Le mercredi 10 avril 2002

Le mercredi 10 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Quel changement ce matin : un soleil parfait, un ciel bleu d’un horizon l’autre. Adieu brumes d’hier. Sortant du lit, je suis alors portÉ à ouvrir tous les stores des fenêtres des deux côtés de notre chambre, côté la et côté rue. La chanson :  » Laissez, laissez! entrer le soleil.. .  » La toune bien aimée du fameux musical  » Hair  » est à l’ordre du jour. J’écoute Ravel (oui, son boléro fameux !) sur ma radio-cassette. David, l’aîné de mes petits-fils, au téléphone tantôt :  » Papi ? On en a fini avec la poésie du vieux temps ‹Nelligan à Paul Morin‹ peut-tu m’indiquer quel jeune poète vivant je pourrais contacter ?  » Je lui parle du bon graphiste de mon  » Écrire « , poète avant tout et qui vient de gagner un grand prix à Trois-Rivières, Roger Desroches. David me dit qu’il va aller à sa biblio de quartier (Ahuntsic) voir! Ferait mieux d’aller fureter à la biblio de son université, je crois.
Ai fumé, après le petit-déj, une, oui une, une seule !, cigarette (en réserve, en cas de folie furieuse, dans un tiroir !). L’ai pas apprécié du tout. Donc, je me guéris lentement. Aile, elle, est fermement résolue! avec des patches ! J’espère réussir totalement. Hier, à Saint-Sauveur, en examen  » de bilan de santé  » ‹j’y suis allé en grognant, juste pour faire plaisir à ma chère Aile‹ chez ce docteur Singer (je lui ai parlé de son célèbre homologue, écrivain juif-new-yorkais fameux, il connaît ), ce sera dans un bon français :  » Ah oui, fumer, abandonner complètement cela. Il le faut. C’est entendu. C’est primordial pour votre santé ! Etc.  »
Et ce sera fiole d’urine ‹plus tard pour le sang‹ le coeur examiné, puis les poumons (photo sur plaque froide !), la gorge, les oreilles, alouette ! Même la prostate. Retirant son gant d’examen, Singer me fait :  » Hum, évidemment, cela s’affaisse pas mal, c’est l’âge!  » Ash ! Détester ce mot : affaissement. Je le sais trop. De tout. Parfois, de la mémoire! qui flanche aussi. Chercher longtemps un nom. Misère humaine ! Je devrai aller passer une colonstopémie! non, une colonstétiatite! non, une colon! bon, en té cas, un examen du colon quoi, à Sainte-Agathe. Cela, dans deux ou six mois, on ne sait pas !
2-
Rêves ces temps­ci, je l’ai dit. Cette nuit, je ferai court, personne n’apprécie la matière de ces choses au fond fausses, suis en voiture décapotable (mon ex-carbriolet ?) vers Joliette. Arrivée, théâtre en plein air. Monique Miler, en costume de froufrous violets, mode 1900, avec boa, etc. Elle se démène, joue une star ancienne, maquillage appuyé, et hop ! il faut alors rouler, vite, vite, vers! la suite du show, vers une autre scène de plein air, au bout d’une impasse de cette ville.
Cette fois, assis à mes côtés, mon Buissonneau, le concepteur de ce pageant ! C’est des douzaines de figurants, une foule agitée, qui défilent, forment des images-symboliques! je ne sais trop, et cela dans une panoplie hallucinante de costumes voyants, très lumineux. Je me penche vers Paul lui dis:  » Bizarre, mon père avait de ces images de costumes chinois au fond de son magasin et jeune, j’aimais les examiner!  » Il me prie de me taire. Paul semble tout content de sa chorégraphie visuelle et bigarrée.
Soudain, me voici chez Morgan-La Baie, soleil dans des fenêtres en demi-cercles, magasin tout illuminé, et on m’offre, pour mes petits-enfants, des lapins de chocolat même si Pâques c’est fini ! Je choisis. On me dit , une vendeuse vieillie :  » Attendez, dans le back-store, j’ai des oeufs de chocolat importés, des géants, faits à Prague, des trésors inouïs. J’attends. Elle ne revient pas. Je vais voir. Entrepôt en capharnaüm. Des allées pleines de boîtes, de caisses de toutes sortes, formats multiformes. Dédale. Je cherche ma vieille vendeuse. Rien. Personne. Je m’y perds.
Et je me retrouve dehors, en face d’une sorte de château-décor, haut, pris entre des édifices, en pleine rue, un gras décor qui fond au soleil. Est-ce un spectacle ? Des loustics regardent sans intérêt véritable. Habitués ? Je ne sais pas. Des acteurs (?) vêtus d’uniformes en or semblent accompagner la!  » fondue  » de ce gros tabernacle, un peu d’aspect hindou, archi-décoré qui s’étire, se rapetisse, comme lave en feu. Bizarre. De nouveaux passants y jettent des coups d’oeil, ricanent, s’en vont. Je suis surpris, vraiment étonné. On semble trouver ce spectacle bizarre habituel sur ce boulevard de Maisonneuve, angle Mc Gill, dans l’ouest de la métropole. Je me réveillerai. Perdu.
3-
Je ris tout seul. Hier, bureau d’attente du toubib de Saint-Sauveur, je dois remplir un questionnaire, genre : cocher oui, cocher non. J’y vois  » votre utérus « … Je m’esclaffe. La buraliste rit elle aussi ! Une jolie bambine tripote un truc à images et quand je reviens de la photo-des-poumons, je lui fais des  » tatas « . Peur aussitôt et, réflexe, va se coller sur Aile qui la caresse, la conforte, ouvrant ses petits bras, elle voit Aile et constate sa méprise, va vite se jeter dans les bras de sa maman pas loin. Nos rires !
Revenant de cette clinique, vite, un arrêt à l’École Bouffe. Cette fos, du choix. Je pige un tas de plats. Aile, restée dans la Jetta, ouvre les yeux :  » Mon Dieu, on en a pour une semaine ou quoi ! Ça se conserve pas toujours, tu sais.  »
Je dis rien mais! Il y a comme une résistance à cette École Bouffe, oui, oui, je le sens !
4-
Hier soir, canal Artv, vu un vieux film de Martin Ritt et Katkoff joué par le célèbre Orson Wells. L’histoire est de Faulkner. Noiu attendons donc le chef d’oeuvre. Oh non ! Un mélo mal ficellé. Pesant. Ce  » The long hot summer  » est un navet rare. Malgré les bonnes vieilles grimaces du gros Orson qui joue un tyrannique papa, despote classique comme dans  » La chatte sur un toit brûlant « . Père avide qui écrase tout son monde dans sa vaste plantation du Mississipi. Pauvre Faulkner ! A-t-on dénaturé son récit ? Fort possible. Une leçon, une fois de plus : se méfier des films-culte ! Souvent ce sont des niaiseries visuelles dépassées !
5-
Hier, c’est mardi, et, à TV-5, c’est le cérémonial si agaçant du bonhomme Ardisson. Hélas, si vous le négligez, vous risquez de manquer de grands moments de télé parmi de lpongs moments de platitudes à gamineries bien sottes. Ainsi, la semaine dernière à une actrice  » hollywoodienne  » célèbre qui venait mousser son produit, il lui sort :  » Votre papa est un bandit, n’est-ce pas ? C’est un voleur, pas vrai ? Il a fait de la prison!  » La délurée n’en croit pas ses oreilles, elle éclate :  » Oui, il a fait sept ans de prison, oui !  » Et enragée, elle casse brutalement son verre d’eau sur sa tablette, quitte le studio en rogne totale.
Un moment rare ? Ardisson le passera et le repassera tout heureux de sa frasque. Hier soir, toujours son gros stock d’invités. Des platitudes puériles quand on invite le public docile, en studio à singer des mimiques rituelles. On dirait un spectacle débile pour ados attardés en 1955 !Ou bien, l’on joue de ces plans figés qu’on passe et repasse sans cesse.
Bon, hier soir, parmi sa faune tous azimuts, ‹c’est une sorte de talk-show et de music-hall‹s’amène le  » nouveau  » philosophe Finkelkrault (orthographe ?). Soudain, l’émission change donc de ton. Soudain, un invité parle en réfléchissant et aborde des sujets graves : Charles Péguy, Mittérand chez Pétain, le 11 septembre et la manie des complots-Cia, les anti-juifs actuels et la Palestine, Dieu.
