Le mercredi 17 avril 2002

Le mercredi 17 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
On va s’en souvenir de ces jours caniculaires en plein milieu du mois d’avril en 2002. « Records battus » disent le gazettes. Ce matin, comme hier, cette fumée blanche partout dans le décor extérieur. Effet d’agrandissement. Toit semble plus vaste, plus flou aussi, plus grand. En peinture scénique on nous apprenait à jouer ainsi de fumée blanche avec bombe aérosol. Pour , justement, faire paraître éloigné nos éléments de décors à la télé. Un sfumato italien spécial.
De ma couchette, store levé, j’admirais le paysage, le lac blanc comme le ciel, la brume dans les collines. Tableau à l’ancienne, oui, italianiste. Beau comme ces vieilles images de Chine (ou du Japon ?) qui traînaient partout chez moi dans les années 30.
Ma mère disait : « Mon mari est importateur ». Elle faisait sa fraîche quand j’était tout petit. Je m’en souviens. C’était avant l’échec de papa comme vendeur de « chinoiseries » rue Saint-Hubert; une mode qui ne dura pas ces bibelots asiatiques. La métamorphose en petit restaurateur de quartier devait l’humilier, ma pauvre maman ! Elle était une jeune bourgeoise ? La benjamine du bonhomme Zotique Lefebvre. Un ex-boucher de la rue Centre, à Pointe-St-Charles, converti après la guerre de 1914-1918, lui, en agent immobilier, rue Hutcheson.
Matin de mai, au bout de la rue Berri, on voit des quais. Un paquebot va lever l’ancre, « all aboard ? all aboard ? » Sirène mugissante, dernières malles au bout d’une grue, les robes de maman, l’habit de bal de papa… Énervement, sourires excités. Elle est « chic and souelle » la Germaine de la rue Hutcheson, oh oui ! Et lui, l’habitant —vingt ans— de Laval-des-Rapides, porte un chapeau neuf, des gants de kid, des guêtres de feutrine grise…Foulard au vent sur le bastingage du navire de croisière.
Le jeune couple regarde la statue haut juchée sur le toit de l’église Notre-Dame de Bonsecours. Le bateau s’éloigne du rivage. Adieu Montréal !Un jeune couple parmi tant d’autres. Le traditionnel « voyage de noces ». Le grand fleuve jusqu’à Tadoussac. La remontée du Saguenay. Ma mère en épousée candide, rêvant d’une belle vie avec ce jeune « importateur » soutenu par sa riche maman veuve, Albina.
Avec son joli bibi, son manteau beige en poil de chameau, à col de velours noir, Germaine ne sait pas…Dans cinq ans, avec quatre enfants déjà, les sueurs l’aveugleront et son mari
l’ « importateur » s’installera pour longtemps dans le sous-sol creusé du logis. Fin des jolies gravures aux beaux effets de brume. Vendre hot dog et hamburgers aux zazous de la paroisse qui sortent des cinés du coin de la rue Bélanger.
Pauvre maman ! Pleure pas Germaine !
Bon. Assez, posez une cloison. Roman ou journal ? Chaque chose en son temps. En son lieu. Ici, c’est le journal.
2-
Non mais quelle chaleur hier ! Quel beau coucher de soleil aussi. Nuages émiettés. Rayons difractés. Images de mon petit manuel d’Histoire Sainte quand les cieux s’ouvrent pour désigner Dieu apparaissant à Moïse !
Plus tard, le souper avalé, symphonie en rose au dessus du Chantecler. Moi, la bouche ouverte. Déjà !, des merles crient et courent sur la pelouse ressuscitée. Quand on se prépare à regarder un film loué, fenêtre du salon grande ouverte, dans les sapins proches, un concert étonnant, vraiment étonnant, d’oiseaux fêtards. La pénombre qui s’installe, une brise d’été, oui, d’été, et on va voir un… navet !
Vanté par de complaisants observateurs d’un cinéma dit difficile. Du David Lynch. C’est, ce misérable « Mulholland Drive », sans queue ni tête. Pourquoi donc tant d’éloges ? Le snobisme décadent de ceux qui s’imaginent : plus c’est ambiguë plus c’est fort ! Quelle bêtise. Une Sonia Sarfati (La Presse) ira jusqu’à écrire : « Il faut le regarder ce film plusieurs fois ». La folle !
Je ne sais plus comment qualifier cette prétentieuse bluette du signataire du folichon « Twin Peak » à la télé.
Vous avez le choix :une imposture de fumiste, ou bien une fumisterie d’imposteur.
« Mulholland Drive », un récit avec un zest de lesbianisme (chic hein !), un zest de masturbation (à la Marie Chouinard !), un zest de maffia alambiquée, un zestde music-hall à mexiquétaineries, un brin de western avec un cow-boy futile, un zest d’horror, et pleins de… coïncidences stupides, de « cheveux sur une soupe »… imbuvable.
J’enrage car on trompe le public. À Cannes, ce film gagnait des laurier, ex-aequo avec les frères Cohen ! Mystère ou bien des jurés tout frétillants de visionner un film sur « leur » cher petit monde : les productions cinématographiques. Narcissisme ! Serpent se mordant la queue avec joie ! En somme, un opaque conte sur une banale querelle de gouines. Pouah !
3-
Je peine à réunir et à envoyer —merci ordi !— à la Katleen des Trois-Pistoles les vieilles pages de journal. Tout-janvier partira quand ? Maudites corrections. À l’École-Bouffe :grand choix hier ! Le caissier : « On a fait laminer votre page d’appréciation aux feutres de couleurs, savez-vous ? » Et : « Vous devriez prendre aussi du poulet, touchez, il est chaud, il sort du four. » J’accepte. Retour at home les bras très chargés… Biscuits et cakes. Et Aile ? Contente ? Pas trop. « Écoute, tout ça ? Regarde, j’ai mon gros rôti de porc prêt à être enfourné. » Je dis rien. Penaud. Je retourne à ma chaise longue, je continue de lire mon « Obs ». Ça va très mal autour de Jérusalem. Bien pire qu’autour de notre cuisine.
Le lac s’ouvre un peu. Bord de l’eau libre ! Le quai libéré. Le radeau…vert de…ozite ! On voit bien les bourgeons qui grandissent aux lilas comme… à vue d’œil. Le printemps, Bourgault le criait dans sa chronique mardi matin, est chaque année, le grand événement des Québécois. Six mois presque à l’attendre !
Hier, le micro-ondes de TVA dans notre rue encore. Claude s’amène et ajuste son gros kodak noir dans un coin du salon. Prêt ? Oreillette dans un trou d’oreille et c’est parti. Go ! Engueulez-vous…Le Pierre Bruneau a un préjugé favorable pour la belle Maréchal. Il me donne moins de temps d’antenne, le crapaud. Et elle, l’Isabelle, bien « Isa-laide », jase ad lib, noyant le poisson, bavardant sans dire rien de trop précis. Les précieuses minutes passent et, moi, débater irrépressible, je grogne quand l’arbitre partial déclare : « On a plus de temps. Merci vous deux et à la prochaine chicane. » Commercial ! Je rage. Enfant ? Aile rigole, se moque, doit me jiuger puéril. Je songe à refuser désormais ces mini-débats quasi-obsolètes. Le lendemain, ma poucheuse de gazettes et de ciga…—non, je ne fume plus— me dit : « Je vois ai vu, hier ! Pauvre vous ! Ah ! Cette Maréchale, j’suis p’us capable. Elle a le don de me mettre les nerfs en boule.. » La divine voisine. Elle me préfère.
4-
Vendredi après le lunch, limousine sombre à la porte de l’appartement du Chemin Bates. Chauffeur aimable, Serge P. Un bavard captivant. Ex-représentant de commerce. Burn-out grave. Cœur opéré. Trop ambitieux. Le calme à jamais. Sa limo. Un horaire plus humain. A connu le « M’sieur Pointu » de Bécaud. Intimement. Balade donc vers le studio de Robert-Guy Scully, à Ville La Salle. Beau soleil. Ouaille ! Agréable d’avoir un chauffeur. Me voilà ministre pour quelques minutes ! Ouen, c’est reposant !
Rendu là, recherchiste chaude, café chaud, ambiance agréable, décor austère de bureau de « chef de cabinet » de ministre fédéral —espoir du Scully? Ma découverte d’un autre Scully, comme vieilli précocement, presque courbé, rapetissé il me semble. Trop d’embarras avec ses déboires récents, face aux vifs protestants de son rôle de « propagandiste déguisé ».
Je l’ai mieux connu dans les années ’60 du temps du Devoir. Je le caricaturais, par exemple, en « petit protégé, neveu de Ryan ». Il en rit maintenant, se souvient de mes facéties encombrantes parfois. Je me souviens de ses confidences de jeune Irlandais d’Hochelaga, justement dans le voisinage du Ryan d’antan. Son étonnant Claude Ryan, en jeune délinquant qui découchait dans les portiques des maisons, me revient en mémoire. Cet ex-voyou sauvé par l’Action catholique. Qu’il finira par diriger un temps.
Vingt minutes, avec deux caméras, pour une agréable jasette libre sur ma chère Gabrielle Roy. Et cela tombait bien, Scully —gardé souvent par sa mémé dans le Villeray de la paroisse « Holy family »— ayant produit jadis une série documentaire sur l’exilée de Saint-Boniface. Ma relecture de « La petite poule d’eau » alimente les souvenirs du reporter Scully. Entente totale par conséquent. À la fin de l’entretien, je l’entends, surpris, me dire : « On a pas eu assez de temps pour bien parler d’elle, il faudra, bientôt, vous réinviter Claude Jasmin. » Ça fait un petit velours, non ?
5-
Mon fils, Daniel, hier, au téléphone, car j’avais encore un problème d’ordi. « Tu vas pas me croire, p’pa, j’ai mis une chaise sur le perron et je regarde ma bagnole toute neuve, stationnée au bord du trottoir ! » On rit. Fou, cette admiration des chars chez nous, non ?
J’ai lu (de « je me souviens plus qui ») : « Jeune, la lecture des « Grands initiés », par Édouard Shuré, m’a marqué. » Ah ! Un camarade belge m’avais donné (du temps de mon écurie-atelier) un exemplaire de ce livre sur les grands prophètes universels (dont Jésus de Nazareth) et, en effet, cela m’avait ouvert les yeux, à vingt et un ans. Il y avait d’autres « fabuleux Jésus » à travers l’histoire et le monde !
J’ai lu, jeune aussi, « Le zéro et l’infini » par Arthur Koestler et son livre m’avait ouvert les yeux, pour toujours, sur le totalitarisme, sur les dangers des idéologues devenus fascistes. J’étais inoculé, et à jamais, contre les utopies qui tournent mal, de Marx à Trotsky, de Lénine à Staline. Des jeunes d’aujourd’hui trouvent-ils des lectures aussi essentielle ? Je l’imagine. Je le veux tant. Je le souhaite.
J’écoute Richard Desjardins à la radio de la SRC. Grève oblige, on fait sans cesse tourner —parfois— de fameuses chansons d’ici et aussi, hélas, des niaiseries sonores à la mode. Cet abitibien, Desjardins, fait très amateur. Sa voix de « non-professionnel » captive pourtant. Sa diction est molle. Ses articulations exagérées en font un ti-coune chanteur ! Bref, il fait « habitant » à souhait. Efféminé aussi comme on l’entendait jadis avec « le fou du village » (ou du quartier) pas bien viril, aux manières (on disait) « affectées ». Et puis, on dirait la voix d’un vieillard soudain ! Ah oui, c’est un personnage…sonore rare. Intéressant. Je fredonne avec lui : « …aux pattes de velours… » et « …la peau de ton tambour… » C’est bien, c’est simple, c’est vrai. C’est beau, Desjardins, souvent.
5-
Au Salon à Trois-Rivières, je fais connaissance avec la sœur de Luc Lacoursière (un Trifluvien !) que l’on peut voir souvent à Canal Historia devisant avec Charron. Cette Louise publie une biographie (j’oublie son sujet, sur une femme hors du commun). Elle est dynamique et défend bien son bouquin sur cette scène d’un recoin du Salon. Après notre petit « show », rencontre de trois autres sœurs (des aînées) de Lacoursière. Il semble tout fier, avec raison, de sa famille. Ses yeux brillent. J’ ai vu des femmes réveillées, humoristes et très en forme.
Quel plaisir ces rencontres familiales ici et là. Ce cher Québec comme une vaste nation tricotée serré et farouche, contenant des êtres formidablement énergiques. Il y en a plein. J’en croise partout. On ne le sait pas assez. Au Salon, sur cette scène, quand j’ai dit : « Tout le monde est un roman », il se fit un grand silence soudain. « Chacun de vous, ici, a son roman. Il y a une histoire fabuleuse à raconter avec chacun d’entre vous. » Silence encore plus fort. « Vous n’êtes pas n’importe qui. Vous valez beaucoup. Vous devriez écrire votre vie, au moins pour vous d’abord, ce récit de votre vie vous aiderait à faire le point. » Il y eut un silence fracassant dans la petite salle du Salon.
Je le pense. Franchement.
6-
Je rêvais ? Summun de la folie scénographique !Incroyable ! Ce que je vois…à TV-5, un décor en forme de trou ! Deux femmes en face à face avec les jambes dans ce trou ! Allez-y voir c’est à 21h 30 tous les lundis.
Non mais…Folie rare ! Quel con ce designer ! Quel con le réalisateur qu a dit « oui » à ce trou rond. Vraiment, Aile et moi, on en revenait pas. Émission belge, je pense bien. Une questionneuse, les jambes dans le trou, face à sa questionnée, les jambes dans le trou. Soudain, tenez-vous bien, top shot, vu en plongée, et au fond du trou, des photos ! Non mais..
Faut-y être assez tata ou toto ! Ah, la télé, parfois, on y fait des trouvailles d’une bêtise visuelle achevée.
Donc, dans ce trou de beigne, une certaine Ingrid Bétancourt. Une femme venue du jet set en Colombie, un papa ambassadeur, ministre aussi et le reste. L’Ingrid, aujourd’hui enlevée et gardée dans un camp de terroristes colombiens, a connu une jeunesse dorée dans un beau quartier de Paris. Puis, sa mère, un ex-Reine de beauté, deviendra député colombienne ! Eh ! Elle risquera la mort un mauvais jour d’attentat.
La maman ex-Miss, sous le choc, racontera les affres à sa fille gâtée et voilà poindre l’égérie du peuple, autoproclamée je crois, en campagne électorale. Pour symboliser la pourriture des gouvernants, Ingrid B. distribuait partout des… capotes. Sida et favoritisme :même combat ! Son papa, dit-elle, fut bien scandalisé. Hon ! Pauvre papa, pauvre « tite » fille à papa !Ça sent drôle e son aventure, ça sonne bizarre.
Dans le trou, elle raconte tout cela. Avec photos dans ce trou… Oui, on peut zieuter ce trou folichon tous les lundis soirs à TV-5. Et vive les scénographes belges !
J’ai un peu lu (« Le Courrier international ») sur cette Bétancourt qui veut devenir, excusez du peu, prochain Président de la Colombie ensanglantée, dominé par des cartels-à-drogues infâmes. C’est un personnage. Elle dit être « fière d’avoir abandonné sa famille…pour la lutte politique ! » Oh la la ! moi, ces valeureux batailleurs pour la justice universelle qui, irresponsables, se fichent de leurs enfants et de leurs proches…Hum ! Suspects, je vous dis !
Bon, c’est à suivre —loin du trou belge— cette captivité de la Bétancourt, fille surprotégée changée subitement en militante de gauche. C’est curieux, j’arrive mal à la prendre au sérieux, elle a dit —les pieds dans ce trou— des choses solides, a pu dénoncer intelligemment la situation horrible dans sa patrie aux prises avec « mafia-à-drogues et gouvernement réunis ». Pourquoi ? je ne sais trop. Ma défiance des « gosses de riches » devenus aspirants-au-pouvoir ? Devenus de braves prolétaires trop soudainement ? Je sais pas.
Mais reste ce trou ! Le ridicule tue, dit-on ? Quand ça ?
6-
Samedi midi, vu grand’maman Lescop, à Trois-Rivières. Je l’aime. Cours toujours l’embrasser. Elle m’est un modèle. De quoi ? De tout. Son acharnement à trouver le bonheur simple, à dénicher du bon sens partout. À ne pas craindre de vieillir. Vu aussi, samedi soir, le mitraillé encore vivant, Michel Auger. Chaque fois, à ces Salons, je le touche. Et encore. Il rigole. Se bidonne. Quoi ? Comme on nous faisait toucher le tombeau, ou le coeur, du Frère André, le thaumaturge décédé de l’Oratoire, enfant. Un miraculé comme Michel doit porter chance, non ?
Fétichisé par moi, Auger se laisse toucher volontiers, goguenard, avec ses six balles restées dans sa peau ! Il me revient dimanche, au kiosque de « Trois-Pistoles éditeur », me dit : « J’ai des amis qui ont des projets, mon Claude. Ça t’intéresserait de lire la documentation sur le fameux caïd Lemay ? En vue d’un bouquin ? » J’ai dit « oui ». Je dis toujours oui, moi, ma foi ! On jasait sur l’évasion rocambolesque —survenu jadis tout près de chez moi— du « capo » mafieux, un certain Lucien, arroseur de patinoire de prison, organisateur des Libéraux du temps. Sauvé par ses copains de l’Organisation libérale, je le jurerais.
7-
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Vous publiez cela. Dans La presse, par exemple. Samedi le 13 avril, par exemple. Vous signez Pierre Foglia. Et vous vous croyez ben smart, gros malin, si liucides !
Comme c’est niais. Une telle affirnmation fait voir un puérilisme rare. Ce chroniqueur surdoué, ainsi, parfois, fait le faraud. Pour faire le faraud ? Je le crains. Avec lui, c’est pourtant rarement manichéen ! Ni tout noir, toit blanc, Dieu ,merci ! Un jour il se méfie justement du compartimentage, le lendemain, il y tombe délibérément. Misère !
« Toutes les religions sont obscurantistes ».
Comment oser dire une telle ineptie ? Il n’est plus un ado révolté. Il y a des religions utiles ? Et lumineuses. Oh mon Dieu oui ! Et comment. Qui a vécu les yeux ouverts le sait bien.
Certes, c’est aussi (en dehors des grands mystiques) un instrument de consolation universel et indispensable. Tous les mal pris de cette terre de misère le savent bien.
Consoler. Il faudrait être quoi ?, snob, mondain (ce que n’est pas Foglia quand il oublie ses goûts pour les fromages exotiques rares et les vins fins) ) pour cracher sur ce rôle. Oui, consoler.
Un jour, celui-là qui pisse sur tout ce qui est religieux, spirituel, se retrouve sur le cul; tombé bas, très bas, aux prises avec la terrible Camargue qui le nargue. Ça peut être vous, ou moi, ou lui, Foglia-le-superbe.
Alors , on voit le faraud qui prie, qui cherche une Providence, un Être suprême, un…Dieu. Il a besoin d’une ultime dernière raison pour s’accrocher à son petit reste de vie. Et je ne ris pas, vois ne riez pas, Foglia non plus ne rira plus. Cette vieille…ce vieux…cette jeunesse surprise, face à l’Achéron.
Je ne cracherai jamais sur les religions. Est-ce utile de rappeler à ce Foglia qui jouait samedi le « fridolin », le ti-coune mécréant d’un samedi, que la religion de Jésus fut une révolution, Qu’elle a sauvé de la mort sans but, de la mort animale, de la mort anonyme, humiliante —et aussi de la crève spirituelle totale— des centaines de milliers d’abord, puis des millions d’êtres humains. C’était quand la vie ici-bas, pour les majorités, n’était qu’épreuves de force. Que la haine était le moteur de toutes les nations.
« Toutes les religions sont obscurantistes? »
Propos de gnochon. Je ne suis plus « pratiquant » si je ne suis pas athée mais je sais que la —ou « les », peu importe au fond— religion des hommes n’est pas venue par un tour de sorcier ni de baguette de magicien.
Il y a un besoin. Il y a une nécessité et je fuis celui-là, candidement hautain, naïvement fier, puissant de son athéisme militant, qui bafoue, moque, ridiculise, réduit le sort religieux, abri des abris, de ces multitudes humaines —avec les Yavew, Allah, Bouddha ou Dieu— sur cette terre tiraillée.
Facile de cracher, de pisser, de chier sur le fait religieux. Prendre garde, un bon jour, un mauvais jour, le sort frappe le crâneur tombé à genoux. Maladie ou perte très chère. Flétri, miséreux, perdu, on le verra soudainement lever les yeux vers le ciel.
N’importe quel ciel. Celui choisi par les siens, hérité de son enfance, le plus souvent et Don Juan-le-gaillard remue les lèvres. Il prie. Il implore. Qui a envie de rire alors ? Personne.
Les chanceux du sort, Foglia, vous, moi, nous avons devoir d’humilité, de compassion au moins, de solidarité minimum, le devoir de bien savoir que le funeste Brancardier, la sordide Faucheuse, peut bien un matin, un soir, s’approcher… Et alors, qui sait, le sentiment religieux pourrait bien être le seul refuge.
Ne pas dire, jamais, « toutes les religions sont obscurantistes », c’est si court, si faux. Si facile et injuste. Je n’oublie pas, pas du tout, les gourous, abuseurs, démagos, profiteurs et leurs sectes, paresseux parasites, vautours des innocents. Je voulais parler des vieilles religions sur cette planète.
Il faut avoir la modestie de nous taire parfois.
Foglia passait son tour hélas, samedi dernier. Il ne mérite pas ça, ça quoi ?, de s’aveugler si bêtement. Une simple échappée niaise à cause d’un mini-sabre, kirpa sikh —ou d’une calotte, d’ une burqa—naïvement symbolique.
Il y a eu et il y a des religions, non pas obscurantistes, mais éclairantes, lumineuses, éblouissantes pour les humains blessés, désespérés, tombés.
Je vis sans…
mais si, un jour, un certain noir destin frappe chez moi, j’y aurai recours sans doute.

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