le vendredi 5 avril 2002

le vendredi 5 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)

1-
Bon, enfin, soleil dans tout le ciel laurentien. Mais ce froid qui dure… ouash !» Beau printemps quand reviendra-tu… »chantions–nous jeunes. Daniel me courriellise qu’il a beaucoup aimé « le ton familier » mon petit dernier : « Écrire ». Je lui avais offert ce bref bouquin de « confessions d’un raté » à Pâques chez son beauf Murray, à Sant-Sauveur. Mon « Je vous dis merci », il l’a parcouru « en diagonale », me dit-il. J’aime bien ce genre de fils qui n’est pas un « fan » aveuglé, qui ne scrute pas tout ce que le paternel publie. C’est un signe de bonne santé, il me semble. Je plains toujours ces enfants de « notoriété » qui semblent vivre plutôt éblouis (ou écrasés parfois) par une mère « célèbre » ou un père « connu ». Content de vérifier ainsi que mes enfants vivent de façon autonome, pas en petits satellites dépendants, vraiment hors d’une certaine célébrité…si écrasante dans tant de cas, hélas.
Je pourrais donner des noms d’enfants de « vedettes » pris, englués, énervés, vindicatifs, geignards, enfermés dans un cercle vicieux. Il y a chez cette Iseult (fille de Riopelle), par exemple, une sorte d’acharnement —à tout vouloir compulser, archiviser, numéroter le moindre dessin de « pôpa »— qui me semble frôler la névrose ! J’espère me tromper.
Ainsi, je n’ai jamais eu un zélote tout dévoué, consacré, vestale illuminée par « bibi ». Je songe à une Janine Carreau, dévouée « servite » de son grand « homme » le peintre Gauvreau, je songe à Yolande Simard, l’épouse du cinéaste et poète Pierre Perrault en zélatrice forcenée, en publiciste infatigable. Et qui encore ? Cette dame « doctoresse-en-lettres » qui couvait le Gaston Miron, une protectrice rare. Moi ? Personne ! Jamais. J’aurais pou engendrer cette fascination. C’est assez facile. Une Lorraine (?) se fit enfirouaper totalement par l’Yves Thériault que c’en était cocasse ! J’aime autant pas. Je n’apprécierais pas trop ma chère Aile, mon doux Rayon, en docile thuriféraire et cérémoniaire aveugle. Non !
J’aime mieux vivre libre et mal protégé.
2-
Hier, séjour en ville. Dès potron-minet, appel de Tva : une recherchiste comique, farceste (!) et pleine d’entrain. « Ma patronne, madame Cazin, vous veut. Faut dire « oui ». Elle rit. Elle ricane. M’e taquine. Me défie. Elle rigole. Je me laisse amadouer et je dis « oui ». Au petit-déjeuner : Aile, aussi nerveuse que moi sans la crisse-de-cigarette : « Vas-y, va-t-en, je peux plus t’endurer, ni m’endurer du reste. Oui, pars et vite ! » Comme dit le roman qu’elle achève et que j’ai abandonné : « Pars vite et reviens tard ! »
Je pars. Seul. Je suis comme elle, impatient. Intolérant. À tout. Maudit tabac du yable ! Je suis donc, après maquillage, au studio de « Dans la mire » vers midi. Discussion du jour : « Ce juge (Baraquett) qui se méfie des assistés sociaux comme valables et stimulants éducateurs ». Qui le dit en coir, de son banc. Qui a osé le dire. L’innocent ?
Vaste sujet. Y aller de nuances ? Un peu, si possible. Ça va vite la télé. Faut résumer. Faire image. « Je touche et je compte », dirait- Cyrano ! Faut ellipsiser (!). Faut pas rentrer dans d’oiseuses spéculations. J’aime pas trop. J’aime polémiquer cependant.
Or, ce même jeudi matin, « le bureau » de Pierre Bruneau, chez TVA, sonnait aussi chez moi : « L’affaire de l’encan sur Internet des souvenirs du grand Maurice Richard ».
Pour ou contre ?
Vite, prononcez-vous ? J’y vais d’instinct. Ce glorieux joueur, « un p’tit gars de Bordeaux » —oh, je l’ai dit— nous vengeait, nous accordait de la bonne et chaude lumière, ses victoires incessantes nous faisaient tant de bien, nous rendait enfin un peu plus fier de nous tous, collectivement. Je dis : « Oui, l’État devrait conserver tous les souvenirs de cette fabuleuse « étoile » du hockey ».