Comme c’est étonnant et souvent ennuyeux ce mélange. Les  » légers  » s’emmerdent à écouter le philosophe, les  » pesants  » ‘ennuient aux zézayages des ex-stars déchues. Par exemple, hier, une ex-beauté fatale, la jolie Juliette Binoche (qui va fondre en larmes quand le philo va lui reprocher de défiler pour la Palestine avec des anti-judaïques notoires !), un directeur de revue, un chanteur inconnu se voulant  » songé « , et puis quoi encore ? Salmigondis indigeste.
Jacassant en anglais, il y a donc cette ex-groupie ‹des Rolling-Stones, qui dira  » Bob Dylan m’aimait, voulait coucher avec moi, oui, oui! « ‹ une londonnienne, ex-droguée, ex- esclave sexuelle, ex-itinérante flouée et encore bien jolie à 60 ans. Le Ardisson va s’en donner à coeur joie comme l’on pense. Sa pâtée en face ? Ces  » tombés  » aux champs d’honneur de la renommée enfuie ! Il cogne. Il jubile. Il gratte les plaies. Il ricane, se trémousse, trépigne d’impatience, bave au bec, on dirait un vieil enfant sadique sur son petit pot ! Pénibles moments ! Bref, pour ceci, on veut pas revenir voir la bête le mardi soir, pour cela, on veut y revenir. Pour le philosophe qui dit : La terreur ne se justifie pas, jamais ! Cessons de l’excuser en parlant des Palestiniens ou! des Carlos et Ben Laden, deux fils de richards, pas des pauvres désespérés. Les désespérés véritables ne tuent pas. Le découragé est inexcusable de tuer des innocents. L’axiome :  » Seule la fin compte peu importe les moyens  » est une bêtise déshumanisante. Pour cela, oui, on se dit :revoir Ardisson mardi prochain. L’étonnant de l’affaire : ce Ardisson est très capable de discuter intelligemment avec un philosophe ! Alors, le reste ? Il joue. Un jeu crasseux hélas.
6-
Pour l’entrevue avec le G.-R. Scully, vendredi matin en vue de  » Bibliotheca « , je devais relire  » La petite poule d’eau « . Un  » jeune  » roman de Gabrielle Roy. J’avais pleuré en le lisant jadis. Cette fois, non. On s’assèche en vieillissant ? Je ne sais pas. Je devais identifier s  » mamqan  » pondeuse et si pauvre. Luzina
( luzina :oh ! usine à poupons ?) de Roy avec ma pauvre mère à cette époque. Il reste un livre mal fait, un roman comme coupé en deux, une parie dans cette famille pauvre de l’île e de La petite poule d’eau et l’autre partie avec un curé, un franciscain étonnant de Saint-Boniface et de Winnipeg. Qui, à la fin, est montré chez maman-Luzina. Lien bien tardif !C’est construit bien maladroitement.
Jeune, je ne voyais rien de cela. Maintenant, l’auteure, elle aussi, lucide, devait avoir un regard sévère pour ce beau et bon péché de jeunesse. Oui bon en fin ce compte car il reste un document poignant, une histoire traversée de quelques drôleries quand des nôtres s’étaient exilés pour le beau et bien creux rêve clérical d’aller  » catholisicer et franciser  » tout le Canada d’une mer à l’autre. Ce fut l’écrasement, les lois anti-français (Alberta, Manitoba et Ontario ), l’intolérance cruelle, le mépris, la dilution, le coulage du projet clérical , bref, toujours comme la francophobie ordinaire.
On vient de voir la rage contre ceux qui disent, avec bon sens, que nous ne sommes pas de  » loyaux et soumis sujets  » de Sa majesté la vieille reine morte. Elle qui, réactionnaire sénile, ne se consolait pas de l’empire perdu !
Comme c’est curieux de savoir que jamais Gabrielle Roy n’a voulu parler rien qu’un petit peu en faveur d’une vraie patrie pour les nôtres. Pour une patrie québécoise. Elle savait bien!
En y pensant , il y a, justement, ce fait :c’était, le Canada de l’ouest, sa petite patrie, son enfance, ses souvenirs chers, et elle refusait de l’abandonner ce pays de ses origines.
Je peux comprendre cela.

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