Le jeudi 24 avril 2002

Le jeudi 24 avril 2002

« J’ÉTAIS PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Hier, mercredi, beau soleil tout le jour et le journalier…b’en, hors-journal. Enfin, pouvoir bouger ! Aile aussi, râteau en mains, fouine le long de la maison en quête de détritus divers. Je fais des tas. Branches à ramasser un peu partout. Celles que je n’avais pu faire brûler l’automne dernier quand l’hiver pognait subitement. Et celles casses par les vents froids de cette saison enfin, enfin, terminée. Canot sorti des bosquets et mis, à l’envers, sur le quai. Oh, cet enduit caoutchouté noir ne tient guère ! Plaques ici et là, le rouge d’antan surgit, fait « cocou » ! . Ouash, devoir y voir. Chaises longues sorties de sous la galerie et descendues sur le rivage. Coussins mis au cababon de la rive. Avirons et cannes à pêche :prêts. Des haltes. Je m’étends, j’enlève du linge. Chaleur merveilleuse. Soleil en pleine face. Hop, debout ! Petit bûcher sur le terrain. Pas facile à allumer, ces branches encore trop humides ! Bref, content et heureux de remuer ma carcasse.
Aujourd’hui, ciel blanchâtre, du gris garni de nuages blancs. Pas de vent du tout. Mon grand fleurdelysé bien ratapla. Roulé comme un « umbrella » de londonnien. C’est rare ici, aucune brise.
Hier, le micro-ondes de TVA. Les deux gentils envoyés du boulevard de Maisonneuve, Claude et André, rigolards. Ils me taquinent sur cet arbitre, partial, partisan de la Marchal, Pierre Bruneau. Sujet du mini-débat ? Les « petits gros », ces enfants assis, la captivité des jeux électroniques, la fin du « va jouer dehors ». Isabelle, pas bin exemplaire vu son ventre gros (« c’est pour bientôt » a-t-elle dit !), la voix mince au bord de la stridence, charge encore les profs. Je m’insurge. On veut que la (ou le) prof fasse tout : l’instruction et l’éducation, voit aux études, et à la santé. Et les parents ? Plus rien à faire qu’à aller ramasser du fric (à deux) pour le fisc vorace ? Ça fait bien les affaires de nos gérants du trésor national, (nos élus). Tellement qu’ils veulent bien installer « plussse » de garderies !
La réalité : nous étions (collectivement) tassés —pas de « sa chambre à soi », pas de sous-sols « finis »— et pas riches, pas de ces jeux à 50 $ la cassette ! Donc, dehors, à cœur de jour. On jouait au moineau, au drapeau, à tag, à cachette, à branch-to-a-branch ! Et à la softball dans la ruelle, au hockey sur trottoir, et en guise de pauses : nous avions ces comics-book à 10 cents, 5 cents les usagés (que d’échangisme !) tout plissés ! Je l’ai avoué sur TVA: si nous avions eu tous ces jeux —j’en ai vus : formidables comme machines visuelles, bien plus captivants que nos « comics » sans animation aucune— bien, oui, on aurait été des « assis pis gros » !
Doute sur l’efficacité, l’utilité, de ces empoignes de trois minutes mais…bons cachets ! « Ah, l’Adélois ! Le bel argin, hein, viande à chien ?, me moquerait encore Paul Arcand comme tu temps où nous nous chicanions tous les jours à CJMS !
2-
Mardi soir : épuisé par un film « Spy Game » — « Jeux d’espion »— avec Redford et Brad Pitt. Moins obscur que ce « Mulholland drive » mais…Ouf ! Aile, l’ex-brillante « première de classe », rigole encore de me voir patauger et gueuler contre les complications de ce film. J’admettrai que c’est tout de même un bon suspense.
L’intrigue : le vieillissant Robert Redford (Aile qui l’a tant aimé est toute désolée de le voir se plisser, dira en voyant son dauphin, le beau Pitt : « maudite jeunesse ! »— est un vieil expert de la CIA. Il enseigne, forme, un cadet candide. Mission au Vietnam, mission à Berlin-est, mission au Liban. Film rempli de « retours en arrière ». Excellentes photos des sites d’espionnage. Bonne facture de pro, indiscutable.
