Le jeudi 18 avril 2002

Le jeudi 18 avril 2002

À CŒUR OUVERT
1-
Encore ce matin, au lit, store levé, effet sur le lac Rond de blanchiment (pas de fric) mais par la fumée subtile ! Brume partout. C’est la glace sur le lac, bien entendu, en contact avec l’air chaud qui s’installe. Beauté toujours d’un paysage « chinois ». Et puis la lumière va gagner. Voici maintenant, il va être midi bientôt, le lac tout noirci. Bleui. C’est la fin. Il va « caler » comme on dit par ici. La piste piétonne aménagée tout autour forme un anneau gigantesque d’un bleu…waterman ! Je vois le voisin Maurice, en chemise, au bout de son quai, j’ai vu ma dépanneuse des « Variétés » boyau d’arrosage en mains, laver son entrée d’asphalte. Faire de même. J’aime tant arroser ! En finir alors avec ce journal. Le suspendre. Profiter du beau temps enfin de retour. Y revenir en septembre ou même en noVembre. Ce beau temps m’appelle. Sortir. Plus de ce cul sur chaise ! Nettoyer le terrain, ramasser les branches cassées, déterrer et enterrer, planter encore un peu de tout, quoi encore ? Ah oui, envie, besoin vif de me grouiller, le beau temps revenu.
2-
Le camarade Jean O’Neil prépare un nouvel album illustré et me demande (via courriel) s’il peut m’emprunter des mots (dans mon « Vivre à Outremont, aujourd’hui »), permission de me citer quoi. Je dis « oui » bien entendu. Autre courriel : Marco, mon fondateur-sur-web, me questionne : si je faisais, pour le site, une sorte de bulletin de notes (autobiographiques) à propos de chacune de mes pontes publiées. Ouen ! Ce serait long. Je suis paresseux. Et je lui dis carrément que je n’aime pas trop bosser gratuitement. J’ai donné souvent, jeune ! Ce journal ? Oui, car il m’a obligé à rédiger en vue d’un bouquin. Un de plus.
Jacques Keable (autre courriel) m’expédie le texte de sa pétition pour empêcher le déménagement de la sculpture de Riopelle. J’ai adhéré. Mais…cette sculpture (1976-78 ?) m’a toujours parue bien faible, confuse, mal bâtie, chargée, « botchée » même. Vieux, le père Riopelle inventait cette chimère bronzé et pas l’yable regardable.
Mais bon…il y a la signature n’est-ce pas. Ça m’a toujours fait suer qu’avec le prestige venu on ne puisse plus critiquer, discuter un ouvrage mineur et même —ce « Jeu de drapeau » raboudiné, son premier titre— minable. Oui, oui, minable. Cette « Joute » place du stade olympique, je l’enverrais se cacher dans un champ vacant à l’abri des regards. Hon ! Pas honte d’oser juger un ouvrage d’un génie reconnu ? Bin non ! Non, j’ai pas honte pantoute.
3-
Jasmin-fils, Daniel, me livre (courriel du jour) ses premières réflexions sur…ses études et lectures —trois bouquins à la fois— à propos de la spiritualité asiatique. Zen et Cie. Il m’avoue avoir du mal à y voir clair. Il semble que cette pensée Zen soit aux antipodes de nos manières occidentales de réfléchir. Faire le vide. Arriver à penser le non-pensé ? Daniel me livre ses « flashes ». Il note: être là, entièrement, en ayant fait le vide dans sa tête.
Il me semble assez secoué. Si bien qu’il rigole. « On se trompait, tous ! »Tente la distanciation par une ironie bizarre. Nous aurions vécu ans l’erreur, lui, moi, tous, en civilisation occidentale, la cartésienne, la rationnelle. ! Penser à rien, oublier tout, chasser tout, faire le vide, pour pouvoir penser plus sagement ?, plus correctement ? Fiou ! Je vais attendre la suite et, déjà, je ne suis pas certain de bien comprendre. Oui, à suivre….
4-
Après-midi d’hier, après-journal et après-lunch, dehors sur la galerie. Le lac alors en gravier, en mâche-fer, cendres fumantes, je l’ai dit. Aile toujours démontée, furieuse même, claquant des deux mains face à l’invasion de ces « quiscalls » (?) noirs. Aile les hait ! Je rigole.
Moi ? Pas raciste du tout. Noirs, bleus ou rouges, les oiseaux sont tous les bienvenus. Grande âme hein ? S’il vient des corneilles, alors là, voir la voir. C’est Le Fléau dressé ! Je n’aime pas trop, c’est vrai, ces mouettes chieuses —et chiantes— qui arrosent, maculent, le radeau, ça ! Je l’ai souligné dans mon « Écrire ». J’y repense : dimanche matin, avec Victor-Lévy, petit déjeuner au « Gouverneur » de Trois-Rivières. Le père de « Bouscotte » me raconte de savoureuses anecdotes de son patelin. Il me « portraiture » comiquement des olibrius rares qui le hantent encore. Le voilà emmêlant des silhouettes de son enfance avec celles encore bien vivantes dans les rues actuelles de son cher Trois-Pistoles retrouvé où il gîte en sa banlieue dans une grande vieille maison à pignons.
Impression de le voir griffonner, « de visu » !, du « bien » à venir. De la graine à faire pousser. Du terreau à faire germer. De le voir préparer, défricher, débroussailler —essayer sur moi — ses « personnae », ceux de sa vaste comédie humaine « basfluvienne » !
Stimulé, bientôt, je l’écoute d’une oreille et, peu à peu, —entre œuf, saucisses et patates— je finis par faire défiler sur mon propre écran mental de ces hurluberlus du Villeray de l’après-guerre, me demandant si j’ai bien mis ce puits à sec ! On est donc ainsi ? Oh les écriveux ! Le patenteux de silhouettes impressionnantes. Les marqueurs ! Les candides « pointeurs ».
Miller répétait, dans « Paris est une fête », « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir ». Je souscris. Et Vic souscrit aussi. « Bin sûr ».
5-
Je regarde volontiers les reprises, à la SRC, de « Catherine ». Comme j’aimais, jadis, « Cré Basile », j’aime ces sketches folichons qui marquent de farces chaque jeu de deux répliques. Divertissant. Reposant au fond. Je rigole beaucoup. Or, je revois, hier soir, cette désopilante et talentueuse Sylvie Moreau chez le « Francs-Tireurs ». Débat avec Martineau : le rôle des critiques. Vaste sujet. Et, hélas, la sotte, la gnochonne, l’étourdie, la « nonoune »quoi, y est et toute entière.
Ai-je la berlue ? Oui, je croyais à une « Catherine » inventée, jeu d’une actrice, et je découvre, Sylvie Moreau, lamentablement, platement, confusément, bafouilleuse, s’expliquer sur ses griefs pas clairs au sujet des rédacteurs d’analyses sur le monde du spectacle. D’abord, jouant la cuistre, elle nous sort —abri— Marcel Proust face à Sainte-Beuve ! Et puis s’enlise vite dans des gargouillis voulant tenir lieu de raisonnement. À T.Q., Martineau, poli, ne la tourmente pas trop et la laisse s’enfoncer.
Quelle imprudence, quelle prétention. Quelle présomption surtout. Essayer de dire que « la critique ne devrait pas critiquer. » Ce vieux débat est d’une vacuité totale. Il y a des critiques brillants, cultivés, intelligents et indispensables pour nous alerter sur les fadaises publicisés amplement. Et il y a des cons. Et, oh oui, beaucoup de « relationnistes » prudents, complaisants, abusés et mal déguisés. De simples « courroies dociles ». La pétillante et douée Moreau devrait s’obliger au silence sur ce vaste et vieux et vain débat. Qui grimpe sur des tétreaux doit apprendre à se faire juger, jauger. Point final.

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