4-
Vendredi après le lunch, limousine sombre à la porte de l’appartement du Chemin Bates. Chauffeur aimable, Serge P. Un bavard captivant. Ex-représentant de commerce. Burn-out grave. Cœur opéré. Trop ambitieux. Le calme à jamais. Sa limo. Un horaire plus humain. A connu le « M’sieur Pointu » de Bécaud. Intimement. Balade donc vers le studio de Robert-Guy Scully, à Ville La Salle. Beau soleil. Ouaille ! Agréable d’avoir un chauffeur. Me voilà ministre pour quelques minutes ! Ouen, c’est reposant !
Rendu là, recherchiste chaude, café chaud, ambiance agréable, décor austère de bureau de « chef de cabinet » de ministre fédéral —espoir du Scully? Ma découverte d’un autre Scully, comme vieilli précocement, presque courbé, rapetissé il me semble. Trop d’embarras avec ses déboires récents, face aux vifs protestants de son rôle de « propagandiste déguisé ».
Je l’ai mieux connu dans les années ’60 du temps du Devoir. Je le caricaturais, par exemple, en « petit protégé, neveu de Ryan ». Il en rit maintenant, se souvient de mes facéties encombrantes parfois. Je me souviens de ses confidences de jeune Irlandais d’Hochelaga, justement dans le voisinage du Ryan d’antan. Son étonnant Claude Ryan, en jeune délinquant qui découchait dans les portiques des maisons, me revient en mémoire. Cet ex-voyou sauvé par l’Action catholique. Qu’il finira par diriger un temps.
Vingt minutes, avec deux caméras, pour une agréable jasette libre sur ma chère Gabrielle Roy. Et cela tombait bien, Scully —gardé souvent par sa mémé dans le Villeray de la paroisse « Holy family »— ayant produit jadis une série documentaire sur l’exilée de Saint-Boniface. Ma relecture de « La petite poule d’eau » alimente les souvenirs du reporter Scully. Entente totale par conséquent. À la fin de l’entretien, je l’entends, surpris, me dire : « On a pas eu assez de temps pour bien parler d’elle, il faudra, bientôt, vous réinviter Claude Jasmin. » Ça fait un petit velours, non ?
5-
Mon fils, Daniel, hier, au téléphone, car j’avais encore un problème d’ordi. « Tu vas pas me croire, p’pa, j’ai mis une chaise sur le perron et je regarde ma bagnole toute neuve, stationnée au bord du trottoir ! » On rit. Fou, cette admiration des chars chez nous, non ?
J’ai lu (de « je me souviens plus qui ») : « Jeune, la lecture des « Grands initiés », par Édouard Shuré, m’a marqué. » Ah ! Un camarade belge m’avais donné (du temps de mon écurie-atelier) un exemplaire de ce livre sur les grands prophètes universels (dont Jésus de Nazareth) et, en effet, cela m’avait ouvert les yeux, à vingt et un ans. Il y avait d’autres « fabuleux Jésus » à travers l’histoire et le monde !
J’ai lu, jeune aussi, « Le zéro et l’infini » par Arthur Koestler et son livre m’avait ouvert les yeux, pour toujours, sur le totalitarisme, sur les dangers des idéologues devenus fascistes. J’étais inoculé, et à jamais, contre les utopies qui tournent mal, de Marx à Trotsky, de Lénine à Staline. Des jeunes d’aujourd’hui trouvent-ils des lectures aussi essentielle ? Je l’imagine. Je le veux tant. Je le souhaite.
J’écoute Richard Desjardins à la radio de la SRC. Grève oblige, on fait sans cesse tourner —parfois— de fameuses chansons d’ici et aussi, hélas, des niaiseries sonores à la mode. Cet abitibien, Desjardins, fait très amateur. Sa voix de « non-professionnel » captive pourtant. Sa diction est molle. Ses articulations exagérées en font un ti-coune chanteur ! Bref, il fait « habitant » à souhait. Efféminé aussi comme on l’entendait jadis avec « le fou du village » (ou du quartier) pas bien viril, aux manières (on disait) « affectées ». Et puis, on dirait la voix d’un vieillard soudain ! Ah oui, c’est un personnage…sonore rare. Intéressant. Je fredonne avec lui : « …aux pattes de velours… » et « …la peau de ton tambour… » C’est bien, c’est simple, c’est vrai. C’est beau, Desjardins, souvent.
5-
Au Salon à Trois-Rivières, je fais connaissance avec la sœur de Luc Lacoursière (un Trifluvien !) que l’on peut voir souvent à Canal Historia devisant avec Charron. Cette Louise publie une biographie (j’oublie son sujet, sur une femme hors du commun). Elle est dynamique et défend bien son bouquin sur cette scène d’un recoin du Salon. Après notre petit « show », rencontre de trois autres sœurs (des aînées) de Lacoursière. Il semble tout fier, avec raison, de sa famille. Ses yeux brillent. J’ ai vu des femmes réveillées, humoristes et très en forme.
Quel plaisir ces rencontres familiales ici et là. Ce cher Québec comme une vaste nation tricotée serré et farouche, contenant des êtres formidablement énergiques. Il y en a plein. J’en croise partout. On ne le sait pas assez. Au Salon, sur cette scène, quand j’ai dit : « Tout le monde est un roman », il se fit un grand silence soudain. « Chacun de vous, ici, a son roman. Il y a une histoire fabuleuse à raconter avec chacun d’entre vous. » Silence encore plus fort. « Vous n’êtes pas n’importe qui. Vous valez beaucoup. Vous devriez écrire votre vie, au moins pour vous d’abord, ce récit de votre vie vous aiderait à faire le point. » Il y eut un silence fracassant dans la petite salle du Salon.
Je le pense. Franchement.
6-
Je rêvais ? Summun de la folie scénographique !Incroyable ! Ce que je vois…à TV-5, un décor en forme de trou ! Deux femmes en face à face avec les jambes dans ce trou ! Allez-y voir c’est à 21h 30 tous les lundis.
Non mais…Folie rare ! Quel con ce designer ! Quel con le réalisateur qu a dit « oui » à ce trou rond. Vraiment, Aile et moi, on en revenait pas. Émission belge, je pense bien. Une questionneuse, les jambes dans le trou, face à sa questionnée, les jambes dans le trou. Soudain, tenez-vous bien, top shot, vu en plongée, et au fond du trou, des photos ! Non mais..
Faut-y être assez tata ou toto ! Ah, la télé, parfois, on y fait des trouvailles d’une bêtise visuelle achevée.
Donc, dans ce trou de beigne, une certaine Ingrid Bétancourt. Une femme venue du jet set en Colombie, un papa ambassadeur, ministre aussi et le reste. L’Ingrid, aujourd’hui enlevée et gardée dans un camp de terroristes colombiens, a connu une jeunesse dorée dans un beau quartier de Paris. Puis, sa mère, un ex-Reine de beauté, deviendra député colombienne ! Eh ! Elle risquera la mort un mauvais jour d’attentat.
La maman ex-Miss, sous le choc, racontera les affres à sa fille gâtée et voilà poindre l’égérie du peuple, autoproclamée je crois, en campagne électorale. Pour symboliser la pourriture des gouvernants, Ingrid B. distribuait partout des… capotes. Sida et favoritisme :même combat ! Son papa, dit-elle, fut bien scandalisé. Hon ! Pauvre papa, pauvre « tite » fille à papa !Ça sent drôle e son aventure, ça sonne bizarre.
Dans le trou, elle raconte tout cela. Avec photos dans ce trou… Oui, on peut zieuter ce trou folichon tous les lundis soirs à TV-5. Et vive les scénographes belges !
J’ai un peu lu (« Le Courrier international ») sur cette Bétancourt qui veut devenir, excusez du peu, prochain Président de la Colombie ensanglantée, dominé par des cartels-à-drogues infâmes. C’est un personnage. Elle dit être « fière d’avoir abandonné sa famille…pour la lutte politique ! » Oh la la ! moi, ces valeureux batailleurs pour la justice universelle qui, irresponsables, se fichent de leurs enfants et de leurs proches…Hum ! Suspects, je vous dis !
Bon, c’est à suivre —loin du trou belge— cette captivité de la Bétancourt, fille surprotégée changée subitement en militante de gauche. C’est curieux, j’arrive mal à la prendre au sérieux, elle a dit —les pieds dans ce trou— des choses solides, a pu dénoncer intelligemment la situation horrible dans sa patrie aux prises avec « mafia-à-drogues et gouvernement réunis ». Pourquoi ? je ne sais trop. Ma défiance des « gosses de riches » devenus aspirants-au-pouvoir ? Devenus de braves prolétaires trop soudainement ? Je sais pas.
Mais reste ce trou ! Le ridicule tue, dit-on ? Quand ça ?
6-
Samedi midi, vu grand’maman Lescop, à Trois-Rivières. Je l’aime. Cours toujours l’embrasser. Elle m’est un modèle. De quoi ? De tout. Son acharnement à trouver le bonheur simple, à dénicher du bon sens partout. À ne pas craindre de vieillir. Vu aussi, samedi soir, le mitraillé encore vivant, Michel Auger. Chaque fois, à ces Salons, je le touche. Et encore. Il rigole. Se bidonne. Quoi ? Comme on nous faisait toucher le tombeau, ou le coeur, du Frère André, le thaumaturge décédé de l’Oratoire, enfant. Un miraculé comme Michel doit porter chance, non ?
Fétichisé par moi, Auger se laisse toucher volontiers, goguenard, avec ses six balles restées dans sa peau ! Il me revient dimanche, au kiosque de « Trois-Pistoles éditeur », me dit : « J’ai des amis qui ont des projets, mon Claude. Ça t’intéresserait de lire la documentation sur le fameux caïd Lemay ? En vue d’un bouquin ? » J’ai dit « oui ». Je dis toujours oui, moi, ma foi ! On jasait sur l’évasion rocambolesque —survenu jadis tout près de chez moi— du « capo » mafieux, un certain Lucien, arroseur de patinoire de prison, organisateur des Libéraux du temps. Sauvé par ses copains de l’Organisation libérale, je le jurerais.
