Le mardi 2 avril 2002

Le mardi 2 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
Remontée vers les Laurentides sous un ciel plus clair qu’en ville tantôt. Plus clair qu’au dessus du vaste cimetière sur le mont Royal. Sommes allés offrir nos condoléances à l’animatrice Lise Payette qui vient de perdre l’imprimeur Bourguignon, son compagnon de vie. Visage défait, voix fragile. Autour du cercueil, sur deux babillards de liège, plein de joyeuses photos en couleurs du temps que son « chum », Laurent, était bel et bien vivant. Elle habite au très chic « Les Verrières », et nous la croisions parfois (tout comme Guy Fournier) allant visiter mon cher —maintenant disparu—, Ubaldo Fasano, dans son île des Nonnes.
Aile-Rayon fut sa réalisatrice du temps de son talk-show « Liz lib ». De plus, elle réalisa quelques épisodes de ses feuilletons jadis.
J’ai passé assez souvent sous ses fourches et piques moqueuses…une fois accompagnant mes père et mère, vers 1975. Pauvre papa, je m’en souviendrai toujours, il avait énergiquement dansé face à une Lise amusée, un peu de rigodon, de gigue, dans le couloir des caves du Vatican-SRC.
Lise pas vraiment étonnée, venant de Saint-Henri, ayant eu une maman femme de ménage connaissait bien le populo : « Ouen! M’sieur Jasmin, vous restez en forme, c’est beau ça, c’est bien. » Et mon Édouard de se calmer, fier une fois de plus de démontrer sa bonne forme à 70 ans. Le drôle de cabot à cette époque où il prenait confiance en lui comme jamais sachant que ses céramiques « primitives » s’envolaient à Toronto, à la Galerie Prime, rue Queen.
2-
Nerveuse, tendue, Rayon revient d’une promenade dans les alentours. La grosse affaire ? L’énervante affaire ? Fini la cigarette depuis lundi matin ! Elle en bave. Davantage que moi. C’est dur mais…je parviens à rester calme. Pour Rayon, c’est la punition des punitions. Elle souffre. Elle se sert de la béquille dite des « patches ». Je souhaite que, cette fois, ce soit la bonne, la définitive. Mon grand amour est toujours à court de souffle. Il fallait agir. Il était temps ! Quelle folie : simplement pour nous être décidés à lâcher la cigarette, nos vies en sont comme bouleversées ! Seigneur : qu’est-ce que ce serait si nous devions vivre en Palestine… ou chez les Afghans ? Pauvres petits bourgeois énervés de devoir abandonner bien simplement une sale manie bien niaise : le maudit bonhomme Nicot !
Hier soir, la télé de TV-5 pour un gala. Un autre ! Celui des comédiens de France…de Paris surtout, bien entendu. Si joli théâtre comme décor de ce gala des « Prix Molière », une de ces « bonbonnières » parisiennes, celui dit de Mogador. L’acteur Philippe Noiret, hôte d’honneur, raconte une anecdote : « On demandait à un acteur ancien ce qu’il faisait pour aider les plus jeunes et il répondit : je vieillis, monsieur, je vieillis. » Un humoriste s’amena pour imiter, non sans cruauté, le « mondain sympa » Jean-Claude Brialy. Effets garantis sur sa salle. Certaines allusions « politiques » de l’heure amenèrent de vifs éclats de rire. Élections présidentielles bientôt obligeaient, quoi !
C’est le défilé des « remercieurs » comme partout bien entendu mais j’aime ce gala, comme celui pour le cinéma de France, c’est à Paris, ma chère mecque à moi, pas à Hollywood, c’est en français, ma précieuse langue maternelle, pas en américain. Cela me fait toujours chaud au cœur et, chaque année, je me surprends à m’émerveiller pour un simple mot d’esprit, un coin de décor bonnement bien imaginé, une phrase bien tournée, une apostrophe bien frappée. Un des numéros a montré deux candidats politiques à une table des médias en vue d‘un débat. C’était fort bien fait, mené avec énergie, rempli d’effets sonores extravagants, mimiques de robots-humains bien mécanisés, gesticulations caricaturales mécaniques, le tout d’un comique renversant. Si loin des « chiards » dansés routiniers à Hollywood. À ces « Molière, un autre numéro avait fait voir l’acteur Dussolier, lyrique, déchaîné, moquant les vers ciselés des Corneille et Racine. Une parodie d’un désopilant renversant. J’ai ri et ma Rayon encore davantage. Le numéro du champion-cycliste fut, lui aussi, d’une formidable venue dans la parade, toujours lassante, des lauréats. Trois heures de télé presque qui parurent une seule. 3-
Samedi dernier, nous avons loué le très divertissant : « Le vol » avec l’acteur Gene Hackman, toujours épatant. Il y a longtemps que nous admirons ce grand dégingandé, ce gros bonhomme carré. Hackman joue si vrai, il offre à chacun de ses films un caractère d’un rare naturel. Dont on se lasse jamais, qui est pourtant basé, axé, sur une série de petits gestes, regards, expressions faciales…toujours les mêmes ! Une fois vu, on ne retiendra rien de l’histoire, comme toujours avec ces films de bandits. Début : préparation d’un gros vol et sa réussite. Une importante bijouterie de Boston. Le riche « commanditaire » mafieux de Hackman et ses lurons (joué par le nabot De Vito) veut tout de suite la réussite d’un deuxième vol. Un coup délicat dans un avion suisse à l’aéroport bostonnais. Déboulent donc une série de cascades. Un cinéma bien fait juste pour passer le temps…que j’aime bien.
Voilà que Rayon me parle déjà avec enthousiasme de Denis Thériault pour son « Iguane » Elle est toute prise. C’est merveilleux. Elle a hâte de poursuivre, au lit, la lecture de ce nouveau roman québécois, tant vanté par Martel. Hâte, moi aussi… qu’elle achève sa lecture.
J’ai terminé hier soir, au lit, l’ancien livre de reportages de Joseph Kessel. Le dernier lot d’articles (pour « Le matin » du temps) raconte pas bien un début de guerre civile en Espagne, précisément à Bacelone. Mais je retiens, et à jamais les excellents « papiers » du reporter Kessel sur
1-) Le marchandage des esclaves en Afrique de l’est, chez les marchands (éthiopiens) en faveur des Arabes de l’autre côté de la mer Rouge. Des écrits terribles, accablants, terrifiants. Ils font voir que l’esclavagisme si dégradant se continuait encore longtemps (années ’30 !) après les lois l’interdisant non seulement en Amérique mais partout dans le monde civilisé.
2-) Fantastiques descriptions de Kessel (1929) des Allemands au bord de sombrer collectivement dans le fascisme du nazisme. Kessel, qui écrit si bien, donne un portrait saisissant des bouges et des bordels, des caves bizarres du Berlin ruiné (par Versailles en 1918), aussi du Berlin tragique quand communistes et nazis tentent de rallier les démunis, les ruinés, les misérables berlinois de cette époque. Un reportage parfait. On y est.
3-)
J’ai aussi aimé énormément Kessel s’installant à New-York pour raconter à ses lecteurs les terribles effets de la fatale grande Crise économique de 1929.
Bizarre ce New-York de 1929, énervé, terrifié, alors que le 11 septembre…
C’est écrit avec « un art consommé », comme on dit comiquement. Les vivantes observations de Kessel font qu’on y est, qu’on voit les vitrines vides partout, Central Park couvert de vagabonds en loques, des mendiants rôdant hagards la nuit, dans la 5 ième Avenue comme à Broadway, les « soupes populaires » où, humiliés mais restant dignes, bien vêtus encore, d’ex-spéculateurs, millionnaires ruinés, vont manger.
J’avais souvent entendu vanter la valeur de cet auteur. Il était temps que je puisse vérifier cela. C’est fait. Vraiment un talent hors du commun.
4-
Dimanche soir, bonne bouffe populaire —pas trop chérant— au « Chalet grec » dans la rue Principale de Saint-Sauveur. Retrouvailles heureuses des enfants et des enfants de mes enfants (Lynn et Daniel) avec la tribu de ma bru, des La Pan. Grand restau au classique décor fait d’étalages d’objets « nordiques », métissage de « gecqueries ». Mes calmars étaient bien parfaits. Il fallait y « apporter son vin » ce qui réduit toujours le prix des factures, Dieu merci ! Nous avons terminé la soirée au chalet du frère de ma jolie bru, Murray—un prof— pas loin du Lac Millette. Dessert de sa Paula —encore une prof !— pas piqué des vers :fraises chocolatées ! Yum ! Bons cafés. Le chum de la sœur de ma bru…quoi ?, oui bon, le Paul Paltakis soudain fier des arts et cultures des ancêtres du temps…de… proche de Noé. Je le taquine. Il a entrepris de traduire —et d’adapter— mon vieux roman, de la « fantasy », « Le loup de Brunswick city ». J’ai confiance, il est fou de la nature !
Je m’anime et anime nos convives. Trop ? Gros yeux de Rayon quand je tente d’aller trop loin en caricatures familiales !Bruits qui montent. Les demi-sourds comme moi grimpent sans cesse dans l’échelle des décibels hélas. On rit. Jaune ? Bleu ? On rit. Nous rentrerons légers, contents, bien heureux de cette rencontre qu’une Carole —La Pan— ne cesse pas de susciter alors qu’elle a tant de chats à fouetter. Il faudra qu’un jour je lui accroche un gros ruban doré marqué « merci Carole ».
Comment y arriver : aller cherche un classeur de métal chez ma sœur, Marielle, à Rosemont, lui rapporter une berçante d’érable, ramener une table à dessin qui gît —chez ma fille, Éliane— sur une terrasse ouverte aux pluies… Bon, j’y verrai. Dénicher un « panel », un camion ou une « van », celle de Marco ? Oui, j’y arriverai. Gros problème métaphysique hein le bonhomme !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *