Le lundi 15 avril 2002

Le lundi 15 avril 2002

À CŒUR OUVERT

« J’ÉTAIS « PERMANENT »
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Trois jours sans mon journal. J’aurais tant voulu noter dedans la beauté de l’ensoleillement, dimanche midi, hier, à une joyeuse terrasse de la rue Notre-Dame, angle Des Forges aux Trois-Rivières. Des piétons par coupoles souvent, ils embrasent sans cesse. Quoi, qu’y avait-il dans l’air ? C’est le printemps. Je n’avais pas hâte de renter au Centre Industriel, rue Du Carmel, en haut de la vieille ville, pour me réinstaller au kiosque de mon éditeur. Plus tôt, sortant de l’hôtel de la rue Hart, j’avais voulu entrer dans la belle église épiscopale au coin de la rue. Niet ! Portes closes ! J’aime bien examiner —m’y recueillir aussi, je le dis— les vieilles églises québécoises. Rien à faire. Pancarte : « les messes sont dites au sous-basement ». Je me contentai de faire le tour du gros monument sculpté sur les quatre côtés, en l’honneur de Laflèche, chef spirituel de tout le compté. Plein de personnage étonnants, —on voit de pauvres bougrines, des ceinturons délabrés, des vieilles bottines, des lacets défaits, de gros boutons de vestes anciennes, des écharpes— comme souvent, des silhouettes de pauvre paroissiens frileux qui se pressent, qui entourent le digne prélat. On dirait un Vincent-de-Paul, mon saint préféré. Le fut-il ? Hum ! J’ai lu sur ce Laflèche…
Il fut d’un type plus tyrannique que charitable, je pense bien. En ces temps-là, années 1850-1950, un peu partout, le haut-clergé jouait aux princes, aux despotes —ensoutannés— éclairés !
En fin de compte, rentrant dimanche pour souper chez moi, je devais reconnaître que ces deux jours en kiosque m’avaient plu. Pourquoi ? Par ce jeu des rencontres inopinées où des visiteurs —sans nécessairement vouloir acheter votre récent bouquin— sont contents, parois même enthousiastes, d’échanger avec vous quelques appréciations, ou critiques rigolotes, sur vos affirmations publiques à la radio ou à la télé. C’est classique.
Ainsi à ce Salon du livre, on a cru utile d’inviter la troupe d’une émission populaire de T.Q. « Ramdam ». Il y avait donc une longue file de badauds, tout le tour du Salon, pour ces rencontres. Plein d’auteurs mal connus et mal « publicisés », alors regardaient cette foule — veaux négligés malgré eux— foule qui ne les regardait pas.
Les loustics, on le sait bien, guettent les héros de la télé. Masochisme d’inviter ces jeunes stars de cet « autre » médium ! Ou bien, l’on se dit : « La télé va amener du public à notre Salon et on en profitera. » Faux calcul ! Pas certain que c’est une bonne idée, moi ! Ce qu’il faudrait — à heures fixes, dans les recoins à micro, les multiplier—, c’est présenter abondamment tous ces auteurs pas encore connus du public, les avantager, donner des références sur eux et sur les publications récentes. Agir comme si un tel Salon, modeste, partout en provinces québécoises, était un petit poste de radio-télé, consacré aux auteurs, pas autrement. En circuit fermé si on veut.
On le fait, timidement et sans vraie animation trop souvent. Pas d’autre solution.
2-
Samedi soir, table ronde improvisée au café de l’hôtel. Le poète et graphiste Desroches y est, un couple de jeunes, Julie l’aspirante éditrice, le Vigneault junior qui offre son deuxième roman, et Victor-Lévy en personne. Jasettes ad lib. Piques et horions. Taquineries foliochonnes. Craques et caricatures. Le Vigneault-fils se souvenait d’une moqueuse « lettre ouverte » du bonhomme Jasmin sur son premier roman.. Je montrais le gouffre séparant deux génératons bien différentes. La mienne, ouvriériste, socialiste, gauchiste, séparatiste et le reste, la sienne à Guillaume Vigneault, pas trop engagé, libertaire, édéniste, anarchiste-subventionné, coureuse de bourses et de voyages à Paris, New-York ou au Mexique, etc. Ça brassait un peu fort à un moment donné entre nous.
. Nous nous sommes expliqués. Il a mieux vu la teneur, le fond de mes griefs face à leur temps d’enfant pourri-gâté, j’ai mieux compris les risques, la dureté du combat actuel des jeunes pour percer, pour se tailler au moins le début d’une réputation, et survivre en attendant. Il ne voulait plus n’être que « le fils du monsieur riche de la place » (à St.Placide) , me dit-il, il a tout quitté, se loua un « un-et-demi », se chercha un petit boulpot, aimait le roman, s’y esssaya avec le risque encombrant d’être « le fils de.. ». Guillaume est « waiter » rue Saint-Denis (au Continental). Les temps d’aujourd’hui, où règnent des débats inconnus de moi en 1960, luttes difficiles où entrent des soucis d’un tout autre ordre qu’à l’époque où il y avait dix ou douze écrivains sur le pavois d’ici, pas cinquante ni cent comme maintenant.
C’est la vie. La vie…
Les générations si divergentes. Forcément, avec parfois, l’incompréhension.
3-
Vendredi soir, ma fille installée avec son Marco à l’ombre du château Frontenac, je suis allé « checker », mine de rien, la maisonnée à Ahuntsic. Bouffe de côtes levés au Saint-Hubert avec les grands garçons « sans la môman ». Plus tard, visites aux trois aquariums de Gabriel et puis je suis allé le reconduire, mon jeune trompettiste, chez son jeune copain, un Jasmin de Perrefonds.
Filant sur l’autoroute 40, ouest, la dite « métropolitaine », je redécouvre toutes ces installations quand je sors pour la « Montée des Sources ». La nuit débutante est traversée de lumières, reverbères nombreux sur les chemins, il y a , là où on vagabondait en vélo —champs déserts de population dans les années ’40— deux (2 !) centres commerciaux. C’est une vie champêtre bousculée, métamorphosée, changée. Arrivée rue France, remplie elle aussi de cottages modestes, c’est la banlieue quiète. Une sorte de luxe, de vie si calme, quand je compare avec mon coin de rue Saint-Denis-Bélanger de ma jeunesse à moi. Chanceux, ces jeunes, d’avoir une existence à l’abri des turbulences d’antan, de la promiscuité incessante. Le fils de Gaétan —un autre « Daniel Jasmin »— guettait à la fenêtre de sa chambre. Gabriel sort vite de l’auto, ramasse se deux sacs à dos, et « bonsoir papi, bonne nuit ».
Un monde. Ces jeunes vont constamment « coucher » chez les uns et les autres. Nous restions, nous, dans notre quartier. Nos amis étaient nos voisins. C’est, carrément, un autre monde.
4-
Je lis tout ce que je peux sur Arafat, chef de guerre, ex-terroriste, face à ce Sharon, ex-terroriste, « tueur d’État » au Liban en 1982. J’hésite à embrasser automatiquement, complètement, aveuglément, « la cause des Palestiniens ». Hier…oui, maintenant, j’hésite. Je calcule. Je cherche. Je tiens à ne pas m’enligner trop facilement du côté des…démunis, des pauvres, des plus misérables. Des propos de gens que je respecte me font réfléchir. Ainsi quand Bruckman qui, comme moi, déteste ce Sharon agressif, parle tout de même du peu de plan, du manque d’avenir planifié, chez Yasser Arafat…bien, je reste jongleur. Si souvent, nous avons, brave gauchistes, pris vite (trop vite) parti pour les mal-pris… Ces mal-paris ont-ils un chef capable de construire un avenir palestinien, un pays un petit peu démocratique. Veut-il ce chef rester chef ? Sans top jongler à un minimum de vie démocratique.
Comme il y a des Juifs qui condamnent « leur » Sharon, il y a de Palestiniens qui s’inquiètent de « leur » Arafat maintenant.
D’autre part, cette solidarité suspecte de tous ces Arabes des alentours, les uns princes monarchistes tyranniques, que je crains, ou bien militaires de carnaval, devenus des dictateurs effrénés…Pauvres populations musulmanes ! Oui, tous ces Arabes sont-ils ceux qui peuvent réellement aider les Palestiniens que l’on tasse, que l’on étouffe dans les rues pleins de chars blindés de l’armée juive. Prétexte : démasquer les terroristes ! Une mascarade ? Évidemment. Les clandestins ne portent aucun écusson. Ce sont souvent des adolescents que l’on enrégimente, que l’on fascise, que l’on nazifie.
Démocrate, je crains pourtant aussi, comme les lucides savent bien, les abus des « nombreux », ah ! Les attaques mêmes des « plus nombreux ». Vrai qu’il y a en démocratie du bulldozeur ! Eh oui ! Du rouleau–compresseur.
Ici dans mon petit coin j’ai si souvent, si longtemps, comme mes amis farouches de vingt ans, un minoritaire, isolé, moqué, bafoué, montré du doigt. Nous avions nos idées gauchistes et les bien installés nous chiaient dessus.
Nous n’étions pas du tout de bons démocrates puisque les majorités se méfiaient de nos querelles, de nos griefs, de nos envies de batailler. À cette époque, la démocratie québécoise, le bon vouloir des « nombreux », des majoritaires, c’était :religiosités et dévotionnettes connes, piéticailleries avilissantes et immondes, fétichistes, patronage, favoritisme, pourritures politiques partout !
Ah oui, prudence. Refuser de jouer les arroseurs de feux…En finir, en avoir assez avec ces guerres quand l’Arbitre final se nomme Bush, quand « ONU » ou « Parlement européen » sont sans force face à Pentagone et CIA, face à Impérialisme-USA. Non, par passer pour des judéophobes primaires. Ils lèvent, grouillants vers de terre, en France comme ailleurs, de plus en plus désormais, antisémitisme subit …à force de condamner les atrocités de ce Ariel Sharon, ce gros bonhomme qui crache le feu, qui n’invitent pas les Israéliens à quitter les villages ou villes occupées.
Que c’est difficile de raison garder.
Qu’il est malcommode de résister à ma tendance profonde : prendre pour celui qui et à terre et ne plus se questionner si celui-là qui saigne, qui a faim, est vraiment disposé à se préparer un meilleur sort. Plus gravement : ce souffre-douleur en Cisjordanie mitraillé est-il bien épaulé par ce chef qu’il acclame, seul et unique candidat d’Une libération équivoque.
Je frissonne en regardant sans cesse, hier et ce matin, ce beau visage d’une toute jeune fille qui s’est acroché de sinistres sacoches à la taille et qui a marché vers sa mort et celles de civils innocents.
Cela finira-t-il bientôt ? Me voilà, hier soir, pensant comme le vieux pape conservateur, avoir envoie de prier.
Bien simplement, prier. Tout bonnement, prier. Comme quand, enfant, tout allait si mal soudainement, et qu’on ne savait plus à quel chef de mon gang me vouer. Prier.
Merde !

J’ÉTAIS « PERMANENT » À RADIO-CANADA

La célèbre grève de 1958 à Radio-Canada défendait le droit de s’associer, l’actuelle est autrement plus grave, elle veut illustrer le démantèlement progressif (une réalité odieuse) d’une institution exceptionnelle.

Radio-Canada a été installée, s’est développée au cours de nombreuse décennies, avec l’argent du peuple. La société est donc une propriété publique. Ses gérants actuels, à tous les échelons, ont des comptes à rendre aux citoyens. Les représentants du peuple, députés ou ministres, doivent examiner, et faire vite se régler, le conflit de travail qui sévit là.

En 1985, je prenais une retraite anticipée comme scénographe de la télé de Radio-Canada pour devenir écrivain à plein-temps. Ce fut « 30 ans de loyaux services »… C’est écrit sur ma carte-passe. Un coupe-fil utile si je veux entrer dans cette immense « boîte chiffon-J ». Par exemple, pour aller manger à la jolie cantine Chez Miville.

Les « anciens », nous étions tous des permanents.

C’était une prodigieuse usine de spectacle divers —variétés, dramatiques, affaires publiques, information, jeunesse, femmes, religion, etc.— et j’y fus heureux durant trois décennies. La télé de Radio-Canada —la radio, elle aussi, était une ruche extrêmement bourdonnante— était une sensationnelle manufacture publique d’émissions variée. Radio-Canada faisait l’envie des pays pauvres, bien sûr, mais aussi de nombreux pays évolués. De partout, des visiteurs venaient visiter et s’informer sur ce lieu « emblématique ».

Lieu fabuleux, dès les années 1960, on y voyait un vaste atelier de menuiserie, de peinture, pas moins vaste. Pour les costumes, les maquillages, les accessoires, les draperies, les fleurs, c’était une fourmilière épatante. On faisait « carrière » à Radio-Canada. Des spécialistes s’y formèrent, des experts (le mot n’est pas trop fort) apparurent, l’exemple éclatant d’un Frédéric Back (films d’animation) conduisait la « Maison », deux fois, aux Oscars d’Hollywood.

Qu’est-il arrivé ?

Que se passa-t-il ?

Qui pourra expliquer —clairement— quand au juste, par qui, pourquoi et comment cette « usine » s’est si rapidement rapetissée ? Vers 1962, la naissance de Télé Métropole, le modeste —mais vite devenu populaire— « canal 10 », comme on disait, ne fit pas ralentir la splendide machine à produire. Pas du tout. Il y eut deux centres de production fabuleux avec de jeunes employés « permanents », Raynald, mon jeune frère, y travailla heureux, lui aussi 30 ans.

Certains grévistes parlent, disent des choses graves. Est-ce toujours la vérité ? L’on avance que les plantureuses subventions —de Téléfilm Canada— offertes aux nombreuses firmes privées, pour des télé-émissions dramatiques, a assassiné (tué raide !) cette fantastique « usine à programmes » de jadis : Radio-Canada.

Est-ce la vérité ? Si oui, pourquoi cette bizarre opération-mystère, pourquoi donc qu’un organisme public (Téléfilm) voudrait-il l’étouffement graduel (la mort ?) d’un autre organisme public (la SRC) ? Dans quel but, dans quel intérêt alors que le premier (SRC) possédait un extraordinaire savoir-faire (« know how »), une expérience collective unique, reconnue partout dans le monde entier : voir les vitrines remplies de trophées dans les couloirs. Les subventionneurs de cette « mise en place de talents » (tous les citoyens quoi) ont droit à une réponse claire.

Pourquoi désormais ce « tout le monde à la pige » ? Pourquoi « tous contractuels » ou pas d’emploi ?

De 1953 à 1985, nous étions trois milliers de jeunes : créateurs, artisans, rédacteurs, informateurs, techniciens, administrateurs— à jouir d’un statut normal. Nous étions trois milliers avec un salaire régulier, la stabilité, le goût de s’établir quelque part dans la grande région montréalaise, de fonder un foyer, de faire des projets d’avenir normaux, ordinaires.

Quel est l’avantage réel d’embaucher « à temps partiel » toute cette jeunesse —pourtant mieux instruite, mieux formée, mieux préparée que nous— ce « au jour le jour », ou à coup de six mois, un an ?

Le public (qui subventionne toujours) a le droit de savoir pourquoi la SRC se fait démolir davantage chaque année ?

Ou bien —si les coups ne viennent pas de l’extérieur— pourquoi elle se « démantibule » elle-même ? Les dirigeants actuels (Montréal, Toronto, siège social d’Ottawa) sont-ils tous des masochistes ? Les payeurs d’impôts et de taxes, nous tous, voudraient bien savoir la vérité. La SRC-française, c’est, chaque année, environ 333 millions de $, argent public.

Ici, aujourd’hui, je témoigne (puisque j’y étais) d’une réalité, d’une époque : Radio-Canada, réseau français, était une « fabrique » inouïe, la matrice, le modèle, « le moule » d’un tas de pratiques spécialisées —dans tous les domaines de la production radio- télédiffusée— et cela, avec des emplois « permanents », relativement fort bon marché en comparaison des télés d’Europe et surtout des USA.

Le peuple-payeur de cette radio-télé publique veut une claire réponse à une question claire, du Président de la SRC, ou du Ministe tutélaire à Ottawa : qui a osé casser ce moule, le modèle, et pourquoi ?

(30)

Le jeudi 11 avril 2002

Le jeudi 11 avril

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Hier, bain de soleil, oui, oui, sur la galerie d’en arrière. Transats ouverts, le jaune d’aile, mon rouge. Lectures variées sous l’astre !
Moi avec le  » Courrier  » et Aile avec  » L’Actualité « . La belle vie. Enfin de la chaleur. Mes vieux os criant famine ! L’amie Marie-Josée m’achalait de son trottoir de piqueteuse :  » Quand vas-tu fesser le polémiste, notre grève t’intéresse pas c’est ça ?  » Hier avant le souper, bang ! . je me décide, je grimpe à ma salle des machines et je crache une  » lettre ouverte  » pour la grosse  » Presse « , je veux que ce soit lu. Et le Journal de  » Monrial  » ne publie pas de ces polémiques. Lâches qu’ils sont. La foule! ? ils s’en contrecrissent ?  » Business « , 888-8888, et ne pas froisser nos chers clients ! C’est ça ?
Content de ma  » défense et illustration  » de ce Radio-Canada de ma jeunesse ! N’en avais plus rédigée de ces brûlots brefs depuis que je tiens journal ici. Va-t-on la publier ? On verra bien.
Je reçois des courriels chauds, lumineux parfois, mon secret souvent (je me fais des copies pour archives) mais que ces correspondants sachent qu’ils sont un moteur. Ils me font continuer. Car il m’arrive (comme pour tout le monde sans doute) certains jours de me dire :  » à quoi bon ? Cessez tout cela. Ne plus rien faire que lire en paix « . Ces témoignages si gentils font que je sursaute et je fonce de nouveau dans ma manie scripturaire. Continuez donc!
2-
Ce soir aller au petit château-Chambord pour souper avec les garnements ‹si grandis‹ de ma fille, Éliane. Elle est à Québec avec mon gendre l’internaute savant, Marco. Congé d’ados, repos, vacances,  » lune de miel des 50 ans  » ! Je ne sais pas trop ! Pas de mes affaires. Un  » beau-pater  » doit se la fermer  » bin dur  » , non ? Puis, ce soir, aller conduire le benjamin Gabriel chez des Jasmin (Gaétan, de la fesse gauche) à Pierrefonds!
! .et puis demain à 2 h une limousine (yes sir, le Scully sait faire ! ) viendra me prendre pour aller à Ville La Salle jaser pour  » Bibliotheca  » , sur  » La pertite poule d’eau  » et bien d’ autres choses.
Samedi matin, filer en Jetta vers le  » Saloon  » de Trois-Rivières. Un lieu sympathique, davantage que la grosse foire montéalaise de novembre. Revenir à Montréal dimanche soir.
Absent donc du journal pour trois jours et cela, oui, oui, me chagrine. Habitude bien ancrée donc.
La gentille et dévouée Katleen ( » une ourse aux pattes de velours « , lui ai-je courriellisée et elle a pas protesté ! ) de chez Trois-Pistoles me commande un communiqué (hen quoi ?) pour ce journal qui sortira en septembre. Oui, hen ? Quoi? Déjà ? C’est que les distributeurs de livres préparent  » très d’avance  » leurs pubs et commandes aux camions de livraison et aux libraires.
Bon, quoi mettre ? Rédiger du  » fou  » ?  » Claude Jasmin sans aucune pudeur, s’ouvrant de façon innocente à tous, livre tous ses secrets les plus intimes, ses maux de ventre et de coeur, il ose raconter ses manies secrètes!  » Vous voyez le genre. Mensonges libres. Faciles. Mais non., je ne ferai pas ça. Aussi , diable, pourquoi l’éditeur ne fait-il pas ce boulot ? C’est son job. Moi : je risque de minimiser l’importance (hum) du journal ou alors d’exagérer sur son contenu. Menteurs comme on est, les écrivains. Vains. Je ris de moi.
3-
Hier soir, le frère Untel, devenu bin réactionnaire avec l’âge, racontait à canal  » Historia  » les folies furieuses lors de l’installation en vitesse Grands V, des écoles gratuites (désormais) sur tout le territoire. Propos fascinants. Improvisations et corrections qui pleuvent. Jérôme Desbiens, enrégimenté derrière le fameux Rapport Parent a fait ce qu’il a pu. Avec bon sens sans doute. Il y avait, il l’a dit avec une formidable franchise, toutes sortes de freins :politiques, économiques, sociologiques, catholiques, d’affaires, etc.
Il y eut le favoritisme ordinaire : de si grosses bâtisses à couler dans le béton, on imagine architectes, ingénieurs et entrepreneurs autour du fromage gigantesque ! Une honte ? Non, la loi ordinaire en société humaine, hélas. Desbiens a admis des tas d’erreurs. Ces polyvalentes de 3,000 écoliers, par exemple. Le réseau des bus  » jaunes  » à installer partout .
Ah oui, une émission savoureuse. Cette liberté niaise, ce laxisme imbécile des années ‘ 60 où, dit-il, plus personne n’évaluait personne. Chaque prof faisait à sa tête. I y eut les chamailles de 1968. Des grèves sauvages. De la casse. Du vandalisme. Je me souviens bien du milieu  » arts  » en ébullition. La marmite sautait quoi ! Il dit qu’il a vu tout cela, de très près, ouen, enfermé dans le bunker bureaucratique ? Le brave frère Mariste qu’il est resté tente de partager les blâmes. Pas facile, il faut l’admettre….L’inverse du  » free for all  » viendra, aujourd’hui mes  » beauf « , des profs, me le disent, qu’il pleut des formulaires à gogo, des réformes contradictoires à gogo, de Québec, la bureaucratie, pieuvre connue, indispensable lierre, je le sais bien, je n’ai plus 20 ans, s’est installé et avec vigueur. Contrôles partout. Trop ? Eh !
4-
Début hier soir de!  » Les Caruso « , un titre du genre. Canal  » Séries plus « . Bof ! Plate. Toujours la même sauce. On en a assez vu. La maffe classique ou non, et bang bang ! Je te tue, tu me tues. Lunettes fumées. Habits bien coupés. Familles bien aimées malgré le sang versé dans les garages et les parkings. Oh oui, assez, suffit, clichés, stéréotypes. Valise bourrée, fuite, cachette, on en a raz-le-ponpom, non ? Vu, aussi, ainsi,  » Le dernier chapitre. La fin. Plate. Confus. Voyages vides de sens sans cesse Toronto-Montréal. Lassant. Luc Dionne a perdu sa touche-magie du temps de  » Omerta  » ? Assez oui c’est assez. Le sujet est devenu rebattu,. Redondant. Trop de stock partout sur ce sujet. Revenir au bo vieux film  » Le Parain  » des débuts et y rester quoi ! Avec ce Marlon Brando si imposant. C’était du neuf. Puis vint les séquelles! (fatal en cas de succès, avec tous ces pondeurs parasites paresseux)  » suites  » devenues ennuyeuses comme la pluie.
5-
J’ai donc envoyé ma  » lettre ouverte  » sur le Radio-Canada d’antan à La Presse, et je fustige la mode (le mode)  » contractuels  » et  » pigistes  » pour tous ces jeunes diplômés, ballottés sans cesse, incertains de l’avenir. Pourquoi ce temps nouveau ? Pour mieux contrôler, intimider, ces non-syndiqués ? Sans doute ! Si la SRC ne répond pas à mes questions, je le ferai, moi, et ça va cogner en vérités inavouables. Je vais guetter la réaction des patrons. S’il y en a une de réaction. On connaît l’astuce du silence. C’est un classique ! Et puis, à  » La Presse « , voudra-on défendre cette cause des  » permanents  » ? Oh, oh ! Lisez sous les articles : partout,  » collaboration spéciale « . Oh ! Et de plus en plus ! Un bon signe hein ?
Ma honte, hier à l’École-Bouffe, ai pris des beignets. Une pleine boîte Et un sac ce chocolats frais ! Ma grande honte ! Aile souriait, la méchante. L’air de me dire :  » Vilain et méchant garnement va !  » Elle y plongera autant que moi, la démone. Je vais engraisser rare ! Tiens, reviens du lunch, délicieux potage, bisque au homard, iam ! Et Aile :  » Pour ces chocolats et ces beignets, tu apporteras tout ça rue Chambord ce soir !  » Eh ! Pas si démone que je croyais. Si pleine de bon sens, cette femme m’ est indispensable, on le voit bien. Suis remonté au clavier avec un! dernier beignet graisseux ! Petit voleur va ! Môman rit au paradis !
La grève menace au J. de Mtl, rue Frontenac. Une autre. Des souvenirs montent quand je vois les lignes de piquetage boulevard René-Lévesque. C’est la  » petite  » guerre de 1959. C’est la peur. Crainte de voir s’éterniser un conflit. La frousse que le chef syndical ne soit pas assez lucide, ou pas assez courageux ou, au contraire, trop vantard. Aveugle. Ou bien menteur. Ratoureux. Démagogue. Des dos qui se tournent. Pertes d’amis scabs. Sales jaunes ! La solitude. Réunions où l’on tente de nous stimuler. Enfantillages souvent.  » Pep talk  » bien con ! Soupe populaire où j’étais l’aide-chef d’un régisseur habile. Marches dans le matin froid. Pancartes injurieuses. Janvier passe. Février passe. La peur du chômage pour longtemps. Les rumeurs folles. Les déformations. Les communiqués patronaux pour intimider les grévistes. Les réponses qui crânent. Des cris de rage. Des chevaux de la police. Un peu de coups. Vandalisme de nuit. La faim qui grimpe. Le loyer pas payé rue Saint-Denis. Mon père, pas riche, très mécontent. Oui, la grève c’est la guerre.
J’ai entendu : « le soufisme est une religion de mendiant !  » Ah ! Comme je sais peu sur les  » autres  » religions. M’instruire un bon jour. Ces temps-ci mon fils s’est mis à l’étude du bouddhisme. Il m’apprendra des choses ? J’ai hâte. Religions de mendiant ? Quelle affaire ? Des  » Mendiants  » ? Et les franciscains, oui ? Les capucins ? Non ? Les Dominicains ? Pas du tout ? Et nos Jésuites ? Longue histoire que toutes ces  » communes « . d’hommes et de femmes. Les Sulpiciens de Paris qui se font offrir toute l’Île de Montréal ! Pas trop mendiant dans le genre ? Lire sur tout cela. Oui, quand ? Mais quand ? Ces querelles, les Récollets tassés, méprisés et chassés de ce Québec, bigot et pieux. Avant, les Jésuites bannis par Rome.  » Quid  » au juste ? Et puis repris, remis en honneur. C’est quoi toutes ces tractations para-religieuses ? Je n’en sais que des bribes. Ah oui, vouloir trouver du temps pour apprendre mieux. Ainsi, à partir d’un terme entendu à la télé :  » ordres mendiants  » l’envie de me jeter dans des lectures qui pourraient m’éclairer. Je ne le ferai pas. Cela aussi!  » pas le temps  » ! On dit toujours ça, tous, et on reste des ignorants.
6-
Coup de fil de TVA :  » Bonjour m’sieur Jasmin, on cherche qui viendrait jaser sur nos ondes à propos du chef d’orchestre (Dutoit) qui claque la porte découvrant de la gronde anti-chef à l’OSM.  »
Eh b’en ! Je recommande à cette recherchiste de TVA de dénicher un musicien qui a vécu les coulisses de la Place des arts. Pas moi, c’est certain. Je ne sais rien. Est-il un dictateur, un tyran horrible, un despote effroyable ? Comment savoir ? Même un critique comme Claude Gingras n’en sait rien. À part les racontars de corridors de la part! de musiciens! paresseux, fainéants graves, ou, au contraire, éc¦urés d’être traités comme valets, comme des  » moins que rien « . Comment savoir ?
Le Thierry Ardisson l’autre soir à canal TV-5 :  » Pour des morts comme Marilyn, comme J.F. Kennedy,  » la fille secrète  » Mazarine, comme d’autres  » affaires  » encore, on a fini par apprendre qu’il n’y avait pas de  » fumée sans feu « , et accepter l’apparence grave de complot, n’est-ce pas ?  » Ardisson parle au chef de l’OBS, Joffrin, qui est en studio. Il continue :  » Alors, vous fustigez ce livre (de Messien ?) qui parle d’un complot-Cia-Pentagone pour Manhattan bombardé, le 11 septembre, mais, ‹dit le Thierry avec sa face à claque et sa tête de lascar‹ dans vingt ans ou moins encor, on apprendra des choses, comme on a appris pour Kennedy, pour Marilyn. Alors, faut-il faire taire l’auteur qui dit  » complot « .
Puis, il avance qu’on aurait dit très publiquement dans une satation de province au Moyen-Orient :  » il y a eu un cortège de 150 voiture quand Ben Laden a dû quitter la frontière Afghan-pakistanaise !
Ardisson : « Comment ça se fait que cette nouvelle a été abandonnée ? J’ai contacté toutes les rédactions et on n’a pas trop su quoi me répondre. Le Ben Laden, oui ou non, serait-il protégé par ses anciens supporters et amis, les USA ?  » Sil4nce en studio puis le rédac-chef de l’Obs, la mine faussement contrite, rétorque :  » Je vais voir ça , c’est promis !  » Un bon moment.
Vaste question! mais d’abord pour Marilyn et Kennedy, il s’agit toujours, en 2002, de rumeurs et d’hypothèses. Et la jeune bâtarde de Mitterrand c’est du  » pipi de chat  » face à l’histoire ! Il mélange tout. Ardisson sombre ainsi dans le journalisme pour amateurs de fantaisies niaises. Décevant.
Même  » show « , car c’en est un : le Finkelkraut (?) lance soudain au Thierry, pour son juron favori :  » Tabernacle  » ! Sursaut en la demeure ! Il dit qu’il a appris cela en venant au Québec. Surprise amusée chez nous ! On sourit : une reconnaissance par nos sacres ? Mieux que rien. Puis il récite, de sa voix caverneuse qui porte, sa version novelle de la fable de Lafontaine :  » Le renard et le corbeau  » où il moque une certaine féminisation des mots fort! gaga. Excellente version en effet ! Et quand l’Ardisson lui dit :  » Vous fûtes maoiïste, oui ?  » Il répond rieur :  » Mais oui, oh oui, trois semaines environ, et j’étais bien jeune !  »
Bref, vous voyez, on est un peu éloigné de la télé puérile et bruyante de  » La fureur  » ou de je ne sais que quizz débile. En fin de compte, toutes ces chaînes dites spécialisées ont sauvé du naufrage total ce médium ‹bien aimé désormais‹ que je m’apprêtais à détruire à jamais.
Envie de lire Charles Péguy en écoutant le même philosophe invité chez Ardisson-fourre-tout. Il a dit qu’on avait défiguré le poète le plus important de son époque, qu’on l’avait effrontément amalgamé, après sa mort, avec la droite catho, les Maurras et Cie. Les pétainistes, hélas, s’en firent un héros. Enfin, il a recommandé de lire Péguy sans ces diffamateurs conscients. Mais je le trouverai où ? En biblio ? Ici, à Ste. Adèle ? Gros doutes mais sait-on jamais. Souvent, je regrette de vivre ici à cause de cela, la minceur de la biblio !
7-
J’ai vraiment pas aimé le milieu et la fin  » L’iguane  » du jeune Thériault et ça me chicote. Cette mère violée. Ce curé moralisateur. Ce père ivrogne, batteur. Que de clichés rebattus sous un amas verbiageux. Des mots rres, très rares ! Danger cela. Ça fait cuistre. Gide ou Simenon, tous disaient :méfiance, on doit fuir ce tic. C’est nuisible en littérature. Vanité de jeune flo ? Sa photo en 4 ième de couverture nous montre  » un plus très jeune  » auteur pourtant !
D’où vient ce mode d’écrire des sortes de  » contes  » plus ou moins plausibles. Influence d’un cinéma pour ados, à cauchemars vite fabriqués et vite résolus ? J’en ai bien peur ! L’autre Thériault (Yves) ‹et Beaulieu dans  » Un loup nommé!  » a bien raison là-dessus‹ savait trousser cette manière de conte. Souvent ces brefs romans sont, justement, comme des légendes. Yves T. fut souvent un trait d’union, puissant, étonnant, avec tous nos vieux  » conteurs  » d’ici, ceux du 18 ième et surtout du 19 ième siècle. Héritage très respectable, non ? Je le relirai, il le faut. J’ai tant aimé  » Ashini  » par exempole, jeune, et les autres livres, ceux de ses débuts. Plus tard, je le négligeais, trop pris par toutes mes propres pontes à moi. Égocentrisme ? Oui, oui.
8-
Film loué en vidéo ‹et loué à Berlin et à Toronto ! Jouons avec les mots‹, que l’on regrettait d’avoir raté au cinéma d’en bas. Cette  » Ange de goudron « , film d’ici : déception encore. Pourtant une histoire forte. Ces émigrants algériens émouvants, ce vieil anarcho-gogauchiste (Raymond Cloutier esquisse bien un rôle hélas esquissé), ce jeune d’Alger déjà révolté, écolo, ou quoi au juste! C’est bien flou. Randonnée touristique en motoneiges. La nuit. La cachette vague. Le propos incohérent encore. Paquet de passeports à faire brûler ? Aéroport du grand nord ( ! ) où l’on va rapatrier ces sans-papier du Maghreb. Police féroce et douaniers, piège. Tuerie sauvage et peu crédible du jeune révolté. Un récit incohérent hélas. C’est regrettable. Un peu mieux! un peu plus! et c’était une réussite. Bref, un film pas ennuyeux mais décevant.

Le mercredi 10 avril 2002

Le mercredi 10 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Quel changement ce matin : un soleil parfait, un ciel bleu d’un horizon l’autre. Adieu brumes d’hier. Sortant du lit, je suis alors portÉ à ouvrir tous les stores des fenêtres des deux côtés de notre chambre, côté la et côté rue. La chanson :  » Laissez, laissez! entrer le soleil.. .  » La toune bien aimée du fameux musical  » Hair  » est à l’ordre du jour. J’écoute Ravel (oui, son boléro fameux !) sur ma radio-cassette. David, l’aîné de mes petits-fils, au téléphone tantôt :  » Papi ? On en a fini avec la poésie du vieux temps ‹Nelligan à Paul Morin‹ peut-tu m’indiquer quel jeune poète vivant je pourrais contacter ?  » Je lui parle du bon graphiste de mon  » Écrire « , poète avant tout et qui vient de gagner un grand prix à Trois-Rivières, Roger Desroches. David me dit qu’il va aller à sa biblio de quartier (Ahuntsic) voir! Ferait mieux d’aller fureter à la biblio de son université, je crois.
Ai fumé, après le petit-déj, une, oui une, une seule !, cigarette (en réserve, en cas de folie furieuse, dans un tiroir !). L’ai pas apprécié du tout. Donc, je me guéris lentement. Aile, elle, est fermement résolue! avec des patches ! J’espère réussir totalement. Hier, à Saint-Sauveur, en examen  » de bilan de santé  » ‹j’y suis allé en grognant, juste pour faire plaisir à ma chère Aile‹ chez ce docteur Singer (je lui ai parlé de son célèbre homologue, écrivain juif-new-yorkais fameux, il connaît ), ce sera dans un bon français :  » Ah oui, fumer, abandonner complètement cela. Il le faut. C’est entendu. C’est primordial pour votre santé ! Etc.  »
Et ce sera fiole d’urine ‹plus tard pour le sang‹ le coeur examiné, puis les poumons (photo sur plaque froide !), la gorge, les oreilles, alouette ! Même la prostate. Retirant son gant d’examen, Singer me fait :  » Hum, évidemment, cela s’affaisse pas mal, c’est l’âge!  » Ash ! Détester ce mot : affaissement. Je le sais trop. De tout. Parfois, de la mémoire! qui flanche aussi. Chercher longtemps un nom. Misère humaine ! Je devrai aller passer une colonstopémie! non, une colonstétiatite! non, une colon! bon, en té cas, un examen du colon quoi, à Sainte-Agathe. Cela, dans deux ou six mois, on ne sait pas !
2-
Rêves ces temps­ci, je l’ai dit. Cette nuit, je ferai court, personne n’apprécie la matière de ces choses au fond fausses, suis en voiture décapotable (mon ex-carbriolet ?) vers Joliette. Arrivée, théâtre en plein air. Monique Miler, en costume de froufrous violets, mode 1900, avec boa, etc. Elle se démène, joue une star ancienne, maquillage appuyé, et hop ! il faut alors rouler, vite, vite, vers! la suite du show, vers une autre scène de plein air, au bout d’une impasse de cette ville.
Cette fois, assis à mes côtés, mon Buissonneau, le concepteur de ce pageant ! C’est des douzaines de figurants, une foule agitée, qui défilent, forment des images-symboliques! je ne sais trop, et cela dans une panoplie hallucinante de costumes voyants, très lumineux. Je me penche vers Paul lui dis:  » Bizarre, mon père avait de ces images de costumes chinois au fond de son magasin et jeune, j’aimais les examiner!  » Il me prie de me taire. Paul semble tout content de sa chorégraphie visuelle et bigarrée.
Soudain, me voici chez Morgan-La Baie, soleil dans des fenêtres en demi-cercles, magasin tout illuminé, et on m’offre, pour mes petits-enfants, des lapins de chocolat même si Pâques c’est fini ! Je choisis. On me dit , une vendeuse vieillie :  » Attendez, dans le back-store, j’ai des oeufs de chocolat importés, des géants, faits à Prague, des trésors inouïs. J’attends. Elle ne revient pas. Je vais voir. Entrepôt en capharnaüm. Des allées pleines de boîtes, de caisses de toutes sortes, formats multiformes. Dédale. Je cherche ma vieille vendeuse. Rien. Personne. Je m’y perds.
Et je me retrouve dehors, en face d’une sorte de château-décor, haut, pris entre des édifices, en pleine rue, un gras décor qui fond au soleil. Est-ce un spectacle ? Des loustics regardent sans intérêt véritable. Habitués ? Je ne sais pas. Des acteurs (?) vêtus d’uniformes en or semblent accompagner la!  » fondue  » de ce gros tabernacle, un peu d’aspect hindou, archi-décoré qui s’étire, se rapetisse, comme lave en feu. Bizarre. De nouveaux passants y jettent des coups d’oeil, ricanent, s’en vont. Je suis surpris, vraiment étonné. On semble trouver ce spectacle bizarre habituel sur ce boulevard de Maisonneuve, angle Mc Gill, dans l’ouest de la métropole. Je me réveillerai. Perdu.
3-
Je ris tout seul. Hier, bureau d’attente du toubib de Saint-Sauveur, je dois remplir un questionnaire, genre : cocher oui, cocher non. J’y vois  » votre utérus « … Je m’esclaffe. La buraliste rit elle aussi ! Une jolie bambine tripote un truc à images et quand je reviens de la photo-des-poumons, je lui fais des  » tatas « . Peur aussitôt et, réflexe, va se coller sur Aile qui la caresse, la conforte, ouvrant ses petits bras, elle voit Aile et constate sa méprise, va vite se jeter dans les bras de sa maman pas loin. Nos rires !
Revenant de cette clinique, vite, un arrêt à l’École Bouffe. Cette fos, du choix. Je pige un tas de plats. Aile, restée dans la Jetta, ouvre les yeux :  » Mon Dieu, on en a pour une semaine ou quoi ! Ça se conserve pas toujours, tu sais.  »
Je dis rien mais! Il y a comme une résistance à cette École Bouffe, oui, oui, je le sens !
4-
Hier soir, canal Artv, vu un vieux film de Martin Ritt et Katkoff joué par le célèbre Orson Wells. L’histoire est de Faulkner. Noiu attendons donc le chef d’oeuvre. Oh non ! Un mélo mal ficellé. Pesant. Ce  » The long hot summer  » est un navet rare. Malgré les bonnes vieilles grimaces du gros Orson qui joue un tyrannique papa, despote classique comme dans  » La chatte sur un toit brûlant « . Père avide qui écrase tout son monde dans sa vaste plantation du Mississipi. Pauvre Faulkner ! A-t-on dénaturé son récit ? Fort possible. Une leçon, une fois de plus : se méfier des films-culte ! Souvent ce sont des niaiseries visuelles dépassées !
5-
Hier, c’est mardi, et, à TV-5, c’est le cérémonial si agaçant du bonhomme Ardisson. Hélas, si vous le négligez, vous risquez de manquer de grands moments de télé parmi de lpongs moments de platitudes à gamineries bien sottes. Ainsi, la semaine dernière à une actrice  » hollywoodienne  » célèbre qui venait mousser son produit, il lui sort :  » Votre papa est un bandit, n’est-ce pas ? C’est un voleur, pas vrai ? Il a fait de la prison!  » La délurée n’en croit pas ses oreilles, elle éclate :  » Oui, il a fait sept ans de prison, oui !  » Et enragée, elle casse brutalement son verre d’eau sur sa tablette, quitte le studio en rogne totale.
Un moment rare ? Ardisson le passera et le repassera tout heureux de sa frasque. Hier soir, toujours son gros stock d’invités. Des platitudes puériles quand on invite le public docile, en studio à singer des mimiques rituelles. On dirait un spectacle débile pour ados attardés en 1955 !Ou bien, l’on joue de ces plans figés qu’on passe et repasse sans cesse.
Bon, hier soir, parmi sa faune tous azimuts, ‹c’est une sorte de talk-show et de music-hall‹s’amène le  » nouveau  » philosophe Finkelkrault (orthographe ?). Soudain, l’émission change donc de ton. Soudain, un invité parle en réfléchissant et aborde des sujets graves : Charles Péguy, Mittérand chez Pétain, le 11 septembre et la manie des complots-Cia, les anti-juifs actuels et la Palestine, Dieu.
Comme c’est étonnant et souvent ennuyeux ce mélange. Les  » légers  » s’emmerdent à écouter le philosophe, les  » pesants  » ‘ennuient aux zézayages des ex-stars déchues. Par exemple, hier, une ex-beauté fatale, la jolie Juliette Binoche (qui va fondre en larmes quand le philo va lui reprocher de défiler pour la Palestine avec des anti-judaïques notoires !), un directeur de revue, un chanteur inconnu se voulant  » songé « , et puis quoi encore ? Salmigondis indigeste.
Jacassant en anglais, il y a donc cette ex-groupie ‹des Rolling-Stones, qui dira  » Bob Dylan m’aimait, voulait coucher avec moi, oui, oui! « ‹ une londonnienne, ex-droguée, ex- esclave sexuelle, ex-itinérante flouée et encore bien jolie à 60 ans. Le Ardisson va s’en donner à coeur joie comme l’on pense. Sa pâtée en face ? Ces  » tombés  » aux champs d’honneur de la renommée enfuie ! Il cogne. Il jubile. Il gratte les plaies. Il ricane, se trémousse, trépigne d’impatience, bave au bec, on dirait un vieil enfant sadique sur son petit pot ! Pénibles moments ! Bref, pour ceci, on veut pas revenir voir la bête le mardi soir, pour cela, on veut y revenir. Pour le philosophe qui dit : La terreur ne se justifie pas, jamais ! Cessons de l’excuser en parlant des Palestiniens ou! des Carlos et Ben Laden, deux fils de richards, pas des pauvres désespérés. Les désespérés véritables ne tuent pas. Le découragé est inexcusable de tuer des innocents. L’axiome :  » Seule la fin compte peu importe les moyens  » est une bêtise déshumanisante. Pour cela, oui, on se dit :revoir Ardisson mardi prochain. L’étonnant de l’affaire : ce Ardisson est très capable de discuter intelligemment avec un philosophe ! Alors, le reste ? Il joue. Un jeu crasseux hélas.
6-
Pour l’entrevue avec le G.-R. Scully, vendredi matin en vue de  » Bibliotheca « , je devais relire  » La petite poule d’eau « . Un  » jeune  » roman de Gabrielle Roy. J’avais pleuré en le lisant jadis. Cette fois, non. On s’assèche en vieillissant ? Je ne sais pas. Je devais identifier s  » mamqan  » pondeuse et si pauvre. Luzina
( luzina :oh ! usine à poupons ?) de Roy avec ma pauvre mère à cette époque. Il reste un livre mal fait, un roman comme coupé en deux, une parie dans cette famille pauvre de l’île e de La petite poule d’eau et l’autre partie avec un curé, un franciscain étonnant de Saint-Boniface et de Winnipeg. Qui, à la fin, est montré chez maman-Luzina. Lien bien tardif !C’est construit bien maladroitement.
Jeune, je ne voyais rien de cela. Maintenant, l’auteure, elle aussi, lucide, devait avoir un regard sévère pour ce beau et bon péché de jeunesse. Oui bon en fin ce compte car il reste un document poignant, une histoire traversée de quelques drôleries quand des nôtres s’étaient exilés pour le beau et bien creux rêve clérical d’aller  » catholisicer et franciser  » tout le Canada d’une mer à l’autre. Ce fut l’écrasement, les lois anti-français (Alberta, Manitoba et Ontario ), l’intolérance cruelle, le mépris, la dilution, le coulage du projet clérical , bref, toujours comme la francophobie ordinaire.
On vient de voir la rage contre ceux qui disent, avec bon sens, que nous ne sommes pas de  » loyaux et soumis sujets  » de Sa majesté la vieille reine morte. Elle qui, réactionnaire sénile, ne se consolait pas de l’empire perdu !
Comme c’est curieux de savoir que jamais Gabrielle Roy n’a voulu parler rien qu’un petit peu en faveur d’une vraie patrie pour les nôtres. Pour une patrie québécoise. Elle savait bien!
En y pensant , il y a, justement, ce fait :c’était, le Canada de l’ouest, sa petite patrie, son enfance, ses souvenirs chers, et elle refusait de l’abandonner ce pays de ses origines.
Je peux comprendre cela.

Le mardi 9 avril 2002

Le mardi 9 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)

1-
Bon sang, retard dans ma ponte de diariste ! Depuis quelques jours, problèmes avec l’ordi. Plus moyen d’activer la fonction  » courrier  » Appel d’une experte, ma voisine d’en haut (Sommet bleu) la polyvalente Carole LaPan. Elle est venue hier soir, lundi. Pif, paf ! Ça n’a pas traîné. À la poubelle l’icône  » courrier  » – corrompue me dit-elle !- nouveau sigle et hop, ç’est repartit. Tout fonctionne. Ce midi, devoir répondre aux courriels divers. L’ami d’enfance, Deveau, me donne son adresse à Vancouver, par là ! Il a entendu parler de mon conte  » Chemin de croix  » et du hangar aux supplices. Une dame veut se procurer ce  » Écrire  » et semble ignorer l’existence des libraires ! Lagüe, un ex-camarade de travail, me remercie pour un petit papier envoyé au bulletin des retraités de la SRC, sur la mort de bouillonnant Chardola, jadis, cameraman expert. Jacques Keable, ex-camarade à  » La Presse  » et à  » Québec-Presse « , me veut en signataire d’une pétition à la chère Diane Lemieux,  » boss-ès-Kultur à Québec. Des VIP souhaitent arracher une sculpture de Riopelle,  » La joute  » (jadis :  » Le jeu de drapeau « , c’était mieux mais! ), du quartier Hochelaga (proche du stade olympique) pour l’installer en milieu chic et prestigieux, au Palais des Congrès ! Hochelaga c’est trop minable pour un Riopelle ? Les salauds ! Je proteste volontiers ! Quel snobisme !
D’autres messages sont plus! familiaux. D’ordre plus intime et sans intérêt pour les hors-famiglia !
Climat du diable ce matin en pays laurentien et qui persiste et qui s’envenime! Brume partout ! C’est triste. Ça fait pas avril du tout ! Bien moche de ne voir que des silhouettes d’arbres ! floues d’ailleurs ! Le ciel emmêlé au sol, un seul ton, gris-blanc, sorte de lumière fumée décourageante ! On annonce du soleil pour demain. Ouf !
2-
Hier soir, ai expédié les jours de décembre de ce journal chez la  » femme forte  » de Beaulieu, à Trois-Pistoles, Katleen. Pour pré-production quoi. Gros boulot pour l’amateur-en-ordi que je reste. Maintenant, je dois continuer ces envois :pour janvier 2002, etc. Je n’aime guère ce travail de! bureaucrate. Faut. Aile-Rayon me fait mâcher une sorte de gomme anti-cigarettes. Du vrai mastic. Du goudron. Elle a ses patches ! Je n’en veux pas. Ma haine et ma méfiance viscérale, irrationnelle, envers tout ce qui semble! médical. Et dire que, dans une heure, rendez-vous à une clinique de Saint-Sauveur où Aille m’a déniché (malgré moi, malgré moi !) un toubib libre. Le but : bilan de santé ! Je grogne mais je consens. Tout pour son bonheur. Elle y tient tellement :  » Savoir si jamais! En cas!  » Elle va répétant : prévention, prévention ! Rêves, ces temps-ci, fréquents. Manque de nicotine ? Hier, c’est l’été, canicule montréalaise, pris à courir à gauche, à droite, but confus, tramway rue Saint-Denis, soleil archi lumineux coin Mont-Royal, petite foule d’ambulante, des restaus, un vieux du journalisme, juché sur un haut- balcon qui gueule après moi, ricane, boit sa bière, bave, me fait des grimaces, embarquement avec Aile, un bus de la CTCUM, gare coin Iberville, on sort, le bus s’en va, j’ai perdu mon bagage, dois aller à un guichet, microphones, appel au chauffeur du bus, description de mon sac noir (actuel), inquiétude, Aile rit de moi, je me moque de ses moqueries, ambiance curieuse, irréelle, surréaliste (style :  » Une nuit, un train « , le film ) prise encore d’un tram, chargé, foule hilare, c’est joyeux et c’est aussi inquiétant, je sens un peu de panique chez Aile, des gens se ruent dans des magasins sombres, ils vendent quoi ?, mystère, des gardes se cachent derrières des autos, des recoins, la ville se prépare à je ne sais trop quelle genre d’émeute, on va et vient, on s’égare Aile et moi, on joue de correspondances, ces vieux papiers de jadis, avec trous des poinçonneurs, on tourne en rond, sortant de tram, de bus, je ne sais pas on l’on doit arriver, au fond, une sorte de labyrinthe fou! Je me réveille.
Ma compagne me dit beaucoup rêver elle aussi. Oui, manque de nicot dans le corps !
3-
Dimanche dernier, je fais du journal, j’expédie des  » répondre à  » et des messages, puis, premier déboire avec l’ordi, rien ne part  » vers « , ouash !Tant pis, je plaque ma machine, mon fils n’est pas chez lui pour me conseiller, merde ! J’éteins tout quoi, et nous partions pour la ville puisqu’Aille devait voir sa doctoresse (en haute pression) lundi matin, tôt, rue Cherrier. Chemin Bates, le calme d’un quartier désert, calme, un peu lugubre, quand bureaux et manufactures (tel la Sico) sont vidés. Lundi matin, le en examen médical, visite à ma  » petite  » Caisse pop, devenue vraie banque sérieuse comme on sait depuis longtemps. Nous apprenions qu’il a neigé, et la veille et le matin, dans le nord ! À Montréal, rien.
Attendant ma  » patiente  » examinée, j’ai glané dans  » la partie Atwood  » du livre d’  » Entretiens  » entre elle et Victor-mon-éditeur-nouveau. Pas surpris d’y voir une Atwood complètement ignorante de la question-Québec. Courtoisie oblige, mon Vic (en visite chez elle en cette première partie) ne l’assomme pas trop. Trop poli quand elle lui dira :  » Oui, la séparation du Québec, mais.. si, mais si! le Québec veut reprendre le Labrador ?! Si le Québec lève une armée ?!  » Niaiseries romantiques, sauce Scott-le-philo tout énervé en octobre ’70. Vous voyez le genre de questions connes des anglos ignorants. D’une écrivaine pourtant douée et intelligente en littérature. Ah si je l’avais eu devant moi! Mais moi, on ne m’invite jamais (pas fous !) à de tells échanges anglos-francos ! Eh ! Oui, pas fous les organisateurs de  » bon-ententisme bidon.
Rêve autre : un très vieil artiste, un anglophone d’ici, ses tableaux étalés, je vante ses ouvrages, mince aréopage d’aficionados, lui en fauteuil roulant, on me fait jouer un rôle d’explicateur! et expert de son ¦uvre. Un jeune critique, présent à ce pré-vernissage, veut me contredire. Je le plaque, méchamment. Oh ! On se rit de lui. Je triomphe. Facile en songe ! Je vois très bien tous ces tableaux en rêve, un style néo-surréaliste. Je m’écoute sortir mes savantes ratiocinations. Je m’étonne de mon verbiage. Une imposture ? Je ris de moi en secret. Étrange distanciation en rêve ? Les autres sont épatés par mon discours de critique si lucide. Une farce ? Je classe ses tableaux! dans un ordre folichon : selon les couleurs. Bizarre ce classement. Le vieux m’aime bien. Je le défend fermement. Il aurait été négligé, mal louangé en son temps. Je me réveille.
4-
Je lis sur un film avec la Moreau en Marguerite Duras. On a adapté le livre de son jeune assistant et compagnon, un jeune homosexuel déclaré. Un certain Yann Steiner. Le film ne dira rien de cela ! Mystère !  » Cet amour-là « , le livre, racontait les derniers temps de la célèbre Duras.
Photo dans une gazette : chez les vagabonds à la soupe de l’Accueil Bonneau. Au dessus- des tables, un grand cadavre pend. Jésus en croix. Ouash ! À couper l’appétit des gueux, non ? La religion et la soupe de charité. Pouah ! Une morgue officie les mangeurs ! Franchement ! Pourquoi pas l’image d’un Jésus revenu de chez les morts ! Qui monte au ciel ? N’est-ce pas le seul et vrai et grand et difficile message du christianisme ? Est-ce qu’on y croit vraiment à Rome ? Ah ! On a préféré trimbaler dans le monde ce cadavre sanguinolent (oh art espagnol de nos enfances !) pendu à son gibet ! C’est infiniment regrettable. Il est tard pour corriger cela. Très tard. Trop tard ?

le vendredi 5 avril 2002

le vendredi 5 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)

1-
Bon, enfin, soleil dans tout le ciel laurentien. Mais ce froid qui dure… ouash !» Beau printemps quand reviendra-tu… »chantions–nous jeunes. Daniel me courriellise qu’il a beaucoup aimé « le ton familier » mon petit dernier : « Écrire ». Je lui avais offert ce bref bouquin de « confessions d’un raté » à Pâques chez son beauf Murray, à Sant-Sauveur. Mon « Je vous dis merci », il l’a parcouru « en diagonale », me dit-il. J’aime bien ce genre de fils qui n’est pas un « fan » aveuglé, qui ne scrute pas tout ce que le paternel publie. C’est un signe de bonne santé, il me semble. Je plains toujours ces enfants de « notoriété » qui semblent vivre plutôt éblouis (ou écrasés parfois) par une mère « célèbre » ou un père « connu ». Content de vérifier ainsi que mes enfants vivent de façon autonome, pas en petits satellites dépendants, vraiment hors d’une certaine célébrité…si écrasante dans tant de cas, hélas.
Je pourrais donner des noms d’enfants de « vedettes » pris, englués, énervés, vindicatifs, geignards, enfermés dans un cercle vicieux. Il y a chez cette Iseult (fille de Riopelle), par exemple, une sorte d’acharnement —à tout vouloir compulser, archiviser, numéroter le moindre dessin de « pôpa »— qui me semble frôler la névrose ! J’espère me tromper.
Ainsi, je n’ai jamais eu un zélote tout dévoué, consacré, vestale illuminée par « bibi ». Je songe à une Janine Carreau, dévouée « servite » de son grand « homme » le peintre Gauvreau, je songe à Yolande Simard, l’épouse du cinéaste et poète Pierre Perrault en zélatrice forcenée, en publiciste infatigable. Et qui encore ? Cette dame « doctoresse-en-lettres » qui couvait le Gaston Miron, une protectrice rare. Moi ? Personne ! Jamais. J’aurais pou engendrer cette fascination. C’est assez facile. Une Lorraine (?) se fit enfirouaper totalement par l’Yves Thériault que c’en était cocasse ! J’aime autant pas. Je n’apprécierais pas trop ma chère Aile, mon doux Rayon, en docile thuriféraire et cérémoniaire aveugle. Non !
J’aime mieux vivre libre et mal protégé.
2-
Hier, séjour en ville. Dès potron-minet, appel de Tva : une recherchiste comique, farceste (!) et pleine d’entrain. « Ma patronne, madame Cazin, vous veut. Faut dire « oui ». Elle rit. Elle ricane. M’e taquine. Me défie. Elle rigole. Je me laisse amadouer et je dis « oui ». Au petit-déjeuner : Aile, aussi nerveuse que moi sans la crisse-de-cigarette : « Vas-y, va-t-en, je peux plus t’endurer, ni m’endurer du reste. Oui, pars et vite ! » Comme dit le roman qu’elle achève et que j’ai abandonné : « Pars vite et reviens tard ! »
Je pars. Seul. Je suis comme elle, impatient. Intolérant. À tout. Maudit tabac du yable ! Je suis donc, après maquillage, au studio de « Dans la mire » vers midi. Discussion du jour : « Ce juge (Baraquett) qui se méfie des assistés sociaux comme valables et stimulants éducateurs ». Qui le dit en coir, de son banc. Qui a osé le dire. L’innocent ?
Vaste sujet. Y aller de nuances ? Un peu, si possible. Ça va vite la télé. Faut résumer. Faire image. « Je touche et je compte », dirait- Cyrano ! Faut ellipsiser (!). Faut pas rentrer dans d’oiseuses spéculations. J’aime pas trop. J’aime polémiquer cependant.
Or, ce même jeudi matin, « le bureau » de Pierre Bruneau, chez TVA, sonnait aussi chez moi : « L’affaire de l’encan sur Internet des souvenirs du grand Maurice Richard ».
Pour ou contre ?
Vite, prononcez-vous ? J’y vais d’instinct. Ce glorieux joueur, « un p’tit gars de Bordeaux » —oh, je l’ai dit— nous vengeait, nous accordait de la bonne et chaude lumière, ses victoires incessantes nous faisaient tant de bien, nous rendait enfin un peu plus fier de nous tous, collectivement. Je dis : « Oui, l’État devrait conserver tous les souvenirs de cette fabuleuse « étoile » du hockey ».
C’est parti. Il y aura un enregistrement vers 15 h au 10 ième étage de Tva. À midi et demi, l’animatrice, sorte de Claire Lamarche plus politisée, Jocelyne Cazin, semble bien contente de son invité : « Vous avez beaucoup d’humour, j’aime, ça me va toujours ! » Bon. Je quitte la pace. Il est 13 h. Je vais donc luncher…où, à La Scala ?, à La Diva ?, non, faire simple, manger pas trop longtemps puisque je n’ai plus (martyr !) mes chère cigarettes. Allons à la cantine de la SRC, « Chez Miville ». Comme si souvent, jadis, de 1971 à 1985. Grévistes partout devant les entrées. Ça me rappelle des souvenirs d’anxiété —j’étais avec deux enfants jeunes sur les bras—, d’angoisse folle après 60 jours de grève en 1959, de désarroi grave quand la CiBiCi d’Ottawa disait aux « ploucs » du réseau français : « On congédie tout le monde… « Yes, we scrapt to the botom ». Le gréviste réticent, René Lévesque, ouvrait les yeux face au mépris total envers ces « lousies frenchies from Kouaybec » et, à jamais, devenait nationaliste fervent !
Hier midi, un vieux gardien (vieux comme moi) : « Passez, je vous reconnais. » Petit steak chétif pas cher « Chez Miville ». Une bière. Un morceau de gâteau, hon ! quoi ? faut compenser pour l’absence cruelle de « cigoune », non ?
Retour à Tva : micro aux basques, oreillette au fond d’un tympan, une caméra-robot me fixe de son trou noir dans une sorte de placard, cagibi étroit, et c’est parti. En duplex électro, Franco Nuovo ricane : « Non et non, rien payer pour les « cossins » de Maurice Richard ». Je le traite de mécréant, d’ingrat, de…de mondain déraciné. L’animateur Bruneau se range de son bord ! « Quoi, dit-il, faudra-t-il un musée à Madame Jeannette Bertrand aussi ? » Quatre minutes. Nous chamailler. Vite brûlées ces minutes ! Vainement ? Bof ! Le public voit, écoute, se divise. Deux clans : les « vieux » qui ont tant aimé ce héros national, respecté partout jusqu’aux USA, ce joueur si fougueux, si unique, et les « jeunes », qui ne l’ont pas vu si combatif, si vivant !
3-
Je vais lire « L’iguane » , Aile, qui vient de le terminer, me le conseille très vivement. . Après « Les jours de l’aventure » de Kessel, j’ai terminé, hier soir, « Un loup nommé Thériault par son éditeur (à la fin de sa carrière, longtemps), Beaulieu. Eh oui, juge et partie ? ! Eh bin oui :pas gros gros de crédibilité ? Bof, c’est couru. Un livre pigé au kiosque du Salon de Gatineau.
Ici et là, Victor fait bien savoir qu’il n’avait pas d’amis, qu’il avait un sale caractère, qu’il était sauvage (un loup ?), qu’il mentait, qu’il promettait vainement, qu’il trichait ses éditeurs, etc. etc. Eh oui, un sacré bonhomme le Thériault ! Sans cesse, Lévy Beaulieu vient se mêler à la danse qu’il a « callée ». La vie de Thériault entre en constante comparaison avec la sienne. Une méthode dangereuse ? Oh oui !Cela donne pourtant de forts et de bons passages. Quand le biographe — mais il s’agit davantage d’une sorte de portrait impressionniste que d’une véritable bio— veut décortiquer (et analyser) l’intrigue de l’un des romans de Thériault, il s’enfonce parfois dans des explications —symboliques, psychanalytiques— qui sont lassante et bien indigestes. Le plus souvent c’est un récit stimulant. Et Beaulieu a mille fois raison de parler de l’un des « premiers » écrivains professionnels d’ici malgré toutes les horreurs rencontrées en cours de carrière dans ce petit pays frileux des années «’40 et ‘50.
Il ne se fait pas du tout le soigneux et méticuleux François Ricard (pour Gabrielle Roy) de l’auteur d’ « Ashini » etc d’ « Agakuk », loin s’en faut. On n’apprendra pas, en détails, et avec une bonne chronologie, tout les tours et détours de l’existence du gaillard de Notre-Dame de Grâce. Oh non ! C’est une sorte de petite, et dynamique, murale, une mosaïque et on y glanera mille et un secrets (sur son biographe aussi !) sur ce vif désir, ce besoin compulsif de « gagner sa vie en écrivant ». Cela lui fera rédiger des proses disons peu méritantes ! Thériault le savait bien. Je pourrais rédiger des dizaines de pages sur ce « Loup… Thériault » tant certains passages me dérangeaient. Mais bon, ici, je tiens un journal, je ne compose pas un essai.
4-
Avant cette lecture du « LOup…Thériault », j’ai lu la deuxième partie de « Deux solitudes ». Ce terme qui m’enrage tellement… puisqu’ il n’y a pas, ici, au Canada, « deux solitudes », pas du tout, mais deux « nation » et que si l’une ignore l’autre c’est tout à fait normal.
Pourquoi voulait-on tant unir deux nations si différentes, dissoudre ces soi-disant solitudes et faire de deux mondes si différents en tout, une seule race, et ce beau grand pays bien uni.
Foutaise. Niaiserie bien fédéraliste. Et ici, l’éditeur, hélas, entérine ce leurre. Cette escroquerie. « Deux solitudes », un titre con donc !
Sans doute fort estimé par la CiBicI-Radio-Canada-Rimouski à la base du projet de cette rencontre « fédéraste » Atwood-Beaulieu ! Mais, il n’en reste pas moins que ces entretiens offrent des passages souvent fascinants. Au départ, il s’agit donc d’émissions de radio (Doris Dumais à la réalisation). La mère Atwood, un auteur aux antipodes du Beaulieu, en première parie (du spectacle radio) m’a vite lassé. J’y voyais tant de pieux mensonges, d’aveuglement volontaire, d’ignorance calculée de l’autre (son questionneur, Beaulieu) que j’enrageais.
J’ai donc sauté à la partie numéro 2, quand c’est la bonne gemme Atwood qui, déménagée aux Trois-Pistoles, doit interroger l’habitant. Ce dernier , ici et là, joue le jeu et fait mine d’être tout préoccupé par le sort du Canada-anglais.
Oh le raminagrobis ! Oh le gros malin ! Victor sait de quel beurre est constitué ce genre d’entreprises « fédérates » (comme dans scélérates ?) et pas fou, il installe des parallèles dont il se fout carrément.
L’un, on le sait, vient de la très grande pauvreté, du déracinement paysan à 12 ans, a vécu dans un Montréal-Mort paupériste, avec un papa gardien d’asile, mal payé et guettant les pensions des enfants grandis sans cesse, l’autre, la Margaret, avait un papa instruit, savant même, a vécu à bonne banlieue de Toronto, fréquenta de bonnes écoles et, chez elle, avait accès à la solide bibliothèque du « docteur » Atwood. Victor, lui, n’avait que l’« Almanach du peuple » pour lecture fondamentale. Bref, cela donne un livre curieux.
Avec précaution et « belles manières » le duo « contre-nature » contourne un tas d’écueils. Jamais, m’ame Atwood affrontera honnêtement son vis-à-vis sur la question de l’indépendance du Québec . On tourne gracieusement autour du pot ! Elle fait des farces légères, des blagues lourdes, elle joue la comique, elle flirte avec « la cause sacrée » et tente sans cesse de glisser vers la frivolité.
En somme, c’est : « Il y a des micros, on va pas se crêper le chignon, on sait vivre, n’est-ce pas mon jeune camarade ? »
Mon Lévy patauge, rit avec elle, sous cape, sans cape —bourre sa pipe, sort le chien, on l’imagine—, tente de lui démontrer que l’on est pas un tribu de constipés et…en fin de compte, tout le livre-radio va sombrer dans du méméring assez falot ! Avec beurrage culturel sans cesse : Je te sors mes auteurs favoris, mes lectures fondatrices, tu me sors les tiens. Bref, un livre de radio mondain, pleutre, assez pour pas déranger les subventionneurs de l’entreprise, les patrons de la Ci Bi Ci.
Bravo ! J’en aurais fait autant, —il faut vivre— il faut pas cracher dans la soupe et personne n’est dupe. Cette soupe, on la sert si rarement aux écrivains ! La cantine est habituellement réservée aux « zartistes » du music-hall, des variétés.

Le mardi 2 avril 2002

Le mardi 2 avril 2002

À CŒUR OUVERT

1-
Remontée vers les Laurentides sous un ciel plus clair qu’en ville tantôt. Plus clair qu’au dessus du vaste cimetière sur le mont Royal. Sommes allés offrir nos condoléances à l’animatrice Lise Payette qui vient de perdre l’imprimeur Bourguignon, son compagnon de vie. Visage défait, voix fragile. Autour du cercueil, sur deux babillards de liège, plein de joyeuses photos en couleurs du temps que son « chum », Laurent, était bel et bien vivant. Elle habite au très chic « Les Verrières », et nous la croisions parfois (tout comme Guy Fournier) allant visiter mon cher —maintenant disparu—, Ubaldo Fasano, dans son île des Nonnes.
Aile-Rayon fut sa réalisatrice du temps de son talk-show « Liz lib ». De plus, elle réalisa quelques épisodes de ses feuilletons jadis.
J’ai passé assez souvent sous ses fourches et piques moqueuses…une fois accompagnant mes père et mère, vers 1975. Pauvre papa, je m’en souviendrai toujours, il avait énergiquement dansé face à une Lise amusée, un peu de rigodon, de gigue, dans le couloir des caves du Vatican-SRC.
Lise pas vraiment étonnée, venant de Saint-Henri, ayant eu une maman femme de ménage connaissait bien le populo : « Ouen! M’sieur Jasmin, vous restez en forme, c’est beau ça, c’est bien. » Et mon Édouard de se calmer, fier une fois de plus de démontrer sa bonne forme à 70 ans. Le drôle de cabot à cette époque où il prenait confiance en lui comme jamais sachant que ses céramiques « primitives » s’envolaient à Toronto, à la Galerie Prime, rue Queen.
2-
Nerveuse, tendue, Rayon revient d’une promenade dans les alentours. La grosse affaire ? L’énervante affaire ? Fini la cigarette depuis lundi matin ! Elle en bave. Davantage que moi. C’est dur mais…je parviens à rester calme. Pour Rayon, c’est la punition des punitions. Elle souffre. Elle se sert de la béquille dite des « patches ». Je souhaite que, cette fois, ce soit la bonne, la définitive. Mon grand amour est toujours à court de souffle. Il fallait agir. Il était temps ! Quelle folie : simplement pour nous être décidés à lâcher la cigarette, nos vies en sont comme bouleversées ! Seigneur : qu’est-ce que ce serait si nous devions vivre en Palestine… ou chez les Afghans ? Pauvres petits bourgeois énervés de devoir abandonner bien simplement une sale manie bien niaise : le maudit bonhomme Nicot !
Hier soir, la télé de TV-5 pour un gala. Un autre ! Celui des comédiens de France…de Paris surtout, bien entendu. Si joli théâtre comme décor de ce gala des « Prix Molière », une de ces « bonbonnières » parisiennes, celui dit de Mogador. L’acteur Philippe Noiret, hôte d’honneur, raconte une anecdote : « On demandait à un acteur ancien ce qu’il faisait pour aider les plus jeunes et il répondit : je vieillis, monsieur, je vieillis. » Un humoriste s’amena pour imiter, non sans cruauté, le « mondain sympa » Jean-Claude Brialy. Effets garantis sur sa salle. Certaines allusions « politiques » de l’heure amenèrent de vifs éclats de rire. Élections présidentielles bientôt obligeaient, quoi !
C’est le défilé des « remercieurs » comme partout bien entendu mais j’aime ce gala, comme celui pour le cinéma de France, c’est à Paris, ma chère mecque à moi, pas à Hollywood, c’est en français, ma précieuse langue maternelle, pas en américain. Cela me fait toujours chaud au cœur et, chaque année, je me surprends à m’émerveiller pour un simple mot d’esprit, un coin de décor bonnement bien imaginé, une phrase bien tournée, une apostrophe bien frappée. Un des numéros a montré deux candidats politiques à une table des médias en vue d‘un débat. C’était fort bien fait, mené avec énergie, rempli d’effets sonores extravagants, mimiques de robots-humains bien mécanisés, gesticulations caricaturales mécaniques, le tout d’un comique renversant. Si loin des « chiards » dansés routiniers à Hollywood. À ces « Molière, un autre numéro avait fait voir l’acteur Dussolier, lyrique, déchaîné, moquant les vers ciselés des Corneille et Racine. Une parodie d’un désopilant renversant. J’ai ri et ma Rayon encore davantage. Le numéro du champion-cycliste fut, lui aussi, d’une formidable venue dans la parade, toujours lassante, des lauréats. Trois heures de télé presque qui parurent une seule. 3-
Samedi dernier, nous avons loué le très divertissant : « Le vol » avec l’acteur Gene Hackman, toujours épatant. Il y a longtemps que nous admirons ce grand dégingandé, ce gros bonhomme carré. Hackman joue si vrai, il offre à chacun de ses films un caractère d’un rare naturel. Dont on se lasse jamais, qui est pourtant basé, axé, sur une série de petits gestes, regards, expressions faciales…toujours les mêmes ! Une fois vu, on ne retiendra rien de l’histoire, comme toujours avec ces films de bandits. Début : préparation d’un gros vol et sa réussite. Une importante bijouterie de Boston. Le riche « commanditaire » mafieux de Hackman et ses lurons (joué par le nabot De Vito) veut tout de suite la réussite d’un deuxième vol. Un coup délicat dans un avion suisse à l’aéroport bostonnais. Déboulent donc une série de cascades. Un cinéma bien fait juste pour passer le temps…que j’aime bien.
Voilà que Rayon me parle déjà avec enthousiasme de Denis Thériault pour son « Iguane » Elle est toute prise. C’est merveilleux. Elle a hâte de poursuivre, au lit, la lecture de ce nouveau roman québécois, tant vanté par Martel. Hâte, moi aussi… qu’elle achève sa lecture.
J’ai terminé hier soir, au lit, l’ancien livre de reportages de Joseph Kessel. Le dernier lot d’articles (pour « Le matin » du temps) raconte pas bien un début de guerre civile en Espagne, précisément à Bacelone. Mais je retiens, et à jamais les excellents « papiers » du reporter Kessel sur
1-) Le marchandage des esclaves en Afrique de l’est, chez les marchands (éthiopiens) en faveur des Arabes de l’autre côté de la mer Rouge. Des écrits terribles, accablants, terrifiants. Ils font voir que l’esclavagisme si dégradant se continuait encore longtemps (années ’30 !) après les lois l’interdisant non seulement en Amérique mais partout dans le monde civilisé.
2-) Fantastiques descriptions de Kessel (1929) des Allemands au bord de sombrer collectivement dans le fascisme du nazisme. Kessel, qui écrit si bien, donne un portrait saisissant des bouges et des bordels, des caves bizarres du Berlin ruiné (par Versailles en 1918), aussi du Berlin tragique quand communistes et nazis tentent de rallier les démunis, les ruinés, les misérables berlinois de cette époque. Un reportage parfait. On y est.
3-)
J’ai aussi aimé énormément Kessel s’installant à New-York pour raconter à ses lecteurs les terribles effets de la fatale grande Crise économique de 1929.
Bizarre ce New-York de 1929, énervé, terrifié, alors que le 11 septembre…
C’est écrit avec « un art consommé », comme on dit comiquement. Les vivantes observations de Kessel font qu’on y est, qu’on voit les vitrines vides partout, Central Park couvert de vagabonds en loques, des mendiants rôdant hagards la nuit, dans la 5 ième Avenue comme à Broadway, les « soupes populaires » où, humiliés mais restant dignes, bien vêtus encore, d’ex-spéculateurs, millionnaires ruinés, vont manger.
J’avais souvent entendu vanter la valeur de cet auteur. Il était temps que je puisse vérifier cela. C’est fait. Vraiment un talent hors du commun.
4-
Dimanche soir, bonne bouffe populaire —pas trop chérant— au « Chalet grec » dans la rue Principale de Saint-Sauveur. Retrouvailles heureuses des enfants et des enfants de mes enfants (Lynn et Daniel) avec la tribu de ma bru, des La Pan. Grand restau au classique décor fait d’étalages d’objets « nordiques », métissage de « gecqueries ». Mes calmars étaient bien parfaits. Il fallait y « apporter son vin » ce qui réduit toujours le prix des factures, Dieu merci ! Nous avons terminé la soirée au chalet du frère de ma jolie bru, Murray—un prof— pas loin du Lac Millette. Dessert de sa Paula —encore une prof !— pas piqué des vers :fraises chocolatées ! Yum ! Bons cafés. Le chum de la sœur de ma bru…quoi ?, oui bon, le Paul Paltakis soudain fier des arts et cultures des ancêtres du temps…de… proche de Noé. Je le taquine. Il a entrepris de traduire —et d’adapter— mon vieux roman, de la « fantasy », « Le loup de Brunswick city ». J’ai confiance, il est fou de la nature !
Je m’anime et anime nos convives. Trop ? Gros yeux de Rayon quand je tente d’aller trop loin en caricatures familiales !Bruits qui montent. Les demi-sourds comme moi grimpent sans cesse dans l’échelle des décibels hélas. On rit. Jaune ? Bleu ? On rit. Nous rentrerons légers, contents, bien heureux de cette rencontre qu’une Carole —La Pan— ne cesse pas de susciter alors qu’elle a tant de chats à fouetter. Il faudra qu’un jour je lui accroche un gros ruban doré marqué « merci Carole ».
Comment y arriver : aller cherche un classeur de métal chez ma sœur, Marielle, à Rosemont, lui rapporter une berçante d’érable, ramener une table à dessin qui gît —chez ma fille, Éliane— sur une terrasse ouverte aux pluies… Bon, j’y verrai. Dénicher un « panel », un camion ou une « van », celle de Marco ? Oui, j’y arriverai. Gros problème métaphysique hein le bonhomme !