Le lundi 29 avril 2002

Le lundi 29 avril 2002

1-
Saloperie de neige ! On peut imaginer la déception…nous avons eu un bref aperçu d’un printemps très chaud et bedang ! cette neige de dimanche et de cette nuit…Horreur ! Allant aux journaux, ai cherché ma brosse à neige dans la cave, sorti ma pelle, ce matin…Enragé, j’étais. Mais bon, du calme, un petit coup de soleil de début de mai et on aura tout oublié de cette espièglerie météo, non ?
Hier, dimanche, à 16h, je grimpais sur la 40 au bout du Chemin Sainte-Foy et …roulons ! À 19h, j’étais arrivé ! Avec de la neige partout, dans les Laurentides. Dès Trois-Rivières, je l’ai vu faire ses débuts, la démone ! J’ai misa du Beethoven, du Mozart (le requiem !) et du Verdi. Puis, j’ai mis Cbf-fm et le bourrage des scabs, des jaunes-cadres, avec des chansons. Miscellanées : Brel, Leclerc, Ferré, Plamondon, Brassens, Léveillée… vaste pot-pourri et de brefs bulletins de nouvelles lus par des voix d’un amateurisme à faire crochir…les oreilles ! Aucun sens de l’accent tonique à utiliser comme du monde. Écorchage auditif. Honte d’un réseau français (à la SRC) qui s’acharne à ne pas régler un contentieux syndical pourtant tout simple. Déception de cette Société où je fus un travailleur heureux. Cela malgré tant de petits « boss » bien cons.
Ce matin, tôt, ai pondu un petit requiem pour la comédienne (85 ans) morte samedi, Sita Riddez. Je la croisais souvent dans Outremont et elle m’étonnait par sa démarche altière, fougueuse je dirais, sa verdeur, même à 80 ans ! Funérailles mardi à 21 h à Saint-Viateur, rue Laurier, ouest. Je l’ai fait, pour La Presse, en souvenir de ma première épouse qui étudia chez elle, et aussi de ma chère Aile qui y suivit des cours durant un an avant de devenir sripte de télé. Pratte publiera-t-il cela mardi matin ? Je verrai bien.
2-
Deux jours au Salon à Québec, entre le haut et chic Hilton et le non moins haut Radisson, au Palais des Congrès. Beau salon. Tapis rouges partout. Les gens de Paris (et le riche Dimédia-Boréal) installés en seigneurs au milieu de la salle, nous, les tit-culs québécois tout autour. Ambiance connue, j’aime pas les salons mais encore une fois, j’ai adoré les rencontres faites. C’est toujours fort agréable de jaser avec des lecteurs fidèles…des admirateurs parfois. Certains lisent mon journal sur internet :
« Où est donc votre Aile, pas là ? » Déception donc. Même des reproches voilés : « Pas avec vous ? Elle (Aile) vous aime pas tant que ça alors ! » De retour, je raconte cela à ma chère et elle ne pipe pas mot, cherchant à savoir si je lui tire la pipe ou si vraiment l’on déplore sa désinvolture face à mes déplacements… de salonnard.
Je vois François Barcelo dans une allée du Salon, je l’arrose de bons saluts, le gaillard fait son drôle. Il se laisse saluer, brasser les mains, tapoter les épaules, tout guilleret, et finit par dire : « On me prend souvent pour ce Barcelo, qui est-ce ? » Moi, penaud. M’excuse. Si je savais qu’il avait un sosie parfait. Vraiment un clone ! Incroyable.
Derrière sa petite table, sage comme une écolière : Claire Martin. Qui oublie encore à son âge. Que j’avais voulu saluer et féliciter à un autre salon et qui m’avait jeté froidement : « Ah vous, Jasmin, pas de salut hypocrite hein, vous m’avez déjà déclaré dans un journal : « La Martin s’en va ? Bon débarras! » C’était vrai. Après nous avoir maudit avec notre atroce mode du joual, notre séparatisme si vilain et notre socialisme, les jeunes écrivains, Claire Martin, vers 1970, annonçait qu’elle s’exilait de cette terre de jeunes voyous. L’Espagne, je crois. Du temps a passé. Non, son beau sourire samedi. Elle est de bonne humeur. Je fais ça bref. Au cas où… Un quidam de son kiosque me questionne à voix basse : « L’avez vous trouvée vieillie ? » Je dis rien. Claire a toujours eu l’air vieillot. En 1960, avec des romans à clés audacieux, bien rédigés (« Dans un gant de fer », etc.) où elle réglait des comptes difficiles, cette auteure avait déjà les apparences d’une vieille maîtresse d’école de rang. Je l’aimais bien mais je déplorais sa frousse et sa méfiance pour note lutte patriotique qu’elle dédaignait outrageusement, fédéraliste sauce Grande-Allée, bourgeoise fardée.
Bonnes brèves rencontres : Georges-Hébert Germain (son « Château Frontenac »), Jean-Claude Germain —qui me commande un bref polar pour sa neuve revue de gauche, titrée « L’ », Pierre Nadeau, avec sa biographie captivante, Pierre Légaré, humoriste caustique et goguenard, au bord de sa retraite des planches, quelques éditeurs sympas (Fortin de « Québec-Amérique », Brûlé des « Intouchables », etc.). J’en passe.
Nous voilà bientôt enragés noirs, écrivains, éditeurs, aussi quelques lecteurs. Il y a pas plus « colonisé » que « Le Soleil », le gros quotidien de la Capitale. Hier, samedi, son cahier-livres s’ouvre avec un immense reportage (fait au Vermont, USA) sur John Irving —pour un mince roman plutôt reçu froidement là-bas, « La quatrième main »— alors qu’il y a un Salon du livre qui s’ouvre à sa porte !
Le racisme inverti à son meilleur. Le lendemain, dimanche, grand papier sur Alex. Jardin (« bellâtre insignifiant », écrit Stanley Péan dans « La Presse », ce qui est exagéré bien entendu). Encore rien donc, dans ce « Soleil » tronqué, pour les auteurs d’ici. Scandaleux !
Samedi après « mes heures » en kiosque, promenade au soleil dans cette Grande Allée aux cent restaus. Galerie. Annonce : « expo-Francisco Iacurto ». J’entre. Ce vieux peintre, venu de ma chère « Petite Italie », brossa les binettes des importants élus duplessistes longtemps. Les galéristes m’écouteront jacasser, amusés, sur le vieux bonhomme dont les premiers tableaux furent exposés sur les murs du pharmacien Armand Besner (peintre amateur lui-même), au coin de chez moi, rue Saint-Denis angle Jean-Talon, en face de la Casa Italia. C’était, à douze ans, mes premiers « vrais » tableaux vus. Fin de « seulement » les images imprimées des calendriers Molson !
3-
Deux enfants passent. J’aime rigoler avec les petits. Promesse de leur faire signe —remuement de mon petit doigt— juste pour eux s’ils me revoient à la télé. Parents amusés. Ils repasseront plus tard devant ma cage et, charmants petits anges, me feront des signaux avec leurs petits doigts : « Oubliez pas ! » Merveile !
Soudain, trois sœurs,en noir,. D’un Tchékov ? Trois vieilles dames dignes, fr.tillasntes, jeunes d’esprit. Belle aparition de mes amies : Françoise Faucher, Hughette Oligny et Lucille Cousineau. Elle reviennent d’une sorte de récital avec des textes de Clémence, présidente d’honneur de ce Salon. Ele s’en iront jouer, je ne sais plus trop quoi, tout à l’heure. Nous signons volontiers des pétitions « circulants » pour les grévistes de Radio-Canada. Françoise toujours abasourdie, révulsée même par cette France qui doit choisir entre « l’escroc » (Chirac) et « le facho » (Le Pen).
Mon éditeur m’offre « Jasmin et barbelés » —petit livre de souvenirs d’une Esther, juive sépharade du Caire, enquébcoisée depuis— qu’il a acheté aux Trois-Pistoles. Cadeau gentil. Décidément cet ours, V.-L. B., est gentil comme tout !
Dans ce « L.’ » de Germain, page trois, un formidable texte de mon ex-petit camarade en céramique, Gilles Derome : « Lu, vu, entendu ». L’excellent potier de Duvernay n’y va pas avec le dos de la… fourchette pour piquer raide : des allusions politiques féroces sur un certain État du monde, aujourd’hui. Stimulant.
Le jeune Moutier, dont j’achète volontiers le dernier bouquin, m’y trace une dédicace d’une rare chaleur. Je n’en reviens pas trop. Les cadets, d’habitude, n’offre pas une telle générosité. Très chaud au cœur.
Bon, fin des salons ! Des chambres d’hôtel et des sacs de voyage. Ouf ! Retour donc à mes pénates. La paix. Je n’aime vraiment pas être séparé d’Aile.

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