Le mardi 9 avril 2002

Le mardi 9 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)

1-
Bon sang, retard dans ma ponte de diariste ! Depuis quelques jours, problèmes avec l’ordi. Plus moyen d’activer la fonction  » courrier  » Appel d’une experte, ma voisine d’en haut (Sommet bleu) la polyvalente Carole LaPan. Elle est venue hier soir, lundi. Pif, paf ! Ça n’a pas traîné. À la poubelle l’icône  » courrier  » – corrompue me dit-elle !- nouveau sigle et hop, ç’est repartit. Tout fonctionne. Ce midi, devoir répondre aux courriels divers. L’ami d’enfance, Deveau, me donne son adresse à Vancouver, par là ! Il a entendu parler de mon conte  » Chemin de croix  » et du hangar aux supplices. Une dame veut se procurer ce  » Écrire  » et semble ignorer l’existence des libraires ! Lagüe, un ex-camarade de travail, me remercie pour un petit papier envoyé au bulletin des retraités de la SRC, sur la mort de bouillonnant Chardola, jadis, cameraman expert. Jacques Keable, ex-camarade à  » La Presse  » et à  » Québec-Presse « , me veut en signataire d’une pétition à la chère Diane Lemieux,  » boss-ès-Kultur à Québec. Des VIP souhaitent arracher une sculpture de Riopelle,  » La joute  » (jadis :  » Le jeu de drapeau « , c’était mieux mais! ), du quartier Hochelaga (proche du stade olympique) pour l’installer en milieu chic et prestigieux, au Palais des Congrès ! Hochelaga c’est trop minable pour un Riopelle ? Les salauds ! Je proteste volontiers ! Quel snobisme !
D’autres messages sont plus! familiaux. D’ordre plus intime et sans intérêt pour les hors-famiglia !
Climat du diable ce matin en pays laurentien et qui persiste et qui s’envenime! Brume partout ! C’est triste. Ça fait pas avril du tout ! Bien moche de ne voir que des silhouettes d’arbres ! floues d’ailleurs ! Le ciel emmêlé au sol, un seul ton, gris-blanc, sorte de lumière fumée décourageante ! On annonce du soleil pour demain. Ouf !
2-
Hier soir, ai expédié les jours de décembre de ce journal chez la  » femme forte  » de Beaulieu, à Trois-Pistoles, Katleen. Pour pré-production quoi. Gros boulot pour l’amateur-en-ordi que je reste. Maintenant, je dois continuer ces envois :pour janvier 2002, etc. Je n’aime guère ce travail de! bureaucrate. Faut. Aile-Rayon me fait mâcher une sorte de gomme anti-cigarettes. Du vrai mastic. Du goudron. Elle a ses patches ! Je n’en veux pas. Ma haine et ma méfiance viscérale, irrationnelle, envers tout ce qui semble! médical. Et dire que, dans une heure, rendez-vous à une clinique de Saint-Sauveur où Aille m’a déniché (malgré moi, malgré moi !) un toubib libre. Le but : bilan de santé ! Je grogne mais je consens. Tout pour son bonheur. Elle y tient tellement :  » Savoir si jamais! En cas!  » Elle va répétant : prévention, prévention ! Rêves, ces temps-ci, fréquents. Manque de nicotine ? Hier, c’est l’été, canicule montréalaise, pris à courir à gauche, à droite, but confus, tramway rue Saint-Denis, soleil archi lumineux coin Mont-Royal, petite foule d’ambulante, des restaus, un vieux du journalisme, juché sur un haut- balcon qui gueule après moi, ricane, boit sa bière, bave, me fait des grimaces, embarquement avec Aile, un bus de la CTCUM, gare coin Iberville, on sort, le bus s’en va, j’ai perdu mon bagage, dois aller à un guichet, microphones, appel au chauffeur du bus, description de mon sac noir (actuel), inquiétude, Aile rit de moi, je me moque de ses moqueries, ambiance curieuse, irréelle, surréaliste (style :  » Une nuit, un train « , le film ) prise encore d’un tram, chargé, foule hilare, c’est joyeux et c’est aussi inquiétant, je sens un peu de panique chez Aile, des gens se ruent dans des magasins sombres, ils vendent quoi ?, mystère, des gardes se cachent derrières des autos, des recoins, la ville se prépare à je ne sais trop quelle genre d’émeute, on va et vient, on s’égare Aile et moi, on joue de correspondances, ces vieux papiers de jadis, avec trous des poinçonneurs, on tourne en rond, sortant de tram, de bus, je ne sais pas on l’on doit arriver, au fond, une sorte de labyrinthe fou! Je me réveille.