L’amour surgit. Ah, l’amour ! Troc odieux et, sa « belle » jetée en infernale prison chinoise, le Brad-Roméo tentera de la délivrer. Le jeune espion rate son affaire. Prison et torture. La mort bientôt. La froide CIA s’en fiche : qu’il crève ! Vous devinez la suite ? Le « vieux » Redford va désobéir à ses patrons et…
Oui, un vrai bon suspense mais compliqué !
Le lendemain, Aile nous déniche un autre film à louer : « Drame familial », un titre platonique en diable, non ? Film tout simple. Si clair. Un garçon boude en voyant maman se remarier avec un nabab venu d’on ne sait trop où. Boude davantage quand il sait sa maman enceinte. Freudisme élémentaire, non ? Son papa qu’il vénère construit, en artisan, à l’ancienne, des voiliers dans ce port, en verte Virginie. Bientôt, c’est du Hitchcock, sans le génie fréquent du « maestro » et tout dérape, se déglingue, les apparences explosent. Ce papa d’adoption s’avère un… monstre !
Bon, disons que « Drame familial » est désennuyant, un divertissement, du cinéma modeste. Travolta ne joue pas trop mal ce brave artisan et le brave papa qui regrette son « ex », voudrait la garde du gamin. L’horreur qui s’enchaîne est effrayante à souhait. On a eu très peur, on a pas vu passé le temps !C’est juste cela cette sorte de cinéma.
3-
Soudain, à la télé, avant-hier, au hasard du zapping, Marc Labrèche nous apparaît —jumping-jack surgissant— déguisé en coccinelle et qui menace en ricanant toute sa rive-sud… On rit.
Un autre étonnant moment, hier soir encore. Ce Grand Blond s’abandonne parfois à des facéties, très évidemment, improvisées, et alors nous fait rire encore aux éclats. Ce jeune comédien, ainsi, réussit à montrer —il faut être patient— des bouts de…surréalité qui étonnent en télé ordinaire. C’est un talent fort et à part. Hélas, ses pulsions créatrices ont du mal à s’installer dans un contexte de simple talk-show. Surtout quand il est dans un carcan —genre « spécial Céline Dion ». D’autre part, ce serait miracle si toute son heure était arrangée en un spectacle moderne et inusité. Mais…rêvons; un jour, son « soixante minutes » hebdomadaire, voire mensuel. Ce sera du bonbon alors.
Ce soir, Philippe Noiret, à Artv, à 21 h et notre très grande hâte à Aile et à moi. Nous apprenions, hier matin, que ce canal est bon dernier en matière d’indices d’écoute. Eh ! Hier soir, du Verdi, debout, orchestre très symphonique, très environnemental, avec un tyran bien despotique (suivez mon regard !), baguette de frénésie, c’est obligé. Sur le devant, gros derrière en l’air, en robes et grandes « brassières » noires, grosses cantatrices pas encore vraiment chauves, et, en collets-montés, les basses tonitruantes et des ténors bedonnants. Eh ! Oui, Artv, bon dernier au palmarès. Hélas, diront les cultivés, hélas oui !
4-
La France très énervée, disent les médias. Toute la France ? Encore ce matin, des manchettes sur le monstre appréhendé, Le Pen. Et jamais, pas un seul mot, sur ceux qui ont voté Front National. Comme s’ils étaient des purs esprits.
Quelle farce chez tous les journalistes et commentateurs de droite ou socialistes ! D’où vient donc cette attitude anormale ? La peur ? La honte. La surprise. Pourquoi cette surprise ? Ah ! La grande crainte du bonhomme sept-heures. Il y a derrière ce drôle de héros « jeanned’arcien » de grandes foules de Français (quand on ose dire un petit mot sur cet électorat, on dit : surtout des travailleurs démunis, des ouvriers en chômage ou menacés de…), oui, il y a des foules « hénaurmes ».
À lire (journaux, revues), à voir (les télés), il n’y a plus personne qui a voté pour ce Le Pen qui est tout seul face à Chirac maintenant. Plus un oiseau fasciné dans le sillage du gros chat nationalisto-xénophobe. Entendez-vous ? Toute la France est contre lui ! Non mais… Autruches médiatiques qui feront de nouveaux les estomaqués ?
Le Monde, Libération : « Votons entre un escroc et un facho » ! Oh ! De là —trop d’escrocs dans les partis normaux— tiens, tout le mystère du vote surprenant en France. Ici aussi, sondage tout récent, le public, en très grande majorité, ne voit plus que des escrocs chez les gens de politique. Viendra-t-il un grand monsieur tout blanc, démago empressé ? Oui. C’est certain.
Il s’en installe, dit-on, un peu partout en Allemagne, en Hollande, en Autriche, en Italie, en Espagne…À droite toute ? Jusqu’à temps que ces redresseurs de mœurs…
Aile : « Maudit, quoi faire ? « Moi : « Faire monter l’homme sur un bloc-opératoire et le changer. »
5-
Un certain nationalisme (équipes pourtant toutes métissées) bien cucul : si l’équipe « d’iccite » gagne, c’est l’ardeur, les cris, la joie, les arénas bourrés, les fanions.
Ah oui, gagner ! Enfant, dans les années 1940, ce club de Boston était, —déjà— le gros méchant, les « big bad Bruins ». Nous les gamins, dans tous le quartiers de la ville, nous les vouions à tous les diables, à tous les enfers. On en bavait —de hâte et d’appréhension—en parlant du prochain match au Forum —ou là-bas— entre notre club et le maudit-Boston ! Une haine féroce, aveugle, sans aucun effet, vaine, d’ordre mystique ma foi du bon yeu :Montréal ne pouvait pas nous déshonorer ! De grands enfants, de vieux enfants, encore aujourd’hui volent vers ce Centre Molson pour les mieux haïr ! Pour les conspuer.
Gagner, doux baume ! Je me surprend, moi le septuagénaire, feux d’enfance mal éteints?, à guetter le score en zappant entre deux émissions regardées.
Vu en parie la fête aux lauréats des nouveaux Prix Odyssées. Sorte de gala télévisé consacré au monde des imprimeurs, distributeurs, éditeurs, maquettistes, libraires et…auteurs.
Le très fécond Tremblay était absent du Capitole de Québec. La néo-parisienne, Nancy Huston aussi. Deux grands trous. Comme le commettait la Voisard du « Soleil » de Québec, c’était plutôt plate. Avec des moments carrément soporifiques. Comment rendre ça dynamique, de la télé avec des gens, pour la majorité, inconnus du public. Mission impossible ? Hélas, je le crains.
Et je me la ferme n’ayant pas de bonnes idées — faudrait être génial— pour transformer une réalité incontournable.
On a pas à se demander pourquoi aucune télé au monde ne tente un tel gala télévisé. Le bon sens. Mais on habite « un pays sans bon sens » et ça fait longtemps. C’est une évidence : un gala du monde du livre —industrie non-photogénique par essence— est une idée de con. Mais ici, avec cette industrie toute entière aux crochets des subventions (du peuple) alors, on a songé à alourdir, à rallonger un peu plus la facture. Invention donc d’une fausse-fête télévisée. L’effort fait —avec, par exemple, ces dramatisations d’extraits de romans, fut d’un nul sidéral.
La trépidante et efficace Sophie (ailleurs) et le suave et capable Fugère (ailleurs), une Danièle Laurin, compétente, tous, n’y sont pour rien. Odyssée ratée. Échouerie ! À oublier. L’an prochain, que « l’argent public consacré à l’imprimé » soit versé pour… des imprimés. Ce sera plus utile.
6-
Mon fils, dimanche dernier, racontait : « On était enragés samedi, hier, Lynn surtout et moi aussi. La police qui surgit rue André-Grasset, nous menaçant d’une lourde contravention. La raison ? Avec ma moto, nous somme allés au marché Métro. Quoi ? C’est à trois coins de rue ! Lynn portait des sacs, moi aussi. La police qui nous apparaît, montée sur ses grands chevaux, calepin sorti, pourquoi pas les menottes ? « Imprudence grave. C’est interdit. Il y a une grosse amende à payer. »
Ils sont encore comme sous le choc, ma parole. Aile sourit. J’écoute cette jeunesse (tout est relatif ) et j’ai envie de rire. Ainsi, encore et toujours, cette rage anti-flics, même q uand on et dans son tort. A la fin, comme rassuré d’avoir échappé à la prison, Daniel poursuit : « Les flics sont dans leur patrouilleuse et je tentais surtout de calmer ma Lynn qui avait sorti bec et ongles. Je suis allÉ parlementer doucement. Le flic a lâché prise mais m’a tonne : «Bon, je ferme le yeux pour cette fois, mais rentrez seul avec votre moto et que madame vous attende ici avec tous les sacs. » Sur notre galerie, Lynn fulmine de nouveau, cherchant accord chez Aile et moi. « Non mais…deux coins de rue ! » C’était « deux » maintenant !Vraiment, oui, je me retenais pour rire car ma belle bru faisait sortir de la boucane de ses oreilles. « Non mais, papi ? Quel con non , quel zèle, quel acharnement, pas vrai, non ? » Moi, prudent : « Euh..oui, oui, bin oui, c’est effrayant. »
7-
Lisa Frulla ? Une sacrée menteuse ! Je l’écoute au « Grand blond’ avant-hier, hier ? La conteuse de menteries effrayante ! À la SRC
où je suis invité, elle est train de se faire « arranger le portrait » —comme moi— dans sa salle de maquillage, en mars dernier. Je la félicite d’avoir été, sous Boubou-le-mou, une efficace « ministre des artistes » (ref. le statut de artistes enfin organisé). Rendons à César… J’ajoute : « Alors, on va se présenter dans le Saint-Léonard du Gagliano parti, non ? » Elle : « Ah non ! Claude, non. Pas question, jamais. Je reste libéral mais jamais je n’irai m’asseoir avec lui, le Jean Chrétien. Ou derrière lui. Jamais ! Jamais ! Il y a des limites dans la souplesse. »
Je suis édifié. Fier du courage de celle qui perdra bientôt sa série à Radio-Canada. Mais…face à face avec Labrèche, au « …show sournois », la voilà déguisée en député de Verdun, la face très sincère, je l’écoute sidéré :la Lisa est parée à aller s’installer chez… Chrétien et Cie ! Et toute heureuse encore d’y aller, très enthousiaste ! Hypocrisie rare ? C’est pour vous dire hein ? Ne croyez plus jamais cette race de monde. Ils disent noir un midi, sur un tabouret à se grimer, et blanc le lendemain au « bar à Mégot ». Ah la vilaine menteuse , la vire-capot !
8-
Obligation de « ploguer » mon pauvre Grand blond ? Eh oui ! Labrèche gentil-gentil pour un show à venir, avec la belle grande efflanquée compagne du gentil René Simard, icône populaire de jadis: « Planète Animal ». La future animatrice, rit, se trémousse, frétille. La loi d’airain partout, à TQS ou à la sérieuse T.Q. voyez la fortillante Sophie-culturelle !
Chez Marc La Brêche (sic !), pas moins trépignant lui-même, la Miss Taillefer — si pleine de dents, que cela est apeurant—, parle zoothérapie et on sait que c’est vrai, mais, on dirait qu’elle porte un masque tant elle est offerte à la caméra, cette dentition effarante me fascine littéralement. Aile aussi. Le message de la plogue en est brouillé ! Est-ce qu’on verra du simple stock shot, elle l’avoue franchement et il y aura aussi du « contenu d’icitte »—pas par vertu, la loi du CRTC l’exige.
Message de déception d’un fidèle lecteur de mon journal, il y a deux jours, un ex-camarade de la SRC, J. B. Il me dit qu’il a « le coeur levé » (pas les côtes, le cœur)découvrant ma foi patriotique très agressive et capable de se souvenir et de… haïr (ce mot l’effraie) carrément les sinistres « anglos » francophobes qui contribuent à nous écraser, à nous diluer, à nous minoriser (tel ce Brent Tyler) —davantage encore. Cela quand on est une très menaçant petit 2 % sur ce continent couvert de 300 000 « goddamned blokes ».
Je rétorquai à J.B. assez raidement. Lui aussi. Aujourd’hui, il ouvre un drapeau blanc sur courriel. La paix. Je lui dis, ce midi, que j’aime aussi, que j’aime beaucoup —aussi les gens sans passions. Il en faut. Si nous étions innombrables les enragés comme moi, ce serait invivable. Je suppose.
9-
Ému : P.J. C. , ex-camarade de ma chère Aile, lisant du journal, pige qu’elle lutte (oh oui, oh oui !) contre la cigarette que lui, il a connu aussi ! Coup de fil alors pour la conforter, la consoler de ce deuil terrible (c’en est un ) , la soutenir. Oui, je trouve ça beau ! Oui, ému.
Je rapaille sans cesse tous ces jours du diariste pour janvier et j’y arrive mal. Je fais des fautes de clic —de cliquetis ? J’efface, je recommence, je cherche dans « dossiers récents » les tapages perdus. Faut pas cliquer « oui » quand l’icône t’y invite par « Voulez-vois revenir au texte original… » Faut cliquer « non » quand tu penses « oui ». Bon, bon ! « La saudite folle de machine, me dit Daniel, c’est comme ça. Tu vas t’habituer, cher pops ! » . M’habituer à penser tout croche, c’est ça ? Bon. Allons alors dans « Sherlock » ! Zéro ! « On a rien sur ce sujet, monsieur Ducon ! » Bien aima ble ! Ouf !
On se comprend hein ? Maudite machine niaise ces P.C. modernes. Non, pas vrai. C’est une merveille. Je finirai par l’apprivoiser. Suis pas à l‘aise avec l’ordi, je ne le dirai plus. Là-bas, au bord de la mer, il y a une Katleen qui attend « janvier-journal » et doit se dire : « Non mais, il est bien lent…ce bon vieux Jasmin ! »
Katleen, aux Trois-Rivières, au Salon, Julie Beaulieu m’a fait goûter à tes petits cakes aux… dates, aux…quoi donc ? C’était délicieux, savoureux. Merci !
10-
l’animateur Gravel, en grève de son cher « Enjeux » s’est déniché un job —plus ou moins clandestin— de recherchiste. Tout le monde doit manger et payer son loyer. Il me parle d’un projet de documentaire sur Richard Blass. Souhaite que j’y participe, me demande si je peux jaser de ce ghetto irlandais dans Villeray, là où est né l’ennemi « numéro 1 » du Canada longtemps. Cette paroisse Holy Family,quoi. Terrible Blass, dit « le chat », que la police « assassinait » —comme le bandit Mesrine fut assassiné à Paris— dans un chalet des Laurentides, écœurée de se faire berner et ridiculiser par ce bandit… si effroyable qu’il fit brûler tout le monde, rue Beaubien, dans le bar Gargantua. Fou, l’impression soudaine d’avoir raconté cela !
En tous cas, j’en avais fait un roman bien noir intitulé : « L’armoire du Pantagruel », publié chez Leméac vers1980. Mon héros se nomme Richard « Dick » Glass ! J’ai accepté avec plaisir. Je lui ai parlé des gangs de furieux qui nous terrorisaient : Gordon, Collin. Par courriel Gravel m’indiquera les chemins à suivre pour me retrouver devant les kodaks, telle heure, tel jour. Et avec « cachet union », a-t-l dit ! Va pour ce petit cachet-union. « Un minimum tien vaut mieux que deux maximum tu l’auras ! » Lafontaine, l’éternel.
11-
J’ai perdu un de mes deux canards. La glace qui fond. Ils servaient à baliser un tas de pierres et quatre barres de fer qui, il y a longtemps, soutenait une sorte de « radeau-quai-causoir » au large de la rive. Avec moustiquaire, s’il faut en croire des photos. Bon, je retournerai à un Canadian Tire, « deux ou trois piastres » je crois.
Hier, je plante un peu partout comme j’ai fait si souvent des branches coupées en deux, en quatre. Technique apprise de mon défunt père. Ça fonctionne…disons une fois sur six, sur huit…Pas grave. Des fois, ça marche quoi. Faut faire un trou avec un bâton d’abord et là glisser dans ce trou la branche coupée. Et puis lui couper, au sécateur et de biais, la tête encore. Oui, souvent, ça re-tige ! J’aime. Aile se moque. « Tout pour éviter des achats chez Botanix, pas si loin, c’est ça, mon Séraphin ? » Vilaine Aile parfois ! Oui, je le sais, je suis « séraphin ». Souvent. Et puis, je ferai de dépenses folles. Oui, je balance. Je passe d’un excès l’autre. Je compense sans cesse…je suppose.
12-
Maurice, mon voisin immédiat, traverse nos haies, lui, le dévoué « écolo » dans la place. Il me laisse entendre que je devrai piquer, encore une fois, une jase à la fête de la Saint-Jean et, encore, avec le filleul de Grignon. Je lui propose de raconter aux jeunes (et aux vieux) ce Saint-Adèle raconté dans « Sainte-Adèle la vaisselle », publié en 1973 et qui illustrait le Sainte-Adèle de 1950 quand j’y ai vécu en potier « frais émoulu » de l’École du Meuble.
Un bébé, Gabrielle, va et vient chez Maurice. Des parents veillent sur cette petite marcheuse maladroite. Comique petit personnage qui découvre la nature. Aile avec rateau : « Bon, tu vas l’attirer, le fou des enfants ? » Oui. Ce que je fais. La fillette m’entend bien lui parler de branche, de feu, de venir l’attiser mais…hésite, va à ses parents dans une large balançoire. Ramasse deux morceaux de bois. Revient, approche, recule. La jeune maman la soulève et me l’amène. Elle jette son bout de bois, les yeux vifs. S’en retournera fière, moins titubante il me semble, plus vaillante, plus solide sur ses petits pieds. Elle a mis du bois au feu, non ?
La vie commence pour elle. Le temps se déroule, tout lentement, il a tout son temps le sacré temps, l’hypocrite. Gabrielle sera vieille, ce sera pas si long, elle viendra revoir le rivage, le foyer du vieux bonhomme blanc…qui sera mort depuis longtemps. Qui l’observera de son observatoire d’éther. Qui s’ennuiera moins de la terre que des enfants qui l’habitent.
Je suis, moi, un vrai pédophile. Racines latines, grecques ? Pédos et philos. Il faudrait nommer « pédomaniaque », ou « pédosexuel », le pervers malade. Pédophile, c’est pour moi, pour tant d’autres dont le cœur fond quand il voit le commencement d’une existence…
13-
Chez la jolie noiraude Charrette, au complet, la bande de « La vie,la vie. ».
La cérémonie des adieux, Simone de Beauvoir ? Oui. Larmes chez Aile soudain, à flots, quand on revoit la splendide scène où un de la bande va demander à sa blonde de laisser le job et d’aller prendre une marche tout simplement…parce qu’il a peur de la perdre, de la négliger, de toujours trop penser à seulement bosser. Une séquence étonnante en effet. Faite avec une sobriété rare. Ce jeune Sauvé, réalisateur, est surdoué, et les acteurs eux aussi. Inutile, —Aile songe à « L’héritage » ou à « Montréal P.Q. »— en cas de bons succès, de séparer, de vouloir partager les mérites, perte de temps, il y a eu magie singulière, imprévisible osmose, entente totale entre l’auteur Bourguignon et ce Sauvé et ce gang de comédiens (filles et garçons) merveilleux. La vie.
Étonnant entretien à TVA, hier soir, entre mon Paul Arcand et l’ex-vedette, si mignonne jadis, chanteuse de tounes pop à la télé, comme Donald Lautrec qui fut son compagnon jadis, son nom : Céline Lomez. Une beauté que la chère Aile a bien connue, jeune elle aussi, quand les deux vaquaient en « variétés » —les trois puisque, dans une autre vie, Aile réalisait les séries « souignantes » de Lautrec au Centre Paul-Sauvé.
Une diction bizarre, un peu « à la française », l’anglicisation menaçante. Elle ne vit plus avec l’affairiste De Brabant, est amoureuse depuis quelques années d’ex-policier (GRC, CIA, etc.) qui viendrait de publier un livre controversé. Encore jolie, Lomez semble réticente à parler librement. Elle cherche donc davantage ses mots en français. Elle se livre et puis recule. Prudence. Le compagnon qui a , forcément, trompé beaucoup de maffieux
( ceux du Triangle de Chine, chez les Italiens, les motards, les Russes) doit se protéger constamment. Encore une fois, on en dit pas assez et trop. On ne saura pas grand chose en fin d’émission et cela est frustrant, toujours déplaisant. Lire le livre des l’ex-agent secret, C.L. a parlé d’un e traduction possible, bientôt. Encore de la « plug » ? N’empêche, bizarre ce métier d’infiltreur !
14-
Je lis sur Clarence Gagnon. Un récit de René Boissay, ex-camarade de la SRC. C’est une histoire curieuse. Il n’y en avait pas des milliers…de ces bohémiens-bourgeois qui défient les pères graves et sérieux…Qui s’acharneront à devenir peintres.
Gagnon, vieux, deviendra un réactionnaire complètement borné. Il va mépriser avec rage le cubisme ou le surréalisme. Des modes neuves de peindre qui l’effrayèrent. Danger. Pour lui. Pour son école. Son « modus » à lui sombrait lentement dans l’ancien, en un monde passéiste, dépassé, que les jeunes vouaient aux hégémonies.
Cela l’énervait énormément. Lui et tant d’autres. Mais, entre temps, en son temps, il fut « notre »impressionniste merveilleux. C’est lui qui délaissant Paris et ses bons contacts en milieux artistiques, deviendra l’abonné (!) passionné de la Baie Saint-Paul, de Charlevoix. Il adore la chasse, la pèche surtout, il adore les vielles maisons, le granges typiques. Comme dit Boissay dans son volume, des tas de peintres, hélas, marcheront dans ses traces et feront des pochades d’imitation.
Lui, Gagnon, au tournant du siècle, quand la mode à Montréal n’en finissait plus que de n’admirer les sous-Hollandais des années 1800. Gagnon, lui, avant et après 1900, inventera toute une imagerie nouvelle.
Avant les Pellan. Borduas —et Riopelle—, il y a eu donc de ces pionniers captivants. La série d’illustrations de Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémond, célèbre « Maria Chapdelaine », offre des images parfois renversantes. De nos jours, Gagnon est dans tous nos musées. Il est comme un classique intouchable. Évidemment. N’empêche, il y a donc eu, chez nous, de ces êtres curieux, vraiment « fous de peinture », d’art, de lumières rares, et j’aime le savoir. Faux que nous n’étions tous que des porteurs d’eau et des coupeurs de bois. Faux ! Sous mes yeux, j’examine les images de sites, le long du Saint-Laurent, où les lumières se battent et se débattent et cela est aussi fort que les Corot, ou les Courbet, les Braque, Modigliani, Matisse, Chagall, Monet, Renoir, nommez qui vous voulez. Ce n’est pas rien ! Vive Clarence Gagnon !
Ce week-end, à Québec, entre deux séances de signatures au kiosque du Salon, faudra que je trouve un moyen, samedi ou dimanche d’aller voir du Gagnon au Musée de Québec sur les Plaines. Il le faut !
15-
Aile m’a fait peur hier. Elle avoue avoir fait du ménage (« un peu » dit-elle) dans la cave. Dans mon atelier de peinturlureux quoi. Oh la la ! Qu’a-t-elle mis aux poubelles ? Je la connais. Elle rit, me dit de rester calme, ajoute qu’il faudra t que je m’y mette et pour un vrai ménage. « Je n’ai fait que déblayer un peu. » Oh mon Dieu, mon Dieu, trouver le temps d’aller vérifier son carnage d’iconoclaste anti-traîneries, son vandalisme car nous n’avons pas la même notion, elle et moi, de ce qu’il faut jeter et de ce qu’il faut conserver. Oui, la peur m’étreint.
Combien de fois j’ai pu constater…un manteau disparaissait, un chandail aimé, un pantalon de velours bien aimé, une paire de bottines très, très appréciée…C’est un sort terrible que de devoir vivre avec une femme aimée mais qui a la manie de jeter du lest. « C’était fini Cloclo, c’était pourri, c’était usé. À la corde ! C’était plus mettable, t’avais l’air d’un fou avec cette tuque, ce chapeau fourré, avec ce foulard, avec cette crémone… » Toute cette litanie odieuse ! Je souffre. Et je guette. Ce m’est pas facile. Elle a des tours dans son sac de …vidangeuse !
Qui, soudain, me susurre : « Ça va être prêt dans dix minutes, ferme ton clavier, Cloclo ! » Bon. Je ne l’ouvrirai plus que lundi, au retour du Salon québécois !

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