C’est parti. Il y aura un enregistrement vers 15 h au 10 ième étage de Tva. À midi et demi, l’animatrice, sorte de Claire Lamarche plus politisée, Jocelyne Cazin, semble bien contente de son invité : « Vous avez beaucoup d’humour, j’aime, ça me va toujours ! » Bon. Je quitte la pace. Il est 13 h. Je vais donc luncher…où, à La Scala ?, à La Diva ?, non, faire simple, manger pas trop longtemps puisque je n’ai plus (martyr !) mes chère cigarettes. Allons à la cantine de la SRC, « Chez Miville ». Comme si souvent, jadis, de 1971 à 1985. Grévistes partout devant les entrées. Ça me rappelle des souvenirs d’anxiété —j’étais avec deux enfants jeunes sur les bras—, d’angoisse folle après 60 jours de grève en 1959, de désarroi grave quand la CiBiCi d’Ottawa disait aux « ploucs » du réseau français : « On congédie tout le monde… « Yes, we scrapt to the botom ». Le gréviste réticent, René Lévesque, ouvrait les yeux face au mépris total envers ces « lousies frenchies from Kouaybec » et, à jamais, devenait nationaliste fervent !
Hier midi, un vieux gardien (vieux comme moi) : « Passez, je vous reconnais. » Petit steak chétif pas cher « Chez Miville ». Une bière. Un morceau de gâteau, hon ! quoi ? faut compenser pour l’absence cruelle de « cigoune », non ?
Retour à Tva : micro aux basques, oreillette au fond d’un tympan, une caméra-robot me fixe de son trou noir dans une sorte de placard, cagibi étroit, et c’est parti. En duplex électro, Franco Nuovo ricane : « Non et non, rien payer pour les « cossins » de Maurice Richard ». Je le traite de mécréant, d’ingrat, de…de mondain déraciné. L’animateur Bruneau se range de son bord ! « Quoi, dit-il, faudra-t-il un musée à Madame Jeannette Bertrand aussi ? » Quatre minutes. Nous chamailler. Vite brûlées ces minutes ! Vainement ? Bof ! Le public voit, écoute, se divise. Deux clans : les « vieux » qui ont tant aimé ce héros national, respecté partout jusqu’aux USA, ce joueur si fougueux, si unique, et les « jeunes », qui ne l’ont pas vu si combatif, si vivant !
3-
Je vais lire « L’iguane » , Aile, qui vient de le terminer, me le conseille très vivement. . Après « Les jours de l’aventure » de Kessel, j’ai terminé, hier soir, « Un loup nommé Thériault par son éditeur (à la fin de sa carrière, longtemps), Beaulieu. Eh oui, juge et partie ? ! Eh bin oui :pas gros gros de crédibilité ? Bof, c’est couru. Un livre pigé au kiosque du Salon de Gatineau.
Ici et là, Victor fait bien savoir qu’il n’avait pas d’amis, qu’il avait un sale caractère, qu’il était sauvage (un loup ?), qu’il mentait, qu’il promettait vainement, qu’il trichait ses éditeurs, etc. etc. Eh oui, un sacré bonhomme le Thériault ! Sans cesse, Lévy Beaulieu vient se mêler à la danse qu’il a « callée ». La vie de Thériault entre en constante comparaison avec la sienne. Une méthode dangereuse ? Oh oui !Cela donne pourtant de forts et de bons passages. Quand le biographe — mais il s’agit davantage d’une sorte de portrait impressionniste que d’une véritable bio— veut décortiquer (et analyser) l’intrigue de l’un des romans de Thériault, il s’enfonce parfois dans des explications —symboliques, psychanalytiques— qui sont lassante et bien indigestes. Le plus souvent c’est un récit stimulant. Et Beaulieu a mille fois raison de parler de l’un des « premiers » écrivains professionnels d’ici malgré toutes les horreurs rencontrées en cours de carrière dans ce petit pays frileux des années «’40 et ‘50.