7-
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Vous publiez cela. Dans La presse, par exemple. Samedi le 13 avril, par exemple. Vous signez Pierre Foglia. Et vous vous croyez ben smart, gros malin, si liucides !
Comme c’est niais. Une telle affirnmation fait voir un puérilisme rare. Ce chroniqueur surdoué, ainsi, parfois, fait le faraud. Pour faire le faraud ? Je le crains. Avec lui, c’est pourtant rarement manichéen ! Ni tout noir, toit blanc, Dieu ,merci ! Un jour il se méfie justement du compartimentage, le lendemain, il y tombe délibérément. Misère !
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Comment oser dire une telle ineptie ? Il n’est plus un ado révolté. Il y a des religions utiles ? Et lumineuses. Oh mon Dieu oui ! Et comment. Qui a vécu les yeux ouverts le sait bien.
Certes, c’est aussi (en dehors des grands mystiques) un instrument de consolation universel et indispensable. Tous les mal pris de cette terre de misère le savent bien.
Consoler. Il faudrait être quoi ?, snob, mondain (ce que n’est pas Foglia quand il oublie ses goûts pour les fromages exotiques rares et les vins fins) ) pour cracher sur ce rôle. Oui, consoler.
Un jour, celui-là qui pisse sur tout ce qui est religieux, spirituel, se retrouve sur le cul; tombé bas, très bas, aux prises avec la terrible Camargue qui le nargue. Ça peut être vous, ou moi, ou lui, Foglia-le-superbe.
Alors , on voit le faraud qui prie, qui cherche une Providence, un Être suprême, un…Dieu. Il a besoin d’une ultime dernière raison pour s’accrocher à son petit reste de vie. Et je ne ris pas, vois ne riez pas, Foglia non plus ne rira plus. Cette vieille…ce vieux…cette jeunesse surprise, face à l’Achéron.
Je ne cracherai jamais sur les religions. Est-ce utile de rappeler à ce Foglia qui jouait samedi le « fridolin », le ti-coune mécréant d’un samedi, que la religion de Jésus fut une révolution, Qu’elle a sauvé de la mort sans but, de la mort animale, de la mort anonyme, humiliante —et aussi de la crève spirituelle totale— des centaines de milliers d’abord, puis des millions d’êtres humains. C’était quand la vie ici-bas, pour les majorités, n’était qu’épreuves de force. Que la haine était le moteur de toutes les nations.
« Toutes les religions sont obscurantistes? »
Propos de gnochon. Je ne suis plus « pratiquant » si je ne suis pas athée mais je sais que la —ou « les », peu importe au fond— religion des hommes n’est pas venue par un tour de sorcier ni de baguette de magicien.
Il y a un besoin. Il y a une nécessité et je fuis celui-là, candidement hautain, naïvement fier, puissant de son athéisme militant, qui bafoue, moque, ridiculise, réduit le sort religieux, abri des abris, de ces multitudes humaines —avec les Yavew, Allah, Bouddha ou Dieu— sur cette terre tiraillée.
Facile de cracher, de pisser, de chier sur le fait religieux. Prendre garde, un bon jour, un mauvais jour, le sort frappe le crâneur tombé à genoux. Maladie ou perte très chère. Flétri, miséreux, perdu, on le verra soudainement lever les yeux vers le ciel.
N’importe quel ciel. Celui choisi par les siens, hérité de son enfance, le plus souvent et Don Juan-le-gaillard remue les lèvres. Il prie. Il implore. Qui a envie de rire alors ? Personne.
Les chanceux du sort, Foglia, vous, moi, nous avons devoir d’humilité, de compassion au moins, de solidarité minimum, le devoir de bien savoir que le funeste Brancardier, la sordide Faucheuse, peut bien un matin, un soir, s’approcher… Et alors, qui sait, le sentiment religieux pourrait bien être le seul refuge.
Ne pas dire, jamais, « toutes les religions sont obscurantistes », c’est si court, si faux. Si facile et injuste. Je n’oublie pas, pas du tout, les gourous, abuseurs, démagos, profiteurs et leurs sectes, paresseux parasites, vautours des innocents. Je voulais parler des vieilles religions sur cette planète.
Il faut avoir la modestie de nous taire parfois.
Foglia passait son tour hélas, samedi dernier. Il ne mérite pas ça, ça quoi ?, de s’aveugler si bêtement. Une simple échappée niaise à cause d’un mini-sabre, kirpa sikh —ou d’une calotte, d’ une burqa—naïvement symbolique.
Il y a eu et il y a des religions, non pas obscurantistes, mais éclairantes, lumineuses, éblouissantes pour les humains blessés, désespérés, tombés.
Je vis sans…
mais si, un jour, un certain noir destin frappe chez moi, j’y aurai recours sans doute.