Ma compagne me dit beaucoup rêver elle aussi. Oui, manque de nicot dans le corps !
3-
Dimanche dernier, je fais du journal, j’expédie des  » répondre à  » et des messages, puis, premier déboire avec l’ordi, rien ne part  » vers « , ouash !Tant pis, je plaque ma machine, mon fils n’est pas chez lui pour me conseiller, merde ! J’éteins tout quoi, et nous partions pour la ville puisqu’Aille devait voir sa doctoresse (en haute pression) lundi matin, tôt, rue Cherrier. Chemin Bates, le calme d’un quartier désert, calme, un peu lugubre, quand bureaux et manufactures (tel la Sico) sont vidés. Lundi matin, le en examen médical, visite à ma  » petite  » Caisse pop, devenue vraie banque sérieuse comme on sait depuis longtemps. Nous apprenions qu’il a neigé, et la veille et le matin, dans le nord ! À Montréal, rien.
Attendant ma  » patiente  » examinée, j’ai glané dans  » la partie Atwood  » du livre d’  » Entretiens  » entre elle et Victor-mon-éditeur-nouveau. Pas surpris d’y voir une Atwood complètement ignorante de la question-Québec. Courtoisie oblige, mon Vic (en visite chez elle en cette première partie) ne l’assomme pas trop. Trop poli quand elle lui dira :  » Oui, la séparation du Québec, mais.. si, mais si! le Québec veut reprendre le Labrador ?! Si le Québec lève une armée ?!  » Niaiseries romantiques, sauce Scott-le-philo tout énervé en octobre ’70. Vous voyez le genre de questions connes des anglos ignorants. D’une écrivaine pourtant douée et intelligente en littérature. Ah si je l’avais eu devant moi! Mais moi, on ne m’invite jamais (pas fous !) à de tells échanges anglos-francos ! Eh ! Oui, pas fous les organisateurs de  » bon-ententisme bidon.
Rêve autre : un très vieil artiste, un anglophone d’ici, ses tableaux étalés, je vante ses ouvrages, mince aréopage d’aficionados, lui en fauteuil roulant, on me fait jouer un rôle d’explicateur! et expert de son ¦uvre. Un jeune critique, présent à ce pré-vernissage, veut me contredire. Je le plaque, méchamment. Oh ! On se rit de lui. Je triomphe. Facile en songe ! Je vois très bien tous ces tableaux en rêve, un style néo-surréaliste. Je m’écoute sortir mes savantes ratiocinations. Je m’étonne de mon verbiage. Une imposture ? Je ris de moi en secret. Étrange distanciation en rêve ? Les autres sont épatés par mon discours de critique si lucide. Une farce ? Je classe ses tableaux! dans un ordre folichon : selon les couleurs. Bizarre ce classement. Le vieux m’aime bien. Je le défend fermement. Il aurait été négligé, mal louangé en son temps. Je me réveille.
4-
Je lis sur un film avec la Moreau en Marguerite Duras. On a adapté le livre de son jeune assistant et compagnon, un jeune homosexuel déclaré. Un certain Yann Steiner. Le film ne dira rien de cela ! Mystère !  » Cet amour-là « , le livre, racontait les derniers temps de la célèbre Duras.
Photo dans une gazette : chez les vagabonds à la soupe de l’Accueil Bonneau. Au dessus- des tables, un grand cadavre pend. Jésus en croix. Ouash ! À couper l’appétit des gueux, non ? La religion et la soupe de charité. Pouah ! Une morgue officie les mangeurs ! Franchement ! Pourquoi pas l’image d’un Jésus revenu de chez les morts ! Qui monte au ciel ? N’est-ce pas le seul et vrai et grand et difficile message du christianisme ? Est-ce qu’on y croit vraiment à Rome ? Ah ! On a préféré trimbaler dans le monde ce cadavre sanguinolent (oh art espagnol de nos enfances !) pendu à son gibet ! C’est infiniment regrettable. Il est tard pour corriger cela. Très tard. Trop tard ?

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