Il ne se fait pas du tout le soigneux et méticuleux François Ricard (pour Gabrielle Roy) de l’auteur d’ « Ashini » etc d’ « Agakuk », loin s’en faut. On n’apprendra pas, en détails, et avec une bonne chronologie, tout les tours et détours de l’existence du gaillard de Notre-Dame de Grâce. Oh non ! C’est une sorte de petite, et dynamique, murale, une mosaïque et on y glanera mille et un secrets (sur son biographe aussi !) sur ce vif désir, ce besoin compulsif de « gagner sa vie en écrivant ». Cela lui fera rédiger des proses disons peu méritantes ! Thériault le savait bien. Je pourrais rédiger des dizaines de pages sur ce « Loup… Thériault » tant certains passages me dérangeaient. Mais bon, ici, je tiens un journal, je ne compose pas un essai.
4-
Avant cette lecture du « LOup…Thériault », j’ai lu la deuxième partie de « Deux solitudes ». Ce terme qui m’enrage tellement… puisqu’ il n’y a pas, ici, au Canada, « deux solitudes », pas du tout, mais deux « nation » et que si l’une ignore l’autre c’est tout à fait normal.
Pourquoi voulait-on tant unir deux nations si différentes, dissoudre ces soi-disant solitudes et faire de deux mondes si différents en tout, une seule race, et ce beau grand pays bien uni.
Foutaise. Niaiserie bien fédéraliste. Et ici, l’éditeur, hélas, entérine ce leurre. Cette escroquerie. « Deux solitudes », un titre con donc !
Sans doute fort estimé par la CiBicI-Radio-Canada-Rimouski à la base du projet de cette rencontre « fédéraste » Atwood-Beaulieu ! Mais, il n’en reste pas moins que ces entretiens offrent des passages souvent fascinants. Au départ, il s’agit donc d’émissions de radio (Doris Dumais à la réalisation). La mère Atwood, un auteur aux antipodes du Beaulieu, en première parie (du spectacle radio) m’a vite lassé. J’y voyais tant de pieux mensonges, d’aveuglement volontaire, d’ignorance calculée de l’autre (son questionneur, Beaulieu) que j’enrageais.
J’ai donc sauté à la partie numéro 2, quand c’est la bonne gemme Atwood qui, déménagée aux Trois-Pistoles, doit interroger l’habitant. Ce dernier , ici et là, joue le jeu et fait mine d’être tout préoccupé par le sort du Canada-anglais.
Oh le raminagrobis ! Oh le gros malin ! Victor sait de quel beurre est constitué ce genre d’entreprises « fédérates » (comme dans scélérates ?) et pas fou, il installe des parallèles dont il se fout carrément.
L’un, on le sait, vient de la très grande pauvreté, du déracinement paysan à 12 ans, a vécu dans un Montréal-Mort paupériste, avec un papa gardien d’asile, mal payé et guettant les pensions des enfants grandis sans cesse, l’autre, la Margaret, avait un papa instruit, savant même, a vécu à bonne banlieue de Toronto, fréquenta de bonnes écoles et, chez elle, avait accès à la solide bibliothèque du « docteur » Atwood. Victor, lui, n’avait que l’« Almanach du peuple » pour lecture fondamentale. Bref, cela donne un livre curieux.
Avec précaution et « belles manières » le duo « contre-nature » contourne un tas d’écueils. Jamais, m’ame Atwood affrontera honnêtement son vis-à-vis sur la question de l’indépendance du Québec . On tourne gracieusement autour du pot ! Elle fait des farces légères, des blagues lourdes, elle joue la comique, elle flirte avec « la cause sacrée » et tente sans cesse de glisser vers la frivolité.
En somme, c’est : « Il y a des micros, on va pas se crêper le chignon, on sait vivre, n’est-ce pas mon jeune camarade ? »
Mon Lévy patauge, rit avec elle, sous cape, sans cape —bourre sa pipe, sort le chien, on l’imagine—, tente de lui démontrer que l’on est pas un tribu de constipés et…en fin de compte, tout le livre-radio va sombrer dans du méméring assez falot ! Avec beurrage culturel sans cesse : Je te sors mes auteurs favoris, mes lectures fondatrices, tu me sors les tiens. Bref, un livre de radio mondain, pleutre, assez pour pas déranger les subventionneurs de l’entreprise, les patrons de la Ci Bi Ci.
Bravo ! J’en aurais fait autant, —il faut vivre— il faut pas cracher dans la soupe et personne n’est dupe. Cette soupe, on la sert si rarement aux écrivains ! La cantine est habituellement réservée aux « zartistes » du music-hall, des variétés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *