Le jeudi 11 avril 2002

Le jeudi 11 avril

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Hier, bain de soleil, oui, oui, sur la galerie d’en arrière. Transats ouverts, le jaune d’aile, mon rouge. Lectures variées sous l’astre !
Moi avec le  » Courrier  » et Aile avec  » L’Actualité « . La belle vie. Enfin de la chaleur. Mes vieux os criant famine ! L’amie Marie-Josée m’achalait de son trottoir de piqueteuse :  » Quand vas-tu fesser le polémiste, notre grève t’intéresse pas c’est ça ?  » Hier avant le souper, bang ! . je me décide, je grimpe à ma salle des machines et je crache une  » lettre ouverte  » pour la grosse  » Presse « , je veux que ce soit lu. Et le Journal de  » Monrial  » ne publie pas de ces polémiques. Lâches qu’ils sont. La foule! ? ils s’en contrecrissent ?  » Business « , 888-8888, et ne pas froisser nos chers clients ! C’est ça ?
Content de ma  » défense et illustration  » de ce Radio-Canada de ma jeunesse ! N’en avais plus rédigée de ces brûlots brefs depuis que je tiens journal ici. Va-t-on la publier ? On verra bien.
Je reçois des courriels chauds, lumineux parfois, mon secret souvent (je me fais des copies pour archives) mais que ces correspondants sachent qu’ils sont un moteur. Ils me font continuer. Car il m’arrive (comme pour tout le monde sans doute) certains jours de me dire :  » à quoi bon ? Cessez tout cela. Ne plus rien faire que lire en paix « . Ces témoignages si gentils font que je sursaute et je fonce de nouveau dans ma manie scripturaire. Continuez donc!
2-
Ce soir aller au petit château-Chambord pour souper avec les garnements ‹si grandis‹ de ma fille, Éliane. Elle est à Québec avec mon gendre l’internaute savant, Marco. Congé d’ados, repos, vacances,  » lune de miel des 50 ans  » ! Je ne sais pas trop ! Pas de mes affaires. Un  » beau-pater  » doit se la fermer  » bin dur  » , non ? Puis, ce soir, aller conduire le benjamin Gabriel chez des Jasmin (Gaétan, de la fesse gauche) à Pierrefonds!
! .et puis demain à 2 h une limousine (yes sir, le Scully sait faire ! ) viendra me prendre pour aller à Ville La Salle jaser pour  » Bibliotheca  » , sur  » La pertite poule d’eau  » et bien d’ autres choses.
Samedi matin, filer en Jetta vers le  » Saloon  » de Trois-Rivières. Un lieu sympathique, davantage que la grosse foire montéalaise de novembre. Revenir à Montréal dimanche soir.
Absent donc du journal pour trois jours et cela, oui, oui, me chagrine. Habitude bien ancrée donc.
La gentille et dévouée Katleen ( » une ourse aux pattes de velours « , lui ai-je courriellisée et elle a pas protesté ! ) de chez Trois-Pistoles me commande un communiqué (hen quoi ?) pour ce journal qui sortira en septembre. Oui, hen ? Quoi? Déjà ? C’est que les distributeurs de livres préparent  » très d’avance  » leurs pubs et commandes aux camions de livraison et aux libraires.
Bon, quoi mettre ? Rédiger du  » fou  » ?  » Claude Jasmin sans aucune pudeur, s’ouvrant de façon innocente à tous, livre tous ses secrets les plus intimes, ses maux de ventre et de coeur, il ose raconter ses manies secrètes!  » Vous voyez le genre. Mensonges libres. Faciles. Mais non., je ne ferai pas ça. Aussi , diable, pourquoi l’éditeur ne fait-il pas ce boulot ? C’est son job. Moi : je risque de minimiser l’importance (hum) du journal ou alors d’exagérer sur son contenu. Menteurs comme on est, les écrivains. Vains. Je ris de moi.
3-
Hier soir, le frère Untel, devenu bin réactionnaire avec l’âge, racontait à canal  » Historia  » les folies furieuses lors de l’installation en vitesse Grands V, des écoles gratuites (désormais) sur tout le territoire. Propos fascinants. Improvisations et corrections qui pleuvent. Jérôme Desbiens, enrégimenté derrière le fameux Rapport Parent a fait ce qu’il a pu. Avec bon sens sans doute. Il y avait, il l’a dit avec une formidable franchise, toutes sortes de freins :politiques, économiques, sociologiques, catholiques, d’affaires, etc.
Il y eut le favoritisme ordinaire : de si grosses bâtisses à couler dans le béton, on imagine architectes, ingénieurs et entrepreneurs autour du fromage gigantesque ! Une honte ? Non, la loi ordinaire en société humaine, hélas. Desbiens a admis des tas d’erreurs. Ces polyvalentes de 3,000 écoliers, par exemple. Le réseau des bus  » jaunes  » à installer partout .
Ah oui, une émission savoureuse. Cette liberté niaise, ce laxisme imbécile des années ‘ 60 où, dit-il, plus personne n’évaluait personne. Chaque prof faisait à sa tête. I y eut les chamailles de 1968. Des grèves sauvages. De la casse. Du vandalisme. Je me souviens bien du milieu  » arts  » en ébullition. La marmite sautait quoi ! Il dit qu’il a vu tout cela, de très près, ouen, enfermé dans le bunker bureaucratique ? Le brave frère Mariste qu’il est resté tente de partager les blâmes. Pas facile, il faut l’admettre….L’inverse du  » free for all  » viendra, aujourd’hui mes  » beauf « , des profs, me le disent, qu’il pleut des formulaires à gogo, des réformes contradictoires à gogo, de Québec, la bureaucratie, pieuvre connue, indispensable lierre, je le sais bien, je n’ai plus 20 ans, s’est installé et avec vigueur. Contrôles partout. Trop ? Eh !
4-
Début hier soir de!  » Les Caruso « , un titre du genre. Canal  » Séries plus « . Bof ! Plate. Toujours la même sauce. On en a assez vu. La maffe classique ou non, et bang bang ! Je te tue, tu me tues. Lunettes fumées. Habits bien coupés. Familles bien aimées malgré le sang versé dans les garages et les parkings. Oh oui, assez, suffit, clichés, stéréotypes. Valise bourrée, fuite, cachette, on en a raz-le-ponpom, non ? Vu, aussi, ainsi,  » Le dernier chapitre. La fin. Plate. Confus. Voyages vides de sens sans cesse Toronto-Montréal. Lassant. Luc Dionne a perdu sa touche-magie du temps de  » Omerta  » ? Assez oui c’est assez. Le sujet est devenu rebattu,. Redondant. Trop de stock partout sur ce sujet. Revenir au bo vieux film  » Le Parain  » des débuts et y rester quoi ! Avec ce Marlon Brando si imposant. C’était du neuf. Puis vint les séquelles! (fatal en cas de succès, avec tous ces pondeurs parasites paresseux)  » suites  » devenues ennuyeuses comme la pluie.
5-
J’ai donc envoyé ma  » lettre ouverte  » sur le Radio-Canada d’antan à La Presse, et je fustige la mode (le mode)  » contractuels  » et  » pigistes  » pour tous ces jeunes diplômés, ballottés sans cesse, incertains de l’avenir. Pourquoi ce temps nouveau ? Pour mieux contrôler, intimider, ces non-syndiqués ? Sans doute ! Si la SRC ne répond pas à mes questions, je le ferai, moi, et ça va cogner en vérités inavouables. Je vais guetter la réaction des patrons. S’il y en a une de réaction. On connaît l’astuce du silence. C’est un classique ! Et puis, à  » La Presse « , voudra-on défendre cette cause des  » permanents  » ? Oh, oh ! Lisez sous les articles : partout,  » collaboration spéciale « . Oh ! Et de plus en plus ! Un bon signe hein ?
Ma honte, hier à l’École-Bouffe, ai pris des beignets. Une pleine boîte Et un sac ce chocolats frais ! Ma grande honte ! Aile souriait, la méchante. L’air de me dire :  » Vilain et méchant garnement va !  » Elle y plongera autant que moi, la démone. Je vais engraisser rare ! Tiens, reviens du lunch, délicieux potage, bisque au homard, iam ! Et Aile :  » Pour ces chocolats et ces beignets, tu apporteras tout ça rue Chambord ce soir !  » Eh ! Pas si démone que je croyais. Si pleine de bon sens, cette femme m’ est indispensable, on le voit bien. Suis remonté au clavier avec un! dernier beignet graisseux ! Petit voleur va ! Môman rit au paradis !
La grève menace au J. de Mtl, rue Frontenac. Une autre. Des souvenirs montent quand je vois les lignes de piquetage boulevard René-Lévesque. C’est la  » petite  » guerre de 1959. C’est la peur. Crainte de voir s’éterniser un conflit. La frousse que le chef syndical ne soit pas assez lucide, ou pas assez courageux ou, au contraire, trop vantard. Aveugle. Ou bien menteur. Ratoureux. Démagogue. Des dos qui se tournent. Pertes d’amis scabs. Sales jaunes ! La solitude. Réunions où l’on tente de nous stimuler. Enfantillages souvent.  » Pep talk  » bien con ! Soupe populaire où j’étais l’aide-chef d’un régisseur habile. Marches dans le matin froid. Pancartes injurieuses. Janvier passe. Février passe. La peur du chômage pour longtemps. Les rumeurs folles. Les déformations. Les communiqués patronaux pour intimider les grévistes. Les réponses qui crânent. Des cris de rage. Des chevaux de la police. Un peu de coups. Vandalisme de nuit. La faim qui grimpe. Le loyer pas payé rue Saint-Denis. Mon père, pas riche, très mécontent. Oui, la grève c’est la guerre.
J’ai entendu : « le soufisme est une religion de mendiant !  » Ah ! Comme je sais peu sur les  » autres  » religions. M’instruire un bon jour. Ces temps-ci mon fils s’est mis à l’étude du bouddhisme. Il m’apprendra des choses ? J’ai hâte. Religions de mendiant ? Quelle affaire ? Des  » Mendiants  » ? Et les franciscains, oui ? Les capucins ? Non ? Les Dominicains ? Pas du tout ? Et nos Jésuites ? Longue histoire que toutes ces  » communes « . d’hommes et de femmes. Les Sulpiciens de Paris qui se font offrir toute l’Île de Montréal ! Pas trop mendiant dans le genre ? Lire sur tout cela. Oui, quand ? Mais quand ? Ces querelles, les Récollets tassés, méprisés et chassés de ce Québec, bigot et pieux. Avant, les Jésuites bannis par Rome.  » Quid  » au juste ? Et puis repris, remis en honneur. C’est quoi toutes ces tractations para-religieuses ? Je n’en sais que des bribes. Ah oui, vouloir trouver du temps pour apprendre mieux. Ainsi, à partir d’un terme entendu à la télé :  » ordres mendiants  » l’envie de me jeter dans des lectures qui pourraient m’éclairer. Je ne le ferai pas. Cela aussi!  » pas le temps  » ! On dit toujours ça, tous, et on reste des ignorants.
6-
Coup de fil de TVA :  » Bonjour m’sieur Jasmin, on cherche qui viendrait jaser sur nos ondes à propos du chef d’orchestre (Dutoit) qui claque la porte découvrant de la gronde anti-chef à l’OSM.  »
Eh b’en ! Je recommande à cette recherchiste de TVA de dénicher un musicien qui a vécu les coulisses de la Place des arts. Pas moi, c’est certain. Je ne sais rien. Est-il un dictateur, un tyran horrible, un despote effroyable ? Comment savoir ? Même un critique comme Claude Gingras n’en sait rien. À part les racontars de corridors de la part! de musiciens! paresseux, fainéants graves, ou, au contraire, éc¦urés d’être traités comme valets, comme des  » moins que rien « . Comment savoir ?
Le Thierry Ardisson l’autre soir à canal TV-5 :  » Pour des morts comme Marilyn, comme J.F. Kennedy,  » la fille secrète  » Mazarine, comme d’autres  » affaires  » encore, on a fini par apprendre qu’il n’y avait pas de  » fumée sans feu « , et accepter l’apparence grave de complot, n’est-ce pas ?  » Ardisson parle au chef de l’OBS, Joffrin, qui est en studio. Il continue :  » Alors, vous fustigez ce livre (de Messien ?) qui parle d’un complot-Cia-Pentagone pour Manhattan bombardé, le 11 septembre, mais, ‹dit le Thierry avec sa face à claque et sa tête de lascar‹ dans vingt ans ou moins encor, on apprendra des choses, comme on a appris pour Kennedy, pour Marilyn. Alors, faut-il faire taire l’auteur qui dit  » complot « .
Puis, il avance qu’on aurait dit très publiquement dans une satation de province au Moyen-Orient :  » il y a eu un cortège de 150 voiture quand Ben Laden a dû quitter la frontière Afghan-pakistanaise !
Ardisson : « Comment ça se fait que cette nouvelle a été abandonnée ? J’ai contacté toutes les rédactions et on n’a pas trop su quoi me répondre. Le Ben Laden, oui ou non, serait-il protégé par ses anciens supporters et amis, les USA ?  » Sil4nce en studio puis le rédac-chef de l’Obs, la mine faussement contrite, rétorque :  » Je vais voir ça , c’est promis !  » Un bon moment.
Vaste question! mais d’abord pour Marilyn et Kennedy, il s’agit toujours, en 2002, de rumeurs et d’hypothèses. Et la jeune bâtarde de Mitterrand c’est du  » pipi de chat  » face à l’histoire ! Il mélange tout. Ardisson sombre ainsi dans le journalisme pour amateurs de fantaisies niaises. Décevant.
Même  » show « , car c’en est un : le Finkelkraut (?) lance soudain au Thierry, pour son juron favori :  » Tabernacle  » ! Sursaut en la demeure ! Il dit qu’il a appris cela en venant au Québec. Surprise amusée chez nous ! On sourit : une reconnaissance par nos sacres ? Mieux que rien. Puis il récite, de sa voix caverneuse qui porte, sa version novelle de la fable de Lafontaine :  » Le renard et le corbeau  » où il moque une certaine féminisation des mots fort! gaga. Excellente version en effet ! Et quand l’Ardisson lui dit :  » Vous fûtes maoiïste, oui ?  » Il répond rieur :  » Mais oui, oh oui, trois semaines environ, et j’étais bien jeune !  »
Bref, vous voyez, on est un peu éloigné de la télé puérile et bruyante de  » La fureur  » ou de je ne sais que quizz débile. En fin de compte, toutes ces chaînes dites spécialisées ont sauvé du naufrage total ce médium ‹bien aimé désormais‹ que je m’apprêtais à détruire à jamais.
Envie de lire Charles Péguy en écoutant le même philosophe invité chez Ardisson-fourre-tout. Il a dit qu’on avait défiguré le poète le plus important de son époque, qu’on l’avait effrontément amalgamé, après sa mort, avec la droite catho, les Maurras et Cie. Les pétainistes, hélas, s’en firent un héros. Enfin, il a recommandé de lire Péguy sans ces diffamateurs conscients. Mais je le trouverai où ? En biblio ? Ici, à Ste. Adèle ? Gros doutes mais sait-on jamais. Souvent, je regrette de vivre ici à cause de cela, la minceur de la biblio !
7-
J’ai vraiment pas aimé le milieu et la fin  » L’iguane  » du jeune Thériault et ça me chicote. Cette mère violée. Ce curé moralisateur. Ce père ivrogne, batteur. Que de clichés rebattus sous un amas verbiageux. Des mots rres, très rares ! Danger cela. Ça fait cuistre. Gide ou Simenon, tous disaient :méfiance, on doit fuir ce tic. C’est nuisible en littérature. Vanité de jeune flo ? Sa photo en 4 ième de couverture nous montre  » un plus très jeune  » auteur pourtant !
D’où vient ce mode d’écrire des sortes de  » contes  » plus ou moins plausibles. Influence d’un cinéma pour ados, à cauchemars vite fabriqués et vite résolus ? J’en ai bien peur ! L’autre Thériault (Yves) ‹et Beaulieu dans  » Un loup nommé!  » a bien raison là-dessus‹ savait trousser cette manière de conte. Souvent ces brefs romans sont, justement, comme des légendes. Yves T. fut souvent un trait d’union, puissant, étonnant, avec tous nos vieux  » conteurs  » d’ici, ceux du 18 ième et surtout du 19 ième siècle. Héritage très respectable, non ? Je le relirai, il le faut. J’ai tant aimé  » Ashini  » par exempole, jeune, et les autres livres, ceux de ses débuts. Plus tard, je le négligeais, trop pris par toutes mes propres pontes à moi. Égocentrisme ? Oui, oui.
8-
Film loué en vidéo ‹et loué à Berlin et à Toronto ! Jouons avec les mots‹, que l’on regrettait d’avoir raté au cinéma d’en bas. Cette  » Ange de goudron « , film d’ici : déception encore. Pourtant une histoire forte. Ces émigrants algériens émouvants, ce vieil anarcho-gogauchiste (Raymond Cloutier esquisse bien un rôle hélas esquissé), ce jeune d’Alger déjà révolté, écolo, ou quoi au juste! C’est bien flou. Randonnée touristique en motoneiges. La nuit. La cachette vague. Le propos incohérent encore. Paquet de passeports à faire brûler ? Aéroport du grand nord ( ! ) où l’on va rapatrier ces sans-papier du Maghreb. Police féroce et douaniers, piège. Tuerie sauvage et peu crédible du jeune révolté. Un récit incohérent hélas. C’est regrettable. Un peu mieux! un peu plus! et c’était une réussite. Bref, un film pas ennuyeux mais décevant.

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